classedefrancaisvalorisationMalgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible. Certains professeurs en francisation affirment reclasser certains étudiants ayant suivi des cours à l’extérieur du Québec (francisation en ligne ou cours de l’Alliance française). L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre responsable de la Charte de la langue française, tout comme sa prédécesseure, insistait dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour l’exercice financier 2013-2014 sur l’exigence d’une hausse du niveau de connaissance du français en ce qui a trait à la grille de sélection des travailleurs qualifiés.

Une nouvelle orientation accompagnée d’une nouvelle mesure palliant la connaissance insuffisante du français

La ministre Weil avait introduit un test standardisé dans l’orientation 3 : « augmenter le niveau de connaissance du français chez les candidats de la catégorie des travailleurs qualifiés ». Une connaissance suffisante en français peut aider l’immigrant à intégrer le marché du travail québécois. La connaissance du français par le biais de tests standardisés était une nouvelle orientation entamée par le Parti libéral avant la perte du pouvoir au profit du Parti québécois. L’orientation 3 a, entre autres objectifs, d’éclairer le gouvernement sur une meilleure évaluation des connaissances ou compétences linguistiques des immigrants potentiels. L’autodéclaration de la connaissance du français au moment de la sélection du candidat qui a cédé la place à un test standardisé depuis le 6 décembre 2011 (valable aussi pour l’anglais) devrait permettre d’identifier plus facilement de meilleures compétences linguistiques pour intégrer rapidement le marché du travail québécois et canadien. Le Québec, dans ce cas de figure, suit la tendance ou la règle des pays recourant à l’immigration choisie (Australie, Canada anglais, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Pays-Bas).

La valorisation du niveau de la langue française ou une meilleure connaissance ou maîtrise de la langue avait poussé le gouvernement libéral à mettre en place une nouvelle orientation sur l’évaluation objective du niveau réel de connaissance du français.

Les deux orientations du gouvernement libéral provincial visaient spécifiquement la question de la langue française et reflétaient une certaine préoccupation, même si le combat de la langue est plus porté par le Parti québécois qui en fait son cheval de bataille. Le document de consultation sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 comportait deux orientations sur la langue française ou même sur l’importance de la connaissance du français (les orientations 2 « Maintenir majoritaire la proportion de personnes connaissant le français dans l’ensemble des admissions » et 3 « orientation citée précédemment »).

Des voix s’étaient élevées pour demander des tests standardisés, notamment en français, pour s’assurer du réel niveau de connaissance du candidat à l’immigration. Ce que l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, avait compris en incluant une nouvelle donne dans son orientation sur des tests standardisés répondant également à l’avis de l’ancien vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, sur cette question. La nouvelle orientation teste le niveau de connaissance de la langue française de l’immigrant potentiel.

Dans l’ancienne procédure de sélection, des personnes déclaraient connaître le français en cochant sur des cases sans que cela ne représente vraiment la réalité. Une entrevue avec les fonctionnaires de la délégation générale du Québec permettait également d’avoir une idée sur les différents niveaux des immigrants. Depuis le 6 décembre 2011, cette vérification se fait par le biais des examens ou tests standardisés en français et en anglais. Cette problématique a été largement abordée dans le cadre de la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015.

Un communiqué du MICC daté du 6 décembre 2011 sur les compétences linguistiques soulignant que « La ministre Kathleen Weil annonç[ait] l’exigence de tests standardisés de compétences linguistiques pour les candidats à l’immigration » indiquait que :

« tous les nouveaux candidats à l’immigration de la sous-catégorie Travailleurs qualifiés qui souhaitent obtenir des points dans la grille de sélection pour leur connaissance du français (requérant principal et conjoint : maximum de 16 points) et de l’anglais (requérant principal seulement : maximum de 6 points) devront dorénavant démontrer leurs compétences en expression et compréhension orale en présentant obligatoirement, au moment du dépôt de leur demande, les résultats d’un test de compétences linguistiques réalisé auprès d’un établissement reconnu par le Ministère[1]. »

En ce qui concerne la modification des règles et procédures d’immigration (en vigueur depuis le 1er août 2013), il est clairement mentionné dans le texte du MICC disponible en ligne Connaissances linguistiques en français et en anglais (dernière modification du 1er août 2013) que :

« Les deux premiers tests (TEFAQ et TCF-Québec) évaluent uniquement la compréhension et la production orales. Ils ne peuvent être présentés que par les candidats qui veulent se prévaloir uniquement des points attribués pour les résultats à l’oral (compréhension et production). Des épreuves mesurant la compréhension écrite et la production écrite devraient être intégrées à ces deux tests en 2014. Entre‑temps, les candidats qui veulent obtenir les points attribués aux quatre compétences linguistiques (compréhension orale, production orale, compréhension écrite et production écrite) doivent s’inscrire au TCF ou au TEF. Si ces tests ne sont pas disponibles, ils peuvent s’inscrire au DELF ou au DALF. »

Dans le même texte, rubrique Attribution des points, il est indiqué que :

« Lors de l’évaluation de la connaissance du français, le niveau 7 (intermédiaire avancé) de l’Échelle québécoise des niveaux de compétence en français des personnes immigrantes adultes ou son équivalent (niveau B2 du Cadre européen commun de référence pour les langues) est le seuil minimal à compter duquel des points sont attribués.

« Le requérant principal peut obtenir un maximum de 16 points pour sa connaissance du français oral et écrit, dont 7 points pour la compréhension orale, 7 points pour la production orale, 1 point pour la compréhension écrite et 1 point pour la production écrite.

« Le conjoint d’un candidat du Programme régulier des travailleurs qualifiés peut obtenir un maximum de 6 points pour sa connaissance du français oral, dont 3 points pour la compréhension orale et 3 points pour la production orale.

« Lors de l’évaluation de la connaissance de l’anglais, le niveau 5 (intermédiaire) des Canadian Language Benchmarks ou son équivalent est le seuil minimal à compter duquel des points sont attribués.

« Le requérant principal peut obtenir un maximum de 6 points pour sa connaissance de l’anglais oral et écrit, dont 2 points pour la compréhension orale, 2 points pour la production orale, 1 point pour la compréhension écrite et 1 point pour la production écrite. »

La dernière modification de ce document datée du 7 novembre 2013 reprend exactement le contenu des règles et procédures d’immigration « pour les candidats du Programme régulier des travailleurs qualifiés ».

La maîtrise inadéquate du français peut constituer un frein à l’intégration socioéconomique des immigrants. L’évaluation des connaissances linguistiques des personnes immigrantes a également un autre avantage, comme le faisait remarquer Jean Lortie, secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux (CSN): « […] L’apport d’un test standardisé du français aidera à départager des personnes ayant un niveau de connaissance débutant, intermédiaire et avancé. Ce tableau permettra d’avoir un réel portrait linguistique des personnes sélectionnées et de mieux évaluer des besoins en francisation[2]. »

Le ministère de l’Immigration a ainsi signé des ententes et partenariats avec des institutions pour la mise en place des tests standardisés. « Les ententes établies avec deux organismes français, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris et le Centre international d’études pédagogiques pour l’utilisation de ces tests adaptés aux besoins du Québec, ces organismes administrent les tests standardisés dans plus de 930 centres agréés, dans 150 pays différents[3] », mentionnait madame Weil.

La question de l’intégration professionnelle ne se pose pas de façon unilatérale ni de la même façon entre les immigrants. Pour les immigrants originaires de l’Amérique latine, l’accès à un emploi qualifié passe normalement par une maîtrise ou une connaissance suffisante de la langue française. Quand des immigrants apprennent le français, il faut les encourager en facilitant leur intégration sur le marché du travail. Autrement, ils perdent aussitôt confiance dans l’apprentissage de la langue en question. La francisation des allophones pour faciliter leur insertion sociale rapide sur le marché du travail donne parfois un goût amer à ces immigrants. Quand vient le temps de chercher un emploi, ils se butent à la question de l’anglais, ce qui fait que, soit ils abandonnent les cours de francisation soit ils choisissent d’abord de pratiquer l’anglais. Même si plus d’immigrants connaissent le français avant de venir au Québec, il demeure évident de se questionner sur cette double discrimination. Selon Françoise David, actuelle députée de Gouin et porte-parole parlementaire de Québec solidaire, « si un milieu de travail fonctionne véritablement en français, cela représente une incitation supplémentaire pour ceux qui ne parlent pas la langue de l’apprendre[4] ».

Les compétences langagières ou le vocabulaire technique relié à la profession demeurent plus qu’importants dans une perspective d’intégration rapide, mais aussi de maintien en emploi de certaines personnes immigrantes. Une connaissance suffisante en français peut aider l’immigrant à intégrer le marché du travail québécois.

En dehors de la compréhension orale, la maîtrise du français ou bien des aspects techniques de la langue liés aux secteurs d’activité spécifiques permet à la personne immigrante de remplir convenablement certaines tâches.

Niveau de connaissance et adaptation des cours de francisation pour des secteurs bien définis (santé, génie, administration, droit, affaires, soins infirmiers, sciences appliquées…) pour mieux maîtriser le vocabulaire technique relié à l’emploi

La signature des ententes avec des ordres professionnels devrait permettre aux immigrants d’avoir un meilleur vocabulaire technique relié à l’emploi. Une connaissance plus adaptée aux réalités du métier ou de la profession qui leur permet de garder leur emploi. Un arrimage du cours de francisation avec les besoins des employeurs pourrait également faciliter leur intégration sur le marché du travail. La compréhension de la terminologie du vocabulaire technique facilite une meilleure communication et évite des incompréhensions ou malentendus.

Le gouvernement libéral provincial avait compris tardivement cette réalité et avait cherché à la corriger, comme le démontrent son orientation et la multiplication des cours spécialisés. Les compétences langagières ou le vocabulaire technique relié à la profession demeurent plus qu’importants dans une perspective d’intégration rapide, mais aussi de maintien en emploi de certaines personnes immigrantes.

Soulignons également que le gouvernement provincial favorise la mise en place de cours spécialisés de français pour augmenter les chances des immigrants à obtenir un emploi en maîtrisant la terminologie des métiers. Des cours de français gratuits pour les personnes immigrantes, ayant le français de niveau intermédiaire, dans le domaine du génie et des sciences appliquées, se donnent dans des institutions d’enseignement comme le cégep du Vieux-Montréal.

La diversification des moyens et méthodes d’apprentissage de la langue française ne peut être que salutaire dans une perspective d’augmentation du nombre de personnes francisées dans un contexte nord-américain. Les besoins en francisation seront toujours d’actualité et pourront permettre de créer ou de maintenir certains emplois.

La question de la défense de la langue française revêt toute une importance dans un contexte où le Québec a un double statut minoritaire (au niveau de la langue et en Amérique du Nord).

Position des deux principaux partis sur la langue française

Le Parti québécois (PQ) se positionne clairement avec la défense de la langue française et en réclame même très souvent la paternité du fait de la mise en place de la Charte de la langue française par Camille Laurin dans le gouvernement Lévesque. Mais le Parti libéral du Québec, par la voix de Marc Tanguay, avait tenu à réaffirmer que son parti tenait à cœur la pérennité de la langue, mais tout de même avec une vision et une démarche différentes :

« La langue française doit être l’affaire de tous, et ce n’est pas en frappant sur la tête des citoyens [projet de loi 14] que l’on fait en sorte que, oui, ils vont emboîter le pas et que, oui, ils vont faire en sorte que ce désir collectif et maintes fois réaffirmé, notamment par le Parti libéral du Québec qui, en mars 1961, avait fondé, même sous le gouvernement Lesage, l’Office de la langue française, même gouvernement du Parti libéral du Québec qui, avec la Loi 22 en 1974, avait fait du français la langue officielle du Québec[5]. »

Mais il demeure que l’on doit concilier les deux aspects : promotion et législation, pour plusieurs raisons. Malgré tous les dispositifs de la charte imposant le respect du français par les entreprises, force est de reconnaître un problème d’application de cette règle.

Les quatre partis politiques s’accordent sur le fait qu’il faut protéger et défendre la langue française, mais avec des approches et des visions différentes sur l’interprétation de la Loi et son application. Les partis politiques québécois expriment souvent que « la langue française doit être l’affaire de tous », un vœu pieu qui devrait se traduire souvent en actes concrets.

[1]    En ligne, http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Decembre2011/06/c4340.html.

[2]    Audition Confédération des syndicats nationaux (CSN), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[3]    Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011) Le jeudi 26 avril 2012 – Vol. 42 N° 34, Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration. http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/crc-39-2/journal-debats/CRC-120426-2.html[Consulté le 7 juin 2012]

[4] La situation du français inquiète Québec solidaire, La Presse Canadienne, 10 septembre 2011.

[5]    Ibid.

RACBeaucoup de personnes se plaignent de la situation des personnes appartenant à des ordres professionnels, mais quels sont les gestes qui ont été posés? En plus de la modification du Code des professions, de la signature des ententes, des actions du ministère de l’Immigration sur les ordres professionnels, qu’est‑ce qui a été fait concrètement?

Les actions du ministère de l’Immigration et de ses partenaires

Dans le plan d’action du MICC (ancienne appellation), Des valeurs partagées, des intérêts communs (11 juillet 2007) concernant les projets visant à faciliter l’accès aux professions et métiers réglementés mis en œuvre par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) et ses partenaires, on pouvait lire « dans les actions et mesures mises en œuvre » que : « Les actions récentes du ministère et de ses partenaires[1] visant à faciliter l’accès aux professions et métiers réglementés sont orientées en fonction de trois objectifs : mieux informer les personnes immigrantes, mieux reconnaitre la formation et l’expérience et mieux assurer l’accès à la formation d’appoint[2] ».

Le gouvernement libéral donnait chaque année, depuis 2008, 4 millions de dollars aux ordres professionnels pour la mise en place des outils visant à faciliter la reconnaissance des acquis des immigrants. On pourrait même parler de 8 millions de dollars, avec les 4 millions qui revenaient au Conseil interprofessionnel du Québec.

Malgré les recommandations de tous les rapports (Legault, Bazergui, Échavé) sur l’épineuse question de l’intégration des médecins étrangers, le problème de leur intégration sur le marché du travail reste et demeure.

Le programme pour l’intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel (IPOP)[3] cible les ordres professionnels. Pour pouvoir bénéficier du projet IPOP, les professionnels immigrants doivent être référés par un ordre professionnel. Ce projet offert par Emploi-Québec, qui est le fruit d’une collaboration entre le MICC (maintenant MIDI) et les ordres professionnels du Québec, vise à mieux faciliter l’intégration en emploi des personnes formées à l’étranger. Une condition s’impose : les dits professionnels doivent obtenir ou détenir « une autorisation légale d’exercer d’un ordre professionnel ». Grâce à cet outil, la personne immigrante formée à l’étranger obtient sa première expérience québécoise. Un projet intéressant qui est toujours à sa phase de balbutiement.

Même si le projet IPOP, financé par Emploi-Québec et lancé en décembre 2009 par le MICC pour l’intégration en emploi de personnes formées à l’étranger, vise à faciliter la reconnaissance des compétences des professionnels étrangers par une première expérience québécoise, il demeure que le nœud du problème n’est pas encore résolu. Une subvention salariale couvre les 30 premières semaines jusqu’à hauteur de 50 % du salaire brut. La personne immigrante dont le diplôme a déjà été reconnu par exemple par l’un de ces 6 ordres professionnels (les ingénieurs forestiers, le Barreau du Québec, l’ordre des ingénieurs, l’ordre des agronomes, des hygiénistes dentaires et des technologistes médicaux) est référée par l’ordre pour obtenir une première expérience de travail au Québec. Une collaboration du Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), d’Emploi-Québec et de certains ordres professionnels est un bon pas dans la bonne direction, certes, mais reste insuffisante compte tenu des problématiques rencontrées par les médecins étrangers. (Pour en savoir plus sur les démarches à entreprendre, les critères, les travailleurs et les employeurs admissibles à ce projet, cliquer sur ce lien http://www.midi.gouv.qc.ca/publications/fr/dossiers/depliant-ipop.pdf)

Le gouvernement libéral provincial avait signé « depuis 2008 une quarantaine d’ententes avec 30 ordres professionnels pour une soixantaine de projets[4] » pour faciliter l’accès rapide des personnes immigrantes aux ordres.

Sur le site du gouvernement libéral provincial, on pouvait lister « les actions du ministère et de ses partenaires » concernant l’« accès des immigrants aux professions et métiers réglementés » :

« 1) Projet IPOP pour l’intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel [depuis décembre 2009]; 2) Entente entre la France et le Québec en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles [qui date de 2007]; 3) Projets du ministère et de ses partenaires en matière d’accès aux professions et métiers réglementés; 4) Démarche d’amélioration des pratiques des ordres professionnels en matière de reconnaissance d’une équivalence de diplôme et de formation acquis hors du Québec; 5) Le rapport de l’Équipe de travail sur la reconnaissance des diplômes et des compétences des personnes formées à l’étranger; 6) Le rapport du Groupe de travail sur l’accès aux professions et métiers réglementés; 7) Le partage d’expertise en matière d’évaluation des diplômes délivrés hors du Québec [5] ».

Les actions du ministère de l’Immigration ainsi que de ses partenaires se traduisent dans divers projets et études dont les plus représentatifs se déclinent à travers ceux cités ci-haut.

La sous-évaluation des diplômes obtenus à l’extérieur du Québec et la non-prise en compte des années d’expérience déjà acquises par les personnes immigrantes constituent un véritable problème pour l’accès rapide au marché du travail québécois.

On remarque aussi de plus en plus d’immigrants sélectionnés dont le diplôme n’est pas reconnu du fait qu’ils ont fait une partie de leurs études dans des universités privées non reconnues même dans leur pays d’origine. Certaines personnes immigrantes doivent également connaître le droit professionnel québécois.

Mises en garde des ordres professionnels pour l’usurpation des titres 

Les ordres professionnels sont des organismes régis par le Code des professions du Québec. Ils ont comme principale mission de s’assurer de la protection du public tout en veillant à la pratique et à l’éthique professionnelle de leurs membres. La prudence et la vigilance doivent guider les institutions chargées de protéger le public. Aussi, les règles de compétences professionnelles sont non négociables et sont égales pour ceux et celles qui aspirent à occuper des fonctions dans ces domaines, quelle que soit leur origine. Autrement dit, les immigrants formés à l’étranger ainsi que les Québécois doivent développer les compétences et qualifications nécessaires pour faire partie des ordres professionnels.

Les personnes qui utilisent le titre d’ingénieur, ou n’importe quel titre régi par un ordre professionnel, sans pour autant être membres en règle de l’ordre professionnel sont condamnées pour usurpation de titre professionnel. En s’appropriant un titre professionnel illégalement, elles s’exposent à des amendes ou sanctions prévues en vertu de l’article 188.1 du Code des professions.

Les nouveaux arrivants se posent souvent la question quant à leur adhésion ou non à un ordre professionnel, quant à la pertinence et l’utilité d’être membres d’un ordre professionnel. L’adhésion à un ordre professionnel leur permet-il d’être crédibles devant les employeurs afin de se trouver un emploi (bref d’avoir les compétences recherchées par les employeurs québécois)?

Pour éviter de se rendre passibles des amendes prévues à l’article 188 du Code des professions, les immigrants ont absolument besoin de comprendre les deux types de professions : professions d’exercice exclusif et professions à titre réservé.

« Dans une profession d’exercice exclusif, seuls les membres en règle de l’ordre peuvent poser les actes caractéristiques de cette profession et en porter le titre. Et pour pouvoir poser ces actes, les membres doivent détenir un permis valide et être inscrits au tableau de l’ordre de la profession visée. Il y a actuellement 25 professions d’exercice exclusif au Québec. Chacune est régie par une loi qui lui est propre, en plus du Code des professions. Ce sont les lois particulières qui confèrent aux membres de ces ordres le droit exclusif d’exercer leurs activités professionnelles, en énumérant les différents actes ou fonctions qui sont de leur ressort exclusif. Aussi par exemple, la représentation devant les tribunaux relève exclusivement de l’avocat (art. 128 Loi sur le Barreau).[6]

« Dans une profession à titre réservé, seuls les membres détenant un permis valide de l’ordre visé sont autorisés à porter le titre qui y est attaché. Toutefois, contrairement à la profession d’exercice exclusif, les actes caractéristiques d’une profession à titre réservé peuvent être accomplis par des personnes qui ne sont pas membres de l’ordre. Aussi par exemple, des personnes non membres de l’Ordre professionnel des traducteurs peuvent traduire des textes d’une langue à une autre, bien qu’il s’agisse là d’un acte caractéristique de la profession de traducteur, à condition toutefois de ne pas utiliser le titre de traducteur agréé, ni un titre ou une abréviation pouvant laisser croire qu’elles le sont. Car il est également défendu à toute personne qui n’est pas membre d’un ordre à titre réservé d’utiliser un titre semblable, un titre évocateur de la profession ou encore des initiales pouvant laisser croire qu’elle l’est.

« Il y a actuellement 20 professions à titre réservé au Québec et elles sont régies uniquement par le Code des professions, à la différence des professions d’exercice exclusif[7]. »

Les ordres se sont dotés d’un syndic pour surveiller l’exercice de la profession, un comité d’inspection professionnelle. L’usurpation du titre professionnel est un non-respect de la loi. C’est pourquoi les ordres professionnels annoncent leurs couleurs en précisant bien cet aspect dans leurs différents documents.

Comme le mentionnait un article de 1888mevoila.com : « Le titre d’ingénieur, contrairement à d’autres pays, n’est pas attribué d’office à la suite de l’obtention d’un diplôme décerné par un établissement d’enseignement supérieur ou une école d’ingénieurs. Vous ne pourrez y prétendre et utiliser le titre qu’après avoir satisfait les prérequis de l’Ordre des ingénieurs du Québec[8]. »

Le site du Ministère http://goo.gl/bvxzQc dresse la liste des professions régies par un ordre professionnel. En obtenant le titre professionnel, l’immigrant gagne une reconnaissance de son statut, le droit et l’autorisation de pratiquer en signant ou certifiant certains documents. Mais il y a des immigrants qui sont membres de l’ordre et qui n’arrivent pas à se trouver un emploi. Le statut de membre de l’ordre professionnel ne garantit pas systématiquement un emploi à l’immigrant. Ceci pose la responsabilité partagée entre les ordres professionnels et les employeurs.

[1] Ordres professionnels, Conseil interprofessionnel du Québec, Office des professions du Québec, Comité d’adaptation de la main-d’œuvre- personnes immigrantes, établissements d’enseignement, Emploi-Québec, ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, ministère de la Santé et des Services sociaux et Commission de la construction du Québec.

[2] p.3.

[3] Ce programme fonctionne comme le Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME).

[4] « Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration)», Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42, « 39e législature, 2e session (23 février 2011  au 2011  au 1er août 2012) », no 34, 26 avril 2012.

[5] Nous reviendrons sur l’analyse de ces deux rapports dans notre troisième livre.

[6] « Les 25 professions d’exercice exclusif sont les suivantes: avocat, notaire, médecin, dentiste, pharmacien, optométriste, médecin vétérinaire, agronome, architecte, ingénieur, arpenteur-géomètre, ingénieur forestier, chimiste, comptable agréé, technologue en radiologie, denturologiste, opticien d’ordonnances, chiropraticien, audioprothésiste, podiatre, infirmière ou infirmier, acupuncteur, huissier de justice, sage-femme et géologue (art. 32 Code des professions). (L.I.B.) »  Ordre des ingénieurs du Québec c. Microsoft Canada – N’est pas ingénieur qui veut ! » Lise I. Beaudoin, avocate, Journal du Barreau, volume 36 – numéro 11 – 15 juin 2004 , En ligne, http://www.barreau.qc.ca/publications/journal/vol36/no11/ingenieur.html (consulté le 17 mars 2010). La liste des professions d’exercice exclusif est également disponible sur le site du MICC.

[7]«  Les 20 professions à titre réservé sont les suivantes: administrateur agréé, comptable en management accrédité, comptable général licencié, conseiller en ressources humaines ou en relations industrielles agréé, conseiller d’orientation, diététiste, ergothérapeute, évaluateur agréé, hygiéniste dentaire, infirmière ou infirmier auxiliaire, inhalothérapeute, orthophoniste ou audiologiste, physiothérapeute, psychologue, technicien dentaire, technologiste médical, technologue professionnel, traducteur ou terminologue ou interprète agréé, travailleur social et urbaniste (art. 36 Code des professions). (L.I.B.) ».

[8] 1888 Me voilà, Guide pratique de l’immigration, p.44, 60 p. En ligne, http://storage.canalblog.com/21/77/740546/54441904.pdf

piles-de-billets-de-100-dollars-canadiens _manque à gagner non-reconnaissance des acquisLa reconnaissance des diplômes et des acquis n’est pas l’affaire d’un seul ministère, mais elle concerne tous les acteurs impliqués dans le dossier. Et comme le faisait remarquer, à juste titre, Pascale Chanoux dans son article La reconnaissance des acquis et des compétences des personnes immigrantes :

« Contrairement à ce que d’aucuns pensent généralement, le problème de la RAC [La reconnaissance des acquis et des compétences] est avant tout celui de la société québécoise dans son ensemble plus que celui des immigrants eux-mêmes. En effet, c’est elle qui vit des problèmes de pénuries de main-d’œuvre qualifiée et qui connaîtra un grave problème de relève à l’horizon. Pour y faire face, c’est elle qui a choisi d’accroître d’année en année son immigration économique et s’est dotée d’objectifs ambitieux en matière de régionalisation de l’immigration[1]. »

Pour celle qui a travaillé pendant quatre ans en qualité d’agente de développement au dossier de la reconnaissance des acquis et des compétences pour le Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes (CAMO-PI), « De toutes les questions relatives à l’intégration économique[2] des personnes immigrantes, celle de la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) est sans doute l’une des plus complexes[3] ».

Le communiqué Accueil Recherche Sciences sociales – Psychologie qui démontrait l’entrecroisement des difficultés des femmes immigrantes reprenait les statistiques de l’organisme « Conference Board du Canada (2004), qui estimait que : « les pertes attribuables à la non-reconnaissance des diplômes pour l’ensemble des travailleurs au Canada sont de l’ordre de 4,1 à 5,9 milliards de dollars, dont 74 % liés aux travailleurs immigrés[4] ».

Michel Kelly-Gagnon, ancien président du conseil du patronat du Québec, la plus grande confédération au Québec composée de 63 associations patronales sectorielles, dans le cadre de la planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, disait à juste titre, au sujet de la non-reconnaissance des diplômes des immigrants par les ordres professionnels, que : « […] Le refus de reconnaître un diplôme obtenu à l’étranger entraine des conséquences néfastes non seulement pour le titulaire du diplôme, mais pour la société dans son ensemble, dans la mesure où son capital humain et surtout le capital humain détenu par les immigrants qualifiés doit être mis à contribution, et ce capital s’effrite à travers les années s’il n’est pas utilisé[5] ».

L’économie montréalaise souffre de la déqualification des immigrants comme le révélait le titre de cet article qui se basait sur une étude du service économique de la RBC : « Sous-emploi chez les immigrants – Des pertes de 5 milliards de dollars (31 milliards de dollars au Canada), Étienne Laberge, 24H, 31 janvier 2012 ».

Coût économique de la non-reconnaissance des compétences

Le journal algérien Elwatan, qui reprenait certaines statistiques officielles, mettait le doigt sur le manque à gagner de l’économie canadienne : « Les pertes que subit l’économie du pays en raison de la non-utilisation de ses compétences atteindraient plusieurs milliards de dollars par an. Selon l’Institut statistique Canada, six immigrés sur dix travaillent dans un domaine qui n’était pas le leur dans leur pays d’origine et 42 % d’entre eux ont un niveau de formation supérieur à celui requis par leur emploi[6] ».

Si les rôles et responsabilités d’une profession réglementée changent d’un pays à un autre, rien ne justifie le retour aux études de plus de trois années des personnes immigrantes. Par exemple, une personne immigrante âgée de plus de 35 ans se retrouverait ainsi, après le retour aux études, à chercher un emploi dans la quarantaine.

Des diplômés universitaires qui ont plus de dix années d’expérience professionnelle dans leur domaine de compétence se voient obliger de retourner aux études pour trois, voire cinq années supplémentaires. Certains d’entre eux perçoivent très mal cette situation et décrivent le retour aux études comme un éternel recommencement. Dénonçant ce paradoxe, ils se plaignent de suivre des cours qu’ils ont déjà dépassés. Ils vont plus loin en critiquant le fait qu’ils partagent, dans la même classe ou le même module, des cours avec de jeunes étudiants québécois n’ayant pas le même niveau scolaire ou universitaire. Cette situation est vécue encore plus dramatiquement s’ils ne trouvent pas un emploi à la fin de la formation.

L’article de l’agence QMI, qui reprenait les conclusions de l’étude de l’Institut de recherche et d’informations socio‑économiques (IRIS), allait dans le sens d’une meilleure maximisation de l’apport économique advenant une reconnaissance des compétences des travailleurs qualifiés immigrants : « Selon les statistiques émises par l’IRIS, si les compétences des personnes immigrantes étaient pleinement reconnues, l’économie canadienne gagnerait l’équivalent de 370 000 travailleurs [selon également les économistes de la Banque TD]. Les revenus des immigrants augmenteraient alors de 30,7 milliards $, soit 2,1 % du PIB[7] [8]. »

L’article de Louise Leduc du journal La Presse qui s’appuyait sur les chiffres des économistes de la Banque TD est révélateur des difficultés d’intégration des personnes immigrantes : « Emploi : les immigrés sont désavantagés au Québec[9] ».

Comme il a été mentionné dans le rapport de la recherche-action La reconnaissance des diplômes et des compétences : difficultés et impacts chez les femmes immigrantes[10] d’Action travail des femmes, l’« Impact de la non-reconnaissance des diplômes et compétences sur les femmes immigrantes diplômées à l’étranger [entraîne] la précarité professionnelle, le retour obligé aux études, [la perte] d’estime de soi, [un problème de] santé[11] ».

La non-reconnaissance des diplômes et des compétences devient donc une problématique multidimensionnelle qui nécessite une collaboration entre les différents acteurs impliqués dans le dossier de la RAC. Le fait de faire attendre une personne pour commencer une formation coûte du temps et de l’énergie à la personne elle-même, mais aussi à la société. L’opérationnalité des profils en lien avec les exigences des employeurs ou l’acquisition de compétences manquantes par le biais des formations accélérées permet d’intégrer plus facilement les nouveaux arrivants au marché du travail québécois.

[1] Pascale Chanoux, « La reconnaissance des acquis et des compétences des personnes immigrantes », Vivre ensemble, volume 11, no 38 (Automne 2002/Hiver 2003), p.24.

[2] « L’intégration économique signifie que la personne a trouvé un emploi à la mesure de ses capacités et de ses qualifications professionnelles. À distinguer de l’intégration à l’emploi qui indique simplement que la personne travaille. » Ibid ; p.24.

[3] Ibid ; p.24.

[4] UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL. Être femme et immigrée: deux obstacles majeurs pour un emploi qualifié : Communiqué, Montréal, 14 Septembre 2009.

[5] Audition conseil du patronat du Québec (CPQ), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010», Journal des débats de la Commission permanente de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 10, 25 septembre 2007.

[6] Elwatan, « Canada-Algérie: Les diplômes étrangers reconnus », 2 décembre 2009.

[7] Marie-Pier Gagné, « Taux de chômage-Le taux est trop élevé chez les immigrants », Agence QMI, 27 novembre 2012.

[8] Ibid.

[9] Louise Leduc, « Emploi: les immigrés sont désavantagés au Québec », La Presse, 28 novembre 2012.

[10] Amel Belhassen-Maalaoui et Darline Raymond, La reconnaissance des diplômes et des compétences : difficultés et impacts chez les femmes immigrantes, rapport de recherche action, Montréal, Action travail des femmes, septembre 2008.

[11] Ibid; p.8.

Photo non-reconnaissance des diplômesEssayons de démêler tout le processus complexe de l’évaluation et de la reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger.

La lenteur inquiétante du processus d’évaluation comparative des études du ministère de l’Immigration

Le premier acteur qui intervient dans le dossier de reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger est le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC, devenu MIDI) représenté anciennement par le « Service des évaluations » ou le « Centre d’expertise sur les formations acquises hors du Québec (CEFAHQ) », maintenant « direction de l’authentification, de l’évaluation professionnelle et de la révision administrative ». L’évaluation comparative des études par le ministère de l’Immigration du Québec établit une correspondance de la formation de l’immigrant par rapport au système éducatif québécois.

Aussi, l’immigrant qui souhaite continuer à faire des études ou suivre une formation s’adresse à l’université qui a aussi son mot à dire dans le dossier. Le nouvel arrivant peut aussi s’adresser au cégep dépendamment du niveau de formation. Si le nouvel arrivant appartient à un ordre professionnel, il lui faut également une évaluation du diplôme par cette entité.

Comme on peut le voir, la reconnaissance des diplômes devient une sorte de labyrinthe que le nouvel arrivant doit traverser pour espérer trouver un emploi qui, disons-le, n’est pas automatique, dans la mesure où les employeurs peuvent ne pas reconnaître ses compétences en dépit d’une éventuelle reconnaissance des acquis par les différents acteurs mentionnés ci-haut. Chaque acteur a une manière spécifique de procéder à l’appréciation du diplôme qui a permis au nouvel arrivant d’être sélectionné par la délégation générale du Québec.

Les nouveaux arrivants regrettent de voir leur diplôme diminué par le système d’équivalences. La dévaluation du diplôme de l’immigrant qualifié l’est plus par les universités, les cégeps et les ordres professionnels qui font l’équivalence du contenu.

Bref, le diplôme de l’immigrant qualifié est souvent dévalué par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI). Autrement dit, le même titre du diplôme dans les pays d’origine des personnes immigrantes n’équivaut pas automatiquement au nombre d’années de formation au Québec. Le tableau comparatif des diplômes français ou sénégalais donne une première indication à la correspondance québécoise.

La maîtrise (avant la mise en place du système LMD) dans le système éducatif français correspond au baccalauréat québécois tandis que le diplôme d’études approfondies (DEA) français équivaut à la maîtrise québécoise. Cette première différence établie par le système d’évaluations comparatives du diplôme québécois est, aussi, différente du jugement du contenu des établissements d’enseignement (universités et cégeps), mais aussi des ordres professionnels.

En définitive, on peut schématiser généralement les différentes démarches du candidat par une évaluation préliminaire du MIDI dans un premier temps et, par la suite, un jugement de contenu par les universités, les cégeps, les commissions scolaires du Québec et les ordres professionnels. En clair, chaque entité réclamant son autonomie peut se prononcer sur les diplômes des immigrants.

Le nouvel arrivant se pose dès lors des questions sur cet éventail de procédures alors qu’il a subi une procédure de sélection très rigoureuse tenant compte de plusieurs éléments ou critères dont ceux du diplôme et du domaine de formation.

Le ministère de l’Immigration informe sur son site que :

« Pour pouvoir travailler ou étudier au Québec, l’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec n’est pas toujours requise. Avant de faire une demande, [le MICC demande aux nouveaux arrivants de] vérifier d’abord si l’employeur, l’ordre professionnel ou l’établissement d’enseignement a besoin de ce document.

« Toutefois, vous aurez besoin de ce document pour présenter une demande de permis d’enseigner au Québec ou pour postuler un emploi dans la fonction publique municipale, québécoise ou canadienne », précise-t-il.

Une partie de ce message peut porter encore à confusion pour les nouveaux arrivants, et ce, pour plusieurs raisons. Les employeurs se basent sur l’évaluation du MICC pour faire une comparaison avec le système éducatif québécois, donc l’information suivant laquelle « l’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec n’est pas toujours requise » est à enlever pour diminuer la confusion qui règne déjà dans ce processus complexe.

Certains fonctionnaires d’immigration disent également aux nouveaux arrivants qu’ils n’ont pas besoin automatiquement de l’évaluation et que les employeurs intéressés par leur candidature devront ou pourront faire les démarches par une lettre adressée au MIDI. Une analyse à prendre avec des pincettes puisque tous les employeurs ne veulent pas s’occuper des démarches administratives à moins que le candidat soit un génie pour occuper le poste en question. Cette non-disponibilité de l’information sur l’évaluation des diplômes risque de freiner l’intégration rapide en emploi des nouveaux arrivants dans leur domaine de compétence.

Cependant, comme il a été mentionné dans la fiche 2) Utilité et limites de l’Évaluation comparative du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, « L’Évaluation comparative ne repose ni sur le contenu de chacun des cours d’un programme, ni sur les méthodes ou la qualité de l’enseignement, ni sur la réputation d’un établissement d’enseignement. Elle ne fait pas la reconnaissance des acquis d’une personne[1] ».

Aussi, le MIDI précise qu’elle « n’est pas un diplôme. Elle n’engage aucune personne, aucun établissement d’enseignement, aucun ordre professionnel ou autre organisme de réglementation d’une profession ou d’un métier. Ceux-ci établissent leurs propres critères d’évaluation[2] ».

Le gouvernement libéral provincial annonçait sa couleur pour essayer de diminuer la confusion qui règne dans l’évaluation des diplômes. Sur le site du ministère de l’Immigration, on peut lire ceci :

« L’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec est un document qui indique à quoi correspondent les études effectuées hors du Québec par rapport au système scolaire québécois et à ses principaux diplômes (ou repères scolaires). Ce n’est ni un diplôme ni une équivalence de diplôme. C’est une opinion d’experts, émise uniquement à titre indicatif, qui n’engage ni les employeurs, ni les organismes de réglementation, ni les établissements d’enseignement qui peuvent évaluer votre formation selon des méthodes et des critères qui leur sont propres[3]. »

La méthode d’évaluation du MIDI fait souvent l’objet de débats auprès des ordres professionnels, des employeurs et des universités et collèges d’enseignement. Toujours sur le site Web du ministère de l’Immigration, on peut lire dans la Fiche 5 -Traitement des demandes, « une méthode d’évaluation basée sur des pratiques internationales ». On comprend dès lors que :

« Pour faire une Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) s’appuie sur un cadre commun d’évaluation qu’il a élaboré conjointement avec les services d’évaluation des diplômes étrangers de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Il s’agit des Principes généraux pour un code de bonne pratique en matière d’évaluation des diplômes étrangers qui prennent modèle sur la Convention sur la reconnaissance des qualifications relatives à l’enseignement supérieur dans la région européenne (UNESCO/Conseil de l’Europe) de 1997. Ces principes visent une évaluation objective et équitable qui résulte d’une procédure rigoureuse et cohérente et du respect d’exigences identiques pour tous[4]. »

Plusieurs changements dans le traitement de l’évaluation des dossiers

Plusieurs changements ont été apportés au traitement de l’évaluation sans nécessairement accélérer le processus. Depuis le 28 mars 2011, les candidats prennent rendez-vous avec le Centre d’expertise sur les formations acquises hors du Québec en téléphonant au Centre contacts clientèle du ministère de l’Immigration.

Dans un courrier daté du 20 avril 2011 du MICC portant objet « Implantation d’un système de rendez-vous pour le dépôt des demandes d’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec au bureau du Centre d’expertise sur les formations acquises hors Québec », on pouvait y lire le changement qui se matérialisait par le système de prise de rendez-vous et le souci de rendre plus efficace le traitement de la demande des personnes immigrantes : « […] à compter  du mardi 26 avril 2011, les demandes d’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec pourront être déposées au bureau 8.01 du 255, boulevard Crémazie Est sur rendez-vous seulement ».

Face aux critiques sur la lenteur du traitement de la demande d’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec, souvent répétées par les immigrants et les organismes communautaires, le Centre d’expertise sur les formations acquises hors Québec (CEFAHQ), par la voix de sa directrice générale de Montréal, entendait par « la mise en place de ce système, améliorer la qualité des services offerts à la clientèle, de réduire le temps d’attente et ainsi mieux gérer l’achalandage pendant les heures de pointe ».

Une nouvelle donne qui indique au nouvel arrivant le délai de traitement en cours se retrouvait sur le site Internet du ministère de l’Immigration. On pouvait y lire que : « En vertu de la nouvelle Déclaration de services à la clientèle, rendue publique le 21 avril 2010, le Ministère s’engage dorénavant à […] vous remettre [au candidat], dans un délai de 15 jours, une lettre confirmant l’ouverture de votre dossier à la suite d’une demande d’Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec[5]. »

En ce qui concerne la connaissance du délai de traitement en cours, le MICC indiquait, toujours sur son site Web, aux demandeurs d’évaluation du diplôme de se reporter à un tableau qui indiquait la semaine du dépôt de la demande, la semaine de traitement, la date de suivi auprès du client ou de fermeture du dossier. Il informait également les intéressés que :

« 1- Les délais de traitement sont mis à jour toutes les deux semaines et s’appliquent quel que soit le lieu de dépôt de la demande. Il est donc inutile de communiquer avec le Ministère pour obtenir de l’information sur les dossiers déposés après [une date précise] le 20 juin 2011.

« 2- Nos délais de traitement ne tiennent pas compte des délais postaux et ils peuvent varier en fonction du volume des demandes reçues.

« 3- Les dossiers incomplets sont mis en attente de traitement jusqu’à la réception des pièces manquantes.

« 4- Nous ne pouvons préciser la durée de traitement des dossiers complexes qui nécessitent une recherche de renseignements à l’extérieur du Québec ou garantir qu’une Évaluation comparative sera délivrée[6]. »

Malgré cette volonté de changement, il fallait toujours trouver une nouvelle solution à ce problème dans la mesure où le nouvel arrivant attendait plus de six mois pour recevoir son évaluation de diplôme. Pour pallier ce problème, des conseillers en emploi avaient alors trouvé une stratégie consistant à procéder à une correspondance du diplôme du candidat – en se basant sur les grilles du tableau comparatif des diplômes – en attendant la décision officielle du Ministère. D’autres préféraient uniquement indiquer sur le CV du candidat « Équivalence ou plutôt Évaluation du MICC en cours ».

La modification des démarches sous le gouvernement péquiste n’a pas également résolu le problème de la lenteur du traitement des dossiers. Le MICC avait déjà fait valoir le 9 avril 2013 certains arguments dans sa rubrique Questions/Réponses pour justifier la fermeture du comptoir de réception des évaluations comparatives et, par conséquent, son choix du traitement par courrier pour les demandes d’évaluation comparative des études effectuées à l’extérieur du Québec :

« L’administration du comptoir de réception est très énergivore en termes de ressources humaines (il nécessite jusqu’à 9 employés à temps plein) et ne génère pas d’avantages sur le plan de l’efficacité de traitement. De plus, il crée l’impression qu’il faille absolument se présenter en personne pour déposer un dossier, ce qui n’est pas le cas. Le fait de rencontrer les clients « un par un » pour le dépôt de leur dossier a surtout pour effet de ralentir le processus. Les clients peuvent attendre jusqu’à trois mois pour leur rendez-vous.»

Le Ministère jugeait que la rencontre avec un fonctionnaire pour lui présenter des documents déjà fournis en entrevue de sélection, rappelons‑le, n’est pas nécessaire dans ce cas et indiquait les trois moyens de transmission du dossier : adresse postale prévue à cet effet, par service de messagerie ou en personne. Il vantait également le mérite de cette mesure qui devait permettre « d’affecter plus d’employés au traitement lui-même des demandes d’évaluation comparatives, tâches qui sont directement liées à l’offre d’un service plus rapide et plus adéquat pour la clientèle », donc d’accélérer en principe la réception et le traitement des demandes.

Malgré ce changement intervenu le 15 avril 2013, la lenteur du processus de traitement ou d’évaluation et, par conséquent, d’obtention du fameux sésame est devenue aujourd’hui une situation beaucoup plus préoccupante.

Une plus grande cohérence dans les démarches d’évaluation doit se manifester d’abord et avant tout par l’organe qui recrute et sélectionne les personnes immigrantes, en l’occurrence le MICC (ancienne appellation). Les nouveaux arrivants contactent le bureau et doivent attendre en moyenne plus de dix mois pour l’évaluation finale de leur dossier. Ils ont pourtant fourni leurs diplômes lors de la procédure et sont paradoxalement obligés d’attendre des mois sur le sol québécois avant de recevoir leur évaluation.

Une bureaucratie administrative qui aurait dû être évitée coûte du temps, de l’énergie et de l’argent. Il aurait fallu procéder à cette évaluation de manière définitive lors de la procédure de sélection, puisque ce sont les mêmes documents qui ont été évalués par la délégation, et les remettre au candidat avant qu’il n’attende plusieurs mois pour travailler parfois dans son domaine (banque, fonction publique, etc.).

Mais les explications données en commission sur l’étude des crédits ministériels 2013-2014, le 11 février 2013, laissent apparaître un problème d’informatisation des dossiers qui, semble-t-il,  est en train d’être résolu. On pourrait s’interroger dans ce cas comment une société aussi développée que le Québec n’ait pas développé cet outil de travail à l’heure des réalités fulgurantes des technologies de l’information.

Conséquences négatives sur l’intégration rapide en emploi

Les conséquences sont énormes sur l’intégration rapide en emploi des nouveaux arrivants. En commission parlementaire, Mme Lorena Favier d’Action travail des femmes, qui regrettait la précarisation de la situation des femmes, pointait également du doigt le problème de la non‑reconnaissance des acquis :

« […] les femmes immigrantes arrivant au Québec sont en majorité diplômées dans leur pays d’origine et ont un niveau d’études plus élevé que celui des femmes nées au Québec. Alors que celles-ci ont non seulement les diplômes mais souvent l’expérience nécessaire pour accéder à des emplois à la hauteur de leurs attentes et de leurs compétences, la plupart font face à une situation de chômage et de déqualification[7]. »

Selon elle : « La non-reconnaissance des diplômes et des compétences, ainsi que le long processus de faire valoir leur bagage académique et professionnel plongent rapidement ces femmes dans un parcours du combattant. Reprise d’études pour les unes, cours de remise à niveau pour les autres, accumulation de bénévolat pour acquérir la première exigence canadienne souvent exigée prouvent l’incapacité du système d’immigration à intégrer ces femmes. Ce long et pénible processus n’amène pourtant pas ces femmes fortement diplômées à un emploi dans leur champ de compétence[8]. »

Les compressions budgétaires ne doivent pas se faire sur le dos de l’intégration rapide des nouveaux arrivants. En retardant leur entrée sur le marché de l’emploi, l’économie du Québec en souffre également. L’immigrant ne peut pas se passer de l’outil du MIDI puisque les organismes de réglementation, les employeurs et les établissements d’enseignement exigent souvent l’évaluation comparative des études effectuées hors du Québec. La coordination des actions en matière de reconnaissance des acquis et de certains programmes entre les différents ministères est une vieille revendication des organismes communautaires voués à l’intégration des personnes immigrantes.

L’efficacité du traitement des dossiers ou l’accélération de l’obtention de l’évaluation comparative des diplômes demeure une condition indispensable pour une intégration rapide en emploi.

Heureusement que des lieux d’accueil et d’information sont de plus en plus mis en place pour diriger les personnes immigrantes vers les ressources appropriées. Les collèges et les commissions scolaires qui sont responsables de l’évaluation des compétences et de la formation font une demande d’évaluation par des spécialistes (des professeurs, des entreprises) qui connaissent le diplôme et évaluent la personne en lui donnant des notes.

Le schéma Cheminement de la clientèle – Reconnaissance des compétences et qualifications décrit les conditions d’admissibilité et les démarches d’un candidat selon qu’il veuille bénéficier d’un certificat de qualification professionnelle ou d’un diplôme du MELS.

L’infoRAC (reconnaissance des acquis et des compétences) a commencé à se développer de plus en plus. L’idée conjointe d’Emploi-Québec et Éducation Montréal de mettre sur pied un site Internet « Le portail de la reconnaissance des compétences » qui regroupe « trois organismes à Montréal pour un meilleur accès à l’emploi » : Compétences Montréal (pour une reconnaissance des acquis et des compétences par l’obtention d’un DEC ou d’une AEC); SÉRACIM (pour une reconnaissance des acquis et des compétences par l’obtention d’un DEP ou d’une ASP); Certifié compétent (par l’obtention d’un Certificat de qualification professionnelle), représente un pas dans la bonne direction.

[1] F-0030-02 septembre 2007.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Obtenir une Évaluation comparative des études effectuées hors du Québec, dernière modification : 27 juin 2011. En ligne, http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/fr/education/evaluation-comparative/.

[6] Ibid.

[7] Audition Action Travail des femmes et Fédération des femmes du Québec, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 11, 18 août 2011.

[8] Ibid.

ordres professionnels imageL’Assemblée nationale du Québec a adopté en juin 2006, la Loi modifiant le Code des professions. L’objectif de la modification dudit Code consistait à délivrer trois nouvelles formes de permis : permis sur permis, permis restrictif temporaire, permis spécial. Mieux, cette modification visait à faciliter et à accélérer, par la mise en place de nouveaux outils, l’accès aux professions aux personnes immigrantes. L’adoption du projet de loi n° 14 n’a pas pour autant résolu le problème de blocage des ordres professionnels à l’endroit des personnes immigrantes appartenant à des professions réglementées.

Le médecin spécialisé en microbiologie-infectiologie et homme politique québécois, Amir Khadir, qui rappelait une vérité dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2010-2011 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration, soulignait que : « […] toutes les communautés immigrantes vont être d’accord sur une chose, c’est qu’il existe encore des obstacles majeurs, notamment en matière de reconnaissance des compétences au niveau des ordres professionnels. Donc, il y a des obstacles institutionnels[1] ».

Au Québec, il  y a 53 professions réglementées, régies par les 45 ordres professionnels qui comptent plus de 360 000 professionnels membres. Sur le site de l’Office des professions du Québec, on apprend qu’ : « Une loi-cadre, le Code des professions (L.R.Q., c. C-26), ci-après appelé Code, confie aux ordres la mission de protéger le public en s’assurant de la compétence et de l’intégrité de leurs membres ».

Le vote à l’Assemblée nationale du Québec de la Loi numéro 14 devrait en principe amener une certaine flexibilité en ce qui a trait aux ordres professionnels se traduisant par une obtention facile et souple des permis restrictifs, notamment pour les médecins étrangers. Mais, en réalité, les ordres professionnels ont du chemin à faire pour convaincre certains sceptiques qui croient qu’ils servent plus les intérêts de leurs membres que ceux du public.

“Les ordres professionnels refusent les reproches”, tel est un article signé par Laura-Julie Perreault du journal La Presse en décembre 2007.

« Répondant aux critiques formulées par le ministre Philippe Couillard à l’égard de l’Ordre des médecins, le président du Conseil interprofessionnel [de l’époque, Louis Beaulieu], qui était notamment accompagné hier du président de l’Ordre des ingénieurs du Québec, a reconnu que les ordres professionnels n’ont pas tous le même rendement. ″Il y a des ordres qui fonctionnent très bien, d’autres bien et certains qui ont plus de progrès à faire, mais je ne les nommerai pas″, a dit l’homme en point de presse. Il nie cependant que certains des membres de son organisation rendent la vie impossible aux immigrants par pur corporatisme[2]. »

On peut en déduire, même s’il ne veut pas le nommer, que le Collège des médecins du Québec (CMQ) fait partie des ordres qui ont une grosse pente à remonter et un sérieux examen de conscience à faire.

Loin de généraliser, l’omniprésence de certains ordres professionnels continue d’agacer de plus en plus la population québécoise, notamment les personnes en recherche active d’emploi. Les ordres professionnels, qui ne fonctionnement pas de la même façon, n’avancent pas non plus à la même vitesse en ce qui a trait à l’intégration des personnes immigrantes.

Même si l’on note une certaine souplesse de certains ordres professionnels plutôt que d’autres, il demeure évident qu’ils ont une très grande responsabilité dans la dimension intégrative des personnes immigrantes appartenant à des professions réglementées.

Le gouvernement finance les ordres pour qu’ils facilitent l’intégration des professionnels formés à l’étranger (PFÉ). Cela se traduit par différents volets comme une plateforme de cours électroniques et « la conception d’un didacticiel [en ligne] destiné aux futurs candidats PFÉ[3] ». Observe-t-on présentement des améliorations au niveau des outils de reconnaissance pour l’évaluation des diplômes, les ateliers préparatoires pour augmenter les taux de réussite aux examens ou les formations d’appoint? (Lire à ce sujet notre prochain article Les outils pour une meilleure évaluation des compétences professionnelles des personnes immigrantes)

Il est clair qu’en 2014, les ordres professionnels, dans leur forme actuelle, doivent s’ajuster aux nouvelles réalités. La pertinence de ces ordres ne sera approuvée que si, et seulement si, des signes d’ouverture sincères sont posés vis-à-vis des jeunes Québécois et des personnes immigrantes qui veulent intégrer le système professionnel.

La question de l’intégration des personnes immigrantes appartenant à des métiers et professions réglementés dépend en grande partie de l’ouverture des ordres professionnels québécois. On note toujours un certain blocage, dans le cadre des professions réglementées, malgré différentes initiatives. Des outils visant à faire reconnaître rapidement les compétences ont été mis en place : évaluation, formation d’appoint, ateliers préparatoires, etc. La question de l’efficacité de certaines mesures mérite d’être posée comme en atteste la situation des personnes appartenant aux professions réglementées qui se dégrade de jour en jour.

La mission de l’ordre professionnel est de surveiller la pratique de sa discipline et de s’assurer de la validité des compétences présentées par un candidat quelle que soit son origine. Nous pensons de plus en plus que ce sont les ordres professionnels qui dictent les politiques de l’emploi. Ce sont eux qui contrôlent la loi de l’offre et de la demande même s’ils prétendent le contraire. Par exemple, le Collège des médecins du Québec (CMQ), qui intervient au début et à la fin du processus, évalue les compétences des médecins diplômés à l’extérieur du Canada ou des États-Unis (DHCEU) et émet des permis restrictifs d’exercer. Ce qui facilite en principe l’accès au marché du travail des médecins étrangers.

Si la faute ne doit pas juste être incombée aux ordres professionnels, mais à tous les différents acteurs (gouvernements, ministère, ordres professionnels, institutions de formation, scolaires, ou universitaires, ou collégiales, personnes immigrantes), il n’en demeure pas moins que les organismes de réglementation ont une très grande responsabilité dans la rapidité à l’accès au marché du travail des personnes immigrantes.

[1] Amir Khadir, « Étude des crédits budgétaires 2010-2011 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature 1ère session (13 janvier 2009 au 22 février 2011) »,  no 17, 27 avril 2010.

[2] Laura-Julie Perreault, « Les ordres professionnels refusent les reproches », Cyberpresse, 12 décembre 2007.

[3] ORDRE DES INGÉNIEURS DU QUÉBEC. L’Ordre des ingénieurs du Québec entreprend un programme inédit pour accompagner les candidats à l’immigration désireux de pratiquer le génie au Québec : Communiqué de presse,  08 février 2008.

01achatAppro PHOTO RECONNAISSANCE DES ACQUISLes problèmes de reconnaissance des acquis et les difficultés d’intégration des immigrants constituent un secret de polichinelle. Des immigrants, qui appartiennent à des professions en demande, sont souvent déboussolés devant la dure réalité du marché du travail lorsqu’ils arrivent au Québec. Les médecins, les ingénieurs, les infirmières, les avocats, les enseignants immigrants appartiennent aux professions qui se butent le plus souvent aux difficultés du marché du travail québécois.

Le Conseil du patronat du Québec avait réalisé un sondage auprès de ses membres sur les motifs de non-embauche des personnes immigrantes. Ce qui ressortait de ce sondage justifie à plus d’un titre le problème de reconnaissance des acquis et des compétences. Les employeurs avaient la possibilité de répondre à plusieurs options, selon le président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, qui indiquait en substance que 93 % des employeurs avaient identifié le problème de reconnaissance des acquis et compétences alors que 86 % avaient évoqué le problème de connaissance du français et que 53 % avaient désigné le manque d’expérience de travail au Canada comme obstacles à l’intégration en emploi des néo‑Québécois[1].

Définition de la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC)

La reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) est une démarche qui permet à la personne de faire évaluer et reconnaître officiellement ses compétences grâce à ses expériences de vie et de travail et de compléter une formation[2] dans un domaine précis. Dans le cadre du processus de la RAC, les compétences développées dans une expérience de travail sont ainsi reconnues.

En d’autres termes, l’acquisition de compétences se fait par le biais d’un travail ou la réalisation de projets d’envergure. La reconnaissance des acquis se base sur ces deux volets en permettant à l’individu d’obtenir un diplôme sur la base des compétences développées.

Un article du Conseil canadien des ressources humaines en tourisme (CCRHT) donne une très bonne définition de cette problématique :

« La reconnaissance des titres de compétence désigne simplement le processus qui consiste à vérifier et à évaluer, de manière juste, cohérente, transparente et rigoureuse, les aptitudes et les titres et diplômes que possède une personne.

« Cette définition de la reconnaissance des titres de compétence est relativement nouvelle. Auparavant, les titres de compétence désignaient généralement l’apprentissage formel et le niveau d’études (p. ex. : désignation professionnelle, grade ou diplôme). C’est pourquoi les mécanismes de reconnaissance des titres de compétence pour les niveaux de scolarité et les attestations existent déjà en ce qui concerne les professions réglementées comme la médecine et l’ingénierie ainsi que de nombreux métiers. En mettant l’accent sur l’apprentissage formel, on a toutefois négligé grandement les professions non réglementées.»[3]

Selon Ressources humaines et Développement social Canada, la reconnaissance des titres de compétence étrangers est « le processus qui consiste à vérifier si la formation et l’expérience de travail acquises dans un autre pays respectent les normes établies pour les travailleurs canadiens[4] ». Comme le souligne ce « ministère du gouvernement du Canada responsable de l’élaboration, de la gestion et de la prestation des programmes et services sociaux[5] », on établit une correspondance entre les normes, fixées par les institutions d’enseignement et les organisations professionnelles, et les diplômes et l’expérience professionnelle des immigrants.

La définition du Comité d’experts sur le financement de la formation continue, 2004, concernant la reconnaissance des acquis et des compétences est encore plus explicite et plus méthodologique : « processus permettant d’obtenir la reconnaissance officielle de ses acquis et ses compétences provenant de formations diverses et d’expériences variées. Ce processus se base sur le repérage, l’identification et la validation des acquis et des compétences retenus selon un référentiel donné et en fonction d’un projet de diplomation, de qualification professionnelle, d’insertion en emploi ou d’un projet personnel ».

La reconnaissance des acquis et des compétences évolue lentement et il existe très peu d’études au Canada et au Québec sur cette question. Différents acteurs interviennent dans la reconnaissance des acquis avec leurs propres méthodes d’évaluation référentielles et de reconnaissance.

La plupart des personnes immigrantes sont des diplômées universitaires. « Plus de 63 % des personnes immigrantes en âge de travailler, admises en 2011, ont 14 années d’études et plus », pouvait-on lire sur le site Internet gouvernemental Toutes nos origines enrichissent le Québec[6]. »

Position du problème

En entrevue avec le magazine L’actualité le 6 décembre 2007 (Le nous de la discorde), Jean‑Louis Roy, ex-secrétaire général de l’Agence de la francophonie de 1990 à 1998 à Paris, réagissait à une question du journaliste Pierre Cayouette sur Comment mieux intégrer les immigrants au Québec. La réponse de l’ancien directeur du quotidien montréalais Le Devoir traduit fidèlement la situation que vivent encore les personnes immigrantes au Québec :

« Je trouve inadmissible qu’on accorde une telle importance aux diplômes lorsqu’on sélectionne les immigrants et que ces mêmes diplômes ne valent plus rien passé la frontière. Le problème persiste depuis 30 ans et les gouvernements successifs ne l’ont pas réglé. Je trouve scandaleux le comportement des ordres professionnels à cet égard. Les immigrants souffrent également de discrimination en matière d’emploi. Le niveau de chômage chez les Québécois venus d’ailleurs est trois fois plus élevé que dans le reste de la population. L’autre grand problème est leur sous-représentation dans la fonction publique », indiquait l’ancien délégué général du gouvernement du Québec à Paris.

La reconnaissance des acquis est du domaine provincial. Les gouvernements successifs (péquiste comme libéral) se sont traîné les pieds sur la question de la reconnaissance des acquis et des diplômes. Les conséquences se traduisent ainsi par les difficultés éprouvées par les personnes appartenant à des professions et métiers réglementés (15 % du total des immigrants selon le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) à accéder rapidement au marché du travail québécois. Reconnaître les acquis des personnes immigrantes formées hors Québec est devenu un sujet redondant. Le problème persiste depuis plusieurs années sans espoir de trouver une solution viable.

L’article [Difficile reconnaissance des acquis pour les immigrants qualifiés], L’ultime frontière de Martine Roux[7] identifiait déjà les difficultés rencontrées par les professionnels immigrants : manque de coordination entre les différents acteurs institutionnels, bureaucratie administrative, etc.

Il faut noter que les universités, les cégeps, les commissions scolaires du Québec et le MIDI offrent tous un service d’évaluation et de reconnaissance des acquis et des compétences. La multiciplicité des acteurs, mais aussi la différence dans leurs pratiques, dans ce dossier de la reconnaissance des acquis et des compétences, entretient une confusion auprès des nouveaux arrivants qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Même dans la population locale, il existe des personnes qui ont développé des compétences dans un domaine sans avoir le diplôme qui sanctionne la formation. Souvent, les Québécois ne se retrouvent pas dans le processus de reconnaissance compte tenu de la complexité du système. Imaginons alors la situation des immigrants.

[1] Michel Kelly-Gagnon, « Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 », Journal des débats de la Commission de la culture, Version finale, vol.40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) »,  no 10, 25 septembre 2007.

[2] Diplôme d’études professionnelles DEP, Diplôme d’études commerciales (DEC), Attestation de spécialisation professionnelle (ASP du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport), Attestation d’études commerciales (AEC).

[3] En ligne, http://cthrc.ca/fr/programs_services/credential_recognition.aspx#q1 consulté le 17 août 2010, Reconnaissance des titres de compétence, Le Conseil canadien des ressources humaines en tourisme (CCRHT).

[4] Ressources humaines et Développement social Canada, « Reconnaissance des titres de compétences étrangers », Fiche d’information.

[5] En ligne, http://www.rhdcc.gc.ca/fra/apropos/index.shtml

[6] En ligne, http://toutesnosorigines.gouv.qc.ca/comprendre/

[7] Martine Roux, « Difficile reconnaissance des acquis pour les immigrants qualifiés- L’ultime frontière », Magazine Jobboom, 20 décembre 2006.

Publié par : Doudou Sow | 14 novembre 2014

L’ambiguïté du message sur le fait français au Québec

j'achéte en français-l'ambiguïté« L’anglais est la langue des affaires » entend-on souvent. L’ancien porte-parole de l’opposition officielle pour la Charte de la langue française, Marc Tanguay, qui voyait une évolution de la langue française par le biais de la Charte de la langue française, s’adressant au président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), s’appuyait sur des statistiques pour justifier la bilinguisation de certaines entreprises en Amérique du Nord :

« […] dans un contexte […] où les PME du Québec, en 2013, vous le savez, 20 % exportent vers les États-Unis, 50 % importent des États-Unis, ce qui veut dire que, nécessairement, de facto, de façon fonctionnelle et de façon efficace, les entreprises, même les PME, tout le monde aujourd’hui, en 2013, doit pouvoir tirer son épingle du jeu en anglais.

« Que ce soit par l’échange de courriels, par l’échange de télécopies, que ce soit au téléphone, que ce soit même au niveau des précontrats, quand on reçoit ce qu’on appelle un PO, un «purchase order», il faut être capable de bien lire et de bien comprendre à l’endos ce qu’on appelle les «fine prints». Et, dans une autre vie, j’ai eu l’occasion de voir que, malheureusement, il pouvait y avoir des litiges parce qu’il n’y avait pas une bonne compréhension. Alors, c’est l’univers dans lequel les PME du Québec évoluent en 2013, et ça, nous en sommes tous, j’en suis persuadé[1]. »

La loi 101 qui donne le droit de travailler en français au Québec était appliquée pour les entreprises de 50 employés et plus. Le Parti québécois (PQ) proposait ou souhaitait étendre l’application de la Loi 101 aux entreprises de 11 à 50 employés, disons les petites et moyennes entreprises (PME). Les péquistes ne sont pas contre le fait que des entreprises utilisent ou recourent à l’anglais pour faire des affaires avec des entreprises ou des institutions étrangères, mais sont, à juste titre, contre une utilisation systématique de l’anglais dans le milieu de travail québécois.

Le bilinguisme est un atout, mais ne devrait, en aucune façon, constituer une exigence pour certains postes. Pour que « Parler français [devienne] … assurément un atout pour réussir au Québec![2] » et reflète le caractère majoritairement francophone de la province du Québec, l’emploi devrait se passer en français.

Dans un article signé par Louis Lafortune daté du mardi 12 septembre 2006 dans Le Devoir, un journal indépendant, « Les immigrants victimes de discrimination dans la recherche d’un emploi », l’auteur évoquait : « Les immigrants du Québec qui apprennent le français sont souvent victimes de discrimination quand vient le temps de se trouver un emploi parce que de nombreux employeurs exigent la connaissance de l’anglais. »

Jean-Paul Perreault, le président d’Impératif français, dans le cadre de la Consultation générale sur le document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, en  2006, disait à juste titre ceci : « S’il y a une place où la discrimination doit cesser, c’est bien dans la possibilité d’intégrer le marché du travail. Il faut que les gens obtiennent une certaine indépendance financière, économique et matérielle[3]. » Cette affirmation est une vérité absolue et ne peut faire l’objet d’aucune contestation. « Si on leur refuse la possibilité de travailler, vous conviendrez avec nous qu’on les marginalise, qu’on les appauvrit, qu’on contribue à en faire des démunis au sein de la société québécoise[4] », poursuivait-il. Conséquence de cette situation : « […] les stéréotypes [véhiculés par la société d’accueil] vont continuer : ils vivent aux crochets de la société; ils nous imposent une autre langue que le français parce qu’on n’a pas mis en place suffisamment de programmes de francisation[5] », concluait-il.

À la lumière de ces propos de monsieur Perreault, l’on voit toute la complexité de la notion d’intégration qui englobe plusieurs dimensions et indicateurs. Si la dimension économique qui passe par le travail fait défaut au puzzle, tout le château s’effondre. L’indicateur dignité et indépendance financière n’étant pas disponible, toute intégration culturelle serait un leurre. La cohésion sociale qui se matérialise par le vivre‑ensemble harmonieux en prendrait un sacré coup.

L’ambiguïté du message qu’on envoie aux immigrants ne réside pas simplement dans l’impossibilité de trouver un travail en français, mais aussi dans l’accessibilité de certains documents en français pour réussir certaines études. Plusieurs documents sont dans la langue anglaise, ce qui pose un réel problème de cohérence au niveau du discours et du projet de société sur l’idéal du vivre-ensemble linguistique.

Les étudiants vont se diriger dans des cours en anglais parce qu’ils arrivent à la conclusion selon laquelle peu importe leur réelle volonté de vivre et de travailler en français, la question de l’anglais au moment de trouver un emploi ou de faire des études occupera une très grande place dans leur choix de carrière. Ils n’ont pas tout à fait tort si l’on en juge le nombre de livres en anglais dans les collèges comme dans les universités.

Jean-Marc Beausoleil de la Fondation de langue française pour l’innovation sociale et scientifique (FLFISETS) dénonçait cette situation dans le cadre de la consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 tenue à la Commission permanente de la culture à l’Assemblée nationale du Québec. Monsieur Beausoleil s’offusquait de « L’anglicisation [du] système d’éducation au niveau postsecondaire, universités et écoles professionnelles ». Il faisait remarquer ceci : « […] Même des immigrants francophones décident d’aller étudier en anglais actuellement à partir du postsecondaire parce qu’ils se disent : À quoi ça sert d’aller étudier au postsecondaire puis, à un moment donné, tout va se passer en anglais?[6] »

Il poursuivait en ces termes: « Puis là, actuellement, ce qui se passe au postsecondaire commence à influencer ce qui se passe au cégep, puis commence à influencer ce qui se passe au primaire, puis au secondaire où, en fin du compte, il y a beaucoup de parents qui ont demandé à la Cour suprême dernièrement, dans les derniers mois puis les dernières années, de prendre leurs enfants puis de les envoyer directement à l’école anglaise[7] ». Résultat des courses : « Ça fait que tout ça, ça s’imbrique un dans l’autre puis c’est de ça qu’on parle actuellement aussi, au niveau de l’immigration[8].

L’anglicisation du système d’éducation dans les institutions postsecondaires[9] touche selon M. Beausoleil «  90 % de livres en anglais, (… des tests en anglais, des conférences en anglais, des affichages en anglais[10] », d’où la nécessité de franciser tous les outils du savoir (livres, claviers, logiciels, etc.). Les outils technologiques utilisés également dans les entreprises renforcent l’anglicisation du monde du travail et démontrent la forte capacité d’attraction de l’anglais.

Des immigrants originaires de pays francophones ou francophiles ont à cœur la survie de la langue française en Amérique du Nord. On observe un paradoxe dans le discours : au moment de la sélection, les agents d’immigration martèlent souvent aux immigrants le discours qu’ils s’établiront dans une province francophone et ils découvrent à leur arrivée au Québec que la connaissance de la langue anglaise est obligatoire dans certains postes. Il faut appeler un chat, un chat. Nous trouvons que ce n’est pas normal qu’on mette sur la touche des personnes originaires de pays francophones parce qu’elles ne parlent pas l’anglais. Même si nous sommes d’accord avec le fait que certains postes exigent un niveau d’anglais compte tenu de la clientèle et de certains logiciels ou vocabulaires à maîtriser. En ne protégeant pas la langue française comme il faut, on envoie aux immigrants francophones un message qu’au Québec, il faut plus parler anglais que français pour trouver un emploi.

À cause d’un manque de reconnaissance des compétences, d’une anglicisation excessive et présente dans le milieu de travail et certains outils technologiques, les immigrants francophiles sont désenchantés à tel point que le Congrès maghrébin au Québec (CMQ) avait proposé en commission parlementaire une recommandation sur la nécessité de parler anglais. (Lire notre texte La très grande présence de l’anglais dans le marché du travail québécois- Un constat des immigrants francophones et allophones http://goo.gl/cWFEhb).

[1]   Marc Tanguay, « Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d’autres dispositions législatives », Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation, Version préliminaire,  Vol. 43 « 40e législature, 1re session (début : 30 octobre 2012) »,  no 10, 12 mars 2013.

[2]   MICC, Le succès parle français, Juillet 2009.

[3]    Jean-Paul Perreault, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination (10) », Journal des débats de la Commission de la culture,  version finale, vol. 39 « 37e législature,  2e session (14 mars 2006 au 21 février 2007) », no 33, 24 octobre 2006.

[4]    Ibid.

[5]    Ibid.

[6]    Jean-Marc Beausoleil, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (8)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 14, 11 octobre 2007.

[7]    Ibid.

[8]    Ibid.

[9] Lire à ce sujet, un récent article du journaliste Antoine Robitaille qui traite de l’attrait de la langue anglaise dans les etudes supérieures. L’anglais à l’UDEM-Inquiétude légitime, Le Devoir, 30 janvier 2014.

[10]   Jean-Marc Beausoleil, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (8)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 14, 11 octobre 2007.

Publié par : Doudou Sow | 12 novembre 2014

La menace de la perte de l’influence du français au Québec

 

commerce-en-francais-2-522b3-291x300La bataille linguistique est omniprésente sur la scène provinciale québécoise. La transmission de la langue française aux générations futures devient une préoccupation légitime des Québécois et de tous ceux qui veulent renforcer le fait français en Amérique du Nord. La question de la défense de la langue a une signification plus qu’importante au Québec.

Le recul du français sur l’île de Montréal est tristement une réalité. Luc Plamondon avait raison de dénoncer l’anglicisation de la seule province francophone du Canada. En mai 2009, le producteur et parolier québécois avait dénoncé l’anglicisation de Montréal et était allé plus loin en critiquant les politiciens sur leur inaction face au recul du français au Québec lors de la réception de la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec. Ce qui lui avait valu des félicitations de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) qui œuvre, entre autres, à la protection et à la promotion de la langue française.

La publication en avril 2010 de l’étude intitulée « Vrai visage du français au Québec » sonnait de nouveau l’alarme sur l’enjeu linguistique. Les titres des journaux à l’époque venaient une fois de plus démontrer la nécessité de défendre la langue française en Amérique du Nord : « Plaidoyer pour un renforcement de la Loi 101 » (Jennifer Guthrie, Week-end 9-11 avril 2010, Métro). « Défense de la loi 104 : La SSJB lance les hostilités » (Sarah-Maude Lefebvre, 24h Montréal du lundi 12 avril 2010). « Bernard Landry s’inquiète de la situation du français » (Stéphanie Saucier, 24h Montréal du lundi 12 avril 2010). « Grand rassemblement à Montréal pour renforcer la Loi 101 », (La Presse Canadienne, lundi 12 avril 2010).

La menace de la perte de l’influence du français au Québec est aussi justifiée par le fait que de nombreux commerces affichent leur message exclusivement en anglais. La troisième proposition de Legault, Accueil, francisation, intégration et régionalisation de l’immigration, dénonçait cette situation : « Il importe aussi d’envoyer un signal clair à propos de la langue du commerce au Québec. C’est un grief récurrent : il est de plus en plus difficile de se faire servir en français à Montréal dans certains commerces. Nous proposons que l’Office québécois de la langue française prenne ses responsabilités en s’assurant que chacun puisse se faire servir en français.»

L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et actuelle ministre du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, avait signé une entente avec les commerces (18 juin 2012) avant le changement de gouvernement. La signature d’une entente entre le ministère de l’Immigration et l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ) concernant un projet pilote était annoncée dans le communiqué du MICC: Francisation des PME.

Il est inadmissible que des personnes ne puissent dire un seul mot en français après des années et des années sur le territoire québécois. Ces personnes qui sont établies au Québec depuis très longtemps et qui ne disent même pas un mot de français ne pourraient être rangées dans la catégorie d’une intégration sociolinguistique réussie. La population locale est en droit de s’attendre à ce que le nouvel arrivant parle ou apprenne la langue de la société d’accueil. Cette réalité est un phénomène universel très logique.

En tout état de cause, les autorités gouvernementales ne doivent pas faire attendre surtout des nouveaux arrivants allophones au Québec pour qu’ils obtiennent des services en termes de francisation. Il serait faux et réducteur de penser que les immigrants allophones ne font pas d’efforts pour se franciser. Certains immigrants sont confrontés au choix de travailler et d’apprendre le français. Le raccourci des délais de suivi de cours de francisation pourrait avoir un impact considérable sur une francisation réussie des immigrants. Si les immigrants attendent trop rapidement les cours de francisation, ils peuvent aller étudier l’anglais en attendant de trouver un emploi. Et, dans ce cadre-là, ils seront plus ancrés dans la langue anglaise qu’ils trouvent plus facile à apprendre. D’ailleurs, certains immigrants se plaisent même à dire « qu’on n’apprend pas la langue anglaise », mais utilisent plutôt le terme que l’anglais « ça s’attrape » pour démontrer la facilité d’apprentissage de cette langue. Une offre de francisation adaptée permet aux immigrants de tirer la conclusion que la société met en place des outils pour accélérer leur intégration en français.

Mais il demeure que l’on doit concilier les deux aspects : promotion et législation, pour plusieurs raisons. Malgré tous les dispositifs de la charte imposant le respect du français par les entreprises, force est de reconnaître un problème d’application de cette règle.

Les réflexes de méfiance des Québécois au sujet de la fragilité du statut d’une seule langue officielle commune au Québec sont bel et bien justifiés. Le Québec est une province distincte qui doit garder sa langue au nom même de la diversité linguistique au sein du Canada.

Nous ne sommes pas dans une société où on se moque de la personne qui essaie de parler en français en commettant des fautes. Nous ne sommes pas non plus dans une société qui revendique une paternité de parler un français académique. C’est ce qui fait la beauté de la diversité de la langue française en dépit du fait de trouver des points convergents pour se faire comprendre mutuellement. Autrement dit, toutes les conditions pour faciliter l’apprentissage de cette langue sont réunies pour une personne qui souhaite faire des efforts pour s’intégrer sur le plan linguistique et social.

Le français est la neuvième langue la plus parlée dans le monde si l’on en croit l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Au Québec, la langue française est plus qu’un outil de communication. Elle est aussi le symbole d’une appartenance de ce peuple à son identité évolutive. Le Québec n’est pas antipathique à d’autres langues. Parfois, des institutions utilisent la langue maternelle des immigrants pour leur véhiculer un message. Cette pratique est utilisée comme un outil de communication. La preuve, certaines organisations, comme la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), utilisent d’autres langues pour faire passer certains messages.

La baisse de la population francophone dans certaines grandes villes est aussi une véritable inquiétude pour la survie de la langue française : « Dans la région métropolitaine de recensement, qui comprend l’île de Montréal, Laval et les couronnes nord et sud, le poids des francophones sera de 63 % dans 20 ans, contre 69 % en 2006, selon les prévisions[1] ». En plus de la faible natalité des Québécois (un choix de société qu’il faut respecter) et un déplacement des francophones dans les banlieues, il convient de mesurer les risques de l’érosion de la langue française. « En cinq ans, quelque 170 000 Montréalais ont quitté l’île pour Longueuil, Laval et les autres villes de banlieue de ses couronnes nord et sud. En contrepartie, 85 000 banlieusards sont devenus Montréalais[2]. »

L’ancien député péquiste de la circonscription de Borduas à l’Assemblée nationale du Québec de 2007 à 2012, Pierre Curzi, qui déclarait être contre l’idée de Jean-François Lisée, ancien ministre responsable de la métropole, quand il attribuait cette situation à « l’exode des familles francophones vers la banlieue[3] » a également raison de souligner que « les raisons de cette anglicisation sont multiples » (déplacement, très grande attraction de l’anglais, etc).

Dans le centre-ville de Montréal, il y a deux universités anglophones (…) et un certain nombre d’étudiants non-francophones. Il est également vrai que la présence des étudiants anglais ou s’exprimant en anglais, surtout dans le centre-ville de Montréal, peut donner l’impression que le Québec est une ville anglaise.

Le français à l’extérieur du Québec ne se porte pas bien non plus. Le commissaire Graham Fraser, dans le rapport annuel de 2009, déposé au parlement du Canada indiquait qu’à peine 20 % (une personne sur cinq) réussissent à se faire servir en français dans les autres provinces canadiennes (à l’extérieur du Québec). Précisons que le Canada a adopté, il y a de cela 40 ans, une loi sur les langues officielles. « Fonction publique fédérale : le bilinguisme est loin d’être atteint » (24h Montréal, 27 mai 2010) : (un constat du commissaire aux langues officielles Graham Fraser suite à son quatrième rapport annuel). « Le rapport rappelle par ailleurs que la population de langue maternelle française au Canada est passée de 27 % à 22 % de 1971 à 2006 et que cette dernière se concentre de plus en plus à proximité des frontières du Québec. Le rapport souligne aussi la proportion « assez faible » de Canadiens hors Québec qui ont le français comme langue seconde (7 % en 2006)[4]. »

Le septième rapport annuel s’inscrit dans la même tendance inquiétante du recul du français au Canada, comme le soulignait un article d’Hélène Buzzetti « Commissaire aux langues officielles – Le français poursuit sa lente érosion au Canada » pour le journal Le Devoir du 8 novembre 2013.

En définitive, l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, avait développé un argument très intéressant qui mérite toute notre attention :

« C’est qu’un bon jour, au-delà de l’obligation d’utiliser le français au travail, il va falloir en arriver à un point où on va choisir de parler français, parce que parler français t’assure l’inclusion sociale, te permet de participer au développement de la société, et il y a des choses qui ne peuvent pas toujours se forcer. Je ne mets pas en cause les lois linguistiques, elles sont essentielles. Mais, au-delà de ça, quand on tombe dans des choix personnels ou dans des décisions de langue d’usage à la maison, il faut que la personne sente que ce choix-là s’impose, et ce choix-là s’impose quand la personne est socialement admise[5]. »

Il poursuit en ces termes :

« À l’heure actuelle, quand on parle d’une intégration socioéconomique, on dit : La personne trouve du travail en français, c’est réglé. C’est loin d’être réglé, parce que, lorsqu’elle a fini sa journée de travail en français, si le groupe francophone ne lui donne pas des occasions de participer à ses activités, elle retourne parmi les siens. Et c’est quoi, l’avantage du français? Ce n’est que le travail. Tu ne vis pas dans une société où ton français te permet de t’intégrer à tout point de vue, et c’est ce point de vue-là qu’on veut développer[6]. »

Soulignons également que la société d’accueil québécoise a sa part de responsabilité dans le recul de la langue française sur l’île de Montréal. (Nous y reviendrons dans cette série de textes sur l’interdépendance des problématiques : immigration, langue et emploi).

[1]    Études de l’Office de la langue française – Le français perd toujours du terrain à Montréal, Mélissa Guillemette, Le Devoir, 10 septembre 2011.

[2]     Recensement 2006-Montréal peut dire merci aux immigrants, Marie-Luce Pelletier-Legros, Metro, 14 janvier, p.3.

[3]    Les silences de M. Lisée-Le départ des francophones n’est pas l’unique cause de l’anglicisation du grand Montréal-1 février 2013,  Pierre Curzi – Ancien député de Borduas, Le Devoir.

[4]    (« En 2050, neuf francophones sur dix seront africains…Le Français est en constante progression dans le monde, selon un rapport de l’OIF, Christian Rioux, Le Devoir, 12 octobre 2010).

[5]    Conrad Ouellon, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 10, 17 août 2011.

[6]    Ibid.

services-bilingue-bandeau (1)Il faut entendre le cri du cœur des nouveaux arrivants qui se disent étonnés du décalage entre la promotion du fait français à l’étranger et les exigences du bilinguisme des employeurs québécois. Dans une province francophone, c’est une question de bon sens de dire qu’on devrait être capable de travailler et de vivre en français. La langue de Molière ou de Tremblay est une très belle langue qu’il faut préserver. Elle est un vecteur de l’identité d’une société qui veut survivre dans un contexte linguistique très difficile. Elle veut survivre aussi dans un contexte où on veut accueillir des personnes immigrantes, mais qui acceptent de vivre et de travailler en français pour perpétuer la langue. C’est une des raisons pour lesquelles tous gouvernements confondus et, plus particulièrement l’ancien gouvernement péquiste, voulait sélectionner des personnes immigrantes francophones. Elle est aussi le vecteur d’une identité québécoise qui cherche à se redéfinir en donnant une place aux personnes immigrantes qui font siennes les valeurs fondamentales de la société québécoise. La question de la langue est très importante pour qu’on ne la sacrifie au nom de certains principes économiques, voire utilitaristes. Elle est le trait d’union d’une francophonie diversifiée et riche des apports des uns et des autres.

Le secrétaire général du Congrès maghrébin au Québec (CMQ), Lamine Foura, tout en étant d’accord sur l’importance de la langue française, faisait une recommandation de l’anglais développée dans le mémoire transmis à l’Assemblée nationale du Québec.

« Je considère et nous considérons que le français est la priorité des priorités au Québec; il y a une obligation morale, pour chaque immigrant, de devenir francophone s’il ne l’est pas et de l’être naturellement s’il a été choisi parce qu’il est francophone. Mais, par contre, je pense qu’il faudra éviter qu’on ait la politique de l’autruche parce que les chiffres sont contraires à ça: [Il en veut pour preuve] le taux de chômage des allophones anglophones à Montréal [qui] est de 12 %; le taux de chômage des allophones francophones à Montréal [qui] est de 24 %[1]. »

Celui qui travaille en aéronautique enchaîne son argumentation en s’appuyant sur son expérience professionnelle. « Moi, personnellement, je suis dans le domaine du génie, si quelqu’un peut me trouver une entreprise à Montréal qui pourra recruter un ingénieur juste francophone, j’aimerais bien la retrouver. Et je peux vous retrouver des dizaines et des milliers d’entreprises qui vont accepter aujourd’hui de recruter un ingénieur juste anglophone[2]. »

Il trouve qu’un immigrant a besoin de maîtriser l’anglais au vu des réalités du marché du travail montréalais.

« Donc, il faut qu’on sorte un petit peu de nos slogans, il faut que nos politiques sachent la réalité, il faudra qu’on trouve les moyens de façon à ce que la société elle-même se transforme, parce que la réalité économique des fois est en contradiction avec la réalité de nos objectifs idéologiques et de survie de la langue française. Et on ne peut pas juste dire tout simplement aujourd’hui que le français pourra aider les immigrants, ils doivent juste être francophones. Il faut qu’ils soient francophones mais il faut qu’on ait l’aide des fois même à apprendre l’anglais pour pouvoir intégrer les milieux de travail, surtout dans le domaine du génie[3]. »

Le président cofondateur de cet organisme créé en avril 2009, Monsef Derraji, renchérit la position de M. Foura.

« La première recommandation [du CMQ] insistait davantage sur l’importance de l’anglais comme un des critères importants pour une meilleure intégration au marché du travail. Je pense que, de plus en plus, on peut être clairs comme message qu’on envoie à l’extérieur : Oui, on est dans un pays francophone, on parle français, on peut vivre d’une manière très merveilleuse à Montréal ou à Québec ou au Québec en français, mais pour pouvoir intégrer le marché du travail, aller chercher l’emploi qu’on veut, ça prend une connaissance de l’anglais[4]. »

Un « message ambigu » qu’avait relevé l’ancien porte-parole de l’opposition officielle en matière de langue, immigration et communautés culturelles (2011-2012), Yves-François Blanchet, d’une situation que tous les défenseurs de la langue française, Québécois de longue date, de souche ou Québécois d’adoption, trouvent anormale.

Monsieur Lamine Foura s’adressant au député péquiste sur la question actuelle des exigences de la langue anglaise ne souhaite pas, à juste titre, qu’on impute toute la responsabilité aux immigrants sur le recul de la langue française au Québec. « Et je lance le défi de me retrouver une entreprise en ingénierie au Québec qui recruterait un francophone sans qu’il connaisse l’anglais. Et je peux vous garantir, je peux vous donner, je vais avancer un chiffre, 100 entreprises qui recruteraient un anglophone qui ne connaît aucun mot de français. Ça dépend où, mais à Montréal, oui. Donc, la réalité, elle est là[5] », répliquait le secrétaire général du Congrès maghrébin au Québec.

Le député Yves-François Blanchet, qui se voulait catégorique sur certains principes, faisait tout de même une nuance :

« […] il y a des secteurs qui sont internationaux d’emblée. L’ingénierie est un cas, c’est clair. Mais ce n’est pas vrai pour le dépanneur du coin, ce n’est pas vrai pour l’essentiel de l’industrie manufacturière, (…). Mais, en hôtellerie, en tourisme, en restauration, je comprends très bien que quelqu’un doive maîtriser minimalement l’anglais. Je ne comprendrais pas du tout qu’il ne maîtrise pas le français en même temps[6]. »

Des acteurs socioéconomiques, comme le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, avaient abordé la question de l’anglais qui reste d’ailleurs un « sujet délicat», comme ce dernier le reconnaît lui-même, dans le contexte de la fragilité linguistique du français en Amérique du Nord :

« […] les gens de la communauté d’affaires, et on en a entendu des échos dans la communauté plus large, indiquent que, lorsque nous avons des immigrants qualifiés qui n’ont aucune compétence en anglais, cela peut poser problème. Et cela peut poser problème, parce que la nouvelle réalité du marché du travail, c’est que parfois des logiciels contiennent de l’anglais, parfois des manuels contiennent de l’anglais. Et, dans bien des situations, nous voulons que nos entreprises, dans un monde globalisé, mondialisé, puissent faire affaire avec leurs plateformes internationales[7]. »

Monsieur Leblanc défend son point de vue de la manière suivante : «  Donc, il y a un enjeu ici. Si nous accueillons des immigrants qui ne sont absolument pas fonctionnels en anglais, il est possible qu’ils aient, eux, un obstacle d’intégration en emploi dans des emplois de haut niveau, répondant à des besoins réels, mais où l’anglais ou une maîtrise minimale de l’anglais est une exigence[8] ».

Dans cette perspective, Emploi-Québec finance des cours d’anglais aussi bien pour les Québécois d’origine que pour les immigrants francophones et allophones pour leur permettre de trouver un emploi. L’anglicisation des immigrants francophones avait coûté 2,1 millions depuis 2008 selon les médias. Emploi‑Québec conçoit la formation ou les cours en anglais comme une mesure d’employabilité permettant à la personne d’obtenir de meilleures chances d’intégrer le marché de l’emploi si l’anglais devient évidemment le principal obstacle. De ce point de vue, les cours d’anglais deviennent un outil pour un bilinguisme individuel.

Langue de travail – Québec contribue à angliciser les immigrants, révélait La Presse Canadienne du 2 avril 2012. Un article de Jocelyne Richer, repris par Métro révèle, que : « Depuis 2008, 1 095 immigrants nouveaux arrivants (depuis moins de cinq ans au Québec) et refugiés ont eu droit à des cours d’anglais. Coût de la facture pour les contribuables: 2,1 M $. Les données obtenues auprès d’Emploi‑Québec ne sont pas disponibles pour les années antérieures».

Après la révélation du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) sur le projet du Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) de donner un mandat aux organismes communautaires pour des cours en anglais ou en espagnol aux nouveaux arrivants « […] Kathleen Weil [avait] affirmé qu’il serait discriminatoire de ne pas offrir de cours d’anglais aux immigrants francophones qui sont au chômage comme à tout autre Québécois à la recherche d’un emploi. Québec dépense 400 000 $ par an pour des cours d’anglais dispensés à des immigrants[9] ».

L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles était revenue sur ses propos alors qu’elle était interpellée par le député Yves-François Blanchet sur la question des Premières démarches d’installation (PDI) dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration.

Des études, comme Statistique Canada sur l’intégration des immigrants, démontrent que la maîtrise de la langue anglaise est une voie obligée pour se trouver un emploi, mais aussi une voie intéressante en ce qui concerne la rémunération. « Immigration et travail : parler l’anglais est un atout[10] », sous la plume de Malorie Beauchemin,  révélait également cette problématique.

Aussi en guise de rappel, en Commission parlementaire, en 2007, sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, l’ancien député péquiste, Martin Lemay, qui citait des chiffres qu’il qualifiait de « catastrophiques » contenus dans le mémoire du Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), faisait remarquer ceci : « Les unilingues anglophones du Québec ont toujours des revenus supérieurs aux unilingues francophones », soit 34 000 $ contre 29 000 $ pour les hommes, 23 000 $ et 20 000 $[11] ». Une information sur une différence salariale démontre une tendance suivant laquelle la méconnaissance de l’anglais constitue également une barrière dans l’intégration en emploi des personnes immigrantes.

L’argument de globalisation ou de mondialisation de l’anglais valide implicitement la norme de la maîtrise de la langue anglaise. Les personnes immigrantes ressortent le même argument quand le message vient surtout de la société d’accueil. Comme tout être humain, elles suivent la tendance pour tirer leur épingle du jeu linguistique.

[1]    Lamine Foura, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[2]    Ibid.

[3]    Ibid.

[4]    Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7]    Michel Leblanc, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 11, 18 août 2011.

[8]    Ibid.

[9]   Robert Dutrisac, « Québec renonce à son devoir d’accueillir les immigrants, Les organismes communautaires héritent du mandat », Le Devoir, 5 avril 2012.

[10]   La Presse du 1er mai 2007.

[11]   Audition Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 (2)», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 8, 19 septembre 2007.

Publié par : Doudou Sow | 7 novembre 2014

L’intégration en français dans son domaine de compétences

Images Doudou LivresLe lien entre la langue et l’emploi est, sans nul doute, au cœur du processus d’intégration des personnes immigrantes. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie. L’intégration pleine et entière de l’immigrant se mesure à l’insertion en emploi à la hauteur de ses compétences.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015, certains employeurs, notamment la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le Conseil du patronat du Québec, Manufacturiers et exportateurs du Québec, mettent en avant les compétences recherchées par le marché du travail, pas simplement la maîtrise de la langue française. En d’autres termes, même s’ils reconnaissent tous que le français est important, il n’en demeure pas moins qu’ils pensent que les besoins du marché sont prioritaires. Une conception qui va à contre‑courant de la vision souverainiste, qui fait de la langue française son cheval de bataille. On se retrouve donc avec une vision économique et une vision identitaire. Mais les deux peuvent être conciliables si un bon arbitrage est fait.

Le Québec n’arrivera pas à sélectionner 100 % de francophones compte tenu des raisons que nous évoquions dans notre premier ouvrage (Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique http://goo.gl/8f7D41 ). C’est pourquoi les mesures de francisation sont importantes. Par contre, nous pensons qu’il est nécessaire de recruter des francophones ou francophiles ou francothropes (un concept de Charles Castonguay). Leur maîtrise ou connaissance intermédiaire de la langue française, avant leur arrivée au Québec, permettra de ne pas fragiliser le statut linguistique québécois. Il est tout à fait normal que les Québécois s’inquiètent de la situation du français dans la métropole montréalaise. Mais, on ne saurait exiger que des immigrants parlent le français à la maison, leur espace privé. Les immigrants parleront leur langue maternelle à la maison ou feront l’usage de leur langue maternelle et du français si leurs enfants sont nés au Québec. À moins que le gouvernement sélectionne exclusivement des Français, des Belges et des Suisses francophones, ce qui est loin d’être possible.

Par contre, nous partageons la position de la co-chef de Québec Solidaire (QS), Françoise David, sur la crainte de l’anglicisation des milieux de travail, comme l’a bien résumée La Presse Canadienne du 10 septembre 2011 : « […] Françoise David affirme entendre de plus en plus souvent des témoignages d’immigrants à qui l’on demande de parler anglais au travail alors qu’on leur avait dit avant d’arriver dans la province qu’il fallait qu’ils maîtrisent le français[1] ».

Le rapport entre la maîtrise de la langue et l’intégration peut se révéler intéressant, mais pas tout le temps efficace au niveau de l’obtention d’un emploi. Pour preuve, le taux de chômage le plus élevé est observé chez des personnes qui maîtrisent très bien la langue française, à savoir les Maghrébins et les Noirs africains francophones. Il serait parfois important d’évaluer les postes affichés par les employeurs pour voir exactement si la connaissance de l’anglais est justifiée dans toutes les offres d’emploi.

La pérennité du français au Québec est un enjeu sociétal plus qu’important. S’il est vrai qu’il faut avoir confiance en la langue française, il n’en demeure pas moins qu’il faut rester vigilant parce que le pouvoir d’attraction de la langue anglaise est plus grand en Amérique du Nord que celui du français. La volonté de franciser davantage les immigrants avant leur arrivée au Québec augmente le nombre de personnes s’exprimant en français. Une sélection plus grande des francophones ou francophiles ou francothropes augmenterait également le nombre d’immigrants francophones dans la province québécoise.

Il faut, certes, respecter les droits linguistiques de la minorité anglophone au Québec, mais il faut également faire de même pour ce qui est des droits des immigrants sélectionnés concernant le fait français. Il faut trouver un juste équilibre entre trois réalités ou solitudes : société d’accueil francophone, Anglo-Québécois et communautés culturelles francophones. Il faut entendre la voix des sans-voix africains et maghrébins, des immigrants unilingues français, qui sont outrés de ne pas trouver un emploi à cause de la bilinguisation à outrance des postes d’emploi. Ils connaissent d’ailleurs des taux de chômage astronomiques.

Le gouvernement canadien a déjà protégé la langue anglaise au Québec en identifiant déjà ses secteurs de compétence exclusifs : le transport, les télécommunications et le secteur bancaire. Il en est de même pour le gouvernement du Québec, par l’esprit du gouvernement de René Lévesque à travers la Loi 101, qui accorde des protections à certains milieux : la santé par exemple. La Charte canadienne et la Charte des droits et libertés du Québec protègent également les minorités linguistiques.

Le renforcement de la présence de la langue française dans le contexte nord-américain nécessite une adhésion non partisane de tous les partis politiques provinciaux québécois.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes et l’identité québécoise.

[1]       La Presse Canadienne, « La situation du français inquiète Québec solidaire », 10 septembre 2011.

Histoire et Patrimoine-Bonjour Québec

Histoire et Patrimoine-Bonjour Québec

Le français est un facteur-clé d’intégration. Il est clair que le poids du Québec à l’intérieur du Canada se trouve dans la défense de sa langue française. Si on enlève au Québec sa langue française et qu’il se l’enlève aussi, son caractère distinct n’existe plus et son identité sera menacée. Le français, langue de communication, de la vie publique et du travail, ne sera qu’un vœu pieux. Aimer un peuple, c’est aussi aimer sa langue. Ce serait une erreur de penser que, si on ne fait pas une piqûre de rappel aux entreprises, elles continueront à encourager la francisation.

La défense de la langue française, une question nationale

La défense de la langue française doit être une question nationale. L’identité d’un peuple se mesure par la langue, aussi véhicule de culture. La pérennité du français se mesure incontestablement par une intégration réussie en français. Lors de la dernière consultation sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, un consensus sur la question de l’importance ou de la vitalité de la langue française s’était dégagé.

La vérification du niveau de connaissance du français des travailleurs qualifiés permet d’avoir une idée exacte sur le niveau réel de connaissance de la langue et d’apporter éventuellement les ajustements nécessaires. On augmente ainsi le niveau en faisant des tests standardisés. Les aptitudes linguistiques sont nécessaires pour l’insertion en emploi. L’Australie, qui se compare souvent avec le Canada en matière d’immigration, oblige ses immigrants à prendre des cours de langue avant d’arriver sur son sol. C’est pourquoi la décision du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) (sous le gouvernement libéral et péquiste) de signer des ententes avec les alliances françaises et de faire des classes virtuelles en français dans différents pays pour des personnes déjà sélectionnées par la délégation générale du Québec est une très bonne idée. Mais aussi il faut des programmes adaptés dans les lieux de travail pour faciliter le maintien en emploi des immigrants.

Le nombre d’immigrants ayant sensiblement augmenté, les Québécois s’attendaient à ce que le gouvernement libéral francise davantage la population allophone et anglophone. Malgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible.

La capacité d’attraction de la langue anglaise est plus forte que celle de la langue française dans un contexte nord-américain. C’est pourquoi la défense de l’identité linguistique est un combat très normal et noble pour la préservation des générations futures.

Les Québécois peuvent être frustrés de constater que des immigrants allophones ou anglophiles n’adoptent pas le français. Des enfants qui sont des interprètes auprès des personnes qui sont là depuis des années méritent une certaine réflexion.

La diversité des langues a souvent fait peur aux pays d’immigration qui accueillent des gens venus d’ailleurs. On souhaite souvent que les immigrants s’intègrent dans la culture de la société d’accueil.

La spécificité de la langue française peut s’expliquer également en fonction de l’origine de personnes venant même de pays francophones ou francophiles. Le français québécois, ou français du Québec, reflète l’état d’esprit de la société et de son environnement socioculturel. Au Québec, pour éviter toute discrimination, on mentionne souvent dans les documents que l’usage du masculin allège le texte. Ceci dissipe tout malentendu dans la pensée de l’auteur du texte ou document. Cette transition disparait au fur et à mesure pour laisser la place à la féminisation des textes ou des stratégies englobant les différents genres.

Concernant la féminisation de la langue française, une petite anecdote nous vient à l’esprit. Un jour, nous avions fait relire un de nos articles à une collègue québécoise qui nous avait fait la remarque que nous écrivions souvent au masculin. Cette remarque pertinente reflétait un peu notre scolarisation dans des écoles françaises ou sénégalaises où le masculin intégrait le féminin.

Les Québécois qui ne sont pas des Français de France, de Belgique, de la Suisse, n’utilisent pas le français de France, le français d’Europe, excepté surtout les journalistes, les universitaires et certains politiciens. Il faut admettre qu’au Québec parler très bien le français peut donner l’impression que la personne est très prétentieuse. En se lançant dans un débat argumentaire, les gens sont parfois déconnectés et trouvent théoriques certains raisonnements.

La maîtrise du langage populaire peut rendre sympathique la personne immigrante auprès des Québécois. Le français québécois, ou parler français avec un accent québécois, ou les variétés régionales (le joual), est une réalité à prendre en compte pour les personnes immigrantes vivant surtout dans les régions.

La qualité du français écrit et parlé par rapport aux « standards internationaux » (nous le mettons entre guillemets parce que nous n’avons aucune idée du pays qui devrait définir qui parle mieux le français, mais nous sommes d’accord à trouver des règles pour faciliter davantage la compréhension tout en n’excluant pas les particularités ou les régionalismes) fait souvent débat.

Le taux d’analphabétisme au Québec (près de 50 % de la population âgée entre 16 et 65 ans selon le Conseil supérieur de l’éducation[1]) et le  taux de décrochage scolaire (20,1 % chez les garçons contre 12,6 % pour les filles[2]) constitue un véritable problème ne facilitant pas une meilleure lecture, la qualité du français écrit, la signification ou le sens du mot, la syntaxe et le vocabulaire.

En définitive, le lien entre l’immigration et la langue française doit se traduire dans une intégration en français. On observe cependant un paradoxe puisque des personnes s’exprimant en français peinent à se trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences dans la société québécoise francophone.

Débat récurrent sur la sélection des immigrants musulmans

La plupart des personnes originaires de l’Afrique et du Maghreb sont des locuteurs francophones, « le plus grand réservoir francophone à l’heure actuelle[3] », pour reprendre les termes de l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), M. Conrad Ouellon.

Cependant, certains membres de la société québécoise n’hésitent plus à demander officiellement une sélection des immigrants basée sur des motifs ou des critères excluant la religion musulmane (Contexte Charte des valeurs québécoises et attentats terroristes au Canada).

En commission parlementaire (2011 et même 2013), certains acteurs, comme Michel Pagé, incitaient le gouvernement libéral provincial à profiter de la crise économique européenne pour recruter plus de « francothropes » (un concept de Charles Castonguay[4] (l’Amérique latine et l’Europe de l’Est constituent, entre autres, des bassins francothropes)) que d’anglothropes (c’est-à dire des individus tournés vers l’anglais comme ceux de langue germanique, chinoise, etc., selon l’auteur).

  1. Pagé approuvait l’idée de la ministre Weil d’aller recruter « des gens un peu partout dans le monde qui étudient le français » et estimait même en avoir parlé :

« dans le chapitre 3 de [son] petit bouquin qu’ [il avait] publié (…) et [il] suggérerai[t] effectivement de faire un recrutement sélectif actif auprès de pays où on retrouve de larges bassins de locuteurs francophones compatibles avec les valeurs canadiennes et québécoises. [Il cite des pays comme] l’Espagne, 1 million, 2 millions de locuteurs, pas de locuteurs, ou de francophiles, l’Italie même chose, Roumanie, Bulgarie, quoique là c’est encore une fois 1 million. Aux États-Unis, il y a 2 millions de francophones, et presque toutes les universités américaines donnent des cours, ou ont un département de français, ou un département de littérature française. Donc, c’est ce qui n’a pas été fait dans le passé et puis qu’où le bât blesse parce qu’il y a… l’espace francophone est vaste. Plusieurs pays dont ceux que j’ai nommés constituent des bassins de recrutement, surtout maintenant que des pays comme le Portugal, l’Espagne, la Roumanie, l’Italie ont des difficultés. Or, la population sont [sic] en général bien instruite à toutes choses égales[5] », avait soutenu l’auteur du livre « Un passé, un destin ou l’avenir d’un peuple ».

Celui qui s’est indigné du recrutement anglothrope avait suggéré au gouvernement libéral provincial d’exploiter d’autres bassins de recrutement : « dans les prochaines années, c’est là qu’il faut chercher nos francophiles et francophones de façon directe, bien orchestrée, en relation avec le ministère des relations… pardon, des Relations internationales, et nous nous rejoignons[6]. »

Dans son analyse, celui qui a travaillé en Côte‑d’Ivoire dans le domaine du développement international a également fait ressortir un aspect visant à recruter des immigrants qui épousent les mêmes valeurs québécoises, d’où la notion « de larges bassins de locuteurs francophones compatibles avec les valeurs canadiennes et québécoises[7] ».

Perspectives encourageantes

Le Québec a peur de disparaître ou de perdre son identité avec des immigrants anglophiles et immigrants français musulmans. Les « de souche » ne devraient pas avoir peur du rapport avec l’autre. La différence identitaire sera certes une réalité, mais le monde d’aujourd’hui se construit sur la diversité.

La deuxième génération suscite l’espoir au niveau de la vitalité du français. La Loi 101 a sauvé le Québec et une nouvelle génération de Québécois anglais est parfaitement bilingue, comme le relatait l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés Culturelles, Mme Kathleen Weil, qui affirmait : « Les Anglo-Québécois sont les plus bilingues au Canada[8] ».

Au niveau du débat sur la fragilité linguistique, le dernier recensement de Statistique  Canada[9] indique une amélioration : « Enquête nationale – Le français en hausse chez les immigrants»[10].

Les libéraux, sous Jean Charest, comptaient également sur les jeunes étudiants français et les PVTistes (Programme Vacances-Travail (PVT)) pour augmenter le nombre de personnes parlant la langue française au Québec.

L’importance de la valorisation de la langue française comme outil d’intégration demeure plus que jamais nécessaire pour la pérennisation de 2 % de francophones en Amérique du Nord.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes et l’identité québécoise.

[1] Annie Mathieu, « Québec s’attaque au drame de l’analphabétisme », Le Soleil, 18 novembre 2013.

[2]     Lisa-Marie Gervais, « Taux de décrochage scolaire – Certaines régions affichent de fortes baisses », Le Devoir, 20 mars 2013.

[3]     Conrad Ouellon, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 10, 17 août 2011.

[4] Le chercheur Charles Castonguay avait expliqué ce concept dans le cadre du projet de loi numéro 14.

[5] Michel Pagé, À titre personnel, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 12, 24 août 2011.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Audition SH Intégration, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[9] Même s’il faut se montrer prudent par rapport aux dernières statistiques de Recensement Canada  de 2011 pour plusieurs raisons, notamment le fait que la participation à l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) était volontaire, une première dans l’histoire de Recensement Canada.

[10] Édition du 9 mai 2013, section Actualités, écran 2, La Presse+.

Intégration une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueilUne des valeurs des immigrants reste la fidélité, ce que les employeurs québécois et canadiens apprécient. Les immigrants peuvent très bien répondre à la question « Où-est-ce qu’ils se voient dans cinq ans?». Il suffit juste de voir au niveau de leur CV leur parcours professionnel pour se rendre compte que la majorité d’entre eux ont fait carrière au sein d’une même compagnie en gravissant plusieurs échelons. Ceux et celles qui ont la possibilité de changer d’emplois ne sont pas très nombreux vu le contexte et les opportunités d’emplois moins grandes dans certains pays comparés au Canada. Les employeurs peuvent donc miser sur une des valeurs des immigrants, la fidélité ou la loyauté.

En effet, quand nous nous rendons dans les entreprises, dans le cadre de notre programme Mentorat, pour recruter des mentors potentiels, parfois des anciens candidats dans le processus de régionalisation de l’immigration ou des anciens participants du projet Mentorat, nous exprimons une certaine fierté de les voir dans leur milieu de travail. Des personnes immigrantes qui ont acquis et renforcé leur confiance au cours de leur parcours professionnel sont fières aussi de contribuer au rendement de leur entreprise, mais aussi au développement économique du Québec. Ce ne sont plus ces personnes qui étaient déboussolées à leur arrivée, qui semblaient être perdues dans la masse d’informations obtenues, mais parfois aussi sous l’emprise d’un mauvais entourage qui leur faisait croire que le poste actuel qu’elles occupaient ne pouvait exister que dans leurs rêves. Ce qui était chimère au départ aux yeux de certains devient réalité à force de persévérance. Ce sont des personnes qui ne sont pas jugées en fonction de leur appartenance religieuse, ethnique ou raciale, mais plus en fonction de la valeur ajoutée qu’elles apportent à leurs entreprises. Elles sont jugées sur leur rendement et leurs tâches effectuées plus que sur des critères ethniques. Elles deviennent des « Québécois tout court » qui expriment leur dignité par le travail. Elles expriment également leur appartenance par rapport aux entreprises qui leur permettent d’afficher leur sourire quotidien. Elles se sentent valorisées par le travail.

L’embauche des personnes immigrantes peut entraîner un taux de roulement de l’entreprise faible ou stable au moins (ou environ) cinq années. Elles sont habituées à travailler dans une même entreprise et démontrent souvent leur fidélité à leur premier employeur. Une certaine culture de reconnaissance de la première entreprise qui leur a donné une chance et ouvert les portes de la dignité par le travail.

Elles déclinaient également ces possibilités d’emploi dans une perspective de réduction de risque de perte d’emploi (sécurité de l’emploi déjà acquis, liens existant à maintenir, avantages de conciliation travail-famille). Un immigrant qui a déjà établi des réseaux socioprofessionnels et s’est déjà familiarisé avec les collègues de travail ne veut pas quitter forcément son travail. Même si au Québec changer un emploi en bons termes est un défi et ne pourrait être pris comme un acte de trahison.

Les entreprises qui ont vite compris la fidélité de ces employés ont développé très rapidement un système de promotion à l’interne basé sur le mérite. En voyant comment ces personnes ont évolué au sein de la société sous tous ses angles, nous pourrions dire que la société québécoise a le mérite de faire naître, chez les personnes immigrantes, l’espoir d’un meilleur avenir. Les nouveaux arrivants ne vivent que de cela.

Malgré les péripéties liées aux obstacles de la recherche d’emploi, elles se disent qu’elles pourront toujours trouver un emploi. Dans d’autres sociétés européennes, ce ne sont pas juste les compétences qui feront de la personne immigrante l’heureuse élue au poste. Au Québec, tout de même, en combinant les compétences, le réseau et la bonne attitude, la personne immigrante rencontre toujours une personne qui peut la connecter avec la personne ressource. Il faut, certes, être au bon moment au bon endroit, mais en même temps mériter la chance ou l’opportunité offerte.

L’intégration est ce mariage parfait entre la personne immigrante qui développe son sentiment d’appartenance à la société d’accueil qui le lui rend bien en lui ouvrant les portes du marché du travail.

Les conseillers en emploi sont très fiers de suivre le cheminement des nouveaux arrivants et sentent qu’ils font la différence pour des personnes immigrantes qui ont trouvé un emploi dans leur domaine de compétences.

En définitive, les personnes immigrantes retrouvent, par le biais du travail à la hauteur de leurs compétences, une certaine conscience citoyenne qui s’exprime par le sentiment de participer à l’effort national de production d’une richesse collective, le sentiment de retrouver une identité perdue et une certaine reconnaissance sociale.

Logo Sommet de la Francophonie_1

La Délégation générale pour l’organisation du XVe Sommet de la Francophonie se tiendra les 29 et 30 novembre 2014 à Dakar, capitale du Sénégal. Le continent africain symbolise à la fois l’avenir du développement économique (taux de croissance moyen du PIB de 5 % depuis 15 ans selon l’article de Jean-Benoît Nadeau, un énorme marché avec des potentialités immenses : importants gisements de pétrole, minerais et gaz naturel) tout comme la pérennité de la langue française. Les partisans du fait français devront davantage miser sur le continent africain où on retrouvera le plus de francophones dans le monde. En 2050, neuf francophones sur dix seront Africains, selon un rapport sur la langue française dans le monde de l’Organisation internationale de la Francophonie (l’OIF) publié en octobre 2010.

Pour que le XVe Sommet de la Francophonie ne soit pas qu’un simple exercice de relations publiques, il demeure fondamental de questionner ces différents enjeux : liberté d’expression et de manifestation, bonne gouvernance, démocratie, désespoir de la jeunesse africaine, taux de chômage endémique chez les jeunes, reconnaissance des diplômes et des compétences des immigrants francophones.

Désespoir de la jeunesse africaine sur le plan économique et politique

Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), une institution fiable, les jeunes de moins de 20 ans représentent 52,7 % de la population sénégalaise. « Les pays du sud de la francophonie ont tous plus de 50 % de jeunes dans leur population avec un taux de chômage avoisinant les 30 % dans l’ensemble des pays africains membres de la francophonie et des pays du sud en général [Abdel Kader Ndemanam, ministre nigérien en charge de la jeunesse et des sports et président en exercice de la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports des pays membres de la Francophonie (CONFEJES)] », pouvait-on lire dans l’article de Ndeye Maguette Kébé du Journal de l’économie sénégalaise (LEJECOS) en date du 2 mai 2014 intitulé Sénégal : Le taux de chômage chez la cible 15-35 ans varie de 12,7 % à 26,6 %. Le chômage, qui est extrêmement pénible à vivre, affecte le moral des personnes laissées en marge par la société.

L’absence de perspectives professionnelles pousse de plus en plus les jeunes Africains à emprunter le phénomène de l’immigration clandestine à leurs risques et périls, comme en témoigne le phénomène migratoire de « Barça ou Barsax » (partir à Barcelone ou mourir). Le contrôle accru dans les frontières, matérialisé par la création de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (FRONTEX) en 2004-2005, les mesures dissuasives des pays d’immigration (reconduite à la frontière, amendes, emprisonnement, interdiction du territoire au bout d’un certain nombre d’années, etc.) auront moins d’efficacité tant et aussi longtemps que les conditions économiques des jeunes migrants et des réfugiés africains et maghrébins ne seront pas réunies. La résolution de cette triste situation ou le maintien des jeunes migrants dans leur pays d’origine dépend, entre autres, non seulement des leaders politiques africains et maghrébins qui doivent faire preuve de bonne gouvernance, mais aussi de l’arrêt de la dilapidation des ressources naturelles par les puissances étrangères avec la complicité de certains politiciens qui prennent en otage leur propre population. La problématique des mouvements migratoires interpelle à la fois les pays d’origine et les pays d’accueil.

Même si la maturité du peuple sénégalais a été saluée sous les gouvernements de Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, notre pays d’origine a connu un recul démocratique en moins de trois ans de règne de l’actuel président Macky Sall, qui avait pourtant recueilli 65,80 % au deuxième tour de la présidentielle de mars 2012.

  • Restriction des droits humains et interdictions record de manifestation pacifique pour « menaces de trouble à l’ordre public » (plus de 25 demandes de manifestation refusées selon le journal en ligne Actunet, une dérive diplomatique relayée par Radio France Internationale (RFI) à travers son article Sénégal : les interdictions de manifestation se multiplient http://goo.gl/wSkPXo );
  • Utilisation abusive de l’article 80 du code pénal, offense au Chef de l’État, un fourre-tout, une sorte d’épée de Damoclès sur tous les citoyens sénégalais et une arme politique pour museler les adversaires politiques (Lire cet excellent article visionnaire Le petit dictateur de Mbodiène http://xalimasn.com/par-adama-diouf-2/);
  • Assassinat sauvage d’un étudiant et plusieurs étudiants blessés et paralysés à vie pour avoir réclamé le paiement de leurs bourses qu’ils n’ont pas perçues depuis plus d’un an (d’octobre 2013 à août 2014 selon Yankhoba Seydi du Syndicat autonome des enseignants du supérieur (SAES) cité par la journaliste Sabine Cessou à travers son article Le mouvement étudiant sénégalais victime des violences policières http://goo.gl/P6Wlsa);
  • Acharnement contre certains médias de veille démocratique et volonté exprimée d’interdire les tribunes libres radiophoniques interactives (Wakh sa Khalat : Parole aux citoyens) : « Macky Sall : « Revue de presse, une dictature imposée à la nation » (Dakaractu, 28 août 2014), etc.).

La section sénégalaise d’Amnesty International a d’ailleurs été sévèrement critiquée par le gouvernement sénégalais lorsqu’il avait publié, à juste titre, en mai 2013 un rapport accablant sur l’actuel gouvernement (La situation des droits humains dans le monde, période couverte de janvier à décembre 2012) (http://goo.gl/AVWxha).

Le rêve d’un avenir meilleur dans les pays développés doit également se matérialiser par l’obtention d’un emploi décent des immigrants. Le développement économique ne serait possible qu’à condition qu’à tous les niveaux de création des richesses, les pays de la Francophonie utilisent maximalement les talents, peu importe leur origine.

Passer de la parole aux actes

Au Québec, la maîtrise de la langue française, qui constitue un outil d’intégration socioéconomique, n’est cependant pas le seul paramètre pour une intégration rapide en emploi, du moins pour certaines catégories de la population. Les Maghrébins, les Noirs africains et les Haïtiens, qui ont une très bonne maîtrise de la langue française et un niveau de qualification très élevé, peinent à trouver un emploi dans leur domaine de compétences. Les immigrants francophones ou francophiles s’étonnent du fait que la langue anglaise soit plus utilisée dans le marché de l’emploi alors qu’ils ont été choisis sur la base du fait français. Ils se trouvent ainsi désorientés entre le discours et la réalité sur le terrain qui démontre une grande présence de l’anglais.

Les pays développés membres de la Francophonie doivent également respecter les représentants diplomatiques africains ainsi que leurs citoyens. Souvenons-nous de ce fâcheux épisode :

« En mai 2006, en plus de ne pas être accueilli par un ministère du gouvernement conservateur tel que l’exige le protocole (M. Diouf a un statut de chef d’État), le secrétaire général de l’organisation internationale de la francophonie a été soumis à une fouille corporelle à son arrivée à l’aéroport de Toronto alors qu’il « se rendait à Saint-Boniface, au Manitoba, pour participer à la Conférence ministérielle de la francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine »[1]. »

«  L’« accueil » réservé à Abdou Diouf : une injure à tous les francophones », tel était le titre d’une lettre d’opinion de Jean-Marc Léger, ancien journaliste, ancien diplomate québécois et premier secrétaire général de l’Agence de la Francophonie (1969-74), parue dans le journal Le Devoir du 13 mai 2006.

Les pays d’immigration membres de la Francophonie ont tout à gagner en attirant et recrutant des travailleurs qualifiés immigrants et des étudiants étrangers, des têtes de pont qui établissent des liens entre la société d’accueil et leur pays d’origine.

Les 77 chefs d’État et de gouvernement qui se rendront au Sommet de la Francophonie devront désormais établir un partenariat gagnant-gagnant. Pour éviter que davantage de pays africains basculent vers l’anglais, il faut impérativement « un traitement équitable entre les pays membres » comme le soulignait le président du Conseil national de la jeunesse du Niger, Aliou Oumarou, qui estimait que « La Francophonie ne profite qu’à la France ». (Le Quotidien, Ngoundji Dieng, 10 octobre 2014, article paru dans le portail Seneplus.com).

Le successeur ou la successeure de l’actuel secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie aura du pain sur la planche pour faire du français une langue riche culturellement et économiquement. Ce que nous souhaitons de tout notre cœur en tant que défenseur de cette neuvième langue la plus parlée dans le monde.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]     Mackay (ministre des affaires étrangères à l’époque) qualifie de « regrettable » l’accueil réservé à Abdou Diouf, Gilles Toupin, La Presse, 13 mai 2006.

 

Publié par : Doudou Sow | 28 octobre 2014

Les compétences recherchées par les employeurs québécois

Compétences recherchées par les employeurs québécoisLe monde du travail est en pleine mutation. En d’autres termes, le marché du travail ne cesse de se métamorphoser. La personne immigrante qui est à la recherche d’un emploi doit être à l’affût de tous les changements organisationnels.

On caractérise souvent les compétences à travers les trois S (savoir, savoir-faire, savoir-être). Le système organisationnel québécois ne demande pas seulement des compétences techniques aux travailleurs qualifiés immigrants, mais aussi « des savoir-faire relationnels ». Stéphane Boudriau, dans son livre Le CV par compétences-votre portefeuille pour l’emploi a très bien décrit cette situation : « savoir-faire relationnel ou agir relationnel ». Il définit les savoir-faire relationnels comme « des capacités qui permettent de coopérer efficacement avec autrui : capacité d’écoute, de négociation, de travail en équipe, de travail en réseau[1] ».

La notion de compétence ne se limite pas à une exécution de tâches ou un « savoir-faire d’exécution », mais demande également un esprit de jugement. Dans cet excellent livre de référence pour les conseillers en emploi, l’auteur poursuit en ces termes :

« La compétence tend à se définir plutôt comme un « savoir-agir » ou un « savoir‑réagir ». Dans ces circonstances, être compétent c’est savoir quoi faire et savoir quand le faire. Le professionnel devra savoir prendre des initiatives et des décisions, négocier et arbitrer, faire des choix, prendre des risques, réagir à des imprévus, innover au quotidien et prendre des responsabilités. Pour être reconnu comme compétent, il ne suffit plus d’être capable d’exécuter le prescrit, mais d’aller au‑delà du prescrit[2]. »

Dans un contexte de crise économique difficile ou d’instabilité économique, la liste des « chômeurs expérimentés » ne cesse de s’allonger. Les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées. La demande d’emplois étant supérieure à l’offre; la proactivité, le sens du service à la clientèle, l’attitude positive, la flexibilité, le bilinguisme et la capacité à bien communiquer constituent des aptitudes nécessaires pour affronter le marché du travail.

Pour cette raison, les nouveaux arrivants doivent se poser plusieurs questions pertinentes afin de décrocher le ticket de l’emploi.

  • Quelles sont les meilleures stratégies d’approche des employeurs?
  • Comment bien se vendre devant un employeur tout en évitant de se vanter?
  • Comment démontrer à l’employeur son sens de l’humilité tout en évitant de se dévaloriser?
  • Quelles sont les valeurs dominantes dans les entreprises québécoises?
  • Comment créer, développer et entretenir un réseau?
  • Comment séduire, convaincre et rassurer l’employeur?
  • Comment mieux approprier la culture du réseautage québécoise?
  • Comment créer un réseau après avoir laissé derrière soi un réseau social et professionnel ou mieux profiter du bouche à oreille?
  • Comment valoriser les compétences transférables?
  • Comment s’intégrer et se maintenir en emploi?
  • Comment arriver à tirer son épingle du jeu dans un contexte de ralentissement économique ou de crise économique?

Les employeurs québécois, qui sont des Nord-Américains, ont l’esprit pragmatique et, ce faisant, recrutent des candidats leur permettant d’atteindre ou de dépasser les objectifs annuels. Cette situation est aussi bien valable pour les petites et moyennes entreprises (PME) que pour les organismes à but non lucratif. De ce point de vue, les immigrants doivent comprendre que, dans le marché du travail, l’employeur aura plus intérêt à garder la personne qui livre la marchandise peu importe qu’elle soit immigrante ou québécoise « dite de souche ».

Nous sommes dans une société nord-américaine où la concurrence est féroce. La productivité et le rendement guident les entreprises qui veulent garder leur part de marché ou les augmenter surtout en période de crise économique. L’entreprise veut investir dans des ressources humaines qui pourront se révéler un investissement non plus à long terme, mais à court terme.

Une certaine métamorphose du travail et des entreprises, accentuée par le contexte économique morose, pousse les employeurs à mettre de l’avant des critères de plus en plus sélectifs. Il faut savoir gagner sa place, mais aussi la mériter. C’est pourquoi les personnes immigrantes et, notamment les nouveaux arrivants, doivent faire preuve de débrouillardise et de persévérance. La tâche devient de plus en plus complexe puisqu’elles sont en concurrence avec de nouveaux chômeurs expérimentés qui pourront se prévaloir, lors des entrevues, d’avoir perdu leurs emplois à cause de la crise économique et non pas par incompétence.

Ainsi, dans le contexte de la crise économique, l’adaptabilité et la polyvalence sont nécessaires aux chercheurs d’emploi pour faire face aux besoins de l’entreprise. L’employeur exige souvent de l’employé une capacité d’adaptation à son nouvel environnement. Cette condition est valable pour tout nouvel employé, elle l’est plus pour un immigrant qui ne maîtrise pas les codes culturels, qui n’a pas fait ses études au Québec et qui n’a pas encore travaillé au Québec dans son domaine de compétence ou dans un domaine connexe, ou n’a pas eu un petit boulot (communément appelé jobine au Québec).

Les entreprises qui veulent être compétitives n’hésitent pas à faire confiance à une personne qui a livré la marchandise et, par conséquent, à lui permettre de gravir les différents échelons au sein de l’organisation. Cette politique de promotion par le mérite ne concerne pas uniquement les immigrants, mais tous les employés.

[1] Stéphane Boudriau, Le CV par compétences – votre portefeuille pour l’emploi, 2e édition revue et enrichie, Montréal, Les Éditions Transcontinental, 2002, 327 p.

[2] Op, cit; p.61.

Doudou_bureau interculturalismeLes conseillers en emploi entendent très souvent les doléances des médecins, des ingénieurs et des avocats qui pratiquaient des métiers et fonctions très valorisés dans leur pays d’origine. En arrivant au Québec, les immigrants appartenant à des professions réglementées perdent ce statut professionnel et doivent lutter pour leur survie financière. Le renforcement positif, une des caractéristiques de la société québécoise, devient dès lors nécessaire pour gagner et regagner la confiance de ces professionnels étrangers.

Les nouveaux arrivants sont confrontés à des problématiques difficiles : ils entendent par ci et par là que le marché du travail québécois est fermé, qu’il existe des obstacles ou une fermeture des ordres professionnels, que les employeurs ne reconnaissent pas leurs compétences et que le taux de chômage est très élevé dans cette même frange de la population : difficile de ne pas sombrer dans le défaitisme dans ce cas-là. La dépression peut s’ensuivre très rapidement. C’est dans ce cadre que les conseillers en emploi interviennent pour apporter un discours positif.

Les professionnels de l’employabilité reconnaissent, certes, qu’il existe des problèmes au niveau de la société, mais ils accompagnent les chercheurs d’emploi dans la voie de la réussite. Ils travaillent sur l’image positive des nouveaux arrivants, mais demandent également que les politiques fassent leur part en sensibilisant la société d’accueil et les employeurs sur l’importance de la gestion de la diversité culturelle. La solution de leurs problèmes passe par une mobilisation de tous les acteurs de la société (État, société civile, employeurs et évidemment eux-mêmes).

Les conseillers en emploi font un suivi, surtout dans les premières semaines d’intégration professionnelle qui demeurent fondamentales pour les nouveaux employés, particulièrement pour les nouveaux arrivants. C’est une période charnière qui peut entraîner un congédiement rapide de la personne immigrante si elle n’est pas bien encadrée. « L’article 82 de la Loi sur les normes du travail prévoit que, à l’intérieur des trois premiers mois de probation, l’employeur peut congédier un salarié sans préavis. Après cette période, il doit lui donner une semaine de préavis de licenciement[1]. »

Le travail de collaboration entre les conseillers en emploi permet à chacun d’entre eux d’utiliser le réseau et l’expertise d’un collègue pour faciliter le placement en emploi, mais aussi référer les personnes aux bons services ou organismes partenaires.

[1] Marie-Claude Marsolais, « Période probatoire : mode d’emploi », Jobboom, 19 avril 2010.

Publié par : Doudou Sow | 16 octobre 2014

Question sur la fameuse expérience québécoise

Publié par : Doudou Sow | 16 octobre 2014

Débat sur la fuite ou circulation des cerveaux étrangers

Publié par : Doudou Sow | 14 octobre 2014

La question de la surqualification des immigrants

Doudou SOIIQ2(La première impression est toujours la meilleure; dit-on souvent.)

La première impression est un élément important dans le processus de sélection québécois. Mais si l’on se réfère à l’interactionnisme symbolique du sociologue et linguiste américain d’origine canadienne, Erving Goffman[1], on pourrait imaginer un théâtre où chaque acteur joue un rôle (La présentation de soi (la mise en scène de la vie quotidienne, tome 1). Même si la recherche d’emploi est une affaire sérieuse, les employeurs se fient aux gestuels, aux mimiques, à la posture, à l’élocution et donnent une chance à la personne qui correspond le mieux aux compétences génériques et relationnelles. Un proverbe sénégalais décrit très bien la perception de la première impression. « Wuudé, na mu la gise, la lay ëwale : «  Le cordonnier travaille pour toi comme il te voit » (traduction littérale). Les employeurs ne donnent souvent pas une seconde chance aux candidats de donner une première bonne impression.

Les immigrants sont très motivés et adoptent une attitude positive au début de leur arrivée au Québec. Ils sont dans une phase euphorique et entretiennent une relation lune de miel avec la société d’accueil. Ils donnent ainsi l’image d’un couple qui vient juste de convoler en justes noces. Mais cette lune de miel se termine au fur et à mesure que la personne immigrante éprouve des difficultés à se trouver un emploi dans sa terre d’accueil.

Une culture de la persévérance renforce un meilleur état d’esprit des nouveaux arrivants dans leurs démarches de recherche d’emploi (moral très bas, frustration, manque d’expérience québécoise, concurrence avec de nouveaux chômeurs québécois très expérimentés.) Le constat reste que la crise économique affecte tout le monde, mais est vécue différemment par des personnes immigrantes qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise. Les chercheurs d’emploi immigrants doivent tout faire pour garder leur motivation intacte afin de se démarquer des autres candidats locaux à la recherche d’emploi.

Ils doivent, certes, être maîtres dans l’art de communiquer, mais en même temps faire leur la culture sisyphéenne de la persévérance. Cette démarche s’inspire du mythe de Sisyphe dans la mythologie grecque. Puni par les dieux, Sisyphe essayait continuellement de faire remonter le rocher en haut de la montagne. Ce courage sans faille, mais épuisant, reflète à bien des égards celui qu’exige la recherche d’un emploi. Entendons-nous bien ici, l’emploi est le premier facteur intégrateur et socialisateur de l’individu dans la société. C’est grâce à l’emploi que la personne se sent parfaitement intégrée à la société d’accueil.

Il convient de noter que, malgré certains obstacles à la recherche d’emploi, certaines personnes immigrantes ne prêtent pas le flanc au découragement. Dotées d’un tempérament de fonceur, elles essaient de mettre tous les atouts de leur côté afin de surmonter les difficultés liées aux exigences des ordres professionnels, à la non-reconnaissance des diplômes et des acquis, et à la barrière linguistique. Question de caractère bien sûr, mais dont on peut aussi s’inspirer.

[1] Selon l’interactionnisme symbolique,  « L’objet est situé dans un cadre de réseaux de relations » (interactionnisme, interrelationnisme, symbolisme, ethnométhodologie).

integration03L’emploi est le premier facteur socialisateur et intégrateur de l’immigrant dans la société québécoise. Le milieu de travail, comme espace de socialisation et d’ouverture à la société d’accueil, constitue une référence identitaire inclusive.

Le milieu de travail permet, aussi bien à l’immigrant qu’au Québécois, de se découvrir mutuellement, de briser les barrières. Il est le lieu d’apprentissage de la culture québécoise. Le travail, facteur de socialisation, amène à réfléchir et à épouser les traits culturels de la société d’accueil. L’approche gagnante de l’intégration passe à la fois par une insertion et un maintien en emploi, mais aussi par une adhésion aux valeurs de la société québécoise.

Il serait inapproprié d’affirmer que tous les immigrants ne veulent rien savoir de la culture québécoise. La généralisation devient abusive à ce moment-là. L’apprentissage de la culture québécoise est un élément fondamental dans l’intégration socioprofessionnelle de l’immigrant. Il est une condition sine qua non dans le cheminement d’une intégration réussie. Il est important de comprendre la culture organisationnelle, la manière d’interagir avec les membres de l’équipe, ce qui aide l’immigrant à donner une première bonne impression à l’employeur.

Les immigrants ont absolument besoin de comprendre davantage les spécificités de la société québécoise (son histoire, ses valeurs fondamentales, les us et coutumes, etc.) afin de bien aborder leurs interlocuteurs qui se trouvent être les employeurs. Dans notre article intitulé « Le mentorat, une valeur ajoutée à la cohésion sociale », nous défendons le point de vue suivant lequel le mentorat, qui permet de décrypter certains codes culturels, devrait être adapté à une réalité interculturelle. Un rapprochement interculturel permet de rompre l’isolement de ces néo-Québécois, qui sont parfois isolés et, par définition, sont en difficulté vis-à-vis de la société (le chômage), vis-à-vis de la recherche d’emploi (ils ne connaissent pas les spécificités du monde du travail québécois, ils viennent juste d’arriver et vivent des problèmes d’acculturation, ils ne maîtrisent pas encore les méthodes dynamiques de recherche d’emploi, ils ne savent pas bien se vendre lors des entrevues, etc.).

La création du lien social rompt l’isolement et atténue le sentiment de découragement qui peut naître chez les immigrants. Comme la recherche d’emploi est un véritable parcours du combattant, le mentoré a parfois besoin d’une « petite tape dans le dos » encourageante. Cette approche psychosociale apporte une certaine confiance à l’immigrant.

L’immigrant perçoit chez le Québécois [de souche] une ouverture et une certaine volonté de l’aider à trouver son propre chemin. Ce coup de main renforce davantage le développement du sentiment d’appartenance à la société d’accueil, la cohésion sociale et le vivre-ensemble. L’éthique de la solidarité et du principe « du donner et du recevoir » constitue le ciment de ces initiatives citoyennes.

Les immigrants doivent, certes, faire des efforts pour s’intégrer culturellement, mais la société d’accueil a aussi la responsabilité de les aider à réussir une intégration économique et sociale. En clair, une personne immigrante doit aller vers le Québécois, mais ce dernier doit aussi s’ouvrir à elle.

Le lien entre la langue et l’emploi est, sans nul doute, au cœur du processus d’intégration des personnes immigrantes. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie. L’intégration pleine et entière de l’immigrant se mesure à l’insertion en emploi à la hauteur de ses compétences.

Le rapport entre la maîtrise de la langue et l’intégration peut se révéler intéressant, mais pas tout le temps efficace au niveau de l’obtention d’un emploi. Pour preuve, le taux de chômage le plus élevé est observé chez des personnes qui maîtrisent très bien la langue française, à savoir les Maghrébins et les Noirs africains francophones.

Pour développer le sentiment d’appartenance des personnes immigrantes à la société québécoise, il demeure évident que la question de l’emploi constitue un paramètre incontournable.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

Doudou présenté à la ministre par Éva Lopez et Stephan  Le Québec accueille la diversité dans une perspective interculturelle. Le Québec se définit par une histoire qui lui est propre et qui fait son unicité. La langue française joue le rôle de marqueur de l’identité québécoise.

Le Québec est une société inclusive basée sur le consensus et le compromis. L’acceptation de l’autre et la tolérance ne sont pas des acquis. Il faut une veille quotidienne par l’éducation et la sensibilisation. Il faut encourager les immigrants à s’imprégner des valeurs de la société par la sensibilisation et non par la coercition. Il faut à ce titre établir des espaces de dialogue ou arbres à palabres pour recoudre le tissu social. L’enseignement de la culture québécoise aux nouveaux arrivants, qui se fait déjà aux différentes séances d’information sur les valeurs québécoises, est une bonne chose à saluer.

En commission parlementaire, l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, insistait souvent sur l’importance de « vendre la diversité » à la population québécoise.

Le phénomène de la diversité est relativement nouveau au Québec. La promotion de la diversité est une démarche efficace qui sensibilise davantage la société d’accueil à l’ouverture des personnes venues d’ailleurs pour enrichir le Québec sous toutes les facettes. C’est un premier pas de célébrer le mois de l’histoire des Noirs [entré en vigueur le 1er février 2007 sous le règne du gouvernement libéral provincial], mais aussi d’avoir une semaine contre le racisme et une semaine de rapprochement interculturel, des moments privilégiés pour faire la sensibilisation sur l’apport positif de l’immigration. Mais le gouvernement doit aller plus loin en changeant les manuels scolaires, en vantant la contribution des Noirs, comme on l’a fait pour combattre le sexisme.

Les représentants des différentes communautés culturelles doivent éviter de crier le racisme à tort et à travers pour ne pas décrédibiliser ce concept trop chargé d’émotions. Un peu de nuance dans les propos des représentants des communautés culturelles ferait énormément de bien à celles-ci. L’enseignement de l’histoire doit également intégrer l’histoire des minorités culturelles dans une perspective inclusive et pédagogique.

Si tous les outils d’employabilité existent au Québec, il n’en demeure pas moins un problème d’arrimage ou d’harmonisation de certaines pratiques. Il faut davantage valoriser le capital humain et changer la mentalité où les attitudes des employeurs réticents à l’égard de certaines communautés (rapport sur la discrimination patronymique, rapport sur les médecins étrangers) deviennent un problème de société.

La précarisation des personnes immigrantes avec son corollaire l’exclusion sociale d’une catégorie de la population peuvent avoir une incidence sur le projet de cohésion sociale.

Le sous-emploi des nouveaux arrivants est une réalité vécue dans le processus d’intégration du marché du travail. Le revenu des immigrants, le taux de chômage des immigrants, les emplois atypiques, la « racialisation » de la pauvreté nous renseignent sur les difficultés d’intégration de cette catégorie de personnes.

L’immigration n’est certes pas une panacée, mais fait partie intégrante des solutions sur le plan démographique, économique et linguistique.

Publié par : Doudou Sow | 30 septembre 2014

Le portrait de l’immigration québécoise

Publicite MentoratLe Québec qui compte plus de 8 000 000 d’habitants est composé d’un très grand territoire divisé en 17 régions administratives. Le Québec est la seule province au Canada à choisir et à maîtriser son immigration en vertu de l’entente Canada-Québec en matière d’immigration du 1er avril 1991.

Le Québec a l’avantage de sélectionner des immigrants qualifiés et très instruits contrairement à certains pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Danemark. Un travailleur qualifié est une personne immigrante choisie en fonction de plusieurs critères. Les personnes immigrantes ont été choisies pour leurs compétences et leurs expériences personnelles, leur niveau de scolarité, mais aussi pour le fait français.

On observe quatre grandes catégories dans le domaine de l’immigration permanente. Les travailleurs qualifiés, les travailleurs autonomes, les entrepreneurs et les investisseurs constituent les « sous-catégories » de la catégorie « immigration économique ». Les trois autres grandes catégories se répartissent ainsi : le regroupement familial, les réfugiés et personnes en situation semblable, et les autres immigrants.

Selon les données préliminaires du Bref portrait de l’immigration permanente tirée de la Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec, « en 2013 […] [la part de l’immigration] économique [représentait] : 67,1 % (comprenant les travailleurs qualifiés, 58,3 %, les gens d’affaires, 7,7 % et les autres économiques, 1,0 %, majoritairement des aides familiaux résidants); regroupement familial : 23,9 %; réfugiés et personnes en situation semblable : 8,1%; autres immigrants (motifs humanitaires et d’intérêt public) : 1,0 % ».

Le document de consultation sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 indique que :

« En 2010, les principales caractéristiques des personnes immigrantes admises se déclinaient ainsi : 69,4 % des personnes immigrantes avaient moins de 35 ans, dont 45,2 % avaient moins de 24 ans; la répartition entre les hommes et les femmes était à peu près égale; 65,1 % des personnes immigrantes connaissaient le français; chez les travailleurs qualifiés, cette proportion atteignait 77,3 %; près des deux tiers (65,7 %) des personnes immigrantes de 15 ans et plus possédaient au moins 14 années et plus de scolarité; 76,4 % des personnes immigrantes de 15 ans et plus déclaraient se destiner au marché du travail[1] ».

Le portrait de l’immigration change dans presque tous les pays comme en atteste la composition de la provenance des immigrants. L’immigration économique non européenne supplante au Québec et au Canada l’immigration dite traditionnelle. La diversification de l’immigration est bien mentionnée dans le document de consultation du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (récemment devenu le  ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI):

« Au cours de la décennie 1980‑1990, cette immigration était majoritairement d’origine européenne. En 2010, moins de 20 % de l’immigration accueillie est originaire de ce continent, comparativement à plus de 35 % pour le continent africain et à environ 25 % pour l’Asie. De fait, les personnes immigrantes admises au Québec en 2010 étaient originaires de 185 pays[2]. »

En 2008-2012, le Maroc, l’Algérie, la France, la Chine et Haïti constituaient les cinq principaux pays de naissance des nouveaux arrivants au Québec si l’on se fie aux données publiées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ)[3].

Le Québec accueille 50 000 immigrants par année. Les plans annuels d’immigration ainsi que les objectifs du niveau d’immigration sont fixés dans le cadre d’un plan triennal par les commissions parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec. Des organismes communautaires, entreprises, syndicats et personnes indépendantes partagent leurs réflexions et expériences avec les membres de la Commission.

La population immigrante se féminise de plus en plus. En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012‑2015, la chargée du projet Femmes dans les secteurs non traditionnels d’Action Travail des femmes (ATF), Mme Lorena Favier, insistait d’emblée sur la féminisation de l’immigration :

« […] entre 2004 et 2008 les femmes représentaient 51,6 % de la population… de l’immigration récente. […] À la ville de Montréal, les immigrantes représentent à elles seules 45 % de la population féminine totale de la ville. Il s’agit de données primordiales pour penser adéquatement [les] politiques d’immigration et d’intégration [du Québec][4]. »

En plus de la féminisation du phénomène migratoire, de la nouvelle diversification de l’immigration, on remarque également au Québec une nouvelle configuration de l’immigration qui se manifeste à travers le programme de l’expérience québécoise (PEQ). Les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers constituent les nouveaux bassins de recrutement de travailleurs qualifiés.

Le Québec accueille la diversité dans une perspective interculturelle. Le Québec souhaite sélectionner des immigrants facilement intégrables aussi bien sur le plan culturel qu’économique. Les critères de la grille de sélection laissent apparaître “Un arbitrage délicat” selon le document de planification du MICC (MIDI).

Le cahier les affaires sur l’immigration, dans son numéro du 28 avril 2012 qui reprenait les données préliminaires du MICC pour 2011, informe que les nouveaux arrivants se sont « installés (de 2007 à 2011) [dans ces régions] : Montréal 72,1%, Montérégie 7,9%, Laval 5,5%, Québec 4,5%, Outaouais 2,7%, Estrie 2,2%, Autres 5,1%».

Une répartition inégale de l’immigration n’a pas que des conséquences économiques, elle entraîne souvent une forte concentration des immigrants dans certains quartiers de Montréal. Cette situation influence la perception de la population locale qui y voit des difficultés concrètes de vivre ensemble de façon harmonieuse. Une meilleure répartition de l’immigration permettrait la diversité ethnoculturelle à travers toutes les régions du Québec.

Le pourcentage de personnes immigrantes déclarant connaître le français a connu une augmentation significative si l’on se fie aux chiffres du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC)- 57 % en 2006 et 2007, 60 % en 2009, 63,4 % en 2011, 61,6 % en 2012-.

Malgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible. L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre responsable de la Charte de la langue française, tout comme sa prédécesseure, insistait dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour l’exercice financier 2013-2014 sur l’exigence d’une hausse du niveau de connaissance du français en ce qui a trait à la grille de sélection des travailleurs qualifiés.

La valorisation du niveau de la langue française ou une meilleure connaissance ou maîtrise de la langue avait poussé le gouvernement libéral à mettre en place une nouvelle orientation (3) sur l’évaluation objective du niveau réel de connaissance du français.

L’autodéclaration de la connaissance du français au moment de la sélection du candidat qui a cédé la place à un test standardisé depuis le 6 décembre 2011 (valable aussi pour l’anglais) devrait permettre d’identifier plus facilement de meilleures compétences linguistiques pour intégrer rapidement le marché du travail québécois et canadien. Le Québec, dans ce cas de figure, suit la tendance ou la règle des pays recourant à l’immigration choisie (Australie, Canada anglais, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Pays-Bas).

La maîtrise de la langue française qui constitue un outil d’intégration socioéconomique n’est cependant pas le seul paramètre pour une intégration rapide en emploi, du moins pour certaines catégories de la population. Les Maghrébins, les Noirs africains et les Haïtiens, qui ont une très bonne maîtrise de la langue française et un niveau de qualification très élevé, peinent à trouver un emploi dans leur domaine de compétences dans la société québécoise francophone : un véritable paradoxe.

En ce qui concerne la participation des immigrants au marché du travail québécois, la Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec du MIDI indique que :

« En 2013, comme pour les années précédentes, la population immigrée d’arrivée très récente (5 ans ou moins) affiche un taux de chômage plus élevé que celui de l’ensemble de la population immigrée (14,6 % contre 11,6 %). Le taux de chômage des personnes immigrantes diminue avec la durée de résidence. Il était de 11,2 % chez celles arrivées il y a 5 à 10 ans et de 10,8 % chez celles arrivées il y a plus de 10 ans. »

Il convient de préciser que les chiffres sur la baisse du taux de chômage des immigrants doivent toujours être sérieusement examinés quant au type d’emploi (précaire ou non), à la correspondance de ces emplois avec les domaines de compétences des immigrants mais également aux conditions dans lesquelles ils occupent ces emplois.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]     Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de Consultation 2012-2015, avril 2011, p3-4, 33 p.

[2]     Ibid; p.23.

[3]     En ligne, http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/quebec_statistique/pop_imm/pop_imm_7.htm [Consulté le 28 janvier 2013]

[4]     Audition Action Travail des femmes et Fédération des femmes du Québec, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », n° 11, 18 août 2011.

Publié par : Doudou Sow | 29 septembre 2014

Le dialogue interculturel, une nécessité pour le Québec

images Decryptage Bouchard TaylorDans des moments difficiles comme ceux vécus par le Québec durant la période des accommodements raisonnables et du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises, il faudra davantage « Échanger pour s’entendre », un crédo de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.

Le Québec constitue un laboratoire social à plusieurs égards. Cette société, distincte par sa langue, a réussi à faire valoir la richesse de la langue française dans un contexte nord-américain. Elle doit composer avec l’immigration pour assurer sa croissance économique tout en veillant aux valeurs qui la définissent en tant que peuple minoritaire.

L’importance du dialogue entre les communautés devient une priorité nationale dans un contexte de diversité. La question de l’adhésion aux valeurs communes québécoises fait que la personne immigrante est partagée entre les deux solitudes : le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois. Le fait d’être partagé entre deux cultures, et même plusieurs cultures, complexifie la situation de l’immigrant par rapport à la société d’accueil.

Le dialogue interculturel est plus que nécessaire dans des sociétés complètement métamorphosées (religion qui n’est plus le marqueur de l’identité, individualisme de plus en plus rampant, sentiment de prospérité de plus en plus absent, etc.). Le rapprochement interculturel devient de plus en plus important dans le contexte actuel du déchirement ou de la chicane identitaire.

Il faut favoriser une meilleure mixité sociale au plan de l’intégration des personnes immigrantes. L’interculturalisme permet de s’approprier des éléments positifs de la société d’accueil tout en apportant des aspects positifs de sa culture d’origine.

Des programmes de sensibilisation sur l’histoire, les us et coutumes des Québécois constituent une nécessité pour la compréhension mutuelle entre les Québécois d’ascendance canadienne et les néo-Québécois. Des sujets relatifs à l’environnement sociopolitique du Québec qui mettent l’accent sur le contrat moral et la Charte québécoise des droits et libertés, la géographie, l’histoire et la culture du Québec, le système politique canadien et le système politique québécois, la primauté de la langue française au Québec, les valeurs et les fondements de la société québécoise peuvent renforcer le sentiment d’appartenance de ceux et celles qui font partie intégrante de l’avenir du Québec.

Des programmes de rapprochement interculturel permettent à un néo-Québécois de faire la connaissance des membres de la société d’accueil. La complexité des relations humaines nécessite des outils de communication efficaces comme celui du programme de rapprochement interculturel pour développer des relations intercommunautaires pacifiées. La réciprocité entre les échanges communicationnels permet de s’ouvrir sur la culture de l’autre pour mieux la comprendre.

Le programme de rapprochement interculturel est un bon outil pour permettre aux personnes immigrantes de mieux connaitre leur région d’adoption et les citoyens de celle-ci. Les activités de jumelage, surtout en région, devraient être financées par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (récemment devenu le  ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI)) pour faciliter les échanges entre les immigrants et la population d’accueil.

La suppression de ce programme de rapprochement interculturel ne donne pas souvent l’occasion de permettre à un néo-Québécois de connaître davantage les personnes de la société d’accueil. Par exemple, dans un quartier multiethnique comme Côte-des-Neiges, le projet de trois ans de soutien aux familles sud-asiatiques de l’organisme PROMIS permettait à ces femmes, dans le cadre du rapprochement interculturel, de sortir de leur isolement. PROMIS faisait d’ailleurs par cet outil la promotion d’une citoyenneté active.

Les actions de Montréal dans le domaine interculturel lui ont valu une reconnaissance internationale. L’accréditation de la ville de Montréal comme « Cité interculturelle » par le Conseil de l’Europe et de la Commission européenne donne un statut international à la deuxième ville francophone au monde.

Le Festival des traditions du monde qui se déroule pendant l’été à Sherbrooke ainsi que le Buffet des nations (35 mets servis par année) sont des événements qui constituent des occasions de rencontres interculturelles.

Il faut parfois laisser place à la célébration des différences culturelles. Cette approche donnerait un message fort aux personnes immigrantes qui ne penseraient pas que la société cherche à les assimiler. De cette façon, elles adhéreraient plus facilement aux valeurs de la société québécoise tout en ne reniant pas certaines des leurs.

L’attachement à l’autre, autrement dit la chaleur humaine, est une valeur africaine. Les personnes immigrantes originaires de l’Afrique pourraient utiliser cette valeur pour aller à la rencontre des Québécois.

Nous nous souvenons avoir défendu, durant la période des accommodements raisonnables en 2007, l’idée selon laquelle les immigrants apportent une valeur ajoutée à la société québécoise, tout en rappelant à nos collègues l’importance du respect des personnes âgées : une manière d’améliorer les relations interculturelles.

Le rapprochement interculturel pourrait être fait entre les nouveaux arrivants et les personnes âgées. Les immigrants surtout d’origine africaine ont un respect immense pour celles-ci. Cette initiative laisse tomber les préjugés des deux côtés.

Même, si les personnes âgées souhaitent s’adonner de temps en temps à des activités artistiques et de divertissement, on pourrait utiliser ces ressources dans un contexte de transmission de savoirs ou de relève sous forme de mentorat pour des personnes à la retraite depuis un an ou cinq ans (ce qui se fait déjà) ou développer des liens sous forme d’activités avec les jeunes évoluant surtout dans le milieu culturel pour la danse ou autres.

Les immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne ont été socialisés sur la base d’un « nous » collectif et se retrouvent dans une société où l’individu est plus important que le groupe. Les immigrants qui sont sensibles à la question des aînés ont aussi leur mot à dire sur leur traitement ou leurs conditions de vie. Les personnes âgées méritent leur place dans la société québécoise.

Ce n’est pas parce que nos comportements de tous les jours diffèrent que la question de  l’altérité (le regard distant de soi) doit se résumer systématiquement à l’étrangeté et à l’absurdité. L’association immigration-problèmes ou immigration-fardeau fausse la richesse de la diversité culturelle.

Le caractère pluraliste de la société amène à parler et à dialoguer avec les Québécois de toutes origines, de la majorité francophone tout comme des minorités ethniques. Une équipe du Québec ouverte sur le monde renforce un sentiment d’appartenance des personnes venues d’ailleurs pour une pleine participation des 165 communautés culturelles à la société québécoise.

Publié par : Doudou Sow | 25 septembre 2014

Une vision pragmatique du rapprochement interculturel

Ulrich CherurbinLe Québec, une société française laïque, adopte une politique d’intégration basée sur l’interculturalisme ; ce qui est aux antipodes de la politique fédérale multiculturelle. L’approche canadienne du multiculturalisme juxtapose  les cultures des différentes communautés culturelles.

Le Québec, qui a une histoire qui lui est propre, accueille la diversité dans une perspective interculturelle. La Belle province cherche à traduire, dans sa politique d’immigration, ses valeurs intrinsèques qui caractérisent les fondements de la société. Selon la conception québécoise de l’immigration, l’unité dans la diversité se fera autour des valeurs communes. Mais, l’interculturalisme n’est pas seulement lié à la culture. Le site du symposium international sur l’interculturalisme abonde dans ce sens :

« L’interculturalisme propose une manière de vivre ensemble dans la diversité. Sa caractéristique principale réside dans une insistance sur les interactions, échanges, rapprochements et initiatives intercommunautaires dans un objectif d’harmonisation, d’intégration et d’unité. Dans le respect de la diversité, le modèle vise aussi à faire émerger à long terme des valeurs, des visions et des aspirations communes au sein des composantes ethnoculturelles de la société[1]».

Les compétences interculturelles ne sont pas innées et demandent un certain apprentissage. La ville de Montréal de par sa composition sociodémographique vit la diversité au quotidien. Cependant, on pourrait favoriser davantage le vivre-ensemble harmonieux pour assurer une cohésion sociale entre tous ceux et celles qui vivent dans cette société.

Le programme de rapprochement interculturel est un bon outil pour permettre aux personnes immigrantes de mieux connaitre leur région d’adoption et les citoyens de celle-ci. En commission parlementaire en août 2011, M. Ulrick Chérubin, maire et deuxième vice-président de la Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue (CREAT), soulignait l’importance du rapprochement interculturel en région : « Les personnes immigrantes indiquent que le fait de bénéficier d’un service de parrainage dans leur milieu et d’une personne à contacter facilement pour obtenir des informations sur notre mode de vie, par exemple, favoriserait un enracinement dans le milieu beaucoup plus rapidement[2] ». Ce projet qui a pris naissance en octobre 2006 fait partie d’éventuels outils permettant aux immigrants de bien s’insérer socio-économiquement dans leur nouvelle société d’accueil.

La problématique du rapprochement interculturel doit être le levier sur lequel doit se baser toute politique visant à harmoniser le lien social. Il existe une frustration exprimée de part et d’autre. Les immigrants se plaignent des difficultés de se trouver un emploi correspondant à leurs qualifications. La société d’accueil identifie le concept d’intégration à l’adoption et l’appropriation des valeurs identitaires québécoises. L’intégration à la majorité francophone dans cette société distincte en Amérique du Nord est un indicateur pertinent dans la question du vivre‑ensemble harmonieux.

Selon les personnes immigrantes, l’emploi est le nerf de la guerre pour leur intégration dans la société québécoise. Certaines d’entre elles pensent à un écran de fumée quand il s’agit de parler de la question identitaire. Elles ont immigré pour améliorer leurs conditions de vie.

La mise en place des lieux de rencontre pour développer le dialogue favorise un sentiment d’appartenance qui évite la ghettoïsation des immigrants. La mise sur pied  au sein des villes d’un Comité des relations interculturelles et de la diversité permettrait aussi de favoriser le rapprochement interculturel. Le Festival des traditions du monde ainsi que le Buffet des nations sont des événements qui constituent des occasions de rencontres interculturelles. Sherbrooke est la troisième ville québécoise à accueillir le plus grand nombre d’immigrants.

La sensibilisation aux relations interculturelles permet aux immigrants tout comme à la majorité minoritaire, pour reprendre l’expression du sociologue Gérard Bouchard, de se découvrir et de s’apprécier mutuellement. Dans toutes les sociétés du monde, l’intégration se réfère systématiquement à l’adhésion des valeurs de la société d’accueil qui constitue de facto le groupe majoritaire. L’immigration est une responsabilité partagée comme nous le rappelle l’Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration. « Trois principaux éléments caractérisent [le processus d’intégration] : qui touche toutes les dimensions de la vie collective, […] nécessite non seulement l’engagement de l’immigrant lui-même, mais également celui de l’ensemble de la société d’accueil ; [est] un processus d’adaptation à long terme qui se réalise à des rythmes différents.»[3] L’approche se base sur un contrat entre la société d’accueil et l’intégration des immigrants.

L’intégration socioprofessionnelle est nécessaire pour une participation active de l’immigrant dans la société québécoise. Le gouvernement a la responsabilité de s’assurer que les personnes immigrantes bénéficient d’un soutien et d’un accompagnement pour faciliter leur intégration. De la même manière, les personnes immigrantes devraient mettre tous les atouts de leur côté pour prendre leur place dans cette belle société.

Des solutions visant à souligner les réussites des personnes issues des communautés culturelles et à encourager l’apprentissage de la différence doivent davantage être mises en œuvre. Il faut faire valoir les bons coups des personnes immigrantes.

La représentativité dans le pouvoir et l’intégration en emploi dans tous les secteurs d’activité constituent une des solutions pour régler le problème. La présence dans les lieux de pouvoir et de représentation des différentes communautés rend crédible l’image de personnes immigrantes compétentes.

L’immigration ne doit pas être reliée exclusivement à l’idée de problèmes. L’intégration ne signifie pas reniement ou déni de son identité d’origine. Les personnes immigrantes ne peuvent pas ranger aux oubliettes tous les traits culturels qui ont façonné leur personnalité.

Un changement de paradigme consisterait à mieux vendre la diversité par la mobilisation citoyenne et une valorisation des bons coups de l’immigration. Des programmes de rapprochement interculturel contribueraient à l’idéal du vivre-ensemble harmonieux de la deuxième ville francophone au monde. Pour une meilleure visibilité de l’apport de l’immigration, les différents acteurs (gestionnaires, politiques, communautaire, syndical) doivent mettre l’accent sur les avantages de l’immigration. La pleine participation de tous les Québécois d’origine, comme des néo‑Québécois, constitue un paramètre dans l’intégration sociétale des individus qui composent la société.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]En ligne : http://www.symposium-interculturalisme.com/1/accueil/fr

[2] Audition Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 12, 24 août 2011.

[3]     Ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration du Québec,  « Au Québec pour bâtir ensemble, Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration », p. 50, 1990.

Doudou Salon immigration CIBL ch1La recherche d’un emploi qualifié peut devenir un cercle vicieux pour les personnes immigrantes. Les entreprises justifient leur non-embauche de personnes immigrantes par le manque d’expérience québécoise. Cependant, force est de reconnaitre que les personnes immigrantes ne pourront jamais décrocher un emploi si on ne leur donne pas une première chance. Elles ne pourront jamais obtenir un emploi si les employeurs sortent souvent cette rhétorique qui devient « un fourre-tout ». L’équation pas d’expérience québécoise, pas d’emploi, et vice versa, serait difficile à résoudre si on suivait la logique jusqu’au bout.

La première expérience québécoise ou canadienne difficilement accessible au début renforce le cercle vicieux « pas d’expérience québécoise, pas d’emploi, et vice versa ». Des chercheurs d’emploi immigrants qui sont appelés en entrevue se font parfois dire qu’ils n’ont pas été retenus par manque d’expérience canadienne.

La méconnaissance de diplômes et de cultures des immigrants pousse souvent certains employeurs à se montrer réticents à les embaucher. En d’autres termes, les employeurs québécois éprouveraient des difficultés à reconnaître et à évaluer les connaissances et expériences de travail des immigrants.

Pour diminuer certaines craintes, les employeurs québécois devraient travailler en étroite collaboration avec les organismes spécialisés en intégration des nouveaux arrivants afin de développer davantage, mais aussi d’adapter, leur politique de recrutement pour cette clientèle.

Les employeurs ignorent ou oublient que les immigrants sont sélectionnés sur la base de critères rigoureux fondés sur leurs connaissances et compétences. Certains employeurs embauchent des personnes qui, selon ce qu’ils croient, possèdent les mêmes valeurs, bref qui leur ressemblent sur le plan culturel ou des idées. L’expression ‟engager un « p’tit gars d’chez nous »” est souvent mise de l’avant ou appliquée, de façon consciente ou inconsciente, par certains employeurs qui n’ont aucune culture de la diversité. Dans ce cas-ci, il serait difficile aux nouveaux arrivants d’avoir accès à un emploi qualifié.

Les immigrants peuvent apporter de la valeur ajoutée aux employeurs dans le contexte de la mondialisation et de la gestion de la diversité. L’expérience professionnelle à l’étranger des immigrants devrait être davantage reconnue par des employeurs québécois. Même si les attentes des employeurs peuvent être parfois élevées dans certains postes, il n’en demeure pas moins qu’ils devraient appliquer, dans certaines circonstances, et laisser également aux chercheurs d’emploi l’opportunité de confirmer ou infirmer le proverbe suivant lequel « c’est au pied du mur que l’on voit le maçon ». En d’autres termes,  « il ne sert à rien d’essayer de prouver par différentes théories que l’on sait faire telles ou telles choses c’est par la pratique qu’on le prouvera[1] ».

L’économie du Québec est une économie de petites et moyennes entreprises (PME). Les immigrants ont, dans un premier temps, plus de chance d’intégrer les petites et moyennes entreprises et le milieu communautaire que les grandes entreprises plus compétitives.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, l’adjointe au comité exécutif de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) Josée Roy, parlait, elle, d’un manque d’ouverture de la part de certains employeurs qui ont la responsabilité de l’embauche. Elle se basait sur les statistiques de « la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante [qui] rapportait, que seulement 20 % des dirigeants de PME ont embauché un immigrant au cours des cinq dernières années. Il y a vraiment un problème là, il y a un blocage, et nos membres de syndicats ne sont pas en dehors de ce blocage-là, non plus, là[2] ». Cependant, elle notait des exemples de bonnes pratiques dans les secteurs en pénurie de main-d’œuvre.

Le Conseil du patronat, dans un des sondages qu’il avait réalisé, indiquait en 2007 que « trois quarts de leurs entreprises embauchaient moins de 5 % de travailleurs immigrants ».

En avril 2010, l’étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) démontrait une fois de plus les difficultés d’intégration des minorités visibles, notamment les Maghrébins.

Le rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) – Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées: résultats d’un «testing» mené dans le Grand Montréal ou plus communément appelée Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré – sur la discrimination envers les personnes à consonance africaine est également une triste réalité.

Selon les résultats du sondage fournis par le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, en commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, les principaux obstacles pour l’embauche des immigrants se résument, entre autres, à ceux-ci : la formation inadéquate, la maîtrise de la langue : « Et, quand on leur demande quels sont les principaux freins ou inquiétudes liés à l’embauche des travailleurs immigrants… s’ils ne parlent pas le français ou l’anglais, 30 %, de répondre; manque de compétence, de formation, 23 %; manque de connaissance de la culture québécoise, 20 %; manque d’expérience, 12 % [3] », révélait monsieur Dorval.

C’est pourquoi le président du CPQ insistait sur l’importance des stages pour convaincre les employeurs réticents minoritaires à briser les préjugés sur la clientèle immigrante, mais pour permettre également à celle-ci d’avoir une première expérience québécoise. « Ça permet à un employeur de découvrir sa capacité, de faire face à ces situations-là et d’offrir une expérience de travail aux gens qui arrivent ici comme nouveaux arrivants[4]. »

La sensibilisation des entreprises à la diversité n’est pas assez développée. Le pourcentage du nombre d’embauches des travailleurs issus de l’immigration dans les entreprises québécoises est faible malgré le discours sur la pénurie de main-d’œuvre.

[1] En ligne, http://fr.wiktionary.org/wiki/Annexe:Proverbes_en_fran%C3%A7ais (« Annexe : proverbes en français du « Wiktionnaire : le dictionnaire libre », consulté le 24 janvier 2012).

[2] Audition Confédération des syndicats nationaux (CSN),  « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 », Journal des débats de la  Commission de la culture, vol. 40, « 38elegislature, 1ere session (8 Mai 2007 au 5 Novembre 2008) », n° 9,  20 Septembre 2007.

[3] Yves-Thomas Dorval, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol.41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », n° 13, 25 août 2011.

[4] Ibid.

Publié par : Doudou Sow | 16 septembre 2014

Accélérer l’intégration professionnelle des immigrants

Entrevue à CIBL-LivresLe sous-emploi des nouveaux arrivants est une réalité vécue dans le processus d’intégration du marché du travail. La question du sous-emploi se pose quand un immigrant occupe un poste qui exige un niveau de scolarité inférieur à celui qu’il détient. L’immigrant qui est en emploi pour un poste en deçà de ses compétences est une perte économique et humaine pour l’ensemble de la société d’accueil (frustration de l’immigrant se reflétant de manière négative dans le vivre-ensemble harmonieux, peu de motivation de l’immigrant à travailler dans les manufactures, sous-utilisation du potentiel économique, etc.).

La surqualification des travailleurs immigrants par rapport à des postes a fait l’objet d’études pancanadiennes dont, notamment « Les immigrants sur le marché du travail canadien en 2008 : analyse de la qualité de l’emploi ».

Sélectionnés pour leur capacité à occuper des emplois qualifiés, les nouveaux arrivants se retrouvent, dans un premier temps, à occuper des emplois non-qualifiés. La présence ou surreprésentation des personnes immigrantes dans les programmes d’assistance sociale, les difficultés des médecins étrangers, surtout d’origine noire africaine et maghrébine, sont des baromètres révélateurs des inégalités et des difficultés d’insertion d’une catégorie de la population. La surreprésentation des femmes immigrantes dans des emplois précaires ainsi que leur taux de chômage révèlent également de sérieux problèmes.

Le taux de chômage atteint parfois plus de 30 % chez certaines communautés culturelles. Dans tous les pays d’immigration, les immigrants sont les premiers à écoper en période de crise économique. Même si le Québec s’en est mieux tiré que les autres provinces canadiennes, les immigrants continuent à occuper les emplois atypiques, deviennent de plus en plus flexibles et touchent les salaires les plus bas. En 2008‑2009 (début de la crise économique), comme dans les années précédentes, les personnes immigrantes ont toujours eu des difficultés à s’intégrer sur le plan professionnel.

Les personnes immigrantes acceptent, la mort dans l’âme, le déclassement professionnel. La déqualification professionnelle, ou le déclassement professionnel, n’est rien d’autre que le fait d’occuper un emploi en deçà de ses compétences. La frustration des immigrants ne se ressent pas et ne se mesure pas de la même façon, d’un immigrant qualifié possédant plusieurs années d’expérience à un immigrant fraîchement diplômé des universités.

En général, la qualification ou la formation des immigrants sont souvent supérieures, dans certains postes, à celles de la population québécoise. Par contre, il serait déconseillé à un immigrant de déclarer, à ses tout débuts, qu’il n’acceptera jamais des postes d’entrée sous prétexte qu’il est compétent. Le système accordera du mérite aux personnes compétentes une fois que ces dernières auront eu la chance de prouver à l’employeur qu’elles livreront la marchandise en tout temps. Il faut être capable de faire les preuves de ses compétences à l’intérieur de l’entreprise.

Différentes initiatives ont été mises sur pied pour faciliter l’intégration des immigrants- (Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME), Intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel (IPOP), Défi Montréal, Passerelle pour l’emploi en région, Mentorat)-, mais ces mesures devraient être accompagnées des moyens financiers proportionnels au nombre d’immigrants reçus annuellement, ce qui est loin d’être le cas.

Publié par : Doudou Sow | 11 septembre 2014

Les immigrants et la question de la souveraineté

Image SouverainetéL’expulsion de Maria Mourani du Bloc québécois, le 12 septembre 2013, a relancé le débat sur la souveraineté. L’ancienne députée souverainiste devenue fédéraliste n’avait fait que répéter hautement ce que la plupart des personnes immigrantes disaient au sujet du Parti québécois sur son projet controversé : la Charte des valeurs québécoises avait l’allure ″d’une démarche électoraliste et d’un nationalisme ethnique″.

Nous pensons comme l’ancien premier ministre souverainiste du Québec, Lucien Bouchard, que la Charte des valeurs québécoises aura des répercussions négatives sur « la perception [des immigrants] de ce que serait un Québec souverain ». Ce sont les souverainistes qui ont eux-mêmes mis fin à leur espoir de voir la souveraineté se réaliser, avons-nous twitté au sujet de l’expulsion de Maria Mourani, une décision nuisible au projet souverainiste.

Le Québec a laissé le terrain pour que les fédéraux démontrent aux immigrants qu’ils sont les seuls défenseurs des minorités au Canada même si le Québec est également une minorité au sein du Canada.

Les immigrants rejettent-ils le projet de souveraineté ou votent-ils pour les libéraux pour leur programme? Soulignons également que ce ne sont pas simplement certains immigrants qui ne veulent pas de la souveraineté.

Le discours politique du PQ doit se renouveler et tant et aussi longtemps que les immigrants auront peur de la souveraineté, ils n’embarqueront pas dans ce projet, d’où la nécessité de « Faire la politique autrement » pour séduire les néo-Québécois. Il ne faut pas mésestimer la crainte des immigrants de se séparer du Canada. Certains immigrants se méfient ou hésitent à faire le pas ou à opter pour l’indépendance du Québec. Certaines personnes développent une crainte justifiée avec les positions du gouvernement péquiste actuel dont il faudra tenir compte. À ce titre, il faut privilégier une approche pédagogique de la souveraineté pour les convaincre et non les marginaliser ou les pointer du doigt comme ceux et celles qui empêchent la souveraineté de se réaliser. Mieux, le PQ et l’ensemble des forces souverainistes n’auront pas d’autres choix que de convaincre les immigrants du pourquoi ils ont intérêt à ce que le Québec devienne un pays. En d’autres termes, il faut expliquer concrètement aux immigrants pourquoi ils ont plus à gagner avec un Québec souverain. Le crédo péquiste «La souveraineté pour tous» trouvera ainsi un écho plus favorable et moins radical.

Au moment où certains souverainistes invitaient des immigrants ou leur reprochaient de ne pas les accompagner dans la quête de la souveraineté, le PQ avait l’habitude de s’entredéchirer sur la place publique .

On fait souvent le reproche aux immigrants de vouloir rester dans le Canada anglais ou on demande aux immigrants souverainistes de prouver continuellement leur allégeance souverainiste. Certaines personnes ont qualifié Maria Mourani d’opportuniste quand elle a changé d’orientation politique alors que cette femme a essayé durant tout son parcours politique de créer le pont entre les souverainistes et les communautés culturelles. Pourquoi ne critique-t-on pas aussi des souverainistes québécois mous qui veulent rester dans le Canada anglais, du moins pour l’instant, ou ceux qui ont cheminé dans leurs décisions en adoptant une nouvelle appartenance fédérale?

Dans cette querelle entre les fédéralistes québécois et les souverainistes québécois, l’immigrant se retrouve dans l’entre-deux et est critiqué de toutes parts. On assiste ainsi sur la scène publique et politique à des chicanes (engueulades) entre des souverainistes québécois qui accusent les fédéralistes québécois d’être les fossoyeurs de la nation québécoise et des fédéralistes québécois qui traitent leurs frères également de fossoyeurs de la nation canadienne.

Les immigrants font face aussi à la question des deux solitudes et sont parfois coincés dans cette question. Les partis fédéraux ont intérêt à ce que les immigrants se réfèrent plus à l’identité fédérale que provinciale, histoire de perpétuer le fédéralisme. Nous anticipons même des attaques sur notre livre de la part de certains conservateurs fédéralistes qui nous accuseront certainement de faire la promotion de la souveraineté et de diviser le pays. Nous pouvons les rassurer en leur disant que le projet du gouvernement péquiste actuel de diviser la population nous a éloigné du projet souverainiste.

Certaines personnes immigrantes disent souvent qu’elles sont venues au Canada et non au Québec qui n’est pas encore un pays. Les souverainistes n’apprécient guère cette position de l’immigrant s’identifiant au pays canadien plus qu’au peuple québécois. Il y a aussi ceux qui décident de venir vivre au Canada, mais en choisissant le Québec.

Le Québec cherche à redéfinir son identité. Les immigrants préfèrent le confort et se demandent quel sort leur serait réservé si le Québec prenait son indépendance, bref ce qui adviendrait de ce contexte, de ce changement, de leur avenir, de leur intégration. Les Québécois seront-ils (plus ou) ouverts à leur égard? L’indépendance du Québec permettrait-elle de régler la question de l’identité inclusive ou de l’immigration tout court?

Certains immigrants trouvent contradictoire le besoin de se séparer dans un contexte de mondialisation où les grands ensembles se créent et non se défont (union européenne par exemple). L’immigrant veut aussi avoir les avantages du Canada même s’il est établi au Québec.

Certes, certains immigrants dans le processus de sélection ont choisi de venir au Canada et de s’établir au Québec. D’autres ont choisi de venir au Québec et de s’y établir parce que le Québec est francophone et incarne des valeurs comme la justice sociale, la social démocratie, l’égalité, etc. Des valeurs troquées par la question de l’identité défendue actuellement par le PQ ne permettent plus aux immigrants de se définir par rapport à un projet souverainiste.

Les immigrants sont partagés entre le fédéralisme centralisé et la séparation du Québec du reste du Canada. Autrement dit, ils sont pris entre deux feux, l’option fédéraliste ou souverainiste. Ils sont accusés à raison ou à tort de maintenir le Québec dans le Canada et, de surcroît, empêcher la souveraineté. Certains disent qu’ils appuient Un Québec plus fort dans un Canada uni et d’autres, qui n’apprécient guère la position internationale, souhaitent se connecter avec les souverainistes alors que d’autres reconnaissent le changement du Canada, mais ne sont pas prêts à faire le saut dans le camp souverainiste.

La question de la réunification familiale, la reconnaissance des acquis, l’intégration professionnelle des immigrants, la question des médecins étrangers, le racisme et la discrimination constituent les principales préoccupations des immigrants, peu importe le pays ou le projet de pays dans lequel ils vont s’identifier.

La certitude de Parizeau sur la défaite du 30 octobre 1995 du référendum sur la souveraineté : ″C’est vrai qu’on a été battu? Au fond, par quoi, par l’argent et des votes ethniques. Essentiellement.″ Et la salle qui se mettait à applaudir reste une image qui trotte dans la tête des immigrants fédéralistes tout comme ceux intéressés par le projet de souveraineté. Quand le sociologue conservateur Mathieu Bock Côté, « Dans Dumont : Le Québec reçoit t-il trop d’immigrants? » dit que « depuis la déclaration de Parizeau, il y a une ″censure sur l’immigration au Québec″ », nous pensons comme lui que l’immigration ne doit pas être un sujet tabou, mais quand certains n’en parlent que pour en évoquer le côté négatif, c’est là où il y a un véritable problème.

Nous rappelons et répétons qu’au sujet de la position modérée de l’ancien premier ministre du Québec sur l’actuel débat sur la Charte des valeurs québécoises, nous avons twitté ceci le 4 octobre 2013 : « Les immigrants ne retiendront plus seulement de l’héritage politique et culturel de Parizeau sa déclaration maladroite du «Nous» et «Eux». Ils lui seront reconnaissants pour sa modération identitaire dans le controversé débat du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises. Bravo pour sa sagesse. Le Québec doit avoir son propre modèle de laïcité. »

L’adhésion à la souveraineté n’est pas un débat immigrant-société d’accueil. Les Québécois ont décidé pour l’instant de mettre sur la glace ou dans le frigo le projet de souveraineté, comme en témoignent certains récents sondages (Sondage CROP/Radio Canada, Référendum sur la souveraineté : 61 % des Québécois voteraient non, twitte du 9 mars 2014 du journaliste de RDI, Patrice Roy). Mieux, en 1995, la proportion d’immigrants était de combien. « Le poids relatif de la population immigrée dans la population totale est passé de 9,4 % en 1996 à 9,9 % en 2001 et à 11,5 % en 2006 . »

Les fédéralistes joueront toujours de manière stratégique sur le débat du «Eux» et du «Nous» pour rappeler aux immigrants les propos de Parizeau tenus dans un contexte d’amertume et de défaite suite au référendum de 1995 où le non à la souveraineté l’a remporté de justesse. Cette gaffe de Parizeau suivra incontestablement le Parti québécois et risquera parfois de plomber les chances réelles de ce parti d’aller chercher plusieurs minorités. Ne dit-on pas qu’en politique, la perception, c’est la réalité?

« Libérer la parole » (dixit Mathieu Bock Côté “dans Dumont : Le Québec reçoit t-il trop d’immigrants?”) ne veut pas dire n’importe quoi lorsque l’auteur de « La Dénationalisation tranquille » faisait référence aux propos de l’ancien député péquiste de la circonscription de Borduas à l’Assemblée nationale du Québec, Pierre Curzi, qui établissait un lien mécanique entre immigration et fédéralisme ou un nombre élevé d’immigration et la question indépendante.

Le vocable Québécois de toutes origines marque incontestablement une ouverture. Quand le débat se pose toujours en termes du «Nous» et du «Eux», la frustration sera toujours grande des deux côtés. Cette distinction heurte la sensibilité de tous les bords. Nous préférons plus un «Nous» inclusif qu’une division «Nous» et «Eux» parce que le «Eux» fait partie intégrante du «Nous» et ne saurait en être dissocié.

La question de la position politique des immigrants dans le contexte québécois et canadien fait souvent débat. Une anecdote illustre la peur des immigrants devant l’inconnu et le changement de vision et traduit le sentiment de confort qui les habite. Des amis immigrants que nous invitions à se prononcer de manière informelle sur le sujet de la souveraineté, bien avant la démission de Mouriani et le débat sur la Charte des valeurs québécoises, nous disaient que de leur côté, ils avaient peur que le Québec les renvoie dans leur pays d’origine, une fois l’indépendance proclamée. Ils argumentaient en disant et je les cite : « Aujourd’hui les Québécois souverainistes ont comme ennemis les Anglais, mais demain nous serons les cibles ».

Mais nous leur avions répondu en ce temps que la province de Québec ne s’est jamais dotée d’un ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles ou même d’un ministère de l’Intérieur, comme on l’a connu en France sous Pasqua et Sarkozy, qui se donnait des quotas pour chasser les immigrants, d’où le fameux slogan Immigration zéro. Il faut quand même reconnaître que la politique de l’immigration au Québec ne se conçoit pas seulement pour des raisons économiques, mais renferme aussi des valeurs humaines et culturelles traduisant la philosophie du peuple québécois.

Les politiques d’immigration, quoiqu’imparfaites, constituent un bel exemple que la société québécoise est en avance sur beaucoup de pays prônant l’égalité dans le domaine de la tolérance et du respect des citoyens, quelle que soit leur origine ethnique ou leur appartenance religieuse.

Le Québec a besoin des immigrants comme les immigrants ont besoin du Québec. Les Québécois n’ont pas montré une hostilité ou une haine envers les immigrants même si des sujets sensibles sur le voile ou des signes religieux peuvent parfois donner l’impression d’un rejet de la population de certaines communautés culturelles.

Peu importe le gouvernement mis en place (souverainiste tout comme fédéraliste), il existe des éléments de base de cette démocratie qui ne sauraient être remis en cause : l’ouverture sur le monde, la richesse de la diversité, la contribution économique des personnes immigrantes. Cette conception ne relève pas de la naïveté, mais du bon sens.

Il serait aussi démagogique de notre part de ne pas reconnaître que certains irritants donneront une perception des partis se réclamant de la souveraineté, surtout le PQ, comme des partis moins favorables à l’immigration. Mais chemin faisant, les membres des minorités visibles s’intéressent à certains partis souverainistes comme Québec solidaire et Option nationale, non pas exclusivement en raison du projet souverainiste, mais pour leurs programmes sociaux et leur conception inclusive de la diversité.

Les personnes immigrantes perçoivent dans la communication du Parti québécois une volonté d’assimiler plus que d’intégrer. Québec solidaire intègre plus la notion d’intégration des personnes immigrantes et l’inclut dans sa plate forme électorale. Le Parti Québec solidaire, que certains qualifient de parti hétéroclite, peut devenir le véhicule ou la locomotive modérée facilitant la douce transition des immigrants récalcitrants au projet de société souverain. Le Parti québécois ne pourrait plus incarner à lui seul le projet souverainiste.

Les solidaires pensent à juste titre que le projet de société est plus important que le projet de souveraineté. Certaines figures historiques du mouvement souverainiste préfèrent de plus en plus parler d’indépendance plutôt que de souveraineté en insistant sur le caractère rassembleur et international du terme indépendance.

Les péquistes n’ont pas d’autres choix que de continuer à faire des yeux doux aux immigrants. Ce qui nous semble normal dans une perspective réaliste ou opportuniste. Aucun des partis politiques ne peut ignorer à l’heure actuelle le vote des personnes immigrantes. « Les partis politiques se disputent le vote des immigrants », un article en lien avec les prévisions sur les minorités visibles de Statistique Canada de 2031 publiées en mars 2010. Le vote des immigrants devient de plus en plus une réalité électorale incontestable dans le contexte d’une immigration massive. Des partis politiques qui courtisent le vote des immigrants sont conscients de la nouvelle réalité électorale des immigrants qui peuvent faire basculer les résultats d’une élection d’un côté comme de l’autre. Les récentes prévisions de Statistique Canada sont à l’effet que : « Statistique Canada estime que d’ici 2031, environ la moitié des Canadiens de 15 ans et plus seront nés à l’étranger ou auront au moins un parent né à l’extérieur du Canada ».

On peut donc comprendre l’intérêt des partis politiques à encourager les personnes immigrantes à aller voter. Les communautés culturelles doivent participer davantage à la vie culturelle, sociale et politique et lutter contre leur sous-représentation.

L’implication des immigrants sur la scène politique à tous les paliers gouvernementaux favorise leur participation civique pour une meilleure intégration dans la société d’accueil. Les personnes immigrantes devraient s’impliquer davantage dans la politique municipale, provinciale et fédérale. Si elles veulent faire partie de ceux et celles qui définissent les politiques au lieu de les subir, celles qui rendent applicables les politiques publiques, elles doivent être de plus en plus visibles lors des manifestations politiques. Leur présence massive accordera plus de crédibilité aux représentants qui viennent de leurs communautés. Quand, dans des manifestations publiques, l’on voit à peine une dizaine de Noirs ou de minorités visibles, il serait pratiquement impossible que des responsables de partis politiques puissent faire confiance à des personnes de minorités visibles qui veulent se présenter. Les immigrants doivent prendre leur place et ne pas attendre qu’on leur accorde une place dans la société.

Le Parti libéral provincial se taraudait de gouvernement de diversité et pensait que le vote des immigrants lui était acquis d’office : une grave erreur que n’a pas voulu répéter le nouveau chef libéral, Philippe Couillard. Aujourd’hui plus que jamais, les personnes immigrantes comme n’importe quel citoyen votent sur la base des principes qui leur parlent. Les immigrants, très instruits, votent sur la base de valeurs et d’idéaux politiques. Ils sont emballés par les projets politiques crédibles.

La question du positionnement des personnes immigrantes dans le débat pour et contre le projet souverainiste est un sujet complexe qu’il sera difficile de traiter même s’il occupe une part importante dans l’intégration ou non des personnes immigrantes. L’avenir du Québec souverain ne peut s’écrire sans les personnes immigrantes. Des questions, entre autres, de valeurs, d’image, d’intérêts sont à analyser en profondeur. Un débat de société, en quelque sorte.

Ce texte est extrait  du livre « Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil » paru le 2 avril 2014.

doudou-sow-integrationLe succès d’une conception québécoise de l’intégration, dans sa version interculturelle, passe par la réussite des politiques d’intégration. L’analyse des politiques publiques centrées sur l’accès au marché du travail illustre une déqualification et son corollaire, la précarité et l’absence de réussite professionnelle de certaines catégories de population. La déqualification professionnelle, ou le déclassement professionnel, n’est rien d’autre que le fait d’occuper un emploi en deçà de ses compétences.

Le fondateur de la sociologie française, Émile Durkheim, dans son livre « De la division du travail social[1] » parle du travail comme facteur d’appartenance à la société. De ce point de vue, l’on comprend aisément la logique des immigrants qui se définissent par une intégration professionnelle dans leur domaine de compétences. Dans des sociétés industrialisées, la question du statut professionnel revêt une importance capitale.

Le taux de chômage atteint parfois plus de 30 % chez certaines communautés culturelles. Il est également reconnu que dans un contexte de récession, de ralentissement économique, d’instabilité économique, de perturbation économique, d’incertitude économique, de redressement économique ou de reprise économique, les immigrants trinquent plus que les natifs de la société. C’est un phénomène mondial. Par contre, même quand l’économie québécoise se portait très bien, les immigrants étaient plus touchés par le chômage. En guise de rappel, en octobre 2007, où le taux de chômage (6,9 %) était à son plus bas depuis 33 ans, celui des personnes immigrantes était très élevé.

La qualité des emplois des immigrants ainsi que la question de la différence salariale entre immigrants et Québécois dits de « souche » sont souvent évoquées pour décrire la précarisation des néo-Québécois.

Les immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne qui sont souvent hautement qualifiés et plus scolarisés que la moyenne québécoise sont confrontés à des barrières systémiques (non-reconnaissance des diplômes et des compétences professionnelles par les employeurs et les ordres professionnels québécois, discrimination raciale à l’embauche à l’égard de certaines communautés culturelles, etc.). En effet, ces personnes qui ont été sélectionnées sur la base de critères facilitant en théorie leur intégration rapide en emploi sont parfois frustrées de ne pas retrouver leur dignité humaine.

Si l’on se fie à certaines données et analyses sur la situation des immigrants, l’on peut se questionner sur la précarisation de cette catégorie de personnes, en particulier les minorités visibles, et plus grave encore, d’une partie de ces minorités visibles (Maghrébins, Africains, Haïtiens). Certains membres de la société québécoise ne sont pas conscients des difficultés d’intégration professionnelle des immigrants. Ils répètent souvent que les immigrants doivent suivre le même processus que les étudiants ou les finissants québécois. S’il est vrai que les immigrants ne bénéficieront jamais d’un emploi sur un plateau d’argent, il n’en demeure pas moins qu’ils éprouvent plus de difficultés à s’intégrer sur le marché de l’emploi.

La précarité s’installe parfois avec des emplois qui durent et perdurent pour des immigrants généralement plus instruits que la moyenne canadienne. Au début, les nouveaux arrivants recherchent des « jobines »,  (terme québécois signifiant petits boulots ou boulots alimentaires) pour payer leurs factures et leurs loyers. Cette stratégie de survie leur laisse peu de temps pour se consacrer à leur recherche d’emploi dans leur domaine de compétence. La précarité risque de s’installer quand certains emplois atypiques (contrat à durée déterminée, emploi à temps partiel involontaire, horaires non flexibles, etc.) perdurent. Si l’on peut comprendre que les nouveaux arrivants occupent, dans un premier temps ou pour leur premier travail, des emplois du secteur secondaire (télémarketing, télécentres, sécurité, manufacture, entretien et ménage, secteur du commerce, magasins ou épiceries), il serait difficile de valider la thèse de leur maintien en emploi dans ces boulots atypiques très précaires.

Certains immigrants sont conscients des nombreux obstacles auxquels ils seront confrontés. Mais au fur et à mesure que les barrières se multiplient, ils perdent espoir et confiance dans le système.

Le chômage isole les personnes immigrantes et entraîne un sentiment de vulnérabilité. La personne immigrante se dévalorise au fur et à mesure et n’a plus le goût de chercher un emploi ou de retourner aux études. Elle perd ainsi ses compétences et connaissances.

Le type d’activité professionnelle des immigrants, qui peut aussi justifier les écarts entre les revenus des natifs et des immigrants, permet aussi de mesurer le degré d’intégration économique des immigrants.

La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale doit porter une attention particulière aux immigrants, notamment les minorités visibles. La présence ou surreprésentation des personnes immigrantes dans les programmes d’assistance sociale donne de sérieuses indications sur les difficultés d’intégration économique des néo-Québécois. Il faut, à ce titre, éviter les conditions précaires dans lesquelles ils peuvent plonger pendant des années d’où un risque d’enfermement et de ghettoïsation.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes et l’identité québécoise.

[1]     Émile Durkheim, De la division du travail social. 2e éd. 1930, Paris, Presses universitaires de France, 1893.

Publié par : Doudou Sow | 22 août 2014

Parole d’experts. Mentorat d’affaires

Publié par : Doudou Sow | 21 août 2014

Parole d’experts : Parcours d’entrepreneurs

Constantin Tombet-Moupegnou reçoit Doudou Sow. Partie 1

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Les immigrants doivent souvent éviter de se lancer dans un bras de fer avec un agent ou une agente d’Emploi-Québec. La non-connaissance du fonctionnement d’Emploi-Québec peut créer des conflits ou des déceptions auprès des immigrants qui voient en cette institution un obstacle à l’obtention d’une formation gagnante. Emploi-Québec finance des formations selon le domaine de compétences et de la formation d’origine de la personne.

La personne immigrante peut penser avoir droit systématiquement et automatiquement à tout type de formation. La vérité reste qu’Emploi-Québec ne finance pas une demande, mais identifie un besoin bien précis. Les agentes ou agents d’aide socioéconomique, volet emploi et volet aide financière, du Centre local d’emploi (CLE) des différents quartiers, effectuent au préalable une évaluation des besoins. Pour la rationalisation de l’argent du contribuable québécois, un financement pour la réorientation de carrière doit être justifié à moins que cela ne soit dû à un épuisement professionnel, à un accident de travail ou à une maladie grave entraînant un changement de carrière. Emploi-Québec fait appel à des conseillers en orientation pour valider certains choix professionnels.

On sait aussi qu’Emploi Québec paie de moins en moins de formation et se situe dans la logique de sa mission qui est « de contribuer à développer l’emploi et la main-d’œuvre ainsi qu’à lutter contre le chômage, l’exclusion et la pauvreté, dans une perspective de développement économique et social». En d’autres termes, la mission première d’Emploi-Québec consiste à faire en sorte que le chercheur d’emploi retourne le plus rapidement possible sur le marché du travail. Pour y arriver, cette institution se dote de mesures et programmes de courte durée et elle demande l’implication proactive du client. Les agents d’Emploi-Québec essaient d’identifier les besoins du client et le réfèrent à des ressources qu’ils jugent appropriées.

Certaines mesures ou programmes laissent place à l’interprétation. Les fonctionnaires ont un pouvoir discrétionnaire et parfois certaines personnes immigrantes ont des difficultés à communiquer avec eux quand elles veulent obtenir une formation. Elles pensent que l’obtention de la formation est un droit acquis d’avance. C’est ainsi que certains fonctionnaires perçoivent dans l’argumentation de ces dernières une forme d’exigence injustifiée. Cette situation est également due à une représentation que certaines personnes immigrantes se font, à tort ou à raison, de la fonction publique (ont tout le pouvoir) de manière générale. Mais ceci s’explique aussi par le climat de méfiance qu’elles entretiennent avec les représentants de l’État, et par conséquent, elles ne leur donnent pas toute l’information nécessaire pour évaluer leurs besoins et ne documentent pas non plus très bien leur situation. Cette information sur leur parcours de carrière ou de transition professionnelle est souvent détenue par les conseillers des organismes communautaires en qui les personnes immigrantes accordent une confiance presque totale.

Certains fonctionnaires peuvent aussi orienter des personnes immigrantes vers certains projets qui ne leur conviennent pas du tout. Ceci est aussi dû au fait qu’il y a beaucoup de projets dont les critères changent continuellement, à tel point que tout le monde y perd parfois son latin. Conséquemment, lesdits fonctionnaires doivent harmoniser davantage certaines pratiques et ne pas considérer les conseillers en emploi des organismes communautaires comme des amateurs, mais plutôt comme des professionnels aguerris autant sur le plan humain (relation de confiance établie dès le début avec le participant) que professionnel (expertise dans le domaine de l’intégration des personnes immigrantes).

Aussi, il est vrai que les fonctionnaires ne donnent pas exclusivement des services à une clientèle, mais qu’ils doivent répondre également aux besoins de l’ensemble de la société québécoise. Même si Emploi Québec pèche par rapport à l’adaptation de certains services à la clientèle scolarisée immigrante, en terme de programmes et de formations passerelles, elle est de plus en plus consciente qu’elle doit prendre en considération dans ses politiques « les grands défis de l’avenir » qui se déclinent à travers cinq problématiques essentielles : « le vieillissement rapide de la population et la rareté de main-d’œuvre; la faible productivité des entreprises du Québec; un chômage et un sous-emploi persistant chez certains sous-groupes de la population; l’adéquation formation-emploi ».

Les immigrants qui critiquent trop souvent le système professionnel, ou la société québécoise de manière générale, donnent l’impression, aux yeux des Québécois, de se plaindre à tout bout de champ. La réponse qui leur est servie souvent par certains Québécois n’ayant pas peur de la confrontation reste ceci : « Si la société québécoise est aussi mauvaise qu’ils la prétendent, pourquoi viennent-ils et restent-ils au Québec? »

Des Québécois qui en ont ras le bol de se faire traiter de tous les noms vont même jusqu’à leur indiquer le chemin du retour dans leurs pays d’origine et à leur suggérer la piste du déménagement dans les provinces anglophones ou chez le voisin américain. Nous sommes d’avis qu’il faut faire la distinction entre ″esprit critique″ qui est un baromètre d’une société démocratique et ″esprit de critique″ qui est un comportement de m’as tu vu.

Il est vrai que l’immigration est un privilège et non un droit comme aimaient le rappeler les deux anciennes ministres libérales de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec (Monique Gagnon Tremblay et Lise Thériault). Les personnes immigrantes, notamment les minorités visibles, qui ont été ou ont transité en Europe, partageront avec nous la certitude que le Québec est un havre de paix et donne la chance aux immigrants plus que n’importe quel autre pays d’immigration européen. Cette conception peut être battue en brèche par une personne immigrante qui est venue directement de l’Afrique ou du Maghreb puisqu’elle n’a pas eu la chance de comparer les politiques d’immigration.

Cela n’empêche en rien le fait qu’on puisse se permettre de critiquer la société pour améliorer les choses dans une démarche pédagogique et constructive; ce que nous nous efforçons de faire, du moins ce que nous pensons avoir fait dans nos nombreux articles ou interventions dans certains médias, bref dans les différentes tribunes. Ce n’est pas défendre les immigrants que de reconnaître qu’ils ne viennent pas du néant; ils ont un passé, un bagage culturel qui leur permettent d’innover ou de faire naître d’autres points de vue. Ils ne sont pas adeptes non plus du « béni oui oui ». Ils sont très scolarisés, ont beaucoup voyagé et peuvent amener une valeur ajoutée pour le bien de la collectivité. Mais nous reconnaissons qu’il y a une façon de critiquer.

Les Québécois détestent qu’on leur donne des ordres ou qu’on balaie du revers de la main leurs façons de faire, d’être et de voir les choses. Ils ont tout à fait raison sur ce plan. Loin de nous l’idée d’idéaliser les Québécois, quand nous affirmons en toute sincérité que les Québécois sont des gens modestes .

Ce texte est extrait de mon premier livre intitulé Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique.

La recherche d’emploi est un véritable parcours du combattant pour toute personne désirant trouver sa place au soleil. Elle est encore plus problématique pour les immigrants qui, à force d’essuyer des refus à leur candidature, perdent leur propre estime et se sentent de plus en plus frustrés par rapport à leur situation. La connaissance ou la maîtrise des codes culturels, des règles, du fonctionnement du marché du travail, facilitent l’intégration durable en emploi des nouveaux arrivants. Doudou Sow, conseiller en emploi et sociologue, donnera quelques conseils pratiques aux chercheurs d’emploi immigrants sur la meilleure façon de séduire, convaincre et rassurer les employeurs québécois.

 

Mon entrevue à la radio CIBL sur le sujet de l’intégration socioprofessionnelle des nouveaux arrivants dans le cadre du Salon de l’immigration et de l’intégration organisé par Immigrant Québec

Entrevue Doudou CIBL Salon de l'immigration-Palais des congrés de Montréal-Mai2014

 

Dédicaces livres Doudou SOW au salon de l’immigration et de l’intégration du 9 mai 2014 : Un très grand merci à la ministre Kathleen Weil, Stephan Reichhold, directeur de la TCRI, Eva Lopez, directrice d’Intégration communautaire des immigrants (ICI) et à l’équipe du Centre social d’aide aux immigrants (CSAI).

Doudou en discussion avec la ministre Kathleen WeilDoudou présenté à la ministre par Éva Lopez et StephanLa ministre qui prend connaissance des deux livresdoudou-sow-integration

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Séduire, convaincre, rassurer : Attitudes gagnantes pour décrocher un emploi

Conférence animée par Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé, membre de la TCRI (Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes)

10 mai 2014 . DE 14h30 – 15h10 au Palais des congrés de Montréal

La recherche d’emploi est un véritable parcours du combattant pour toute personne désirant trouver sa place au soleil. Elle est encore plus problématique pour les immigrants qui, à force d’essuyer des refus à leur candidature, perdent leur propre estime et se sentent de plus en plus frustrés par rapport à leur situation. La connaissance ou la maîtrise des codes culturels, des règles, du fonctionnement du marché du travail, facilitent l’intégration durable en emploi des nouveaux arrivants. Doudou Sow, conseiller en emploi et sociologue, donnera quelques conseils pratiques aux chercheurs d’emploi immigrants sur la meilleure façon de séduire, convaincre et rassurer les employeurs québécois.

Conférence organisée par IMMIGRANT QUÉBEC

http://www.salonimmigration.com/conferences/seduire-convaincre-rassurer-attitudes-gagnantes-pour-decrocher-un-emploi/

http://www.salonimmigration.com/conferences/

 

Ventes et séance de dédicaces de mes livres au Kiosque numéro 32 du Centre social d’aide aux immigrants (CSAI) :

Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique

Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil

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Images Doudou LivresPar Anne-Marie Yvon | francais@rcinet.caVendredi 4 avril, 2014  

Immigration et intégration, deux thèmes peu ou pas abordés après quatre semaines de campagne électorale au Québec. Pourtant ces deux thèmes sont cruciaux dans une province qui, contexte démographique oblige, accueille bon an mal an, plus de 50 000 immigrants permanents.  Des hommes et des femmes qui souhaitent intégrer le marché du travail et s’intégrer à leur nouvelle société.

Alors que le débat sur la cohésion sociale, engendré par le dépôt du projet de loi sur uneCharte des valeurs québécoises, par le Parti québécois, ne cesse de créer des remous, le sociologue de formation, Doudou Sow, a analysé, sous deux angles, la problématique de l’intégration des immigrants dans leur société d’accueil et vient de publier deux essais :

« Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » et « Intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante. »

Doudou Sow est actuellement conseiller en emploi au Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé à Montréal.

 

Écouter l’entrevue de Doudou accordée à la journaliste Anne-Marie Yvon de Radio Canada International (RCI) :

 http://www.rcinet.ca/console.php?id=7055577&image=http://img.src.ca/2014/04/04/635×357/140404_la26d_rci-doudou3_sn635.jpg&locale=fr&appCode=medianet

Lien original de l’article

 

Image Doudou SOW ciblDoudou Sow à CIBL

L’immigration est toujours un sujet d’actualité, particulièrement en période électorale. La question de la main d’œuvre est préoccupante, particulièrement dans notre contexte démographique.

Doudou Sow, sociologue de formation, actuellement conseiller en emploi pour le projet Mentorat Québec -Pluriel au Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé était en studio mardi 1er avril.

Récemment, M. Sow a publié deux ouvrages sociologiques sur la question de l’intégration des immigrants à la société québécoise : « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise » et « intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante ».

Doudou Sow a donc fait le point sur cet enjeu complexe qu’est l’intégration des immigrants.

Cliquer sur le lien ci-dessous pour écouter l’entrevue .

Publié par : Doudou Sow | 26 mars 2014

Affiche Lancement de deux livres de Doudou sur l’intégration

Affiche lancement des deux livres de Doudou sur l'intégration

Intégration une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil

Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise une réflexion sociologique

INVITATION

Lancement de deux livres sur l’intégration des immigrants et l’identité québécoise

Doudou Sow, sociologue de formation et conseiller en emploi du Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé, vous invite cordialement au lancement de ses deux livres : Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique et Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil.

Dans son premier livre, la problématique de l’intégration des personnes immigrantes est abordée différemment, selon le point de vue des différents acteurs. Pour la société d’accueil, les personnes immigrantes doivent s’intégrer aux réalités de la société québécoise en comprenant leur mentalité, leur spécificité, les valeurs communes et en cessant de se ghettoïser. Quant aux personnes immigrantes, l’intégration réussie signifie un emploi rapide dans son domaine de compétence. Le livre nous présente ces deux analyses complémentaires et non opposées.

Le deuxième livre souligne que l’association immigration-problèmes ou immigration-fardeau fausse la richesse de la diversité culturelle. L’intégration des immigrants, étant une responsabilité partagée, suppose que tout acteur mette la main à la pâte pour une réussite de l’intégration professionnelle, résultante d’un mieux-vivre ensemble harmonieux.

Le sujet proposé est sans doute dans l’air du temps, puisqu’il enrichit le débat sur la cohésion sociale amorcé par le projet de la Charte des valeurs québécoises.

L’événement se déroulera le mercredi 2 avril 2014, à 18 h, à la salle de réception Costa Del Mare (5605, rue d’Amos, Montréal, Québec H1G 4P1). S’il vous plaît, confirmez votre présence au plus tard le vendredi 28 mars 2014  à :

Ginella Diaz

Agente de liaison et de communication

Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé

514 327-5555 poste 243

gdiaz@cjebourassasauve.com

Cliquer sur le lien ci-dessous pour prendre connaissance du résumé de l’ouvrage :

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Publicite MentoratEn attendant la publication de mon premier livre intitulé Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique, je vous invite à prendre connaissance du texte qui explique les fondements théoriques et empiriques de notre démarche.

La question de la problématique de l’intégration des personnes immigrantes est abordée différemment selon le point de vue des différents acteurs. Une vision différente selon de quel côté l’on se situe : une forme de dualisme. Pour la société d’accueil, les personnes immigrantes doivent s’intégrer aux réalités de la société québécoise en comprenant leur mentalité, leur spécificité, les valeurs communes et en cessant de se ghettoïser. Une intégration réussie passe inévitablement par la maîtrise des valeurs, des us et coutumes de la société d’accueil. Quant aux personnes immigrantes, l’intégration réussie signifie un emploi rapide dans son domaine de compétence.

Souvent, les néo-Québécois répètent que la question de l’identité n’est qu’un écran de fumée qui cache la réalité de l’immigration. À quoi bon réussir à bien comprendre la société d’accueil, à réussir à s’identifier à elle, si le nouvel arrivant n’arrive pas à réussir à se trouver rapidement un emploi dans son domaine de compétence?

En clair, celui qui décide d’immigrer au Québec veut bien améliorer ses conditions de vie, qui passent par l’emploi, mais aussi assurer un bel avenir à ses enfants.

Bref, la société d’accueil insiste sur la nécessité et l’urgence du respect des valeurs, de la question de l’identité. Les personnes immigrantes parlent de l’urgence de trouver un emploi pour bien s’intégrer.

Notre thèse consiste à dire que l’un ne va pas sans l’autre. Ces deux analyses sont complémentaires et non opposées. Le bon sens voudrait que l’on concilie les deux.

La différence de raisonnement se situe juste en termes de temps. L’intégration est un processus graduel, individuel et non linéaire. L’ordre et l’enchevêtrement de ce processus dépendent du parcours socioprofessionnel de la personne, de son vécu personnel, de ses valeurs, et également du contexte. La personne qui trouve un emploi sera plus réceptive à la question identitaire puisqu’elle sera dans des dispositions pour faire partie intégrante de la société d’accueil. Elle ne se mettra pas en marge de la société et reconnaîtra l’ouverture de sa terre d’adoption. Mais il est vrai aussi que celui qui ne connaît et ne reconnaît pas les valeurs de la société d’accueil ne pourra se trouver et se maintenir en emploi, d’autant plus qu’on considère que 80 % des emplois sont obtenus par des contacts directs. Ceci veut dire que la personne immigrante qui maîtrise la mentalité de la société d’accueil pourra se trouver une place au soleil. C’est grâce à l’emploi que la personne se sent parfaitement intégrée dans la société québécoise.

L’intégration par le travail est préconisée dans les sociétés développées pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Même si le travail est avant tout un moyen de gagner sa vie, il constitue également un accomplissement de la personne, un facteur d’épanouissement et d’intégration.

Le milieu de travail est un milieu de socialisation et permet, aussi bien à l’immigrant qu’au Québécois, de se découvrir mutuellement, de briser les barrières. Il est le lieu d’apprentissage de la culture québécoise. Le travail, facteur de socialisation, amène à réfléchir et à épouser les traits culturels de la société d’accueil. L’approche gagnante de l’intégration passe à la fois par une insertion et un maintien en emploi, mais aussi par une adhésion aux valeurs de la société québécoise.

L’emploi est le premier facteur socialisateur et intégrateur de l’immigrant dans la société québécoise. Le milieu de travail, comme espace de socialisation et d’ouverture à la société d’accueil, constitue une référence identitaire inclusive.

Postulat de départ

Les Québécois s’appuient sur le paradigme constant faisant de l’immigration une richesse pour la société québécoise. Cette conception diffère de l’approche considérant l’immigration comme un envahissement des personnes pauvres, au sens figuré comme au sens propre. Toutefois, de récentes études minimisent l’apport de l’immigration sur le plan démographique et économique (Le livre Le Remède imaginaire-Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois et les études de l’Institut Simon Fraser de 2009 et 2011 ) et démolinguistique (anglicisation de Montréal menaçant la vitalité du français, idée défendue par Michel Pagé dans son essai et la dernière publication de l’Office québécois de la langue française (OQLF) sur la langue parlée à la maison en septembre 2011 démontrant le recul du français sur l’île de Montréal ).

En dépit de la conciliation de la question de l’emploi et la maîtrise des valeurs de la société d’accueil, nous prenons comme postulat de base qu’il appartient aux nouveaux arrivants de comprendre, dans un premier temps, le point de vue de la société. Cette démarche favorisera une ouverture plus grande de la société d’accueil à l’égard de ces personnes.

L’ignorance des codes culturels québécois ainsi que le manque de réseaux socioprofessionnels constituent, entre autres, un véritable frein à l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

Approche méthodologique

Notre trajectoire socioprofessionnelle, le récit de vie des personnes immigrantes que nous avons rencontrées dans le cadre de notre rôle de conseiller en emploi et surtout les auditions publiques dans le cadre de trois consultations générales à l’égard de trois documents : Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination (2006); Les niveaux de planification de l’immigration pour la période 2008-2010 de la consultation publique (2007); La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 de la consultation publique (2011), constituent les bases principales de notre analyse sociologique. Les outils complémentaires demeurent l’analyse des documents de presse écrite, audio et visuelle, les études de crédits ministériels du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles et des ouvrages traitant de la question de l’intégration des néo-Québécois de manière générale. En d’autres termes, l’approche méthodologique conjugue les débats à l’Assemblée nationale du Québec, les recherches scientifiques, la littérature journalistique et l’expérience de terrain.

En raison des échanges interactifs, nous avons privilégié le Journal des débats à l’analyse théorique des mémoires soumis par les différents groupes. Ensuite, les intervenants en commission parlementaire débutent leurs auditions en décidant souvent de présenter verbalement les aspects les plus pertinents de leur mémoire (une présentation de dix à quinze minutes, suivie des échanges avec les parlementaires, pour une durée totale d’une heure en moyenne). Aussi, entre le dépôt ou la rédaction du mémoire et la présentation du contenu de celui-ci à la commission des relations avec les citoyens, l’actualité peut bien évoluer. Notre souci méthodologique a toujours été de nous rapprocher davantage des faits récents afin de ne pas nous voir dépasser par de nouvelles orientations et de rendre caduc notre livre ou d’en diminuer sa pertinence.

Nous tenons également à faire une mise au point suivant laquelle le changement d’un gouvernement au Québec, intervenu au mois de septembre 2012, ne change en rien les idées principales sur la question de l’intégration de personnes immigrantes qui ont été débattues à l’Assemblée nationale du Québec. Il demeure certain que le Parti libéral du Québec et le Parti québécois n’ont pas la même vision de l’immigration. Il n’y a pas encore de consensus sur la question de la conception ou définition de l’interculturalisme. L’interprétation de la dernière ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, sous le gouvernement Charest, Kathleen Weil, en ce qui a trait au concept de l’interculturalisme, diverge de celle de Mme Pauline Marois, alors chef de l’opposition officielle et actuelle première ministre du Québec : « L’interculturalisme «est un modèle qui encourage le dialogue et l’intégration et qui considère que «les signes religieux ne viennent pas entacher le caractère neutre de l’État», s’est contentée de dire la ministre . »

La définition de la laïcité, ou le sens donné à la «laïcité ouverte », n’est pas la même pour le Parti québécois et pour le Parti libéral. Le Québec souhaite accueillir des immigrants facilement intégrables aussi bien sur le plan culturel qu’économique. Les principaux partis politiques, le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ), s’entendent quand même sur la nécessité de recourir à l’immigration pour contrer le phénomène de dénatalité tout en ayant des approches différentes sur la conception de la laïcité, de la place de la langue française ou francisation dans la politique d’immigration, de l’interculturalisme. Nous aurons l’occasion de revenir sur le bilan du gouvernement du Parti québécois probablement dans un autre livre. En clair, nous ne saurons juger de manière objective un gouvernement du Parti québécois qui vient à peine d’être élu (un an et demi depuis le 4 septembre 2012) et surtout dans un contexte minoritaire.

 
I) Les consultations publiques comme source principale

 

 
Le choix des consultations publiques comme source de référence trouve son explication dans la pertinence des échanges très fructueux entre les différents acteurs. L’intégration des personnes immigrantes suscitait un grand intérêt et un débat enrichissant sur les moyens et outils à mettre en place pour améliorer leur situation. De plus, l’Assemblée nationale du Québec étant le lieu où s’exerce la démocratie, les acteurs politiques de manière générale et les parlementaires en particulier qui sont amenés à prendre des décisions ne pourraient pas se dédouaner en arguant n’être pas au courant des difficultés vécues par ceux et celles qui ont choisi le Québec comme terre d’accueil. Le simple fait que des spécialistes de la question de l’intégration des personnes immigrantes viennent livrer leurs commentaires et faire des recommandations est un levier important pour la compréhension, mais aussi pour le choix de l’action à entreprendre et des gestes à poser. Les consultations publiques représentent également un outil d’analyse dans la mesure où elles prennent en compte toutes les positions des acteurs concernés par la question de l’intégration des personnes immigrantes.

 

Les différents acteurs socio-économiques ont fait des consultations auprès de leurs membres et partenaires avant de soumettre des documents à la Commission des relations avec les citoyens de l’Assemblée nationale du Québec. Ce qui prouve une représentativité des idées soumises et débattues. Les différentes consultations permettaient aussi à tous les acteurs (l’opposition, le gouvernement, les syndicats, les entreprises, les groupes communautaires et les citoyens) de démontrer un grand intérêt pour la question de l’intégration des immigrants par le travail. Pour cette raison, elles méritent qu’on y apporte une attention toute particulière dans l’analyse de l’intégration des néo-Québécois. Il ne s’agit pas de douter du sérieux du gouvernement libéral provincial concernant les consultations qu’il avait entreprises pour trouver des solutions aux problèmes des immigrants. Mais la question pratique porte sur l’application des recommandations formulées, l’efficacité des programmes, l’exigence d’imputabilité et de sensibilisation ainsi que sur la mise à disposition des sommes nécessaires allouées aux organismes communautaires pour mener à bien la noble mission citoyenne d’intégration des personnes venues d’ailleurs pour une société inclusive et harmonieuse. Les personnes immigrantes veulent s’épanouir pleinement au sein de la société québécoise et cela passe inévitablement par un emploi à la hauteur de leurs compétences; elles s’attendent donc à ce que des mesures concrètes soient prises rapidement pour faciliter leur insertion professionnelle.

 
La dernière consultation sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 avait lieu dans un contexte plus que particulier, comme le rappelait M. Benoit Charette, alors porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration, lors de ses remarques préliminaires du 31 mai 2011 dans le cadre des travaux parlementaires. Les éléments marquants qui se sont ajoutés aux deux précédentes commissions parlementaires portaient sur la publication du rapport Bouchard et Taylor, Fonder l’avenir : Le temps de la conciliation, déposé en mai 2008; le tome 1 du rapport critique pour l’année 2010-2011 du Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, déposé à l’Assemblée nationale du Québec, en mai 2011; la crise économique de 2009, un gouvernement majoritaire après celui minoritaire; la publication de l’essai-choc ou polémique Le Remède imaginaire – Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois en mars 2011; la publication du rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur une discrimination systémique sur les médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU), en novembre 2010.

 
La consultation de la période de l’immigration intervenait également dans un contexte où les organismes communautaires observaient une journée de grève – journée de débrayage des organismes du Programme d’accompagnement des nouveaux arrivants (PANA), organisée par la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) en juin 2011. La consultation était également marquée par la publication de l’Office québécois de la langue française sur la langue parlée à la maison en septembre 2011.

Cette dernière consultation sur la planification de l’immigration 2012-2015 a débouché sur certains consensus au niveau de l’importance de la vitalité ou de la maîtrise de la langue française par des tests standardisés, la nécessité d’allouer des ressources proportionnelles au volume d’immigration. Certains différends ont été notés sur la question de la notion de bassin géographique, ou plutôt, la controversée question du rééquilibrage des bassins géographiques avec référence au bassin du Maghreb ramené de 36,8 % en 2010 à 30 % dans les prochaines années, de l’augmentation ou non du volume d’immigration, ou une meilleure intégration des immigrants passant par un temps d’arrêt, ou une diminution du volume des nouveaux arrivants, etc.

L’avant-dernière consultation publique sur Les niveaux de planification de l’immigration pour la période 2008-2010 (tenue en 2007), sous l’ère de l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, avait opté pour un scénario de croissance. La dernière consultation publique sur Les niveaux de planification de l’immigration pour la période 2012-2015 (qui a eu lieu en 2011) étudiait trois scénarios : un scénario de réduction, un scénario de stabilisation et un scénario de croissance. « Plus de 50 mémoires ont été déposés dans le cadre de la consultation sur la planification 2012-2015 », selon Mme Kathleen Weil. Cette dernière, qui a succédé à Mme Yolande James le 11 août 2010, avait elle-même dit, en conférence de presse, en avril 2011, que la planification de l’immigration 2012-2015 s’inscrivait dans une certaine continuité au niveau des orientations : « […], il y a la dernière consultation, 2008-2010, qui a porté sur certaines orientations, et là on vient amener d’autres orientations, mais qui restent évidemment dans la même lignée .» Elle rappelait également, lors des remarques finales pour la planification pluriannuelle de l’immigration, que : « la Commission des relations avec les citoyens [a] eu le plaisir de recevoir plus d’une quarantaine d’intervenants . » En guise de rappel, la commission parlementaire de 2006 avait suscité beaucoup d’engouement si l’on en jugeait par le nombre de participants.

« Du 13 septembre au 25 octobre 2006, la commission parlementaire, dans le cadre de la consultation générale sur le document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, à la Commission de la culture de l’Assemblée nationale, a reçu les idées et propositions de 90 personnes et organismes. Cent vingt-quatre mémoires ont été déposés, ainsi qu’une centaine de questionnaires en ligne ont été soumis . »

Sur le site du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, on pouvait lire, au sujet de la consultation publique relative à la planification triennale de l’immigration 2008-2010, qui s’était également déroulée à l’Assemblée nationale du Québec, que :

« Soixante-cinq mémoires ont été adressés à la commission parlementaire chargée des auditions alors que la consultation en ligne, une première dans l’histoire de la planification triennale de l’immigration, a reçu une centaine de participations, dont plusieurs en provenance des régions. »

Même si on peut remarquer la diminution du nombre de mémoires, en comparaison des 85 mémoires déposés auprès de la Commission pour les niveaux d’immigration pour la période 2005-2007 et des 125 de la consultation publique vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, on peut aussi noter que l’intérêt porté à l’immigration demeure un sujet des plus importants pour la société québécoise.

Nous pouvons également constater que la consultation publique Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination en 2006 tout comme celle portant sur la planification des niveaux d’immigration en 2007 ont accouché de recommandations qui sont toujours d’actualité. Certaines sont récurrentes, d’où la question des actions à prendre pour sortir de la théorie et passer à la pratique. Les intervenants du milieu communautaire se posent toujours des questions, avec raison, sur les suites concrètes que le gouvernement libéral provincial donnait aux recommandations des dernières consultations publiques. Malheureusement, les rapports « tablettés » sont devenus monnaie courante. Une grande partie de ces mémoires provenaient de groupes qui témoignent de leur expérience professionnelle avec passion, mais aussi avec fermeté, afin d’inciter le gouvernement à aller de l’avant dans la question de l’intégration des personnes immigrantes. Des groupes de toutes tendances expriment leurs inquiétudes et essaient aussi de défendre le point de vue du groupe majoritaire (société d’accueil) sur la question du modèle d’intégration identitaire.

La pertinence de l’analyse de contenu des auditions publiques s’appuie sur des éléments intéressants apportés par plusieurs spécialistes pour mieux alimenter et éclairer le processus d’intégration des personnes immigrantes. Les thématiques abordées ne sont pas le fruit de théories, mais des faits vécus, des expériences de terrain de personnes et organismes dévoués corps et âmes à la cause immigrante. Mais aussi de simples citoyens « pure laine » qui interviennent régulièrement pour questionner le modèle d’intégration, pour exprimer leur crainte relative à une certaine menace identitaire. L’approche épistémologique conjugue donc des points de vue différents.

La connaissance de l’action sociale, comme l’a décrit Max Weber, passe par le sens que les acteurs lui donnent : la construction ne se fait pas en dehors de l’acteur, mais inclut celui-ci. Nous essaierons de « comprendre par interprétation cette activité sociale » (sociologie compréhensive). Mais également, faut-il le signaler, il peut y avoir un décalage entre le discours tenu par les différents acteurs socio-économiques et la réalité sur le terrain. C’est dans cette optique qu’un travail d’observation dans notre pratique quotidienne complète les discours. La pleine participation de tous les Québécois d’origine, comme des néo Québécois, constitue un paramètre dans l’intégration sociétale des individus qui composent la société. Cette démarche, parce qu’elle s’inscrit dans une approche sociologique, aborde les difficultés des personnes immigrantes, notamment les problèmes des médecins étrangers, comme un phénomène social total (Marcel Mauss ) faisant partie intégrante de la société.

 

 

II- Valeur ajoutée du livre

 
La pertinence de notre analyse intégrationniste et notre neutralité axiologique ont leurs fondements, à la fois, dans nos expériences différentes et complémentaires en qualité de conseiller en emploi. Nous avons en effet travaillé avec le premier organisme de Montréal à avoir reçu le mandat de la régionalisation du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) et l’un des plus grands Carrefour jeunesse-emploi (CJE) sur toute l’île de Montréal qui œuvre à l’intégration socio-économique des jeunes adultes de 16 à 35 ans sans distinction ethnique ou statut socio-économique. Cette dernière expérience nous permet d’avoir une lecture non pas seulement pro immigration, mais procédant plutôt d’une vision d’ensemble des besoins rencontrés par les chercheurs d’emploi quel que soit leur statut ou leur origine. L’immigrant qui arrive au CJE Bourassa-Sauvé a une vue d’ensemble des autres difficultés vécues par les jeunes, toutes origines confondues.

Notre lecture transversale de l’intégration des personnes immigrantes prend sa source dans le cadre de notre expérience de terrain dans les volets de la régionalisation de l’immigration, de l’immersion professionnelle et du mentorat. Comme nous l’avons mentionné ci-haut, nous avons évolué dans des organismes voués exclusivement à l’intégration des personnes immigrantes et dans un organisme qui offre des services à de jeunes adultes québécois et à de nouveaux arrivants par le biais de projets d’employabilité, d’orientation, de mise en action et d’entrepreneuriat. Cette expérience de terrain, acquise dans un contexte géographique, linguistique et socio-économique différent , (Côte-des-Neiges et Montréal-Nord), nous permet de faire une synthèse de la perception et de la réalité de la complexité du dossier de l’immigration.
On parle de la ghettoïsation des immigrants dans certains quartiers comme Côte des Neiges (77 506 habitants en 2006; 50,9 % de personnes issues des minorités visibles ) et Montréal-Nord. Notre expérience actuelle dans un organisme à but non lucratif situé à Montréal-Nord nous permet de constater une nouvelle prise de conscience des différents acteurs socio-économiques. Une ville qui ouvre une nouvelle page d’histoire . Le portrait de Montréal-Nord n’est guère reluisant : un jeune sur six au chômage, 29 % des ménages sont composés de familles monoparentales, 38 % des ménages vivent sous le seuil de faible revenu. Avec ses 83 911 habitants (2006), l’arrondissement de Montréal-Nord compte 32 % de minorités visibles .

 

 

II-1 Des expériences diverses et variées sur la problématique de l’intégration

 
Des expériences diverses et variées sur la problématique de l’intégration nous permettent d’avoir une vue d’ensemble sur la complexité de l’intégration économique et de l’adaptation culturelle.

 
1) Notre expérience acquise à Promotion Intégration Société nouvelle (PROMIS), un organisme à but non lucratif qui poursuit la mission d’intégration auprès des nouveaux arrivants et de défense de leurs droits, basé à Côte-des-Neiges, un des secteurs les plus multiethniques de Montréal : plus de 130 communautés culturelles y sont représentées. Le quartier Côte-des-Neiges constitue le point de chute de nombreux nouveaux arrivants. Ce territoire compte 50,9 % de minorités visibles.
Notre expérience de terrain nous permet peut-être davantage de faire parler les faits, même si l’objectivité souhaitée peut révéler des biais, compte tenu d’une éventuelle distance difficile à tenir avec l’objet sociologique. Cependant, nous tenterons, autant que faire se peut, d’aborder avec objectivité la question de l’intégration. Ces deux projets contribuent au maintien de la cohésion sociale, et partant, à l’équilibre de la société d’accueil.

L’approche basée sur la réalité du terrain permet de questionner les pratiques empiriques. Mais aussi, et surtout, nous nous appuierons sur des documents publics et comparerons sur le terrain pour voir si le contenu ou les orientations de ceux-ci ne sont que des vœux pieux ou s’ils reflètent la réalité empirique. Nous passerons à la loupe certaines déclarations. Nous passerons aussi au peigne fin certaines analyses lors des consultations publiques conduites par la Commission de la culture de l’Assemblée nationale du Québec. La volonté politique du gouvernement libéral provincial dans la question de l’intégration des personnes immigrantes est-elle certaine, réelle, réaliste? Le plan d’action a-t-il été mis en œuvre tel qu’annoncé?

 
2) L’expérience acquise dans le domaine de la régionalisation de l’immigration, de l’immersion professionnelle des personnes immigrantes et du programme Mentorat nous semble un atout, autant dans la réflexion épistémologique que dans la pratique de terrain. La valeur ajoutée de notre livre se mesure dans l’analyse de la dynamique territoriale de l’occupation de l’espace québécois par les immigrants. Celle-ci se décline dans leur insertion socio-économique, culturelle et politique, dans la métropole montréalaise, tout comme dans les régions du Québec. Ce livre est aussi le fruit de représentations publiques, de réseautages formels et informels de son auteur qui reste passionné par la question de l’immigration.

 
3) La création de notre blogue http://doudousow.wordpress.com/en février 2009, comme creuset d’une information constructive et éducative, vectrice de cohésion sociale, nous a conforté dans l’idée de poursuivre la réflexion sur l’intégration des immigrants. Les commentaires instructifs sur nos différents articles, ainsi que notre expérience dans le domaine de l’action communautaire et de la vie associative, nous ont également servi d’analyse sociologique dans la rédaction du livre.
Nous sommes apparemment le premier conseiller en emploi à écrire un livre sur l’intégration des personnes immigrantes et à créer un site Internet fournissant des conseils pratiques aux chercheurs d’emploi immigrants.

4) La réflexion et l’analyse critique trouvent leur fondement dans notre formation universitaire à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) et à l’Université Rennes 2 (France), doublée d’une approche empirique sur le terrain de l’intégration des personnes immigrantes au Québec et de notre implication dans la question de la défense des intérêts des étudiants étrangers en France.

 
Notre analyse ne se limite pas seulement à l’identification d’une cause particulière comme seul obstacle de l’intégration des immigrants au Québec. Les difficultés d’intégration au marché du travail québécois ne peuvent pas être exclusivement attribuables à l’immigrant lui-même. Une hypothèse plausible irait dans le sens que les échecs de l’intégration seraient plutôt dus à la conjugaison de plusieurs facteurs : la non-reconnaissance des diplômes et des acquis par certains employeurs, le cercle vicieux « pas d’expérience canadienne, pas d’emploi et vice versa », la barrière linguistique, la discrimination raciale à l’embauche à l’égard de certaines communautés culturelles, le faible réseau et le manque de connaissance du marché du travail québécois, les problèmes d’attitude, la méconnaissance des codes culturels, le temps nécessaire à l’adaptation, l’inadéquation actuelle entre les offres d’emploi et les profils due à la grille de sélection des immigrants, le sous-financement des organismes communautaires, la fermeture des ordres professionnels, la déqualification professionnelle, l’absence ou les difficultés à trouver des formations passerelles pour les immigrants, la forte concentration des immigrants à Montréal.

 
III- La délimitation de l’objet d’étude

 
Selon le sociologue Émile Durkheim, « la première démarche du sociologue doit donc être de définir les choses dont il traite, afin que l’on sache et qu’il sache bien de quoi il est question . » Pour circonscrire notre objet, nous parlons d’immigrants reçus dans la catégorie économique (notamment les travailleurs qualifiés) et non des réfugiés, puisque les réalités sont complètement différentes. Les immigrants ont fait le choix d’immigrer tandis que les réfugiés ont quitté leur pays par contrainte physique ou par peur de persécution raciale, religieuse, politique ou ethnique .

Les réfugiés vivent plus de difficultés d’intégration à cause de leur passé et des traumatismes vécus qui laissent des séquelles à vie. La période de deuil social et professionnel est plus longue et la question de leur intégration se pose en des termes bien différents.

 
IV- Justification de l’ouvrage

 
Les différents ouvrages consultés n’ont pas étudié sous tous les angles l’intégration des personnes immigrantes. Par ailleurs, il existe beaucoup de textes publiés dans les revues qui traitent de l’intégration des immigrants à Montréal, et fort peu de ceux en région.
Travailler dans le domaine de l’intégration des personnes immigrantes demeure un sujet passionnant pour tout sociologue qui analyse et interroge la logique des différents acteurs, leurs interactions, mais aussi les particularismes.
Certaines définitions ou précisions nous semblent appropriées pour éclairer notre démarche sociologique. Certains ouvrages, études et recherche-action ont fait état de l’évolution des politiques d’intégration ou d’immigration (N’doye, 2003 ; Antonius et al, 2009). (Chicha et Charest, 2008) ont évalué les programmes d’intégration.
Marie-Thérèse Chicha et Éric Charest ont tenté, dans leur étude intitulée « L’intégration des immigrés sur le marché du travail à Montréal : politiques et enjeux », de répondre à des questions sur « les politiques mises en œuvre pour apporter des solutions aux difficultés vécues par les immigrés ». Ils ont aussi analysé « les objectifs visés par les politiques, voir si les politiques sont efficaces et si on peut les considérer comme des modèles de bonnes pratiques . » Nous ne revenons pas sur ces aspects puisqu’ils ont été bien expliqués et analysés.

Cependant, notre ouvrage se distingue des précédents en combinant l’expérience de terrain sur l’intégration des immigrants à Montréal et en région et les auditions publiques des spécialistes. Il explore davantage l’employabilité des immigrants.

La question de l’intégration revenant de plus en plus souvent dans l’actualité, il serait intéressant de jeter un regard constructif sur l’esprit de « L’énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration » qui date de 1990. Vingt trois (23) ans après la mise en place de ce tableau de bord, pouvons-nous constater que les efforts accomplis pour favoriser la pleine participation des Québécois, toutes origines confondues, ont donné les résultats espérés?

Une sociologie de différents acteurs qui travaillent sur une problématique commune : l’intégration des personnes immigrantes sous des méthodes et des angles d’approche différents. Les acteurs de projet, au sens où l’entend le sociologue Jean-Louis Laville, qui sont en interaction les uns avec les autres, nouent des relations de compréhension, d’entraide, de réciprocité, dans un climat de confiance. Ce partenariat entraîne également une tension sociale eu égard à la question identitaire, aux valeurs inhérentes à la société d’accueil (laïcité, principe un homme égale une femme, le français langue majoritaire au Québec), à l’intégration par le travail, bref à la perspective intégrationniste ou assimilationniste des immigrants. Divers acteurs qui ont des intérêts communs parfois différents. En définitive une sociologie des acteurs qui tient compte de la dynamique conflictuelle, de la dynamique de préservation des intérêts, de la dynamique de cohésion sociale, de la dynamique du rapport de force etc.
Le sociologue Manuel Castells, à travers son célèbre livre La société en réseaux, (T.1 de L’ère de l’information), définit :

« […] le concept de réseau, [comme une] caractéristique majeure de la société à l’ère de l’information. Un réseau est un ensemble de nœuds interconnectés. Un nœud est un point d’intersection d’une courbe par elle-même. La réalité d’un nœud dépend du type de réseau auquel il appartient. […] . »

Selon le chef de file de la sociologie urbaine :
« Les réseaux sont des structures ouvertes, susceptibles de s’étendre à l’infini, intégrant des nœuds nouveaux en tant qu’ils sont capables de communiquer au sein du réseau, autrement dit qui partagent les mêmes codes de communication (par exemple, des valeurs ou des objectifs de résultat). Une structure sociale fondée sur des réseaux est un système très dynamique et ouvert, capable d’innover sans mettre en cause son équilibre . »

La notion de « réseaux » est appréhendée, dans le cadre de notre livre, comme une relation de partenariat entre plusieurs acteurs, organismes communautaires, institutions ou structures, syndicats, etc., qui essaient, par rapport à une problématique commune (l’intégration culturelle et socio-économique des personnes immigrantes), de favoriser le vivre-ensemble harmonieux par une intégration économique et une adaptation culturelle aux réalités de la société d’accueil québécoise.
Pour tenter de satisfaire aux exigences de la rigueur méthodologique et à l’analyse des systèmes de valeurs, nous avons eu recours à la méthode de l’analyse de contenu.

« Le souci de la neutralité axiologique a présidé au choix de l’analyse de contenu. Elle offre la possibilité de traiter de manière méthodique des témoignages et des informations qui peuvent présenter un ″certain degré de profondeur et de complexité″ . »
Ayant ainsi présenté le cadre méthodologique, nous entamons la deuxième partie qui décrit le modèle d’analyse et le cadre théorique.

 

 

V- Modèle d’analyse : éléments sociologiques

 

Notre cadre de référence théorique s’articule autour de la conception wébérienne et durkheimienne en termes d’approches cumulant l’explication et la compréhension. Elle nous permet de prendre en compte le volet historique de la société québécoise et de tenir compte du point de vue de la société d’accueil. Il existe aussi un autre cadre de référence résidant dans une approche interculturelle développée par certains auteurs.

Notre démarche théorique s’inscrit dans l’approche explicative de Durkheim et celle compréhensive de Weber. Nous analyserons les faits sociaux en donnant tous les points de vue.
« La sociologie est née avec la volonté de rendre compte des transformations qui bouleversaient les sociétés, principalement depuis le XIXe siècle . » (Martin et al., 2003). L’histoire de la discipline sociologique (Auguste Comte (1798-1857) a inventé le terme « sociologie » en 1839) nous révèle que la principale difficulté dans la définition de la sociologie se trouve dans son objet. Émile Durkheim, le père fondateur de la sociologie française (Les règles de la méthode sociologique [1895], un ouvrage de référence surtout en termes de définition conceptuelle) a voulu faire de la sociologie une discipline autonome différente de la philosophie et de la psychologie.

 

Dans cet ouvrage, nous partons de deux positions sociologiques de la science de l’action sociale de Weber et de la science des faits sociaux de Durkheim qui paraissent contradictoires, mais complémentaires.

Selon Durkheim, les phénomènes sociaux « constituent des manières de sentir, de penser et d’agir qui sont extérieures à l’individu et sont dotées de pouvoir de coercition et s’imposent à lui comme une force contraignante.» On voit ici donc que la sociologie se définit à partir de l’explication des faits de l’extérieur : objectivisme. Des faits qui ont un « ascendant sur l’individu » . « Une puissance de coercition externe » qui peut s’abattre sur les immigrants. Ce sont des événements qu’ils ont trouvés sur place et dont ils doivent tenir compte s’ils ne veulent pas être marginalisés (par exemple : le combat linguistique et la bataille des valeurs communes). Nier certaines réalités pourrait se retourner contre la personne immigrante elle-même. En d’autres termes, les nouveaux arrivants ont trouvé sur place des valeurs et faits qu’ils ne sauront ignorer. Durkheim, dans son remarquable ouvrage sur « Les règles de la méthode sociologique », disait ceci : « Qu’un individu tente de s’opposer à l’une de ces manifestations collectives et les sentiments qu’il nie se retournent contre lui. . » Nous subissons « des influences sociales » qui peuvent amener à la « québécisation » des valeurs. « Mais si nous considérons les faits sociaux comme des choses, c’est comme des choses sociales », disait Durkheim.

D’autres penseurs, à l’instar de Max Weber, croient, eux, que la sociologie doit se définir à partir de l’explication des faits de l’intérieur : subjectivisme. Max Weber définit la sociologie comme
« une science qui se propose de comprendre par interprétation (deutend verstehen) l’activité sociale et par là d’expliquer causalement (ursächlich erklären) son déroulement et ses effets . »
Selon toujours le fondateur de la sociologie compréhensive,

« l’activité (Handeln) [est] un comportement humain (peu importe qu’il s’agisse d’un acte extérieur ou intime, d’une omission ou d’une tolérance), quand et pour autant que l’agent ou les agents lui communiquent un sens subjectif. Et par activité « sociale », l’activité qui, d’après son sens visé ([gemeinten Sinn) par l’agent ou les agents, se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel s’oriente son déroulement . »

« La sociologie de l’action sociale » de Weber permet de comprendre le vécu des familles immigrantes. Durkheim la définit comme étant extérieure à l’individu et Weber, de son côté, comme étant intérieure à l’individu.

Selon le sociologue allemand et juriste de formation, Max Weber, l’action n’a de sens que si elle correspond à une intentionnalité. Mais pour que cette action ait un sens, il faut aussi que les individus la comprennent (idée de causalité).

La méthode qualitative privilégie la compréhension à partir du sens et des significations que l’acteur donne à son action tandis que la méthode quantitative utilisée par Durkheim pose la question de la quantification qui est loin de révéler toute la véracité des faits. En définitive, avant de pouvoir expliquer un phénomène social, il faut d’abord le comprendre (idée de causalité et d’interprétation).

En fait, la sociologie est cette science moderne qui concilie la méthode compréhensive et la méthode explicative. Avant d’expliquer un phénomène, n’est-il pas nécessaire, d’abord, de le comprendre pour en évoquer ses interactions, ses interrelations ?

La sociologie explicative de Durkheim permet de rechercher les causes de défense identitaire. La sociologie compréhensive de Weber aide à rechercher le sens et les significations que la société québécoise accorde au débat identitaire.

VI- Cadre théorique

VI-1) Définition de l’intégration

 
La vision du ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration (MCCI, 1990) de l’intégration, contenue dans un document de référence « Au Québec pour bâtir ensemble – Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration », reflète assez bien le caractère multidimensionnel de l’intégration. Le ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration (1990) définit celle-ci comme :
« un processus d’adaptation à long terme, multidimensionnel et distinct de l’assimilation. Ce processus, dans lequel la maîtrise de la langue d’accueil joue un rôle moteur, n’est achevé que lorsque l’immigrant ou ses descendants participent pleinement à l’ensemble de la vie active de la société d’accueil et ont développé un sentiment d’appartenance à son égard . »
L’immigrant doit-il se fondre, dans toutes ses facettes, dans la majorité ou doit-il trouver un équilibre entre l’identité de sa terre d’accueil et celle de ses origines? Doit-il s’enraciner dans sa communauté d’origine ou dans sa communauté d’accueil? À notre avis, il doit trouver une symbiose intelligente de concilier ces deux communautés particulières. Le français, langue commune, doit être le ciment de l’intégration.

L’intégration de la personne immigrante, un processus évolutif, ne se fait pas du jour au lendemain en termes d’adhésion aux valeurs. En d’autres mots, l’intégration culturelle se fait sur le long terme. Elle s’étale sur le temps et en des circonstances bien déterminées en tenant compte de plusieurs facteurs. L’intégration se fait de façon collective, mais aussi individuelle. On parle ainsi de la capacité de l’individu à s’intégrer, indépendamment de ses origines.

Deux proverbes africains permettent d’illustrer la métaphore de l’intégration : « Le tronc d’arbre aura beau séjourner dans la rivière, il n’en deviendra pas un crocodile » (proverbe sénégalais); « La chèvre broute là où elle est attachée » (proverbe camerounais). Pourrait-on être d’accord sur la théorie du déterminisme social du sociologue Émile Durkheim selon laquelle le milieu détermine l’individu? Mieux, tout comme Bourdieu, peut-on penser que l’individu subit obligatoirement les influences de la société? Si on sort de ce déterminisme rigoureux, pourrait-on dire que l’individu peut s’affranchir des contraintes de la société? La dimension temporelle, qui est un des facteurs d’adaptation culturelle et d’intégration économique, renseigne de manière éloquente sur le degré d’intégration.

En effet, dans l’article intitulé «Typologie des migrations et analyse de l’intégration » , Jean-Pierre Garson et Cécile Thoreau abordent de manière pragmatique « la nécessité de tenir compte » de la dimension temporelle dans l’analyse de l’intégration des immigrants.
« Le temps est une dimension fondamentale de l’intégration, d’où la nécessité de tenir compte, d’une part de l’âge du migrant lors de son arrivée dans le pays d’accueil, et d’autre part du nombre d’années qu’il y a déjà vécu. De nombreuses analyses ont montré que la situation économique des immigrants tend à s’améliorer avec le nombre d’années passées dans le pays d’accueil. Avec le temps, les différences culturelles éventuelles entre immigrés et autochtones [population locale] s’estompent ou se relativisent, et les uns et les autres finissent le plus souvent par se tolérer ».
Les deux auteurs tiennent cependant à relativiser :
« (…) le moment où se produit l’émigration et l’histoire personnelle de l’émigré s’insèrent, par la force des choses, dans le moment et l’histoire de la société d’accueil. Émigrer aujourd’hui, alors que sévit le chômage dans le pays où l’on se rend, ce n’est pas la même chose qu’y avoir émigré lorsque le plein emploi était la règle ».

Autrement dit, la réussite de l’intégration dépend de facteurs et de circonstances bien déterminés. Ils concluent en soulignant que :
« La dimension temporelle ne peut pas être considérée indépendamment des autres facteurs. Il se peut en effet que les besoins du marché du travail se modifient et que les compétences de l’immigrant, nécessaires au pays d’accueil au moment où il y arrive, soient dépassées quelques années plus tard. En outre, les immigrants pour lesquels ce niveau de compétences est peu élevé peuvent avoir des difficultés pour s’adapter à des emplois, à un marché du travail et, de façon plus générale, à un mode de vie caractérisés par un savoir-faire et un niveau d’alphabétisation sans cesse plus élevés. Il est donc possible que, dans certaines situations, le statut de l’immigrant se détériore après quelques années de séjour dans le pays d’accueil. »

Les niveaux d’intégration ne sont pas les mêmes, pour une personne qui parle français, qui a été en Europe ou en Amérique du Nord, comparés à ceux d’une personne qui doit faire sa francisation ou qui vient directement de l’Afrique. La période d’adaptation va être plus longue pour certaines catégories de population eu égard aux éléments que nous venons d’énoncer.

« […] Pour certains groupes de provenance, l’impact défavorable associé à leur origine n’est significatif que pendant les premiers mois suivant leur admission. C’est le cas pour l’accès à l’emploi qualifié des répondants du Maghreb et d’Europe de l’Est (incluant l’ex-URSS). Nous serions alors en présence d’un processus d’adaptation, d’acculturation ou de contournement, qui, de toute évidence, s’avère plus lent, au départ, que pour le groupe de référence, mais qui atteint, à terme, un rythme de croisière comparable à celui de ce dernier », soulignent Renaud et Cayn .

Le processus d’intégration diffère d’un immigrant à un autre. Celui qui est jeune et moins expérimenté intégrera plus rapidement le marché de l’emploi que celui plus âgé et plus expérimenté. Le jeune immigrant est davantage prêt à accepter tous les emplois qui sont à sa disposition que la personne expérimentée qui se rappelle des voitures, des chauffeurs et des maisons de fonction acquis dans le cadre de son travail dans son pays d’origine. Le deuil professionnel reste plus difficile à se faire oublier pour le professionnel immigrant expérimenté.

Une analyse systémique démontre que la personne immigrante doit bâtir une crédibilité et avoir un sens du leadership pour se faire une place réelle dans l’entreprise en particulier, et dans la société de manière générale. Elle doit prouver qu’elle peut apporter une valeur ajoutée et susciter toujours l’intérêt auprès de ses interlocuteurs.

Mais ceci n’est pas si négatif puisque ça pousse la personne immigrante à se questionner sur ses pratiques, à chercher à se dépasser, à performer. Parce qu’elle aura déjà à faire ses preuves devant tant d’épreuves. Et en définitive, elle parviendra à faire reconnaître la qualité de son travail car ses compétences ne seront plus à démontrer dans le contexte organisationnel. Dans un contexte nord-américain, une personne qui travaille continuellement sera récompensée de ses efforts.
Mais ce surpassement qu’on exige de la personne immigrante ne pourrait en aucune façon être attribué de façon systématique à l’employeur qui, parfois, n’est pas de mauvaise foi. Pour une personne immigrante qui n’a pas fait ses études au Canada, qui n’a pas une expérience québécoise ou canadienne, l’on se questionne toujours sur sa compréhension et sa maîtrise des façons de faire québécoises, sur la différence des pratiques de culture organisationnelle.
Cette difficulté rencontrée par les nouveaux arrivants est également vécue, différemment et à des degrés divers, par les jeunes adultes québécois qui ont soit décroché de l’école ou ont connu des problèmes familiaux ou de gangstérisme. C’est pourquoi on parle de l’adaptation des services en fonction des besoins spécifiques de la clientèle dans une perspective de réinsertion socioprofessionnelle, ou d’intégration professionnelle, ou de maintien en emploi.
L’intégration au marché du travail devient souvent difficile pour les nouveaux arrivants. La plupart des études scientifiques montre, qu’au fur et à mesure que la personne demeure dans la société d’accueil, sa situation s’améliore .

 

 

VI-2) L’étude de Reynaud et Cayn pour le MICC : Un emploi correspondant à ses compétences? Les travailleurs sélectionnés et l’accès à un emploi qualifié au Québec (Mars 2006).

 
Selon Jean Renaud et Tristan Cayn, le niveau de scolarité, la préparation à la migration, les séjours préalables et la région d’origine constituent les facteurs principaux à une intégration rapide au marché du travail québécois.
Cette étude réalisée pour le compte du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) n’a, certes, pas pris en compte à leur juste mesure des facteurs systémiques extérieurs à l’intégration qui pourraient influer sur l’intégration des immigrants. Son biais méthodologique (recherche d’autres échantillons sud-est asiatiques qui avaient des difficultés d’intégration; Bangladesh, Pakistan : la discrimination ne jouait pas un rôle majeur, mais plutôt la faible capacité d’adaptation) est également remis en cause par des participants issus des organismes d’aide aux nouveaux arrivants à la journée de régionalisation à Trois-Rivières en mai 2007. Ces détracteurs affirment avec raison que les facteurs liés au « capital humain » ne sont pas les seuls à nuire à l’intégration des immigrants. Il n’empêche que cette étude tout comme les conclusions d’autres spécialistes s’entendent sur le fait que la période d’adaptation est un facteur important dans l’intégration économique et culturelle des immigrants. La période d’adaptation diffère d’une personne à une autre et d’une culture à une autre.

La provenance joue un rôle déterminant dans l’insertion en emploi des immigrants au Québec. Telle est la conclusion de cette étude d’un échantillon de plus de 1 500 immigrants, de la catégorie des travailleurs qualifiés, admis dans la Belle province entre janvier 1997 et juin 2000. Selon les auteurs de l’étude, les ressortissants du « groupe ″Asie de l’Ouest et Moyen-Orient″ » et le groupe ″Asie de l’Est et Océanie″ connaissent de plus grandes difficultés à trouver un premier emploi comparativement à l’ensemble du groupe ″Europe de l’Ouest et États-Unis″ » . »

Les chercheurs qui ont réalisé la première étude sur l’intégration des immigrants au marché du travail québécois selon leur niveau de scolarité indiquent ceci :

« Une hypothèse plausible est à l’effet que les immigrants provenant de certaines régions du monde, pour des raisons encore impossibles à identifier clairement et tout aussi difficiles à quantifier, auraient besoin de plus de temps pour s’acclimater, pour s’approprier les us et coutumes, pour surmonter les différences d’ordre socioculturel, pour modifier, dans une certaine mesure, leur comportement, de façon à le rendre plus conforme aux habitudes locales et aux attentes . »

 
La réussite rapide des immigrants est effectivement liée au pays d’origine. « L’effet de la région de provenance » ou d’origine est démontré dans le processus d’intégration rapide sur le marché de l’emploi. Un immigrant africain qui est passé par l’Europe ou l’Amérique a plus de chances de s’intégrer rapidement qu’un immigrant qui vient directement de l’Afrique. Il y a un partage de certaines valeurs occidentales, même si on peut observer des nuances ici et là. Le fait de maîtriser la langue française étant par ailleurs un facteur indispensable dans l’intégration socioprofessionnelle, les immigrants francophones peuvent plus rapidement s’intégrer. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie.

 

L’intégration pleine et entière de l’immigrant se mesure à l’insertion en emploi à la hauteur de ses compétences. Il serait réducteur de considérer que l’inadéquation des besoins de main-d’œuvre et des profils des immigrants est la seule et unique cause des problèmes d’intégration des immigrants (Chicha et Charest, 2008).

La fermeture des ordres professionnels au Québec, et tout particulièrement celui du Collège des médecins du Québec(CMQ), ne facilite pas une intégration rapide des personnes immigrantes évoluant dans des métiers et professions réglementés. L’intégration des médecins étrangers est un combat pour faire avancer les lois progressistes de la société québécoise basées sur l’inclusion.

La non-reconnaissance des acquis, tout comme le sous-financement des organismes communautaires qui viennent en aide aux immigrants, constituent un frein à l’intégration des immigrants. L’intégration des immigrants ne peut se faire sans la sensibilisation des acteurs de la société. Tous les membres de la société doivent travailler ensemble pour embarquer dans une logique contractuelle empêchant que le bateau ne chavire ou n’atteigne une île déserte. Mais aussi les histoires à succès de certains immigrants permettent aux nouveaux arrivants de ne pas céder au découragement.

 

Le réseautage constitue un outil efficace dans la recherche d’emploi au Québec. La personne immigrante doit être capable de créer, développer et entretenir un réseau. L’extraordinaire puissance de l’attitude (Bill Marchsin , 2009) constitue une clef dans l’intégration économique des immigrants. Le conférencier et auteur international reprend sur son site Internet une étude de l’université de Harvard qui indique que « 85 % de la réussite d’un individu est attribuable à son attitude! ». La non-maîtrise des codes culturels québécois par les immigrants leur porte préjudice dans la quête de l’emploi.
 

Les nouveaux arrivants ont une conception parfois trop idéaliste du marché du travail québécois qui ouvre rapidement des portes à l’intégration. Des attentes surréalistes qui constituent des fausses croyances sur la réalité du marché du travail. Même s’il existe des personnes qui réussissent à tirer leur épingle du jeu, il demeure évident que le temps d’adaptation est nécessaire pour trouver un emploi rêvé.

Lien pdf : (231322958) Fondements théoriques et empiriques de la démarche_VO

Publié par : Doudou Sow | 16 août 2013

Trois verbes magiques pour décrocher un emploi

Image verbe magiqueDate de première parution : 23 septembre 2008

Dans un contexte de crise économique très difficile, le chercheur d’emploi immigrant doit se montrer très convaincant pour décrocher un emploi dans son domaine de compétences.

Séduire

On dit souvent que le recruteur se fait une idée du candidat dans les trois à cinq premières minutes de rencontre. C’est pourquoi il est très important de bien soigner son image, c’est-à-dire avoir une attitude positive vis-à-vis de l’employeur (bonne poignée de main ferme, le sourire, regard droit dans les yeux). Mettez vous à la place de l’employeur qui cherche à recruter un futur employé qui insufflera du sang neuf avec toujours le plaisir de travailler en équipe. Cette valeur ajoutée est votre mot de passe pour accéder à l’emploi. L’attitude positive et la capacité de communiquer constituent les exigences de base qui sont demandées par les employeurs quel que soit le type d’emploi.

Convaincre

Les chercheurs d’emploi doivent convaincre l’employeur qu’ils ont toutes les compétences requises pour le poste visé et qu’ils seront capables en tout temps de livrer la marchandise. La compétition étant ce qu’elle est, les employeurs font tout ce qui est en leur pouvoir pour dénicher la perle rare. Il vous appartient donc de bien vendre vos compétences en sachant, entre autres, les illustrer par des exemples concrets tout en mettant l’emphase sur vos réalisations et expériences précédentes.

Rassurer

Quand on parle de la fameuse expérience québécoise il ne faut pas seulement l’interpréter comme une expérience technique mais aussi et surtout considérer globalement l’environnement de travail (comment interagir avec les membres de l’équipe avec tact et diplomatie, avoir le sens de la négociation etc.). Ne dit-on pas souvent que le Québec est une société de compromis et de consensus ? L’employeur se pose toujours des questions concernant l’adaptabilité de la nouvelle recrue et sa capacité à bien intégrer un nouvel environnement, à bien apprivoiser la culture de l’entreprise, les valeurs et la mission de l’entreprise, bref sa marque de commerce. Au cours de l’entrevue, vous devez aussi démontrer à vos interlocuteurs que vous savez gérer le stress. Étant donné que l’entreprise a des objectifs à atteindre, elle souhaite intégrer en son sein des personnes capables de travailler sous pression.

alerte stratégiesDans un contexte de crise économique difficile, la liste des « chômeurs expérimentés » ne cesse de s’allonger. Les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées. La demande d’emplois étant supérieure à l’offre; la polyvalence, la proactivité, l’attitude positive, la flexibilité, le bilinguisme et la capacité à bien communiquer constituent des aptitudes nécessaires pour affronter le marché du travail. Pour arriver à tirer leur épingle du jeu, les personnes immigrantes doivent faire preuve de débrouillardise et de persévérance. À ce titre, elles doivent élargir leurs réseaux de contacts. Le bénévolat et le mentorat constituent deux moyens de perfectionnement efficaces pour lutter contre l’isolement mais aussi mieux comprendre la culture organisationnelle, l’environnement de travail et les codes culturels.

État d’esprit chez les nouveaux arrivants

De manière générale, les personnes immigrantes mais surtout les nouveaux arrivants s’interrogent sur leur insertion professionnelle et démontrent un mauvais d’état d’esprit inquiétant (peur du lendemain). Ils ont un moral très bas et vivent un stress énorme. Même si la crise économique affecte tous les chercheurs d’emploi, y compris les Québécois d’origine, il n’en demeure pas moins qu’elle est vécue différemment par des nouveaux arrivants qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise à l’image de Mohamed (nom d’emprunt), originaire du Maghreb pour qui « la crise financière dissimule toute une réalité, elle perturbe tout calcul. Le marché de l’emploi va donner plus d´importance aux gens licenciés avec expérience et va écarter les nouveaux arrivants sans expérience québécoise ».

Pour cette raison, les nouveaux arrivants doivent se poser plusieurs questions pertinentes afin de décrocher le ticket de l’emploi.

Afin de mettre tous les atouts de leur côté, ils doivent garder intacte leur motivation en s’entourant de gens positifs. Un tempérament de fonceur et de débrouillardise constituent une preuve de dynamisme nécessaire à l’obtention d’un emploi. Ils ont aussi intérêt à bien structurer leurs démarches de recherche d’emploi en choisissant les étapes de leur recherche d’emploi (activation des réseaux et bonne stratégie d’approche des employeurs). Ils doivent aussi démontrer à l’employeur leur valeur ajoutée afin de se démarquer des autres candidats qui visent le même poste.

Quelques pistes de solution

En définitive, les pistes de solution efficaces à l’intégration et au maintien en emploi exigent :

1) Une bonne maîtrise des techniques de recherche d’emploi passe par la rédaction d’un CV adapté aux exigences de l’employeur et d’une lettre de présentation personnalisée qui mettent en valeur  les compétences du chercheur d’emploi.

2) Une bonne organisation nécessite un aménagement des horaires de travail si vous occupez un poste dans un centre d’appels ou dans une autre « jobine ».

3) Une diversification des stratégies de recherche d’emploi qui s’opère par le biais :

-Speed jobing (période de temps déterminé pour vendre vos compétences; inspiration du Speed dating)

-Linkedin (réseautage professionnel par Internet; une sorte de Facebook destinée au travail).

-Worktube (sous forme de présentation vidéo .On n’envoie pas de CV mais on utilise une webcam pour faire une présentation de ses qualifications professionnelles, compétences et expérience de travail).

-Dans certains cas, des agences de placement qui disposent parfois d’offres du marché caché de l’emploi.

-Internet : des entreprises qui passent par Jobboom, Monster pour recruter du personnel.

-La mise en ligne de vos profils sur le site de certaines compagnies.

-Utilisation des répertoires d’entreprises et moteurs de recherche.

Le moteur de recherche www.ICRIQ.com permet aux chercheurs d’emploi de faire  la liste des entreprises où ils peuvent occuper un poste.  Pour connaître la mission et les valeurs de l’entreprise, il faut se renseigner davantage sur leurs sites Internet, lire leurs rapports d’activités et consulter les articles de journaux dans la rubrique « Affaires ».

Cependant, malgré la profusion des nouveaux outils de recherche d’emploi, rien ne peut remplacer le contact personnel, le réseautage par le bénévolat et le mentorat. (Nous reviendrons plus amplement sur ces deux moyens de perfectionnement dans nos prochains articles).

De plus, pour certains profils, la réorientation de carrière ou la mise à niveau de certaines compétences pourrait être un tremplin à l’obtention d’un emploi. Certains chômeurs expérimentés envisagent même de retourner aux études afin de mieux mettre à jour leurs connaissances et de pouvoir affronter la réalité du marché du travail quand la reprise économique sera à l’ordre du jour. Il faut aussi penser à élargir les champs de recherche d’emploi à travers les autres régions du Québec. En attendant de jours meilleurs, toutes les stratégies devraient être mises de l’avant pour maximiser vos chances d’embauche.

Photo étapes Compétences MontréalLa reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) prend en compte les expériences de travail en lien avec la formation. Elle permet d’accéder à un diplôme qui atteste les compétences de l’individu même si elle ne garantit pas un emploi à la fin de la formation ou à la fin du parcours.

L’île de Montréal compte douze collèges publics dont neuf francophones et trois anglophones.

Reconnaissance des acquis au niveau collégial : un exemple de bonnes pratiques

L’harmonisation et la complémentarité des informations sur le processus de reconnaissance des acquis ont guidé la création de Compétences Montréal. Cet organisme devient ainsi un guichet unique qui reste la porte d’entrée concernant la reconnaissance des acquis dans le domaine collégial.

Les collèges ont une longueur d’avance sur les universités en ce qui a trait à la question de la reconnaissance des acquis. Les cégeps ont commencé à concevoir ou offrir des programmes spécialement pour les nouveaux arrivants en tenant compte des besoins particuliers. Par exemple, certains cégeps ont commencé dans cette voie (le Cégep André-Laurendeau : reconnaissance des acquis dans le domaine de la bureautique, le service dans la logistique de transport, les courtiers immobiliers; le Collège de Rosemont : profession de technologiste médical, programme d’intégration pour les inhalothérapeutes, en collaboration avec l’ordre professionnel, etc.). Ce changement est le  fruit d’une entente entre Emploi-Québec, les ordres professionnels et l’institution d’enseignement.

Dans son document promotionnel « Compétent, expérimenté, mais sans diplôme? Faites reconnaître vos acquis et vos compétences par un cégep montréalais », le centre Compétences Montréal donne des raisons pertinentes pour lesquelles les personnes doivent faire reconnaître leurs compétences : « obtenir une certification reconnue partout au Québec; améliorer [leurs] conditions de travail; décrocher un emploi dans [leur] domaine; perfectionner [leurs] connaissances reliées à [leur] profession; faciliter [leur] réorientation de carrière ».

Le Centre collégial montréalais de reconnaissance des acquis et des compétences, qui a pour crédo « Un plan vers l’emploi », a pour principal rôle « [d’]informer et [de] guider [la personne] en vue de faire évaluer et reconnaître [ses] compétences acquises par [ses] expériences de vie et de travail, et cela, en fonction d’un programme d’études collégiales officiellement reconnu par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport[ du Québec] ».

Le schéma Cheminement de la clientèle – Reconnaissance des compétences et qualification d’Emploi-Québec indique explicitement les voies à suivre pour :

  • Le Programme d’apprentissage en milieu de travail (PAMT) en ce qui concerne la formation et l’obtention d’un certificat de qualification professionnelle.
  • La reconnaissance des compétences en vue d’obtenir un certificat de qualification professionnelle du MESS.
  • La reconnaissance des acquis et des compétences pour l’obtention d’un diplôme du MELS.

En ce qui concerne le troisième point, nous pouvons dire qu’il y a place à l’amélioration.

Les immigrants qui souhaitent faire reconnaître leurs compétences et acquis peuvent se faire aider au niveau de la préparation de dossiers (et d’accompagnement) auprès de Compétences Montréal pour le niveau collégial (DEC et AEC) qui réfère le dossier au collège concerné.

Le Service d’évaluation et de reconnaissance des acquis et des compétences de l’Île de Montréal (SÉRACIM) pour le niveau DEP réfère le dossier à la commission scolaire. Des séances d’information gratuites sont offertes aux nouveaux arrivants pour leur permettre de mieux apprivoiser le cheminement vers l’obtention d’un diplôme du MELS.

Il est indiqué dans le schéma cité ci-haut, qu’après la référence des dossiers du candidat par le SÉRACIM ou Compétences Montréal, selon le niveau souhaité : « La commission scolaire et le collège doivent analyser le dossier, reconnaître les acquis et compétences, donner la formation manquante et émettre la sanction ». La réussite du retour aux études pour une formation manquante ou l’acquisition de nouvelles compétences demeure souvent un tremplin pour accéder à un emploi convenable.

Compétences Montréal devient un guichet unique qui oriente les immigrants vers une personne ressource. Compétences Montréal et SÉRACIM permettent à la personne immigrante d’avoir une formation très précise par des programmes de formation professionnelle (métiers) et technique (obtention du DEC).

Reconnaissance des acquis au niveau scolaire : SÉRACIM

Au niveau des commissions scolaires de l’île  de Montréal, la reconnaissance des acquis et des compétences pour une formation professionnelle se fait par le biais du Service d’évaluation et de reconnaissance des acquis et des compétences de l’île de Montréal (SÉRACIM).

SÉRACIM, qui regroupe les commissions scolaires, joue un rôle d’accueil, d’information et d’accompagnement.

La démarche de Reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre (RCMO), qui est moins bien connue, conduit à un certificat de qualification signé par le ministère de l’Emploi.

Évaluation et reconnaissance des compétences professionnelles : Certifié compétent

Certifié compétent est mandaté par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour la démarche de reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre (RCMO) des travailleurs. Le processus est différent de la démarche de reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). On peut retrouver la différence des processus à travers le site de Certifié compétent (processus d’évaluation et de reconnaissance des compétences professionnelles) http://www.certifiecompetent.com/.

Certifié compétent a comme objectif de reconnaître l’ensemble, ou une partie, des compétences d’un individu. Il existe deux systèmes de qualification sanctionnés par une reconnaissance officielle des institutions québécoises qui peuvent prendre la forme d’une formation par le biais de l’éducation ou des démarches de reconnaissance des qualifications (normes professionnelles). En d’autres termes, la personne immigrante peut obtenir un diplôme par le biais de programmes d’études sous la supervision du ministère de l’Éducation ou faire des démarches pour reconnaître ses compétences via des organisations de réglementation des normes professionnelles. Dans les deux cas, la personne immigrante doit démontrer qu’elle a les connaissances nécessaires ou les compétences pour ne pas reprendre certains cours ou crédits ou obtenir une certification professionnelle.

Les mises en situation permettent ainsi aux institutions d’enseignement ou de réglementation de tester, en grandeur nature, les capacités réelles de la personne immigrante (p. ex. : monter un site Web, monter et démonter une pièce automobile, etc.). Nous sommes, dans ce cadre, dans des mises en situation et non des spéculations théoriques. Réaliser des mandats donnés par les employeurs peut donc être une façon d’évaluer les candidats.

Dans le document de promotion de Certifié Compétent, il est indiqué que le processus d’évaluation et de reconnaissance des compétences professionnelles s’adresse « aux gens de métier, en emploi ou non, diplômés ou non et qui possèdent une expérience de deux à trois ans dans le métier pour lequel ils veulent obtenir un Certificat de qualification professionnelle ». Les métiers qui ont une norme professionnelle pour lesquels la personne doit faire une démarche de Reconnaissance des Compétences de la Main-d’œuvre (RCMO) sont disponibles sur le site www.certifiecompetent.com.

Le certificat de qualification professionnelle par le processus d’évaluation et de reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre est décerné par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, plus communément appelé Emploi-Québec. Le certificat de qualification professionnelle « atteste que le travailleur maîtrise toutes les compétences nécessaires à l’exercice de son métier ».

La personne intéressée à suivre la démarche de Reconnaissance des Compétences de la Main‑d’œuvre (RCMO) doit s’informer « pour le travailleur en emploi dans son domaine : directement à son comité sectoriel de main-d’œuvre et auprès de son employeur et pour le travailleur sans emploi ou dont l’employeur ne peut supporter la démarche : [à] Compétences Montréal [et] son Centre local d’emploi(CLE) ».

Les personnes intéressées doivent regarder la liste des métiers pour lesquels il existe des normes professionnelles. L’obtention de cette certification devient souvent un atout permettant à la personne de mettre en valeur un certain nombre de compétences afin d’intégrer une grande entreprise.

Hormis les ordres professionnels, les immigrants qui souhaitent travailler comme soudeur, plombier, mécanicien automobile ou enseignant doivent s’adresser à des organismes de réglementation ayant également leurs propres exigences pour l’obtention d’une carte de compétence ou d’un certificat de qualification ou d’un permis d’enseigner. Il existe également des métiers réglementés de l’industrie de la construction qui sont bien répertoriés par le site du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/fr/emploi/professions-metiers/metiers-construction.html, permettant d’avoir une idée sur « le cadre légal et réglementaire du Québec, les métiers et les occupations, l’apprentissage, les certificats de compétence-apprenti, l’examen de qualification provincial, le certificat de compétence-compagnon, le certificat de compétence-occupation, la révision d’une décision, des conseils pratiques et des liens utiles ».

Le guide d’intervention à l’intention des intervenantes et intervenants auprès des personnes immigrantes (version 2011-2012) du Comité d’adaptation de la main-d’œuvre – Personnes immigrantes (CAMO-PI), est un très bon outil permettant aux professionnels du counseling de disposer dans un même document de toutes les informations pertinentes relatives à la reconnaissance des acquis et des compétences. Comme il est mentionné dans la présentation du guide qui a obtenu le « Prix canadien de la reconnaissance des acquis (CAPLA 2010) », cinq grands chapitres donnent une très bonne idée de la problématique, mais aussi identifient la complémentarité des services offerts aux personnes immigrantes : « Le besoin d’information sur l’exercice des professions et des métiers réglementés; le besoin de faire valider sa formation acquise hors Québec; le besoin de faire attester sa formation et ses compétences; le besoin de formation; le besoin d’acquérir de l’expérience en emploi[1] ».

Un autre exemple de bons coups qu’il faudra davantage étudier reste le programme du Collège Maisonneuve qui délivre des « attestations de compétences » et non des diplômes. L’originalité de ce programme se mesure à travers la participation de l’industrie à la conception de programmes : études par compétences différentes des universités qui font des formations par contenus. Un processus de reconnaissance et non de formation se décline dans une démarche favorisant l’employabilité de la personne immigrante plutôt que l’acquisition d’un diplôme (pas d’examens, mais des démonstrations).

La personne reçoit une « attestation de compétences » qui atteste à un employeur l’expertise et les compétences spécifiques démontrées. Ce faisant, cet outil aide les employeurs dans un processus d’embauche. Vint-cinq entreprises ont participé à ce projet pilote et ont fourni des descriptifs de compétences, ce qui démontre un travail de concertation.

Cette démarche permet à la personne immigrante (informatique) d’identifier clairement ses compétences. Même dans des projets jugés innovateurs et pertinents, un constat reste le même : le taux de chômage des immigrants est deux fois supérieur à celui des natifs et, de surcroît, dans une discipline internationale. Ce que nous avions souligné lors de la brillante présentation des acteurs du Collège Maisonneuve dans le cadre du salon de l’emploi et de l’immigration organisé par Immigrant Québec : « Les activités d’intégration socioprofessionnelle » : «  Les résultats du projet pilote en quelques chiffres » (2012), Source CEM 2011 », professions TIC : taux de chômage non‑immigrants : 3,3 % et immigrants : 6,1 %.

L’importance et l’originalité de cette démarche se mesurent également dans la durée, (activités entre trois et neuf mois pour compléter les démarches, deux ou trois fois par semaine en laboratoire), qui varie d’une personne à une autre. Un suivi du profil individuel et non du groupe qui est différent des démarches du Collège et SÉRACIM.

Cette démarche d’ « attestation de compétences » peut également déboucher sur la nécessité de compléter une formation par le DEC pour permettre à la personne immigrante de combler les compétences manquantes.

En définitive, dans le processus de la RAC, la personne immigrante doit faire la démonstration qu’elle possède les compétences de la formation afin que les institutions d’enseignement lui reconnaissent les acquis. Le processus de reconnaissance des acquis, qui se fait de façon individuelle, se base sur le profil de la personne qui doit démontrer en grandeur nature ce qu’elle peut faire, disons une preuve formelle.

Dans tous les pays, les diplômes ont, certes, des valeurs différentes en fonction de la réputation de l’institut d’enseignement. Mais, comme le mentionnait Jean-Louis Roy, ex-secrétaire général de l’Agence de la francophonie, la logique du bon sens devrait prévaloir dans la sélection des diplômes effectuée par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) et leur reconnaissance par les différents acteurs institutionnels québécois. L’harmonisation de tous les processus de reconnaissance ainsi que les grilles de reconnaissance facilitent les démarches des professions réglementées.

[1] Comité d’adaptation de la main-d ’œuvre-Personnes immigrantes (CAMO-PI), Guide d’intervention à l’intention des intervenantes et intervenants auprès des personnes immigrantes, version 2011-2012, Tournée régionale de sensibilisation et d’information sur la reconnaissance des acquis et des compétences (TRRAC), Montréal, 2011, p.5, 57 p.

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