Publié par : Doudou Sow | 29 septembre 2014

Le dialogue interculturel, une nécessité pour le Québec

images Decryptage Bouchard TaylorDans des moments difficiles comme ceux vécus par le Québec durant la période des accommodements raisonnables et du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises, il faudra davantage « Échanger pour s’entendre », un crédo de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.

Le Québec constitue un laboratoire social à plusieurs égards. Cette société, distincte par sa langue, a réussi à faire valoir la richesse de la langue française dans un contexte nord-américain. Elle doit composer avec l’immigration pour assurer sa croissance économique tout en veillant aux valeurs qui la définissent en tant que peuple minoritaire.

L’importance du dialogue entre les communautés devient une priorité nationale dans un contexte de diversité. La question de l’adhésion aux valeurs communes québécoises fait que la personne immigrante est partagée entre les deux solitudes : le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois. Le fait d’être partagé entre deux cultures, et même plusieurs cultures, complexifie la situation de l’immigrant par rapport à la société d’accueil.

Le dialogue interculturel est plus que nécessaire dans des sociétés complètement métamorphosées (religion qui n’est plus le marqueur de l’identité, individualisme de plus en plus rampant, sentiment de prospérité de plus en plus absent, etc.). Le rapprochement interculturel devient de plus en plus important dans le contexte actuel du déchirement ou de la chicane identitaire.

Il faut favoriser une meilleure mixité sociale au plan de l’intégration des personnes immigrantes. L’interculturalisme permet de s’approprier des éléments positifs de la société d’accueil tout en apportant des aspects positifs de sa culture d’origine.

Des programmes de sensibilisation sur l’histoire, les us et coutumes des Québécois constituent une nécessité pour la compréhension mutuelle entre les Québécois d’ascendance canadienne et les néo-Québécois. Des sujets relatifs à l’environnement sociopolitique du Québec qui mettent l’accent sur le contrat moral et la Charte québécoise des droits et libertés, la géographie, l’histoire et la culture du Québec, le système politique canadien et le système politique québécois, la primauté de la langue française au Québec, les valeurs et les fondements de la société québécoise peuvent renforcer le sentiment d’appartenance de ceux et celles qui font partie intégrante de l’avenir du Québec.

Des programmes de rapprochement interculturel permettent à un néo-Québécois de faire la connaissance des membres de la société d’accueil. La complexité des relations humaines nécessite des outils de communication efficaces comme celui du programme de rapprochement interculturel pour développer des relations intercommunautaires pacifiées. La réciprocité entre les échanges communicationnels permet de s’ouvrir sur la culture de l’autre pour mieux la comprendre.

Le programme de rapprochement interculturel est un bon outil pour permettre aux personnes immigrantes de mieux connaitre leur région d’adoption et les citoyens de celle-ci. Les activités de jumelage, surtout en région, devraient être financées par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (récemment devenu le  ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI)) pour faciliter les échanges entre les immigrants et la population d’accueil.

La suppression de ce programme de rapprochement interculturel ne donne pas souvent l’occasion de permettre à un néo-Québécois de connaître davantage les personnes de la société d’accueil. Par exemple, dans un quartier multiethnique comme Côte-des-Neiges, le projet de trois ans de soutien aux familles sud-asiatiques de l’organisme PROMIS permettait à ces femmes, dans le cadre du rapprochement interculturel, de sortir de leur isolement. PROMIS faisait d’ailleurs par cet outil la promotion d’une citoyenneté active.

Les actions de Montréal dans le domaine interculturel lui ont valu une reconnaissance internationale. L’accréditation de la ville de Montréal comme « Cité interculturelle » par le Conseil de l’Europe et de la Commission européenne donne un statut international à la deuxième ville francophone au monde.

Le Festival des traditions du monde qui se déroule pendant l’été à Sherbrooke ainsi que le Buffet des nations (35 mets servis par année) sont des événements qui constituent des occasions de rencontres interculturelles.

Il faut parfois laisser place à la célébration des différences culturelles. Cette approche donnerait un message fort aux personnes immigrantes qui ne penseraient pas que la société cherche à les assimiler. De cette façon, elles adhéreraient plus facilement aux valeurs de la société québécoise tout en ne reniant pas certaines des leurs.

L’attachement à l’autre, autrement dit la chaleur humaine, est une valeur africaine. Les personnes immigrantes originaires de l’Afrique pourraient utiliser cette valeur pour aller à la rencontre des Québécois.

Nous nous souvenons avoir défendu, durant la période des accommodements raisonnables en 2007, l’idée selon laquelle les immigrants apportent une valeur ajoutée à la société québécoise, tout en rappelant à nos collègues l’importance du respect des personnes âgées : une manière d’améliorer les relations interculturelles.

Le rapprochement interculturel pourrait être fait entre les nouveaux arrivants et les personnes âgées. Les immigrants surtout d’origine africaine ont un respect immense pour celles-ci. Cette initiative laisse tomber les préjugés des deux côtés.

Même, si les personnes âgées souhaitent s’adonner de temps en temps à des activités artistiques et de divertissement, on pourrait utiliser ces ressources dans un contexte de transmission de savoirs ou de relève sous forme de mentorat pour des personnes à la retraite depuis un an ou cinq ans (ce qui se fait déjà) ou développer des liens sous forme d’activités avec les jeunes évoluant surtout dans le milieu culturel pour la danse ou autres.

Les immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne ont été socialisés sur la base d’un « nous » collectif et se retrouvent dans une société où l’individu est plus important que le groupe. Les immigrants qui sont sensibles à la question des aînés ont aussi leur mot à dire sur leur traitement ou leurs conditions de vie. Les personnes âgées méritent leur place dans la société québécoise.

Ce n’est pas parce que nos comportements de tous les jours diffèrent que la question de  l’altérité (le regard distant de soi) doit se résumer systématiquement à l’étrangeté et à l’absurdité. L’association immigration-problèmes ou immigration-fardeau fausse la richesse de la diversité culturelle.

Le caractère pluraliste de la société amène à parler et à dialoguer avec les Québécois de toutes origines, de la majorité francophone tout comme des minorités ethniques. Une équipe du Québec ouverte sur le monde renforce un sentiment d’appartenance des personnes venues d’ailleurs pour une pleine participation des 165 communautés culturelles à la société québécoise.


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