doudou-sow-integrationLa responsabilité de la société d’accueil est aussi engagée dans le recul du français à Montréal qui est un problème systémique. Il faut également arrêter de blâmer les personnes immigrantes concernant la francisation ou leur volonté d’apprendre l’anglais.

Les nouveaux arrivants issus même de pays francophones et francophiles deviennent de plus en plus convaincus de la force d’attraction de l’anglais. Les immigrants africains et maghrébins d’expression française constatent, sur le terrain de l’employabilité, qu’il est plus facile de se trouver un emploi en parlant anglais. Aussi, des immigrants allophones, à qui on demande d’aller étudier le français, n’arrivent pas à s’intégrer sur le marché du travail québécois parce qu’on leur exige de parler anglais, et ce, sans que ce soit relié à un domaine ou à un territoire d’emploi nécessitant une maîtrise de l’anglais. Ce qui pose un réel problème. Cette situation dramatique demande un leadership très fort de la part de tous les gouvernements, leadership qui doit être maintenu par le nouveau gouvernement libéral si le Québec entend conserver son caractère unique en Amérique du Nord. La richesse de cette belle société est aussi celle de sa particularité en Amérique du Nord. Certaines personnes immigrantes décident de venir au Québec par rapport à cette spécificité. Il faut être fier de montrer et de défendre cette différence.

Les immigrants francophones ou francophiles s’étonnent du fait que la langue anglaise soit plus utilisée dans le marché de l’emploi alors qu’ils ont été choisis sur la base du fait français. Ils se trouvent ainsi désorientés entre le discours et la réalité sur le terrain qui démontre une grande présence de l’anglais. Aussi, il ne faut pas rejeter uniquement la faute sur cette catégorie de la population concernant la perte de vitesse de la langue française. Des Québécois « pure laine » abordent certaines personnes immigrantes en leur parlant en anglais, dans les commerces également. De ce fait, les néo-Québécois ne pourraient être plus royalistes que les rois. Mieux, ces immigrants ne seront pas fiers de parler la langue française quand, dans des entrevues, ils seront disqualifiés à cause de leur non-maîtrise de l’anglais.

En fait, la charte de la langue française stipule à son 46e article qu’« il est interdit à un employeur d’exiger pour l’accès à un emploi ou à un poste la connaissance ou un niveau de connaissance spécifique d’une langue autre que la langue officielle, à moins que l’accomplissement de la tâche ne nécessite une telle connaissance » (chapitre VI, article 46). La réalité sur le terrain prouve que certaines personnes immigrantes sont recalées parfois à des entrevues parce que les employeurs évoquent la thèse de « l’accomplissement d’une tâche qui nécessite une connaissance de l’anglais ».

Dans ce cas-ci, le message que l’on veut donner aux personnes immigrantes qui veulent vivre pleinement leur francophonie est plutôt équivoque. Certains employeurs défendent bec et ongles que leur principal objectif consiste à faire prospérer leurs affaires peu importe la compétence ou les compétences et connaissances linguistiques. Dans les offres d’emploi, on voit souvent, dans les exigences linguistiques, « la maîtrise de la langue anglaise ou le bilinguisme ». S’il est vrai que, dans certains domaines relatifs au service à la clientèle, tourisme, télécommunications, la maîtrise de la langue anglaise devient un atout incontournable; par contre, il y a d’autres domaines où on n’a pas besoin de maîtriser cette langue pour se trouver un emploi. Une utilisation systématique de cette exigence quant à l’anglais met sur la touche des immigrants francophones compétents unilingues.

Il faut entendre le cri du cœur des nouveaux arrivants qui se disent étonnés du décalage entre la promotion du fait français à l’étranger et les exigences du bilinguisme des employeurs québécois. Dans une province francophone, c’est une question de bon sens de dire qu’on devrait être capable de travailler et de vivre en français. La langue de Molière ou de Tremblay est une très belle langue qu’il faut préserver. Elle est un vecteur de l’identité d’une société qui veut survivre dans un contexte linguistique très difficile. Elle veut survivre aussi dans un contexte où on veut accueillir des personnes immigrantes, mais qui acceptent de vivre et de travailler en français pour perpétuer la langue. Elle est aussi le vecteur d’une identité québécoise qui cherche à se redéfinir en donnant une place aux personnes immigrantes qui font leurs les valeurs fondamentales de la société québécoise. La question de la langue est très importante pour qu’on ne la sacrifie au nom de certains principes économiques, voire utilitaristes. Elle est le trait d’union d’une francophonie diversifiée et riche des apports des uns et des autres.

Le plan d’action Vivre et travailler en français de l’ancien gouvernement péquiste

L’ancien gouvernement péquiste dans son plan d’action Vivre et travailler en français avait compris les demandes des nouveaux arrivants francophones et francophiles et ainsi déposé un Projet de loi n°14 : Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d’autres dispositions législatives pour le renforcement du statut de la langue française qui n’est cependant pas adopté par les deux partis de l’opposition (PLQ et CAQ). « Nous constatons aujourd’hui que le statut du français souffre d’un recul, en particulier dans les régions de Montréal et de l’Outaouais. Cette situation rend plus difficile le parcours d’intégration des personnes immigrantes que nous avons sélectionnées justement en raison de leurs compétences et de leurs connaissances du français[1] », soulignait Mme De Courcy en février 2013.

Déposé le 5 décembre 2012, le projet de loi 14 modifiant la Charte de la langue française et la Charte des droits et libertés de la personne qui avait été étudié en commission parlementaire dès le 12 mars 2013 « proposait de renforcer le statut du français en tant que langue commune dans les milieux de travail, les écoles et collèges, les commerces, le réseau de la santé et l’administration publique en plus de consacrer, dans la Charte des droits et libertés de la personne, le droit de vivre et de travailler en français[2] ».

Il est aussi vrai que certains Québécois veulent que leurs enfants aillent à l’école anglaise. L’ancien premier ministre libéral provincial, Jean Charest, s’était distingué par sa volonté à faire de l’enseignement en anglais en sixième année. Pourrait-on penser que ne pas apprendre l’anglais serait suicidaire? ou, comme le disait un article de « Gérard Bouchard au Devoir – Tourner le dos à l’anglais serait «criminel», (Lisa-Marie Gervais, 2 mars 2011).

Le gouvernement péquiste avait décidé en mars 2013 de ne pas exiger l’enseignement intensif de l’anglais au primaire. Dans ce débat, il ressort que la fragilité de la langue française exige une protection de celle-ci. D’autres personnes avancent l’idée selon laquelle il faut d’abord s’occuper de la qualité du français avant d’enseigner une deuxième ou troisième langue. Il y a, certes, un dosage à faire là-dessus. Il demeure aussi vrai que la promotion du bilinguisme automatique sera un désavantage pour les immigrants, surtout les nouveaux arrivants en provenance de l’Afrique sub-saharienne (l’Afrique noire) ou Afrique du Nord.

En d’autres termes, si le bilinguisme s’installe au Québec, certains immigrants francophones ou francophiles seront pénalisés puisque l’anglais sera un critère déterminant dans la sélection et on enverra le message que le Québec est comme le Canada, une société bilingue, alors que la spécificité du Québec se trouve dans son caractère français.

Dans les faits, on observe à Montréal le trilinguisme (français, anglais, espagnol) ou (français, anglais, arabe) ou (français, anglais, italien). Le trilinguisme français, espagnol, arabe ou italien ne pourrait devenir une menace si des transferts linguistiques se font en français.

L’anglais est une langue dominante de manière générale et son pouvoir d’attraction se mesure aussi bien dans les films, les chansons que dans les jeux vidéo. La chanson de langue française qui s’anglicise de plus en plus pour s’internationaliser en est une parfaite illustration. L’anglais qui est une langue de communication omniprésente se protège par elle-même, surtout dans le contexte nord-américain.

Sur la question de l’utilisation pragmatique de la langue, on peut dire que le français est obligatoire et que l’anglais est un outil qui peut s’avérer efficace pour la recherche d’emploi. Ne nous voilons pas la face, certains souverainistes québécois se mettent à l’anglais[3] pour augmenter leurs chances de se trouver un emploi. Dans ce cas-là, on pourrait parler de « bilinguisme individuel » différent du « bilinguisme institutionnel ».

En d’autres termes, l’individu peut être bilingue et non anglicisé en choisissant l’anglais comme un outil dans le contexte de la mondialisation. Dans certains emplois reliés au service à la clientèle, à la mondialisation, au tourisme, il est indispensable. Par contre, cette réalité liée aux opportunités d’affaires n’est pas une raison qui justifierait systématiquement l’anglicisation de tous les postes dans une province francophone. C’est en défendant tout le temps que l’anglais est la langue de la mondialisation que l’on finit par y perdre son latin.

« L’anglais est la langue des affaires » entend-on souvent. L’ancien porte-parole de l’opposition officielle pour la Charte de la langue française, Marc Tanguay, qui voyait une évolution de la langue française par le biais de la Charte de la langue française, s’adressant au président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), s’appuyait sur des statistiques pour justifier la bilinguisation de certaines entreprises en Amérique du Nord :

« […] dans un contexte […] où les PME du Québec, en 2013, vous le savez, 20 % exportent vers les États-Unis, 50 % importent des États-Unis, ce qui veut dire que, nécessairement, de facto, de façon fonctionnelle et de façon efficace, les entreprises, même les PME, tout le monde aujourd’hui, en 2013, doit pouvoir tirer son épingle du jeu en anglais.

« Que ce soit par l’échange de courriels, par l’échange de télécopies, que ce soit au téléphone, que ce soit même au niveau des précontrats, quand on reçoit ce qu’on appelle un PO, un «purchase order», il faut être capable de bien lire et de bien comprendre à l’endos ce qu’on appelle les «fine prints». Et, dans une autre vie, j’ai eu l’occasion de voir que, malheureusement, il pouvait y avoir des litiges parce qu’il n’y avait pas une bonne compréhension. Alors, c’est l’univers dans lequel les PME du Québec évoluent en 2013, et ça, nous en sommes tous, j’en suis persuadé[4]. »

La menace de la perte de l’influence du français au Québec est aussi justifiée par le fait que de nombreux commerces affichent leur message exclusivement en français.

La loi 101 qui donne le droit de travailler en français au Québec était appliquée pour les entreprises de 50 employés et plus. Le Parti québécois (PQ) proposait ou souhaitait étendre l’application de la Loi 101 aux entreprises de 11 à 50 employés, disons les petites et moyennes entreprises. Les péquistes ne sont pas contre le fait que des entreprises utilisent ou recourent à l’anglais pour faire des affaires avec des entreprises ou des institutions étrangères, mais sont, à juste titre, contre une utilisation systématique de l’anglais dans le milieu de travail québécois.

Le bilinguisme est un atout, mais ne devrait, en aucune façon, constituer une exigence pour certains postes. Pour que « Parler français [devienne] … assurément un atout pour réussir au Québec![5] » et reflète le caractère majoritairement francophone de la province du Québec, l’emploi devrait se passer en français.

La complexité de la notion d’intégration

Dans un article signé par Louis Lafortune daté du mardi 12 septembre 2006 dans Le Devoir, un journal indépendant, « Les immigrants victimes de discrimination dans la recherche d’un emploi », l’auteur évoquait : « Les immigrants du Québec qui apprennent le français sont souvent victimes de discrimination quand vient le temps de se trouver un emploi parce que de nombreux employeurs exigent la connaissance de l’anglais. »

Jean-Paul Perreault, le président d’Impératif français, dans le cadre de la Consultation générale sur le document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, en  2006, disait à juste titre ceci : « S’il y a une place où la discrimination doit cesser, c’est bien dans la possibilité d’intégrer le marché du travail. Il faut que les gens obtiennent une certaine indépendance financière, économique et matérielle[6]. » Cette affirmation est une vérité absolue et ne peut faire l’objet d’aucune contestation. « Si on leur refuse la possibilité de travailler, vous conviendrez avec nous qu’on les marginalise, qu’on les appauvrit, qu’on contribue à en faire des démunis au sein de la société québécoise[7] », poursuivait-il. Conséquence de cette situation : « […] les stéréotypes [véhiculés par la société d’accueil] vont continuer : ils vivent aux crochets de la société; ils nous imposent une autre langue que le français parce qu’on n’a pas mis en place suffisamment de programmes de francisation[8] », concluait-il.

À la lumière de ces propos de monsieur Perreault, l’on voit toute la complexité de la notion d’intégration qui englobe plusieurs dimensions et indicateurs. Si la dimension économique qui passe par le travail fait défaut au puzzle, tout le château s’effondre. L’indicateur dignité et indépendance financière n’étant pas disponible, toute intégration culturelle serait un leurre. La cohésion sociale qui se matérialise par le vivre‑ensemble harmonieux en prendrait un sacré coup.

En tout état de cause, les autorités gouvernementales ne doivent pas faire attendre surtout des nouveaux arrivants allophones au Québec pour qu’ils obtiennent des services en termes de francisation. Il serait faux et réducteur de penser que les immigrants allophones ne font pas d’efforts pour se franciser. Certains immigrants sont confrontés au choix de travailler et d’apprendre le français. Le raccourci des délais de suivi de cours de francisation pourrait avoir un impact considérable sur une francisation réussie des immigrants. Si les immigrants attendent trop rapidement les cours de francisation, ils peuvent aller étudier l’anglais en attendant de trouver un emploi. Et, dans ce cadre-là, ils seront plus ancrés dans la langue anglaise qu’ils trouvent plus facile à apprendre. D’ailleurs, certains immigrants se plaisent même à dire « qu’on n’apprend pas la langue anglaise », mais utilisent plutôt le terme que l’anglais « ça s’attrape » pour démontrer la facilité d’apprentissage de cette langue. Une offre de francisation adaptée permet aux immigrants de tirer la conclusion que la société met en place des outils pour accélérer leur intégration en français.

L’accessibilité de certains documents en français pour réussir certaines études

L’ambiguïté du message qu’on envoie aux immigrants ne réside pas simplement dans l’impossibilité de trouver un travail en français, mais aussi dans l’accessibilité de certains documents en français pour réussir certaines études. Plusieurs documents sont dans la langue anglaise, ce qui pose un réel problème de cohérence au niveau du discours et du projet de société sur l’idéal du vivre-ensemble linguistique.

Les étudiants vont se diriger dans des cours en anglais parce qu’ils arrivent à la conclusion selon laquelle peu importe leur réelle volonté de vivre et de travailler en français, la question de l’anglais au moment de trouver un emploi ou de faire des études occupera une très grande place dans leur choix de carrière. Ils n’ont pas tout à fait tort si l’on en juge le nombre de livres en anglais dans les collèges comme dans les universités.

Jean-Marc Beausoleil de la Fondation de langue française pour l’innovation sociale et scientifique (FLFISETS) dénonçait cette situation dans le cadre de la consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 tenue à la Commission permanente de la culture à l’Assemblée nationale du Québec. Monsieur Beausoleil s’offusquait de « L’anglicisation [du] système d’éducation au niveau postsecondaire, universités et écoles professionnelles ». Il faisait remarquer ceci : « […] Même des immigrants francophones décident d’aller étudier en anglais actuellement à partir du postsecondaire parce qu’ils se disent : À quoi ça sert d’aller étudier au postsecondaire puis, à un moment donné, tout va se passer en anglais?[9] »

Il poursuivait en ces termes: « Puis là, actuellement, ce qui se passe au postsecondaire commence à influencer ce qui se passe au cégep, puis commence à influencer ce qui se passe au primaire, puis au secondaire où, en fin du compte, il y a beaucoup de parents qui ont demandé à la Cour suprême dernièrement, dans les derniers mois puis les dernières années, de prendre leurs enfants puis de les envoyer directement à l’école anglaise[10] ». Résultat des courses : « Ça fait que tout ça, ça s’imbrique un dans l’autre puis c’est de ça qu’on parle actuellement aussi, au niveau de l’immigration[11].

L’anglicisation du système d’éducation dans les institutions postsecondaires[12] touche selon M. Beausoleil «  90 % de livres en anglais, (… des tests en anglais, des conférences en anglais, des affichages en anglais[13] », d’où la nécessité de franciser tous les outils du savoir (livres, claviers, logiciels, etc.). Les outils technologiques utilisés également dans les entreprises renforcent l’anglicisation du monde du travail et démontrent la forte capacité d’attraction de l’anglais.

Des immigrants originaires de pays francophones ou francophiles ont à cœur la survie de la langue française en Amérique du Nord. On observe un paradoxe dans le discours : au moment de la sélection, les agents d’immigration martèlent souvent aux immigrants le discours qu’ils s’établiront dans une province francophone et ils découvrent à leur arrivée au Québec que la connaissance de la langue anglaise est obligatoire dans certains postes. Il faut appeler un chat, un chat. Nous trouvons que ce n’est pas normal qu’on mette sur la touche des personnes originaires de pays francophones parce qu’elles ne parlent pas l’anglais. Même si nous sommes d’accord avec le fait que certains postes exigent un niveau d’anglais compte tenu de la clientèle et de certains logiciels ou vocabulaires à maîtriser. En ne protégeant pas la langue française comme il faut, on envoie aux immigrants francophones un message qu’au Québec, il faut plus parler anglais que français pour trouver un emploi.

À cause d’un manque de reconnaissance des compétences, d’une anglicisation excessive et présente dans le milieu de travail et certains outils technologiques, les immigrants francophiles sont désenchantés à tel point que le Congrès maghrébin au Québec (CMQ) avait proposé en commission parlementaire une recommandation sur la nécessité de parler anglais.

Des acteurs socioéconomiques, comme le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, avaient abordé la question de l’anglais qui reste d’ailleurs un « sujet délicat», comme ce dernier le reconnaît lui-même, dans le contexte de la fragilité linguistique du français en Amérique du Nord.

Des études, comme Statistique Canada sur l’intégration des immigrants, démontrent que la maîtrise de la langue anglaise est une voie obligée pour se trouver un emploi, mais aussi une voie intéressante en ce qui concerne la rémunération. « Immigration et travail : parler l’anglais est un atout[14] », sous la plume de Malorie Beauchemin,  révélait également cette problématique.

Aussi en guise de rappel, en Commission parlementaire, en 2007, sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, l’ancien député péquiste, Martin Lemay, qui citait des chiffres qu’il qualifiait de « catastrophiques » contenus dans le mémoire du Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), faisait remarquer ceci : « Les unilingues anglophones du Québec ont toujours des revenus supérieurs aux unilingues francophones », soit 34 000 $ contre 29 000 $ pour les hommes, 23 000 $ et 20 000 $[15] ». Une information sur une différence salariale démontre une tendance suivant laquelle la méconnaissance de l’anglais constitue également une barrière dans l’intégration en emploi des personnes immigrantes.

L’argument de globalisation ou de mondialisation de l’anglais valide implicitement la norme de la maîtrise de la langue anglaise. Les personnes immigrantes ressortent le même argument quand le message vient surtout de la société d’accueil. Comme tout être humain, elles suivent la tendance pour tirer leur épingle du jeu linguistique.

L’anglais a une force d’attraction cinq fois plus importante que le français soutient l’étude « Le grand Montréal s’anglicise – esquisse du vrai visage du français au Québec – analyse de la situation ». Michel Pagé dans son livre « Un passé, un destin ou l’avenir d’un peuple » parle de l’anglicisation de Montréal qui entraîne corrélativement « un recul de la vitalité du français ». Un point de vue qu’il a réitéré dans le cadre des auditions à l’Assemblée nationale du Québec sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015.

Obstacles historiques dans l’apprentissage du français et l’insertion de certaines communautés dans le système scolaire québécois

Toujours dans cette logique de ne pas rejeter l’entière responsabilité des immigrants sur la situation actuelle de recul du français, nous pourrions dire qu’il existe également des obstacles historiques dans l’apprentissage du français et l’insertion de certaines communautés dans le système scolaire québécois. En clair, le système scolaire catholique québécois n’est pas exempt de critiques. Les premières écoles catholiques étaient fermées à certaines communautés immigrantes. C’est ainsi que la communauté juive a été accueillie dans les communautés anglo-protestantes, que certains juifs ne trouvaient pas aussi entièrement accueillantes. La ségrégation des écoles francophones dans le passé n’est pas exempte de critique sur cette situation.

Dans le Projet de loi n°14 : Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de la personne, le maire de Côte-Saint-Luc, Anthony Housefather faisait un rappel historique qui allait dans le sens de l’exclusion de certaines communautés dans le système éducatif québécois franco-catholique.

Lors de la Session E : Pratiques interculturelles en éducation, Réticences en interculturalisme du symposium sur l’interculturalisme du 25 au 27 mai 2011, la professeure titulaire au Département d’administration et fondements de l’éducation de l’Université de Montréal, spécialisée dans l’éducation des minorités et l’éducation interculturelle, Marie McAndrew, avait parlé en substance « d’une ségrégation entre les élèves francophones et les élèves allophones jusqu’aux années 1970 […] d’où des identités distinctes … le franco-catholique pour les francophones; et l’anglo-protestant [pour les communautés culturelles anglophones] : un secteur francophone homogène et un secteur anglophone plus ouvert ».

Les « écoles ségréguées » posaient un réel problème dans une vision de « l’école comme lieu de socialisation». Selon elle, la Loi 101 a dirigé les immigrants arrivés après 1971 vers les écoles francophones tout en précisant que la Loi 101 ne touchait pas les écoles anglophones qui préféraient parler d’immersion linguistique et continuaient à accueillir les anglophones de « souche » et les personnes anglicisées.

En dehors de ces considérations historiques linguistiques, il y a une responsabilité individuelle de tout Québécois de protéger et défendre sa langue. Il est aussi vrai que la fragilité linguistique au Québec fait que le transfert linguistique est plus favorable à l’anglais qu’au français. Mais il y a un pas à ne pas franchir en voulant s’immiscer dans la vie privée linguistique des immigrants.

Le Parti libéral du Québec et le Parti québécois se livrent parfois à une guerre de chiffres en matière d’investissement sur la langue française. Le gouvernement péquiste était également dans une logique de rationalisation du budget de l’immigration. Dans le sous-titre « Francisation : faire mieux, faire autrement, faire plus » de l’article d’opinion de la ministre De Courcy publié dans le journal Le Devoir, l’on comprend aisément la conciliation d’une meilleure sélection de candidats francophones et la logique d’épargne de dépenses dans les services. L’ancien gouvernement avait fini par investir massivement des fonds en francisation.

La question de l’intégration professionnelle ne se pose pas de façon unilatérale ni de la même façon entre les immigrants. Pour les immigrants originaires de l’Amérique latine, l’accès à un emploi qualifié passe normalement par une maîtrise ou une connaissance suffisante de la langue française. La ministre Weil avait introduit un test standardisé dans l’orientation 3 : « augmenter le niveau de connaissance du français chez les candidats de la catégorie des travailleurs qualifiés ».

Malgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible. L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre responsable de la Charte de la langue française, tout comme sa prédécesseure, insistait dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour l’exercice financier 2013-2014 sur l’exigence d’une hausse du niveau de connaissance du français en ce qui a trait à la grille de sélection des travailleurs qualifiés[16].

La connaissance du français par le biais de tests standardisés était une nouvelle orientation entamée par le Parti libéral avant la perte du pouvoir. L’orientation 3 a, entre autres objectifs, d’éclairer le gouvernement sur une meilleure évaluation des connaissances ou compétences linguistiques des immigrants potentiels. L’autodéclaration de la connaissance du français au moment de la sélection du candidat qui a cédé la place à un test standardisé depuis le 6 décembre 2011 (valable aussi pour l’anglais) devrait permettre d’identifier plus facilement de meilleures compétences linguistiques pour intégrer rapidement le marché du travail québécois et canadien. Le Québec, dans ce cas de figure, suit la tendance ou la règle des pays recourant à l’immigration choisie (Australie, Canada anglais, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Pays-Bas).

La valorisation du niveau de la langue française ou une meilleure connaissance ou maîtrise de la langue avait poussé le gouvernement libéral à mettre en place une nouvelle orientation sur l’évaluation objective du niveau réel de connaissance du français.

En plus de l’outil Francisation en ligne (FEL), un outil novateur de diversification de l’offre de francisation et un exemple de continuité de l’État, qui ne peut pas supplanter les cours en classe traditionnelle, le Parti québécois optait résolument sur l’apport maximal des nouvelles technologies.

La diversification des moyens et méthodes d’apprentissage de la langue française ne peut être que salutaire dans une perspective d’augmentation du nombre de personnes francisées dans un contexte nord-américain. Les besoins en francisation seront toujours d’actualité et pourront permettre de créer ou de maintenir certains emplois (dans la mesure où on répond à certaines revendications des enseignants qui sont actuellement dans une logique de négociation avec le gouvernement pour la signature des conventions collectives (contrats précaires de certains professeurs, problème de remplacement, etc.).

La sélection des immigrants en provenance des pays francophones ou francophiles où la francisation des immigrants avant leur arrivée au Québec constitue une très bonne politique d’immigration linguistique pour un Québec francophone. Un changement du profil démographique de l’immigration peut grandement aider à la vitalité de la langue.

Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), le ministère de l’Emploi et de la solidarité sociale (Emploi-Québec) sont les trois ministères qui offrent le programme de francisation.

L’adaptation des services

La francisation n’est plus obligatoire pour un adulte de 18 ans et plus. L’apprentissage de la langue française ou d’une langue seconde de manière générale est différent d’une communauté à une autre et ne se fait pas aussi rapidement tout comme apprendre une langue à un âge avancé n’est pas aussi une chose facile. Comme nous l’évoquions dans les pages précédentes, certains immigrants sont confrontés au choix de travailler et d’apprendre le français.

En plus de ces aspects, la francisation en région soulève un problème d’accessibilité en raison de l’absence de classes d’accueil. Le faible nombre d’immigrants en région peut parfois amener des contraintes au niveau de la francisation, mais aussi « l’étendue du territoire », comme le soulignait l’avis de la Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue : « faible nombre de personnes à former et de l’étendue du territoire[17] ». Il existe aussi une autre difficulté qui est liée à la durée de l’attente en francisation qui peut porter préjudice à l’intégration rapide en emploi des immigrants.

L’adaptation des cours aux besoins d’apprentissage de chaque catégorie, l’augmentation ainsi que le nombre de cours de français dispensés contribuent certainement à une meilleure amélioration des services. Les besoins en francisation d’un enfant allophone ne sont pas les mêmes qu’un enfant québécois. Et c’est dans ce sens que les intervenants du milieu communautaire demandent souvent une attention particulière aux personnes immigrantes, non pas pour leur accorder un privilège, mais pour assurer une intégration inclusive, gage de réussite dans la société québécoise.

Pour régler la question de la francisation rapide des immigrants allophones, il faudra impérativement s’attaquer à la lenteur du processus de francisation[18].  Il n y a pas que les délais d’attente (même si on note une amélioration par rapport aux années précédentes), mais aussi l’adaptation des services qui posent un véritable problème dans le rapport intégration et politiques publiques. L’exemple de discrimination systémique des femmes nécessite également une adaptation des services.

Dans le cadre de l’audition Action travail des femmes et Fédération des femmes du Québec à l’Assemblée nationale du Québec, l’organisatrice communautaire responsable des dossiers de lutte contre le racisme et les discriminations à la Fédération des femmes du Québec, Alexandra Pierre, insistait sur l’importance d’une meilleure adaptation des services. Elle démontrait l’exemple des obstacles à l’apprentissage de la langue française par les femmes immigrantes, une forme de discrimination systémique des femmes.

L’adaptation des techniques d’apprentissage doit se faire également au niveau des femmes restées longtemps à la maison.

Quand des immigrants apprennent le français, il faut les encourager en facilitant leur intégration sur le marché du travail. Autrement, ils perdent aussitôt confiance dans l’apprentissage de la langue en question. La francisation des allophones pour faciliter leur insertion sociale rapide sur le marché du travail donne parfois un goût amer à ces immigrants. Quand vient le temps de chercher un emploi, ils se butent à la question de l’anglais, ce qui fait que, soit ils abandonnent les cours de francisation soit ils choisissent d’abord de pratiquer l’anglais. Même si plus d’immigrants connaissent le français avant de venir au Québec, il demeure évident de se questionner sur cette double discrimination. Selon Françoise David, actuelle députée de Gouin et porte-parole parlementaire de Québec solidaire, « si un milieu de travail fonctionne véritablement en français, cela représente une incitation supplémentaire pour ceux qui ne parlent pas la langue de l’apprendre[19] ».

Niveau de connaissance et adaptation des cours de francisation pour des secteurs bien définis (santé, génie, administration, droit, affaires, soins infirmiers, sciences appliquées…) pour mieux maîtriser le vocabulaire technique relié à l’emploi

Le dernier communiqué du MICC sous le gouvernement libéral, en date du 18 juin 2012, sur la Francisation des PME (ou en milieu de travail) mettait en exergue les différents cours « axés dans des ordres professionnels » qui venaient s’ajouter aux cours de français spécialisés (administration, droit et affaires) énumérés dans le communiqué du ministère du 13 juin 2012.

La signature des ordres professionnels devrait permettre aux immigrants d’avoir un meilleur vocabulaire technique relié à l’emploi. Une connaissance plus adaptée aux réalités du métier ou de la profession qui leur permet de garder leur emploi. Un arrimage du cours de francisation avec les besoins des employeurs pourrait également faciliter leur intégration sur le marché du travail. La compréhension de la terminologie du vocabulaire technique facilite une meilleure communication et évite des incompréhensions ou malentendus.

Le gouvernement libéral provincial avait compris tardivement cette réalité et avait cherché à la corriger, comme le démontrent son orientation et la multiplication des cours spécialisés. Les compétences langagières ou le vocabulaire technique relié à la profession demeurent plus qu’importants dans une perspective d’intégration rapide, mais aussi de maintien en emploi de certaines personnes immigrantes. « Ces cours [spécialisés axés sur des domaines professionnels] ont été élaborés par le Ministère en collaboration avec les ordres professionnels et des établissements d’enseignement afin de mieux répondre aux besoins des nouveaux arrivants en matière d’intégration en emploi. Les trois autres cours sont reliés aux domaines des soins infirmiers, de la santé ainsi que du génie et des sciences appliquées[20]. »

La deuxième génération suscite l’espoir au niveau de la vitalité du français. La Loi 101 a sauvé le Québec et une nouvelle génération de Québécois anglais est parfaitement bilingue, comme le relatait Mme Weil qui affirmait : « Les Anglo-Québécois sont les plus bilingues au Canada[21] ». Lors de l’étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration, l’ancien député libéral de Lévis, Gilles Lehouillier, insistait sur le bilinguisme des « Anglo-Québécois [qui] envoient de plus en plus [en] grand nombre leurs enfants à l’école primaire française ou en immersion et parlent très souvent français lorsqu’ils sont dans les commerces ou les établissements institutionnels. Ça, c’est la Loi 101 qui a amené ce changement-là, et c’est des tendances qui ont été observées aussi[22] ».

La transmission de la langue française aux générations futures devient une préoccupation légitime des Québécois et de tous ceux qui veulent renforcer le fait français en Amérique du Nord.La question de la défense de la langue française revêt toute une importance dans un contexte où le Québec a un double statut minoritaire (au niveau de la langue et en Amérique du Nord).

En définitive, l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, avait développé un argument très intéressant qui mérite toute notre attention.

La langue française joue le rôle de marqueur de l’identité québécoise. Comme le mentionnait à juste titre Evral Mimy, auteur du livre 400 strophes méritoires…, 400 ans d’histoire : « Le français est notre principale source identitaire commune dans notre fabuleux bouillon de cultures[23] ». Dans ce « fabuleux bouillon de cultures », la langue française constitue une des valeurs communes de la société québécoise.

Il est inadmissible que des personnes ne puissent dire un seul mot en français après des années et des années sur le territoire québécois. Ces personnes qui sont établies au Québec depuis très longtemps et qui ne disent même pas un mot de français ne pourraient être rangées dans la catégorie d’une intégration sociolinguistique réussie. La population locale est en droit de s’attendre à ce que le nouvel arrivant parle ou apprenne la langue de la société d’accueil. Cette réalité est un phénomène universel très logique.

La vraie question est celle-ci : « Comment amener [les immigrants] à s’intégrer en français à la société québécoise?[24] » En d’autres termes, comment faciliter l’intégration professionnelle des immigrants pour qu’ils soient fiers de s’intégrer en français à la société à laquelle ils veulent contribuer?

Il faut, certes, respecter les droits linguistiques de la minorité anglophone au Québec, mais il faut également faire de même pour ce qui est des droits des immigrants sélectionnés concernant le fait français. Il faut trouver un juste équilibre entre trois réalités ou solitudes : société d’accueil francophone, anglo-Québécois et communautés culturelles francophones. Il faut entendre la voix des sans-voix africains et maghrébins, des immigrants unilingues français, qui sont outrés de ne pas trouver un emploi à cause de la bilinguisation à outrance des postes d’emploi. Ils connaissent d’ailleurs des taux de chômage astronomiques.

En d’autres termes, le rapport entre la maîtrise de la langue et l’intégration peut se révéler intéressant, mais pas tout le temps efficace au niveau de l’obtention d’un emploi. Pour preuve, le taux de chômage le plus élevé est observé chez des personnes qui maîtrisent très bien la langue française, à savoir les Maghrébins, les Noirs africains francophones et les Haïtiens.

Les quatre partis politiques s’accordent sur le fait qu’il faut protéger et défendre la langue française, mais avec des approches et des visions différentes sur l’interprétation de la Loi et son application. Les partis politiques québécois expriment souvent que « la langue française doit être l’affaire de tous », un vœu pieu qui devrait se traduire souvent en actes concrets.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Ce texte est extrait de deux essais parus le 2 avril 2014 : « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » et « Intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante. »

[1]     Diane De Courcy, « Étude des crédits budgétaires 2013-2014 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Vol. 43 « 40e législature, 1re session (début : 30 octobre 2012) », no 2, 11 février 2013.

[2]     Diane De Courcy, « Nouvelle Charte de la langue française – Pour que le rêve québécois se concrétise », Le Devoir, (rubrique Opinion), 11 février 2013.

[3]    Lire à ce sujet l’article de Sarah-Maude Lefebvre du journal de Montréal, L’anglais, une « nécessité », 30 janvier 2013, p.8 : « Les politiciens québécois doivent mieux maîtriser la langue anglaise, selon d’ex-politiciens. (…) Même les souverainistes les plus convaincus, qui militent pour la sauvegarde du français, croient que les députés québécois ont le devoir de parler un anglais fonctionnel. »

[4]    Marc Tanguay, « Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d’autres dispositions législatives », Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation, Version préliminaire,  Vol. 43 « 40e législature, 1re session (début : 30 octobre 2012) »,  no 10, 12 mars 2013.

[5]    MICC, Le succès parle français, Juillet 2009.

[6]     Jean-Paul Perreault, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination (10) », Journal des débats de la Commission de la culture,  version finale, vol. 39 « 37e législature,  2e session (14 mars 2006 au 21 février 2007) », no 33, 24 octobre 2006.

[7]     Ibid.

[8]     Ibid.

[9]    Jean-Marc Beausoleil, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (8)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 14, 11 octobre 2007.

[10]   Ibid.

[11]   Ibid.

[12] Lire à ce sujet, un récent article du journaliste Antoine Robitaille qui traite de l’attrait de la langue anglaise dans les etudes supérieures. L’anglais à l’UDEM-Inquiétude légitime, Le Devoir, 30 janvier 2014.

[13]   Jean-Marc Beausoleil, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (8)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 14, 11 octobre 2007.

[14]   La Presse du 1er mai 2007.

[15]    Audition Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (2)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 8, 19 septembre 2007.

[16]   Pour aller plus loin sur ce sujet, lire la Partie Modification du règlement sur la grille de sélection et une série de mesures pour attirer les immigrants en région.

[17]      Avis de la Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue, 17 mai 2011, p.17.

[18] Lire à ce sujet dans notre deuxième ouvrage le texte intitulé La question du délai d’attente : la lenteur du processus de francisation et l’adaptation des services

[19] La situation du français inquiète Québec solidaire, La Presse Canadienne, 10 septembre 2011.

[20]     Communiqué du MICC, Nouveau cours de français spécialisé- La ministre Kathleen Weil annonce un nouveau cours de français spécialisé en administration, droit et affaires, pour les professionnels immigrants, 13 juin 2012.

[21] Audition SH Intégration, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[22] Gilles Lehouillier, « Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration)», Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42, « 39e législature, 2e session (23 février 2011  au 2011  au 1er août 2012) », no 34, 26 avril 2012.

[23]   Evral Mimy, auteur du livre 400 strophes méritoires…, 400 ans d’histoire, Éditions SOLEXCO, Avant-propos.

[24]   Langue et Immigration, langue du travail : Éléments d’analyse par Paul Béland, Conseil supérieur de la langue française, p, 32, juin 2008, 40 p.

Émission ICI Radio-Refuge du mercredi 20 janvier 2016: Régionalisation des immigrants

Le succès de l’attraction des immigrants en région passe inévitablement par l’emploi, pierre angulaire de la régionalisation. Les différents acteurs de la régionalisation de l’immigration souhaitent que les personnes immigrantes qui arrivent au Québec soient également formées et sélectionnées selon les exigences du marché du travail québécois.

La préparation du milieu facilite une adhésion au projet et limite les résistances de la population locale pour l’attraction des immigrants, mais aussi pour leur embauche.

Les immigrants vont, certes, de plus en plus en région, mais la forte concentration des immigrants à Montréal est toujours une réalité. Il est vrai aussi que la capacité d’accueil, les services offerts, le dynamisme de l’économie régionale, la disponibilité des logements locatifs, l’accessibilité à des places en garderies pour les enfants, la préparation du milieu pour une adhésion au projet constituent des paramètres nécessaires pour une meilleure régionalisation de l’immigration. La question de la préparation du milieu, de l’attraction et de la rétention des immigrants doit pousser continuellement les acteurs régionaux ainsi que leurs partenaires à adapter leurs outils et pratiques pour recruter et retenir des immigrants en région.

Une répartition inégale de l’immigration n’a pas que des conséquences économiques, elle entraîne souvent une forte concentration des immigrants dans certains quartiers de Montréal. Cette situation influence la perception de la population locale qui y voit des difficultés concrètes de vivre ensemble de façon harmonieuse. Une meilleure répartition de l’immigration permettrait la diversité ethnoculturelle à travers toutes les régions du Québec. La régionalisation de l’immigration pourrait atténuer le débat sur la fragilité de la langue française à Montréal.

La concurrence sur le marché du travail, à Montréal, est souvent très rude. L’employeur dispose en effet d’un bassin de recrutement très large pour sélectionner des candidats en fonction des seuls critères exigés par le poste; les attentes personnelles du nouvel arrivant sont, à toutes fins pratiques, ignorées le plus souvent. Au contraire, compte tenu des besoins de main-d’œuvre dans certaines régions, la personne immigrante compétente augmente sensiblement ses possibilités d’embauche. Par contre, la personne immigrante devra démontrer qu’elle est intéressée non seulement par le poste, mais aussi par la région.

Dans le projet de régionalisation, les organismes voués à la migration secondaire mettent l’accent, certes, sur l’emploi, mais il n’en demeure pas moins qu’ils demandent également aux personnes immigrantes de considérer sérieusement le côté social, environnemental, et la qualité de vie dans les régions. C’est dans cette perspective que les organismes de régionalisation établis à Montréal organisent, en collaboration avec l’indispensable partenaire régional, des séjours d’exploration professionnelle ciblés alliant découverte du milieu et recherche d’emploi sur place.

L’immigrant doit donc élargir ses champs de recherche d’emploi à travers les autres régions du Québec. Les histoires à succès de certains immigrants permettent aussi aux nouveaux arrivants de ne pas céder au découragement.

Pour aller plus loin sur le sujet de la régionalisation de l’immigration, lire les articles :

L’établissement en région : une question de perception https://doudousow.wordpress.com/2015/07/08/letablissement-en-region-une-question-de-perception/

Le choix des régions : une opportunité d’emploi pour les immigrants https://doudousow.wordpress.com/2013/08/16/le-choix-des-regions-une-opportunite-demploi-pour-les-immigrants/?relatedposts_hit=1&relatedposts_origin=619&relatedposts_position=0

Le réseautage par des séances d’information sur la vie et l’emploi en région à la BAnQ https://doudousow.wordpress.com/2013/08/21/le-reseautage-par-des-seances-dinformation-sur-la-vie-et-lemploi-en-region-a-la-banq/

Une bonne stratégie d’approche des employeurs lors des foires ou salons de l’emploi en région https://doudousow.wordpress.com/2013/08/21/une-bonne-strategie-dapproche-des-employeurs-lors-des-foires-ou-salons-de-lemploi-en-region-par-doudou-sow/

Plaidoyer pour une répartition équitable de l’immigration https://doudousow.wordpress.com/2011/10/12/plaidoyer-pour-une-repartition-equitable-de-l%E2%80%99immigration/

Les avantages des régions https://doudousow.wordpress.com/2013/08/16/les-avantages-des-regions/

Publié par : Doudou Sow | 24 décembre 2015

Richesse de la diversité ethnoculturelle au Canada

Pour visionner l’intégralité du documentaire, cliquez ICI

Réalisateur : Hyacinthe Combary BAOBABWEBTV , décembre 2015.

Une meilleure sensibilisation sur les défis liés à la diversité ethnoculturelle et lutter contre les préjugés de part et d’autre

La diversité qui est une source de richesse entraîne également des tensions d’où une politique de sensibilisation et d’éducation citoyenne par le biais des médias et d’autres outils. Comme dans toute société, les individus vivent avec leurs ressemblances tout en ne niant pas leurs particularismes. La multiplication des programmes de sensibilisation à l’histoire et à la culture québécoise permettrait aux immigrants de comprendre les réalités socioculturelles et politiques de la seule province francophone du Canada.

L’importance du dialogue entre les communautés devient une priorité nationale dans un contexte de diversité. Le dialogue interculturel est plus que nécessaire dans des sociétés complètement métamorphosées. Le rapprochement interculturel devient de plus en plus important dans le contexte du déchirement ou de la chicane identitaire.

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Les politiques publiques d’intégration et la fermeture des ordres professionnels ne sont pas les seules causes de l’échec de l’intégration des immigrants. Certaines personnes immigrantes ont une part de responsabilité dans leurs difficultés d’intégration à la société québécoise francophone. Elles tirent en effet souvent des conclusions hâtives sur leur situation socioprofessionnelle sans avoir pris le temps d’interroger les outils de recherche d’emploi et d’entreprendre des démarches de réseautage.

L’apprentissage de la culture québécoise est un élément fondamental dans l’intégration socioprofessionnelle de l’immigrant. Il est une condition sine qua non dans le cheminement d’une intégration réussie. Il est important de comprendre la culture organisationnelle, la manière d’interagir avec les membres de l’équipe, ce qui aide l’immigrant à donner une première bonne impression à l’employeur.

Les immigrants ont absolument besoin de comprendre davantage les spécificités de la société québécoise (son histoire, ses valeurs fondamentales, les us et coutumes, etc.) afin de bien aborder leurs interlocuteurs qui se trouvent être les employeurs.

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La nécessité d’un changement de paradigme sur le discours de l’intégration

La question de la problématique de l’intégration des personnes immigrantes est abordée différemment selon le point de vue des différents acteurs. Une vision différente selon de quel côté l’on se situe : une forme de dualisme. On entend souvent certains membres de la société répéter la phrase suivante : c’est à l’immigrant de s’intégrer dans sa nouvelle société d’accueil. 

Pour la société d’accueil, les personnes immigrantes doivent s’intégrer aux réalités de la société québécoise en comprenant leur mentalité, leur spécificité, les valeurs communes et en cessant de se ghettoïser. Une intégration réussie passe inévitablement par la maîtrise des valeurs, des us et coutumes de la société d’accueil. Quant aux personnes immigrantes, elles diront que l’intégration réussie signifie un emploi rapide dans son domaine de compétence.

Souvent, les néo-Québécois répètent que la question de l’identité n’est qu’un écran de fumée qui cache la réalité de l’immigration. À quoi bon réussir à bien comprendre la société d’accueil, à réussir à s’identifier à elle, si le nouvel arrivant n’arrive pas à réussir à se trouver rapidement un emploi dans son domaine de compétence?

En clair, celui qui décide d’immigrer au Québec veut bien améliorer ses conditions de vie, qui passent par l’emploi, mais aussi assurer un bel avenir à ses enfants.

En d’autres termes, la société d’accueil insiste sur la nécessité et l’urgence du respect des valeurs, de la question de l’identité. Les personnes immigrantes parlent de l’urgence de trouver un emploi pour bien s’intégrer.

Ces deux analyses sont complémentaires et non opposées.

Introduction Conférence : L’intégration, une responsabilité partagée entre l’immigrant et la société d’accueil

Intégration professionnelle et dialogue interculturel, sont deux volets indissociables qui participent à la question du vivre-ensemble harmonieux, donc du maintien de la cohésion sociale. Il y a lieu d’insister sur la responsabilité partagée de l’intégration et de l’immigration en sortant du paradigme simpliste de l’accusation. En d’autres termes, l’échec de l’intégration n’est pas exclusivement la faute de l’immigrant ni celle de la société d’accueil. Mieux, l’intégration des personnes immigrantes est incontestablement une responsabilité partagée entre plusieurs acteurs. Le questionnement sur l’intégration économique des immigrants et le débat identitaire demeurent plus que jamais nécessaires. Cependant, pour éviter la fracture identitaire, il serait plus instructif de ne pas opposer la société d’accueil aux immigrants et vice-versa.

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RADIO CISM DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
Capsule sur la condition des médecins étrangers au Québec
Émission sur Radio CISM 89,3 FM du 5 novembre 2010 – (4mn 53s).

Écoutez ou Réécoutez l’entrevue que Doudou a accordée à Radio Centre-Ville sur l’étude de Statistique Canada au sujet de la qualité de l’emploi des immigrants sur le marché du travail canadien en 2008. Précisons au passage que cette entrevue reste toujours d’actualité.

Émission « Les Lundi de l’emploi » du 23 novembre 2009, (12 m 04 s)

 

 

Source : Baobabwebtv, réalisateur Hyacinthe Combary

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