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Invité(es) : JUAN JOSE FERNANDEZ, Conseiller en intégration sociale et chef d’équipe à l’organisme PROMIS, DOUDOU SOW, Conseiller en emploi, sociologue-blogueur et conférencier, JONATHAN CHODJAÏ, Président Immigrant Québec et organisateur du Salon de l’immigration et de l’intégration au Québec, STEPHAN REICHHOLD, Directeur, Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) MARYSE POTVIN, Sociologue et professeure, Équité, discriminations et rapports ethniques, UQÀM, YVES-THOMAS DORVAL, PDG Conseil du patronat du Québec, AMIR KHADIR, Député de Mercier, Québec Solidaire, FONKI, artiste muraliste.

Pour aller plus loin sur le sujet, lire mes deux ouvrages :

https://doudousow.wordpress.com/2014/03/26/integration-une-responsabilite-partagee-entre-la-personne-immigrante-et-la-societe-daccueil/

https://doudousow.wordpress.com/2014/03/26/integration-professionnelle-des-personnes-immigrantes-et-identite-quebecoise-une-reflexion-sociologique/

https://doudousow.wordpress.com/2014/08/04/points-de-vente-de-deux-livres-sur-lintegration-des-immigrants-et-lidentite-quebecoise/

images investisseurLa question redondante dans les entrevues reste celle de la première expérience québécoise. L’argent des immigrants investisseurs qui finance le programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME) permet, entre autres, aux nouveaux arrivants d’acquérir cette première expérience québécoise.

Celui-ci est offert aux entreprises québécoises pour les inciter à embaucher des personnes issues de l’immigration. Il est un incitatif financier qui peut être très efficace aussi bien pour les employeurs québécois que pour les chercheurs d’emploi immigrants. De surcroît, le taux de rétention en emploi de ce programme est estimé à 83 %, selon les derniers pourcentages fournis par l’ancienne ministre libérale de l’Immigration et des Communautés culturelles lors de la planification de l’immigration pour la période 2012-2015.

Le PRIIME couvre quatre volets dotés de subventions pour les entreprises. Le premier volet, l’acquisition d’expérience en milieu de travail, couvre une partie du salaire du candidat (pour un maximum de 5 700 $). Le deuxième volet, l’accompagnement, couvre le salaire d’un des employés de l’entreprise qui a pour responsabilité d’accompagner le candidat, pendant une période de 13 semaines, afin de faciliter ses premières semaines d’intégration au travail (60 heures pour un maximum de 1 100 $). Ensuite l’adaptation des outils et des pratiques de gestion de ressources humaines (2 100 $) et l’adaptation des compétences au contexte nord‑américain (3 600 $) ou l’amélioration des compétences du candidat immigrant complètent les quatre volets du programme.

Comme il a été expliqué dans le dernier budget Bachand (ancien ministre des Finances du Québec) :

« Le programme verse à l’employeur une subvention couvrant jusqu’à 50 % du salaire du travailleur sans toutefois pouvoir excéder l’équivalent du salaire minimum en vigueur. La durée de la subvention est de 30 semaines ou moins et est déterminée avec l’employeur en fonction des exigences de l’emploi » (GG.31-32).

Certes, le PRIIME ne peut pas régler tous les problèmes d’intégration économique des personnes immigrantes, mais il n’en demeure pas moins qu’il fait partie des mesures facilitant une intégration rapide des personnes immigrantes. Même s’il est souvent reproché à ce programme de ne pas permettre à plus d’immigrants d’en bénéficier, il est un exemple de collaboration entre le MICC et Emploi-Québec pour trouver des solutions aux difficultés d’intégration des personnes immigrantes et des minorités visibles à l’emploi.

Il existe, certes, des subventions pour les entreprises via le PRIIME. Ce qui est une bonne chose, mais il faut aussi accompagner les personnes des ressources humaines en ce qui a trait à la gestion des conflits. Puisque la diversité qui est source de richesse peut entraîner des conflits. Emploi-Québec publie un guide de la gestion de la diversité culturelle et le MICC (ancienne appellation du ministère de l’Immigration), sous le gouvernement libéral, a développé un projet proposant une ressource.

Mais les entreprises sont très réticentes quand elles signent des ententes avec les fonctionnaires du gouvernement. Elles pensent souvent qu’elles auront beaucoup de paperasses, disons simplement de documents à signer. C’est pourquoi le gouvernement libéral a commis une erreur en retirant la gestion du projet des intervenants des ressources externes pour la confier aux agents du centre local d’emploi.

En effet, la gestion du projet PRIIME par les intervenants du milieu communautaire ne donnait pas l’impression d’une certaine bureaucratie, cela permettait de démystifier certaines choses. La procédure administrative et partenariale entre employeurs et milieu communautaire était davantage simplifiée et facilitait également une relation marquée par un suivi très approprié. Par exemple, les intervenants du milieu communautaire réussissaient à détecter et à mettre sur la liste rouge les employeurs qui abusaient de ce programme.

D’ailleurs, dans les difficultés rencontrées par les PME, la vice-présidente, Québec, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), Mme Martine Hébert, bien que reconnaissant les efforts du ministère de l’Immigration pour simplifier les formalités administratives, évoquait en premier lieu la paperasserie administrative comme un véritable obstacle du bon fonctionnement de certains programmes.

Elle formulait une recommandation allant dans le sens de l’allégement des formalités administratives sur l’immigration :

« […] que le ministère, en collaboration avec ses partenaires, évaluent les possibilités de simplifier encore davantage et de réduire encore davantage les formalités administratives et réglementaires liées à l’immigration, malgré les progrès qui ont été réalisés ou dans la foulée des progrès qui ont été réalisés plutôt. On voudrait aussi que le ministère, de concert avec les PME du Québec, mette sur pied des passerelles ou continue d’en mettre pour faciliter en amont du processus d’immigration le recrutement direct à l’étranger par les employeurs et qu’on intensifie les efforts encore plus dans ce sens-là aussi[1]. »

Mais la question du PRIIME représente un couteau à double tranchant dans les régions. La vision des employeurs de cet outil peut aussi prêter à confusion. En dépit de la pénurie de main‑d’œuvre déclarée, certaines PME voient dans celui-ci une mesure qui vise à aider des personnes qui ne sont pas compétentes, mais trouvent aussi que ça représente beaucoup de lourdeur administrative.

Certains employeurs demandent à être soutenus pour faciliter l’intégration des immigrants. Durant  la commission parlementaire sur la dernière planification sur l’immigration, il avait été suggéré au gouvernement libéral provincial d’injecter plus d’argent au niveau de la francisation en entreprise et d’aider les employeurs à pouvoir recruter une personne à l’interne qui s’occupe du volet maillage et de toute la question administrative. Autrement, les employeurs rétorqueront que ce n’est pas à eux de faire du social. Mais aussi, il faut des personnes à temps plein pour éviter tout abus de certains employeurs bénéficiaires de ce programme. Des employeurs qui abusent de ces immigrants et des histoires d’horreur existent bel et bien. Certains employeurs profitent de ce programme et congédient les candidats pour des raisons parfois discutables. Mais, globalement, les personnes restent en emploi après le six mois : « 83 % de rétention après la période de six mois. Donc, c’est perçu comme un programme qui est très positif, qui donne des résultats[2] », se félicitait la  ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), Kathleen Weil.

Certains employeurs, sans raison valable, modifient les titres des postes pour obtenir des subventions et demandent aux immigrants d’occuper des postes en dessous de celui pour lequel ils ont reçu la subvention comme nous l’avons signalé précédemment. Ce suivi était fait de façon pointue par les conseillers du milieu communautaire. Nous avions eu connaissance d’un cas d’une personne immigrante originaire du Maghreb qui a obtenu un emploi, quelques jours après son arrivée au Québec, suite à la subvention salariale du PRIIME. Son employeur québécois a changé le titre du poste pour obtenir la subvention salariale. Ensuite, il lui a dit textuellement qu’ « il n’est pas là pour gérer la merde du gouvernement » en faisant allusion à la subvention salariale. Si un organisme communautaire gérait le dossier, peut-être que le suivi serait fait et qu’on inscrirait cet employeur dans la liste des employeurs peu recommandables. Cette situation était évitée quand les conseillers en emploi des organismes communautaires ou ressources externes, pour reprendre le terme d’Emploi Québec, faisaient le suivi régulièrement auprès de l’employeur.

En résumé, les critiques adressées à ce programme font mention de la faiblesse du nombre de personnes éligibles : peu de personnes éligibles (financement en moyenne de 900 à 1 000 personnes immigrantes par année avec une volonté qui était affichée en 2008 de rajouter 750 personnes de plus chaque année[3] et « près de 1 000 nouvelles participations sur une période de trois ans » (GG.31-32). (Le programme a permis de fournir des emplois à plus de 1 200 nouveaux arrivants en 2010-2011 (GG.31-32)), un subterfuge de certains employeurs qui utilisent le programme à d’autres fins, comme nous l’avons démontré dans l’exemple précédent, ce qui entraîne également une inadéquation par rapport au domaine de compétence. Sur 45 000 personnes immigrantes, 600 sont admissibles à la subvention PRIIME.

Lors du dernier budget Bachand, le gouvernement libéral, avant la perte du pouvoir, avait mis l’accent ou insisté sur la « bonification du Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME) » :

« Dans le but d’accroître le nombre de personnes en emploi, le budget 2012-2013 prévoit une bonification du programme PRIIME de 2 millions de dollars en 2012-2013 et de 3 millions de dollars les deux années suivantes.

« À cette fin, des crédits additionnels seront accordés sur trois ans à compter de 2012‑2013 au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale à l’égard du programme PRIIME. Pour l’année 2012-2013, les crédits requis seront pourvus à même le Fonds de suppléance.

« La bonification du programme amènera près de 1 000 nouvelles participations sur une période de trois ans » (GG.31-32).

Le mentorat, le PRIIME et la francisation en ligne sont, entre autres, des programmes adaptés aux besoins des personnes immigrantes en ce qui concerne l’intégration rapide sur le marché du travail.

Le PRIIME et Québec Pluriel sont les deux programmes créés par Emploi-Québec pour répondre spécifiquement aux besoins des immigrants. Ces derniers ont droit aussi à d’autres services s’inscrivant dans le service global.

Les immigrants tout comme les employeurs ne sont pas toujours au courant de l’existence des nombreux programmes d’intégration.

Il faut faire la promotion de ce projet à un niveau beaucoup plus large, mais on a comme le sentiment qu’on ne veut pas trop en parler pour éviter de donner l’impression à la population locale qu’on fait plus pour les immigrants que pour les Québécois d’origine.

Des organismes communautaires dédiés à l’intégration des personnes immigrantes sont des partenaires incontournables du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion et d’Emploi-Québec.

[1] Martine Hébert, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, Vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 11, 18 août 2011.

[2] Audition Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 10, 17 août 2011.

[3] Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC). « Pour enrichir le Québec, Intégrer mieux : une réponse spécifique aux besoins des Québécois originaires du Maghreb », mars 2008, p.16, 37p.

Logo ACEMLa question de la reconnaissance des diplômes se pose au Canada dans les domaines qui sont légiférés par un organisme (Ordre professionnel, ministère, etc.) d’autant plus que la composition de l’immigration a changé ces dernières années. Les immigrants venaient des pays où les diplômes ressemblaient plus (ou équivalaient) à ceux du Canada. « Avant les réformes des années 1960, les immigrants venaient surtout du Royaume‑Uni et des États‑Unis – deux pays anglophones dont les systèmes d’éducation se comparent à celui du Canada[1].  En 2007, environ la moitié  des nouveaux résidents permanents du Canada provenaient d’Asie ou des régions du Pacifique (112 659), 20,5 p. 100 d’Afrique ou du Moyen-Orient (48 570) et 10,9 p. 100 d’Amérique du Sud ou d’Amérique centrale (25 890).Les immigrants de toutes les régions d’Europe et des États‑Unis constituaient le reste, soit 20,9 p. 100 des nouveaux arrivants (39 070 et 10 450 respectivement)[2] »[3].

La reconnaissance des acquis devient de plus en plus importante. De plus en plus, des organismes communautaires œuvrent dans le domaine de la reconnaissance des acquis, accompagnent et conseillent les immigrants dans leurs démarches. Compte tenu de la complexité des procédures, les professions et métiers réglementés tout comme les immigrants ont besoin d’être outillés.

En abordant la question du « soutien financier », M. Jean-François Thuot, le directeur général du Conseil interprofessionnel du Québec, avait répondu à cette problématique lors des échanges sur le projet de loi numéro 14 :

« ([…] Comme vous le savez sans doute, le processus de reconnaissance des compétences professionnelles – et là on parle au sens très large, ça peut englober la dimension de l’apprentissage du français pour exercer la profession – est un processus parfois long et complexe pour le candidat. Ces dernières années, beaucoup d’efforts ont été mis pour aider les ordres et les intervenants à développer des outils, améliorer leurs façons de faire. Donc, il y a eu de l’argent au rendez-vous des organismes qui en avaient besoin pour développer des nouvelles façons de faire.

« Est-ce qu’on a aidé autant financièrement les personnes immigrantes qui, elles, doivent faire la demande et se taper tout le processus? Je dois vous dire, ça a été la portion un peu maigre de nos interventions pour la bonne raison qu’il y avait un manque de sous évident. Il y a eu un projet qui a été travaillé et sur lequel il y a eu des réflexions à l’intérieur d’un groupe interministériel auquel nous collaborions avec l’Office des professions. Le projet a été malheureusement […] sans suite, compte tenu des ressources financières que ça aurait exigé[es]. Et, à notre avis, il y a là un élément important qui doit demeurer au centre des préoccupations de tous les intervenants, comment soutenir financièrement la personne immigrante, qui est généralement, au début de son processus, sans emploi et pour qui l’accès à la profession sera une des conditions d’emploi, dans un contexte où le processus de reconnaissance peut être long, parce que rappelons que la moitié des demandeurs de reconnaissance d’une compétence professionnelle auprès d’un ordre vont recevoir de la part de l’ordre une prescription de formation d’appoint. Donc, c’est parfois l’obligation de passer un cours ou des stages. Alors, il y a une période de temps critique pour la personne immigrante qui peut varier de quelques semaines, quelques mois, parfois plus d’un an pour laquelle il y a un besoin de soutien financier. Ce soutien-là est insuffisant, et nous devons remarquer qu’ailleurs au Canada ils ont la même problématique, la même préoccupation, à un point tel que même le gouvernement fédéral, qui dispose de fonds considérables et en apparence à peu près illimités, a mis sur pied des projets pilotes dans trois provinces, dont un projet au Québec, des projets de prêts pour les personnes immigrantes [en l’occurrence l’ACEM]. Incidemment, cette formule de prêts pour les personnes immigrantes, un peu comme un prêt étudiant, avec des taux préférentiels, c’était la formule que nous avions examinée, il y a quelques années, au sein du groupe interministériel, au Québec. Nous souhaitons que cette idée soit reprise par les intervenants concernés et nous souhaitons qu’il y ait un effort véritable pour y mettre le soutien financier nécessaire[4]. »

Sur la question du soutien financier, l’Association communautaire d’emprunt de Montréal (ACEM) avait pris les devants en saisissant le taureau par les cornes par la mise en place d’un projet pilote de prêts pour la reconnaissance des titres et compétences acquis à l’étranger pour des personnes domiciliées au Québec. L’ACEM bénéficie, grâce au gouvernement fédéral, d’un fonds financier qui lui permet de venir en aide aux personnes immigrantes qui n’avaient pas les moyens financiers de poursuivre leurs démarches de reconnaissance et de mise à niveau de leurs compétences. Le Projet pilote de prêts pour la reconnaissance et la mise à niveau des compétences acquises à l’étranger (Objectif Reconnaissance) s’adresse à un  : « immigrant au Canada depuis 10 ans ou moins, citoyen canadien, résidant permanent ou réfugié accepté qui demeure au Québec, [immigrant qui a ] acquis une formation et de l’expérience de travail dans un pays étranger et [qui aimerait] travailler dans le même domaine ou encore un domaine connexe, [immigrant qui a ] besoin d’une accréditation, d’une mise à niveau ou d’une formation complémentaire pour accéder au marché du travail québécois[5] ».

Ce projet pilote qui mérite d’être connu davantage pourra certainement faciliter une meilleure intégration des professionnels immigrants. Sur le site de l’ACEM, on peut lire que :« L’aide offerte sert à payer les frais de : scolarité pour les formations de courte durée (2 ans ou moins), formation linguistique, examen et déplacement pour prendre part aux examens, évaluations de qualification, cotisations exigées par les ordres professionnels, achat de matériel et fournitures liés à la formation, allocation de subsistance pendant la période de formation, toutes les autres dépenses connexes[6]. »

Toujours selon cet organisme à but non lucratif qui inscrit « l’être humain […] au cœur de ses préoccupations », si l’immigrant souscrit un prêt de 2 000 $ par exemple, il paiera des intérêts de 126 $ sur 3 ans ou 168 $ sur 4 ans. Des prêts qui se feront selon le profil financier et le budget familial comme nous l’avions mentionné en entrevue à Indu Krishnamurthy, coordonnatrice du projet.

Cet organisme, qui possède plus de 25 ans d’expérience en  crédit communautaire ou de prêt d’honneur (personnes qui n’ont pas d’actifs ou d’historique de crédit ou dont le dossier est refusé par les banques), met de l’avant la notion de solidarité et de flexibilité dans ses pratiques, contrairement aux banques qui ont d’autres objectifs financiers. Des conditions s’appliquent cependant : « Le prêt varie selon les besoins et peut atteindre un montant de 10 000 $, le taux d’intérêt annuel est de 4 %, les frais d’administration sont de 1 % du montant du prêt autorisé, une garantie personnelle est exigée, la période maximale de remboursement du prêt est de 4 ans, pas de pénalité pour remboursement anticipé » et la personne immigrante doit également « accepter d’être suivi[e] par l’ACEM », ce qui est une très bonne idée pour accompagner convenablement les bénéficiaires du prêt.

Les immigrants n’ont pas souvent les moyens de payer les coûts ou montants trop élevés exigés par les ordres professionnels. Cet accompagnement financier de l’ACEM fait partie des solutions pouvant résoudre les difficultés d’intégration des personnes immigrantes. C’est pourquoi le rapport Bazergui proposait, dans une de ses recommandations au gouvernement provincial libéral, la question du financement. Il faut rendre à M. Bazergui ce qui appartient à M. Bazergui. Des recommandations sur le financement des personnes immigrantes ainsi que de très pertinentes recommandations de ce rapport ont été laissées dans le tiroir du gouvernement libéral provincial.

Le gouvernement fédéral ou de l‘Alberta proposait des crédits pour la reconnaissance des compétences et d’après certaines informations, le taux de remboursement depuis 2002 est de 98 %, ce qui prouve la pertinence d’un tel projet.

Donner l’heure juste sur la réalité des ordres professionnels avant la sélection ou l’arrivée des immigrants au Canada est une des solutions à l’intégration rapide en emploi des professionnels immigrants. « Ottawa veut évaluer les compétences des immigrants avant leur arrivée, La Presse Canadienne, Ottawa, 28 mars 2012 » (pour augmenter les chances des immigrants d’intégrer un emploi à la hauteur de leurs compétences) et pour diminuer le taux de chômage des immigrants déjà établis au Canada. L’évaluation des compétences des immigrants depuis l’étranger ne constitue également aucune garantie pour l’obtention d’un emploi comme le faisait remarquer Citoyenneté et Immigration Canada.

Établi en 2007, le Bureau d’orientation relatif aux titres de compétences étrangers (BORTCE) fait partie de Citoyenneté et Immigration. Un travail en amont permet à la personne de savoir ce que valent son diplôme et ses compétences. Le gouvernement fédéral veut, avec son projet pilote, donner une indication à ceux qui veulent immigrer, une évaluation de leur diplôme bien avant leur arrivée. Le bilan des acquis ou des compétences des immigrants devient plus que jamais nécessaire dans la mesure où certains d’entre eux proviennent des pays où les services en orientation ne sont pas offerts.

[1] Jeffrey G. Reitz, « Immigrant Employment Success in Canada, Part I:  Individual and Contextual Causes », Revue de l’intégration et de la migration internationale, vol. 8, 2007, p. 23.  Selon Reitz, « avant les réformes de l’immigration des années 1960, la proportion des membres de minorités raciales était très faible.  Les minorités raciales n’étaient pas considérées comme une catégorie à l’époque.  Selon les données fournies, la proportion des membres de minorités raciales serait à peu près 1 p. 100 ».

[2] Citoyenneté et Immigration Canada, Faits et chiffres 2007, « Aperçu de l’immigration : résidents permanents et temporaires ».

[3] Penny Becklumb et Sandra Elgersma, Reconnaissance des titres de compétences étrangers des immigrants, révisé le 8 octobre 2008. En ligne, http://www.parl.gc.ca/Content/LOP/researchpublications/prb0429-f.htm

[4] Jean-François Thuot, « Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d’autres dispositions législatives», Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation, Version préliminaire, vol. 43, « 40e législature, 1re session (début : 30 octobre 2012) », no 20, 11 avril 2013.

[5]D’autres conditions d’éligibilité sont également disponibles sur le site de l’ACEM http://www.acemcreditcommunautaire.qc.ca/fr/rmce.

[6]  En ligne, http://www.acemcreditcommunautaire.qc.ca/fr/rmce

Publié par : Doudou Sow | 19 janvier 2015

Limites de l’intervention des conseillers en emploi

Chercheur d'emploi immigrantEn identifiant les limites de leur propre intervention, les conseillers en emploi référent à des organismes partenaires et institutions d’enseignement pour mieux répondre aux besoins de la clientèle. Ce travail de référence se fait aussi très bien à l’intérieur d’un secteur validant ainsi l’idée de continuum de services.

Les conseillers en emploi sont obligés de s’adapter, comme ils le recommandent d’ailleurs souvent à leurs participants. Par la nature du changement du travail, des réalités de l’évolution du marché du travail, les conseillers en emploi qui étaient, à la base, des généralistes sur la question de la préparation et de l’accompagnement des candidats, deviennent de plus en plus des spécialistes dans plusieurs domaines. Cette exigence des immigrants instruits suppose une mise à jour continuelle des intervenants de l’employabilité en termes d’information, de pratiques et de compétences techniques. Cela passe nécessairement par des formations continues ou permanentes, mais aussi à travers l’échange d’expertises entre intervenants et organismes externes.

Ils sont obligés aussi de se mettre à jour car des chômeurs instruits deviennent de plus en plus exigeants au niveau de la qualité de l’information, de la formation et du counseling individuel. Ce n’est pas pour rien que ces immigrants, qui ont des attentes très élevées dans le processus de recherche d’emploi, contactent, à la fois, plusieurs organismes communautaires offrant les mêmes services – ils le font de moins en moins à cause du système d’Emploi-Québec qui récuse le dédoublement des services – et changent de conseiller en emploi au fur et à mesure que leurs démarches d’intégration en emploi ne donnent pas les résultats escomptés. Les conseillers en emploi, qui sont, certes, des généralistes, sont tenus par la force des choses de saisir les grandes lignes de chaque domaine professionnel et métier de formation.

Dans un contexte de plus en plus marqué par la reddition de comptes, mais aussi par des exigences de plus en plus en plus nombreuses de la clientèle, il demeure évident que les organismes communautaires ont l’obligation de s’adapter aux réalités actuelles du marché du travail.

Les spécificités d’intervention des conseillers en emploi sont le reflet à la fois des personnalités différentes des conseillers en emploi, de la nature de leur mandat, mais également du type ou des contenus des programmes (pré-employabilité ou employabilité), de leur durée, du territoire et des objectifs prédéfinis. En d’autres termes, les intervenants répondent aux besoins ou à chaque besoin des clients selon la philosophie du programme.

Mieux, le rôle de conseiller en emploi est différent dans la nature et la démarche selon que l’on veuille favoriser une autonomie sociale et professionnelle chez une catégorie de clientèle (mère de famille monoparentale pour des besoins de logement, de garderie, élaboration de budget) ou que l’on développe une approche orientée sur des solutions immédiates pour d’autres clientèles. Aussi, la stratégie d’accompagnement des décrocheurs scolaires est tout aussi différente de la catégorie de clientèle cumulant plusieurs statuts.

Un niveau de scolarité plus élevé entraîne souvent une surqualification dans le marché du travail. Au Québec, diplômés et surqualifiés peuvent devenir des handicaps au lieu d’être des atouts, comme en témoigne le taux de chômage élevé des immigrants. Mais il s’agit aussi de savoir comment vendre ses compétences aussi bien en entrevue que dans les CV car, dans le domaine de l’employabilité, on parle souvent « des omissions volontaires » pour répondre adéquatement aux exigences du poste.

Même s’ils doivent ouvrir leurs réseaux de contacts pour en faire bénéficier leurs candidats, les conseillers en emploi aident les chercheurs d’emploi à devenir autonomes et à passer maîtres dans l’art de communiquer en découvrant les cadres de référence des employés.

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 17 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 6 spectacles pour accueillir tout le monde.

74 images ont été importées, portant le total à 20 MB. Ça fait pratiquement une image par semaine.

Le jour le plus actif de l’année a été le 30 décembre avec 850 vues. L’article le plus populaire ce jour-là fut Les compétences recherchées par les employeurs québécois.

Ce blogue a enregistré une affluence de 6 535 visites en décembre 2014, un véritable record!

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Publié par : Doudou Sow | 23 décembre 2014

Pistes de solution pour intégrer le marché du travail québécois

Le bénévolat, le mentorat, la réorientation de carrière ou la mise à niveau de certaines compétences, la régionalisation de l’immigration comme pistes de solution pour intégrer le marché du travail québécois Durée : 03 :47

Chercheur d'emploi immigrantDans certains documents ou formulaires de consentement en matière de renseignements personnels, transmission de CV et participation, les organismes communautaires informent le participant que le service d’aide à l’intégration en emploi n’est pas une agence de placement. On peut évoquer deux aspects là‑dessus : la responsabilisation du chercheur d’emploi dans ses démarches et la philosophie d’action du communautaire.

Les conseillers en emploi appliquent intelligemment la citation du philosophe chinois Confucius selon laquelle : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson ». Ce penseur insistait sur la capacité de l’individu à se prendre en charge (l’« empowerment ») afin de lui permettre de voler de ses propres ailes.

L’organisme de développement de l’employabilité Destination Travail/Carrefour Jeunesse-Emploi de Lasalle retrace dans un document promotionnel l’historique des clubs de recherche d’emploi pour des groupes de dix à douze personnes s’étalant souvent sur une période de quatre semaines :

« C’est une méthode dynamique de recherche d’emploi qui fonctionne selon une approche “behavioriste”, mettant l’accent sur la confiance, le renforcement positif, l’action et la minimisation des obstacles à la recherche d’emploi.

« Ces techniques ont été mises sur pied par le Dr. Nathan Azrin au début des années 1970. Elles ont été développées et expérimentées dans des Centres d’Emploi du Canada en Ontario en 1982 et adoptées par la suite par M. Arthur Mills (Emploi et Immigration Canada). »

Les immigrants chercheurs d’emploi ne sont pas habitués à faire une préparation des techniques de recherche d’emploi. Et, pour cette raison, ces derniers pensent que les conseillers en emploi doivent leur trouver très rapidement un emploi qualifié. Même si certains organismes communautaires insistent sur le fait qu’ils ne sont pas des agences de placement, certaines personnes immigrantes soutiennent avec la dernière énergie que les conseillers en emploi sont payés pour leur trouver un emploi. Certains immigrants se demandent même à quoi servent les subventions du ministère de l’Immigration ou d’Emploi-Québec si les conseillers en emploi ne leur permettent pas de trouver un emploi. Ceux qui ne font pas preuve de tact lancent même à certains conseillers en emploi et fonctionnaires de l’immigration des propos du genre : ″Si vous êtes là, c’est parce que vous me le devez″. Ils vont plus loin en disant qu’ils pourraient se débrouiller eux-mêmes et faire leur propre CV au lieu de passer trois ou quatre semaines à « blablater ». Cette tendance, même si elle est minoritaire, est très radicale dans la façon de concevoir la philosophie des ateliers de recherche d’emploi au Québec.

Nous sommes d’accord que certaines personnes immigrantes ont une facilité de compréhension très rapide des techniques de recherche d’emploi et de la société dans son ensemble. Toutefois, cela ne les exempte nullement de suivre le processus classique de tout nouvel arrivant qui veut se trouver un emploi, mais aussi de s’intégrer pleinement dans la société au sens véritable du terme.

La relation que le conseiller en emploi entretient avec le participant est plus qu’essentiel. Les conseillers en emploi encouragent les immigrants à effectuer des visites exploratoires dans les entreprises et les accompagnent surtout dans les premières semaines d’intégration. Les chercheurs d’emploi doivent toujours démontrer aux employeurs qu’ils ont été efficaces face à de nombreuses situations. Le conseiller en emploi qui travaille sur des besoins précis du candidat lui rappelle l’importance du savoir-agir (action, situation et résultats), une demande de plus en plus exprimée par les employeurs.

L‘expertise technique du participant peut se mesurer subjectivement par le conseiller en emploi à travers les outils, comme Repères, Information sur le marché du travail (IMT) d’Emploi-Québec, les offres d’emploi, la version originale du CV, Inforoute FPT, Métiers Québec, Google, etc. Le conseiller en emploi doit mettre en valeur les compétences transférables et les valeurs qui ont du sens en rapport avec le poste convoité.

Pour démontrer leur autonomie, les chercheurs d’emploi immigrants peuvent se rendre directement sur les sites Internet pour s’imprégner de la description de l’entreprise, identifier la mission et les valeurs de l’entreprise pour bien se familiariser à la question : Pourquoi voulez-vous travailler pour notre entreprise?

En allant sur des sites d’entreprises ou des comités sectoriels de main-d’œuvre, ils peuvent s’inscrire en ligne et s’abonner afin de recevoir des publications des nouvelles de l’industrie ou du secteur, des capsules électroniques qui pourraient améliorer leurs connaissances du secteur d’activité tout en s’informant des dernières nouvelles du secteur qui change de jour en jour. Ils doivent créer une fiche Excel pour répertorier les différentes candidatures afin de se rappeler des candidatures et des commentaires puisqu’au début, les immigrants envoient, dans tous les sens du terme, des tonnes de candidatures.

En plus des conseils des intervenants communautaires, ils peuvent se renseigner à travers certaines rubriques consacrées à l’emploi des journaux comme 24h, Métro, Les affaires, les sites comme Jobboom, Workopolis, les sites spécialisés, les comités sectoriels de main-d’œuvre, les associations professionnelles. Ils peuvent également lire des rubriques carrières, des blogues spécialisés en emploi pour se tenir informés des pratiques gagnantes de la recherche d’emploi.

Une bonne organisation nécessite un aménagement des horaires de travail s’ils occupent un poste dans un centre d’appels ou une autre « jobine ». Le suivi personnalisé est important, mais il faut que les immigrants fassent aussi leur part en donnant de leurs nouvelles et en ne baissant pas trop facilement les bras.

Certains chercheurs d’emploi immigrants, à force d’essuyer des refus, peuvent tomber dans une attitude de quémandeurs d’emploi. Les employeurs regardent si le profil correspond aux exigences du poste et recrutent des personnes pouvant apporter une valeur ajoutée à l’entreprise.

Devant la concurrence, les nouveaux arrivants doivent toujours redoubler d’ingéniosité pour sortir du lot des chercheurs d’emploi traditionnels.

Sur le même sujet, lire le prochain texte Limites de l’intervention des conseillers en emploi

Ce texte est extrait  de mon  livre « Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil » paru le 2 avril 2014.

Publié par : Doudou Sow | 14 décembre 2014

Un marché de l’emploi très compétitif_conférence audio

Table ronde ; Présences africaines au Québec dans le cadre de la série « Parlons de nos racines immigrantes », Musée-Observatoire de l’immigration-Université du Québec à Montréal (UQAM), 20 mars 2012, Maison de l’Afrique- Mandingo, Montréal, Canada.

Un marché de l’emploi très compétitif : Stratégies : séduire, convaincre et rassurer les employeurs; créer, développer et entretenir un réseau Durée : 01 : 19

Table ronde : Présences africaines au Québec dans le cadre de la série « Parlons de nos racines immigrantes », Musée-Observatoire de l’immigration-Université du Québec à Montréal (UQAM), 20 mars 2012, Maison de l’Afrique- Mandingo, Montréal, Canada.

Les difficultés d’intégration des personnes immigrantes en chiffres : les indicateurs de qualité d’emploi, la surreprésentation des femmes immigrantes dans des emplois précaires ainsi que leur taux de chômage très élevé Durée : 09 :48

 

Table ronde ; Présences africaines au Québec dans le cadre de la série « Parlons de nos racines immigrantes », Musée-Observatoire de l’immigration-Université du Québec à Montréal (UQAM), 20 mars 2012, Maison de l’Afrique- Mandingo, Montréal, Canada.

L’emploi, le premier facteur socialisateur et intégrateur de l’individu dans une société Durée : 3 : 19

Doudou présenté à la ministre par Éva Lopez et StephanLes intervenants du milieu communautaire ont à cœur la relation d’aide qui constitue l’ADN des organismes à but non lucratif (OBNL). Les intervenants communautaires ou conseillers en emploi ne sont pas portés vers les salaires très élevés, mais cherchent plutôt à concilier leurs valeurs personnelles sociales à celles professionnelles. Cependant, la tâche des conseillers en emploi ou la mise en relation avec les candidats est loin d’être aisée.

Ces derniers ramènent souvent des problèmes rencontrés au travail à leur domicile et connaissent ainsi des taux d’épuisement professionnel très élevés. Compte tenu de la complexité des tâches qui leur sont confiées, les conseillers en emploi finissent par devenir inconsciemment des psychologues, des assistantes maternelles, des psychothérapeutes, etc. En établissant le contact avec le chercheur d’emploi, il peut arriver souvent au conseiller en emploi de « materner », par une approche psychopédagogique, le participant qui peut parfois être une personne « insécure». Mais, en aucune façon, les conseillers en emploi ne peuvent se substituer à celui-ci, même s’ils doivent faire preuve d’empathie à l’égard des personnes en difficulté qu’ils rencontrent.

Pour inciter les participants à laisser une bonne image de marque auprès des employeurs, les conseillers en emploi essaient de faire ressortir chez les chercheurs d’emploi des attitudes susceptibles de séduire, convaincre et rassurer les employeurs. Ils s’appuient ainsi sur la règle des 3 S : Savoir être  – Savoir faire – Savoir.

Dans leur premier chapitre intitulé « L’approche et le modèle d’insertion professionnelle », les auteures Denise Fontaine, Chantal Nault et Marie-Josée Richer s’appuient sur Jacques Limoges, un auteur qui a développé depuis 1987 un modèle très célèbre décrivant la recherche d’emploi : « le modèle du trèfle chanceux ». Elles conseillent à ceux et celles qui veulent « trouver du travail » de « tenir compte des  enjeux sociaux, politiques et économiques qui [les]entourent et qui peuvent influencer [leur] recherche d’emploi (ESPE); […] [de] bien [se] connaître (SOI), savoir où [ils veulent] travailler (LIEU) et comment trouver un emploi (MÉTHODE)[1] ».

De manière générale, les entreprises québécoises ne connaissent pas le système de diplôme ou les entreprises dans lesquelles les personnes immigrantes ont déjà travaillé. Elles ne connaissent pas non plus les universités où les personnes venues d’ailleurs ont déjà fait leur formation. C’est pourquoi certains conseillers en emploi demandent aux chercheurs d’emploi immigrants de faire une brève description de l’entreprise en identifiant son secteur d’activités afin de bien situer le recruteur québécois et de montrer l’importance de l’entreprise, de trouver un système d’équivalence dans les standards québécois afin de rassurer les employeurs qui, reconnaissons-le, ne peuvent pas tout connaître et ont aussi besoin qu’on leur facilite parfois la tâche.

Le recruteur québécois n’a pas le temps de faire une gymnastique intellectuelle quand il est devant un curriculum-vitae (CV). Il veut avoir une information claire et précise sur cet outil qui ne doit laisser aucune équivoque. C’est pourquoi le CV doit être accrocheur et donner au recruteur le goût de rencontrer le chercheur d’emploi.

Les conseillers en emploi rencontrent, souvent, certaines clientèles, notamment africaines et maghrébines, qui tiennent mordicus à mettre sur leur CV certaines informations faisant partie de leur parcours de vie. Ces dernières ne veulent pas systématiquement sélectionner certaines informations en lien avec le poste requis. Autrement dit, certaines personnes immigrantes se sentent dévalorisées quand les conseillers en emploi leur demandent de ne pas mentionner sur leur CV un domaine de formation élevé ou une expérience de travail non pertinente de crainte de ne pas attirer l’attention du recruteur. Dans ce cas de figure, il existe une différence d’approche et d’école chez les conseillers en emploi.

Un employeur québécois qui voit dans un CV un niveau de formation qui ne correspond pas à celui qu’il exige pour le poste peut bel et bien se poser des questions. Différentes interprétations sont alors possibles pour l’employeur :

  • Le candidat fera-t-il une longue carrière au sein de son entreprise? D’où la question en entrevue « où est-ce que vous voyez dans cinq ans? »
  • Le candidat veut-il faire de son entreprise un tremplin pour gagner plus d’expérience ou perfectionner ses connaissances?
  • Le salaire qu’il lui propose conviendrait-il à cette personne en fonction de son niveau de scolarité et de ses années d’expérience?
  • Le candidat démontrera-t-il une grande motivation pour ce poste, etc.?

Cette perception du CV parfait et valorisant sur le niveau d’études élevé confirme le culte du diplôme chez les Africains et Maghrébins. Une attitude compréhensible pour un conseiller en emploi d’origine immigrante qui connaît la valeur du diplôme chez ceux originaires de cette région du monde. Cependant, le culte du diplôme à outrance peut également produire l’effet inverse dans un contexte nord-américain.

Dans la partie « Le CV dans une perspective de sélection – le point de vue du recruteur », l’auteur québécois Stéphane Boudriau mentionne que :

« Pour les employeurs, le curriculum vitae est souvent le premier contact avec les candidats potentiels. Ce contact permettra à l’employeur de déterminer s’il poursuit la démarche avec les postulants ou si le CV sera placé dans la pile de rejets. […] Les avis divergent quelque peu à ce sujet, mais on mentionne que les employeurs passent, en moyenne, entre une dizaine et une trentaine de secondes à examiner le document[2]. »

En affirmant que « le CV parfait n’existe pas[3] », Stéphane Boudriau a voulu attirer l’attention du chercheur d’emploi sur la personnalisation du document.

« Plutôt que de tenter de rédiger le CV parfait, misez plutôt sur le bon curriculum vitae. Le bon CV est celui qui vous ressemble, celui où vous aurez su, à votre façon, écrire de manière directe et nette, parler le langage de votre interlocuteur et faire ressortir les points clés (Bacus et Parra‑Pérez, 1990). Le bon CV doit offrir un heureux mariage entre la formation, l’expérience et les compétences[4]. »

Il y a des candidats qui sont prêts à aller sur le marché du travail et qui ont les atouts nécessaires pour comprendre l’environnement de travail et la société dans laquelle ils se trouvent, ce que nous appelons des conseillers en emploi en herbe. Ils sont eux-mêmes des conseillers en emploi potentiels et connaissent l’essentiel du discours d’une intégration réussie. Cependant, la très grande majorité a besoin d’un accompagnement individualisé. En réalité, chaque candidat est un cas unique et a besoin d’un plan d’action personnalisé.

Stéphane Boudriau, au neuvième chapitre intitulé « La lettre de présentation : un document crucial », souligne :

« Une lettre [de présentation ou de motivation selon l’appellation française] bien rédigée, qui met en relief, en quelques paragraphes, vos motivations et votre potentiel, incitera l’employeur à ouvrir votre CV pour en savoir plus[5]. »

« Votre lettre de présentation, qu’on appelle aussi lettre d’introduction ou lettre de candidature, tient presque lieu de première poignée de main avec l’employeur et influencera à coup sûr la première impression qu’il aura de vous. Il convient donc d’y apporter toute l’attention et l’application nécessaires[6] », souligne-t-il.

Monsieur Boudriau définit les contours d’une meilleure rédaction de la lettre de présentation :

« En général la lettre [personnalisée] devrait s’articuler en trois ou quatre paragraphes distincts. Paragraphe un : le rappel du poste sollicité ; paragraphe deux : la mise en relief des compétences et du potentiel ; paragraphe trois : la démonstration de son intérêt pour le poste et pour l’entreprise ; paragraphe quatre : les indications sur sa disponibilité et une formule de politesse[7]. »

Dans les offres d’emploi, les employeurs ont souvent tendance à mettre, au niveau de la description des compétences, des informations reliées à des connaissances ou notions ou expériences dans le domaine exigé ou toute autre combinaison de formation et d’expérience jugée équivalente ainsi que les aptitudes et connaissances linguistiques. Les exigences et conditions de travail se traduisent également par le niveau d’études (universitaire, collégial, diplôme d’études secondaires (DES)) et les années d’expérience en lien avec l’emploi convoité. Les principales fonctions permettent également au chercheur d’emploi de faire un décryptage de l’offre d’emploi.

Une meilleure stratégie consiste à faire ressortir les compétences recherchées par les employeurs tout en personnalisant l’approche. Les nouveaux arrivants ont intérêt à mettre en avant dans leurs entrevues leurs compétences ainsi que leurs réalisations afin de convaincre les recruteurs de la transférabilité réelle des compétences acquises ou développées dans leur pays d’origine au profit des entreprises québécoises.

Pour que le CV ne se retrouve pas à la poubelle, la personne immigrante doit trouver une adéquation entre les exigences requises et les compétences et qualités demandées.

Les diplômés hors Québec vont travailler dans des postes d’entrée et souvent même dans un domaine d’activité qui n’était pas au départ leur secteur de formation. Il convient de rappeler que les personnes immigrantes d’origine africaine, maghrébine par exemple, ne sont pas habituées également à faire des tests d’orientation tout comme des tests psychométriques ou de personnalité qui évaluent leurs aptitudes mentales et physiques. Un bilan de compétences (par les conseillers d’orientation) ou un inventaire de compétences (par les conseillers en emploi) peut s’imposer pour les aider à mieux valider leur objectif d’emploi et à mieux cibler l’environnement de travail.

Différents moyens pédagogiques tels que les exercices de simulation par vidéo par exemple permettent au candidat d’apprendre de ses erreurs et de se sentir en confiance en entrevue grandeur nature.

La capacité d’adaptation constitue également un facteur important pour embaucher les personnes immigrantes.

L’employeur veut connaître les compétences essentielles du candidat et les évalue à partir de certaines questions théoriques ou de mises en situation pratiques : le contexte et la nature du problème, la manière dont le problème a été résolu et les résultats obtenus. Le candidat doit souvent éviter de dire « On » et ne doit pas faire une utilisation abusive du « Nous ». Il est important d’utiliser le pronom personnel « Je » et le pronom démonstratif « J’ai » en parlant des réalisations. Le juste milieu entre le « Je » et le « Nous » doit prévaloir pour un meilleur dosage des arguments.

Certains candidats peuvent se laisser aller en entrevue en ayant en tête, de manière inconsciente, que le recruteur québécois qui a déjà leur CV en main connaît très bien leur parcours professionnel ainsi que leur personnalité. Autrement dit, ils se contentent de dire que toutes les informations sur leur profil sont déjà indiquées dans le CV. Cependant, ils doivent démontrer que le CV ressemble à la personne aussi bien sur le plan des compétences techniques que relationnelles. Le comité de sélection, qui est souvent composé de trois personnes, réunissant une personne des ressources humaines ou des conseillers en dotation, un gestionnaire ou un superviseur selon l’organigramme de l’institution, ne se livre pas à des questions pièges. Toutefois, ledit comité ne veut pas se tromper dans le choix du profil dans la mesure où le recrutement coûte du temps, de l’énergie et de l’argent.

La bonne connaissance du marché du travail québécois est un indicateur pour une intégration rapide en emploi. Un chercheur d’emploi qui connaît les valeurs, la culture organisationnelle, la mission de l’entreprise, est mieux outillé pour affronter le marché du travail.

Les secteurs qui recrutent sont très nombreux. Le magazine Jobboom identifie chaque année Les carrières d’avenir en se basant sur des données colligées à partir des acteurs institutionnels et économiques de toutes les régions du Québec. Au niveau des secteurs d’emploi, on retrouve Santé et services sociaux (entre 16 000 et 22 000 travailleurs devront être recrutés chaque année d’ici 2015); Construction et bâtiment (entre 10 000 et 14 000 travailleurs devront être recrutés par année d’ici 2016); TIC (d’ici 2014, 75 000 travailleurs en TIC devront être recrutés chaque année); Mines (d’ici 2021, une prévision de l’industrie estime le recrutement de 18 000 nouveaux travailleurs); Secteur de l’éducation; Environnement, etc. Les soudeurs, les monteurs et techniciens d’usinage font partie des formations gagnantes[8].

Les services de counseling et d’accompagnement visent à faciliter de manière efficace les démarches de recherche d’emploi. L’action du professionnel auprès du participant ou du chercheur d’emploi met l’accent sur l’accompagnement, mais aussi et surtout, sur l’intégration en emploi.

Le conseiller en emploi répond aux besoins de la clientèle qui souhaite obtenir un emploi convenable et durable. C’est également dans ce cadre que s’inscrivent les visites d’entreprise et les activités de réseautage auprès des employeurs ou des acteurs du marché du travail pour permettre aux candidats d’avoir des informations sur la culture organisationnelle des entreprises, sur le processus de recrutement, afin de mettre toutes leurs chances de leur côté.

Les immigrants ont des parcours différents et développent parfois des attentes surévaluées par rapport au marché du travail québécois.

Les conseillers en emploi ont, à la fois, un rôle technique et social (encadrement et agent de transformation sociale). Par exemple, face à des décrocheurs scolaires ou des mères de famille monoparentales ou même face à des immigrants déboussolés, voire frustrés, ou en quête ou reconquête de leur identité professionnelle, la meilleure approche consiste à valoriser leurs compétences pour rehausser leur estime de soi.

Ils ont un impact positif chez les personnes qu’ils rencontrent et contribuent ainsi au développement socioéconomique de la société québécoise. En aidant les candidats à comprendre les cadres de référence des employeurs permettant ainsi une meilleure culture organisationnelle, une harmonie et un environnement de travail adéquat, les conseillers en emploi participent à leur intégration rapide en emploi.

Ce texte est extrait  de mon  livre « Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil » paru le 2 avril 2014.

[1] Denise Fontaine, Chantal Nault et Marie-Josée Richer, Guide d’auto-accompagnement en recherche d’emploi : l’énergie d’une démarche réflexive et structurée, Sherbrooke, Éditions du CRP, 1997, p.10, 160 p.

[2]   Stéphane Boudriau, Le CV par compétences – votre portefeuille pour l’emploi, 2e édition revue et enrichie, Montréal, Les Éditions Transcontinental, 2002, p. 21, 327 p.

[3] Pour savoir les avantages et les limites des différents CV, consulter le livre de Stéphane Boudriau, Le CV par compétences – votre portefeuille pour l’emploi, 2e édition revue et enrichie, Montréal, Les Éditions Transcontinental, 2002. Les CV traditionnels (le CV chronologique, le CV fonctionnel, le CV mixte ou CV combiné) et le CV par compétences.

[4]   Op.cit; p. 22-23.

[5]   Op.cit; p.271.

[6]   Ibid; p.271.

[7]    Op.cit; p. 274-275.

[8]   Pour aller plus loin sur ce sujet, lire Les carrières d’avenir 2013, Jobboom, 16e  édition, 30 janvier 2013.

Doudou Sow Palais des Congrés de MontréalLes conseillers en emploi ont, entres autres, la lourde responsabilité de déconstruire les attentes irréalistes des immigrants par rapport au marché du travail québécois. Les trajectoires professionnelles des personnes immigrantes et leur profil de compétences constituent des marqueurs ou des indicateurs pour une intégration rapide en emploi. Il existe une interaction entre les conseillers en emploi et les chercheurs d’emploi qui doivent apprivoiser les habiletés de la communication interculturelle.

Le rôle des conseillers en emploi est souvent évoqué dans l’intégration socioprofessionnelle de l’immigrant. Ces derniers font tout ce qui est en leur pouvoir pour diminuer les obstacles d’insertion au marché du travail. Ils insistent sur l’attitude positive que les immigrants doivent adopter. Ils apprennent aux immigrants à bien se vendre (la technique du marketing) et à trouver également le juste équilibre entre se vendre et éviter de se vanter : autrement dit démontrer leur sens de l’humilité tout en évitant de se dévaloriser. Ils insistent sur les outils de marketing (CV persuasifs et accrocheurs, lettres de présentation personnalisées, meilleure prospection téléphonique).

Devant des difficultés à percer le marché de l’emploi, les personnes immigrantes ne peuvent compter que sur des stratégies gagnantes de recherche d’emploi. Elles doivent ainsi valoriser les compétences professionnelles et les réalisations qui leur ont permis d’avoir une solide expérience dans leur domaine ou secteur d’activités. Ne dit-on pas souvent qu’on reconnaît l’arbre à ses fruits?

L’intervention des conseillers en emploi aide à mieux préparer et accompagner les participants dans leur projet de vie ou de carrière professionnelle ou de retour aux études.

Pour aller plus loin sur le sujet, lire le prochain texte Le rôle des conseillers en emploi : aider des personnes en difficulté pour qu’elles retrouvent la dignité humaine http://goo.gl/ewhHqd

Ce texte est extrait  de mon  livre « Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil » paru le 2 avril 2014.

 

image-entreprise québécoiseLes employeurs québécois cherchent à embaucher le candidat idéal, celui qui a le meilleur profil correspondant aux compétences techniques et relationnelles tout comme les chercheurs d’emploi sont en quête des meilleures conditions de travail, d’une entreprise qui correspond à leurs valeurs personnelles et professionnelles.

Donc nous pouvons dire que, des deux côtés, chaque partie essaie de dégoter la perle rare. Résultat des courses : ce sont les employeurs qui ont le gros bout du bâton pour le moment. Et pour cette raison, les immigrants issus des minorités visibles doivent s’ajuster en fonction des demandes des employeurs. C’est pourquoi il serait intéressant d’appliquer ce que nous appelons la recette ou stratégie du séduire, convaincre et rassurer l’employeur pour décrocher un emploi.

Les chercheurs d’emploi doivent convaincre l’employeur qu’ils ont toutes les compétences requises pour le poste visé et qu’ils seront capables en tout temps d’atteindre, et même, de dépasser les objectifs fixés. La course aux talents ainsi que la compétition étant ce qu’elles sont, les employeurs font tout ce qui est en leur pouvoir pour dénicher la perle rare. Il appartient donc à la personne immigrante de bien vendre ses compétences en sachant, entre autres, les illustrer par des exemples concrets tout en mettant l’accent sur ses réalisations et expériences précédentes en lien avec les exigences du poste.

L’employeur québécois se pose toujours des questions concernant l’adaptabilité de la nouvelle recrue et sa capacité à bien intégrer un nouvel environnement, à bien apprivoiser la culture de l’entreprise, les valeurs et la mission de l’entreprise, bref sa marque de commerce.

Dans un contexte où la diversité devient de plus en plus grande, la communication directe devient importante pour éviter toute confusion ou toute interprétation comme l’a d’ailleurs si bien mentionné le site Internet du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) au sujet de Quelques caractéristiques et valeurs du marché du travail québécois. Les employeurs éprouvent des difficultés à connaître les codes culturels de 165 communautés culturelles présentes au Québec.

Il faut cependant reconnaître le problème des deux côtés : les entreprises doivent montrer plus d’ouverture pour une meilleure intégration des immigrants, mais ces derniers doivent aussi connaître la culture organisationnelle et les aspects communicationnels.

Les entreprises québécoises se demandent si la personne immigrante a la même perception de la culture de l’entreprise et de travail au Québec. La confiance entre les deux parties ne s’établit pas au début. Il appartient à la personne immigrante de démontrer ce qu’elle est capable d’offrir, mais il faut aussi que l’entreprise donne la chance au coureur, pour reprendre une expression bien québécoise.

La norme sociétale et économique plaide pour que les entreprises embauchent un employé, quelle que soit son origine, en vue d’un investissement à court, moyen et long terme. Mais ceci est plus valable pour les personnes immigrantes qui doivent démontrer qu’elles peuvent s’adapter à n’importe quel environnement et qui sauront établir des relations harmonieuses avec les membres de l’équipe déjà sur place.

Étant donné que le marché du travail est en constante évolution, il serait important d’en connaître les tenants et les aboutissants dans les moindres détails.

Ce texte est extrait  de mon  livre « Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil » paru le 2 avril 2014.

group of business team standing in a rowLa session de formation – manuel du participant du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), intitulée « Comprendre les enjeux culturels en emploi pour faciliter son intégration », donne une définition du « concept de culture » adaptée à la réalité organisationnelle québécoise :

« La culture nous fournit des réponses comportementales que nous apprenons pour nous adapter à l’environnement dans lequel nous vivons. Nous pouvons dire que la culture est, en quelque sorte, un « logiciel » qui sert à comprendre, à agir, à s’adapter dans une société, ce qui comprend tous les acquis tels que le savoir, les croyances, les arts, les lois, la morale, les coutumes, etc. Toutefois, les personnes ne sont pas de simples produits de leur culture, elles sont aussi productrices de culture[1]. »

La gestion axée sur les résultats (productivité et rendement selon les termes des entreprises privées et atteinte des cibles ou des objectifs, un terme plus politiquement correct utilisé par les organismes communautaires) devient de plus en plus présente dans la culture organisationnelle des entreprises québécoises et, plus particulièrement, dans un contexte de crise économique.

Les gestionnaires au Québec supervisent les employés tout en leur déléguant certaines tâches. Les personnes immigrantes peuvent se sentir valorisées dans la mesure où elles réussissent à atteindre plusieurs défis. On retrouve cette approche gagnant-gagnant dans le modèle de culture d’entreprise québécoise. La notion d’esprit d’équipe est très demandée. C’est pourquoi il est souvent indiqué, quasiment et systématiquement, dans toutes les offres d’emploi des compétences relationnelles. La capacité de s’adapter à l’environnement est aussi souvent exigée dans des entrevues ou offres d’emploi.

Au Québec, la culture organisationnelle établit un système de mérite : les bonnes personnes aux bonnes places. Le milieu de travail est par essence un milieu conflictuel où on note des rapports de force, selon la conception du fondateur de la sociologie française des organisations Michel Crozier[2]. Cependant, dans l’environnement de travail québécois, une célèbre expression québécoise « pas de chicane dans la cabane » traduit l’état d’esprit des Québécois concernant l’harmonie au travail. Les rapports hiérarchiques dans le milieu de travail québécois sont marqués par une faible hiérarchie : une collaboration plus qu’un système contraignant de forte autorité exerçant un pouvoir suprême. La culture d’entreprise québécoise est basée sur les compétences et non sur les diplômes. L’investissement dans le capital humain amène les employeurs à payer des formations de perfectionnement aux employés.

La dimension sociale dans l’analyse des organisations intervient aussi dans une optique de satisfaction des employés. Les employeurs québécois ont compris qu’il faut motiver les employés (A. Maslow (1908-1970) : La théorie des besoins et des motivations, psychologue de formation et spécialiste du comportement humain, la motivation de l’homme au travail) pour atteindre une performance économique de l’entreprise. Dans la pyramide de Maslow, on découvre qu’une fois que les employés arrivent à atteindre leurs objectifs, ils souhaitent leur épanouissement, leur reconnaissance dans le travail.

Le salaire est, certes, un paramètre important, mais l’épanouissement du salarié dans son lieu de travail, qui se manifeste par de bonnes conditions de travail, demeure également un aspect non négligeable. L’identité au travail (Renaud Sainsaulieu) produit de la socialisation dans les entreprises. Un bon climat de travail avec, en toile de fond, une équipe harmonieuse rendent une entreprise performante. La productivité économique se conjugue dès lors avec le facteur humain : deux aspects indissociables.

Au Québec, il existe une évolution professionnelle dans la culture organisationnelle qui permet à la personne de continuer à relever des défis. Les gestionnaires valorisent les employés et sont à l’écoute de nouvelles idées permettant à l’entreprise de bien réaliser sa mission ou d’atteindre ses objectifs.

Les immigrants sont impressionnés par le mode de gestion participatif et la simplicité des leaders incarnant la hiérarchie. On remarque constamment dans la culture organisationnelle québécoise l’implication des gestionnaires mettant la main à la pâte, ne s’enfermant pas à longueur de journée dans leur bureau et n’ayant pas systématiquement la tendance de faire passer le filtre de la secrétaire à leurs interlocuteurs comme c’est le cas souvent dans les sociétés africaines, maghrébines et européennes.

L’immigrant doit accepter les critiques constructives et les prendre comme un signe de professionnalisme et d’évolution et non comme une attaque personnelle. Un employeur québécois qui veut garder ses meilleurs employés récompense souvent leurs efforts par différents moyens (promotion, nouvelles responsabilités, augmentation de salaire, etc.). Le Québec est une société de compromis et de consensus, ce qui se traduit dans le fonctionnement de l’entreprise qui est un microcosme de ladite société. Les employeurs exigent souvent de la part des chercheurs d’emploi, notamment des immigrants, la capacité d’adaptation à n’importe quel environnement.

[1] MICC, Comprendre les enjeux culturels en emploi pour faciliter son intégration, Session de formation-Manuel du participant, p.6.

[2] Lire le Livre L’acteur et le système : Les contraintes de l’action collective de Michel Crozier et Erhard Friedberg. Nous y reviendrons dans notre quatrième ouvrage intitulé « Gestion de la diversité ethnoculturelle dans les entreprises québécoises : sources de conflits ou facteurs de cohésion sociale? ».

Publié par : Doudou Sow | 8 décembre 2014

Une simplification des procédures du système professionnel

cahier-les-affaires séduction immigrationLes préalables pour être admis au niveau des ordres visent à s’assurer, comme le mentionnait pertinemment Nathalie Rodrigue, la présidente de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ), une « adéquation entre ses règles d’admission, son référentiel de formation, le diplôme donnant ouverture au permis et la pratique dans le milieu. Une fois le permis obtenu, le membre doit adhérer à une culture de la formation continue, élément essentiel au maintien des compétences. Il doit aussi se soumettre au contrôle de l’inspection professionnelle[1] ». Nous partageons sans réserve les standards de qualité. Néanmoins, il faut être cohérent dans les démarches.

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CITIM-BR_Foire emploiL’adaptation des compétences des personnes appartenant à des professions et métiers réglementés en contexte québécois permettrait par différentes mesures de faciliter une meilleure insertion des professionnels immigrants. Bref, le but poursuivi par certains ordres professionnels, avec la mise en place des outils (Lire à ce sujet l’article Les outils pour une meilleure évaluation des compétences professionnelles des personnes immigrantes http://goo.gl/pxyDV3), est de faciliter l’intégration professionnelle des immigrants diplômés à l’étranger.

En ce qui concerne les diplômés en génie, il existe un programme d’intégration à l’Ordre des ingénieurs du Québec. La Clef pour l’intégration au travail des immigrants (CITIM), l’organisme qui collabore depuis plusieurs années avec l’Ordre des ingénieurs du Québec, l’École polytechnique de Montréal et Emploi-Québec nous apprend via son site Internet que : « Ce programme s’adresse à toutes les personnes qui ont obtenu un diplôme d’ingénieur dans leur pays d’origine et qui désirent exercer la profession d’ingénieur au Québec. »

En ce qui concerne les procédures, « la CITIM accompagne le candidat dans ses démarches administratives à l’OIQ mais aussi lui permet de suivre une formation à l’École Polytechnique de Montréal pour qu’il puisse mettre à jour ses connaissances et être mieux préparé aux examens que l’Ordre lui aura prescrits. La formation dans le cadre du programme de « Perfectionnement en ingénierie pour les diplômés de l’étranger » offert par l’École Polytechnique débute à la session d’été-automne (mai ou août) et à la session d’hiver (janvier) de chaque année. »

Toujours selon le portail Internet de cet organisme, « le nombre de place[s] est limité à 150 participants par année, un certain nombre de conditions sont à respecter pour bénéficier de ce programme qui accorde un support financier d’Emploi-Québec[1] ». À travers ces informations, on peut identifier un certain nombre de problèmes malgré toute la bonne volonté de l’un des meilleurs organismes dédiés à l’intégration des personnes immigrantes : peu de places disponibles (financement de 150 places par Emploi-Québec) alors que l’on sait que le Québec accueille par année entre 2 000 et 2 500 ingénieurs immigrants, démarches qui peuvent être longues (un an et demi), difficultés de trouver un emploi même après la formation, d’où la nécessité de sensibiliser davantage les employeurs québécois, comme l’a souvent fait remarquer Yann Hairaud, le directeur général de la CITIM, anciennement connu sous le nom de AMPE-CITI, un organisme fondé en 1986.

L’Ordre des ingénieurs du Québec indique aux ingénieurs immigrants le nombre d’examens à faire et l’École polytechnique de Montréal (ÉPM) leur offre l’accès à des cours techniques pour préparer ces examens. Certains ingénieurs immigrants qui font le certificat abandonnent parfois le cours une fois qu’ils ont obtenu ou réussi  leurs examens. Ils trouvent moins valorisant le fait de détenir un diplôme universitaire et d’avoir à faire un certificat, un diplôme inférieur à celui qu’ils possèdent déjà. L’École de technologie supérieure (ÉTS) a compris cette problématique et propose aussi une maîtrise en génie. Même s’il y a une réflexion à faire au niveau du taux d’abandon de la formation au certificat, il convient de noter que les immigrants peuvent bénéficier, grâce à un certificat ou une attestation de l’EPM, d’une crédibilité ou d’un réseau leur permettant de décrocher un emploi.

Toujours dans le cadre de ce programme réservé aux ingénieurs formés à l’étranger, on pouvait également lire dans une publicité de la CITIM intitulée « Ingénieur(e)  :  Trouver un emploi en génie! » que cet organisme offre aux candidats : « Une formation de perfectionnement à Polytechnique Montréal, l’accès à l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), le réseautage avec les employeurs du domaine du génie, la publication [du profil du candidat] auprès des gestionnaires et des recruteurs de firmes du génie ».

Au niveau de l’Ordre des ingénieurs du Québec, un questionnaire en ligne permet aux immigrants de faire une autoappréciation de leurs compétences. La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, avait même reconnu dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC ancienne appellation), volet Immigration, que les ordres professionnels progressent différemment et tirait son chapeau à l’OIQ : « Je vous donne quelques exemples parce qu’on a signé plusieurs ententes avec l’ordre des ingénieurs. Je vous dirais que, de tous les ordres, c’est peut-être l’ordre des ingénieurs qui a fait les avancées les plus intéressantes. Et on nous dit qu’actuellement les demandes adressées par les ingénieurs formés à l’étranger représentent 30 % des demandes d’inscription à l’ordre, soit plus de 1 000 en 2010‑2011[2] ». Cette information est confirmée dans un article du journal Les Affaires : « L’Ordre des ingénieurs du Québec est le plus sollicité. Tous les ans, il reçoit 1 500 demandes de la part de travailleurs étrangers souhaitant exercés [sic] au Québec. “Nous recevons deux fois plus de demandes que les infirmières et huit fois plus que les pharmaciens!” mentionne Daniel Lebel, président de l’OIQ[3] ».

Soulignons également que « L’Ordre des ingénieurs du Québec est le premier ordre professionnel à signer une entente avec la France en matière de mobilité de la main-d’œuvre[4] ».

Le schéma de l’OIQ « Cheminement pour obtenir le permis d’ingénieur au Québec » résume les différentes démarches pour l’accès au titre de membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec. Dans ce document de l’OIQ, il est clairement indiqué que : « Seules les personnes titulaires d’un permis délivré par le Bureau de l’Ordre des ingénieurs du Québec et inscrites au tableau en tant qu’ingénieur peuvent utiliser le titre d’ingénieur et exercer les activités professionnelles réservées à l’ingénieur ». Le même document précise également à la deuxième page que : « Plusieurs lois et règlements encadrent l’exercice des professions au Québec. La profession d’ingénieur ne fait pas exception. Le Code des professions, la Loi sur les ingénieurs, la Charte de la langue française et une quinzaine de règlements régissent les activités professionnelles des ingénieurs ».

Le dépliant de la Clef pour l’intégration au travail des immigrants (CITIM) « Devenez membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec » donne des informations utiles au candidat immigrant ingénieur sur l’admissibilité au programme de Perfectionnement en ingénierie des diplômés en génie de l’étranger, les conditions de participation, les informations sur les deux volets du dudit programme (le certificat en 30 crédits, le programme court de 15 crédits) et enfin les objectifs visés. Cet organisme spécialisé dans l’accompagnement et l’intégration des ingénieurs immigrants collabore avec Emploi-Québec, l’Ordre des ingénieurs du Québec et la Polytechnique de Montréal.

Les sites donnent en général les critères pour l’accès à la profession et le fonctionnement des ordres professionnels. Ce qui est une bonne idée, certes, mais le fonctionnement serait mieux expliqué par des contacts physiques (mentorat ou tutorat). La spécialisation de certains organismes dans des programmes leur permet de développer une expertise dans des domaines précis.

En définitive, le projet de tutorat (Hirondelle avec le programme des infirmières et la Clef pour l’intégration au travail des immigrants (CITIM) avec les ingénieurs, (collaboration depuis 1995 entre l’Ordre des ingénieurs du Québec, l’École polytechnique de Montréal, le Cégep de Saint-Laurent et Compétences Montréal), Carrefour BLE avec les agronomes immigrants, ou le CJE Bourassa-Sauvé avec le programme Mentorat ou Mentorat Montréal avec la Conférence régionale des élus (CRÉ) de Montréal) demeure une voie royale permettant aux immigrants de connaître les exigences de leur métier, mais aussi de combler les lacunes culturelles.

[1] En ligne, http://www.citim.org/siteweb/content/dipl%C3%B4m%C3%A9s-en-g%C3%A9nie

[2] Kathleen Weil, « Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration)», Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42, « 39e législature, 2e session (23 février 2011  au 2011  au 1er août 2012) », no 34, 26 avril 2012 (lire en ligne). http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/crc-39-2/journal-debats/CRC-120426-2.html[Consulté le 7 juin 2012]

[3] Julie Roy, « Les professions facilitent l’accès des immigrants », Les Affaires, 19 janvier 2013.

[4] ORDRE DES INGÉNIEURS DU QUÉBEC. L’Ordre des ingénieurs du Québec est le premier ordre professionnel à signer une entente avec la France en matière de mobilité de la main-d’œuvre : Communiqué de presse,  17 octobre 2008.

 

Photo outils destinés aux immigrantsLes différents ordres professionnels québécois fonctionnent différemment selon leurs réalités. Pour certains d’entre eux, le début d’ouverture à l’égard des personnes immigrantes se traduit par la création d’un outil d’autoévaluation, tandis que certains conçoivent des guides et d’autres misent sur des examens. La mise en place de ces outils permet une meilleure évaluation des compétences des personnes immigrantes. Certains ordres professionnels, comme celui de l’Ordre des chimistes du Québec, organisent des rencontres d’information via les organismes communautaires d’aide aux immigrants pour donner de plus amples explications ou pour préciser leur fonctionnement et le système professionnel québécois.

Même si son outil d’autoévaluation en ligne des compétences des chimistes formés à l’étranger a été produit avec le soutien du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (ancienne appellation), cet ordre professionnel a le mérite de développer une meilleure communication et plus de transparence dans ses pratiques d’intervention. Soulignons que certains ordres professionnels développent des outils subventionnés par le ministère de l’Immigration (outil d’autoévaluation très novateur accessible sur le site Internet de l’Ordre des chimistes du Québec mis en place en 2008), des guides d’autoapprentissage (de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec[1]) pour mieux aider les infirmières immigrantes à se préparer aux examens, « un modèle de profil de compétences (de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec), « un référentiel des compétences » (de l’Ordre des agronomes du Québec), « une grille de compétences[2] » (de l’Ordre professionnel des sages-femmes), « un module en ligne pour la reconnaissance des acquis des personnes formées à l’étranger[qui] est destiné à aider les immigrants, avant même leur arrivée sur le territoire québécois, à s’intégrer sur le marché du travail en gestion des ressources humaines[3] » (de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés), etc.

Des ordres professionnels, comme celui de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), conçoivent ou prescrivent tout simplement certains examens aux immigrants formés à l’étranger afin de compléter leur processus de reconnaissance de l’équivalence de diplôme et de formation.

L’Ordre des chimistes du Québec fait partie des premiers ordres professionnels, sinon le premier, à mettre en place un outil d’autoévaluation. Les personnes peuvent commencer à faire une autoévaluation en ligne avant d’immigrer au Québec. Elles peuvent ainsi mesurer la probabilité de faire partie de cet ordre.

L’outil d’autoévaluation des compétences en ligne des chimistes formés à l’étranger est un exemple de bonnes pratiques. Un certain nombre de professions réglementées ou d’associations professionnelles s’inspire de cette démarche. Cette initiative de bonnes pratiques par la mise en place d’un outil d’autoévaluation des compétences en ligne est imitée par le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC) pour les professionnels des TIC formés à l’étranger.

Le processus de reconnaissance des diplômes et des acquis connaît une évolution positive pour certains ordres professionnels. En parlant des « démarches raccourcies » ou de l’ajustement des pratiques, l’article du journal Les Affaires nous révèle qu’en ce qui concerne l’Ordre des chimistes du Québec :

« ″ […] de quelques mois, l’acceptation des demandes est passée de 90 à 15 jours. On a facilité la démarche. On a développé des outils plus précis dans nos analyses. On regarde si la formation du candidat est équivalente et non nécessairement identique comme c’était le cas auparavant. On accepte tous les candidats qui respectent les normes″, mentionne Martial Boivin, président-directeur général de l’Ordre des chimistes du Québec. Il admet que la profession de chimiste comporte l’avantage d’être assez universelle. ″L’aspirine ici ou en France, c’est pas mal la même chose″, dit-il.[4] »

Cependant, des ordres professionnels dans le domaine de la santé se montrent toujours plus exigeants au niveau des normes d’entrée : « Pour d’autres professions, comme les infirmières, le processus est plus compliqué : une formation supplémentaire est exigée. On ne pourrait pas protéger suffisamment le public sans cela », affirme Carole Mercier, secrétaire générale de l’Ordre des infirmières du Québec.

En 2012-2013, on estime que 450 nouvelles infirmières provenant de l’étranger seront acceptées sur 1 000 qui en feront la demande[5]. Des infirmières immigrantes peuvent cependant réussir à travailler dans un premier temps comme candidate à la profession d’infirmière (CEPI). Les infirmières immigrantes qui font la formation dans les collèges pour travailler ou pour avoir le statut de candidate à l’exercice de la profession d’infirmière (CEPI) travaillent comme CEPI en faisant parallèlement des démarches pour être membres de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

« Du côté des pharmaciens, les candidats suivent aussi un programme d’appoint pour se mettre à jour. Le dossier patient est absent de la formation dans les autres pays », commente Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec. « Pour réduire les délais, l’Ordre a toutefois adapté cette formation, qui a été réduite de trois ans à 17 mois plus un stage[6]. »

L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, avait tenu à magnifier l’entente de son ministère avec l’Ordre des pharmaciens du Québec :

« Les pharmaciens, une entente qu’on a signée le 31 octobre dernier, et là, c’est une formation d’appoint qui est vraiment intéressante, c’est à l’Université de Montréal, la Faculté de pharmacie, et là, on dit, le témoignage que j’ai entendu, c’est que toute la pénurie dans le domaine des pharmaciens sera comblée par l’immigration. Donc, on n’a pas assez de finissants de nos écoles de pharmacie pour combler les besoins. Et ce premier groupe, c’est vraiment le tout premier groupe, c’est une formation qui dure 16 mois, c’est 30 étudiants originaires d’Amérique du Sud, d’Afrique du Nord, d’Europe et d’Asie […] qui compléteront leur formation […][7]. »

L’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ) a collaboré, entre autres, avec le Cégep de Rosemont pour la mise en place d’un projet pilote de formation d’appoint. Cet ordre professionnel évoquait  « un programme intensif subventionné par Emploi-Québec qui se donne aussi le soir ce qui permet aux personnes de pouvoir travailler à temps partiel pour subvenir à leurs besoins[8] ». Nous reprenons quelques idées pertinentes énumérées par M. Alain Colette, avocat, directeur général et secrétaire de l’OPTMQ dans le cadre des travaux parlementaires. Cet ordre développait un modèle qui devait se répandre en prônant une « flexibilité suffisante, à l’intérieur du système d’éducation, pour pouvoir permettre à [des] candidats [immigrants] de s’intégrer à l’intérieur des cohortes de formation pour aller chercher ce dont ils ont besoin et non pas aller chercher des prérequis pour obtenir un diplôme ou une attestation[9] ».

Nous saluons au passage le courage de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ) qui avait présenté, en septembre 2007, son mémoire à la Commission de l’Assemblée nationale, malgré toutes les critiques qui ont été faites aux ordres professionnels. Un esprit de collaboration qui démontre la transparence et le souci de faciliter l’intégration rapide des immigrants. C’est à ce titre que cet ordre a collaboré avec, entre autres, le Cégep de Rosemont « pour la mise en place d’un projet pilote de formation d’appoint » destiné aux immigrants [A.E.C. intégration à la profession; cohorte spécifique uniforme de 18 candidats ayant des besoins similaires][10]. C’est pourquoi il est nécessaire de s’assurer de la disponibilité des formations d’appoint. Des cohortes spécifiques des nouveaux arrivants sont conçues sur la base de besoins identiques pour mieux réussir l’intégration sous forme d’AEC intégration ou de certificats. Des formations qui se donnent le soir permettant à l’immigrant de faire rentrer des revenus à la maison en travaillant à temps partiel. Les universités rétorquent qu’elles ne peuvent adapter des cours en fonction des demandes particulières ou spécifiques.

Les nouveaux arrivants se plaignent souvent de retourner aux études pour apprendre ce qu’ils savaient déjà. Des immigrants souhaitent, à défaut de trouver un emploi dans leur domaine, faire des formations de courte durée leur permettant de faire reconnaître leurs compétences et acquis. L’idée de suivre un programme de formation complet n’attire pas forcément des immigrants adultes.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, l’ancienne ministre Kathleen Weil avait elle-même reconnu qu’il y avait une contradiction du système professionnel à régler et qu’il fallait « revoir le système » pour faciliter la reconnaissance des diplômes et des acquis :

« […] le système comporte des contradictions. Monsef [Derraji, le président cofondateur du Congrès maghrébin au Québec (CMQ)] avait mentionné à la question des ordres professionnels où quelqu’un peut se retrouver à enseigner un cours à Polytechnique, à l’ETS et en même temps, si, lui, il veut déposer – parce que son diplôme vient de l’étranger – il veut déposer sa demande de l’Ordre des ingénieurs, il doit passer un examen sur le cours qu’il donne aux ingénieurs qui, eux, sont admis à l’Ordre. Ça, c’est une réalité, donc, qu’il faut résoudre[11]. »

Martin Lemay, ex-porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration et de communautés culturelles du 25 avril 2007 au 5 novembre 2008 (Parti québécois), qui regrettait l’absence du Collège des médecins du Québec à la Commission parlementaire sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, avait raison de dire que les différentes institutions ont « le droit de vie ou de mort professionnelle » sur les médecins étrangers. Concernant la reconnaissance de la qualification des médecins étrangers, M. Lemay disait à juste titre que « ces gens-là [les médecins formés à l’étranger] ont quatre étapes [à franchir], et, à chacune des étapes [certificat de sélection, ordre des médecins, facultés de médecine, institutions d’embauche], l’institution concernée a un droit de vie ou de mort professionnelle[12] ».

Il est également reproché aux institutions d’enseignement de ne pas assouplir leurs mécanismes de reconnaissance des acquis. Les organismes communautaires comme la  Clef pour l’intégration au travail des immigrants (CITIM)- Lire à ce titre l’article Collaboration entre différents partenaires pour faciliter l’intégration des immigrants à l’Ordre des ingénieurs du Québec -qui accompagnent les immigrants appartenant à des ordres professionnels peuvent les aider à construire un réseau professionnel dans le domaine des métiers et professions réglementés.

[1] Leprohon, Judith ; Truchon, Sylvie et Roger, Nicole, Guide d’auto-apprentissage. Les aspects déontologiques, juridiques et éthiques de la pratique infirmière au Québec,  2008, 176 p. En ligne, http://www.oiiq.org/publications/repertoire/guide-dauto-apprentissage-les-aspects-deontologiques-juridiques-et-ethiques-

[2] MICC, Projets visant à faciliter l’accès aux professions et métiers réglementés, Gouvernement du Québec, décembre 2009, 11 p.

[3] Mémoire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012‐2015 présenté par L’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, p.7, Mai 2011.

[4]Julie Roy, « Les professions facilitent l’accès des immigrants », Les Affaires, 19 janvier 2013.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Kathleen Weil, « Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration)», Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42, « 39e législature, 2e session (23 février 2011  au 2011  au 1er août 2012) », no 34, 26 avril 2012.

[8] Audition Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 8, 19 septembre 2007.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] Audition Congrès maghrébin au Québec, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[12] Audition Congrès juif canadien, région du Québec (CJC-Québec) et Services d’assistance aux immigrants juifs (JIAS), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 10, 25 septembre 2007.

Images Le temps de l'actionLe ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) a déposé, le 30 octobre dernier, le plan qui détermine les volumes et la composition de l’immigration pour le Québec en 2015.

La question de l’intégration revenant de plus en plus souvent dans l’actualité, il serait intéressant de jeter un regard constructif sur l’esprit de L’Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration qui date de 1990. Vingt‑quatre (24) ans après la mise en place de ce tableau de bord, pouvons-nous constater que les efforts accomplis pour favoriser la pleine participation des Québécois, toutes origines confondues, ont donné les résultats espérés?

« L’approche la plus profitable à la société et, bien sûr, aux immigrants eux-mêmes est donc celle de la lutte aux obstacles à une insertion socioprofessionnelle équitable. Aussi bien pour l’amélioration des conditions socio-économiques des immigrants que pour l’économie, la lutte aux inégalités et l’investissement dans les programmes d’employabilité apparaissent préférables à une simple augmentation du nombre d’entrées annuelles[1] », indiquait une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économique (IRIS).

Il est temps de passer à l’action pour les différents gouvernements du Québec sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes. Si l’ancien premier ministre Jean Charest avait insisté, à juste titre,  sur la nécessité d’avoir « de[s] bras, de[s] cerveaux, de[s] cœurs (au Québec) pour atteindre son plein potentiel économique », lors de son discours de clôture du conseil général du Parti libéral du Québec en septembre 2007, qu’en est-il alors de leur intégration socioprofessionnelle au niveau de la société d’accueil au cours des dernières années et de nos jours?

Différents plans d’action ont été mis en place par le gouvernement libéral : Plan d’action (2004-2007) Des valeurs partagés, des intérêts communs, Plan stratégique (2008-2012 : points saillants sur la mission, la vision, les orientations, les objectifs du MICC et les priorités du gouvernement), Plan d’action gouvernemental (2008-2013) La diversité: une valeur ajoutée, Plan stratégique (2012-2016). Tous ces plans d’action qui visaient une meilleure intégration des immigrants n’ont pas empêché l’existence de barrières institutionnelles sur le terrain. En d’autres termes, les outils mis en place par le gouvernement pour faciliter l’intégration des immigrants semblent ne pas freiner le chômage élevé de cette catégorie de la population.

Les employés doivent être le reflet de la population québécoise. C’est une question sociologique que de se mobiliser pour favoriser les conditions d’une intégration réussie des néo-Québécois. On parle toujours du suivi, notamment de l’application des conclusions suite à différentes consultations qui ont été analysées dans nos deux ouvrages (Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique http://goo.gl/mOL9k6 et Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil http://goo.gl/mOL9k6 ). Le Québec est expert en matière de recommandations pertinentes, mais doit passer l’épreuve de les traduire en faits concrets. Si on appliquait le tiers des recommandations sur l’intégration des personnes immigrantes, bien des problèmes seraient résolus. Le président bénévole d’Accès Accueil Action Basses-Laurentides (ABL), Alain Marginean, traduisait très bien ce triste constat en commission parlementaire pour la période 2012-2015 :

«  […] Donc, c’est fiers du plan de la ministre qu’on s’est associés aux propos, mais pour qu’elle se rende compte les quatre dernières années, malheureusement, du peu d’action, du peu d’activité qui s’est réalisé en regard aux objectifs qui étaient mentionnés. Donc, on se retrouve en 2011 avec des éléments qui sont les mêmes, d’ailleurs, on vous a reproduit en mémoire nos conclusions qui étaient strictement les mêmes conclusions qu’on avait déposées en 2007. On ne se voulait pas d’être insultant, mais on se disait que ça demeure encore, au niveau des gens du ministère de l’Immigration, au niveau de la direction régionale, au niveau des partenaires régionaux, ça demeurait encore valide, ça demeurait encore important mais qu’il fallait recommencer ou reproduire ou accélérer, finalement, le travail[2] ».

Il convient de rappeler que le dossier de la reconnaissance des acquis n’a pas beaucoup évolué depuis des années. Le problème reste et demeure au niveau de la lenteur du traitement de l’évaluation qui peut freiner davantage une intégration rapide de l’immigrant.

Les compétences des personnes immigrantes exerçant dans des professions réglementées ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Nous pensons que les ordres professionnels devraient être plus flexibles dans le traitement des dossiers des immigrants. Même si nous sommes d’accord sur leur mandat de veiller à l’intérêt du public, il n’en demeure pas moins qu’ils ne devraient pas non plus cadenasser le système au point où les personnes immigrantes en viennent à désespérer de voir un jour leur demande aboutir favorablement.

Le renforcement de l’action du gouvernement du Québec en matière d’intégration des personnes immigrantes devrait combiner une approche terrain (incarnée par les organismes communautaires) doublée d’une recension des bonnes pratiques, mais aussi l’efficacité de certains programmes efficients.

La position du PQ consistait à dire qu’il fallait mieux préparer les immigrants avant leur arrivée, ce qui est certes une bonne chose. Mais, il faut également changer de paradigme en insistant davantage sur la préparation de la société d’accueil aux réalités de l’immigration et de l’intégration. En d’autres termes, on ne peut pas dissocier une meilleure préparation des immigrants potentiels à celle de la conscientisation de la société d’accueil sur les difficultés d’intégration des néo-Québécois. L’opération Séduction ou la Grande Séduction implique des efforts partagés par tous les acteurs du processus migratoire et d’établissement à la société d’accueil.

Les immigrants n’ont pas à porter tout seuls le fardeau de l’intégration. Cette vérité défendue en commission parlementaire en 2011 par l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française (CSF), Conrad Ouellon, doit amener une nouvelle prise de conscience de la société d’accueil sur les efforts partagés de la question du lien social.

« Moi, je pense que, ça, on ne le sait pas tant que ça que l’immigration est un avantage. Et, lorsque j’écoute des commentaires en sortant des milieux montréalais, certains milieux montréalais, certains milieux québécois, les commentaires que j’entends ne sont pas toujours positifs. Et je suis toujours un peu surpris de voir qu’on constate et qu’on comprend assez mal les avantages de l’immigration. Et ça, ça revient à un autre point de mon rapport où je dis qu’«à un moment donné ce n’est plus à l’immigrant de porter tout le poids de l’intégration, il faudra bien qu’un jour les composantes de la société québécoise comprennent que, les immigrants, c’est un atout pour le Québec et que l’immigration est un atout. Et je ne suis pas sûr qu’on a fait tous les efforts pour que ça se passe comme ça[3] », réagissait monsieur Ouellon en réponse aux commentaires de la ministre Kathleen Weil sur l’importance de la diversité dans le cadre de la dernière commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015.

Selon nous, la diversité devrait être également plurielle en termes d’information, d’intégration des immigrants sur  les plateaux de télévision, de radio, de presse écrite, bref de diversification des sources d’information. La population locale ne doit pas juste se faire une idée des immigrants à partir de cas d’immigrants surmédiatisés de manière négative. L’apport de l’immigration est plus vaste. Une très grande implication de la société d’accueil traduirait concrètement une approche bidirectionnelle de l’intégration des néo-Québécois.

La création d’espaces de dialogues interculturels, surtout dans un contexte de débat sur les valeurs québécoises ou d’attaques terroristes sur le sol canadien, pourrait éviter les fractures identitaires. Il faut sensibiliser la population d’accueil à la diversité culturelle tout en sensibilisant les personnes immigrantes aux valeurs de la société d’accueil. Pour comprendre la société dans laquelle ils vivent, les immigrants ont nécessairement besoin de comprendre l’histoire de la société québécoise.

Il y a, certes, une adaptation de l’immigrant à la société québécoise, mais le gouvernement doit se donner les moyens de réussir la mission de l’intégration. Les immigrants doivent également apprendre à mieux séduire, convaincre et rassurer les employeurs montréalais.

Les organismes communautaires demandent une reconnaissance de leur travail et de leur expertise dans le domaine de l’intégration. Il faut sans cesse travailler avec les acteurs locaux du milieu pour comprendre les véritables problèmes rencontrés. Les organismes communautaires en région peuvent donner l’heure juste dans l’identification des besoins en matière de régionalisation de l’immigration. Ils connaissent sur le bout de leurs doigts les problèmes rencontrés par les personnes immigrantes et l’état d’esprit de la population d’accueil. Ils sont des acteurs de terrain qui ont à cœur la réussite de leur noble mission de répartition équitable de l’immigration.

Sur le plan financier, malgré une augmentation de l’entente Canada/Québec[4], les organismes communautaires continuent de se plaindre du sous-financement des organismes (délaissement à d’autres fins de ladite entente entrée en vigueur le 1er avril 1991). Les organismes qui viennent en aide aux personnes réfugiées et immigrantes n’ont reçu que 16,4 millions $ des 320 millions de cet accord comme l’a récemment souligné Eva Lopez, directrice générale de l’organisme Intégration communautaire des immigrants (ICI),  « qui a vu son financement fondre de 140 000 $ à 49 000 $ au cours des dernières années » (Régionalisation de l’immigration: les organismes tirent le diable par la queue, Gilbert Leduc, Le Soleil, 11 novembre 2014)). Les organismes partenaires du MIDI qui sont sur le terrain vivent constamment sur la corde raide. Les dépenses en matière d’intégration et de francisation n’affectent aucunement le trésor public québécois, martelait d’ailleurs un communiqué de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) du 20 mars 2012.

L’une des stratégies d’intégration socioprofessionnelle réside dans un meilleur accompagnement des immigrants par les conseillers en emploi à condition qu’ils aient les moyens financiers et humains nécessaires. Même si le taux d’obtention de diplôme est plus élevé, les immigrants ont des difficultés à intégrer le marché du travail québécois : un véritable paradoxe. Les difficultés liées à l’insertion au marché du travail québécois devraient connaître une solution définitive.

L’adaptation de services spécifiques à la clientèle immigrante, l’accompagnement soutenu auprès des petites et moyennes entreprises (PME), l’adaptation des pratiques en fonction des profils gagnants, la recension de bonnes pratiques, la connaissance des codes culturels par les immigrants et l’implication de tous les partenaires donneront certainement de meilleurs résultats au vaste chantier de l’intégration socioprofessionnelle des nouveaux arrivants.

L’emploi constitue la principale dimension d’une intégration réussie. La personne qui est en emploi est plus réceptive au discours de la société et renforce son degré d’implication et son sentiment d’appartenance à la société d’accueil. La question n’est pas en soi le volume d’immigration, mais elle l’est plus sur la répartition équitable des immigrants dans l’ensemble du territoire québécois, du financement adéquat des organismes communautaires proportionnellement au nombre d’immigrants, de la compréhension des immigrants des valeurs de la société québécoise, de  la francisation efficace des immigrants et de l’ouverture des ordres professionnels et des employeurs.

[1]   Mathieu Forcier et Laura Handal, L’intégration des immigrants et des immigrantes au Québec, Montréal,  IRIS, Novembre 2012, p.5, 12p.

[2]   Alain Marginean, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 12, 24 août 2011.

[3]   Conrad Ouellon, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 10, 17 août 2011.

[4] Malgré la hausse des montants de transferts d’argent (104 millions $ en 2000 à 216 millions $ en 2008; 226 millions $ en 2008‑2009, 258 millions $ en 2011 et 283,1 millions $ en 2012), dans le cadre de l’Accord Canada‑Québec pour l’intégration des personnes immigrantes et des réfugiés (une forme de compensation financière), l’intégration difficile des immigrants représente une réalité irréfutable. Le gouvernement fédéral, qui se base sur le montant financier précédent, augmente chaque année l’enveloppe financière qu’il attribue au gouvernement provincial. Il fait alors ce qu’on appelle une indexation ou un ajustement financier.

o-CANADA-QUEBEC-FLAG-facebookLa reconnaissance des compétences n’est pas juste un problème entre le Québec et les immigrants. Cette situation complexe existe à l’intérieur même du Canada où les provinces entre elles-mêmes ne reconnaissent pas automatiquement les qualifications professionnelles des travailleurs canadiens. On se souvient qu’en juin 2009, après la signature de l’entente entre la France et le Québec sur les arrangements mutuels de reconnaissance, monsieur Jason Kenney, ministre fédéral de l’Immigration, était monté au créneau pour souligner que le Québec devrait aussi parvenir à un accord avec son voisin, l’Ontario.

Entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des compétences pour favoriser l’intégration au marché du travail 

Donc, l’entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des compétences avait fait réagir le ministre fédéral de l’Immigration et de la Citoyenneté, Jason Kenney, qui se questionnait ainsi : « Si le Québec peut parvenir à un accord avec la France, je souhaiterais qu’il parvienne également à un accord avec l’Ontario. C’est une question de bon sens[1] », avait-il ajouté. L’intervention du ministre fédéral démontre toute la complexité de cette problématique qui soulève les différences dans les qualifications professionnelles des provinces canadiennes.

Reconnaître les acquis scolaires, extrascolaires et expérientiels est un défi pour toute la société québécoise et canadienne. Des méthodes d’évaluation qui sont différentes d’une institution à une autre complexifient les démarches des personnes immigrantes. En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, l’ancien président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Michel Arsenault, après avoir salué l’entente entre la France et le Québec, soulignait aussi un aspect intéressant : « On souhaiterait qu’on mette de l’avant un cadre législatif en matière des reconnaissances des acquis comme ça a été fait dans divers pays de la Communauté européenne. On pense que ça doit viser une harmonisation des formations, des processus des reconnaissances des acquis incluant le niveau universitaire. Ce qu’on ne trouve pas[2]. »

Il suggérait la mise sur pied d’ « un guichet unique » pour la bonne et simple raison que « même les Québécois de souche des fois en perdent leur latin à aller d’un ministère à l’autre. Quand tu es immigrant, c’est encore plus difficile, j’imagine, parce que tu arrives dans une nouvelle structure gouvernementale. Donc, s’il y avait un guichet unique, ça faciliterait le processus de la reconnaissance des acquis. Et on pense aussi qu’on devrait accorder un financement permettant de répondre adéquatement aux défis dans ce domaine[3] », concluait-t-il.

Au Québec, pour pouvoir exercer certains métiers réglementés, il faut avoir une carte de compétence [..]. Il existe deux types de cartes communément appelées  » carte de construction » fournies par la CCQ (la Commission de la construction du Québec) moyennant une certaine somme d’argent qui permet, par exemple, à un électricien ou à un mécanicien de travailler dans les chantiers et la « carte hors construction » délivrée par Emploi-Québec.

Dans « Quelques actions pour favoriser l’intégration au marché du travail » du gouvernement libéral provincial, on pourrait citer, outre l’Entente entre le Québec et la France en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, la « conclusion d’une entente par le MICC avec Pôle Emploi International qui offre une vitrine sur une main-d’œuvre qualifiée en France et en Europe et où les entreprises pourront afficher les emplois difficiles à pourvoir sur place au Québec[4] » pour résoudre la pénurie de main-d’œuvre.

Le Pôle emploi international ciblait des postes que le Québec n’arrive pas à combler et un traitement prioritaire est également fait sur ces profils en demande. L’ancienne ministre de l’Immigration Yolande James avait signé le 29 janvier 2010 cette entente avec Laurent Wauquiez, Secrétaire d’État à l’emploi, auprès de la ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi de la République française et monsieur Christian Charpy, directeur général de Pôle emploi.

Avec cette entente « concernant le recrutement de candidats à l’emploi de nationalité française, de ressortissants de l’espace économique européen ou d’étrangers en situation régulière en France par des employeurs du Québec », bien des professionnels français s’attendaient à ce que leurs profils soient placés sur la voie rapide, mais ils ont vite déchanté quand ils se sont heurtés à la réalité du terrain.

L’article Reconnaissance des compétences professionnelles – Pas d’accord en vue avec les vétérinaires français du journaliste Gaétan Pouliot, par exemple, décrivait très bien les obstacles de part et d’autre et rapportait même les propos d’un Français qui trouvait les « offres « humiliantes » » : « Les vétérinaires québécois veulent empêcher les étrangers de pratiquer dans la province afin de conserver des salaires élevés », accuse [François Lubrina, porte-parole de l’Assemblée des Français de l’étranger au Québec], lui-même médecin vétérinaire. Les offres québécoises sont « inéquitables » et « humiliantes pour la médecine vétérinaire française ». Pour lui, « les négociations sont mortes ».

  1. Lubrina croit de toute manière que l’Entente Québec-France est un « véritable fiasco » et que les Français se sont fait « rouler dans la farine » dans la quasi-totalité des accords signés. « Les ententes sont plus contraignantes pour eux que pour les Québécois[5]», estime-t-il.

Le texte du journaliste Gaétan Pouliot énumérait en mai 2013 la liste des « nombreuses ententes conclues : agronome, architecte, avocat, boucher, boulanger, chimiste, comptable, débosseleur, dentiste, électricien, frigoriste, infirmière, ingénieur, mécanicien, médecin, opérateur d’équipements lourds, pâtissier, peintre, pharmacien, plombier, poissonnier, sage-femme, soudeur travailleur social, urbaniste », celles qui étaient « toujours en négociations : chiropraticien, ergothérapeute et physiothérapeute, technicien en réadaptation, psychologue » et les métiers et professions qui étaient « exclus des négociations : acuponcteur, audiologiste, hygiéniste dentaire, infirmière auxiliaire, notaire, optométriste, traducteur[6] ».

La remise en question des diplômes africains et la pertinence du lieu de formation

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, Alain Bélanger disait qu’il n’y avait pas de meilleures universités africaines selon le New-York Times. Il est vrai, comme le faisait remarquer l’ancien chef de l’analyse et de la recherche à la Division de la démographie de Statistique Canada, Alain Bélanger, que les gens préfèrent souvent étudier dans certaines universités ou certains centres de formation compte tenu de la réputation de l’institution d’enseignement.

La question de la pertinence du lieu de formation est un débat soulevé donc dans tous les pays. Cependant, il faudrait nuancer les propos de cet analyste. Si on suivait jusqu’au bout la logique du lien entre le lieu ou la réputation de l’école de formation et une intégration rapide ou automatique en emploi, les diplômés européens n’auraient pas alors de difficultés à intégrer le marché du travail québécois. Soulignons également que des immigrants ayant complété leurs études au Québec ou au Canada se voient aussi refuser un accès difficile aux équivalences, tout comme des immigrants originaires de l’Afrique et du Maghreb et ayant poursuivi leurs études en Europe ou ayant suivi une formation de mise à niveau au Québec.

La qualité de l’enseignement est différente selon les analystes Alain Bélanger, Guillaume Marois et Benoît Dubreuil. Les immigrants universitaires qui viennent des pays du Maghreb, de l’Afrique, ne sont pas moins intelligents que les étudiants québécois. Par contre, le système d’enseignement qui est différent est basé sur les cultures organisationnelles des entreprises. Le marché du travail québécois est bâti sur la base du DEC (Diplôme d’études collégiales). Les employeurs ne veulent pas prendre de risques en embauchant certaines personnes puisqu’elles ne connaissent pas le système éducatif et organisationnel des entreprises étrangères; c’est une réalité surtout quand les diplômes des nouveaux arrivants ne sont pas encore évalués par les autorités officielles (Ministère de l’immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) et institutions d’enseignement).

Cependant, l’enseignement s’internationalise dans ce 21e siècle. Des professeurs québécois enseignent des cours à l’étranger. Dans ce cadre-là, on assiste à un transfert des connaissances et des compétences. Des écoles de formation sont jumelées à des établissements d’enseignement canadiens. Mieux, des partenariats entre des universités canadiennes et des écoles de formation ou universités se font de plus en plus à l’échelle mondiale. Par exemple : « l’École polytechnique de Thiès a été mise en place par l’École polytechnique de Montréal. Il y a d’autres institutions comme l’Institut des sciences de l’environnement du Québec qui a fortement appuyé l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar[7] », souligne un article du journaliste sénégalais Mamadou Sarr dans le quotidien Walfadjri (L’aurore en français).

De plus en plus, on remarque que des universités ou écoles de formation en Afrique et au Maghreb qui sont jumelées avec des universités québécoises enseignent les mêmes cours, donnent les mêmes types de formation, véhiculent de cette façon les méthodes canadiennes et québécoises. Il est vrai également qu’avec les technologies de l’information, le savoir devient universel.

La distance géographique et informationnelle devient ainsi réduite : on pourrait assimiler cela à l’image d’étudiants venant au Québec suivre des cours sans se déplacer physiquement. Aussi, des universités vont à l’extérieur établir des ententes et recruter des étudiants.

Nous donnons cependant raison à ces analystes sur le pragmatisme de l’enseignement québécois. En effet, les programmes d’études sont conçus pour développer et maîtriser, entre autres, des compétences. Dans le système éducatif québécois, la personne immigrante ou l’étudiant peut développer des compétences jugées manquantes soit par le biais d’une formation sous la forme d’un DEC ou d’une AEC (Attestation d’études collégiales) ou des activités d’autoformation. Ainsi, elle peut compléter le parcours pour espérer par la suite faire valoir ses compétences devant les employeurs québécois.

De manière générale, un diplôme atteste que la personne a suivi un ou des cours et détient un certain nombre de compétences à l’image des programmes de formation des cégeps québécois, mais ne démontre pas une expérience de travail.

On ne pourrait pas reprocher aux immigrants sélectionnés par le Québec de manquer de qualifications. Tout comme on ne pourrait pas dire que toutes leurs qualifications sont à jour par rapport aux normes de travail ou de formation québécoises.

La complexité du processus de reconnaissance des titres de compétences étrangers (RTCE) constitue un frein supplémentaire dans l’acquisition d’un emploi à la hauteur des compétences des immigrants.

[1] Agence QMI du 10 juin 2009.

[2] Michel Arsenault, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 11, 18 août 2011.

[3] Ibid.

[4] Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de Consultation 2012-2015, avril 2011, p.18-19, 33 p.

[5] Gaétan Pouliot, « Reconnaissance des compétences professionnelles – Pas d’accord en vue avec les vétérinaires français », Le Devoir, 21 mai 2013.

[6] Ibid.

[7] Mamadou SARR, « Études supérieures à l’étranger : Douze universités canadiennes à la pêche aux étudiants à Dakar », Walfadjri, 26 janvier 2010.

classedefrancaisvalorisationMalgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible. Certains professeurs en francisation affirment reclasser certains étudiants ayant suivi des cours à l’extérieur du Québec (francisation en ligne ou cours de l’Alliance française). L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre responsable de la Charte de la langue française, tout comme sa prédécesseure, insistait dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour l’exercice financier 2013-2014 sur l’exigence d’une hausse du niveau de connaissance du français en ce qui a trait à la grille de sélection des travailleurs qualifiés.

Une nouvelle orientation accompagnée d’une nouvelle mesure palliant la connaissance insuffisante du français

La ministre Weil avait introduit un test standardisé dans l’orientation 3 : « augmenter le niveau de connaissance du français chez les candidats de la catégorie des travailleurs qualifiés ». Une connaissance suffisante en français peut aider l’immigrant à intégrer le marché du travail québécois. La connaissance du français par le biais de tests standardisés était une nouvelle orientation entamée par le Parti libéral avant la perte du pouvoir au profit du Parti québécois. L’orientation 3 a, entre autres objectifs, d’éclairer le gouvernement sur une meilleure évaluation des connaissances ou compétences linguistiques des immigrants potentiels. L’autodéclaration de la connaissance du français au moment de la sélection du candidat qui a cédé la place à un test standardisé depuis le 6 décembre 2011 (valable aussi pour l’anglais) devrait permettre d’identifier plus facilement de meilleures compétences linguistiques pour intégrer rapidement le marché du travail québécois et canadien. Le Québec, dans ce cas de figure, suit la tendance ou la règle des pays recourant à l’immigration choisie (Australie, Canada anglais, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Pays-Bas).

La valorisation du niveau de la langue française ou une meilleure connaissance ou maîtrise de la langue avait poussé le gouvernement libéral à mettre en place une nouvelle orientation sur l’évaluation objective du niveau réel de connaissance du français.

Les deux orientations du gouvernement libéral provincial visaient spécifiquement la question de la langue française et reflétaient une certaine préoccupation, même si le combat de la langue est plus porté par le Parti québécois qui en fait son cheval de bataille. Le document de consultation sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 comportait deux orientations sur la langue française ou même sur l’importance de la connaissance du français (les orientations 2 « Maintenir majoritaire la proportion de personnes connaissant le français dans l’ensemble des admissions » et 3 « orientation citée précédemment »).

Des voix s’étaient élevées pour demander des tests standardisés, notamment en français, pour s’assurer du réel niveau de connaissance du candidat à l’immigration. Ce que l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, avait compris en incluant une nouvelle donne dans son orientation sur des tests standardisés répondant également à l’avis de l’ancien vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, sur cette question. La nouvelle orientation teste le niveau de connaissance de la langue française de l’immigrant potentiel.

Dans l’ancienne procédure de sélection, des personnes déclaraient connaître le français en cochant sur des cases sans que cela ne représente vraiment la réalité. Une entrevue avec les fonctionnaires de la délégation générale du Québec permettait également d’avoir une idée sur les différents niveaux des immigrants. Depuis le 6 décembre 2011, cette vérification se fait par le biais des examens ou tests standardisés en français et en anglais. Cette problématique a été largement abordée dans le cadre de la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015.

Un communiqué du MICC daté du 6 décembre 2011 sur les compétences linguistiques soulignant que « La ministre Kathleen Weil annonç[ait] l’exigence de tests standardisés de compétences linguistiques pour les candidats à l’immigration » indiquait que :

« tous les nouveaux candidats à l’immigration de la sous-catégorie Travailleurs qualifiés qui souhaitent obtenir des points dans la grille de sélection pour leur connaissance du français (requérant principal et conjoint : maximum de 16 points) et de l’anglais (requérant principal seulement : maximum de 6 points) devront dorénavant démontrer leurs compétences en expression et compréhension orale en présentant obligatoirement, au moment du dépôt de leur demande, les résultats d’un test de compétences linguistiques réalisé auprès d’un établissement reconnu par le Ministère[1]. »

En ce qui concerne la modification des règles et procédures d’immigration (en vigueur depuis le 1er août 2013), il est clairement mentionné dans le texte du MICC disponible en ligne Connaissances linguistiques en français et en anglais (dernière modification du 1er août 2013) que :

« Les deux premiers tests (TEFAQ et TCF-Québec) évaluent uniquement la compréhension et la production orales. Ils ne peuvent être présentés que par les candidats qui veulent se prévaloir uniquement des points attribués pour les résultats à l’oral (compréhension et production). Des épreuves mesurant la compréhension écrite et la production écrite devraient être intégrées à ces deux tests en 2014. Entre‑temps, les candidats qui veulent obtenir les points attribués aux quatre compétences linguistiques (compréhension orale, production orale, compréhension écrite et production écrite) doivent s’inscrire au TCF ou au TEF. Si ces tests ne sont pas disponibles, ils peuvent s’inscrire au DELF ou au DALF. »

Dans le même texte, rubrique Attribution des points, il est indiqué que :

« Lors de l’évaluation de la connaissance du français, le niveau 7 (intermédiaire avancé) de l’Échelle québécoise des niveaux de compétence en français des personnes immigrantes adultes ou son équivalent (niveau B2 du Cadre européen commun de référence pour les langues) est le seuil minimal à compter duquel des points sont attribués.

« Le requérant principal peut obtenir un maximum de 16 points pour sa connaissance du français oral et écrit, dont 7 points pour la compréhension orale, 7 points pour la production orale, 1 point pour la compréhension écrite et 1 point pour la production écrite.

« Le conjoint d’un candidat du Programme régulier des travailleurs qualifiés peut obtenir un maximum de 6 points pour sa connaissance du français oral, dont 3 points pour la compréhension orale et 3 points pour la production orale.

« Lors de l’évaluation de la connaissance de l’anglais, le niveau 5 (intermédiaire) des Canadian Language Benchmarks ou son équivalent est le seuil minimal à compter duquel des points sont attribués.

« Le requérant principal peut obtenir un maximum de 6 points pour sa connaissance de l’anglais oral et écrit, dont 2 points pour la compréhension orale, 2 points pour la production orale, 1 point pour la compréhension écrite et 1 point pour la production écrite. »

La dernière modification de ce document datée du 7 novembre 2013 reprend exactement le contenu des règles et procédures d’immigration « pour les candidats du Programme régulier des travailleurs qualifiés ».

La maîtrise inadéquate du français peut constituer un frein à l’intégration socioéconomique des immigrants. L’évaluation des connaissances linguistiques des personnes immigrantes a également un autre avantage, comme le faisait remarquer Jean Lortie, secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux (CSN): « […] L’apport d’un test standardisé du français aidera à départager des personnes ayant un niveau de connaissance débutant, intermédiaire et avancé. Ce tableau permettra d’avoir un réel portrait linguistique des personnes sélectionnées et de mieux évaluer des besoins en francisation[2]. »

Le ministère de l’Immigration a ainsi signé des ententes et partenariats avec des institutions pour la mise en place des tests standardisés. « Les ententes établies avec deux organismes français, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris et le Centre international d’études pédagogiques pour l’utilisation de ces tests adaptés aux besoins du Québec, ces organismes administrent les tests standardisés dans plus de 930 centres agréés, dans 150 pays différents[3] », mentionnait madame Weil.

La question de l’intégration professionnelle ne se pose pas de façon unilatérale ni de la même façon entre les immigrants. Pour les immigrants originaires de l’Amérique latine, l’accès à un emploi qualifié passe normalement par une maîtrise ou une connaissance suffisante de la langue française. Quand des immigrants apprennent le français, il faut les encourager en facilitant leur intégration sur le marché du travail. Autrement, ils perdent aussitôt confiance dans l’apprentissage de la langue en question. La francisation des allophones pour faciliter leur insertion sociale rapide sur le marché du travail donne parfois un goût amer à ces immigrants. Quand vient le temps de chercher un emploi, ils se butent à la question de l’anglais, ce qui fait que, soit ils abandonnent les cours de francisation soit ils choisissent d’abord de pratiquer l’anglais. Même si plus d’immigrants connaissent le français avant de venir au Québec, il demeure évident de se questionner sur cette double discrimination. Selon Françoise David, actuelle députée de Gouin et porte-parole parlementaire de Québec solidaire, « si un milieu de travail fonctionne véritablement en français, cela représente une incitation supplémentaire pour ceux qui ne parlent pas la langue de l’apprendre[4] ».

Les compétences langagières ou le vocabulaire technique relié à la profession demeurent plus qu’importants dans une perspective d’intégration rapide, mais aussi de maintien en emploi de certaines personnes immigrantes. Une connaissance suffisante en français peut aider l’immigrant à intégrer le marché du travail québécois.

En dehors de la compréhension orale, la maîtrise du français ou bien des aspects techniques de la langue liés aux secteurs d’activité spécifiques permet à la personne immigrante de remplir convenablement certaines tâches.

Niveau de connaissance et adaptation des cours de francisation pour des secteurs bien définis (santé, génie, administration, droit, affaires, soins infirmiers, sciences appliquées…) pour mieux maîtriser le vocabulaire technique relié à l’emploi

La signature des ententes avec des ordres professionnels devrait permettre aux immigrants d’avoir un meilleur vocabulaire technique relié à l’emploi. Une connaissance plus adaptée aux réalités du métier ou de la profession qui leur permet de garder leur emploi. Un arrimage du cours de francisation avec les besoins des employeurs pourrait également faciliter leur intégration sur le marché du travail. La compréhension de la terminologie du vocabulaire technique facilite une meilleure communication et évite des incompréhensions ou malentendus.

Le gouvernement libéral provincial avait compris tardivement cette réalité et avait cherché à la corriger, comme le démontrent son orientation et la multiplication des cours spécialisés. Les compétences langagières ou le vocabulaire technique relié à la profession demeurent plus qu’importants dans une perspective d’intégration rapide, mais aussi de maintien en emploi de certaines personnes immigrantes.

Soulignons également que le gouvernement provincial favorise la mise en place de cours spécialisés de français pour augmenter les chances des immigrants à obtenir un emploi en maîtrisant la terminologie des métiers. Des cours de français gratuits pour les personnes immigrantes, ayant le français de niveau intermédiaire, dans le domaine du génie et des sciences appliquées, se donnent dans des institutions d’enseignement comme le cégep du Vieux-Montréal.

La diversification des moyens et méthodes d’apprentissage de la langue française ne peut être que salutaire dans une perspective d’augmentation du nombre de personnes francisées dans un contexte nord-américain. Les besoins en francisation seront toujours d’actualité et pourront permettre de créer ou de maintenir certains emplois.

La question de la défense de la langue française revêt toute une importance dans un contexte où le Québec a un double statut minoritaire (au niveau de la langue et en Amérique du Nord).

Position des deux principaux partis sur la langue française

Le Parti québécois (PQ) se positionne clairement avec la défense de la langue française et en réclame même très souvent la paternité du fait de la mise en place de la Charte de la langue française par Camille Laurin dans le gouvernement Lévesque. Mais le Parti libéral du Québec, par la voix de Marc Tanguay, avait tenu à réaffirmer que son parti tenait à cœur la pérennité de la langue, mais tout de même avec une vision et une démarche différentes :

« La langue française doit être l’affaire de tous, et ce n’est pas en frappant sur la tête des citoyens [projet de loi 14] que l’on fait en sorte que, oui, ils vont emboîter le pas et que, oui, ils vont faire en sorte que ce désir collectif et maintes fois réaffirmé, notamment par le Parti libéral du Québec qui, en mars 1961, avait fondé, même sous le gouvernement Lesage, l’Office de la langue française, même gouvernement du Parti libéral du Québec qui, avec la Loi 22 en 1974, avait fait du français la langue officielle du Québec[5]. »

Mais il demeure que l’on doit concilier les deux aspects : promotion et législation, pour plusieurs raisons. Malgré tous les dispositifs de la charte imposant le respect du français par les entreprises, force est de reconnaître un problème d’application de cette règle.

Les quatre partis politiques s’accordent sur le fait qu’il faut protéger et défendre la langue française, mais avec des approches et des visions différentes sur l’interprétation de la Loi et son application. Les partis politiques québécois expriment souvent que « la langue française doit être l’affaire de tous », un vœu pieu qui devrait se traduire souvent en actes concrets.

[1]    En ligne, http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Decembre2011/06/c4340.html.

[2]    Audition Confédération des syndicats nationaux (CSN), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[3]    Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011) Le jeudi 26 avril 2012 – Vol. 42 N° 34, Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration. http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/crc-39-2/journal-debats/CRC-120426-2.html[Consulté le 7 juin 2012]

[4] La situation du français inquiète Québec solidaire, La Presse Canadienne, 10 septembre 2011.

[5]    Ibid.

RACBeaucoup de personnes se plaignent de la situation des personnes appartenant à des ordres professionnels, mais quels sont les gestes qui ont été posés? En plus de la modification du Code des professions, de la signature des ententes, des actions du ministère de l’Immigration sur les ordres professionnels, qu’est‑ce qui a été fait concrètement?

Les actions du ministère de l’Immigration et de ses partenaires

Dans le plan d’action du MICC (ancienne appellation), Des valeurs partagées, des intérêts communs (11 juillet 2007) concernant les projets visant à faciliter l’accès aux professions et métiers réglementés mis en œuvre par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) et ses partenaires, on pouvait lire « dans les actions et mesures mises en œuvre » que : « Les actions récentes du ministère et de ses partenaires[1] visant à faciliter l’accès aux professions et métiers réglementés sont orientées en fonction de trois objectifs : mieux informer les personnes immigrantes, mieux reconnaitre la formation et l’expérience et mieux assurer l’accès à la formation d’appoint[2] ».

Le gouvernement libéral donnait chaque année, depuis 2008, 4 millions de dollars aux ordres professionnels pour la mise en place des outils visant à faciliter la reconnaissance des acquis des immigrants. On pourrait même parler de 8 millions de dollars, avec les 4 millions qui revenaient au Conseil interprofessionnel du Québec.

Malgré les recommandations de tous les rapports (Legault, Bazergui, Échavé) sur l’épineuse question de l’intégration des médecins étrangers, le problème de leur intégration sur le marché du travail reste et demeure.

Le programme pour l’intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel (IPOP)[3] cible les ordres professionnels. Pour pouvoir bénéficier du projet IPOP, les professionnels immigrants doivent être référés par un ordre professionnel. Ce projet offert par Emploi-Québec, qui est le fruit d’une collaboration entre le MICC (maintenant MIDI) et les ordres professionnels du Québec, vise à mieux faciliter l’intégration en emploi des personnes formées à l’étranger. Une condition s’impose : les dits professionnels doivent obtenir ou détenir « une autorisation légale d’exercer d’un ordre professionnel ». Grâce à cet outil, la personne immigrante formée à l’étranger obtient sa première expérience québécoise. Un projet intéressant qui est toujours à sa phase de balbutiement.

Même si le projet IPOP, financé par Emploi-Québec et lancé en décembre 2009 par le MICC pour l’intégration en emploi de personnes formées à l’étranger, vise à faciliter la reconnaissance des compétences des professionnels étrangers par une première expérience québécoise, il demeure que le nœud du problème n’est pas encore résolu. Une subvention salariale couvre les 30 premières semaines jusqu’à hauteur de 50 % du salaire brut. La personne immigrante dont le diplôme a déjà été reconnu par exemple par l’un de ces 6 ordres professionnels (les ingénieurs forestiers, le Barreau du Québec, l’ordre des ingénieurs, l’ordre des agronomes, des hygiénistes dentaires et des technologistes médicaux) est référée par l’ordre pour obtenir une première expérience de travail au Québec. Une collaboration du Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), d’Emploi-Québec et de certains ordres professionnels est un bon pas dans la bonne direction, certes, mais reste insuffisante compte tenu des problématiques rencontrées par les médecins étrangers. (Pour en savoir plus sur les démarches à entreprendre, les critères, les travailleurs et les employeurs admissibles à ce projet, cliquer sur ce lien http://www.midi.gouv.qc.ca/publications/fr/dossiers/depliant-ipop.pdf)

Le gouvernement libéral provincial avait signé « depuis 2008 une quarantaine d’ententes avec 30 ordres professionnels pour une soixantaine de projets[4] » pour faciliter l’accès rapide des personnes immigrantes aux ordres.

Sur le site du gouvernement libéral provincial, on pouvait lister « les actions du ministère et de ses partenaires » concernant l’« accès des immigrants aux professions et métiers réglementés » :

« 1) Projet IPOP pour l’intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel [depuis décembre 2009]; 2) Entente entre la France et le Québec en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles [qui date de 2007]; 3) Projets du ministère et de ses partenaires en matière d’accès aux professions et métiers réglementés; 4) Démarche d’amélioration des pratiques des ordres professionnels en matière de reconnaissance d’une équivalence de diplôme et de formation acquis hors du Québec; 5) Le rapport de l’Équipe de travail sur la reconnaissance des diplômes et des compétences des personnes formées à l’étranger; 6) Le rapport du Groupe de travail sur l’accès aux professions et métiers réglementés; 7) Le partage d’expertise en matière d’évaluation des diplômes délivrés hors du Québec [5] ».

Les actions du ministère de l’Immigration ainsi que de ses partenaires se traduisent dans divers projets et études dont les plus représentatifs se déclinent à travers ceux cités ci-haut.

La sous-évaluation des diplômes obtenus à l’extérieur du Québec et la non-prise en compte des années d’expérience déjà acquises par les personnes immigrantes constituent un véritable problème pour l’accès rapide au marché du travail québécois.

On remarque aussi de plus en plus d’immigrants sélectionnés dont le diplôme n’est pas reconnu du fait qu’ils ont fait une partie de leurs études dans des universités privées non reconnues même dans leur pays d’origine. Certaines personnes immigrantes doivent également connaître le droit professionnel québécois.

Mises en garde des ordres professionnels pour l’usurpation des titres 

Les ordres professionnels sont des organismes régis par le Code des professions du Québec. Ils ont comme principale mission de s’assurer de la protection du public tout en veillant à la pratique et à l’éthique professionnelle de leurs membres. La prudence et la vigilance doivent guider les institutions chargées de protéger le public. Aussi, les règles de compétences professionnelles sont non négociables et sont égales pour ceux et celles qui aspirent à occuper des fonctions dans ces domaines, quelle que soit leur origine. Autrement dit, les immigrants formés à l’étranger ainsi que les Québécois doivent développer les compétences et qualifications nécessaires pour faire partie des ordres professionnels.

Les personnes qui utilisent le titre d’ingénieur, ou n’importe quel titre régi par un ordre professionnel, sans pour autant être membres en règle de l’ordre professionnel sont condamnées pour usurpation de titre professionnel. En s’appropriant un titre professionnel illégalement, elles s’exposent à des amendes ou sanctions prévues en vertu de l’article 188.1 du Code des professions.

Les nouveaux arrivants se posent souvent la question quant à leur adhésion ou non à un ordre professionnel, quant à la pertinence et l’utilité d’être membres d’un ordre professionnel. L’adhésion à un ordre professionnel leur permet-il d’être crédibles devant les employeurs afin de se trouver un emploi (bref d’avoir les compétences recherchées par les employeurs québécois)?

Pour éviter de se rendre passibles des amendes prévues à l’article 188 du Code des professions, les immigrants ont absolument besoin de comprendre les deux types de professions : professions d’exercice exclusif et professions à titre réservé.

« Dans une profession d’exercice exclusif, seuls les membres en règle de l’ordre peuvent poser les actes caractéristiques de cette profession et en porter le titre. Et pour pouvoir poser ces actes, les membres doivent détenir un permis valide et être inscrits au tableau de l’ordre de la profession visée. Il y a actuellement 25 professions d’exercice exclusif au Québec. Chacune est régie par une loi qui lui est propre, en plus du Code des professions. Ce sont les lois particulières qui confèrent aux membres de ces ordres le droit exclusif d’exercer leurs activités professionnelles, en énumérant les différents actes ou fonctions qui sont de leur ressort exclusif. Aussi par exemple, la représentation devant les tribunaux relève exclusivement de l’avocat (art. 128 Loi sur le Barreau).[6]

« Dans une profession à titre réservé, seuls les membres détenant un permis valide de l’ordre visé sont autorisés à porter le titre qui y est attaché. Toutefois, contrairement à la profession d’exercice exclusif, les actes caractéristiques d’une profession à titre réservé peuvent être accomplis par des personnes qui ne sont pas membres de l’ordre. Aussi par exemple, des personnes non membres de l’Ordre professionnel des traducteurs peuvent traduire des textes d’une langue à une autre, bien qu’il s’agisse là d’un acte caractéristique de la profession de traducteur, à condition toutefois de ne pas utiliser le titre de traducteur agréé, ni un titre ou une abréviation pouvant laisser croire qu’elles le sont. Car il est également défendu à toute personne qui n’est pas membre d’un ordre à titre réservé d’utiliser un titre semblable, un titre évocateur de la profession ou encore des initiales pouvant laisser croire qu’elle l’est.

« Il y a actuellement 20 professions à titre réservé au Québec et elles sont régies uniquement par le Code des professions, à la différence des professions d’exercice exclusif[7]. »

Les ordres se sont dotés d’un syndic pour surveiller l’exercice de la profession, un comité d’inspection professionnelle. L’usurpation du titre professionnel est un non-respect de la loi. C’est pourquoi les ordres professionnels annoncent leurs couleurs en précisant bien cet aspect dans leurs différents documents.

Comme le mentionnait un article de 1888mevoila.com : « Le titre d’ingénieur, contrairement à d’autres pays, n’est pas attribué d’office à la suite de l’obtention d’un diplôme décerné par un établissement d’enseignement supérieur ou une école d’ingénieurs. Vous ne pourrez y prétendre et utiliser le titre qu’après avoir satisfait les prérequis de l’Ordre des ingénieurs du Québec[8]. »

Le site du Ministère http://goo.gl/bvxzQc dresse la liste des professions régies par un ordre professionnel. En obtenant le titre professionnel, l’immigrant gagne une reconnaissance de son statut, le droit et l’autorisation de pratiquer en signant ou certifiant certains documents. Mais il y a des immigrants qui sont membres de l’ordre et qui n’arrivent pas à se trouver un emploi. Le statut de membre de l’ordre professionnel ne garantit pas systématiquement un emploi à l’immigrant. Ceci pose la responsabilité partagée entre les ordres professionnels et les employeurs.

[1] Ordres professionnels, Conseil interprofessionnel du Québec, Office des professions du Québec, Comité d’adaptation de la main-d’œuvre- personnes immigrantes, établissements d’enseignement, Emploi-Québec, ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, ministère de la Santé et des Services sociaux et Commission de la construction du Québec.

[2] p.3.

[3] Ce programme fonctionne comme le Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME).

[4] « Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration)», Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42, « 39e législature, 2e session (23 février 2011  au 2011  au 1er août 2012) », no 34, 26 avril 2012.

[5] Nous reviendrons sur l’analyse de ces deux rapports dans notre troisième livre.

[6] « Les 25 professions d’exercice exclusif sont les suivantes: avocat, notaire, médecin, dentiste, pharmacien, optométriste, médecin vétérinaire, agronome, architecte, ingénieur, arpenteur-géomètre, ingénieur forestier, chimiste, comptable agréé, technologue en radiologie, denturologiste, opticien d’ordonnances, chiropraticien, audioprothésiste, podiatre, infirmière ou infirmier, acupuncteur, huissier de justice, sage-femme et géologue (art. 32 Code des professions). (L.I.B.) »  Ordre des ingénieurs du Québec c. Microsoft Canada – N’est pas ingénieur qui veut ! » Lise I. Beaudoin, avocate, Journal du Barreau, volume 36 – numéro 11 – 15 juin 2004 , En ligne, http://www.barreau.qc.ca/publications/journal/vol36/no11/ingenieur.html (consulté le 17 mars 2010). La liste des professions d’exercice exclusif est également disponible sur le site du MICC.

[7]«  Les 20 professions à titre réservé sont les suivantes: administrateur agréé, comptable en management accrédité, comptable général licencié, conseiller en ressources humaines ou en relations industrielles agréé, conseiller d’orientation, diététiste, ergothérapeute, évaluateur agréé, hygiéniste dentaire, infirmière ou infirmier auxiliaire, inhalothérapeute, orthophoniste ou audiologiste, physiothérapeute, psychologue, technicien dentaire, technologiste médical, technologue professionnel, traducteur ou terminologue ou interprète agréé, travailleur social et urbaniste (art. 36 Code des professions). (L.I.B.) ».

[8] 1888 Me voilà, Guide pratique de l’immigration, p.44, 60 p. En ligne, http://storage.canalblog.com/21/77/740546/54441904.pdf

piles-de-billets-de-100-dollars-canadiens _manque à gagner non-reconnaissance des acquisLa reconnaissance des diplômes et des acquis n’est pas l’affaire d’un seul ministère, mais elle concerne tous les acteurs impliqués dans le dossier. Et comme le faisait remarquer, à juste titre, Pascale Chanoux dans son article La reconnaissance des acquis et des compétences des personnes immigrantes :

« Contrairement à ce que d’aucuns pensent généralement, le problème de la RAC [La reconnaissance des acquis et des compétences] est avant tout celui de la société québécoise dans son ensemble plus que celui des immigrants eux-mêmes. En effet, c’est elle qui vit des problèmes de pénuries de main-d’œuvre qualifiée et qui connaîtra un grave problème de relève à l’horizon. Pour y faire face, c’est elle qui a choisi d’accroître d’année en année son immigration économique et s’est dotée d’objectifs ambitieux en matière de régionalisation de l’immigration[1]. »

Pour celle qui a travaillé pendant quatre ans en qualité d’agente de développement au dossier de la reconnaissance des acquis et des compétences pour le Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes (CAMO-PI), « De toutes les questions relatives à l’intégration économique[2] des personnes immigrantes, celle de la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) est sans doute l’une des plus complexes[3] ».

Le communiqué Accueil Recherche Sciences sociales – Psychologie qui démontrait l’entrecroisement des difficultés des femmes immigrantes reprenait les statistiques de l’organisme « Conference Board du Canada (2004), qui estimait que : « les pertes attribuables à la non-reconnaissance des diplômes pour l’ensemble des travailleurs au Canada sont de l’ordre de 4,1 à 5,9 milliards de dollars, dont 74 % liés aux travailleurs immigrés[4] ».

Michel Kelly-Gagnon, ancien président du conseil du patronat du Québec, la plus grande confédération au Québec composée de 63 associations patronales sectorielles, dans le cadre de la planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, disait à juste titre, au sujet de la non-reconnaissance des diplômes des immigrants par les ordres professionnels, que : « […] Le refus de reconnaître un diplôme obtenu à l’étranger entraine des conséquences néfastes non seulement pour le titulaire du diplôme, mais pour la société dans son ensemble, dans la mesure où son capital humain et surtout le capital humain détenu par les immigrants qualifiés doit être mis à contribution, et ce capital s’effrite à travers les années s’il n’est pas utilisé[5] ».

L’économie montréalaise souffre de la déqualification des immigrants comme le révélait le titre de cet article qui se basait sur une étude du service économique de la RBC : « Sous-emploi chez les immigrants – Des pertes de 5 milliards de dollars (31 milliards de dollars au Canada), Étienne Laberge, 24H, 31 janvier 2012 ».

Coût économique de la non-reconnaissance des compétences

Le journal algérien Elwatan, qui reprenait certaines statistiques officielles, mettait le doigt sur le manque à gagner de l’économie canadienne : « Les pertes que subit l’économie du pays en raison de la non-utilisation de ses compétences atteindraient plusieurs milliards de dollars par an. Selon l’Institut statistique Canada, six immigrés sur dix travaillent dans un domaine qui n’était pas le leur dans leur pays d’origine et 42 % d’entre eux ont un niveau de formation supérieur à celui requis par leur emploi[6] ».

Si les rôles et responsabilités d’une profession réglementée changent d’un pays à un autre, rien ne justifie le retour aux études de plus de trois années des personnes immigrantes. Par exemple, une personne immigrante âgée de plus de 35 ans se retrouverait ainsi, après le retour aux études, à chercher un emploi dans la quarantaine.

Des diplômés universitaires qui ont plus de dix années d’expérience professionnelle dans leur domaine de compétence se voient obliger de retourner aux études pour trois, voire cinq années supplémentaires. Certains d’entre eux perçoivent très mal cette situation et décrivent le retour aux études comme un éternel recommencement. Dénonçant ce paradoxe, ils se plaignent de suivre des cours qu’ils ont déjà dépassés. Ils vont plus loin en critiquant le fait qu’ils partagent, dans la même classe ou le même module, des cours avec de jeunes étudiants québécois n’ayant pas le même niveau scolaire ou universitaire. Cette situation est vécue encore plus dramatiquement s’ils ne trouvent pas un emploi à la fin de la formation.

L’article de l’agence QMI, qui reprenait les conclusions de l’étude de l’Institut de recherche et d’informations socio‑économiques (IRIS), allait dans le sens d’une meilleure maximisation de l’apport économique advenant une reconnaissance des compétences des travailleurs qualifiés immigrants : « Selon les statistiques émises par l’IRIS, si les compétences des personnes immigrantes étaient pleinement reconnues, l’économie canadienne gagnerait l’équivalent de 370 000 travailleurs [selon également les économistes de la Banque TD]. Les revenus des immigrants augmenteraient alors de 30,7 milliards $, soit 2,1 % du PIB[7] [8]. »

L’article de Louise Leduc du journal La Presse qui s’appuyait sur les chiffres des économistes de la Banque TD est révélateur des difficultés d’intégration des personnes immigrantes : « Emploi : les immigrés sont désavantagés au Québec[9] ».

Comme il a été mentionné dans le rapport de la recherche-action La reconnaissance des diplômes et des compétences : difficultés et impacts chez les femmes immigrantes[10] d’Action travail des femmes, l’« Impact de la non-reconnaissance des diplômes et compétences sur les femmes immigrantes diplômées à l’étranger [entraîne] la précarité professionnelle, le retour obligé aux études, [la perte] d’estime de soi, [un problème de] santé[11] ».

La non-reconnaissance des diplômes et des compétences devient donc une problématique multidimensionnelle qui nécessite une collaboration entre les différents acteurs impliqués dans le dossier de la RAC. Le fait de faire attendre une personne pour commencer une formation coûte du temps et de l’énergie à la personne elle-même, mais aussi à la société. L’opérationnalité des profils en lien avec les exigences des employeurs ou l’acquisition de compétences manquantes par le biais des formations accélérées permet d’intégrer plus facilement les nouveaux arrivants au marché du travail québécois.

[1] Pascale Chanoux, « La reconnaissance des acquis et des compétences des personnes immigrantes », Vivre ensemble, volume 11, no 38 (Automne 2002/Hiver 2003), p.24.

[2] « L’intégration économique signifie que la personne a trouvé un emploi à la mesure de ses capacités et de ses qualifications professionnelles. À distinguer de l’intégration à l’emploi qui indique simplement que la personne travaille. » Ibid ; p.24.

[3] Ibid ; p.24.

[4] UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL. Être femme et immigrée: deux obstacles majeurs pour un emploi qualifié : Communiqué, Montréal, 14 Septembre 2009.

[5] Audition conseil du patronat du Québec (CPQ), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010», Journal des débats de la Commission permanente de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 10, 25 septembre 2007.

[6] Elwatan, « Canada-Algérie: Les diplômes étrangers reconnus », 2 décembre 2009.

[7] Marie-Pier Gagné, « Taux de chômage-Le taux est trop élevé chez les immigrants », Agence QMI, 27 novembre 2012.

[8] Ibid.

[9] Louise Leduc, « Emploi: les immigrés sont désavantagés au Québec », La Presse, 28 novembre 2012.

[10] Amel Belhassen-Maalaoui et Darline Raymond, La reconnaissance des diplômes et des compétences : difficultés et impacts chez les femmes immigrantes, rapport de recherche action, Montréal, Action travail des femmes, septembre 2008.

[11] Ibid; p.8.

Photo non-reconnaissance des diplômesEssayons de démêler tout le processus complexe de l’évaluation et de la reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger.

La lenteur inquiétante du processus d’évaluation comparative des études du ministère de l’Immigration

Le premier acteur qui intervient dans le dossier de reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger est le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC, devenu MIDI) représenté anciennement par le « Service des évaluations » ou le « Centre d’expertise sur les formations acquises hors du Québec (CEFAHQ) », maintenant « direction de l’authentification, de l’évaluation professionnelle et de la révision administrative ». L’évaluation comparative des études par le ministère de l’Immigration du Québec établit une correspondance de la formation de l’immigrant par rapport au système éducatif québécois.

Aussi, l’immigrant qui souhaite continuer à faire des études ou suivre une formation s’adresse à l’université qui a aussi son mot à dire dans le dossier. Le nouvel arrivant peut aussi s’adresser au cégep dépendamment du niveau de formation. Si le nouvel arrivant appartient à un ordre professionnel, il lui faut également une évaluation du diplôme par cette entité.

Comme on peut le voir, la reconnaissance des diplômes devient une sorte de labyrinthe que le nouvel arrivant doit traverser pour espérer trouver un emploi qui, disons-le, n’est pas automatique, dans la mesure où les employeurs peuvent ne pas reconnaître ses compétences en dépit d’une éventuelle reconnaissance des acquis par les différents acteurs mentionnés ci-haut. Chaque acteur a une manière spécifique de procéder à l’appréciation du diplôme qui a permis au nouvel arrivant d’être sélectionné par la délégation générale du Québec.

Les nouveaux arrivants regrettent de voir leur diplôme diminué par le système d’équivalences. La dévaluation du diplôme de l’immigrant qualifié l’est plus par les universités, les cégeps et les ordres professionnels qui font l’équivalence du contenu.

Bref, le diplôme de l’immigrant qualifié est souvent dévalué par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI). Autrement dit, le même titre du diplôme dans les pays d’origine des personnes immigrantes n’équivaut pas automatiquement au nombre d’années de formation au Québec. Le tableau comparatif des diplômes français ou sénégalais donne une première indication à la correspondance québécoise.

La maîtrise (avant la mise en place du système LMD) dans le système éducatif français correspond au baccalauréat québécois tandis que le diplôme d’études approfondies (DEA) français équivaut à la maîtrise québécoise. Cette première différence établie par le système d’évaluations comparatives du diplôme québécois est, aussi, différente du jugement du contenu des établissements d’enseignement (universités et cégeps), mais aussi des ordres professionnels.

En définitive, on peut schématiser généralement les différentes démarches du candidat par une évaluation préliminaire du MIDI dans un premier temps et, par la suite, un jugement de contenu par les universités, les cégeps, les commissions scolaires du Québec et les ordres professionnels. En clair, chaque entité réclamant son autonomie peut se prononcer sur les diplômes des immigrants.

Le nouvel arrivant se pose dès lors des questions sur cet éventail de procédures alors qu’il a subi une procédure de sélection très rigoureuse tenant compte de plusieurs éléments ou critères dont ceux du diplôme et du domaine de formation.

Le ministère de l’Immigration informe sur son site que :

« Pour pouvoir travailler ou étudier au Québec, l’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec n’est pas toujours requise. Avant de faire une demande, [le MICC demande aux nouveaux arrivants de] vérifier d’abord si l’employeur, l’ordre professionnel ou l’établissement d’enseignement a besoin de ce document.

« Toutefois, vous aurez besoin de ce document pour présenter une demande de permis d’enseigner au Québec ou pour postuler un emploi dans la fonction publique municipale, québécoise ou canadienne », précise-t-il.

Une partie de ce message peut porter encore à confusion pour les nouveaux arrivants, et ce, pour plusieurs raisons. Les employeurs se basent sur l’évaluation du MICC pour faire une comparaison avec le système éducatif québécois, donc l’information suivant laquelle « l’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec n’est pas toujours requise » est à enlever pour diminuer la confusion qui règne déjà dans ce processus complexe.

Certains fonctionnaires d’immigration disent également aux nouveaux arrivants qu’ils n’ont pas besoin automatiquement de l’évaluation et que les employeurs intéressés par leur candidature devront ou pourront faire les démarches par une lettre adressée au MIDI. Une analyse à prendre avec des pincettes puisque tous les employeurs ne veulent pas s’occuper des démarches administratives à moins que le candidat soit un génie pour occuper le poste en question. Cette non-disponibilité de l’information sur l’évaluation des diplômes risque de freiner l’intégration rapide en emploi des nouveaux arrivants dans leur domaine de compétence.

Cependant, comme il a été mentionné dans la fiche 2) Utilité et limites de l’Évaluation comparative du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, « L’Évaluation comparative ne repose ni sur le contenu de chacun des cours d’un programme, ni sur les méthodes ou la qualité de l’enseignement, ni sur la réputation d’un établissement d’enseignement. Elle ne fait pas la reconnaissance des acquis d’une personne[1] ».

Aussi, le MIDI précise qu’elle « n’est pas un diplôme. Elle n’engage aucune personne, aucun établissement d’enseignement, aucun ordre professionnel ou autre organisme de réglementation d’une profession ou d’un métier. Ceux-ci établissent leurs propres critères d’évaluation[2] ».

Le gouvernement libéral provincial annonçait sa couleur pour essayer de diminuer la confusion qui règne dans l’évaluation des diplômes. Sur le site du ministère de l’Immigration, on peut lire ceci :

« L’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec est un document qui indique à quoi correspondent les études effectuées hors du Québec par rapport au système scolaire québécois et à ses principaux diplômes (ou repères scolaires). Ce n’est ni un diplôme ni une équivalence de diplôme. C’est une opinion d’experts, émise uniquement à titre indicatif, qui n’engage ni les employeurs, ni les organismes de réglementation, ni les établissements d’enseignement qui peuvent évaluer votre formation selon des méthodes et des critères qui leur sont propres[3]. »

La méthode d’évaluation du MIDI fait souvent l’objet de débats auprès des ordres professionnels, des employeurs et des universités et collèges d’enseignement. Toujours sur le site Web du ministère de l’Immigration, on peut lire dans la Fiche 5 -Traitement des demandes, « une méthode d’évaluation basée sur des pratiques internationales ». On comprend dès lors que :

« Pour faire une Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) s’appuie sur un cadre commun d’évaluation qu’il a élaboré conjointement avec les services d’évaluation des diplômes étrangers de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Il s’agit des Principes généraux pour un code de bonne pratique en matière d’évaluation des diplômes étrangers qui prennent modèle sur la Convention sur la reconnaissance des qualifications relatives à l’enseignement supérieur dans la région européenne (UNESCO/Conseil de l’Europe) de 1997. Ces principes visent une évaluation objective et équitable qui résulte d’une procédure rigoureuse et cohérente et du respect d’exigences identiques pour tous[4]. »

Plusieurs changements dans le traitement de l’évaluation des dossiers

Plusieurs changements ont été apportés au traitement de l’évaluation sans nécessairement accélérer le processus. Depuis le 28 mars 2011, les candidats prennent rendez-vous avec le Centre d’expertise sur les formations acquises hors du Québec en téléphonant au Centre contacts clientèle du ministère de l’Immigration.

Dans un courrier daté du 20 avril 2011 du MICC portant objet « Implantation d’un système de rendez-vous pour le dépôt des demandes d’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec au bureau du Centre d’expertise sur les formations acquises hors Québec », on pouvait y lire le changement qui se matérialisait par le système de prise de rendez-vous et le souci de rendre plus efficace le traitement de la demande des personnes immigrantes : « […] à compter  du mardi 26 avril 2011, les demandes d’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec pourront être déposées au bureau 8.01 du 255, boulevard Crémazie Est sur rendez-vous seulement ».

Face aux critiques sur la lenteur du traitement de la demande d’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec, souvent répétées par les immigrants et les organismes communautaires, le Centre d’expertise sur les formations acquises hors Québec (CEFAHQ), par la voix de sa directrice générale de Montréal, entendait par « la mise en place de ce système, améliorer la qualité des services offerts à la clientèle, de réduire le temps d’attente et ainsi mieux gérer l’achalandage pendant les heures de pointe ».

Une nouvelle donne qui indique au nouvel arrivant le délai de traitement en cours se retrouvait sur le site Internet du ministère de l’Immigration. On pouvait y lire que : « En vertu de la nouvelle Déclaration de services à la clientèle, rendue publique le 21 avril 2010, le Ministère s’engage dorénavant à […] vous remettre [au candidat], dans un délai de 15 jours, une lettre confirmant l’ouverture de votre dossier à la suite d’une demande d’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec[5]. »

En ce qui concerne la connaissance du délai de traitement en cours, le MICC indiquait, toujours sur son site Web, aux demandeurs d’évaluation du diplôme de se reporter à un tableau qui indiquait la semaine du dépôt de la demande, la semaine de traitement, la date de suivi auprès du client ou de fermeture du dossier. Il informait également les intéressés que :

« 1- Les délais de traitement sont mis à jour toutes les deux semaines et s’appliquent quel que soit le lieu de dépôt de la demande. Il est donc inutile de communiquer avec le Ministère pour obtenir de l’information sur les dossiers déposés après [une date précise] le 20 juin 2011.

« 2- Nos délais de traitement ne tiennent pas compte des délais postaux et ils peuvent varier en fonction du volume des demandes reçues.

« 3- Les dossiers incomplets sont mis en attente de traitement jusqu’à la réception des pièces manquantes.

« 4- Nous ne pouvons préciser la durée de traitement des dossiers complexes qui nécessitent une recherche de renseignements à l’extérieur du Québec ou garantir qu’une Évaluation comparative sera délivrée[6]. »

Malgré cette volonté de changement, il fallait toujours trouver une nouvelle solution à ce problème dans la mesure où le nouvel arrivant attendait plus de six mois pour recevoir son évaluation de diplôme. Pour pallier ce problème, des conseillers en emploi avaient alors trouvé une stratégie consistant à procéder à une correspondance du diplôme du candidat – en se basant sur les grilles du tableau comparatif des diplômes – en attendant la décision officielle du Ministère. D’autres préféraient uniquement indiquer sur le CV du candidat « Équivalence ou plutôt Évaluation du MICC en cours ».

La modification des démarches sous le gouvernement péquiste n’a pas également résolu le problème de la lenteur du traitement des dossiers. Le MICC avait déjà fait valoir le 9 avril 2013 certains arguments dans sa rubrique Questions/Réponses pour justifier la fermeture du comptoir de réception des évaluations comparatives et, par conséquent, son choix du traitement par courrier pour les demandes d’évaluation comparative des études effectuées à l’extérieur du Québec :

« L’administration du comptoir de réception est très énergivore en termes de ressources humaines (il nécessite jusqu’à 9 employés à temps plein) et ne génère pas d’avantages sur le plan de l’efficacité de traitement. De plus, il crée l’impression qu’il faille absolument se présenter en personne pour déposer un dossier, ce qui n’est pas le cas. Le fait de rencontrer les clients « un par un » pour le dépôt de leur dossier a surtout pour effet de ralentir le processus. Les clients peuvent attendre jusqu’à trois mois pour leur rendez-vous.»

Le Ministère jugeait que la rencontre avec un fonctionnaire pour lui présenter des documents déjà fournis en entrevue de sélection, rappelons‑le, n’est pas nécessaire dans ce cas et indiquait les trois moyens de transmission du dossier : adresse postale prévue à cet effet, par service de messagerie ou en personne. Il vantait également le mérite de cette mesure qui devait permettre « d’affecter plus d’employés au traitement lui-même des demandes d’évaluation comparatives, tâches qui sont directement liées à l’offre d’un service plus rapide et plus adéquat pour la clientèle », donc d’accélérer en principe la réception et le traitement des demandes.

Malgré ce changement intervenu le 15 avril 2013, la lenteur du processus de traitement ou d’évaluation et, par conséquent, d’obtention du fameux sésame est devenue aujourd’hui une situation beaucoup plus préoccupante.

Une plus grande cohérence dans les démarches d’évaluation doit se manifester d’abord et avant tout par l’organe qui recrute et sélectionne les personnes immigrantes, en l’occurrence le MICC (ancienne appellation). Les nouveaux arrivants contactent le bureau et doivent attendre en moyenne plus de dix mois pour l’évaluation finale de leur dossier. Ils ont pourtant fourni leurs diplômes lors de la procédure et sont paradoxalement obligés d’attendre des mois sur le sol québécois avant de recevoir leur évaluation.

Une bureaucratie administrative qui aurait dû être évitée coûte du temps, de l’énergie et de l’argent. Il aurait fallu procéder à cette évaluation de manière définitive lors de la procédure de sélection, puisque ce sont les mêmes documents qui ont été évalués par la délégation, et les remettre au candidat avant qu’il n’attende plusieurs mois pour travailler parfois dans son domaine (banque, fonction publique, etc.).

Mais les explications données en commission sur l’étude des crédits ministériels 2013-2014, le 11 février 2013, laissent apparaître un problème d’informatisation des dossiers qui, semble-t-il,  est en train d’être résolu. On pourrait s’interroger dans ce cas comment une société aussi développée que le Québec n’ait pas développé cet outil de travail à l’heure des réalités fulgurantes des technologies de l’information.

Conséquences négatives sur l’intégration rapide en emploi

Les conséquences sont énormes sur l’intégration rapide en emploi des nouveaux arrivants. En commission parlementaire, Mme Lorena Favier d’Action travail des femmes, qui regrettait la précarisation de la situation des femmes, pointait également du doigt le problème de la non‑reconnaissance des acquis :

« […] les femmes immigrantes arrivant au Québec sont en majorité diplômées dans leur pays d’origine et ont un niveau d’études plus élevé que celui des femmes nées au Québec. Alors que celles-ci ont non seulement les diplômes mais souvent l’expérience nécessaire pour accéder à des emplois à la hauteur de leurs attentes et de leurs compétences, la plupart font face à une situation de chômage et de déqualification[7]. »

Selon elle : « La non-reconnaissance des diplômes et des compétences, ainsi que le long processus de faire valoir leur bagage académique et professionnel plongent rapidement ces femmes dans un parcours du combattant. Reprise d’études pour les unes, cours de remise à niveau pour les autres, accumulation de bénévolat pour acquérir la première exigence canadienne souvent exigée prouvent l’incapacité du système d’immigration à intégrer ces femmes. Ce long et pénible processus n’amène pourtant pas ces femmes fortement diplômées à un emploi dans leur champ de compétence[8]. »

Les compressions budgétaires ne doivent pas se faire sur le dos de l’intégration rapide des nouveaux arrivants. En retardant leur entrée sur le marché de l’emploi, l’économie du Québec en souffre également. L’immigrant ne peut pas se passer de l’outil du MIDI puisque les organismes de réglementation, les employeurs et les établissements d’enseignement exigent souvent l’évaluation comparative des études effectuées hors du Québec. La coordination des actions en matière de reconnaissance des acquis et de certains programmes entre les différents ministères est une vieille revendication des organismes communautaires voués à l’intégration des personnes immigrantes.

L’efficacité du traitement des dossiers ou l’accélération de l’obtention de l’évaluation comparative des diplômes demeure une condition indispensable pour une intégration rapide en emploi.

Heureusement que des lieux d’accueil et d’information sont de plus en plus mis en place pour diriger les personnes immigrantes vers les ressources appropriées. Les collèges et les commissions scolaires qui sont responsables de l’évaluation des compétences et de la formation font une demande d’évaluation par des spécialistes (des professeurs, des entreprises) qui connaissent le diplôme et évaluent la personne en lui donnant des notes.

Le schéma Cheminement de la clientèle – Reconnaissance des compétences et qualifications décrit les conditions d’admissibilité et les démarches d’un candidat selon qu’il veuille bénéficier d’un certificat de qualification professionnelle ou d’un diplôme du MELS.

L’infoRAC (reconnaissance des acquis et des compétences) a commencé à se développer de plus en plus. L’idée conjointe d’Emploi-Québec et Éducation Montréal de mettre sur pied un site Internet « Le portail de la reconnaissance des compétences » qui regroupe « trois organismes à Montréal pour un meilleur accès à l’emploi » : Compétences Montréal (pour une reconnaissance des acquis et des compétences par l’obtention d’un DEC ou d’une AEC); SÉRACIM (pour une reconnaissance des acquis et des compétences par l’obtention d’un DEP ou d’une ASP); Certifié compétent (par l’obtention d’un Certificat de qualification professionnelle), représente un pas dans la bonne direction.

[1] F-0030-02 septembre 2007.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Obtenir une Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec, dernière modification : 27 juin 2011. En ligne, http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/fr/education/evaluation-comparative/.

[6] Ibid.

[7] Audition Action Travail des femmes et Fédération des femmes du Québec, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 11, 18 août 2011.

[8] Ibid.

ordres professionnels imageL’Assemblée nationale du Québec a adopté en juin 2006, la Loi modifiant le Code des professions. L’objectif de la modification dudit Code consistait à délivrer trois nouvelles formes de permis : permis sur permis, permis restrictif temporaire, permis spécial. Mieux, cette modification visait à faciliter et à accélérer, par la mise en place de nouveaux outils, l’accès aux professions aux personnes immigrantes. L’adoption du projet de loi n° 14 n’a pas pour autant résolu le problème de blocage des ordres professionnels à l’endroit des personnes immigrantes appartenant à des professions réglementées.

Le médecin spécialisé en microbiologie-infectiologie et homme politique québécois, Amir Khadir, qui rappelait une vérité dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2010-2011 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration, soulignait que : « […] toutes les communautés immigrantes vont être d’accord sur une chose, c’est qu’il existe encore des obstacles majeurs, notamment en matière de reconnaissance des compétences au niveau des ordres professionnels. Donc, il y a des obstacles institutionnels[1] ».

Au Québec, il  y a 53 professions réglementées, régies par les 45 ordres professionnels qui comptent plus de 360 000 professionnels membres. Sur le site de l’Office des professions du Québec, on apprend qu’ : « Une loi-cadre, le Code des professions (L.R.Q., c. C-26), ci-après appelé Code, confie aux ordres la mission de protéger le public en s’assurant de la compétence et de l’intégrité de leurs membres ».

Le vote à l’Assemblée nationale du Québec de la Loi numéro 14 devrait en principe amener une certaine flexibilité en ce qui a trait aux ordres professionnels se traduisant par une obtention facile et souple des permis restrictifs, notamment pour les médecins étrangers. Mais, en réalité, les ordres professionnels ont du chemin à faire pour convaincre certains sceptiques qui croient qu’ils servent plus les intérêts de leurs membres que ceux du public.

“Les ordres professionnels refusent les reproches”, tel est un article signé par Laura-Julie Perreault du journal La Presse en décembre 2007.

« Répondant aux critiques formulées par le ministre Philippe Couillard à l’égard de l’Ordre des médecins, le président du Conseil interprofessionnel [de l’époque, Louis Beaulieu], qui était notamment accompagné hier du président de l’Ordre des ingénieurs du Québec, a reconnu que les ordres professionnels n’ont pas tous le même rendement. ″Il y a des ordres qui fonctionnent très bien, d’autres bien et certains qui ont plus de progrès à faire, mais je ne les nommerai pas″, a dit l’homme en point de presse. Il nie cependant que certains des membres de son organisation rendent la vie impossible aux immigrants par pur corporatisme[2]. »

On peut en déduire, même s’il ne veut pas le nommer, que le Collège des médecins du Québec (CMQ) fait partie des ordres qui ont une grosse pente à remonter et un sérieux examen de conscience à faire.

Loin de généraliser, l’omniprésence de certains ordres professionnels continue d’agacer de plus en plus la population québécoise, notamment les personnes en recherche active d’emploi. Les ordres professionnels, qui ne fonctionnement pas de la même façon, n’avancent pas non plus à la même vitesse en ce qui a trait à l’intégration des personnes immigrantes.

Même si l’on note une certaine souplesse de certains ordres professionnels plutôt que d’autres, il demeure évident qu’ils ont une très grande responsabilité dans la dimension intégrative des personnes immigrantes appartenant à des professions réglementées.

Le gouvernement finance les ordres pour qu’ils facilitent l’intégration des professionnels formés à l’étranger (PFÉ). Cela se traduit par différents volets comme une plateforme de cours électroniques et « la conception d’un didacticiel [en ligne] destiné aux futurs candidats PFÉ[3] ». Observe-t-on présentement des améliorations au niveau des outils de reconnaissance pour l’évaluation des diplômes, les ateliers préparatoires pour augmenter les taux de réussite aux examens ou les formations d’appoint? (Lire à ce sujet notre prochain article Les outils pour une meilleure évaluation des compétences professionnelles des personnes immigrantes)

Il est clair qu’en 2014, les ordres professionnels, dans leur forme actuelle, doivent s’ajuster aux nouvelles réalités. La pertinence de ces ordres ne sera approuvée que si, et seulement si, des signes d’ouverture sincères sont posés vis-à-vis des jeunes Québécois et des personnes immigrantes qui veulent intégrer le système professionnel.

La question de l’intégration des personnes immigrantes appartenant à des métiers et professions réglementés dépend en grande partie de l’ouverture des ordres professionnels québécois. On note toujours un certain blocage, dans le cadre des professions réglementées, malgré différentes initiatives. Des outils visant à faire reconnaître rapidement les compétences ont été mis en place : évaluation, formation d’appoint, ateliers préparatoires, etc. La question de l’efficacité de certaines mesures mérite d’être posée comme en atteste la situation des personnes appartenant aux professions réglementées qui se dégrade de jour en jour.

La mission de l’ordre professionnel est de surveiller la pratique de sa discipline et de s’assurer de la validité des compétences présentées par un candidat quelle que soit son origine. Nous pensons de plus en plus que ce sont les ordres professionnels qui dictent les politiques de l’emploi. Ce sont eux qui contrôlent la loi de l’offre et de la demande même s’ils prétendent le contraire. Par exemple, le Collège des médecins du Québec (CMQ), qui intervient au début et à la fin du processus, évalue les compétences des médecins diplômés à l’extérieur du Canada ou des États-Unis (DHCEU) et émet des permis restrictifs d’exercer. Ce qui facilite en principe l’accès au marché du travail des médecins étrangers.

Si la faute ne doit pas juste être incombée aux ordres professionnels, mais à tous les différents acteurs (gouvernements, ministère, ordres professionnels, institutions de formation, scolaires, ou universitaires, ou collégiales, personnes immigrantes), il n’en demeure pas moins que les organismes de réglementation ont une très grande responsabilité dans la rapidité à l’accès au marché du travail des personnes immigrantes.

[1] Amir Khadir, « Étude des crédits budgétaires 2010-2011 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature 1ère session (13 janvier 2009 au 22 février 2011) »,  no 17, 27 avril 2010.

[2] Laura-Julie Perreault, « Les ordres professionnels refusent les reproches », Cyberpresse, 12 décembre 2007.

[3] ORDRE DES INGÉNIEURS DU QUÉBEC. L’Ordre des ingénieurs du Québec entreprend un programme inédit pour accompagner les candidats à l’immigration désireux de pratiquer le génie au Québec : Communiqué de presse,  08 février 2008.

01achatAppro PHOTO RECONNAISSANCE DES ACQUISLes problèmes de reconnaissance des acquis et les difficultés d’intégration des immigrants constituent un secret de polichinelle. Des immigrants, qui appartiennent à des professions en demande, sont souvent déboussolés devant la dure réalité du marché du travail lorsqu’ils arrivent au Québec. Les médecins, les ingénieurs, les infirmières, les avocats, les enseignants immigrants appartiennent aux professions qui se butent le plus souvent aux difficultés du marché du travail québécois.

Le Conseil du patronat du Québec avait réalisé un sondage auprès de ses membres sur les motifs de non-embauche des personnes immigrantes. Ce qui ressortait de ce sondage justifie à plus d’un titre le problème de reconnaissance des acquis et des compétences. Les employeurs avaient la possibilité de répondre à plusieurs options, selon le président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, qui indiquait en substance que 93 % des employeurs avaient identifié le problème de reconnaissance des acquis et compétences alors que 86 % avaient évoqué le problème de connaissance du français et que 53 % avaient désigné le manque d’expérience de travail au Canada comme obstacles à l’intégration en emploi des néo‑Québécois[1].

Définition de la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC)

La reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) est une démarche qui permet à la personne de faire évaluer et reconnaître officiellement ses compétences grâce à ses expériences de vie et de travail et de compléter une formation[2] dans un domaine précis. Dans le cadre du processus de la RAC, les compétences développées dans une expérience de travail sont ainsi reconnues.

En d’autres termes, l’acquisition de compétences se fait par le biais d’un travail ou la réalisation de projets d’envergure. La reconnaissance des acquis se base sur ces deux volets en permettant à l’individu d’obtenir un diplôme sur la base des compétences développées.

Un article du Conseil canadien des ressources humaines en tourisme (CCRHT) donne une très bonne définition de cette problématique :

« La reconnaissance des titres de compétence désigne simplement le processus qui consiste à vérifier et à évaluer, de manière juste, cohérente, transparente et rigoureuse, les aptitudes et les titres et diplômes que possède une personne.

« Cette définition de la reconnaissance des titres de compétence est relativement nouvelle. Auparavant, les titres de compétence désignaient généralement l’apprentissage formel et le niveau d’études (p. ex. : désignation professionnelle, grade ou diplôme). C’est pourquoi les mécanismes de reconnaissance des titres de compétence pour les niveaux de scolarité et les attestations existent déjà en ce qui concerne les professions réglementées comme la médecine et l’ingénierie ainsi que de nombreux métiers. En mettant l’accent sur l’apprentissage formel, on a toutefois négligé grandement les professions non réglementées.»[3]

Selon Ressources humaines et Développement social Canada, la reconnaissance des titres de compétence étrangers est « le processus qui consiste à vérifier si la formation et l’expérience de travail acquises dans un autre pays respectent les normes établies pour les travailleurs canadiens[4] ». Comme le souligne ce « ministère du gouvernement du Canada responsable de l’élaboration, de la gestion et de la prestation des programmes et services sociaux[5] », on établit une correspondance entre les normes, fixées par les institutions d’enseignement et les organisations professionnelles, et les diplômes et l’expérience professionnelle des immigrants.

La définition du Comité d’experts sur le financement de la formation continue, 2004, concernant la reconnaissance des acquis et des compétences est encore plus explicite et plus méthodologique : « processus permettant d’obtenir la reconnaissance officielle de ses acquis et ses compétences provenant de formations diverses et d’expériences variées. Ce processus se base sur le repérage, l’identification et la validation des acquis et des compétences retenus selon un référentiel donné et en fonction d’un projet de diplomation, de qualification professionnelle, d’insertion en emploi ou d’un projet personnel ».

La reconnaissance des acquis et des compétences évolue lentement et il existe très peu d’études au Canada et au Québec sur cette question. Différents acteurs interviennent dans la reconnaissance des acquis avec leurs propres méthodes d’évaluation référentielles et de reconnaissance.

La plupart des personnes immigrantes sont des diplômées universitaires. « Plus de 63 % des personnes immigrantes en âge de travailler, admises en 2011, ont 14 années d’études et plus », pouvait-on lire sur le site Internet gouvernemental Toutes nos origines enrichissent le Québec[6]. »

Position du problème

En entrevue avec le magazine L’actualité le 6 décembre 2007 (Le nous de la discorde), Jean‑Louis Roy, ex-secrétaire général de l’Agence de la francophonie de 1990 à 1998 à Paris, réagissait à une question du journaliste Pierre Cayouette sur Comment mieux intégrer les immigrants au Québec. La réponse de l’ancien directeur du quotidien montréalais Le Devoir traduit fidèlement la situation que vivent encore les personnes immigrantes au Québec :

« Je trouve inadmissible qu’on accorde une telle importance aux diplômes lorsqu’on sélectionne les immigrants et que ces mêmes diplômes ne valent plus rien passé la frontière. Le problème persiste depuis 30 ans et les gouvernements successifs ne l’ont pas réglé. Je trouve scandaleux le comportement des ordres professionnels à cet égard. Les immigrants souffrent également de discrimination en matière d’emploi. Le niveau de chômage chez les Québécois venus d’ailleurs est trois fois plus élevé que dans le reste de la population. L’autre grand problème est leur sous-représentation dans la fonction publique », indiquait l’ancien délégué général du gouvernement du Québec à Paris.

La reconnaissance des acquis est du domaine provincial. Les gouvernements successifs (péquiste comme libéral) se sont traîné les pieds sur la question de la reconnaissance des acquis et des diplômes. Les conséquences se traduisent ainsi par les difficultés éprouvées par les personnes appartenant à des professions et métiers réglementés (15 % du total des immigrants selon le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) à accéder rapidement au marché du travail québécois. Reconnaître les acquis des personnes immigrantes formées hors Québec est devenu un sujet redondant. Le problème persiste depuis plusieurs années sans espoir de trouver une solution viable.

L’article [Difficile reconnaissance des acquis pour les immigrants qualifiés], L’ultime frontière de Martine Roux[7] identifiait déjà les difficultés rencontrées par les professionnels immigrants : manque de coordination entre les différents acteurs institutionnels, bureaucratie administrative, etc.

Il faut noter que les universités, les cégeps, les commissions scolaires du Québec et le MIDI offrent tous un service d’évaluation et de reconnaissance des acquis et des compétences. La multiciplicité des acteurs, mais aussi la différence dans leurs pratiques, dans ce dossier de la reconnaissance des acquis et des compétences, entretient une confusion auprès des nouveaux arrivants qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Même dans la population locale, il existe des personnes qui ont développé des compétences dans un domaine sans avoir le diplôme qui sanctionne la formation. Souvent, les Québécois ne se retrouvent pas dans le processus de reconnaissance compte tenu de la complexité du système. Imaginons alors la situation des immigrants.

[1] Michel Kelly-Gagnon, « Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 », Journal des débats de la Commission de la culture, Version finale, vol.40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) »,  no 10, 25 septembre 2007.

[2] Diplôme d’études professionnelles DEP, Diplôme d’études commerciales (DEC), Attestation de spécialisation professionnelle (ASP du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport), Attestation d’études commerciales (AEC).

[3] En ligne, http://cthrc.ca/fr/programs_services/credential_recognition.aspx#q1 consulté le 17 août 2010, Reconnaissance des titres de compétence, Le Conseil canadien des ressources humaines en tourisme (CCRHT).

[4] Ressources humaines et Développement social Canada, « Reconnaissance des titres de compétences étrangers », Fiche d’information.

[5] En ligne, http://www.rhdcc.gc.ca/fra/apropos/index.shtml

[6] En ligne, http://toutesnosorigines.gouv.qc.ca/comprendre/

[7] Martine Roux, « Difficile reconnaissance des acquis pour les immigrants qualifiés- L’ultime frontière », Magazine Jobboom, 20 décembre 2006.

Publié par : Doudou Sow | 14 novembre 2014

L’ambiguïté du message sur le fait français au Québec

j'achéte en français-l'ambiguïté« L’anglais est la langue des affaires » entend-on souvent. L’ancien porte-parole de l’opposition officielle pour la Charte de la langue française, Marc Tanguay, qui voyait une évolution de la langue française par le biais de la Charte de la langue française, s’adressant au président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), s’appuyait sur des statistiques pour justifier la bilinguisation de certaines entreprises en Amérique du Nord :

« […] dans un contexte […] où les PME du Québec, en 2013, vous le savez, 20 % exportent vers les États-Unis, 50 % importent des États-Unis, ce qui veut dire que, nécessairement, de facto, de façon fonctionnelle et de façon efficace, les entreprises, même les PME, tout le monde aujourd’hui, en 2013, doit pouvoir tirer son épingle du jeu en anglais.

« Que ce soit par l’échange de courriels, par l’échange de télécopies, que ce soit au téléphone, que ce soit même au niveau des précontrats, quand on reçoit ce qu’on appelle un PO, un «purchase order», il faut être capable de bien lire et de bien comprendre à l’endos ce qu’on appelle les «fine prints». Et, dans une autre vie, j’ai eu l’occasion de voir que, malheureusement, il pouvait y avoir des litiges parce qu’il n’y avait pas une bonne compréhension. Alors, c’est l’univers dans lequel les PME du Québec évoluent en 2013, et ça, nous en sommes tous, j’en suis persuadé[1]. »

La loi 101 qui donne le droit de travailler en français au Québec était appliquée pour les entreprises de 50 employés et plus. Le Parti québécois (PQ) proposait ou souhaitait étendre l’application de la Loi 101 aux entreprises de 11 à 50 employés, disons les petites et moyennes entreprises (PME). Les péquistes ne sont pas contre le fait que des entreprises utilisent ou recourent à l’anglais pour faire des affaires avec des entreprises ou des institutions étrangères, mais sont, à juste titre, contre une utilisation systématique de l’anglais dans le milieu de travail québécois.

Le bilinguisme est un atout, mais ne devrait, en aucune façon, constituer une exigence pour certains postes. Pour que « Parler français [devienne] … assurément un atout pour réussir au Québec![2] » et reflète le caractère majoritairement francophone de la province du Québec, l’emploi devrait se passer en français.

Dans un article signé par Louis Lafortune daté du mardi 12 septembre 2006 dans Le Devoir, un journal indépendant, « Les immigrants victimes de discrimination dans la recherche d’un emploi », l’auteur évoquait : « Les immigrants du Québec qui apprennent le français sont souvent victimes de discrimination quand vient le temps de se trouver un emploi parce que de nombreux employeurs exigent la connaissance de l’anglais. »

Jean-Paul Perreault, le président d’Impératif français, dans le cadre de la Consultation générale sur le document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, en  2006, disait à juste titre ceci : « S’il y a une place où la discrimination doit cesser, c’est bien dans la possibilité d’intégrer le marché du travail. Il faut que les gens obtiennent une certaine indépendance financière, économique et matérielle[3]. » Cette affirmation est une vérité absolue et ne peut faire l’objet d’aucune contestation. « Si on leur refuse la possibilité de travailler, vous conviendrez avec nous qu’on les marginalise, qu’on les appauvrit, qu’on contribue à en faire des démunis au sein de la société québécoise[4] », poursuivait-il. Conséquence de cette situation : « […] les stéréotypes [véhiculés par la société d’accueil] vont continuer : ils vivent aux crochets de la société; ils nous imposent une autre langue que le français parce qu’on n’a pas mis en place suffisamment de programmes de francisation[5] », concluait-il.

À la lumière de ces propos de monsieur Perreault, l’on voit toute la complexité de la notion d’intégration qui englobe plusieurs dimensions et indicateurs. Si la dimension économique qui passe par le travail fait défaut au puzzle, tout le château s’effondre. L’indicateur dignité et indépendance financière n’étant pas disponible, toute intégration culturelle serait un leurre. La cohésion sociale qui se matérialise par le vivre‑ensemble harmonieux en prendrait un sacré coup.

L’ambiguïté du message qu’on envoie aux immigrants ne réside pas simplement dans l’impossibilité de trouver un travail en français, mais aussi dans l’accessibilité de certains documents en français pour réussir certaines études. Plusieurs documents sont dans la langue anglaise, ce qui pose un réel problème de cohérence au niveau du discours et du projet de société sur l’idéal du vivre-ensemble linguistique.

Les étudiants vont se diriger dans des cours en anglais parce qu’ils arrivent à la conclusion selon laquelle peu importe leur réelle volonté de vivre et de travailler en français, la question de l’anglais au moment de trouver un emploi ou de faire des études occupera une très grande place dans leur choix de carrière. Ils n’ont pas tout à fait tort si l’on en juge le nombre de livres en anglais dans les collèges comme dans les universités.

Jean-Marc Beausoleil de la Fondation de langue française pour l’innovation sociale et scientifique (FLFISETS) dénonçait cette situation dans le cadre de la consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 tenue à la Commission permanente de la culture à l’Assemblée nationale du Québec. Monsieur Beausoleil s’offusquait de « L’anglicisation [du] système d’éducation au niveau postsecondaire, universités et écoles professionnelles ». Il faisait remarquer ceci : « […] Même des immigrants francophones décident d’aller étudier en anglais actuellement à partir du postsecondaire parce qu’ils se disent : À quoi ça sert d’aller étudier au postsecondaire puis, à un moment donné, tout va se passer en anglais?[6] »

Il poursuivait en ces termes: « Puis là, actuellement, ce qui se passe au postsecondaire commence à influencer ce qui se passe au cégep, puis commence à influencer ce qui se passe au primaire, puis au secondaire où, en fin du compte, il y a beaucoup de parents qui ont demandé à la Cour suprême dernièrement, dans les derniers mois puis les dernières années, de prendre leurs enfants puis de les envoyer directement à l’école anglaise[7] ». Résultat des courses : « Ça fait que tout ça, ça s’imbrique un dans l’autre puis c’est de ça qu’on parle actuellement aussi, au niveau de l’immigration[8].

L’anglicisation du système d’éducation dans les institutions postsecondaires[9] touche selon M. Beausoleil «  90 % de livres en anglais, (… des tests en anglais, des conférences en anglais, des affichages en anglais[10] », d’où la nécessité de franciser tous les outils du savoir (livres, claviers, logiciels, etc.). Les outils technologiques utilisés également dans les entreprises renforcent l’anglicisation du monde du travail et démontrent la forte capacité d’attraction de l’anglais.

Des immigrants originaires de pays francophones ou francophiles ont à cœur la survie de la langue française en Amérique du Nord. On observe un paradoxe dans le discours : au moment de la sélection, les agents d’immigration martèlent souvent aux immigrants le discours qu’ils s’établiront dans une province francophone et ils découvrent à leur arrivée au Québec que la connaissance de la langue anglaise est obligatoire dans certains postes. Il faut appeler un chat, un chat. Nous trouvons que ce n’est pas normal qu’on mette sur la touche des personnes originaires de pays francophones parce qu’elles ne parlent pas l’anglais. Même si nous sommes d’accord avec le fait que certains postes exigent un niveau d’anglais compte tenu de la clientèle et de certains logiciels ou vocabulaires à maîtriser. En ne protégeant pas la langue française comme il faut, on envoie aux immigrants francophones un message qu’au Québec, il faut plus parler anglais que français pour trouver un emploi.

À cause d’un manque de reconnaissance des compétences, d’une anglicisation excessive et présente dans le milieu de travail et certains outils technologiques, les immigrants francophiles sont désenchantés à tel point que le Congrès maghrébin au Québec (CMQ) avait proposé en commission parlementaire une recommandation sur la nécessité de parler anglais. (Lire notre texte La très grande présence de l’anglais dans le marché du travail québécois- Un constat des immigrants francophones et allophones http://goo.gl/cWFEhb).

[1]   Marc Tanguay, « Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d’autres dispositions législatives », Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation, Version préliminaire,  Vol. 43 « 40e législature, 1re session (début : 30 octobre 2012) »,  no 10, 12 mars 2013.

[2]   MICC, Le succès parle français, Juillet 2009.

[3]    Jean-Paul Perreault, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination (10) », Journal des débats de la Commission de la culture,  version finale, vol. 39 « 37e législature,  2e session (14 mars 2006 au 21 février 2007) », no 33, 24 octobre 2006.

[4]    Ibid.

[5]    Ibid.

[6]    Jean-Marc Beausoleil, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (8)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 14, 11 octobre 2007.

[7]    Ibid.

[8]    Ibid.

[9] Lire à ce sujet, un récent article du journaliste Antoine Robitaille qui traite de l’attrait de la langue anglaise dans les etudes supérieures. L’anglais à l’UDEM-Inquiétude légitime, Le Devoir, 30 janvier 2014.

[10]   Jean-Marc Beausoleil, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (8)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 14, 11 octobre 2007.

Publié par : Doudou Sow | 12 novembre 2014

La menace de la perte de l’influence du français au Québec

 

commerce-en-francais-2-522b3-291x300La bataille linguistique est omniprésente sur la scène provinciale québécoise. La transmission de la langue française aux générations futures devient une préoccupation légitime des Québécois et de tous ceux qui veulent renforcer le fait français en Amérique du Nord. La question de la défense de la langue a une signification plus qu’importante au Québec.

Le recul du français sur l’île de Montréal est tristement une réalité. Luc Plamondon avait raison de dénoncer l’anglicisation de la seule province francophone du Canada. En mai 2009, le producteur et parolier québécois avait dénoncé l’anglicisation de Montréal et était allé plus loin en critiquant les politiciens sur leur inaction face au recul du français au Québec lors de la réception de la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec. Ce qui lui avait valu des félicitations de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) qui œuvre, entre autres, à la protection et à la promotion de la langue française.

La publication en avril 2010 de l’étude intitulée « Vrai visage du français au Québec » sonnait de nouveau l’alarme sur l’enjeu linguistique. Les titres des journaux à l’époque venaient une fois de plus démontrer la nécessité de défendre la langue française en Amérique du Nord : « Plaidoyer pour un renforcement de la Loi 101 » (Jennifer Guthrie, Week-end 9-11 avril 2010, Métro). « Défense de la loi 104 : La SSJB lance les hostilités » (Sarah-Maude Lefebvre, 24h Montréal du lundi 12 avril 2010). « Bernard Landry s’inquiète de la situation du français » (Stéphanie Saucier, 24h Montréal du lundi 12 avril 2010). « Grand rassemblement à Montréal pour renforcer la Loi 101 », (La Presse Canadienne, lundi 12 avril 2010).

La menace de la perte de l’influence du français au Québec est aussi justifiée par le fait que de nombreux commerces affichent leur message exclusivement en anglais. La troisième proposition de Legault, Accueil, francisation, intégration et régionalisation de l’immigration, dénonçait cette situation : « Il importe aussi d’envoyer un signal clair à propos de la langue du commerce au Québec. C’est un grief récurrent : il est de plus en plus difficile de se faire servir en français à Montréal dans certains commerces. Nous proposons que l’Office québécois de la langue française prenne ses responsabilités en s’assurant que chacun puisse se faire servir en français.»

L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et actuelle ministre du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, avait signé une entente avec les commerces (18 juin 2012) avant le changement de gouvernement. La signature d’une entente entre le ministère de l’Immigration et l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ) concernant un projet pilote était annoncée dans le communiqué du MICC: Francisation des PME.

Il est inadmissible que des personnes ne puissent dire un seul mot en français après des années et des années sur le territoire québécois. Ces personnes qui sont établies au Québec depuis très longtemps et qui ne disent même pas un mot de français ne pourraient être rangées dans la catégorie d’une intégration sociolinguistique réussie. La population locale est en droit de s’attendre à ce que le nouvel arrivant parle ou apprenne la langue de la société d’accueil. Cette réalité est un phénomène universel très logique.

En tout état de cause, les autorités gouvernementales ne doivent pas faire attendre surtout des nouveaux arrivants allophones au Québec pour qu’ils obtiennent des services en termes de francisation. Il serait faux et réducteur de penser que les immigrants allophones ne font pas d’efforts pour se franciser. Certains immigrants sont confrontés au choix de travailler et d’apprendre le français. Le raccourci des délais de suivi de cours de francisation pourrait avoir un impact considérable sur une francisation réussie des immigrants. Si les immigrants attendent trop rapidement les cours de francisation, ils peuvent aller étudier l’anglais en attendant de trouver un emploi. Et, dans ce cadre-là, ils seront plus ancrés dans la langue anglaise qu’ils trouvent plus facile à apprendre. D’ailleurs, certains immigrants se plaisent même à dire « qu’on n’apprend pas la langue anglaise », mais utilisent plutôt le terme que l’anglais « ça s’attrape » pour démontrer la facilité d’apprentissage de cette langue. Une offre de francisation adaptée permet aux immigrants de tirer la conclusion que la société met en place des outils pour accélérer leur intégration en français.

Mais il demeure que l’on doit concilier les deux aspects : promotion et législation, pour plusieurs raisons. Malgré tous les dispositifs de la charte imposant le respect du français par les entreprises, force est de reconnaître un problème d’application de cette règle.

Les réflexes de méfiance des Québécois au sujet de la fragilité du statut d’une seule langue officielle commune au Québec sont bel et bien justifiés. Le Québec est une province distincte qui doit garder sa langue au nom même de la diversité linguistique au sein du Canada.

Nous ne sommes pas dans une société où on se moque de la personne qui essaie de parler en français en commettant des fautes. Nous ne sommes pas non plus dans une société qui revendique une paternité de parler un français académique. C’est ce qui fait la beauté de la diversité de la langue française en dépit du fait de trouver des points convergents pour se faire comprendre mutuellement. Autrement dit, toutes les conditions pour faciliter l’apprentissage de cette langue sont réunies pour une personne qui souhaite faire des efforts pour s’intégrer sur le plan linguistique et social.

Le français est la neuvième langue la plus parlée dans le monde si l’on en croit l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Au Québec, la langue française est plus qu’un outil de communication. Elle est aussi le symbole d’une appartenance de ce peuple à son identité évolutive. Le Québec n’est pas antipathique à d’autres langues. Parfois, des institutions utilisent la langue maternelle des immigrants pour leur véhiculer un message. Cette pratique est utilisée comme un outil de communication. La preuve, certaines organisations, comme la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), utilisent d’autres langues pour faire passer certains messages.

La baisse de la population francophone dans certaines grandes villes est aussi une véritable inquiétude pour la survie de la langue française : « Dans la région métropolitaine de recensement, qui comprend l’île de Montréal, Laval et les couronnes nord et sud, le poids des francophones sera de 63 % dans 20 ans, contre 69 % en 2006, selon les prévisions[1] ». En plus de la faible natalité des Québécois (un choix de société qu’il faut respecter) et un déplacement des francophones dans les banlieues, il convient de mesurer les risques de l’érosion de la langue française. « En cinq ans, quelque 170 000 Montréalais ont quitté l’île pour Longueuil, Laval et les autres villes de banlieue de ses couronnes nord et sud. En contrepartie, 85 000 banlieusards sont devenus Montréalais[2]. »

L’ancien député péquiste de la circonscription de Borduas à l’Assemblée nationale du Québec de 2007 à 2012, Pierre Curzi, qui déclarait être contre l’idée de Jean-François Lisée, ancien ministre responsable de la métropole, quand il attribuait cette situation à « l’exode des familles francophones vers la banlieue[3] » a également raison de souligner que « les raisons de cette anglicisation sont multiples » (déplacement, très grande attraction de l’anglais, etc).

Dans le centre-ville de Montréal, il y a deux universités anglophones (…) et un certain nombre d’étudiants non-francophones. Il est également vrai que la présence des étudiants anglais ou s’exprimant en anglais, surtout dans le centre-ville de Montréal, peut donner l’impression que le Québec est une ville anglaise.

Le français à l’extérieur du Québec ne se porte pas bien non plus. Le commissaire Graham Fraser, dans le rapport annuel de 2009, déposé au parlement du Canada indiquait qu’à peine 20 % (une personne sur cinq) réussissent à se faire servir en français dans les autres provinces canadiennes (à l’extérieur du Québec). Précisons que le Canada a adopté, il y a de cela 40 ans, une loi sur les langues officielles. « Fonction publique fédérale : le bilinguisme est loin d’être atteint » (24h Montréal, 27 mai 2010) : (un constat du commissaire aux langues officielles Graham Fraser suite à son quatrième rapport annuel). « Le rapport rappelle par ailleurs que la population de langue maternelle française au Canada est passée de 27 % à 22 % de 1971 à 2006 et que cette dernière se concentre de plus en plus à proximité des frontières du Québec. Le rapport souligne aussi la proportion « assez faible » de Canadiens hors Québec qui ont le français comme langue seconde (7 % en 2006)[4]. »

Le septième rapport annuel s’inscrit dans la même tendance inquiétante du recul du français au Canada, comme le soulignait un article d’Hélène Buzzetti « Commissaire aux langues officielles – Le français poursuit sa lente érosion au Canada » pour le journal Le Devoir du 8 novembre 2013.

En définitive, l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, avait développé un argument très intéressant qui mérite toute notre attention :

« C’est qu’un bon jour, au-delà de l’obligation d’utiliser le français au travail, il va falloir en arriver à un point où on va choisir de parler français, parce que parler français t’assure l’inclusion sociale, te permet de participer au développement de la société, et il y a des choses qui ne peuvent pas toujours se forcer. Je ne mets pas en cause les lois linguistiques, elles sont essentielles. Mais, au-delà de ça, quand on tombe dans des choix personnels ou dans des décisions de langue d’usage à la maison, il faut que la personne sente que ce choix-là s’impose, et ce choix-là s’impose quand la personne est socialement admise[5]. »

Il poursuit en ces termes :

« À l’heure actuelle, quand on parle d’une intégration socioéconomique, on dit : La personne trouve du travail en français, c’est réglé. C’est loin d’être réglé, parce que, lorsqu’elle a fini sa journée de travail en français, si le groupe francophone ne lui donne pas des occasions de participer à ses activités, elle retourne parmi les siens. Et c’est quoi, l’avantage du français? Ce n’est que le travail. Tu ne vis pas dans une société où ton français te permet de t’intégrer à tout point de vue, et c’est ce point de vue-là qu’on veut développer[6]. »

Soulignons également que la société d’accueil québécoise a sa part de responsabilité dans le recul de la langue française sur l’île de Montréal. (Nous y reviendrons dans cette série de textes sur l’interdépendance des problématiques : immigration, langue et emploi).

[1]    Études de l’Office de la langue française – Le français perd toujours du terrain à Montréal, Mélissa Guillemette, Le Devoir, 10 septembre 2011.

[2]     Recensement 2006-Montréal peut dire merci aux immigrants, Marie-Luce Pelletier-Legros, Metro, 14 janvier, p.3.

[3]    Les silences de M. Lisée-Le départ des francophones n’est pas l’unique cause de l’anglicisation du grand Montréal-1 février 2013,  Pierre Curzi – Ancien député de Borduas, Le Devoir.

[4]    (« En 2050, neuf francophones sur dix seront africains…Le Français est en constante progression dans le monde, selon un rapport de l’OIF, Christian Rioux, Le Devoir, 12 octobre 2010).

[5]    Conrad Ouellon, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 10, 17 août 2011.

[6]    Ibid.

services-bilingue-bandeau (1)Il faut entendre le cri du cœur des nouveaux arrivants qui se disent étonnés du décalage entre la promotion du fait français à l’étranger et les exigences du bilinguisme des employeurs québécois. Dans une province francophone, c’est une question de bon sens de dire qu’on devrait être capable de travailler et de vivre en français. La langue de Molière ou de Tremblay est une très belle langue qu’il faut préserver. Elle est un vecteur de l’identité d’une société qui veut survivre dans un contexte linguistique très difficile. Elle veut survivre aussi dans un contexte où on veut accueillir des personnes immigrantes, mais qui acceptent de vivre et de travailler en français pour perpétuer la langue. C’est une des raisons pour lesquelles tous gouvernements confondus et, plus particulièrement l’ancien gouvernement péquiste, voulait sélectionner des personnes immigrantes francophones. Elle est aussi le vecteur d’une identité québécoise qui cherche à se redéfinir en donnant une place aux personnes immigrantes qui font siennes les valeurs fondamentales de la société québécoise. La question de la langue est très importante pour qu’on ne la sacrifie au nom de certains principes économiques, voire utilitaristes. Elle est le trait d’union d’une francophonie diversifiée et riche des apports des uns et des autres.

Le secrétaire général du Congrès maghrébin au Québec (CMQ), Lamine Foura, tout en étant d’accord sur l’importance de la langue française, faisait une recommandation de l’anglais développée dans le mémoire transmis à l’Assemblée nationale du Québec.

« Je considère et nous considérons que le français est la priorité des priorités au Québec; il y a une obligation morale, pour chaque immigrant, de devenir francophone s’il ne l’est pas et de l’être naturellement s’il a été choisi parce qu’il est francophone. Mais, par contre, je pense qu’il faudra éviter qu’on ait la politique de l’autruche parce que les chiffres sont contraires à ça: [Il en veut pour preuve] le taux de chômage des allophones anglophones à Montréal [qui] est de 12 %; le taux de chômage des allophones francophones à Montréal [qui] est de 24 %[1]. »

Celui qui travaille en aéronautique enchaîne son argumentation en s’appuyant sur son expérience professionnelle. « Moi, personnellement, je suis dans le domaine du génie, si quelqu’un peut me trouver une entreprise à Montréal qui pourra recruter un ingénieur juste francophone, j’aimerais bien la retrouver. Et je peux vous retrouver des dizaines et des milliers d’entreprises qui vont accepter aujourd’hui de recruter un ingénieur juste anglophone[2]. »

Il trouve qu’un immigrant a besoin de maîtriser l’anglais au vu des réalités du marché du travail montréalais.

« Donc, il faut qu’on sorte un petit peu de nos slogans, il faut que nos politiques sachent la réalité, il faudra qu’on trouve les moyens de façon à ce que la société elle-même se transforme, parce que la réalité économique des fois est en contradiction avec la réalité de nos objectifs idéologiques et de survie de la langue française. Et on ne peut pas juste dire tout simplement aujourd’hui que le français pourra aider les immigrants, ils doivent juste être francophones. Il faut qu’ils soient francophones mais il faut qu’on ait l’aide des fois même à apprendre l’anglais pour pouvoir intégrer les milieux de travail, surtout dans le domaine du génie[3]. »

Le président cofondateur de cet organisme créé en avril 2009, Monsef Derraji, renchérit la position de M. Foura.

« La première recommandation [du CMQ] insistait davantage sur l’importance de l’anglais comme un des critères importants pour une meilleure intégration au marché du travail. Je pense que, de plus en plus, on peut être clairs comme message qu’on envoie à l’extérieur : Oui, on est dans un pays francophone, on parle français, on peut vivre d’une manière très merveilleuse à Montréal ou à Québec ou au Québec en français, mais pour pouvoir intégrer le marché du travail, aller chercher l’emploi qu’on veut, ça prend une connaissance de l’anglais[4]. »

Un « message ambigu » qu’avait relevé l’ancien porte-parole de l’opposition officielle en matière de langue, immigration et communautés culturelles (2011-2012), Yves-François Blanchet, d’une situation que tous les défenseurs de la langue française, Québécois de longue date, de souche ou Québécois d’adoption, trouvent anormale.

Monsieur Lamine Foura s’adressant au député péquiste sur la question actuelle des exigences de la langue anglaise ne souhaite pas, à juste titre, qu’on impute toute la responsabilité aux immigrants sur le recul de la langue française au Québec. « Et je lance le défi de me retrouver une entreprise en ingénierie au Québec qui recruterait un francophone sans qu’il connaisse l’anglais. Et je peux vous garantir, je peux vous donner, je vais avancer un chiffre, 100 entreprises qui recruteraient un anglophone qui ne connaît aucun mot de français. Ça dépend où, mais à Montréal, oui. Donc, la réalité, elle est là[5] », répliquait le secrétaire général du Congrès maghrébin au Québec.

Le député Yves-François Blanchet, qui se voulait catégorique sur certains principes, faisait tout de même une nuance :

« […] il y a des secteurs qui sont internationaux d’emblée. L’ingénierie est un cas, c’est clair. Mais ce n’est pas vrai pour le dépanneur du coin, ce n’est pas vrai pour l’essentiel de l’industrie manufacturière, (…). Mais, en hôtellerie, en tourisme, en restauration, je comprends très bien que quelqu’un doive maîtriser minimalement l’anglais. Je ne comprendrais pas du tout qu’il ne maîtrise pas le français en même temps[6]. »

Des acteurs socioéconomiques, comme le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, avaient abordé la question de l’anglais qui reste d’ailleurs un « sujet délicat», comme ce dernier le reconnaît lui-même, dans le contexte de la fragilité linguistique du français en Amérique du Nord :

« […] les gens de la communauté d’affaires, et on en a entendu des échos dans la communauté plus large, indiquent que, lorsque nous avons des immigrants qualifiés qui n’ont aucune compétence en anglais, cela peut poser problème. Et cela peut poser problème, parce que la nouvelle réalité du marché du travail, c’est que parfois des logiciels contiennent de l’anglais, parfois des manuels contiennent de l’anglais. Et, dans bien des situations, nous voulons que nos entreprises, dans un monde globalisé, mondialisé, puissent faire affaire avec leurs plateformes internationales[7]. »

Monsieur Leblanc défend son point de vue de la manière suivante : «  Donc, il y a un enjeu ici. Si nous accueillons des immigrants qui ne sont absolument pas fonctionnels en anglais, il est possible qu’ils aient, eux, un obstacle d’intégration en emploi dans des emplois de haut niveau, répondant à des besoins réels, mais où l’anglais ou une maîtrise minimale de l’anglais est une exigence[8] ».

Dans cette perspective, Emploi-Québec finance des cours d’anglais aussi bien pour les Québécois d’origine que pour les immigrants francophones et allophones pour leur permettre de trouver un emploi. L’anglicisation des immigrants francophones avait coûté 2,1 millions depuis 2008 selon les médias. Emploi‑Québec conçoit la formation ou les cours en anglais comme une mesure d’employabilité permettant à la personne d’obtenir de meilleures chances d’intégrer le marché de l’emploi si l’anglais devient évidemment le principal obstacle. De ce point de vue, les cours d’anglais deviennent un outil pour un bilinguisme individuel.

Langue de travail – Québec contribue à angliciser les immigrants, révélait La Presse Canadienne du 2 avril 2012. Un article de Jocelyne Richer, repris par Métro révèle, que : « Depuis 2008, 1 095 immigrants nouveaux arrivants (depuis moins de cinq ans au Québec) et refugiés ont eu droit à des cours d’anglais. Coût de la facture pour les contribuables: 2,1 M $. Les données obtenues auprès d’Emploi‑Québec ne sont pas disponibles pour les années antérieures».

Après la révélation du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) sur le projet du Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) de donner un mandat aux organismes communautaires pour des cours en anglais ou en espagnol aux nouveaux arrivants « […] Kathleen Weil [avait] affirmé qu’il serait discriminatoire de ne pas offrir de cours d’anglais aux immigrants francophones qui sont au chômage comme à tout autre Québécois à la recherche d’un emploi. Québec dépense 400 000 $ par an pour des cours d’anglais dispensés à des immigrants[9] ».

L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles était revenue sur ses propos alors qu’elle était interpellée par le député Yves-François Blanchet sur la question des Premières démarches d’installation (PDI) dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration.

Des études, comme Statistique Canada sur l’intégration des immigrants, démontrent que la maîtrise de la langue anglaise est une voie obligée pour se trouver un emploi, mais aussi une voie intéressante en ce qui concerne la rémunération. « Immigration et travail : parler l’anglais est un atout[10] », sous la plume de Malorie Beauchemin,  révélait également cette problématique.

Aussi en guise de rappel, en Commission parlementaire, en 2007, sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, l’ancien député péquiste, Martin Lemay, qui citait des chiffres qu’il qualifiait de « catastrophiques » contenus dans le mémoire du Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), faisait remarquer ceci : « Les unilingues anglophones du Québec ont toujours des revenus supérieurs aux unilingues francophones », soit 34 000 $ contre 29 000 $ pour les hommes, 23 000 $ et 20 000 $[11] ». Une information sur une différence salariale démontre une tendance suivant laquelle la méconnaissance de l’anglais constitue également une barrière dans l’intégration en emploi des personnes immigrantes.

L’argument de globalisation ou de mondialisation de l’anglais valide implicitement la norme de la maîtrise de la langue anglaise. Les personnes immigrantes ressortent le même argument quand le message vient surtout de la société d’accueil. Comme tout être humain, elles suivent la tendance pour tirer leur épingle du jeu linguistique.

[1]    Lamine Foura, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[2]    Ibid.

[3]    Ibid.

[4]    Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7]    Michel Leblanc, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 11, 18 août 2011.

[8]    Ibid.

[9]   Robert Dutrisac, « Québec renonce à son devoir d’accueillir les immigrants, Les organismes communautaires héritent du mandat », Le Devoir, 5 avril 2012.

[10]   La Presse du 1er mai 2007.

[11]   Audition Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (2)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 8, 19 septembre 2007.

Publié par : Doudou Sow | 7 novembre 2014

L’intégration en français dans son domaine de compétences

Images Doudou LivresLe lien entre la langue et l’emploi est, sans nul doute, au cœur du processus d’intégration des personnes immigrantes. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie. L’intégration pleine et entière de l’immigrant se mesure à l’insertion en emploi à la hauteur de ses compétences.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015, certains employeurs, notamment la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le Conseil du patronat du Québec, Manufacturiers et exportateurs du Québec, mettent en avant les compétences recherchées par le marché du travail, pas simplement la maîtrise de la langue française. En d’autres termes, même s’ils reconnaissent tous que le français est important, il n’en demeure pas moins qu’ils pensent que les besoins du marché sont prioritaires. Une conception qui va à contre‑courant de la vision souverainiste, qui fait de la langue française son cheval de bataille. On se retrouve donc avec une vision économique et une vision identitaire. Mais les deux peuvent être conciliables si un bon arbitrage est fait.

Le Québec n’arrivera pas à sélectionner 100 % de francophones compte tenu des raisons que nous évoquions dans notre premier ouvrage (Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique http://goo.gl/8f7D41 ). C’est pourquoi les mesures de francisation sont importantes. Par contre, nous pensons qu’il est nécessaire de recruter des francophones ou francophiles ou francothropes (un concept de Charles Castonguay). Leur maîtrise ou connaissance intermédiaire de la langue française, avant leur arrivée au Québec, permettra de ne pas fragiliser le statut linguistique québécois. Il est tout à fait normal que les Québécois s’inquiètent de la situation du français dans la métropole montréalaise. Mais, on ne saurait exiger que des immigrants parlent le français à la maison, leur espace privé. Les immigrants parleront leur langue maternelle à la maison ou feront l’usage de leur langue maternelle et du français si leurs enfants sont nés au Québec. À moins que le gouvernement sélectionne exclusivement des Français, des Belges et des Suisses francophones, ce qui est loin d’être possible.

Par contre, nous partageons la position de la co-chef de Québec Solidaire (QS), Françoise David, sur la crainte de l’anglicisation des milieux de travail, comme l’a bien résumée La Presse Canadienne du 10 septembre 2011 : « […] Françoise David affirme entendre de plus en plus souvent des témoignages d’immigrants à qui l’on demande de parler anglais au travail alors qu’on leur avait dit avant d’arriver dans la province qu’il fallait qu’ils maîtrisent le français[1] ».

Le rapport entre la maîtrise de la langue et l’intégration peut se révéler intéressant, mais pas tout le temps efficace au niveau de l’obtention d’un emploi. Pour preuve, le taux de chômage le plus élevé est observé chez des personnes qui maîtrisent très bien la langue française, à savoir les Maghrébins et les Noirs africains francophones. Il serait parfois important d’évaluer les postes affichés par les employeurs pour voir exactement si la connaissance de l’anglais est justifiée dans toutes les offres d’emploi.

La pérennité du français au Québec est un enjeu sociétal plus qu’important. S’il est vrai qu’il faut avoir confiance en la langue française, il n’en demeure pas moins qu’il faut rester vigilant parce que le pouvoir d’attraction de la langue anglaise est plus grand en Amérique du Nord que celui du français. La volonté de franciser davantage les immigrants avant leur arrivée au Québec augmente le nombre de personnes s’exprimant en français. Une sélection plus grande des francophones ou francophiles ou francothropes augmenterait également le nombre d’immigrants francophones dans la province québécoise.

Il faut, certes, respecter les droits linguistiques de la minorité anglophone au Québec, mais il faut également faire de même pour ce qui est des droits des immigrants sélectionnés concernant le fait français. Il faut trouver un juste équilibre entre trois réalités ou solitudes : société d’accueil francophone, Anglo-Québécois et communautés culturelles francophones. Il faut entendre la voix des sans-voix africains et maghrébins, des immigrants unilingues français, qui sont outrés de ne pas trouver un emploi à cause de la bilinguisation à outrance des postes d’emploi. Ils connaissent d’ailleurs des taux de chômage astronomiques.

Le gouvernement canadien a déjà protégé la langue anglaise au Québec en identifiant déjà ses secteurs de compétence exclusifs : le transport, les télécommunications et le secteur bancaire. Il en est de même pour le gouvernement du Québec, par l’esprit du gouvernement de René Lévesque à travers la Loi 101, qui accorde des protections à certains milieux : la santé par exemple. La Charte canadienne et la Charte des droits et libertés du Québec protègent également les minorités linguistiques.

Le renforcement de la présence de la langue française dans le contexte nord-américain nécessite une adhésion non partisane de tous les partis politiques provinciaux québécois.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes et l’identité québécoise.

[1]       La Presse Canadienne, « La situation du français inquiète Québec solidaire », 10 septembre 2011.

Histoire et Patrimoine-Bonjour Québec

Histoire et Patrimoine-Bonjour Québec

Le français est un facteur-clé d’intégration. Il est clair que le poids du Québec à l’intérieur du Canada se trouve dans la défense de sa langue française. Si on enlève au Québec sa langue française et qu’il se l’enlève aussi, son caractère distinct n’existe plus et son identité sera menacée. Le français, langue de communication, de la vie publique et du travail, ne sera qu’un vœu pieux. Aimer un peuple, c’est aussi aimer sa langue. Ce serait une erreur de penser que, si on ne fait pas une piqûre de rappel aux entreprises, elles continueront à encourager la francisation.

La défense de la langue française, une question nationale

La défense de la langue française doit être une question nationale. L’identité d’un peuple se mesure par la langue, aussi véhicule de culture. La pérennité du français se mesure incontestablement par une intégration réussie en français. Lors de la dernière consultation sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, un consensus sur la question de l’importance ou de la vitalité de la langue française s’était dégagé.

La vérification du niveau de connaissance du français des travailleurs qualifiés permet d’avoir une idée exacte sur le niveau réel de connaissance de la langue et d’apporter éventuellement les ajustements nécessaires. On augmente ainsi le niveau en faisant des tests standardisés. Les aptitudes linguistiques sont nécessaires pour l’insertion en emploi. L’Australie, qui se compare souvent avec le Canada en matière d’immigration, oblige ses immigrants à prendre des cours de langue avant d’arriver sur son sol. C’est pourquoi la décision du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) (sous le gouvernement libéral et péquiste) de signer des ententes avec les alliances françaises et de faire des classes virtuelles en français dans différents pays pour des personnes déjà sélectionnées par la délégation générale du Québec est une très bonne idée. Mais aussi il faut des programmes adaptés dans les lieux de travail pour faciliter le maintien en emploi des immigrants.

Le nombre d’immigrants ayant sensiblement augmenté, les Québécois s’attendaient à ce que le gouvernement libéral francise davantage la population allophone et anglophone. Malgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible.

La capacité d’attraction de la langue anglaise est plus forte que celle de la langue française dans un contexte nord-américain. C’est pourquoi la défense de l’identité linguistique est un combat très normal et noble pour la préservation des générations futures.

Les Québécois peuvent être frustrés de constater que des immigrants allophones ou anglophiles n’adoptent pas le français. Des enfants qui sont des interprètes auprès des personnes qui sont là depuis des années méritent une certaine réflexion.

La diversité des langues a souvent fait peur aux pays d’immigration qui accueillent des gens venus d’ailleurs. On souhaite souvent que les immigrants s’intègrent dans la culture de la société d’accueil.

La spécificité de la langue française peut s’expliquer également en fonction de l’origine de personnes venant même de pays francophones ou francophiles. Le français québécois, ou français du Québec, reflète l’état d’esprit de la société et de son environnement socioculturel. Au Québec, pour éviter toute discrimination, on mentionne souvent dans les documents que l’usage du masculin allège le texte. Ceci dissipe tout malentendu dans la pensée de l’auteur du texte ou document. Cette transition disparait au fur et à mesure pour laisser la place à la féminisation des textes ou des stratégies englobant les différents genres.

Concernant la féminisation de la langue française, une petite anecdote nous vient à l’esprit. Un jour, nous avions fait relire un de nos articles à une collègue québécoise qui nous avait fait la remarque que nous écrivions souvent au masculin. Cette remarque pertinente reflétait un peu notre scolarisation dans des écoles françaises ou sénégalaises où le masculin intégrait le féminin.

Les Québécois qui ne sont pas des Français de France, de Belgique, de la Suisse, n’utilisent pas le français de France, le français d’Europe, excepté surtout les journalistes, les universitaires et certains politiciens. Il faut admettre qu’au Québec parler très bien le français peut donner l’impression que la personne est très prétentieuse. En se lançant dans un débat argumentaire, les gens sont parfois déconnectés et trouvent théoriques certains raisonnements.

La maîtrise du langage populaire peut rendre sympathique la personne immigrante auprès des Québécois. Le français québécois, ou parler français avec un accent québécois, ou les variétés régionales (le joual), est une réalité à prendre en compte pour les personnes immigrantes vivant surtout dans les régions.

La qualité du français écrit et parlé par rapport aux « standards internationaux » (nous le mettons entre guillemets parce que nous n’avons aucune idée du pays qui devrait définir qui parle mieux le français, mais nous sommes d’accord à trouver des règles pour faciliter davantage la compréhension tout en n’excluant pas les particularités ou les régionalismes) fait souvent débat.

Le taux d’analphabétisme au Québec (près de 50 % de la population âgée entre 16 et 65 ans selon le Conseil supérieur de l’éducation[1]) et le  taux de décrochage scolaire (20,1 % chez les garçons contre 12,6 % pour les filles[2]) constitue un véritable problème ne facilitant pas une meilleure lecture, la qualité du français écrit, la signification ou le sens du mot, la syntaxe et le vocabulaire.

En définitive, le lien entre l’immigration et la langue française doit se traduire dans une intégration en français. On observe cependant un paradoxe puisque des personnes s’exprimant en français peinent à se trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences dans la société québécoise francophone.

Débat récurrent sur la sélection des immigrants musulmans

La plupart des personnes originaires de l’Afrique et du Maghreb sont des locuteurs francophones, « le plus grand réservoir francophone à l’heure actuelle[3] », pour reprendre les termes de l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), M. Conrad Ouellon.

Cependant, certains membres de la société québécoise n’hésitent plus à demander officiellement une sélection des immigrants basée sur des motifs ou des critères excluant la religion musulmane (Contexte Charte des valeurs québécoises et attentats terroristes au Canada).

En commission parlementaire (2011 et même 2013), certains acteurs, comme Michel Pagé, incitaient le gouvernement libéral provincial à profiter de la crise économique européenne pour recruter plus de « francothropes » (un concept de Charles Castonguay[4] (l’Amérique latine et l’Europe de l’Est constituent, entre autres, des bassins francothropes)) que d’anglothropes (c’est-à dire des individus tournés vers l’anglais comme ceux de langue germanique, chinoise, etc., selon l’auteur).

  1. Pagé approuvait l’idée de la ministre Weil d’aller recruter « des gens un peu partout dans le monde qui étudient le français » et estimait même en avoir parlé :

« dans le chapitre 3 de [son] petit bouquin qu’ [il avait] publié (…) et [il] suggérerai[t] effectivement de faire un recrutement sélectif actif auprès de pays où on retrouve de larges bassins de locuteurs francophones compatibles avec les valeurs canadiennes et québécoises. [Il cite des pays comme] l’Espagne, 1 million, 2 millions de locuteurs, pas de locuteurs, ou de francophiles, l’Italie même chose, Roumanie, Bulgarie, quoique là c’est encore une fois 1 million. Aux États-Unis, il y a 2 millions de francophones, et presque toutes les universités américaines donnent des cours, ou ont un département de français, ou un département de littérature française. Donc, c’est ce qui n’a pas été fait dans le passé et puis qu’où le bât blesse parce qu’il y a… l’espace francophone est vaste. Plusieurs pays dont ceux que j’ai nommés constituent des bassins de recrutement, surtout maintenant que des pays comme le Portugal, l’Espagne, la Roumanie, l’Italie ont des difficultés. Or, la population sont [sic] en général bien instruite à toutes choses égales[5] », avait soutenu l’auteur du livre « Un passé, un destin ou l’avenir d’un peuple ».

Celui qui s’est indigné du recrutement anglothrope avait suggéré au gouvernement libéral provincial d’exploiter d’autres bassins de recrutement : « dans les prochaines années, c’est là qu’il faut chercher nos francophiles et francophones de façon directe, bien orchestrée, en relation avec le ministère des relations… pardon, des Relations internationales, et nous nous rejoignons[6]. »

Dans son analyse, celui qui a travaillé en Côte‑d’Ivoire dans le domaine du développement international a également fait ressortir un aspect visant à recruter des immigrants qui épousent les mêmes valeurs québécoises, d’où la notion « de larges bassins de locuteurs francophones compatibles avec les valeurs canadiennes et québécoises[7] ».

Perspectives encourageantes

Le Québec a peur de disparaître ou de perdre son identité avec des immigrants anglophiles et immigrants français musulmans. Les « de souche » ne devraient pas avoir peur du rapport avec l’autre. La différence identitaire sera certes une réalité, mais le monde d’aujourd’hui se construit sur la diversité.

La deuxième génération suscite l’espoir au niveau de la vitalité du français. La Loi 101 a sauvé le Québec et une nouvelle génération de Québécois anglais est parfaitement bilingue, comme le relatait l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés Culturelles, Mme Kathleen Weil, qui affirmait : « Les Anglo-Québécois sont les plus bilingues au Canada[8] ».

Au niveau du débat sur la fragilité linguistique, le dernier recensement de Statistique  Canada[9] indique une amélioration : « Enquête nationale – Le français en hausse chez les immigrants»[10].

Les libéraux, sous Jean Charest, comptaient également sur les jeunes étudiants français et les PVTistes (Programme Vacances-Travail (PVT)) pour augmenter le nombre de personnes parlant la langue française au Québec.

L’importance de la valorisation de la langue française comme outil d’intégration demeure plus que jamais nécessaire pour la pérennisation de 2 % de francophones en Amérique du Nord.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes et l’identité québécoise.

[1] Annie Mathieu, « Québec s’attaque au drame de l’analphabétisme », Le Soleil, 18 novembre 2013.

[2]     Lisa-Marie Gervais, « Taux de décrochage scolaire – Certaines régions affichent de fortes baisses », Le Devoir, 20 mars 2013.

[3]     Conrad Ouellon, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 10, 17 août 2011.

[4] Le chercheur Charles Castonguay avait expliqué ce concept dans le cadre du projet de loi numéro 14.

[5] Michel Pagé, À titre personnel, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 12, 24 août 2011.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Audition SH Intégration, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[9] Même s’il faut se montrer prudent par rapport aux dernières statistiques de Recensement Canada  de 2011 pour plusieurs raisons, notamment le fait que la participation à l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) était volontaire, une première dans l’histoire de Recensement Canada.

[10] Édition du 9 mai 2013, section Actualités, écran 2, La Presse+.

Intégration une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueilUne des valeurs des immigrants reste la fidélité, ce que les employeurs québécois et canadiens apprécient. Les immigrants peuvent très bien répondre à la question « Où-est-ce qu’ils se voient dans cinq ans?». Il suffit juste de voir au niveau de leur CV leur parcours professionnel pour se rendre compte que la majorité d’entre eux ont fait carrière au sein d’une même compagnie en gravissant plusieurs échelons. Ceux et celles qui ont la possibilité de changer d’emplois ne sont pas très nombreux vu le contexte et les opportunités d’emplois moins grandes dans certains pays comparés au Canada. Les employeurs peuvent donc miser sur une des valeurs des immigrants, la fidélité ou la loyauté.

En effet, quand nous nous rendons dans les entreprises, dans le cadre de notre programme Mentorat, pour recruter des mentors potentiels, parfois des anciens candidats dans le processus de régionalisation de l’immigration ou des anciens participants du projet Mentorat, nous exprimons une certaine fierté de les voir dans leur milieu de travail. Des personnes immigrantes qui ont acquis et renforcé leur confiance au cours de leur parcours professionnel sont fières aussi de contribuer au rendement de leur entreprise, mais aussi au développement économique du Québec. Ce ne sont plus ces personnes qui étaient déboussolées à leur arrivée, qui semblaient être perdues dans la masse d’informations obtenues, mais parfois aussi sous l’emprise d’un mauvais entourage qui leur faisait croire que le poste actuel qu’elles occupaient ne pouvait exister que dans leurs rêves. Ce qui était chimère au départ aux yeux de certains devient réalité à force de persévérance. Ce sont des personnes qui ne sont pas jugées en fonction de leur appartenance religieuse, ethnique ou raciale, mais plus en fonction de la valeur ajoutée qu’elles apportent à leurs entreprises. Elles sont jugées sur leur rendement et leurs tâches effectuées plus que sur des critères ethniques. Elles deviennent des « Québécois tout court » qui expriment leur dignité par le travail. Elles expriment également leur appartenance par rapport aux entreprises qui leur permettent d’afficher leur sourire quotidien. Elles se sentent valorisées par le travail.

L’embauche des personnes immigrantes peut entraîner un taux de roulement de l’entreprise faible ou stable au moins (ou environ) cinq années. Elles sont habituées à travailler dans une même entreprise et démontrent souvent leur fidélité à leur premier employeur. Une certaine culture de reconnaissance de la première entreprise qui leur a donné une chance et ouvert les portes de la dignité par le travail.

Elles déclinaient également ces possibilités d’emploi dans une perspective de réduction de risque de perte d’emploi (sécurité de l’emploi déjà acquis, liens existant à maintenir, avantages de conciliation travail-famille). Un immigrant qui a déjà établi des réseaux socioprofessionnels et s’est déjà familiarisé avec les collègues de travail ne veut pas quitter forcément son travail. Même si au Québec changer un emploi en bons termes est un défi et ne pourrait être pris comme un acte de trahison.

Les entreprises qui ont vite compris la fidélité de ces employés ont développé très rapidement un système de promotion à l’interne basé sur le mérite. En voyant comment ces personnes ont évolué au sein de la société sous tous ses angles, nous pourrions dire que la société québécoise a le mérite de faire naître, chez les personnes immigrantes, l’espoir d’un meilleur avenir. Les nouveaux arrivants ne vivent que de cela.

Malgré les péripéties liées aux obstacles de la recherche d’emploi, elles se disent qu’elles pourront toujours trouver un emploi. Dans d’autres sociétés européennes, ce ne sont pas juste les compétences qui feront de la personne immigrante l’heureuse élue au poste. Au Québec, tout de même, en combinant les compétences, le réseau et la bonne attitude, la personne immigrante rencontre toujours une personne qui peut la connecter avec la personne ressource. Il faut, certes, être au bon moment au bon endroit, mais en même temps mériter la chance ou l’opportunité offerte.

L’intégration est ce mariage parfait entre la personne immigrante qui développe son sentiment d’appartenance à la société d’accueil qui le lui rend bien en lui ouvrant les portes du marché du travail.

Les conseillers en emploi sont très fiers de suivre le cheminement des nouveaux arrivants et sentent qu’ils font la différence pour des personnes immigrantes qui ont trouvé un emploi dans leur domaine de compétences.

En définitive, les personnes immigrantes retrouvent, par le biais du travail à la hauteur de leurs compétences, une certaine conscience citoyenne qui s’exprime par le sentiment de participer à l’effort national de production d’une richesse collective, le sentiment de retrouver une identité perdue et une certaine reconnaissance sociale.

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La Délégation générale pour l’organisation du XVe Sommet de la Francophonie se tiendra les 29 et 30 novembre 2014 à Dakar, capitale du Sénégal. Le continent africain symbolise à la fois l’avenir du développement économique (taux de croissance moyen du PIB de 5 % depuis 15 ans selon l’article de Jean-Benoît Nadeau, un énorme marché avec des potentialités immenses : importants gisements de pétrole, minerais et gaz naturel) tout comme la pérennité de la langue française. Les partisans du fait français devront davantage miser sur le continent africain où on retrouvera le plus de francophones dans le monde. En 2050, neuf francophones sur dix seront Africains, selon un rapport sur la langue française dans le monde de l’Organisation internationale de la Francophonie (l’OIF) publié en octobre 2010.

Pour que le XVe Sommet de la Francophonie ne soit pas qu’un simple exercice de relations publiques, il demeure fondamental de questionner ces différents enjeux : liberté d’expression et de manifestation, bonne gouvernance, démocratie, désespoir de la jeunesse africaine, taux de chômage endémique chez les jeunes, reconnaissance des diplômes et des compétences des immigrants francophones.

Désespoir de la jeunesse africaine sur le plan économique et politique

Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), une institution fiable, les jeunes de moins de 20 ans représentent 52,7 % de la population sénégalaise. « Les pays du sud de la francophonie ont tous plus de 50 % de jeunes dans leur population avec un taux de chômage avoisinant les 30 % dans l’ensemble des pays africains membres de la francophonie et des pays du sud en général [Abdel Kader Ndemanam, ministre nigérien en charge de la jeunesse et des sports et président en exercice de la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports des pays membres de la Francophonie (CONFEJES)] », pouvait-on lire dans l’article de Ndeye Maguette Kébé du Journal de l’économie sénégalaise (LEJECOS) en date du 2 mai 2014 intitulé Sénégal : Le taux de chômage chez la cible 15-35 ans varie de 12,7 % à 26,6 %. Le chômage, qui est extrêmement pénible à vivre, affecte le moral des personnes laissées en marge par la société.

L’absence de perspectives professionnelles pousse de plus en plus les jeunes Africains à emprunter le phénomène de l’immigration clandestine à leurs risques et périls, comme en témoigne le phénomène migratoire de « Barça ou Barsax » (partir à Barcelone ou mourir). Le contrôle accru dans les frontières, matérialisé par la création de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (FRONTEX) en 2004-2005, les mesures dissuasives des pays d’immigration (reconduite à la frontière, amendes, emprisonnement, interdiction du territoire au bout d’un certain nombre d’années, etc.) auront moins d’efficacité tant et aussi longtemps que les conditions économiques des jeunes migrants et des réfugiés africains et maghrébins ne seront pas réunies. La résolution de cette triste situation ou le maintien des jeunes migrants dans leur pays d’origine dépend, entre autres, non seulement des leaders politiques africains et maghrébins qui doivent faire preuve de bonne gouvernance, mais aussi de l’arrêt de la dilapidation des ressources naturelles par les puissances étrangères avec la complicité de certains politiciens qui prennent en otage leur propre population. La problématique des mouvements migratoires interpelle à la fois les pays d’origine et les pays d’accueil.

Même si la maturité du peuple sénégalais a été saluée sous les gouvernements de Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, notre pays d’origine a connu un recul démocratique en moins de trois ans de règne de l’actuel président Macky Sall, qui avait pourtant recueilli 65,80 % au deuxième tour de la présidentielle de mars 2012.

  • Restriction des droits humains et interdictions record de manifestation pacifique pour « menaces de trouble à l’ordre public » (plus de 25 demandes de manifestation refusées selon le journal en ligne Actunet, une dérive diplomatique relayée par Radio France Internationale (RFI) à travers son article Sénégal : les interdictions de manifestation se multiplient http://goo.gl/wSkPXo );
  • Utilisation abusive de l’article 80 du code pénal, offense au Chef de l’État, un fourre-tout, une sorte d’épée de Damoclès sur tous les citoyens sénégalais et une arme politique pour museler les adversaires politiques (Lire cet excellent article visionnaire Le petit dictateur de Mbodiène http://xalimasn.com/par-adama-diouf-2/);
  • Assassinat sauvage d’un étudiant et plusieurs étudiants blessés et paralysés à vie pour avoir réclamé le paiement de leurs bourses qu’ils n’ont pas perçues depuis plus d’un an (d’octobre 2013 à août 2014 selon Yankhoba Seydi du Syndicat autonome des enseignants du supérieur (SAES) cité par la journaliste Sabine Cessou à travers son article Le mouvement étudiant sénégalais victime des violences policières http://goo.gl/P6Wlsa);
  • Acharnement contre certains médias de veille démocratique et volonté exprimée d’interdire les tribunes libres radiophoniques interactives (Wakh sa Khalat : Parole aux citoyens) : « Macky Sall : « Revue de presse, une dictature imposée à la nation » (Dakaractu, 28 août 2014), etc.).

La section sénégalaise d’Amnesty International a d’ailleurs été sévèrement critiquée par le gouvernement sénégalais lorsqu’il avait publié, à juste titre, en mai 2013 un rapport accablant sur l’actuel gouvernement (La situation des droits humains dans le monde, période couverte de janvier à décembre 2012) (http://goo.gl/AVWxha).

Le rêve d’un avenir meilleur dans les pays développés doit également se matérialiser par l’obtention d’un emploi décent des immigrants. Le développement économique ne serait possible qu’à condition qu’à tous les niveaux de création des richesses, les pays de la Francophonie utilisent maximalement les talents, peu importe leur origine.

Passer de la parole aux actes

Au Québec, la maîtrise de la langue française, qui constitue un outil d’intégration socioéconomique, n’est cependant pas le seul paramètre pour une intégration rapide en emploi, du moins pour certaines catégories de la population. Les Maghrébins, les Noirs africains et les Haïtiens, qui ont une très bonne maîtrise de la langue française et un niveau de qualification très élevé, peinent à trouver un emploi dans leur domaine de compétences. Les immigrants francophones ou francophiles s’étonnent du fait que la langue anglaise soit plus utilisée dans le marché de l’emploi alors qu’ils ont été choisis sur la base du fait français. Ils se trouvent ainsi désorientés entre le discours et la réalité sur le terrain qui démontre une grande présence de l’anglais.

Les pays développés membres de la Francophonie doivent également respecter les représentants diplomatiques africains ainsi que leurs citoyens. Souvenons-nous de ce fâcheux épisode :

« En mai 2006, en plus de ne pas être accueilli par un ministère du gouvernement conservateur tel que l’exige le protocole (M. Diouf a un statut de chef d’État), le secrétaire général de l’organisation internationale de la francophonie a été soumis à une fouille corporelle à son arrivée à l’aéroport de Toronto alors qu’il « se rendait à Saint-Boniface, au Manitoba, pour participer à la Conférence ministérielle de la francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine »[1]. »

«  L’« accueil » réservé à Abdou Diouf : une injure à tous les francophones », tel était le titre d’une lettre d’opinion de Jean-Marc Léger, ancien journaliste, ancien diplomate québécois et premier secrétaire général de l’Agence de la Francophonie (1969-74), parue dans le journal Le Devoir du 13 mai 2006.

Les pays d’immigration membres de la Francophonie ont tout à gagner en attirant et recrutant des travailleurs qualifiés immigrants et des étudiants étrangers, des têtes de pont qui établissent des liens entre la société d’accueil et leur pays d’origine.

Les 77 chefs d’État et de gouvernement qui se rendront au Sommet de la Francophonie devront désormais établir un partenariat gagnant-gagnant. Pour éviter que davantage de pays africains basculent vers l’anglais, il faut impérativement « un traitement équitable entre les pays membres » comme le soulignait le président du Conseil national de la jeunesse du Niger, Aliou Oumarou, qui estimait que « La Francophonie ne profite qu’à la France ». (Le Quotidien, Ngoundji Dieng, 10 octobre 2014, article paru dans le portail Seneplus.com).

Le successeur ou la successeure de l’actuel secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie aura du pain sur la planche pour faire du français une langue riche culturellement et économiquement. Ce que nous souhaitons de tout notre cœur en tant que défenseur de cette neuvième langue la plus parlée dans le monde.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]     Mackay (ministre des affaires étrangères à l’époque) qualifie de « regrettable » l’accueil réservé à Abdou Diouf, Gilles Toupin, La Presse, 13 mai 2006.

 

Publié par : Doudou Sow | 28 octobre 2014

Les compétences recherchées par les employeurs québécois

Compétences recherchées par les employeurs québécoisLe monde du travail est en pleine mutation. En d’autres termes, le marché du travail ne cesse de se métamorphoser. La personne immigrante qui est à la recherche d’un emploi doit être à l’affût de tous les changements organisationnels.

On caractérise souvent les compétences à travers les trois S (savoir, savoir-faire, savoir-être). Le système organisationnel québécois ne demande pas seulement des compétences techniques aux travailleurs qualifiés immigrants, mais aussi « des savoir-faire relationnels ». Stéphane Boudriau, dans son livre Le CV par compétences-votre portefeuille pour l’emploi a très bien décrit cette situation : « savoir-faire relationnel ou agir relationnel ». Il définit les savoir-faire relationnels comme « des capacités qui permettent de coopérer efficacement avec autrui : capacité d’écoute, de négociation, de travail en équipe, de travail en réseau[1] ».

La notion de compétence ne se limite pas à une exécution de tâches ou un « savoir-faire d’exécution », mais demande également un esprit de jugement. Dans cet excellent livre de référence pour les conseillers en emploi, l’auteur poursuit en ces termes :

« La compétence tend à se définir plutôt comme un « savoir-agir » ou un « savoir‑réagir ». Dans ces circonstances, être compétent c’est savoir quoi faire et savoir quand le faire. Le professionnel devra savoir prendre des initiatives et des décisions, négocier et arbitrer, faire des choix, prendre des risques, réagir à des imprévus, innover au quotidien et prendre des responsabilités. Pour être reconnu comme compétent, il ne suffit plus d’être capable d’exécuter le prescrit, mais d’aller au‑delà du prescrit[2]. »

Dans un contexte de crise économique difficile ou d’instabilité économique, la liste des « chômeurs expérimentés » ne cesse de s’allonger. Les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées. La demande d’emplois étant supérieure à l’offre; la proactivité, le sens du service à la clientèle, l’attitude positive, la flexibilité, le bilinguisme et la capacité à bien communiquer constituent des aptitudes nécessaires pour affronter le marché du travail.

Pour cette raison, les nouveaux arrivants doivent se poser plusieurs questions pertinentes afin de décrocher le ticket de l’emploi.

  • Quelles sont les meilleures stratégies d’approche des employeurs?
  • Comment bien se vendre devant un employeur tout en évitant de se vanter?
  • Comment démontrer à l’employeur son sens de l’humilité tout en évitant de se dévaloriser?
  • Quelles sont les valeurs dominantes dans les entreprises québécoises?
  • Comment créer, développer et entretenir un réseau?
  • Comment séduire, convaincre et rassurer l’employeur?
  • Comment mieux approprier la culture du réseautage québécoise?
  • Comment créer un réseau après avoir laissé derrière soi un réseau social et professionnel ou mieux profiter du bouche à oreille?
  • Comment valoriser les compétences transférables?
  • Comment s’intégrer et se maintenir en emploi?
  • Comment arriver à tirer son épingle du jeu dans un contexte de ralentissement économique ou de crise économique?

Les employeurs québécois, qui sont des Nord-Américains, ont l’esprit pragmatique et, ce faisant, recrutent des candidats leur permettant d’atteindre ou de dépasser les objectifs annuels. Cette situation est aussi bien valable pour les petites et moyennes entreprises (PME) que pour les organismes à but non lucratif. De ce point de vue, les immigrants doivent comprendre que, dans le marché du travail, l’employeur aura plus intérêt à garder la personne qui livre la marchandise peu importe qu’elle soit immigrante ou québécoise « dite de souche ».

Nous sommes dans une société nord-américaine où la concurrence est féroce. La productivité et le rendement guident les entreprises qui veulent garder leur part de marché ou les augmenter surtout en période de crise économique. L’entreprise veut investir dans des ressources humaines qui pourront se révéler un investissement non plus à long terme, mais à court terme.

Une certaine métamorphose du travail et des entreprises, accentuée par le contexte économique morose, pousse les employeurs à mettre de l’avant des critères de plus en plus sélectifs. Il faut savoir gagner sa place, mais aussi la mériter. C’est pourquoi les personnes immigrantes et, notamment les nouveaux arrivants, doivent faire preuve de débrouillardise et de persévérance. La tâche devient de plus en plus complexe puisqu’elles sont en concurrence avec de nouveaux chômeurs expérimentés qui pourront se prévaloir, lors des entrevues, d’avoir perdu leurs emplois à cause de la crise économique et non pas par incompétence.

Ainsi, dans le contexte de la crise économique, l’adaptabilité et la polyvalence sont nécessaires aux chercheurs d’emploi pour faire face aux besoins de l’entreprise. L’employeur exige souvent de l’employé une capacité d’adaptation à son nouvel environnement. Cette condition est valable pour tout nouvel employé, elle l’est plus pour un immigrant qui ne maîtrise pas les codes culturels, qui n’a pas fait ses études au Québec et qui n’a pas encore travaillé au Québec dans son domaine de compétence ou dans un domaine connexe, ou n’a pas eu un petit boulot (communément appelé jobine au Québec).

Les entreprises qui veulent être compétitives n’hésitent pas à faire confiance à une personne qui a livré la marchandise et, par conséquent, à lui permettre de gravir les différents échelons au sein de l’organisation. Cette politique de promotion par le mérite ne concerne pas uniquement les immigrants, mais tous les employés.

[1] Stéphane Boudriau, Le CV par compétences – votre portefeuille pour l’emploi, 2e édition revue et enrichie, Montréal, Les Éditions Transcontinental, 2002, 327 p.

[2] Op, cit; p.61.

Doudou_bureau interculturalismeLes conseillers en emploi entendent très souvent les doléances des médecins, des ingénieurs et des avocats qui pratiquaient des métiers et fonctions très valorisés dans leur pays d’origine. En arrivant au Québec, les immigrants appartenant à des professions réglementées perdent ce statut professionnel et doivent lutter pour leur survie financière. Le renforcement positif, une des caractéristiques de la société québécoise, devient dès lors nécessaire pour gagner et regagner la confiance de ces professionnels étrangers.

Les nouveaux arrivants sont confrontés à des problématiques difficiles : ils entendent par ci et par là que le marché du travail québécois est fermé, qu’il existe des obstacles ou une fermeture des ordres professionnels, que les employeurs ne reconnaissent pas leurs compétences et que le taux de chômage est très élevé dans cette même frange de la population : difficile de ne pas sombrer dans le défaitisme dans ce cas-là. La dépression peut s’ensuivre très rapidement. C’est dans ce cadre que les conseillers en emploi interviennent pour apporter un discours positif.

Les professionnels de l’employabilité reconnaissent, certes, qu’il existe des problèmes au niveau de la société, mais ils accompagnent les chercheurs d’emploi dans la voie de la réussite. Ils travaillent sur l’image positive des nouveaux arrivants, mais demandent également que les politiques fassent leur part en sensibilisant la société d’accueil et les employeurs sur l’importance de la gestion de la diversité culturelle. La solution de leurs problèmes passe par une mobilisation de tous les acteurs de la société (État, société civile, employeurs et évidemment eux-mêmes).

Les conseillers en emploi font un suivi, surtout dans les premières semaines d’intégration professionnelle qui demeurent fondamentales pour les nouveaux employés, particulièrement pour les nouveaux arrivants. C’est une période charnière qui peut entraîner un congédiement rapide de la personne immigrante si elle n’est pas bien encadrée. « L’article 82 de la Loi sur les normes du travail prévoit que, à l’intérieur des trois premiers mois de probation, l’employeur peut congédier un salarié sans préavis. Après cette période, il doit lui donner une semaine de préavis de licenciement[1]. »

Le travail de collaboration entre les conseillers en emploi permet à chacun d’entre eux d’utiliser le réseau et l’expertise d’un collègue pour faciliter le placement en emploi, mais aussi référer les personnes aux bons services ou organismes partenaires.

[1] Marie-Claude Marsolais, « Période probatoire : mode d’emploi », Jobboom, 19 avril 2010.

Publié par : Doudou Sow | 16 octobre 2014

Question sur la fameuse expérience québécoise

Publié par : Doudou Sow | 16 octobre 2014

Débat sur la fuite ou circulation des cerveaux étrangers

Publié par : Doudou Sow | 14 octobre 2014

La question de la surqualification des immigrants

Doudou SOIIQ2(La première impression est toujours la meilleure; dit-on souvent.)

La première impression est un élément important dans le processus de sélection québécois. Mais si l’on se réfère à l’interactionnisme symbolique du sociologue et linguiste américain d’origine canadienne, Erving Goffman[1], on pourrait imaginer un théâtre où chaque acteur joue un rôle (La présentation de soi (la mise en scène de la vie quotidienne, tome 1). Même si la recherche d’emploi est une affaire sérieuse, les employeurs se fient aux gestuels, aux mimiques, à la posture, à l’élocution et donnent une chance à la personne qui correspond le mieux aux compétences génériques et relationnelles. Un proverbe sénégalais décrit très bien la perception de la première impression. « Wuudé, na mu la gise, la lay ëwale : «  Le cordonnier travaille pour toi comme il te voit » (traduction littérale). Les employeurs ne donnent souvent pas une seconde chance aux candidats de donner une première bonne impression.

Les immigrants sont très motivés et adoptent une attitude positive au début de leur arrivée au Québec. Ils sont dans une phase euphorique et entretiennent une relation lune de miel avec la société d’accueil. Ils donnent ainsi l’image d’un couple qui vient juste de convoler en justes noces. Mais cette lune de miel se termine au fur et à mesure que la personne immigrante éprouve des difficultés à se trouver un emploi dans sa terre d’accueil.

Une culture de la persévérance renforce un meilleur état d’esprit des nouveaux arrivants dans leurs démarches de recherche d’emploi (moral très bas, frustration, manque d’expérience québécoise, concurrence avec de nouveaux chômeurs québécois très expérimentés.) Le constat reste que la crise économique affecte tout le monde, mais est vécue différemment par des personnes immigrantes qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise. Les chercheurs d’emploi immigrants doivent tout faire pour garder leur motivation intacte afin de se démarquer des autres candidats locaux à la recherche d’emploi.

Ils doivent, certes, être maîtres dans l’art de communiquer, mais en même temps faire leur la culture sisyphéenne de la persévérance. Cette démarche s’inspire du mythe de Sisyphe dans la mythologie grecque. Puni par les dieux, Sisyphe essayait continuellement de faire remonter le rocher en haut de la montagne. Ce courage sans faille, mais épuisant, reflète à bien des égards celui qu’exige la recherche d’un emploi. Entendons-nous bien ici, l’emploi est le premier facteur intégrateur et socialisateur de l’individu dans la société. C’est grâce à l’emploi que la personne se sent parfaitement intégrée à la société d’accueil.

Il convient de noter que, malgré certains obstacles à la recherche d’emploi, certaines personnes immigrantes ne prêtent pas le flanc au découragement. Dotées d’un tempérament de fonceur, elles essaient de mettre tous les atouts de leur côté afin de surmonter les difficultés liées aux exigences des ordres professionnels, à la non-reconnaissance des diplômes et des acquis, et à la barrière linguistique. Question de caractère bien sûr, mais dont on peut aussi s’inspirer.

[1] Selon l’interactionnisme symbolique,  « L’objet est situé dans un cadre de réseaux de relations » (interactionnisme, interrelationnisme, symbolisme, ethnométhodologie).

integration03L’emploi est le premier facteur socialisateur et intégrateur de l’immigrant dans la société québécoise. Le milieu de travail, comme espace de socialisation et d’ouverture à la société d’accueil, constitue une référence identitaire inclusive.

Le milieu de travail permet, aussi bien à l’immigrant qu’au Québécois, de se découvrir mutuellement, de briser les barrières. Il est le lieu d’apprentissage de la culture québécoise. Le travail, facteur de socialisation, amène à réfléchir et à épouser les traits culturels de la société d’accueil. L’approche gagnante de l’intégration passe à la fois par une insertion et un maintien en emploi, mais aussi par une adhésion aux valeurs de la société québécoise.

Il serait inapproprié d’affirmer que tous les immigrants ne veulent rien savoir de la culture québécoise. La généralisation devient abusive à ce moment-là. L’apprentissage de la culture québécoise est un élément fondamental dans l’intégration socioprofessionnelle de l’immigrant. Il est une condition sine qua non dans le cheminement d’une intégration réussie. Il est important de comprendre la culture organisationnelle, la manière d’interagir avec les membres de l’équipe, ce qui aide l’immigrant à donner une première bonne impression à l’employeur.

Les immigrants ont absolument besoin de comprendre davantage les spécificités de la société québécoise (son histoire, ses valeurs fondamentales, les us et coutumes, etc.) afin de bien aborder leurs interlocuteurs qui se trouvent être les employeurs. Dans notre article intitulé « Le mentorat, une valeur ajoutée à la cohésion sociale », nous défendons le point de vue suivant lequel le mentorat, qui permet de décrypter certains codes culturels, devrait être adapté à une réalité interculturelle. Un rapprochement interculturel permet de rompre l’isolement de ces néo-Québécois, qui sont parfois isolés et, par définition, sont en difficulté vis-à-vis de la société (le chômage), vis-à-vis de la recherche d’emploi (ils ne connaissent pas les spécificités du monde du travail québécois, ils viennent juste d’arriver et vivent des problèmes d’acculturation, ils ne maîtrisent pas encore les méthodes dynamiques de recherche d’emploi, ils ne savent pas bien se vendre lors des entrevues, etc.).

La création du lien social rompt l’isolement et atténue le sentiment de découragement qui peut naître chez les immigrants. Comme la recherche d’emploi est un véritable parcours du combattant, le mentoré a parfois besoin d’une « petite tape dans le dos » encourageante. Cette approche psychosociale apporte une certaine confiance à l’immigrant.

L’immigrant perçoit chez le Québécois [de souche] une ouverture et une certaine volonté de l’aider à trouver son propre chemin. Ce coup de main renforce davantage le développement du sentiment d’appartenance à la société d’accueil, la cohésion sociale et le vivre-ensemble. L’éthique de la solidarité et du principe « du donner et du recevoir » constitue le ciment de ces initiatives citoyennes.

Les immigrants doivent, certes, faire des efforts pour s’intégrer culturellement, mais la société d’accueil a aussi la responsabilité de les aider à réussir une intégration économique et sociale. En clair, une personne immigrante doit aller vers le Québécois, mais ce dernier doit aussi s’ouvrir à elle.

Le lien entre la langue et l’emploi est, sans nul doute, au cœur du processus d’intégration des personnes immigrantes. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie. L’intégration pleine et entière de l’immigrant se mesure à l’insertion en emploi à la hauteur de ses compétences.

Le rapport entre la maîtrise de la langue et l’intégration peut se révéler intéressant, mais pas tout le temps efficace au niveau de l’obtention d’un emploi. Pour preuve, le taux de chômage le plus élevé est observé chez des personnes qui maîtrisent très bien la langue française, à savoir les Maghrébins et les Noirs africains francophones.

Pour développer le sentiment d’appartenance des personnes immigrantes à la société québécoise, il demeure évident que la question de l’emploi constitue un paramètre incontournable.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

Doudou présenté à la ministre par Éva Lopez et Stephan  Le Québec accueille la diversité dans une perspective interculturelle. Le Québec se définit par une histoire qui lui est propre et qui fait son unicité. La langue française joue le rôle de marqueur de l’identité québécoise.

Le Québec est une société inclusive basée sur le consensus et le compromis. L’acceptation de l’autre et la tolérance ne sont pas des acquis. Il faut une veille quotidienne par l’éducation et la sensibilisation. Il faut encourager les immigrants à s’imprégner des valeurs de la société par la sensibilisation et non par la coercition. Il faut à ce titre établir des espaces de dialogue ou arbres à palabres pour recoudre le tissu social. L’enseignement de la culture québécoise aux nouveaux arrivants, qui se fait déjà aux différentes séances d’information sur les valeurs québécoises, est une bonne chose à saluer.

En commission parlementaire, l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, insistait souvent sur l’importance de « vendre la diversité » à la population québécoise.

Le phénomène de la diversité est relativement nouveau au Québec. La promotion de la diversité est une démarche efficace qui sensibilise davantage la société d’accueil à l’ouverture des personnes venues d’ailleurs pour enrichir le Québec sous toutes les facettes. C’est un premier pas de célébrer le mois de l’histoire des Noirs [entré en vigueur le 1er février 2007 sous le règne du gouvernement libéral provincial], mais aussi d’avoir une semaine contre le racisme et une semaine de rapprochement interculturel, des moments privilégiés pour faire la sensibilisation sur l’apport positif de l’immigration. Mais le gouvernement doit aller plus loin en changeant les manuels scolaires, en vantant la contribution des Noirs, comme on l’a fait pour combattre le sexisme.

Les représentants des différentes communautés culturelles doivent éviter de crier le racisme à tort et à travers pour ne pas décrédibiliser ce concept trop chargé d’émotions. Un peu de nuance dans les propos des représentants des communautés culturelles ferait énormément de bien à celles-ci. L’enseignement de l’histoire doit également intégrer l’histoire des minorités culturelles dans une perspective inclusive et pédagogique.

Si tous les outils d’employabilité existent au Québec, il n’en demeure pas moins un problème d’arrimage ou d’harmonisation de certaines pratiques. Il faut davantage valoriser le capital humain et changer la mentalité où les attitudes des employeurs réticents à l’égard de certaines communautés (rapport sur la discrimination patronymique, rapport sur les médecins étrangers) deviennent un problème de société.

La précarisation des personnes immigrantes avec son corollaire l’exclusion sociale d’une catégorie de la population peuvent avoir une incidence sur le projet de cohésion sociale.

Le sous-emploi des nouveaux arrivants est une réalité vécue dans le processus d’intégration du marché du travail. Le revenu des immigrants, le taux de chômage des immigrants, les emplois atypiques, la « racialisation » de la pauvreté nous renseignent sur les difficultés d’intégration de cette catégorie de personnes.

L’immigration n’est certes pas une panacée, mais fait partie intégrante des solutions sur le plan démographique, économique et linguistique.

Publié par : Doudou Sow | 30 septembre 2014

Le portrait de l’immigration québécoise

Publicite MentoratLe Québec qui compte plus de 8 000 000 d’habitants est composé d’un très grand territoire divisé en 17 régions administratives. Le Québec est la seule province au Canada à choisir et à maîtriser son immigration en vertu de l’entente Canada-Québec en matière d’immigration du 1er avril 1991.

Le Québec a l’avantage de sélectionner des immigrants qualifiés et très instruits contrairement à certains pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Danemark. Un travailleur qualifié est une personne immigrante choisie en fonction de plusieurs critères. Les personnes immigrantes ont été choisies pour leurs compétences et leurs expériences personnelles, leur niveau de scolarité, mais aussi pour le fait français.

On observe quatre grandes catégories dans le domaine de l’immigration permanente. Les travailleurs qualifiés, les travailleurs autonomes, les entrepreneurs et les investisseurs constituent les « sous-catégories » de la catégorie « immigration économique ». Les trois autres grandes catégories se répartissent ainsi : le regroupement familial, les réfugiés et personnes en situation semblable, et les autres immigrants.

Selon les données préliminaires du Bref portrait de l’immigration permanente tirée de la Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec, « en 2013 […] [la part de l’immigration] économique [représentait] : 67,1 % (comprenant les travailleurs qualifiés, 58,3 %, les gens d’affaires, 7,7 % et les autres économiques, 1,0 %, majoritairement des aides familiaux résidants); regroupement familial : 23,9 %; réfugiés et personnes en situation semblable : 8,1%; autres immigrants (motifs humanitaires et d’intérêt public) : 1,0 % ».

Le document de consultation sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 indique que :

« En 2010, les principales caractéristiques des personnes immigrantes admises se déclinaient ainsi : 69,4 % des personnes immigrantes avaient moins de 35 ans, dont 45,2 % avaient moins de 24 ans; la répartition entre les hommes et les femmes était à peu près égale; 65,1 % des personnes immigrantes connaissaient le français; chez les travailleurs qualifiés, cette proportion atteignait 77,3 %; près des deux tiers (65,7 %) des personnes immigrantes de 15 ans et plus possédaient au moins 14 années et plus de scolarité; 76,4 % des personnes immigrantes de 15 ans et plus déclaraient se destiner au marché du travail[1] ».

Le portrait de l’immigration change dans presque tous les pays comme en atteste la composition de la provenance des immigrants. L’immigration économique non européenne supplante au Québec et au Canada l’immigration dite traditionnelle. La diversification de l’immigration est bien mentionnée dans le document de consultation du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (récemment devenu le  ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI):

« Au cours de la décennie 1980‑1990, cette immigration était majoritairement d’origine européenne. En 2010, moins de 20 % de l’immigration accueillie est originaire de ce continent, comparativement à plus de 35 % pour le continent africain et à environ 25 % pour l’Asie. De fait, les personnes immigrantes admises au Québec en 2010 étaient originaires de 185 pays[2]. »

En 2008-2012, le Maroc, l’Algérie, la France, la Chine et Haïti constituaient les cinq principaux pays de naissance des nouveaux arrivants au Québec si l’on se fie aux données publiées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ)[3].

Le Québec accueille 50 000 immigrants par année. Les plans annuels d’immigration ainsi que les objectifs du niveau d’immigration sont fixés dans le cadre d’un plan triennal par les commissions parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec. Des organismes communautaires, entreprises, syndicats et personnes indépendantes partagent leurs réflexions et expériences avec les membres de la Commission.

La population immigrante se féminise de plus en plus. En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012‑2015, la chargée du projet Femmes dans les secteurs non traditionnels d’Action Travail des femmes (ATF), Mme Lorena Favier, insistait d’emblée sur la féminisation de l’immigration :

« […] entre 2004 et 2008 les femmes représentaient 51,6 % de la population… de l’immigration récente. […] À la ville de Montréal, les immigrantes représentent à elles seules 45 % de la population féminine totale de la ville. Il s’agit de données primordiales pour penser adéquatement [les] politiques d’immigration et d’intégration [du Québec][4]. »

En plus de la féminisation du phénomène migratoire, de la nouvelle diversification de l’immigration, on remarque également au Québec une nouvelle configuration de l’immigration qui se manifeste à travers le programme de l’expérience québécoise (PEQ). Les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers constituent les nouveaux bassins de recrutement de travailleurs qualifiés.

Le Québec accueille la diversité dans une perspective interculturelle. Le Québec souhaite sélectionner des immigrants facilement intégrables aussi bien sur le plan culturel qu’économique. Les critères de la grille de sélection laissent apparaître “Un arbitrage délicat” selon le document de planification du MICC (MIDI).

Le cahier les affaires sur l’immigration, dans son numéro du 28 avril 2012 qui reprenait les données préliminaires du MICC pour 2011, informe que les nouveaux arrivants se sont « installés (de 2007 à 2011) [dans ces régions] : Montréal 72,1%, Montérégie 7,9%, Laval 5,5%, Québec 4,5%, Outaouais 2,7%, Estrie 2,2%, Autres 5,1%».

Une répartition inégale de l’immigration n’a pas que des conséquences économiques, elle entraîne souvent une forte concentration des immigrants dans certains quartiers de Montréal. Cette situation influence la perception de la population locale qui y voit des difficultés concrètes de vivre ensemble de façon harmonieuse. Une meilleure répartition de l’immigration permettrait la diversité ethnoculturelle à travers toutes les régions du Québec.

Le pourcentage de personnes immigrantes déclarant connaître le français a connu une augmentation significative si l’on se fie aux chiffres du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC)- 57 % en 2006 et 2007, 60 % en 2009, 63,4 % en 2011, 61,6 % en 2012-.

Malgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible. L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre responsable de la Charte de la langue française, tout comme sa prédécesseure, insistait dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour l’exercice financier 2013-2014 sur l’exigence d’une hausse du niveau de connaissance du français en ce qui a trait à la grille de sélection des travailleurs qualifiés.

La valorisation du niveau de la langue française ou une meilleure connaissance ou maîtrise de la langue avait poussé le gouvernement libéral à mettre en place une nouvelle orientation (3) sur l’évaluation objective du niveau réel de connaissance du français.

L’autodéclaration de la connaissance du français au moment de la sélection du candidat qui a cédé la place à un test standardisé depuis le 6 décembre 2011 (valable aussi pour l’anglais) devrait permettre d’identifier plus facilement de meilleures compétences linguistiques pour intégrer rapidement le marché du travail québécois et canadien. Le Québec, dans ce cas de figure, suit la tendance ou la règle des pays recourant à l’immigration choisie (Australie, Canada anglais, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Pays-Bas).

La maîtrise de la langue française qui constitue un outil d’intégration socioéconomique n’est cependant pas le seul paramètre pour une intégration rapide en emploi, du moins pour certaines catégories de la population. Les Maghrébins, les Noirs africains et les Haïtiens, qui ont une très bonne maîtrise de la langue française et un niveau de qualification très élevé, peinent à trouver un emploi dans leur domaine de compétences dans la société québécoise francophone : un véritable paradoxe.

En ce qui concerne la participation des immigrants au marché du travail québécois, la Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec du MIDI indique que :

« En 2013, comme pour les années précédentes, la population immigrée d’arrivée très récente (5 ans ou moins) affiche un taux de chômage plus élevé que celui de l’ensemble de la population immigrée (14,6 % contre 11,6 %). Le taux de chômage des personnes immigrantes diminue avec la durée de résidence. Il était de 11,2 % chez celles arrivées il y a 5 à 10 ans et de 10,8 % chez celles arrivées il y a plus de 10 ans. »

Il convient de préciser que les chiffres sur la baisse du taux de chômage des immigrants doivent toujours être sérieusement examinés quant au type d’emploi (précaire ou non), à la correspondance de ces emplois avec les domaines de compétences des immigrants mais également aux conditions dans lesquelles ils occupent ces emplois.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]     Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de Consultation 2012-2015, avril 2011, p3-4, 33 p.

[2]     Ibid; p.23.

[3]     En ligne, http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/quebec_statistique/pop_imm/pop_imm_7.htm [Consulté le 28 janvier 2013]

[4]     Audition Action Travail des femmes et Fédération des femmes du Québec, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », n° 11, 18 août 2011.

Publié par : Doudou Sow | 29 septembre 2014

Le dialogue interculturel, une nécessité pour le Québec

images Decryptage Bouchard TaylorDans des moments difficiles comme ceux vécus par le Québec durant la période des accommodements raisonnables et du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises, il faudra davantage « Échanger pour s’entendre », un crédo de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.

Le Québec constitue un laboratoire social à plusieurs égards. Cette société, distincte par sa langue, a réussi à faire valoir la richesse de la langue française dans un contexte nord-américain. Elle doit composer avec l’immigration pour assurer sa croissance économique tout en veillant aux valeurs qui la définissent en tant que peuple minoritaire.

L’importance du dialogue entre les communautés devient une priorité nationale dans un contexte de diversité. La question de l’adhésion aux valeurs communes québécoises fait que la personne immigrante est partagée entre les deux solitudes : le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois. Le fait d’être partagé entre deux cultures, et même plusieurs cultures, complexifie la situation de l’immigrant par rapport à la société d’accueil.

Le dialogue interculturel est plus que nécessaire dans des sociétés complètement métamorphosées (religion qui n’est plus le marqueur de l’identité, individualisme de plus en plus rampant, sentiment de prospérité de plus en plus absent, etc.). Le rapprochement interculturel devient de plus en plus important dans le contexte actuel du déchirement ou de la chicane identitaire.

Il faut favoriser une meilleure mixité sociale au plan de l’intégration des personnes immigrantes. L’interculturalisme permet de s’approprier des éléments positifs de la société d’accueil tout en apportant des aspects positifs de sa culture d’origine.

Des programmes de sensibilisation sur l’histoire, les us et coutumes des Québécois constituent une nécessité pour la compréhension mutuelle entre les Québécois d’ascendance canadienne et les néo-Québécois. Des sujets relatifs à l’environnement sociopolitique du Québec qui mettent l’accent sur le contrat moral et la Charte québécoise des droits et libertés, la géographie, l’histoire et la culture du Québec, le système politique canadien et le système politique québécois, la primauté de la langue française au Québec, les valeurs et les fondements de la société québécoise peuvent renforcer le sentiment d’appartenance de ceux et celles qui font partie intégrante de l’avenir du Québec.

Des programmes de rapprochement interculturel permettent à un néo-Québécois de faire la connaissance des membres de la société d’accueil. La complexité des relations humaines nécessite des outils de communication efficaces comme celui du programme de rapprochement interculturel pour développer des relations intercommunautaires pacifiées. La réciprocité entre les échanges communicationnels permet de s’ouvrir sur la culture de l’autre pour mieux la comprendre.

Le programme de rapprochement interculturel est un bon outil pour permettre aux personnes immigrantes de mieux connaitre leur région d’adoption et les citoyens de celle-ci. Les activités de jumelage, surtout en région, devraient être financées par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (récemment devenu le  ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI)) pour faciliter les échanges entre les immigrants et la population d’accueil.

La suppression de ce programme de rapprochement interculturel ne donne pas souvent l’occasion de permettre à un néo-Québécois de connaître davantage les personnes de la société d’accueil. Par exemple, dans un quartier multiethnique comme Côte-des-Neiges, le projet de trois ans de soutien aux familles sud-asiatiques de l’organisme PROMIS permettait à ces femmes, dans le cadre du rapprochement interculturel, de sortir de leur isolement. PROMIS faisait d’ailleurs par cet outil la promotion d’une citoyenneté active.

Les actions de Montréal dans le domaine interculturel lui ont valu une reconnaissance internationale. L’accréditation de la ville de Montréal comme « Cité interculturelle » par le Conseil de l’Europe et de la Commission européenne donne un statut international à la deuxième ville francophone au monde.

Le Festival des traditions du monde qui se déroule pendant l’été à Sherbrooke ainsi que le Buffet des nations (35 mets servis par année) sont des événements qui constituent des occasions de rencontres interculturelles.

Il faut parfois laisser place à la célébration des différences culturelles. Cette approche donnerait un message fort aux personnes immigrantes qui ne penseraient pas que la société cherche à les assimiler. De cette façon, elles adhéreraient plus facilement aux valeurs de la société québécoise tout en ne reniant pas certaines des leurs.

L’attachement à l’autre, autrement dit la chaleur humaine, est une valeur africaine. Les personnes immigrantes originaires de l’Afrique pourraient utiliser cette valeur pour aller à la rencontre des Québécois.

Nous nous souvenons avoir défendu, durant la période des accommodements raisonnables en 2007, l’idée selon laquelle les immigrants apportent une valeur ajoutée à la société québécoise, tout en rappelant à nos collègues l’importance du respect des personnes âgées : une manière d’améliorer les relations interculturelles.

Le rapprochement interculturel pourrait être fait entre les nouveaux arrivants et les personnes âgées. Les immigrants surtout d’origine africaine ont un respect immense pour celles-ci. Cette initiative laisse tomber les préjugés des deux côtés.

Même, si les personnes âgées souhaitent s’adonner de temps en temps à des activités artistiques et de divertissement, on pourrait utiliser ces ressources dans un contexte de transmission de savoirs ou de relève sous forme de mentorat pour des personnes à la retraite depuis un an ou cinq ans (ce qui se fait déjà) ou développer des liens sous forme d’activités avec les jeunes évoluant surtout dans le milieu culturel pour la danse ou autres.

Les immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne ont été socialisés sur la base d’un « nous » collectif et se retrouvent dans une société où l’individu est plus important que le groupe. Les immigrants qui sont sensibles à la question des aînés ont aussi leur mot à dire sur leur traitement ou leurs conditions de vie. Les personnes âgées méritent leur place dans la société québécoise.

Ce n’est pas parce que nos comportements de tous les jours diffèrent que la question de  l’altérité (le regard distant de soi) doit se résumer systématiquement à l’étrangeté et à l’absurdité. L’association immigration-problèmes ou immigration-fardeau fausse la richesse de la diversité culturelle.

Le caractère pluraliste de la société amène à parler et à dialoguer avec les Québécois de toutes origines, de la majorité francophone tout comme des minorités ethniques. Une équipe du Québec ouverte sur le monde renforce un sentiment d’appartenance des personnes venues d’ailleurs pour une pleine participation des 165 communautés culturelles à la société québécoise.

Publié par : Doudou Sow | 25 septembre 2014

Une vision pragmatique du rapprochement interculturel

Ulrich CherurbinLe Québec, une société française laïque, adopte une politique d’intégration basée sur l’interculturalisme ; ce qui est aux antipodes de la politique fédérale multiculturelle. L’approche canadienne du multiculturalisme juxtapose  les cultures des différentes communautés culturelles.

Le Québec, qui a une histoire qui lui est propre, accueille la diversité dans une perspective interculturelle. La Belle province cherche à traduire, dans sa politique d’immigration, ses valeurs intrinsèques qui caractérisent les fondements de la société. Selon la conception québécoise de l’immigration, l’unité dans la diversité se fera autour des valeurs communes. Mais, l’interculturalisme n’est pas seulement lié à la culture. Le site du symposium international sur l’interculturalisme abonde dans ce sens :

« L’interculturalisme propose une manière de vivre ensemble dans la diversité. Sa caractéristique principale réside dans une insistance sur les interactions, échanges, rapprochements et initiatives intercommunautaires dans un objectif d’harmonisation, d’intégration et d’unité. Dans le respect de la diversité, le modèle vise aussi à faire émerger à long terme des valeurs, des visions et des aspirations communes au sein des composantes ethnoculturelles de la société[1]».

Les compétences interculturelles ne sont pas innées et demandent un certain apprentissage. La ville de Montréal de par sa composition sociodémographique vit la diversité au quotidien. Cependant, on pourrait favoriser davantage le vivre-ensemble harmonieux pour assurer une cohésion sociale entre tous ceux et celles qui vivent dans cette société.

Le programme de rapprochement interculturel est un bon outil pour permettre aux personnes immigrantes de mieux connaitre leur région d’adoption et les citoyens de celle-ci. En commission parlementaire en août 2011, M. Ulrick Chérubin, maire et deuxième vice-président de la Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue (CREAT), soulignait l’importance du rapprochement interculturel en région : « Les personnes immigrantes indiquent que le fait de bénéficier d’un service de parrainage dans leur milieu et d’une personne à contacter facilement pour obtenir des informations sur notre mode de vie, par exemple, favoriserait un enracinement dans le milieu beaucoup plus rapidement[2] ». Ce projet qui a pris naissance en octobre 2006 fait partie d’éventuels outils permettant aux immigrants de bien s’insérer socio-économiquement dans leur nouvelle société d’accueil.

La problématique du rapprochement interculturel doit être le levier sur lequel doit se baser toute politique visant à harmoniser le lien social. Il existe une frustration exprimée de part et d’autre. Les immigrants se plaignent des difficultés de se trouver un emploi correspondant à leurs qualifications. La société d’accueil identifie le concept d’intégration à l’adoption et l’appropriation des valeurs identitaires québécoises. L’intégration à la majorité francophone dans cette société distincte en Amérique du Nord est un indicateur pertinent dans la question du vivre‑ensemble harmonieux.

Selon les personnes immigrantes, l’emploi est le nerf de la guerre pour leur intégration dans la société québécoise. Certaines d’entre elles pensent à un écran de fumée quand il s’agit de parler de la question identitaire. Elles ont immigré pour améliorer leurs conditions de vie.

La mise en place des lieux de rencontre pour développer le dialogue favorise un sentiment d’appartenance qui évite la ghettoïsation des immigrants. La mise sur pied  au sein des villes d’un Comité des relations interculturelles et de la diversité permettrait aussi de favoriser le rapprochement interculturel. Le Festival des traditions du monde ainsi que le Buffet des nations sont des événements qui constituent des occasions de rencontres interculturelles. Sherbrooke est la troisième ville québécoise à accueillir le plus grand nombre d’immigrants.

La sensibilisation aux relations interculturelles permet aux immigrants tout comme à la majorité minoritaire, pour reprendre l’expression du sociologue Gérard Bouchard, de se découvrir et de s’apprécier mutuellement. Dans toutes les sociétés du monde, l’intégration se réfère systématiquement à l’adhésion des valeurs de la société d’accueil qui constitue de facto le groupe majoritaire. L’immigration est une responsabilité partagée comme nous le rappelle l’Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration. « Trois principaux éléments caractérisent [le processus d’intégration] : qui touche toutes les dimensions de la vie collective, […] nécessite non seulement l’engagement de l’immigrant lui-même, mais également celui de l’ensemble de la société d’accueil ; [est] un processus d’adaptation à long terme qui se réalise à des rythmes différents.»[3] L’approche se base sur un contrat entre la société d’accueil et l’intégration des immigrants.

L’intégration socioprofessionnelle est nécessaire pour une participation active de l’immigrant dans la société québécoise. Le gouvernement a la responsabilité de s’assurer que les personnes immigrantes bénéficient d’un soutien et d’un accompagnement pour faciliter leur intégration. De la même manière, les personnes immigrantes devraient mettre tous les atouts de leur côté pour prendre leur place dans cette belle société.

Des solutions visant à souligner les réussites des personnes issues des communautés culturelles et à encourager l’apprentissage de la différence doivent davantage être mises en œuvre. Il faut faire valoir les bons coups des personnes immigrantes.

La représentativité dans le pouvoir et l’intégration en emploi dans tous les secteurs d’activité constituent une des solutions pour régler le problème. La présence dans les lieux de pouvoir et de représentation des différentes communautés rend crédible l’image de personnes immigrantes compétentes.

L’immigration ne doit pas être reliée exclusivement à l’idée de problèmes. L’intégration ne signifie pas reniement ou déni de son identité d’origine. Les personnes immigrantes ne peuvent pas ranger aux oubliettes tous les traits culturels qui ont façonné leur personnalité.

Un changement de paradigme consisterait à mieux vendre la diversité par la mobilisation citoyenne et une valorisation des bons coups de l’immigration. Des programmes de rapprochement interculturel contribueraient à l’idéal du vivre-ensemble harmonieux de la deuxième ville francophone au monde. Pour une meilleure visibilité de l’apport de l’immigration, les différents acteurs (gestionnaires, politiques, communautaire, syndical) doivent mettre l’accent sur les avantages de l’immigration. La pleine participation de tous les Québécois d’origine, comme des néo‑Québécois, constitue un paramètre dans l’intégration sociétale des individus qui composent la société.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]En ligne : http://www.symposium-interculturalisme.com/1/accueil/fr

[2] Audition Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 12, 24 août 2011.

[3]     Ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration du Québec,  « Au Québec pour bâtir ensemble, Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration », p. 50, 1990.

Doudou Salon immigration CIBL ch1La recherche d’un emploi qualifié peut devenir un cercle vicieux pour les personnes immigrantes. Les entreprises justifient leur non-embauche de personnes immigrantes par le manque d’expérience québécoise. Cependant, force est de reconnaitre que les personnes immigrantes ne pourront jamais décrocher un emploi si on ne leur donne pas une première chance. Elles ne pourront jamais obtenir un emploi si les employeurs sortent souvent cette rhétorique qui devient « un fourre-tout ». L’équation pas d’expérience québécoise, pas d’emploi, et vice versa, serait difficile à résoudre si on suivait la logique jusqu’au bout.

La première expérience québécoise ou canadienne difficilement accessible au début renforce le cercle vicieux « pas d’expérience québécoise, pas d’emploi, et vice versa ». Des chercheurs d’emploi immigrants qui sont appelés en entrevue se font parfois dire qu’ils n’ont pas été retenus par manque d’expérience canadienne.

La méconnaissance de diplômes et de cultures des immigrants pousse souvent certains employeurs à se montrer réticents à les embaucher. En d’autres termes, les employeurs québécois éprouveraient des difficultés à reconnaître et à évaluer les connaissances et expériences de travail des immigrants.

Pour diminuer certaines craintes, les employeurs québécois devraient travailler en étroite collaboration avec les organismes spécialisés en intégration des nouveaux arrivants afin de développer davantage, mais aussi d’adapter, leur politique de recrutement pour cette clientèle.

Les employeurs ignorent ou oublient que les immigrants sont sélectionnés sur la base de critères rigoureux fondés sur leurs connaissances et compétences. Certains employeurs embauchent des personnes qui, selon ce qu’ils croient, possèdent les mêmes valeurs, bref qui leur ressemblent sur le plan culturel ou des idées. L’expression ‟engager un « p’tit gars d’chez nous »” est souvent mise de l’avant ou appliquée, de façon consciente ou inconsciente, par certains employeurs qui n’ont aucune culture de la diversité. Dans ce cas-ci, il serait difficile aux nouveaux arrivants d’avoir accès à un emploi qualifié.

Les immigrants peuvent apporter de la valeur ajoutée aux employeurs dans le contexte de la mondialisation et de la gestion de la diversité. L’expérience professionnelle à l’étranger des immigrants devrait être davantage reconnue par des employeurs québécois. Même si les attentes des employeurs peuvent être parfois élevées dans certains postes, il n’en demeure pas moins qu’ils devraient appliquer, dans certaines circonstances, et laisser également aux chercheurs d’emploi l’opportunité de confirmer ou infirmer le proverbe suivant lequel « c’est au pied du mur que l’on voit le maçon ». En d’autres termes,  « il ne sert à rien d’essayer de prouver par différentes théories que l’on sait faire telles ou telles choses c’est par la pratique qu’on le prouvera[1] ».

L’économie du Québec est une économie de petites et moyennes entreprises (PME). Les immigrants ont, dans un premier temps, plus de chance d’intégrer les petites et moyennes entreprises et le milieu communautaire que les grandes entreprises plus compétitives.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, l’adjointe au comité exécutif de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) Josée Roy, parlait, elle, d’un manque d’ouverture de la part de certains employeurs qui ont la responsabilité de l’embauche. Elle se basait sur les statistiques de « la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante [qui] rapportait, que seulement 20 % des dirigeants de PME ont embauché un immigrant au cours des cinq dernières années. Il y a vraiment un problème là, il y a un blocage, et nos membres de syndicats ne sont pas en dehors de ce blocage-là, non plus, là[2] ». Cependant, elle notait des exemples de bonnes pratiques dans les secteurs en pénurie de main-d’œuvre.

Le Conseil du patronat, dans un des sondages qu’il avait réalisé, indiquait en 2007 que « trois quarts de leurs entreprises embauchaient moins de 5 % de travailleurs immigrants ».

En avril 2010, l’étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) démontrait une fois de plus les difficultés d’intégration des minorités visibles, notamment les Maghrébins.

Le rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) – Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées: résultats d’un «testing» mené dans le Grand Montréal ou plus communément appelée Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré – sur la discrimination envers les personnes à consonance africaine est également une triste réalité.

Selon les résultats du sondage fournis par le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, en commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, les principaux obstacles pour l’embauche des immigrants se résument, entre autres, à ceux-ci : la formation inadéquate, la maîtrise de la langue : « Et, quand on leur demande quels sont les principaux freins ou inquiétudes liés à l’embauche des travailleurs immigrants… s’ils ne parlent pas le français ou l’anglais, 30 %, de répondre; manque de compétence, de formation, 23 %; manque de connaissance de la culture québécoise, 20 %; manque d’expérience, 12 % [3] », révélait monsieur Dorval.

C’est pourquoi le président du CPQ insistait sur l’importance des stages pour convaincre les employeurs réticents minoritaires à briser les préjugés sur la clientèle immigrante, mais pour permettre également à celle-ci d’avoir une première expérience québécoise. « Ça permet à un employeur de découvrir sa capacité, de faire face à ces situations-là et d’offrir une expérience de travail aux gens qui arrivent ici comme nouveaux arrivants[4]. »

La sensibilisation des entreprises à la diversité n’est pas assez développée. Le pourcentage du nombre d’embauches des travailleurs issus de l’immigration dans les entreprises québécoises est faible malgré le discours sur la pénurie de main-d’œuvre.

[1] En ligne, http://fr.wiktionary.org/wiki/Annexe:Proverbes_en_fran%C3%A7ais (« Annexe : proverbes en français du « Wiktionnaire : le dictionnaire libre », consulté le 24 janvier 2012).

[2] Audition Confédération des syndicats nationaux (CSN),  « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 », Journal des débats de la  Commission de la culture, vol. 40, « 38elegislature, 1ere session (8 Mai 2007 au 5 Novembre 2008) », n° 9,  20 Septembre 2007.

[3] Yves-Thomas Dorval, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol.41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », n° 13, 25 août 2011.

[4] Ibid.

Publié par : Doudou Sow | 16 septembre 2014

Accélérer l’intégration professionnelle des immigrants

Entrevue à CIBL-LivresLe sous-emploi des nouveaux arrivants est une réalité vécue dans le processus d’intégration du marché du travail. La question du sous-emploi se pose quand un immigrant occupe un poste qui exige un niveau de scolarité inférieur à celui qu’il détient. L’immigrant qui est en emploi pour un poste en deçà de ses compétences est une perte économique et humaine pour l’ensemble de la société d’accueil (frustration de l’immigrant se reflétant de manière négative dans le vivre-ensemble harmonieux, peu de motivation de l’immigrant à travailler dans les manufactures, sous-utilisation du potentiel économique, etc.).

La surqualification des travailleurs immigrants par rapport à des postes a fait l’objet d’études pancanadiennes dont, notamment « Les immigrants sur le marché du travail canadien en 2008 : analyse de la qualité de l’emploi ».

Sélectionnés pour leur capacité à occuper des emplois qualifiés, les nouveaux arrivants se retrouvent, dans un premier temps, à occuper des emplois non-qualifiés. La présence ou surreprésentation des personnes immigrantes dans les programmes d’assistance sociale, les difficultés des médecins étrangers, surtout d’origine noire africaine et maghrébine, sont des baromètres révélateurs des inégalités et des difficultés d’insertion d’une catégorie de la population. La surreprésentation des femmes immigrantes dans des emplois précaires ainsi que leur taux de chômage révèlent également de sérieux problèmes.

Le taux de chômage atteint parfois plus de 30 % chez certaines communautés culturelles. Dans tous les pays d’immigration, les immigrants sont les premiers à écoper en période de crise économique. Même si le Québec s’en est mieux tiré que les autres provinces canadiennes, les immigrants continuent à occuper les emplois atypiques, deviennent de plus en plus flexibles et touchent les salaires les plus bas. En 2008‑2009 (début de la crise économique), comme dans les années précédentes, les personnes immigrantes ont toujours eu des difficultés à s’intégrer sur le plan professionnel.

Les personnes immigrantes acceptent, la mort dans l’âme, le déclassement professionnel. La déqualification professionnelle, ou le déclassement professionnel, n’est rien d’autre que le fait d’occuper un emploi en deçà de ses compétences. La frustration des immigrants ne se ressent pas et ne se mesure pas de la même façon, d’un immigrant qualifié possédant plusieurs années d’expérience à un immigrant fraîchement diplômé des universités.

En général, la qualification ou la formation des immigrants sont souvent supérieures, dans certains postes, à celles de la population québécoise. Par contre, il serait déconseillé à un immigrant de déclarer, à ses tout débuts, qu’il n’acceptera jamais des postes d’entrée sous prétexte qu’il est compétent. Le système accordera du mérite aux personnes compétentes une fois que ces dernières auront eu la chance de prouver à l’employeur qu’elles livreront la marchandise en tout temps. Il faut être capable de faire les preuves de ses compétences à l’intérieur de l’entreprise.

Différentes initiatives ont été mises sur pied pour faciliter l’intégration des immigrants- (Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME), Intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel (IPOP), Défi Montréal, Passerelle pour l’emploi en région, Mentorat)-, mais ces mesures devraient être accompagnées des moyens financiers proportionnels au nombre d’immigrants reçus annuellement, ce qui est loin d’être le cas.

Publié par : Doudou Sow | 11 septembre 2014

Les immigrants et la question de la souveraineté

Image SouverainetéL’expulsion de Maria Mourani du Bloc québécois, le 12 septembre 2013, a relancé le débat sur la souveraineté. L’ancienne députée souverainiste devenue fédéraliste n’avait fait que répéter hautement ce que la plupart des personnes immigrantes disaient au sujet du Parti québécois sur son projet controversé : la Charte des valeurs québécoises avait l’allure ″d’une démarche électoraliste et d’un nationalisme ethnique″.

Nous pensons comme l’ancien premier ministre souverainiste du Québec, Lucien Bouchard, que la Charte des valeurs québécoises aura des répercussions négatives sur « la perception [des immigrants] de ce que serait un Québec souverain ». Ce sont les souverainistes qui ont eux-mêmes mis fin à leur espoir de voir la souveraineté se réaliser, avons-nous twitté au sujet de l’expulsion de Maria Mourani, une décision nuisible au projet souverainiste.

Le Québec a laissé le terrain pour que les fédéraux démontrent aux immigrants qu’ils sont les seuls défenseurs des minorités au Canada même si le Québec est également une minorité au sein du Canada.

Les immigrants rejettent-ils le projet de souveraineté ou votent-ils pour les libéraux pour leur programme? Soulignons également que ce ne sont pas simplement certains immigrants qui ne veulent pas de la souveraineté.

Le discours politique du PQ doit se renouveler et tant et aussi longtemps que les immigrants auront peur de la souveraineté, ils n’embarqueront pas dans ce projet, d’où la nécessité de « Faire la politique autrement » pour séduire les néo-Québécois. Il ne faut pas mésestimer la crainte des immigrants de se séparer du Canada. Certains immigrants se méfient ou hésitent à faire le pas ou à opter pour l’indépendance du Québec. Certaines personnes développent une crainte justifiée avec les positions du gouvernement péquiste actuel dont il faudra tenir compte. À ce titre, il faut privilégier une approche pédagogique de la souveraineté pour les convaincre et non les marginaliser ou les pointer du doigt comme ceux et celles qui empêchent la souveraineté de se réaliser. Mieux, le PQ et l’ensemble des forces souverainistes n’auront pas d’autres choix que de convaincre les immigrants du pourquoi ils ont intérêt à ce que le Québec devienne un pays. En d’autres termes, il faut expliquer concrètement aux immigrants pourquoi ils ont plus à gagner avec un Québec souverain. Le crédo péquiste «La souveraineté pour tous» trouvera ainsi un écho plus favorable et moins radical.

Au moment où certains souverainistes invitaient des immigrants ou leur reprochaient de ne pas les accompagner dans la quête de la souveraineté, le PQ avait l’habitude de s’entredéchirer sur la place publique .

On fait souvent le reproche aux immigrants de vouloir rester dans le Canada anglais ou on demande aux immigrants souverainistes de prouver continuellement leur allégeance souverainiste. Certaines personnes ont qualifié Maria Mourani d’opportuniste quand elle a changé d’orientation politique alors que cette femme a essayé durant tout son parcours politique de créer le pont entre les souverainistes et les communautés culturelles. Pourquoi ne critique-t-on pas aussi des souverainistes québécois mous qui veulent rester dans le Canada anglais, du moins pour l’instant, ou ceux qui ont cheminé dans leurs décisions en adoptant une nouvelle appartenance fédérale?

Dans cette querelle entre les fédéralistes québécois et les souverainistes québécois, l’immigrant se retrouve dans l’entre-deux et est critiqué de toutes parts. On assiste ainsi sur la scène publique et politique à des chicanes (engueulades) entre des souverainistes québécois qui accusent les fédéralistes québécois d’être les fossoyeurs de la nation québécoise et des fédéralistes québécois qui traitent leurs frères également de fossoyeurs de la nation canadienne.

Les immigrants font face aussi à la question des deux solitudes et sont parfois coincés dans cette question. Les partis fédéraux ont intérêt à ce que les immigrants se réfèrent plus à l’identité fédérale que provinciale, histoire de perpétuer le fédéralisme. Nous anticipons même des attaques sur notre livre de la part de certains conservateurs fédéralistes qui nous accuseront certainement de faire la promotion de la souveraineté et de diviser le pays. Nous pouvons les rassurer en leur disant que le projet du gouvernement péquiste actuel de diviser la population nous a éloigné du projet souverainiste.

Certaines personnes immigrantes disent souvent qu’elles sont venues au Canada et non au Québec qui n’est pas encore un pays. Les souverainistes n’apprécient guère cette position de l’immigrant s’identifiant au pays canadien plus qu’au peuple québécois. Il y a aussi ceux qui décident de venir vivre au Canada, mais en choisissant le Québec.

Le Québec cherche à redéfinir son identité. Les immigrants préfèrent le confort et se demandent quel sort leur serait réservé si le Québec prenait son indépendance, bref ce qui adviendrait de ce contexte, de ce changement, de leur avenir, de leur intégration. Les Québécois seront-ils (plus ou) ouverts à leur égard? L’indépendance du Québec permettrait-elle de régler la question de l’identité inclusive ou de l’immigration tout court?

Certains immigrants trouvent contradictoire le besoin de se séparer dans un contexte de mondialisation où les grands ensembles se créent et non se défont (union européenne par exemple). L’immigrant veut aussi avoir les avantages du Canada même s’il est établi au Québec.

Certes, certains immigrants dans le processus de sélection ont choisi de venir au Canada et de s’établir au Québec. D’autres ont choisi de venir au Québec et de s’y établir parce que le Québec est francophone et incarne des valeurs comme la justice sociale, la social démocratie, l’égalité, etc. Des valeurs troquées par la question de l’identité défendue actuellement par le PQ ne permettent plus aux immigrants de se définir par rapport à un projet souverainiste.

Les immigrants sont partagés entre le fédéralisme centralisé et la séparation du Québec du reste du Canada. Autrement dit, ils sont pris entre deux feux, l’option fédéraliste ou souverainiste. Ils sont accusés à raison ou à tort de maintenir le Québec dans le Canada et, de surcroît, empêcher la souveraineté. Certains disent qu’ils appuient Un Québec plus fort dans un Canada uni et d’autres, qui n’apprécient guère la position internationale, souhaitent se connecter avec les souverainistes alors que d’autres reconnaissent le changement du Canada, mais ne sont pas prêts à faire le saut dans le camp souverainiste.

La question de la réunification familiale, la reconnaissance des acquis, l’intégration professionnelle des immigrants, la question des médecins étrangers, le racisme et la discrimination constituent les principales préoccupations des immigrants, peu importe le pays ou le projet de pays dans lequel ils vont s’identifier.

La certitude de Parizeau sur la défaite du 30 octobre 1995 du référendum sur la souveraineté : ″C’est vrai qu’on a été battu? Au fond, par quoi, par l’argent et des votes ethniques. Essentiellement.″ Et la salle qui se mettait à applaudir reste une image qui trotte dans la tête des immigrants fédéralistes tout comme ceux intéressés par le projet de souveraineté. Quand le sociologue conservateur Mathieu Bock Côté, « Dans Dumont : Le Québec reçoit t-il trop d’immigrants? » dit que « depuis la déclaration de Parizeau, il y a une ″censure sur l’immigration au Québec″ », nous pensons comme lui que l’immigration ne doit pas être un sujet tabou, mais quand certains n’en parlent que pour en évoquer le côté négatif, c’est là où il y a un véritable problème.

Nous rappelons et répétons qu’au sujet de la position modérée de l’ancien premier ministre du Québec sur l’actuel débat sur la Charte des valeurs québécoises, nous avons twitté ceci le 4 octobre 2013 : « Les immigrants ne retiendront plus seulement de l’héritage politique et culturel de Parizeau sa déclaration maladroite du «Nous» et «Eux». Ils lui seront reconnaissants pour sa modération identitaire dans le controversé débat du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises. Bravo pour sa sagesse. Le Québec doit avoir son propre modèle de laïcité. »

L’adhésion à la souveraineté n’est pas un débat immigrant-société d’accueil. Les Québécois ont décidé pour l’instant de mettre sur la glace ou dans le frigo le projet de souveraineté, comme en témoignent certains récents sondages (Sondage CROP/Radio Canada, Référendum sur la souveraineté : 61 % des Québécois voteraient non, twitte du 9 mars 2014 du journaliste de RDI, Patrice Roy). Mieux, en 1995, la proportion d’immigrants était de combien. « Le poids relatif de la population immigrée dans la population totale est passé de 9,4 % en 1996 à 9,9 % en 2001 et à 11,5 % en 2006 . »

Les fédéralistes joueront toujours de manière stratégique sur le débat du «Eux» et du «Nous» pour rappeler aux immigrants les propos de Parizeau tenus dans un contexte d’amertume et de défaite suite au référendum de 1995 où le non à la souveraineté l’a remporté de justesse. Cette gaffe de Parizeau suivra incontestablement le Parti québécois et risquera parfois de plomber les chances réelles de ce parti d’aller chercher plusieurs minorités. Ne dit-on pas qu’en politique, la perception, c’est la réalité?

« Libérer la parole » (dixit Mathieu Bock Côté “dans Dumont : Le Québec reçoit t-il trop d’immigrants?”) ne veut pas dire n’importe quoi lorsque l’auteur de « La Dénationalisation tranquille » faisait référence aux propos de l’ancien député péquiste de la circonscription de Borduas à l’Assemblée nationale du Québec, Pierre Curzi, qui établissait un lien mécanique entre immigration et fédéralisme ou un nombre élevé d’immigration et la question indépendante.

Le vocable Québécois de toutes origines marque incontestablement une ouverture. Quand le débat se pose toujours en termes du «Nous» et du «Eux», la frustration sera toujours grande des deux côtés. Cette distinction heurte la sensibilité de tous les bords. Nous préférons plus un «Nous» inclusif qu’une division «Nous» et «Eux» parce que le «Eux» fait partie intégrante du «Nous» et ne saurait en être dissocié.

La question de la position politique des immigrants dans le contexte québécois et canadien fait souvent débat. Une anecdote illustre la peur des immigrants devant l’inconnu et le changement de vision et traduit le sentiment de confort qui les habite. Des amis immigrants que nous invitions à se prononcer de manière informelle sur le sujet de la souveraineté, bien avant la démission de Mouriani et le débat sur la Charte des valeurs québécoises, nous disaient que de leur côté, ils avaient peur que le Québec les renvoie dans leur pays d’origine, une fois l’indépendance proclamée. Ils argumentaient en disant et je les cite : « Aujourd’hui les Québécois souverainistes ont comme ennemis les Anglais, mais demain nous serons les cibles ».

Mais nous leur avions répondu en ce temps que la province de Québec ne s’est jamais dotée d’un ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles ou même d’un ministère de l’Intérieur, comme on l’a connu en France sous Pasqua et Sarkozy, qui se donnait des quotas pour chasser les immigrants, d’où le fameux slogan Immigration zéro. Il faut quand même reconnaître que la politique de l’immigration au Québec ne se conçoit pas seulement pour des raisons économiques, mais renferme aussi des valeurs humaines et culturelles traduisant la philosophie du peuple québécois.

Les politiques d’immigration, quoiqu’imparfaites, constituent un bel exemple que la société québécoise est en avance sur beaucoup de pays prônant l’égalité dans le domaine de la tolérance et du respect des citoyens, quelle que soit leur origine ethnique ou leur appartenance religieuse.

Le Québec a besoin des immigrants comme les immigrants ont besoin du Québec. Les Québécois n’ont pas montré une hostilité ou une haine envers les immigrants même si des sujets sensibles sur le voile ou des signes religieux peuvent parfois donner l’impression d’un rejet de la population de certaines communautés culturelles.

Peu importe le gouvernement mis en place (souverainiste tout comme fédéraliste), il existe des éléments de base de cette démocratie qui ne sauraient être remis en cause : l’ouverture sur le monde, la richesse de la diversité, la contribution économique des personnes immigrantes. Cette conception ne relève pas de la naïveté, mais du bon sens.

Il serait aussi démagogique de notre part de ne pas reconnaître que certains irritants donneront une perception des partis se réclamant de la souveraineté, surtout le PQ, comme des partis moins favorables à l’immigration. Mais chemin faisant, les membres des minorités visibles s’intéressent à certains partis souverainistes comme Québec solidaire et Option nationale, non pas exclusivement en raison du projet souverainiste, mais pour leurs programmes sociaux et leur conception inclusive de la diversité.

Les personnes immigrantes perçoivent dans la communication du Parti québécois une volonté d’assimiler plus que d’intégrer. Québec solidaire intègre plus la notion d’intégration des personnes immigrantes et l’inclut dans sa plate forme électorale. Le Parti Québec solidaire, que certains qualifient de parti hétéroclite, peut devenir le véhicule ou la locomotive modérée facilitant la douce transition des immigrants récalcitrants au projet de société souverain. Le Parti québécois ne pourrait plus incarner à lui seul le projet souverainiste.

Les solidaires pensent à juste titre que le projet de société est plus important que le projet de souveraineté. Certaines figures historiques du mouvement souverainiste préfèrent de plus en plus parler d’indépendance plutôt que de souveraineté en insistant sur le caractère rassembleur et international du terme indépendance.

Les péquistes n’ont pas d’autres choix que de continuer à faire des yeux doux aux immigrants. Ce qui nous semble normal dans une perspective réaliste ou opportuniste. Aucun des partis politiques ne peut ignorer à l’heure actuelle le vote des personnes immigrantes. « Les partis politiques se disputent le vote des immigrants », un article en lien avec les prévisions sur les minorités visibles de Statistique Canada de 2031 publiées en mars 2010. Le vote des immigrants devient de plus en plus une réalité électorale incontestable dans le contexte d’une immigration massive. Des partis politiques qui courtisent le vote des immigrants sont conscients de la nouvelle réalité électorale des immigrants qui peuvent faire basculer les résultats d’une élection d’un côté comme de l’autre. Les récentes prévisions de Statistique Canada sont à l’effet que : « Statistique Canada estime que d’ici 2031, environ la moitié des Canadiens de 15 ans et plus seront nés à l’étranger ou auront au moins un parent né à l’extérieur du Canada ».

On peut donc comprendre l’intérêt des partis politiques à encourager les personnes immigrantes à aller voter. Les communautés culturelles doivent participer davantage à la vie culturelle, sociale et politique et lutter contre leur sous-représentation.

L’implication des immigrants sur la scène politique à tous les paliers gouvernementaux favorise leur participation civique pour une meilleure intégration dans la société d’accueil. Les personnes immigrantes devraient s’impliquer davantage dans la politique municipale, provinciale et fédérale. Si elles veulent faire partie de ceux et celles qui définissent les politiques au lieu de les subir, celles qui rendent applicables les politiques publiques, elles doivent être de plus en plus visibles lors des manifestations politiques. Leur présence massive accordera plus de crédibilité aux représentants qui viennent de leurs communautés. Quand, dans des manifestations publiques, l’on voit à peine une dizaine de Noirs ou de minorités visibles, il serait pratiquement impossible que des responsables de partis politiques puissent faire confiance à des personnes de minorités visibles qui veulent se présenter. Les immigrants doivent prendre leur place et ne pas attendre qu’on leur accorde une place dans la société.

Le Parti libéral provincial se taraudait de gouvernement de diversité et pensait que le vote des immigrants lui était acquis d’office : une grave erreur que n’a pas voulu répéter le nouveau chef libéral, Philippe Couillard. Aujourd’hui plus que jamais, les personnes immigrantes comme n’importe quel citoyen votent sur la base des principes qui leur parlent. Les immigrants, très instruits, votent sur la base de valeurs et d’idéaux politiques. Ils sont emballés par les projets politiques crédibles.

La question du positionnement des personnes immigrantes dans le débat pour et contre le projet souverainiste est un sujet complexe qu’il sera difficile de traiter même s’il occupe une part importante dans l’intégration ou non des personnes immigrantes. L’avenir du Québec souverain ne peut s’écrire sans les personnes immigrantes. Des questions, entre autres, de valeurs, d’image, d’intérêts sont à analyser en profondeur. Un débat de société, en quelque sorte.

Ce texte est extrait  du livre « Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil » paru le 2 avril 2014.

doudou-sow-integrationLe succès d’une conception québécoise de l’intégration, dans sa version interculturelle, passe par la réussite des politiques d’intégration. L’analyse des politiques publiques centrées sur l’accès au marché du travail illustre une déqualification et son corollaire, la précarité et l’absence de réussite professionnelle de certaines catégories de population. La déqualification professionnelle, ou le déclassement professionnel, n’est rien d’autre que le fait d’occuper un emploi en deçà de ses compétences.

Le fondateur de la sociologie française, Émile Durkheim, dans son livre « De la division du travail social[1] » parle du travail comme facteur d’appartenance à la société. De ce point de vue, l’on comprend aisément la logique des immigrants qui se définissent par une intégration professionnelle dans leur domaine de compétences. Dans des sociétés industrialisées, la question du statut professionnel revêt une importance capitale.

Le taux de chômage atteint parfois plus de 30 % chez certaines communautés culturelles. Il est également reconnu que dans un contexte de récession, de ralentissement économique, d’instabilité économique, de perturbation économique, d’incertitude économique, de redressement économique ou de reprise économique, les immigrants trinquent plus que les natifs de la société. C’est un phénomène mondial. Par contre, même quand l’économie québécoise se portait très bien, les immigrants étaient plus touchés par le chômage. En guise de rappel, en octobre 2007, où le taux de chômage (6,9 %) était à son plus bas depuis 33 ans, celui des personnes immigrantes était très élevé.

La qualité des emplois des immigrants ainsi que la question de la différence salariale entre immigrants et Québécois dits de « souche » sont souvent évoquées pour décrire la précarisation des néo-Québécois.

Les immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne qui sont souvent hautement qualifiés et plus scolarisés que la moyenne québécoise sont confrontés à des barrières systémiques (non-reconnaissance des diplômes et des compétences professionnelles par les employeurs et les ordres professionnels québécois, discrimination raciale à l’embauche à l’égard de certaines communautés culturelles, etc.). En effet, ces personnes qui ont été sélectionnées sur la base de critères facilitant en théorie leur intégration rapide en emploi sont parfois frustrées de ne pas retrouver leur dignité humaine.

Si l’on se fie à certaines données et analyses sur la situation des immigrants, l’on peut se questionner sur la précarisation de cette catégorie de personnes, en particulier les minorités visibles, et plus grave encore, d’une partie de ces minorités visibles (Maghrébins, Africains, Haïtiens). Certains membres de la société québécoise ne sont pas conscients des difficultés d’intégration professionnelle des immigrants. Ils répètent souvent que les immigrants doivent suivre le même processus que les étudiants ou les finissants québécois. S’il est vrai que les immigrants ne bénéficieront jamais d’un emploi sur un plateau d’argent, il n’en demeure pas moins qu’ils éprouvent plus de difficultés à s’intégrer sur le marché de l’emploi.

La précarité s’installe parfois avec des emplois qui durent et perdurent pour des immigrants généralement plus instruits que la moyenne canadienne. Au début, les nouveaux arrivants recherchent des « jobines »,  (terme québécois signifiant petits boulots ou boulots alimentaires) pour payer leurs factures et leurs loyers. Cette stratégie de survie leur laisse peu de temps pour se consacrer à leur recherche d’emploi dans leur domaine de compétence. La précarité risque de s’installer quand certains emplois atypiques (contrat à durée déterminée, emploi à temps partiel involontaire, horaires non flexibles, etc.) perdurent. Si l’on peut comprendre que les nouveaux arrivants occupent, dans un premier temps ou pour leur premier travail, des emplois du secteur secondaire (télémarketing, télécentres, sécurité, manufacture, entretien et ménage, secteur du commerce, magasins ou épiceries), il serait difficile de valider la thèse de leur maintien en emploi dans ces boulots atypiques très précaires.

Certains immigrants sont conscients des nombreux obstacles auxquels ils seront confrontés. Mais au fur et à mesure que les barrières se multiplient, ils perdent espoir et confiance dans le système.

Le chômage isole les personnes immigrantes et entraîne un sentiment de vulnérabilité. La personne immigrante se dévalorise au fur et à mesure et n’a plus le goût de chercher un emploi ou de retourner aux études. Elle perd ainsi ses compétences et connaissances.

Le type d’activité professionnelle des immigrants, qui peut aussi justifier les écarts entre les revenus des natifs et des immigrants, permet aussi de mesurer le degré d’intégration économique des immigrants.

La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale doit porter une attention particulière aux immigrants, notamment les minorités visibles. La présence ou surreprésentation des personnes immigrantes dans les programmes d’assistance sociale donne de sérieuses indications sur les difficultés d’intégration économique des néo-Québécois. Il faut, à ce titre, éviter les conditions précaires dans lesquelles ils peuvent plonger pendant des années d’où un risque d’enfermement et de ghettoïsation.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes et l’identité québécoise.

[1]     Émile Durkheim, De la division du travail social. 2e éd. 1930, Paris, Presses universitaires de France, 1893.

Publié par : Doudou Sow | 16 août 2013

Trois verbes magiques pour décrocher un emploi

Image verbe magiqueDate de première parution : 23 septembre 2008

Dans un contexte de crise économique très difficile, le chercheur d’emploi immigrant doit se montrer très convaincant pour décrocher un emploi dans son domaine de compétences.

Séduire

On dit souvent que le recruteur se fait une idée du candidat dans les trois à cinq premières minutes de rencontre. C’est pourquoi il est très important de bien soigner son image, c’est-à-dire avoir une attitude positive vis-à-vis de l’employeur (bonne poignée de main ferme, le sourire, regard droit dans les yeux). Mettez vous à la place de l’employeur qui cherche à recruter un futur employé qui insufflera du sang neuf avec toujours le plaisir de travailler en équipe. Cette valeur ajoutée est votre mot de passe pour accéder à l’emploi. L’attitude positive et la capacité de communiquer constituent les exigences de base qui sont demandées par les employeurs quel que soit le type d’emploi.

Convaincre

Les chercheurs d’emploi doivent convaincre l’employeur qu’ils ont toutes les compétences requises pour le poste visé et qu’ils seront capables en tout temps de livrer la marchandise. La compétition étant ce qu’elle est, les employeurs font tout ce qui est en leur pouvoir pour dénicher la perle rare. Il vous appartient donc de bien vendre vos compétences en sachant, entre autres, les illustrer par des exemples concrets tout en mettant l’emphase sur vos réalisations et expériences précédentes.

Rassurer

Quand on parle de la fameuse expérience québécoise il ne faut pas seulement l’interpréter comme une expérience technique mais aussi et surtout considérer globalement l’environnement de travail (comment interagir avec les membres de l’équipe avec tact et diplomatie, avoir le sens de la négociation etc.). Ne dit-on pas souvent que le Québec est une société de compromis et de consensus ? L’employeur se pose toujours des questions concernant l’adaptabilité de la nouvelle recrue et sa capacité à bien intégrer un nouvel environnement, à bien apprivoiser la culture de l’entreprise, les valeurs et la mission de l’entreprise, bref sa marque de commerce. Au cours de l’entrevue, vous devez aussi démontrer à vos interlocuteurs que vous savez gérer le stress. Étant donné que l’entreprise a des objectifs à atteindre, elle souhaite intégrer en son sein des personnes capables de travailler sous pression.

alerte stratégiesDans un contexte de crise économique difficile, la liste des « chômeurs expérimentés » ne cesse de s’allonger. Les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées. La demande d’emplois étant supérieure à l’offre; la polyvalence, la proactivité, l’attitude positive, la flexibilité, le bilinguisme et la capacité à bien communiquer constituent des aptitudes nécessaires pour affronter le marché du travail. Pour arriver à tirer leur épingle du jeu, les personnes immigrantes doivent faire preuve de débrouillardise et de persévérance. À ce titre, elles doivent élargir leurs réseaux de contacts. Le bénévolat et le mentorat constituent deux moyens de perfectionnement efficaces pour lutter contre l’isolement mais aussi mieux comprendre la culture organisationnelle, l’environnement de travail et les codes culturels.

État d’esprit chez les nouveaux arrivants

De manière générale, les personnes immigrantes mais surtout les nouveaux arrivants s’interrogent sur leur insertion professionnelle et démontrent un mauvais d’état d’esprit inquiétant (peur du lendemain). Ils ont un moral très bas et vivent un stress énorme. Même si la crise économique affecte tous les chercheurs d’emploi, y compris les Québécois d’origine, il n’en demeure pas moins qu’elle est vécue différemment par des nouveaux arrivants qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise à l’image de Mohamed (nom d’emprunt), originaire du Maghreb pour qui « la crise financière dissimule toute une réalité, elle perturbe tout calcul. Le marché de l’emploi va donner plus d´importance aux gens licenciés avec expérience et va écarter les nouveaux arrivants sans expérience québécoise ».

Pour cette raison, les nouveaux arrivants doivent se poser plusieurs questions pertinentes afin de décrocher le ticket de l’emploi.

Afin de mettre tous les atouts de leur côté, ils doivent garder intacte leur motivation en s’entourant de gens positifs. Un tempérament de fonceur et de débrouillardise constituent une preuve de dynamisme nécessaire à l’obtention d’un emploi. Ils ont aussi intérêt à bien structurer leurs démarches de recherche d’emploi en choisissant les étapes de leur recherche d’emploi (activation des réseaux et bonne stratégie d’approche des employeurs). Ils doivent aussi démontrer à l’employeur leur valeur ajoutée afin de se démarquer des autres candidats qui visent le même poste.

Quelques pistes de solution

En définitive, les pistes de solution efficaces à l’intégration et au maintien en emploi exigent :

1) Une bonne maîtrise des techniques de recherche d’emploi passe par la rédaction d’un CV adapté aux exigences de l’employeur et d’une lettre de présentation personnalisée qui mettent en valeur  les compétences du chercheur d’emploi.

2) Une bonne organisation nécessite un aménagement des horaires de travail si vous occupez un poste dans un centre d’appels ou dans une autre « jobine ».

3) Une diversification des stratégies de recherche d’emploi qui s’opère par le biais :

-Speed jobing (période de temps déterminé pour vendre vos compétences; inspiration du Speed dating)

-Linkedin (réseautage professionnel par Internet; une sorte de Facebook destinée au travail).

-Worktube (sous forme de présentation vidéo .On n’envoie pas de CV mais on utilise une webcam pour faire une présentation de ses qualifications professionnelles, compétences et expérience de travail).

-Dans certains cas, des agences de placement qui disposent parfois d’offres du marché caché de l’emploi.

-Internet : des entreprises qui passent par Jobboom, Monster pour recruter du personnel.

-La mise en ligne de vos profils sur le site de certaines compagnies.

-Utilisation des répertoires d’entreprises et moteurs de recherche.

Le moteur de recherche www.ICRIQ.com permet aux chercheurs d’emploi de faire  la liste des entreprises où ils peuvent occuper un poste.  Pour connaître la mission et les valeurs de l’entreprise, il faut se renseigner davantage sur leurs sites Internet, lire leurs rapports d’activités et consulter les articles de journaux dans la rubrique « Affaires ».

Cependant, malgré la profusion des nouveaux outils de recherche d’emploi, rien ne peut remplacer le contact personnel, le réseautage par le bénévolat et le mentorat. (Nous reviendrons plus amplement sur ces deux moyens de perfectionnement dans nos prochains articles).

De plus, pour certains profils, la réorientation de carrière ou la mise à niveau de certaines compétences pourrait être un tremplin à l’obtention d’un emploi. Certains chômeurs expérimentés envisagent même de retourner aux études afin de mieux mettre à jour leurs connaissances et de pouvoir affronter la réalité du marché du travail quand la reprise économique sera à l’ordre du jour. Il faut aussi penser à élargir les champs de recherche d’emploi à travers les autres régions du Québec. En attendant de jours meilleurs, toutes les stratégies devraient être mises de l’avant pour maximiser vos chances d’embauche.

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