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Publié par : Doudou Sow | 14 juillet 2014

La maturité du peuple sénégalais citée en exemple dans un livre sur l’intégration des immigrants

Candidats Élections présidentielles 2012

Le racisme vient de l’ignorance et de la peur de l’autre qui se traduit par une exclusion de l’autre. Il est lié à la méconnaissance de l’autre et à un manque d’ouverture parfois mutuel. Des préjugés existent dans toutes les sociétés.

Même si le Québec est une société tolérante, il y a des entreprises, des individus ou des institutions qui adoptent des pratiques discriminatoires pour plusieurs raisons (comportements humains dus à l’ignorance, à la peur ou au maintien de pouvoirs, etc.). L’inconnu fait peur. Ce qui fait dire à l’écrivain espagnol Joseph Fontana que « le racisme est une peur irrationnelle de l’autre ».

Il faut à ce titre développer une communication durable entre la société d’accueil et les immigrants. Il faut également éviter les mauvaises interprétations dès qu’une question est posée par un membre de la société à un néo-Québécois. L’exemple qui nous vient à l’esprit est celui de la réaction du chauffeur de taxi d’origine maghrébine lors d’un reportage sur le sujet du racisme dans la Capitale-Nationale. Celui-ci racontait quand on lui demandait d’où est ce qu’il était originaire, il répondait qu’il venait « du ventre de sa mère ».

Il existe une différence dans la question « d’où-est-ce que vous êtes originaire ou pourquoi êtes-vous au Québec? » qui, à notre avis, suscite une curiosité et établit les bases d’un dialogue et d’un rapprochement. Cette question posée en Europe rappelle souvent à la personne immigrante son passé et ses racines. Elle lui fait penser que son avenir n’est pas en Europe. Cependant, cette question adressée à un enfant de deuxième génération ou à un adulte vivant depuis longtemps dans le pays d’accueil peut être source de frustration. Autrement dit, la question peut paraître bizarre et agaçante pour une personne née au Québec.

Cette question peut revêtir une signification différente quand on la pose à quelqu’un qui vient de quelque part – même si nous venons tous d’ailleurs. Nous n’y voyons pas un inconvénient pour la bonne et simple raison que l’interlocuteur peut être animé de bonnes intentions. Il se pourrait que la personne qui pose la question des origines veuille connaître son vis-à-vis et éventuellement construire une relation avec lui. Elle cherche à faire davantage connaissance avec la personne immigrante ou l’enfant de deuxième génération ou même de troisième génération. On pourrait également interpréter ce geste comme un intérêt à la culture ou au côté exotique de la personne.

De notre côté, nous ne nous gênons pas pour répondre gentiment à la personne. Nous sommes fier de lui dire que nous venons du Sénégal, un pays qui a été colonisé par la France. Un pays qui partage avec le Québec la langue française et qui fait partie de la francophonie. Pour lui démontrer notre amour du français, nous irons plus loin en citant le premier président sénégalais, Léopold Sédar Senghor, qui était à la fois un homme de culture, un académicien, un agrégé de grammaire, et un brillant poète et son successeur Abdou Diouf, actuel secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Nous lui dirons également que le Sénégal est un pays démocratique qui a toujours réussi paisiblement sa transition démocratique sans un coup d’état militaire, une exception en Afrique. Le Sénégal a élu démocratiquement Me Abdoulaye Wade, un leader qui a été dans l’opposition pendant plus de vingt-six années. Mais le peuple souverain sénégalais a dit non au tripatouillage de la constitution sénégalaise, ce qui s’est manifesté par le refus du mouvement du 23 juin 2011 (rôle historique joué par le mouvement des jeunes Y’en a marre, un cri de ralliement populaire qui traduit à la fois un état d’esprit de contestation pacifique et de construction d’activités citoyennes). Cependant, malgré la désacralisation des institutions, Abdoulaye Wade a été incontestablement un bâtisseur sur le plan des infrastructures et a transformé positivement le visage de Dakar, la Capitale-Nationale, en termes de mobilité urbaine et a transmis à toute une génération le symbole de la résistance.

En parlant de cet épisode de notre pays d’origine, nous avions également la même lecture politique de cet analyste politique sénégalais, Yoro Dia, concernant la question du journal Le Quotidien « Que pensez-vous des critiques de l’ancien Président contre la gestion de son successeur? » :

« Wade, quand même, est le Président du Sénégal qui a laissé sa marque, sa trace dans le béton. C’est-à-dire d’ici 50 ans, personne ne pourra l’enlever de notre histoire sur le plan des infrastructures et même sur le plan politique. Abdoulaye Wade a fait 27 ans d’opposition. Et pendant toute cette période, la vie politique tournait autour de lui. Quand il est devenu Président, c’était aussi le cas. Et depuis qu’il est parti, on a l’impression qu’il y a un grand vide. […] Il a dirigé le pays pendant 12 ans. Il a eu de l’ambition pour le pays […]. Même si Abdoulaye Wade a mis l’Etat à terre, il a construit des édifices; ce que Diouf n’a pas fait en 20 ans. Il a transformé le visage de Dakar […] . »

Ce pays qui a pris son indépendance en 1960 regorge de figures historiques qui ont lutté contre la colonisation (Maba Diakhou Ba, Aline Sitoé Diatta, Lat Dior Ngoné Latyr Diop, Cheikh Ahmadou Bamba, Maba Diakhou Bà), de figures religieuses à l’image de (Mame Limamou Laye, El Hadji Malick Sy, Mame Abdou Aziz Sy, Serigne Abdou Lakhad M’backé, Serigne Saliou M’backé, Oumar Foutiyou Tall, Mame Boukounta), d’artistes internationaux tels que l’artiste sculpteur et peintre sénégalais Ousmane Sow, le tambour major Doudou N’diaye Coumba Rose, le chanteur Youssou N’dour, Ousmane Sembéne), des intellectuels tels que Cheikh Anta Diop, Cheikh Amidou Kane et des figures historiques féminines comme N’daté Yalla, Aline Sitoé Diatta, etc.

Un pays ouest-africain où les femmes ont toujours joué un rôle de premier plan : nous venons du Waalo, où une femme devint en 1827 la première reine. Il est courant d’entendre les personnes âgées raconter à leur petit-fils le tallatay n’der où des femmes ont refusé d’abdiquer à la colonisation : « La Linguère Ndaté Yalla Mbodj dernière grande reine du Waalo. C’est une héroïne de la résistance à la colonisation française dans l’Afrique de l’Ouest du XIXe siècle » (Wikipédia).

Sur le plan politique, « Caroline Faye, [est] la première femme du Sénégal à siéger à l’Assemblée nationale (1963) et aussi première femme ministre au Sénégal. Elle occupait le portefeuille de la Condition féminine et de l’Action sociale. (1978) » (Wikipédia).

Nous avons fait nos études supérieures à Saint-Louis, ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (AOF), une ville classée patrimoine mondial de l’humanité selon l’UNESCO depuis l’an 2000. Cette ville fondée en 1659 est le reflet d’une population métissée (les signares) et diversifiée (plusieurs ethnies cohabitent de manière pacifique comme dans le reste du Sénégal). Le mot sénégalais « Teranga » qui signifie ‘hospitalité’ prend tout son sens dans cette ville métissée. Nous sommes natifs d’un village, Lamp Sarr, situé à 21 km de Saint-Louis, le symbole de la fraternité et de la solidarité.
Un pays qui cultive une tolérance religieuse (comme en atteste la déclaration du Pape Jean Paul II lors de la victoire du Sénégal en coupe du monde de soccer contre la France), un pays de Téranga (hospitalité), de masla (dialogue), un pays qui se reconnaît par la qualité de sa gastronomie (le Yassa et le riz au poisson, le jus de gingembre, etc.). « Classement des pays les plus accueillants au monde, le Sénégal classé 6e [6.7] [derrière l’Islande 6.8; la Nouvelle-Zélande 6.8; 3; le Maroc 6.7; 4; la Macédoine 6.7; 5; l’Autriche 6.7.] ». Il confirme ainsi sa réputation de pays de l’hospitalité.

En lui répondant ainsi, nous venons de vendre notre Sunugal (mot Ouolof qui signifie bateau en français) et venons de lui faire découvrir en partie toute la richesse de notre culture tout en espérant laisser peu de place aux stéréotypes. Nous pensons bâtir par cette communication une relation en quelques secondes qui aura permis au Québécois de voyager sans quitter le Québec. Nous souhaitons nous entretenir avec une personne qui nous montre une certaine curiosité plutôt que l’inverse.

Nous sommes le produit d’une personne qui incarne l’esprit de cohésion sociale compte tenu de notre histoire personnelle (mère Ouolof, ethnie majoritaire au Sénégal et père Peul, épouse d’origine maure et filles québécoise, canadienne et citoyenne du monde). Le Québec est le terminus de notre processus migratoire après nos études dans l’Hexagone.

L’acceptation de l’autre et la tolérance ne sont pas des acquis. Il faut une veille quotidienne par l’éducation et la sensibilisation.

Ce texte est extrait du livre « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » paru le 2 avril 2014.

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Responses

  1. La réflexion est très pertinente,les arguments soutenus convaincants…J ‘apprécie à sa juste mesure la qualité du texte..Bravo! Bonne continuation! Toute notre fierté..


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