Publié par : Doudou Sow | 30 septembre 2014

Le portrait de l’immigration québécoise

Publicite MentoratLe Québec qui compte plus de 8 000 000 d’habitants est composé d’un très grand territoire divisé en 17 régions administratives. Le Québec est la seule province au Canada à choisir et à maîtriser son immigration en vertu de l’entente Canada-Québec en matière d’immigration du 1er avril 1991.

Le Québec a l’avantage de sélectionner des immigrants qualifiés et très instruits contrairement à certains pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Danemark. Un travailleur qualifié est une personne immigrante choisie en fonction de plusieurs critères. Les personnes immigrantes ont été choisies pour leurs compétences et leurs expériences personnelles, leur niveau de scolarité, mais aussi pour le fait français.

On observe quatre grandes catégories dans le domaine de l’immigration permanente. Les travailleurs qualifiés, les travailleurs autonomes, les entrepreneurs et les investisseurs constituent les « sous-catégories » de la catégorie « immigration économique ». Les trois autres grandes catégories se répartissent ainsi : le regroupement familial, les réfugiés et personnes en situation semblable, et les autres immigrants.

Selon les données préliminaires du Bref portrait de l’immigration permanente tirée de la Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec, « en 2013 […] [la part de l’immigration] économique [représentait] : 67,1 % (comprenant les travailleurs qualifiés, 58,3 %, les gens d’affaires, 7,7 % et les autres économiques, 1,0 %, majoritairement des aides familiaux résidants); regroupement familial : 23,9 %; réfugiés et personnes en situation semblable : 8,1%; autres immigrants (motifs humanitaires et d’intérêt public) : 1,0 % ».

Le document de consultation sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 indique que :

« En 2010, les principales caractéristiques des personnes immigrantes admises se déclinaient ainsi : 69,4 % des personnes immigrantes avaient moins de 35 ans, dont 45,2 % avaient moins de 24 ans; la répartition entre les hommes et les femmes était à peu près égale; 65,1 % des personnes immigrantes connaissaient le français; chez les travailleurs qualifiés, cette proportion atteignait 77,3 %; près des deux tiers (65,7 %) des personnes immigrantes de 15 ans et plus possédaient au moins 14 années et plus de scolarité; 76,4 % des personnes immigrantes de 15 ans et plus déclaraient se destiner au marché du travail[1] ».

Le portrait de l’immigration change dans presque tous les pays comme en atteste la composition de la provenance des immigrants. L’immigration économique non européenne supplante au Québec et au Canada l’immigration dite traditionnelle. La diversification de l’immigration est bien mentionnée dans le document de consultation du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (récemment devenu le  ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI):

« Au cours de la décennie 1980‑1990, cette immigration était majoritairement d’origine européenne. En 2010, moins de 20 % de l’immigration accueillie est originaire de ce continent, comparativement à plus de 35 % pour le continent africain et à environ 25 % pour l’Asie. De fait, les personnes immigrantes admises au Québec en 2010 étaient originaires de 185 pays[2]. »

En 2008-2012, le Maroc, l’Algérie, la France, la Chine et Haïti constituaient les cinq principaux pays de naissance des nouveaux arrivants au Québec si l’on se fie aux données publiées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ)[3].

Le Québec accueille 50 000 immigrants par année. Les plans annuels d’immigration ainsi que les objectifs du niveau d’immigration sont fixés dans le cadre d’un plan triennal par les commissions parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec. Des organismes communautaires, entreprises, syndicats et personnes indépendantes partagent leurs réflexions et expériences avec les membres de la Commission.

La population immigrante se féminise de plus en plus. En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012‑2015, la chargée du projet Femmes dans les secteurs non traditionnels d’Action Travail des femmes (ATF), Mme Lorena Favier, insistait d’emblée sur la féminisation de l’immigration :

« […] entre 2004 et 2008 les femmes représentaient 51,6 % de la population… de l’immigration récente. […] À la ville de Montréal, les immigrantes représentent à elles seules 45 % de la population féminine totale de la ville. Il s’agit de données primordiales pour penser adéquatement [les] politiques d’immigration et d’intégration [du Québec][4]. »

En plus de la féminisation du phénomène migratoire, de la nouvelle diversification de l’immigration, on remarque également au Québec une nouvelle configuration de l’immigration qui se manifeste à travers le programme de l’expérience québécoise (PEQ). Les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers constituent les nouveaux bassins de recrutement de travailleurs qualifiés.

Le Québec accueille la diversité dans une perspective interculturelle. Le Québec souhaite sélectionner des immigrants facilement intégrables aussi bien sur le plan culturel qu’économique. Les critères de la grille de sélection laissent apparaître “Un arbitrage délicat” selon le document de planification du MICC (MIDI).

Le cahier les affaires sur l’immigration, dans son numéro du 28 avril 2012 qui reprenait les données préliminaires du MICC pour 2011, informe que les nouveaux arrivants se sont « installés (de 2007 à 2011) [dans ces régions] : Montréal 72,1%, Montérégie 7,9%, Laval 5,5%, Québec 4,5%, Outaouais 2,7%, Estrie 2,2%, Autres 5,1%».

Une répartition inégale de l’immigration n’a pas que des conséquences économiques, elle entraîne souvent une forte concentration des immigrants dans certains quartiers de Montréal. Cette situation influence la perception de la population locale qui y voit des difficultés concrètes de vivre ensemble de façon harmonieuse. Une meilleure répartition de l’immigration permettrait la diversité ethnoculturelle à travers toutes les régions du Québec.

Le pourcentage de personnes immigrantes déclarant connaître le français a connu une augmentation significative si l’on se fie aux chiffres du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC)- 57 % en 2006 et 2007, 60 % en 2009, 63,4 % en 2011, 61,6 % en 2012-.

Malgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible. L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre responsable de la Charte de la langue française, tout comme sa prédécesseure, insistait dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour l’exercice financier 2013-2014 sur l’exigence d’une hausse du niveau de connaissance du français en ce qui a trait à la grille de sélection des travailleurs qualifiés.

La valorisation du niveau de la langue française ou une meilleure connaissance ou maîtrise de la langue avait poussé le gouvernement libéral à mettre en place une nouvelle orientation (3) sur l’évaluation objective du niveau réel de connaissance du français.

L’autodéclaration de la connaissance du français au moment de la sélection du candidat qui a cédé la place à un test standardisé depuis le 6 décembre 2011 (valable aussi pour l’anglais) devrait permettre d’identifier plus facilement de meilleures compétences linguistiques pour intégrer rapidement le marché du travail québécois et canadien. Le Québec, dans ce cas de figure, suit la tendance ou la règle des pays recourant à l’immigration choisie (Australie, Canada anglais, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Pays-Bas).

La maîtrise de la langue française qui constitue un outil d’intégration socioéconomique n’est cependant pas le seul paramètre pour une intégration rapide en emploi, du moins pour certaines catégories de la population. Les Maghrébins, les Noirs africains et les Haïtiens, qui ont une très bonne maîtrise de la langue française et un niveau de qualification très élevé, peinent à trouver un emploi dans leur domaine de compétences dans la société québécoise francophone : un véritable paradoxe.

En ce qui concerne la participation des immigrants au marché du travail québécois, la Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec du MIDI indique que :

« En 2013, comme pour les années précédentes, la population immigrée d’arrivée très récente (5 ans ou moins) affiche un taux de chômage plus élevé que celui de l’ensemble de la population immigrée (14,6 % contre 11,6 %). Le taux de chômage des personnes immigrantes diminue avec la durée de résidence. Il était de 11,2 % chez celles arrivées il y a 5 à 10 ans et de 10,8 % chez celles arrivées il y a plus de 10 ans. »

Il convient de préciser que les chiffres sur la baisse du taux de chômage des immigrants doivent toujours être sérieusement examinés quant au type d’emploi (précaire ou non), à la correspondance de ces emplois avec les domaines de compétences des immigrants mais également aux conditions dans lesquelles ils occupent ces emplois.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]     Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de Consultation 2012-2015, avril 2011, p3-4, 33 p.

[2]     Ibid; p.23.

[3]     En ligne, http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/quebec_statistique/pop_imm/pop_imm_7.htm [Consulté le 28 janvier 2013]

[4]     Audition Action Travail des femmes et Fédération des femmes du Québec, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », n° 11, 18 août 2011.


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