Publié par : Doudou Sow | 27 janvier 2012

La vision du Québec en matière d’immigration

L’immigration est un domaine de compétence partagée entre le gouvernement fédéral et les provinces canadiennes. L’entente Gagnon-Tremblay-Mc Dougall, portant le nom de deux anciennes ministres de l’Immigration, scelle l’accord d’une maîtrise « totale » de la province du Québec en ce qui concerne l’accueil et l’intégration des immigrants. Le Québec est la seule province canadienne à sélectionner les immigrants en vertu de ladite entente. La politique d’immigration et d’intégration, deux volets incontestablement interdépendants, se décline selon la philosophie du pays d’accueil. On parle de « melting pot » aux États-Unis, d’un Québec interculturel, du multiculturalisme canadien ou de la mosaïque canadienne, du multiculturalisme de la Grande-Bretagne ou modèle communautaire, d’une France assimilationniste jacobine « une et indivisible »[1].

L’interculturalisme : modéle québécois d’intégration

Le Québec, une société française laïque adopte une politique d’intégration basée sur l’interculturalisme. Ce qui est aux antipodes de la politique fédérale multiculturelle. Le Québec qui a une histoire qui lui est propre accueille la diversité dans une perspective interculturelle.

La convergence culturelle favorise la rencontre entre différentes cultures. Elle est le fruit d’un interrelationnisme et d’un interculturalisme se définissant par la langue. Mais l’interculturalisme n’est pas seulement lié à la culture. Le site du symposium international sur l’interculturalisme abonde dans ce sens : « L’interculturalisme propose une manière de vivre ensemble dans la diversité. Sa caractéristique principale réside dans une insistance sur les interactions, échanges, rapprochements et initiatives intercommunautaires dans un objectif d’harmonisation, d’intégration et d’unité. Dans le respect de la diversité, le modèle vise aussi à faire émerger à long terme des valeurs, des visions et des aspirations communes au sein des composantes ethnoculturelles de la société.»[2]

Il n’y a pas encore de consensus sur la question de la conception et/ou définition de l’interculturalisme. La conception de la ministre actuelle de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, sur le concept de l’interculturalisme diverge de celle de Mme Pauline Marois, chef de l’opposition officielle : « L’interculturalisme «est un modèle qui encourage le dialogue et l’intégration et qui considère que «les signes religieux ne viennent pas entacher le caractère neutre de l’État», s’est contentée de dire la ministre. »[3] La définition de la laïcité ou le sens donné à la «laïcité ouverte » n’est pas la même pour le Parti québécois et pour le Parti libéral. Le Québec souhaite accueillir des immigrants facilement intégrables aussi bien sur le plan culturel qu’économique.

Le portrait de l’immigration québécoise

Le Québec a l’avantage de sélectionner des immigrants qualifiés et très instruits contrairement à certains pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Danemark. Le document de consultation sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 indique qu’« en 2010, les principales caractéristiques des personnes immigrantes admises se déclinaient ainsi : 69,4 % des personnes immigrantes avaient moins de 35 ans, dont 45,2 % avaient moins de 24 ans; la répartition entre les hommes et les femmes était à peu près égale; 65,1 % des personnes immigrantes connaissaient le français; chez les travailleurs qualifiés, cette proportion atteignait 77,3 %; près des deux tiers (65,7 %) des personnes immigrantes de 15 ans et plus possédaient au moins 14 années et plus de scolarité; 76,4 % des personnes immigrantes de 15 ans et plus déclaraient se destiner au marché du travail. »[4]

Le modèle québécois d’intégration basé sur l’interculturalisme ou la philosophie de l’interculturalité  entraîne la sélection de personnes très scolarisées. Ces mêmes personnes élèveront leurs enfants en les incitant à aller à l’école mais aussi à participer à un débat intellectuel sur tous les enjeux de la société québécoise. La ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil précise que « près de 54 000 personnes immigrantes en provenance de 185 pays ont choisi le Québec en 2010 pour y vivre et travailler, soit 66 % de plus qu’en 2000. Près des trois quarts d’entre elles font partie de la catégorie de l’immigration économique.»[5]

Le gouvernement libéral provincial compte sur le traitement prioritaire des demandes des candidats à l’étranger tout comme sur le programme de l’expérience québécoise (PEQ- étudiants étrangers et travailleurs temporaires) pour mettre sur « la voie rapide» les profils dont les employeurs ont besoin. Il donne ainsi la priorité aux profils des immigrants qui ont la possibilité d’obtenir un emploi en fonction des besoins du marché. Une nouvelle orientation économique qui est un pas dans la bonne direction.

L’immigration est devenue «  un marché » très compétitif où les immigrants potentiels ont la possibilité de choisir entre les différentes offres de service des pays d’immigration, comme le fait souvent remarquer Mme Weil. Le Québec est une société inclusive basée sur le consensus et le compromis. Le système d’immigration québécois qui comporte, certes, des lacunes, n’est pas le pire au monde en matière d’intégration. Les audiences de la Commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015 ont servi de cadre pour évoquer le modèle d’immigration québécois. Questionné par M. Maka Kotto, le député péquiste de Bourget, sur un « modèle de référence à partir duquel on pourrait s’inspirer », le directeur du Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes (CAMO-PI), Frédéric Boisrond, répond ceci: « (…) je ne vous réponds pas en tant que directeur du CAMO mais en tant qu’enseignant à l’Université McGill sur la question de la diversité. Le seul modèle que je connaisse, qui semble vouloir bien à peu près fonctionner, c’est le modèle québécois. Et je pense que les événements des derniers jours, ailleurs, que ça soit à Londres, que ça soit dans des banlieues à Paris, me portent à dire que le modèle québécois est probablement un des meilleurs mais aussi fragile que les autres, et que chaque décision que nous faisons à l’intérieur de ce modèle, nous devons prendre la précaution de comprendre qu’il est excessivement fragile et très menacé. »[6]

Une co-responsabilisation de l’intégration (immigrant- société d’accueil) pourrait tendre vers une intégration harmonieuse de tous les citoyens québécois, de longue date tout comme de nouveaux arrivants. L’emploi est un meilleur moyen de montrer aux personnes immigrantes qu’elles ont une place entière au niveau de la société québécoise. Mais aussi les professionnels immigrants ou travailleurs qualifiés devront à leur tour développer un sentiment d’appartenance à leur société d’adoption. Il serait difficile de parler ou de juger un modèle d’immigration par rapport à un autre, car comme le faisait remarquer l’agent de développement au CAMO-PI, Lambert Opula : «  (…) chaque société a sa façon d’aborder la question de l’immigration. Et c’est ce qui fait que les comparaisons inter-pays arrivent quelquefois à des conclusions qui peuvent ne pas refléter réellement la réalité. »[7]

Une immigration réussie est le fruit de l’adhésion de la population locale à l’accueil de nouveaux concitoyens. L’intégration des immigrants étant une responsabilité partagée suppose que tout acteur mette la main à la pâte pour une réussite de l’intégration professionnelle, résultante d’un mieux-vivre ensemble harmonieux.

Les autres provinces ouest-canadiennes sont plus performantes que le Québec en matière d’intégration professionnelle. Si le contexte économique et social (débat sur les accommodements raisonnables) n’a pas aidé les immigrants, le Québec est pourtant la province canadienne qui s’en est le mieux tirée durant la récession. Néanmoins, une catégorie de la population a été plus durement touchée: les immigrants. En se basant sur l’étude de l’Institut de la statistique du Québec intitulée Participation des immigrants au marché du travail en 2009, on aperçoit nettement que le taux de chômage au Québec était de 13,7% chez les immigrants contre 7,6% pour les natifs. Et on se souviendra que même lorsque le taux de chômage était à son plus bas niveau depuis 30 ans (septembre 2007), l’écart du taux de chômage des immigrants comparé à celui de la société d’accueil ne s’était pas pour autant réduit. Malgré le fait que les employeurs vivent constamment la menace de pénurie de main-d’œuvre, une partie de la population connaît un taux de chômage inacceptable. Les entreprises doivent être le reflet de la diversité de la société québécoise. Les médias doivent en être également le miroir dans une perspective de représentation de toutes les couches de la société mais aussi et surtout de diversification des sources d’information. La fonction publique québécoise, de son côté, doit d’abord balayer devant sa porte pour le recrutement des communautés culturelles.  Une meilleure représentation de la population inciterait les entreprises privées à faire leur part dans l’intégration des personnes immigrantes. La qualité des emplois des immigrants ainsi que la question de la différence salariale entre immigrants et Québécois dit de souche sont souvent évoquées pour décrire la précarisation des Néo-Québécois. Les intervenants du milieu communautaire tout comme les fonctionnaires demandent souvent aux nouveaux arrivants de travailler sur leur image afin de mieux s’adapter aux réalités de la société d’accueil, mais le gouvernement, doit également de son côté, sensibiliser la population québécoise aux réalités de l’immigration. L’immigration est une responsabilité partagée entre differents acteurs (gouvernement, immigrants, ordres professionnels, employeurs, institutions d’enseignement, syndicats, société civile)[8].

Dans la planification de l’immigration, le ministère de l’Immigration et des communautés culturelles du Québec veut accueillir 200 000 immigrants d’ici 2015. Dans un contexte de concurrence mondiale de l’immigration, le Québec cherche à saisir toutes les opportunités. Pour cette raison, il développe une politique d’attraction très séduisante certes mais pêche dans l’intégration et la rétention des travailleurs qualifiés, des immigrants investisseurs tout comme des étudiants étrangers: un véritable paradoxe. Selon l’ancien vérificateur général, Renaud Lachance, cité par La Presse Canadienne : «Le gouvernement Charest ouvre toutes grandes les portes du Québec aux immigrants sans tenir compte de la capacité de l’État à les intégrer en emploi. »[9]

L’arrimage entre les besoins du marché québécois et les compétences des immigrants alimente les débats sur le mode de sélection des immigrants : une immigration très qualifiée ou peu qualifiée ou la conciliation des deux? Le resserrement des critères de sélection des immigrants obéit à une double logique : recruter des immigrants qui correspondent exactement aux besoins du marché et ainsi permettre aux travailleurs qualifiés de trouver des emplois vacants à leur arrivée au Québec. Les pénuries actuelles et futures se situent plus dans des métiers manuels comme soudeur, plombier, boucher, mécanicien, machiniste sans oublier les métiers liés aux services et à l’économie du savoir. Une flexibilité et une adaptation intelligente de la grille de sélection permettraient également de prendre en compte les besoins changeants du marché du travail québécois.

Certes, de récentes études minimisent l’apport de l’immigration sur le plan démographique et économique (Le livre Le Remède imaginaire-Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois et les rapports de l’Institut Fraser de 2009 et 2011[10]) et démolinguistique (anglicisation de Montréal menaçant la vitalité du français, idée défendue par Michel Pagé dans son essai[11], et la dernière publication de l’Office québécois de la langue française (OQLF) sur la langue parlée à la maison.). Mais pour la société québécoise, l’immigration est d’abord et avant tout une richesse économique, linguistique, sociale et culturelle. Cette conception se différencie de la conception européenne où l’immigration est perçue comme un fardeau pour la société d’accueil.

Mme Kathleen Weil avait bien fait de rappeler dans le cadre de l’Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration : « Le Conference Board du Canada souligne par ailleurs l’influence positive des travailleurs immigrants sur la capacité d’innovation des entreprises, sur les investissements étrangers au pays et sur les relations commerciales avec leurs pays d’origine. »[12] Il faudrait cependant ajouter: si et seulement si on utilise leur plein potentiel!


[1] Ce principe de la France, une et indivisible exclut la question des statistiques ethniques et de facto la question de la diversité.

[3] Congrès-jeunes du PLQ: Charest et Weil ne se prononcent pas sur les enjeux, Jocelyne Richer,
La Presse Canadienne, 12 août 2011.

[4] La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de Consultation 2012-2015, avril 2011, pp3-4, 33p.

[5] MOT DE LA MINISTRE DE L’IMMIGRATION ET DES COMMUNAUTÉS CULTURELLES, La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de Consultation 2012-2015, avril 2011, 33p.

[6] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le mercredi 17 août 2011 – Vol. 42 N° 10, Audition Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes.

[7] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le mercredi 17 août 2011 – Vol. 42 N° 10, Audition Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes.

[9] Immigration: Québec ne tient pas compte de la capacité d’intégration, La Presse Canadienne, 12 mai 2010.

[10] Selon l’étude de 2011, l’immigration coûte aux contribuables canadiens 23 milliards de dollars par année.

[11] Un passé, un destin/l’avenir d’un peuple, Michel Pagé, décembre 2010.

[12] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le lundi 18 avril 2011 – Vol. 42 N° 5,  Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration.

L’objectif de ce texte est de réfléchir sur les raisons de la nouvelle destination des immigrants notamment africains et maghrébins en provenance principalement des pays européens. Plutôt que de faire une approche comparative des modèles d’immigration, il serait peut-être plus pertinent de se questionner sur le phénomène de la deuxième émigration  des travailleurs qualifiés et/ou étudiants étrangers faisant du Canada leur nouveau pays d’accueil et d’établissement.

L’immigration canadienne connaît de plus en plus de succès auprès des candidats potentiels à la migration internationale. L’année 2010 constitue une année record pour l’immigration aussi bien au niveau fédéral que provincial. En 2010, le Canada a accueilli 280 636 résidents permanents selon le rapport de Citoyenneté et Immigration publié en février 2011. La province québécoise a accueilli pour la même année 53 981 arrivants. Malgré la distance géographique, les températures et le climat canadien, la faiblesse des liens historiques entre le Canada et le continent africain (Maghreb et Afrique subsaharienne), pourquoi le Canada fait-il autant rêver des Africains et des Maghrébins? Dans un contexte de durcissement des conditions d’entrée et de séjour des étrangers dans la majorité des pays européens (France, Italie, Espagne, Belgique, Suisse etc.), le Canada devient-il par essence, par procuration ou par défaut un pays refuge?

Les universités et entreprises européennes forment des étudiants étrangers qui sont aussitôt recrutés par le Canada. L’immigration canadienne se démarque ainsi par un haut taux de scolarisation. L’Europe est devenue un tremplin des élites vers le Canada. Le Canada recrute ainsi des cerveaux qui ne lui ont rien coûté. Il profite de ce que nous appelons un produit fini dans le sens économique du terme ou un produit « clé en main ».

Une immigration permanente : un changement de statut et de paradigme

La plupart des immigrés africains et maghrébins (immigration non européenne) passent du statut d’étudiants étrangers en Europe à celui de travailleurs qualifiés, une catégorie économique de l’immigration canadienne. Le changement de statut entraîne par conséquent une différence fondamentale dans les paramètres d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants. En effet, les immigrants qui ont choisi le Canada sont entrés dans ce pays par des voies légales et normales en établissant un solide dossier leur permettant d’être sélectionnés parmi les meilleurs profils. Il faut préciser sur ce point que certains acteurs sociaux, politiques et économiques, notamment au Québec, demandent de plus en plus une meilleure évaluation de la grille de sélection en vue d’assurer une adéquation efficace entre les compétences des immigrants et les besoins réels de main-d’œuvre. Au Canada, les travailleurs qualifiés tout comme les étudiants étrangers ne sont pas confrontés à un système de changement de statut qui peut durer plusieurs années, contrairement à une situation souvent observée en Europe. Par exemple en France, et plus particulièrement sous des gouvernements de droite, un stress quotidien habite les demandeurs de changement de statut qui ne sont pas assurés de pouvoir résider sur le territoire même s’ils décrochent un contrat validé par l’employeur ( « circulaire du 31 mai relative à la maîtrise de l’immigration professionnelle »). Selon la chaîne de télévision française France 24, « le texte contesté [de Claude Guéant, ministre de l’Intérieur français] demande aux préfets d’instruire “avec rigueur” les demandes d’autorisation de travail des étudiants, et d’exercer un “contrôle approfondi” des demandes de changement de statut des étudiants étrangers. »[1]

Même si la Circulaire Guéant a été récemment modifiée pour des raisons de maintien de «compétitivité des entreprises françaises (dans certains domaines nécessitant des compétences spécifiques de haut niveau)»  et/ou des risques d’une image négative sur «l’attractivité du système d’enseignement supérieur [français] »[2], il demeure que les tracasseries administratives pour le renouvellement du titre du séjour ainsi que le «changement de statut d’étudiant étranger à salarié» irritent plusieurs diplômés étrangers originaires des pays colonisés. Tandis que le droit de résidence au Canada et la citoyenneté au bout de trois ans effectifs sur le territoire canadien placent les immigrants dans une position confortable. Le Canada étant par essence un pays d’immigration, il n’adopte pas des lois strictes et controversées sur l’immigration. La mentalité des Canadiens et leur vision positive de l’immigration sont complètement différentes de celles de certains Européens même si la politique canadienne d’intégration des immigrants n’est pas exempte de critiques. Des termes de délit d’immigration n’existent même pas ou presque pas dans le vocabulaire canadien contrairement aux pays cités plus haut.

Le Canada, une alternative au désenchantement sur l’Europe

Le Canada est le pays qui a été le plus épargné par la récession de 2008, ce qui confirme la solidité du modèle économique. La santé financière canadienne offre des possibilités d’intégration pour la catégorie de travailleurs qualifiés surtout ceux appartenant à des métiers techniques et spécialisés. Le Canada, contrairement à la France et l’Italie, n’est pas encore un pays saturé en matière d’immigration. Certains pays d’immigration à l’image de la France estiment avoir atteint leur niveau d’immigration. Le Canada devient ainsi l’alternative de fait pour la mobilité internationale. Dans certains pays européens, les gouvernements dirigés par les partisans de la politique de droite, pour détourner les véritables enjeux de leur société,  pointent du doigt l’immigration perçue comme la source de tous les maux de la société (Insécurité, délinquance, taux de chômage élevé de leurs citoyens, menace de l’équilibre social etc.). Les pays européens ne sont plus des pays d’immigration comme cela a été dans les années soixante où ils avaient besoin d’une immigration prolétarienne pour construire des routes, des ponts, des chemins de fers. La vieille Europe pense plus à trouver des solutions aux problèmes des travailleurs locaux qui sont confrontés à des chômages endémiques. Par exemple, la France qui accueille environ par an 200 000 étrangers (immigration légale composée de l’immigration familiale, l’immigration professionnelle, les étudiants et le droit d’asile) et reçoit sur son sol 200 000 à 400 000 clandestins (chiffres difficiles à évaluer) connaît un taux de chômage inquiétant. Si l’on en croit à la chaîne française France 24, « en octobre, le nombre de demandeurs d’emploi a battu un record depuis douze ans en s’élevant à 2 814 900 chômeurs[3]  Le célèbre journal français Le Monde nous apprenait qu’ « en 2010, l’immigration légale en France a augmenté d’environ 10,6 % en un an, à 188 780 arrivants, sous l’effet notamment d’une forte hausse du nombre d’étudiants, d’après des statistiques de FTA et de l’Office français de l’immigration (OFII). Ce chiffre global comprend l’immigration familiale (81 100 personnes, 4 % de plus qu’en 2009), l’immigration professionnelle (31 500 personnes, stable), le droit d’asile (10 340, stable) et les étudiants (65 840 personnes, en augmentation de 28,5 %). »[4]

Une perception positive de l’apport des immigrants à la croissance et à la productivité des entreprises

En dépit de la non-reconnaissance des diplômes et des acquis par certains ordres professionnels et employeurs, le Canada reconnaît l’apport de l’immigration sur le plan économique, démographique, linguistique et socioculturel. Le Canada admet plus que n’importe quel pays au monde la valeur ajoutée de l’immigration. M. Lehouillier, le député libéral provincial de Lévis est d’avis que l’immigration est une valeur ajoutée et martèle cette vérité « (. …) qu’on arrête de charrier au niveau de l’immigration, parce que, nous, on est conscients que l’immigration, c’est une force économique exceptionnelle pour le Québec. Alors, qu’en est-il des immigrants investisseurs? 3,4 milliards sont entrés au Québec depuis 2000 grâce aux immigrants, 350 millions investis dans des entreprises québécoises, 4 200 emplois créés dans les régions du Québec, 1 000 stages financés par des immigrants en entreprise.»[5]

Le titre révélateur de La Presse canadienne du 14 avril 2010 « Le salut du régime de pensions passe par l’immigration » nous apprenait que « le ministre des Finances, Jim Flaherty, [avait] lancé des consultations pour réformer le régime de pensions. [Selon toujours, la Presse canadienne], le Canada devra accueillir environ 100 000 immigrants de plus par année pour accroître la productivité et aider à payer pour le régime de pensions, a estimé [le 13 avril] l’économiste en chef [Glen Hodgson] du Conference Board du Canada. »[6] Cet organisme canadien spécialisé dans la recherche et l’analyse économique, ainsi que l’analyse des performances des politiques publiques avait organisé un sommet sur l’avenir des pensions. Les immigrants qui font partie de la solution de la croissance de la main-d’œuvre pourraient contribuer à l’économie canadienne en sauvant le système des retraites à condition qu’on utilise davantage leur plein potentiel. En clair, le sous-emploi des immigrants ne permet pas l’utilisation d’un plein potentiel.

L’immigration canadienne est un modèle inspirant certes mais l’intégration en emploi dans leur domaine de compétences des personnes immigrantes pourrait être nettement plus améliorée. L’immigration est à la fois un processus complexe, déchirant mais aussi porteur d’espoir. Les personnes immigrantes qui ont choisi le Canada ont décidé de traverser un continent avec en toile de fond plusieurs espoirs (meilleure prospérité économique, meilleur cadre de vie, meilleure éducation des enfants, meilleur espace démocratique, meilleur respect des libertés individuelles, etc.). Les étudiants étrangers choisissent également des universités qui ont une très bonne réputation. Les valeurs canadiennes et ou québécoises se traduisant entre autres, par l’idéal démocratique, la liberté d’expression, la liberté, la diversité, le respect réciproque, la possibilité de refaire une nouvelle vie, la réorientation de carrière, font partie, entre autres, des critères qui attirent de plus en plus d’immigrants. En plus de la qualité de la formation et des perspectives professionnelles, les étudiants étrangers comme les immigrants espèrent toujours  que leur situation pourrait s’améliorer au Canada. La qualité de vie ainsi que la qualité des études canadiennes poussent les diplômés étrangers à choisir également le Canada dans l’espoir de changer de statut à la fin de leur formation ou à tout le moins de bénéficier d’une formation reconnue mondialement. Malgré la cherté des études comparativement à l’ Europe, les diplômés internationaux décident de perfectionner leurs connaissances au Canada. Ce que le gouvernement fédéral actuel a compris. Selon la journaliste de La Presse Canadienne, Heather Scoffield, « le Canada aurait (…) l’intention d’accueillir davantage de «cols blancs» qui ont déjà vécu ou étudié au Canada. Cette catégorie a été créée en 2008 et le gouvernement conservateur croit qu’elle a réussi à attirer des immigrants qui s’intègrent facilement à la vie canadienne et se trouvent rapidement un emploi. Ottawa aurait ainsi l’intention d’accueillir l’an prochain 7000 immigrants de cette catégorie, soit le nombre le plus élevé jamais accueilli, mais une hausse modeste de 8 pour cent par rapport aux 6500 accueillis en 2011. Le ministre Kenney[…] a aussi créé une nouvelle classe d’immigrants, qui permettra à un millier d’étudiants internationaux au doctorat de devenir des résidants permanents par le biais du Programme fédéral des travailleurs qualifiés, en autant qu’ils aient complété deux ans d’études en vue de l’obtention de leur doctorat. »[7]

La différence de vision entre l’Europe et le Canada se manifeste dans la politique d’attractivité des étudiants internationaux : plus de 25 000 étudiants étrangers par année au Québec

Au moment où certains pays européens essaient de se débarrasser des étudiants étrangers, le Canada et en particulier le Québec leur font des yeux doux. Le Canada (5,5%) a certes un rattrapage à faire au niveau du recrutement des étudiants étrangers si l’on se fie au classement de « l’étude Regard sur l’éducation 2010 de l’Organisation de coopération et de développement économiques : États-Unis (18,7 %), le Royaume-Uni (10 %), l’Allemagne (7,3 %), la France (7,3 %) et l’Australie (6,9 %).»[8]

En ce qui concerne la province de Québec, le programme de l’expérience québécoise (PEQ- étudiants étrangers et immigration temporaire), qui est en vigueur depuis le 14 février 2010 a délivré selon la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, « 3 452 certificats de sélection dans le cadre de ce programme, dont 1 256 à des étudiants étrangers et 2 196 à des travailleurs temporaires »[9]. Le gouvernement provincial libéral a compris l’avantage du recrutement des étudiants étrangers pour la société québécoise (élargissement du réseau, bonne connaissance de la culture organisationnelle, adéquation compétences et exigences des employeurs etc.). Il est certain qu’en regard de la politique européenne actuelle sur le durcissement des démarches administratives et financières pour l’obtention du visa, le renouvellement des titres de séjour ou les difficultés de changement de statut des étudiants étrangers, la destination québécoise sera encore privilégiée par ceux-ci. Pascale Breton du journal La Presse confirme cette tendance: « La proportion d’étudiants étrangers a bondi de 40% dans les universités québécoises au cours des dernières années. (…) La présence d’étudiants chinois, entre autres, s’est accrue de 161% entre 2001 et 2009, révèlent des données compilées par la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). Les étudiants français, suivis de ceux des États-Unis, arrivent toutefois loin en tête. Une entente entre la France et le Québec, conclue il y a une quinzaine d’années, permet en effet aux étudiants français d’acquitter les mêmes droits de scolarité que les Québécois, au lieu des quelque 15 000$ par session (sic)[10] généralement exigés aux étrangers. »[11]

La journaliste Lisa-Marie Gervais, du quotidien indépendant Le Devoir soulignait dans un article «Portes ouvertes aux étudiants étrangers», la volonté du milieu de l’enseignement de cibler davantage le recrutement des étudiants internationaux : «(…) quelque 29 400 étudiants étrangers qui sont venus faire des études postsecondaires l’an dernier au Québec. C’est le double d’il y a cinq ans. Et cela ne s’arrête pas là. Les données préliminaires transmises par les différents établissements témoignent d’une forte augmentation de cette clientèle d’étudiants (non résidents) cette année, tant au cégep qu’à l’université. À telle enseigne que l’objectif de l’Initiative gouvernement-réseaux de l’éducation en matière de recrutement d’étudiants étrangers, établi en 2008, a été dépassé. Il est de 16 % alors qu’il était de 10 % sur trois ans. »[12]

Les personnalités influentes qui sont favorables au recrutement massif des diplômés internationaux deviennent de plus en plus nombreuses. Le recteur de l’Université du Québec à Rimouski, Michel Ringuet,  livrait une analyse pertinente sur la circulation des cerveaux (certains parleront de fuite des cerveaux) dans le cadre des audiences de la Commission de la consultation publique sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Selon lui, « la mobilité étudiante internationale (…) présente un énorme potentiel eu égard à l’immigration. De 2003 à 2008, cette mobilité a augmenté de 25 % mondialement parlant, atteignant 3 millions d’étudiants. Il y a 3 millions d’étudiants dans le monde qui circulent d’un pays à l’autre. Et, selon l’UNESCO, cette mobilité atteindra 7 millions d’étudiants en 2020. Les principaux critères privilégiés par les étudiants en mobilité sont la notoriété du pays, la langue d’enseignement, le coût des études, la réputation de l’institution, la possibilité d’immigration versus la complexité d’obtention de visas et la sécurité. »[13]

L’ex-directrice du défunt Conseil des relations interculturelles, Patricia Rimok, abondait dans le même sens : « En ce qui concerne le cas des étudiants étrangers, nous considérons que c’est une source de croissance économique. En 2008, une étude identifiait le Canada comme l’un des pays de l’OCDE comptant le plus d’immigrants avec une scolarité universitaire, et ainsi la plus forte probabilité que des entrepreneurs immigrants créent des entreprises à succès. Le Québec fait bonne figure [poursuit-elle] quant à l’attraction des étudiants étrangers, une source importante de futurs entrepreneurs, si nous les incitons à s’établir avec leurs études. Environ 9 % des étudiants universitaires sont des étudiants étrangers, un tiers des étrangers qui viennent au Canada choisissent une université québécoise. [Mme Rimok exprime finalement son ardent souhait de voir le Québec poursuivre ses efforts dans le recrutement de la catégorie PEQ : - tout comme les étudiants étrangers, le Québec ne doit pas les [les immigrants investisseurs] laisser partir lorsque leur choix est de s’établir ailleurs que dans leur pays d’origine. »[14]

Le Québec est gagnant sur toute la ligne avec le programme des étudiants étrangers qui confirme son  rayonnement international. Il peut recruter les étudiants étrangers ayant un solide dossier et souligner leur intérêt à rester sur son territoire. Il pourra également bénéficier d’une bonne visibilité internationale. En clair, les étudiants étrangers deviennent des ambassadeurs du Québec à leur retour dans leur pays d’origine (transfert de connaissances et compétences, coopération interuniversitaire, possibilités de faire des affaires etc.). Le recrutement des étudiants étrangers est également une manne financière pour le gouvernement du Québec et les institutions d’enseignement. La journaliste Lisa-Marie Gervais est du même avis: « Il est vrai que les étudiants étrangers rapportent. Ils paient des droits de scolarité supérieurs — de 12 084 à 14 978 $ au total pour les universitaires étrangers et de 8000 à 15 000 $ pour les cégépiens, selon les programmes —, mais surtout, ils consomment. Selon une récente étude de la firme Roslyn Kunin and Associates, les étudiants étrangers génèrent 6,5 milliards de retombées économiques, dont environ un milliard au Québec. »[15]

La comparaison du modèle d’immigration du Canada (Plus de 34 millions d’habitants) se fait souvent avec l’Australie (environ 18 millions d’habitants) et certains acteurs invitent même le Québec (8 millions d’habitants) à s’inspirer de plusieurs politiques de l’Australie pour son mode de sélection des travailleurs qualifiés et des travailleurs temporaires, sa politique d’attraction et de rétention des étudiants étrangers et des immigrants investisseurs, etc. 

Sur le plan ethnoculturel, le recensement de 2006 indiquait la présence de plus de 215 origines ethniques au Canada. Ce qui prouve que ce pays considéré par certains comme le « Nouveau Monde » est multiculturel. La proportion de personnes nées à l’étranger qui est très élevée démontre la diversité ethnique de la population. Au Canada, une personne sur trois est d’une origine ethnique autre qu’anglaise ou française. « Démographie canadienne-Fort taux d’immigrants » (19,8 % de la population canadienne est née à l’étranger. Ce taux classe le Canada au deuxième rang des pays les plus multiculturels, derrière l’Australie, mais devant les États-Unis. Aux antipodes, 22,2 % de la population australienne est née à l’étranger tandis que chez nos voisins du Sud [États-Unis], cette proportion tombe à 12,5 %, conclue Radio-Canada.)[16] Les projections démographiques d’ici 2031 annoncent une diversité ethnoculturelle encore plus grande de la population canadienne. Selon Statistique Canada, les groupes de minorités visibles représenteraient 63 % de la population à Toronto dans la province ontarienne, 59 % à Vancouver dans la province de la Colombie-Britannique et 31 % à Montréal pour le Québec.

En définitive, les Néo-Canadiens apprécient à sa juste valeur le fait que la population locale ne leur demande pas continuellement la date de retour définitif dans leurs pays d’origine, de croire en un avenir radieux pour leurs enfants et le fait d’être considéré comme citoyen à part entière. Les diplômés étrangers originaires des pays colonisés par la France et la Belgique préfèrent braver le fameux froid canadien (le choc thermique) au lieu d’être systématiquement pointés du doigt. Le durcissement des conditions d’entrée des immigrés, le discours anti-immigrés, la propagande de la droite populiste, la peur et la stigmatisation des minorités, la banalisation du racisme dans les pays européens inciteront davantage les immigrants à choisir le Canada comme pays d’installation participant ainsi au « mythe canadien ».

L’émission Un œil sur la planète de France 2 animée par Thierry Thuillier dont le thème était « Pourquoi le Canada fait-il rêver? »[17] a beaucoup contribué à renforcer la destination Canada. Cette émission est de notre point de vue, l’un des meilleurs reportages sur le choix du Canada par les immigrants. À travers différents reportages (Le paradis de l’immigration?, Le nouvel eldorado?, Le modèle canadien, Nos cousins d’Amérique), cette émission décrit en effet, avec objectivité et sans complaisance, les opportunités économiques, la richesse de la diversité, les limites du multiculturalisme, les lacunes du système de santé, la dualité Canada-Québec tout comme la face cachée de l’immigration canadienne ou le mirage canadien.


[1] Circulaire Guéant : le ministère de l’Intérieur va revoir sa copie, 23/12/2011, http://www.france24.com/fr/20111223-gouvernement-modification-circulaire-gueant-etudiants-diplomes-etrangers-2012.

[2] Circulaire Guéant : le texte a été modifié et signé, Marie-Estelle Pech, Le Figaro.fr,12/01/2012.

[5] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 1re session (début : 13 janvier 2009), Le jeudi 29 avril 2010 – Vol. 41 N° 21, Étude des crédits budgétaires 2010-2011 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

[6] Le salut du régime de pensions passe par l’immigration », La Presse canadienne, 14 avril 2010.

[7] Immigration: Kenney veut plus de cols blancs, Heather Scoffield, La Presse Canadienne, 02 novembre 2011.

[8] Portes ouvertes aux étudiants étrangers, Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 3 septembre 2011.

[9] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 25 août 2011 – Vol. 41 N° 13, Audition Manufacturiers et exportateurs du Québec.

[10] Le coût des études pour les étudiants étrangers varie, en moyenne, entre 18 000 à 20 000$ par année selon les programmes, le nombre de crédits ainsi que l’institution d’enseignement.

[11] Les universités accueillent davantage d’étudiants étrangers, Pascale Breton, La Presse, 06 septembre 2011.

[12] Portes ouvertes aux étudiants étrangers, Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 3 septembre 2011.

[13] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le jeudi 18 août 2011 – Vol. 42 N° 11, Audition Université du Québec à Rimouski.

[14] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39elégislature, 2e session (début : 23 février 2011), Le mercredi 24 août 2011 – Vol. 41 N° 12, Audition Conseil des relations interculturelles du Québec.

[15] Portes ouvertes aux étudiants étrangers, Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 3 septembre 2011.

[17] Date de diffusion : 20 mars 2006 sur France 2.

DOUDOU SOW, SOCIOLOGUE, CONSEILLER EN EMPLOI ET CONFERENCIER DANS LA PROVINCE DE QUEBEC
 
«Le Québec est dans une situation problématique où il lutte aussi pour sa survie…»
 
Publié le 18/01/2012 | 03H20 GMT par Mame Aly KONTE
 
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Québécois d’origine sénégalaise comme il le réclame lui-même, Doudou Sow vit aujourd’hui dans la grande ville de Montréal. Au cœur des questions d’immigration dans la vieille province, l’ancien étudiant à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis qui est aussi passé par la France, travaille depuis quelques années, sur l’amélioration du regard de la société canadienne et québécoise plus particulièrement, sur les problématiques de l’immigration et l’insertion professionnelle des immigrants. Dans ce long entretien tenu aux abords de l’Université du Québec à Montréal (Uqam), le sociologue et observateur de la vie québécoise, creuse avec nous, la réflexion, sur cette vaste question qui a fait à la fois, l’histoire de l’Amérique du nord francophone et anglophone.
 
M. Sow, avec votre regard de sociologue, pouvez-vous nous faire une esquisse des différentes composantes de l’immigration dans le Canada d’aujourd’hui.

Ces composantes pour l’essentiel se situent au niveau des aspects culturels, sociaux, politiques et religieuse ; et aussi et d’une certaine manière au plan économique. Au niveau ethnoculturel des immigrants, nous avons noté récemment la forte poussée de l’immigration maghrébine, qui d’une certaine façon est de plus en plus représentée. Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles parle de plus en plus de bassin géographique. Selon le bref portrait de l’immigration permanente du Micc, en 2010, la population des immigrants permanents admis, se répartit comme suit, selon le continent de naissance : Afrique 36,8 % (dont le Maghreb, 20,7 %), Asie 25,4 %, Amérique 21,1 % et Europe 16,6%). Il y a aussi une forte présence française ici au Québec avec une communauté estimée officiellement à plus de 100 000 personnes et 150 000 pour l’ensemble du Canada. Il y a également les asiatiques et les hispanophones. Et, c’est en ce sens que le Québec constitue un véritable laboratoire social parce qu’il regroupe plusieurs ethnies, selon le nouveau vocabulaire que nous utilisons ici maintenant pour ne pas parler de races.

Le trait commun ici, c’est donc la diversité ? Mais, aujourd’hui, est-ce que cette diversité est bien maîtrisée. Existe-t-il des études sérieuses sur la question ?

Oui, cette diversité a fait l’objet de plusieurs études. Mais, est-ce qu’on la connaît réellement ? Là, ma réponse sera beaucoup plus nuancée.  Le Québec ayant été secoué à un certain moment par certaines  formes de turbulences, cette question a été abordée sous le vocable des accommodements raisonnables. Et à une certaine époque, plus exactement, au printemps 2007. Cette question qui est loin d’être résolue, a alimenté les débats dans les salons et dans la presse et même à l’Assemblée nationale où une commission parlementaire a eu lieu sur le sujet. Récemment et pas plus tard qu’hier, un débat sur la diversité dans les médias a été également soulevé. On soulève la question de la diversité non pas seulement dans l’espace médiatique. On en parle un peu partout et de plus en plus au niveau de l’emploi et des entreprises.  

Vous posez ici une autre question centrale, celle de l’adaptation de tous ces gens qui arrivent. Parmi ces gens, tous ne sont pas logés, n’ont pas un travail qui peut les couvrir. Et on risque d’avoir de futurs clochards parmi eux ?  

Quand on regarde la grille de sélection du ministère de l’Immigration, l’adaptabilité qui est certes un critère subjectif y occupe une place centrale. Donc, cela veut dire que le gouvernement tient aussi en compte cette question. Mais, quand les gens arrivent ici, ils sont confrontés dés fois à des problématiques systémiques ; c’est-à-dire, des barrières d’ordre professionnel, pour faire allusion à la non-reconnaissance des diplômes, à la discrimination, au manque de réseaux socioprofessionnels ; ce qui rend difficile leur intégration professionnelle. D’un autre côté, il l’est encore plus du fait qu’il y a des gens qui arrivent et qui ne comprennent rien aux modes de fonctionnement de la société canadienne. Et parfois, des deux côtés, cela peut poser quelques problèmes. Est-ce qu’il s’agit à partir de ce moment d’une adaptation culturelle ? Où est-ce que ce sont des problèmes liés à leurs difficultés d’intégration économique ? Et là aussi, des deux côtés de la société, un débat se pose.
Et, quand tu poses par exemple aux Québécois dits « de souche », la question de l’intégration, ils font d’emblée allusion à la question identitaire. Et, si vous leur demandez comme ils perçoivent l’immigration ? Ils vous diront qu’ils veulent accueillir des immigrants qui respectent leurs valeurs, leur façon de faire également en préservant les acquis de la révolution tranquille. Maintenant, quand tu interroges l’immigrant, son premier réflexe est de dire qu’il veut une intégration économique. « Je veux trouver un emploi en fonction de mes compétences et de mes diplômes. » Donc,  l’adaptation est un concept polysémique, et tout dépend de qui utilise le terme.   Pour dire simplement que l’adaptation au Québec, n’a rien à voir avec ce que les Français conçoivent comme adaptation. En reprenant le modèle d’intégration, le multiculturalisme a connu un certain échec dans des pays qui prônaient le même concept. Je prends l’exemple de la Grande Bretagne où l’on a entendu le premier ministre, David Cameron se prononcer il y a quelques jours sur la question, en disant qu’il faut revisiter le concept. Même son de cloche chez la Chancelière allemande Mme Angela Merkel qui s’est inscrite dans la même veine que son homologue britannique. Et on voit le Canada aussi qui est en train de réviser d’une certaine façon, le même concept. On parle de plus en plus d’identité canadienne, et même pour ce qui est de la dénomination d’un certain ministère fédéral, on voulait carrément faire référence à l’identité canadienne.  

«Les Sénégalais sont plus habitués à venir au Québec…»

On est là dans ces contrastes qui caractérisent tout mouvement migratoire dans le monde. Mais quels genres d’immigrés viennent ici aujourd’hui ?

Des immigrés très scolarisés, des jeunes aussi qui sont en très bonne santé. Je reprends toujours la grille de sélection du ministère de l’Immigration qui choisit toujours des gens qui sont en bonne santé, surtout des jeunes, des personnes diplômées qui ont fait de brillantes études. Pour la grille de sélection qui est en vigueur depuis le 14 octobre 2009, le gouvernement accorde un maximum de 16 points au critère relatif à l’âge, 8 points pour Séjour et famille au Québec. Pour ce qui est de la formation, le niveau de scolarité obtient 12 points tandis que le domaine de formation est de 16 points. Le critère adaptabilité est de 6 points et l’offre d’emploi validée est de 10 points. Le seuil de passage minimal exigé est de 55 sur 107 pour les candidats sans conjoint et 63/123 pour les candidats avec conjoint. Bref, les immigrants qui arrivent au Canada sont très scolarisés. C’est une forme d’immigration qui ne semble viser que les instruits. Cette nouvelle intelligentsia canadienne est très différente de toute forme d’immigration prolétarienne qu’on retrouve aujourd’hui en Europe, notamment en France, en Allemagne, en Espagne etc.  

Revenons à la notion d’immigrés économiques. Même marginale, est-ce qu’elle englobe une véritable réalité ici. Peut-on dire, malgré tout, qu’il n’y a pas au Canada, des immigrés économiques ?

C’est vrai, parce qu’il y a de plus en plus de gens qui viennent des États-Unis, pays dans lequel les conditions deviennent de plus en plus difficiles. Et, le Canada qui était vu comme un nouvel eldorado est devenu moins généreux. Il y a aussi des changements dans la politique d’immigration au plan gouvernemental qui fait que la version petersonnienne du Canada (l’ancien ministre canadien des Affaires étrangères, Lester Bowles Pearson avait présenté une résolution qui avait été adoptée de force d’interposition, plus connue sous le nom de Casques Bleus à l’Assemblée générale des Nations unies) au niveau des relations nord-sud, des relations internationales est en train de changer. La crise est aussi présente avec des gouvernements recentrés sur eux-mêmes. Et là, de plus en plus, le fédéral qui accueille à peu près 250 000 immigrants permanents a établi en parallèle aussi un recrutement d’immigrants temporaires à peu près 400 000 personnes. Ce qui veut dire qu’à un certain moment, ce sont peut-être ces immigrants temporaires taillables et corvéables à merci qui viendront ici. Là maintenant, c’est une vision qui est différente de celle du Québec. Et cela, avec l’Accord Canada-Québec, du nom de Gagnon-Tremblay–McDougall qui date de 1991, le Québec a défini une politique d’immigration différente de celle plus globale du Canada dans son ensemble.

Venons-en aux contrastes géographiques. On a parlé tout à l’heure de contraste économique. Est-ce qu’immigrer dans le nord, l’ouest  du Canada comme en Colombie britannique, c’est la même chose que s’installer dans le sud ou l’est comme l’Ontario?

Il y a déjà une différence au niveau de la langue. Si par exemple l’immigrant vient d’un pays francophone ou francophile, la première tendance est de venir dans un pays francophone. La langue étant le premier élément d’intégration économique de l’individu même si parfois, elle n’en est pas le seul facteur. Quand on prend l’exemple des Sénégalais, ils sont plus habitués à venir au Québec. Mais de plus en plus, avec les problèmes d’intégration au Québec, il y en a certains qui tentent de s’installer dans les provinces anglophones. Il faut dire que dans ces zones, le taux de chômage des immigrants est encore moins important quand on le compare à la zone francophone. En février 2008, il y a eu des chiffres alarmants de Statistique Canada sur certaines communautés culturelles qui démontraient que le taux de chômage chez les maghrébins était de 28%, chez les Noirs africains, il était de 20%  et chez les Haïtiens de 18%. Par contre, pour les populations locales, ce taux était estimé à 7%. Cette situation pose un véritable problème. Maintenant, plusieurs facteurs sont liés à cela : il y a des gens qui viennent au Québec et qui sont dans des professions réglementées ; et parfois, il y a des barrières au niveau de ces ordres professionnels. Notamment en citant l’exemple du Collège des médecins du Québec ; il y a aussi des barrières systémiques qui entraînent la discrimination, même si elle n’est pas exclusive à un groupe.

Qui peut donc venir aujourd’hui au Québec et Canada ?

Celui qui peut venir au Canada, c’est celui qui a un âge compris entre 16 et 25 ans et qui veut poursuivre ses études ou changer sa vie. Celui qui a 35 ans ou moins et qui veut donner une nouvelle direction à sa carrière professionnelle. Celui qui veut venir au canada doit pouvoir utiliser les deux langues : l’anglais et le français. Celui qui vient au canada notamment dans les provinces anglophones devrait d’abord se renseigner sur les conditions d’installation dans le pays et qu’il a la capacité de s’adapter à ce nouvel environnement. Que ce soit dans une province francophone ou anglophone. Il doit être capable de savoir comment on  entretient un réseau parce qu’ici tout est relié autour des réseaux professionnels. Chose très différente de nos pays d’origine comme le Sénégal où l’on parle parfois de pistons. Or, il y a une différence entre piston et réseau. Au Sénégal et dans les pays africains, on pistonne quelqu’un en fonction des relations qu’il entretient avec des autorités. Ce qu’on appelle dans le jargon sénégalais « un bras long ». On dira par la suite que c’est la fille d’un tel ou d’une telle. Ici par contre, on met en contact les gens avec le réseau professionnel sur la base des compétences réelles. La personne possède des compétences mais aussi un capital social, au sens de Bourdieu, qui multiplie les chances d’intégration en emploi. Ce qui fait que n’importe qui ne peut pas du jour au lendemain, venir au Canada. Il faut une préparation qui exige beaucoup d’efforts, des informations utiles, un accompagnement, un soutien et un moral de fer.

Tout ce que vous dites là, les gens ne les ont pas toujours avant de venir ici ?

Ils ne l’ont pas forcément. Même s’il y a parmi eux certains qui ont la capacité de s’adapter à de telles situations. Il y a certains qui peuvent être encadrés en organisant leur venue, mais il y en a beaucoup qui arrivent au Canada et qui se rendent compte que la réalité n’est pas la même que celle qu’ils avaient imaginée au départ ou qu’on leur avait décrite.

Quand vous parliez de la question liée à l’âge, vous avez souligné que l’âge idéal devrait s’arrêter aux alentours de 35 ans. Ce qu’on constate cependant est que de plus en plus de gens âgés de 40 voire 50 ans ou plus, arrivent au Canada.
Oui, j’ai pensé à cette classe d’âge. Parce que quand on regarde au niveau de l’âge, on dit par exemple 35 ans, 37 ans au maximum, parce qu’on sait que ce sont des gens qui vont faire l’effort de recommencer à « zéro » ou de pouvoir s’adapter rapidement à la nouvelle tendance qu’ils ont choisie. Mais celui qui a 40 ans voire 45 ans, il avait une situation confortable pré-migratoire (voiture de fonction, femme de ménage, toutes les conditions réunies pour mener une vie tranquille) ; et que parfois il a du mal à faire ce qu’on appelle le deuil professionnel. Dès son arrivée, il se rend compte tout de suite que la réalité est plus difficile. S’il vient en famille, il doit  trouver une place en garderie pour chacun de ses enfants. Si on lui demande de retourner à l’école parfois, c’est souvent un choc qu’il ressent parce qu’il a été sélectionné sur la base de ses compétences.  Alors que le jeune qui arrive se dit « j’ai mon avenir devant moi, je suis capable de recommencer à zéro » ;  ce qui n’est pas le cas de celui qui est âgé qui a acquis une solide expérience dans son pays d’origine. Cette personne expérimentée subit un double choc culturel et professionnel. Elle n’était pas informée de la réalité qu’elle allait trouver sur place ou semblait l’ignorer ou avait fait le choix pour assurer l’avenir de ses enfants. Les gens ont parfois des attentes irréalistes par rapport au marché du travail québécois. L’image idyllique qu’ils avaient de la société avant leur arrivée risque de leur jouer un mauvais tour s’ils ne prennent pas le temps de bien s’informer sur les réalités socioculturelles de la société d’accueil.  

Comment venir  dans de bonnes conditions aujourd’hui au Canada ?

L’arrivée ici se fait par des conseils auprès des associations. Il y a des associations ethnoculturelles, de même que les technologies de l’information qui permettent d’avoir vite certaines informations.  Le Québec est une société formidable, mais avant d’y venir il faut se donner la peine de regarder les réalités de ce pays au plan sociétal. Peser aussi le pour et le contre, bref établir un plan de match. Si j’appartiens à une profession réglementée, je suis sûr et certain que je ne pourrais pas exercer dans ma profession immédiatement en venant ici. Je dois savoir aussi que j’ai des efforts supplémentaires à faire. Peut-être penser faire  des formations de perfectionnement ; ce qui suppose de se renseigner d’abord avant d’immigrer.
 
«Le collège des médecins du Québec est l’ordre professionnel le plus fermé…»

Venons-en maintenant au contexte socio professionnel pour finir cet entretien. Le nerf de la guerre. S’il est un peu aisé pour certains de venir dans ce pays, il y a des problèmes énormes à intégrer certains corps de métier comme dans la médecine.  

Justement, je suis ambassadeur de bonne volonté du Québec et du Canada en matière d’immigration. Mais sur la question spécifique des médecins étrangers, je vais utiliser mon chapeau de chercheur et de conseiller en emploi qui a fait beaucoup de travaux sur problématique. Et, je dirais à des médecins qui décident de venir au Québec, de se renseigner davantage. Parce qu’au niveau des ordres professionnels, il y en a qui ont fait preuve d’un certain assouplissement ; mais les ordres n’avancent pas de la même façon et n’ont pas aussi les mêmes réalités.  Le Collège des médecins du Québec est l’ordre professionnel le plus fermé et pour plusieurs raisons. C’est un Collège qui présente les médecins d’origine étrangère comme incompétents. C’est aussi un Collège qui « diabolise » d’une certaine façon aussi, les immigrants en leur collant une image que ces derniers n’ont pas. Et toujours comme explication au niveau de la société, on parle de la différence de formation. Et juste pour donner un exemple, le Québec a signé une entente avec la France en matière de reconnaissance des compétences professionnelles. Malgré cette entente, l’agence QMI rapportait qu’après deux ans et demi de la signature de ladite entente, il n’y a qu’une cinquantaine de personnes qui ont été reconnues par les ordres professionnels au Québec aussi bien au niveau des médecins, des avocats et autres. Et, pourtant cette mesure ne respecte pas la réciprocité ou du moins ne s’applique pas selon les termes de l’entente. Les médecins québécois peuvent pratiquer en France alors que dès que des médecins français débarquent au Québec, ils ont des difficultés à exercer leur métier ou plutôt vocation. Pour résumer sur cette question précise, les personnes qui font partie des métiers réglementés, notamment des médecins, devraient réfléchir avant de mettre les pieds ici. Obtenir un permis d’exercer est un véritable parcours du combattant : un véritable panier de crabes. Il y a aussi une discrimination systémique.

Et au niveau de la Commission des droits de la personne, une conclusion a été faite et largement partagée par tous les acteurs sur le terrain : une discrimination basée sur l’origine ethnique des médecins. Il s’agit d’un problème qui a fait l’objet de plusieurs rapports gouvernementaux. Il y a un excellent rapport du nom de Bazergui qui a été publié et dont les principales recommandations sont rangées aux oubliettes. Le Collège des médecins du Québec est très puissant. Et ce Collège est un organe qui peut, d’une certaine façon, destituer un ministre. Je donne cet exemple du reportage de Radio-Canada dans lequel Ghislaine Desrosiers, présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec disait que « moindrement qu’un ministre puisse se mettre à dos le collège des médecins, il perd son poste. » Et ça, c’est une vérité. Ce sont des gens qui sont là qui vivent une situation endémique. Une preuve de leur mépris vis-à-vis des médecins étrangers : Docteur Yves Lamontagne, ancien président du Collège des Médecins qualifiait à une certaine époque, certains de « médecins des colonies ». Pourtant, on est dans une société où l’on réclame la justice sociale.

Qu’est-ce qui se cache derrière de telles réticences ? Racisme ou simple volonté de protéger les emplois des canadiens de souche ?

Comme je disais tantôt, la commission des droits de la personne a statué sur la question et a dit en fonction des dossiers qui lui ont été fournis avec le concours de la Fondation canadienne des relations raciales qu’elle était certaine qu’il y avait une discrimination. Mais en même temps aussi, il y a une question d’adaptation aussi de ces médecins diplômés à l’étranger sur la pratique québécoise. Parce que s’il est vrai qu’ils peuvent être opérationnels, il y a aussi la culture de la pratique de leur profession quand ils changent d’environnement, quand ils abordent les patients etc.  Ça, c’est aussi une réalité.

Mais, en dehors de cela, il est vrai qu’il y a une volonté manifeste du Collège des médecins de ne pas ouvrir les portes parce qu’il y a la question de l’argent aussi dans cette affaire. Ce sont des gens qui ont des salaires très intéressants (des orthopédistes, des anesthésistes, des chirurgiens peuvent gagner  plus de 350 000 $ par année). Et on parle aussi du phénomène de la loi du marché, de la main d’œuvre et encore. Et en même temps, ce sont des gens qui se disent, que si on ouvre les vannes  est-ce qu’au niveau du salaire, il ne risque pas d’y avoir une baisse. Ici au niveau des médecins, il faut savoir que les médecins sont payés à l’acte. Et, ils ont donc intérêt à voir plus de patients pour faire passer la carte d’assurance-maladie. Qui plus est, ce sont des gens qui vont rencontrer des patients dans les hôpitaux publics ou cliniques privées pour une durée de visite de 5, 10 minutes ou plus, dépendamment des besoins de la personne. Il y a également des listes d’attente énormes, ce qui est néfaste pour l’état de santé des patients. Parce que cela aboutit souvent à des morts dans les corridors. La population québécoise souffre beaucoup de ce problème à cause de la pénurie de médecins. Et aussi un problème d’organisation au niveau du secteur de la santé.

L’autre question, sur ce volet, est que dans la partie anglophone du canada, il est plus facile aujourd’hui d’exercer comme médecins. Et c’est là, à mon avis, tout le paradoxe ?

C’est vrai que dans la partie anglophone du Canada, il est plus facile d’exercer parce que dans cette zone, on réserve des places pratiquement à des médecins étrangers. En Alberta,  en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, dans l’ouest canadien, il existe encore des postes réservés aux médecins étrangers. Il y a un autre aspect intéressant à souligner : à l’époque du gouvernement dirigé par le Parti Québécois,  la ministre de la Santé du Québec d’alors, Pauline Marois ; il y a eu des médecins québécois qui ont été mis à la porte et certains hôpitaux d’ailleurs ont été fermés. Dans ce contexte, il était difficile d’intégrer les médecins étrangers puisque le gouvernement péquiste venait de se débarrasser des médecins locaux et il aurait été inconcevable pour la population québécoise que l’État québécois recrute massivement des médecins étrangers. L’actuel Premier ministre provincial, Jean Charest, a été élu sur la base d’un mandat où il avait fait la promesse de régler définitivement les problèmes en santé. Et depuis qu’il est au pouvoir, le problème n’a pas été résolu pour autant.  

Parlons un peu des autres métiers. Il a été remarqué un peu partout que le niveau des salaires est plus élevé ou plus bas  selon qu’on est blanc québécois ou étranger.  On est dans un jeu à géométrie variable selon la couleur et/ou l’origine ?

Évidemment, il y a une précarisation de l’emploi. Le salaire va être moins élevé si on occupe un poste en deçà de ses compétences. Parce que si tu étais ingénieur dans ton pays d’origine et que tu viens occuper un emploi de technicien, si on fait la comparaison, tu vas te retrouver avec un salaire moindre que ce que gagne le Québécois. Certains immigrants, pas tous, ont des salaires moins élevés parce que les employeurs ne sont pas encore prêts à reconnaître automatiquement les diplômes et les compétences des diplômés hors du Canada notamment ceux travaillant dans des professions réglementées. Ceci explique en partie la différence salariale. Mais au bout d’un certain temps, il y a le salaire de l’immigrant qui va être nivelé à celui du natif d’ici. C’est sur une période de cinq voire dix ans. Parce qu’il y a toujours la dimension temporelle qui reste un élément extrêmement important ici pour ce qui est de l’adaptation de la personne. Aussi, le fait que les nouveaux arrivants sont confrontés à des réalités ou à des difficultés ne facilite pas souvent les choses. Mais, le Québec est dans une situation problématique où il lutte aussi pour sa survie. Le Québec qui compte une population de 8 millions de personnes est entouré par plus de 275 millions d’anglophones. Cette société francophone minoritaire en Amérique du Nord défend également son identité qui est par définition, évolutive et inclusive.

En homme de terrain qui connaît aujourd’hui toutes ces questions soulevées dans cet entretien, avez-vous un espoir sur la poursuite de l’immigration ici. Comment voyez-vous l’avenir ?

Je suis quelqu’un d’optimiste. Et je suis quelqu’un qui a déjà connu certaines étapes difficiles dans ma vie professionnelle depuis mon passage en Europe et plus particulièrement en France. Si je compare le Québec aux sociétés européennes, ou à d’autres pays d’immigration, je dirais que même si les immigrants ont des difficultés à s’intégrer sur le marché de l’emploi, au Québec, on garde toujours l’Espoir. C’est une société où véritablement la personne peut se retrouver du jour au lendemain, avec des perspectives de carrière fulgurantes. Cela demande certes beaucoup d’abnégation, de persévérance ; mais dans notre culture sénégalaise, on nous demande d’être patients. Heureusement, pour les Sénégalais, il faut se réjouir qu’on s’en tire bien ici. A part les médecins étrangers, ceux qui sont dans le domaine communautaire, arrivent à trouver un emploi. Dans le domaine de l’enseignement, après quelques années d’adaptation, ils arrivent souvent à s’en sortir. Aussi, pour ce qui est du service à la clientèle, des gens ont réussi aussi à se trouver un emploi parce que les Sénégalais savent s’adapter à leur environnement. Les Sénégalais font partie de la communauté, qui s’adapte le plus à n’importe quel environnement. Ils font preuve de débrouillardise. On a aussi développé toute une expertise au niveau associatif et il y a le Regroupement Général des Sénégalais du Canada, mais comme je vous le disais tantôt,  avec l’élection de Cheikh Faye comme président,  j’ai bon espoir que les Sénégalais auront une visibilité plus grande dans tous les secteurs de la vie canadienne (économique, social, culturel et politique).

«  Le canada n’est pas un pays raciste. »

Vous avez parlé quelque part de remèdes imaginaires, qu’est-ce que vous entendez par cette formule ?

Oui, certains auteurs ont  tendance à minimiser l’apport de l’immigration à la société québécoise et canadienne. Benoît Dubreuil et Guillaume Marois ont écrit un essai dans lequel ils disent que l’immigration est un remède imaginaire et donnent des arguments discutables. Dans le livre « Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec », les coauteurs concluent en disant que «  économiquement et démographiquement, le Québec n’a pas besoin de l’immigration ». C’est une tendance qui a été incarnée avant par un parti populiste de droite, l’Action démocratique du Québec (L’Adq), qui tirait toujours à boulets rouges sur les immigrants et prônait une réduction de l’immigration au Québec (en moyenne 45 000 par année à l’époque. En 2010, le niveau d’immigration atteignait 53 981 personnes). Même si c’est un discours marginal, on sentait que les gens au Québec  s’interrogeaient beaucoup sur le modèle d’immigration et son corollaire l’intégration. Puisqu’il y a beaucoup de problèmes liés à la question des accommodements raisonnables, des problèmes identitaires, à l’adaptation à la société québécoise et canadienne et aussi à la capacité d’accueil. Sur cette dernière question, est–ce que le Québec qui reçoit aujourd’hui 50.000 immigrés annuels, au lieu de 54 000 initialement, est prête à recevoir aujourd’hui 55 000 voire 60 000 immigrants par an ? Cela pose évidemment, la question de l’équilibre et dans ce cadre, il y a, en ce moment, la commission sur la planification de l’immigration qui est en train d’y réfléchir au niveau de l’Assemblée nationale. Dans cette perspective, je suis en train d’ailleurs de travailler sur les trois consultations sur l’immigration dans le cadre d’un livre intitulé « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique ». Il y en a eu une sur la politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination. Et deux autres sur la planification triennale de l’immigration. L’objectif visé par le gouvernement libéral provincial est de faire adhérer la société québécoise à la question de l’immigration. Donc, si on reçoit 50 000 immigrants est-ce qu’on se donne les moyens de bien accueillir ces personnes ? Parce qu’il ne suffit pas juste de faire rentrer du monde, si on n’a pas les moyens de ses ambitions. Et, évidemment, le gouvernement actuel pêche dans ce cadre-là. On sait que si on répartit équitablement les immigrants sur le territoire québécois, la réponse est oui. Le Québec est composé de 17 régions administratives. La majorité des immigrants restent à Montréal (plus de 80%). On sait que dans les autres régions, on a encore besoin d’immigrants.  

Peut-on en conclure, malgré tous ces constats, que le canada est un pays raciste ?
Pour répondre à cette question, sincèrement, je dirais que le Canada n’est pas un pays raciste. Le Québec n’est pas un pays raciste. Même s’il y a du racisme, à l’intérieur de la société. Parce qu’il y a une nuance. Le Québec était la première province à se doter d’une politique en matière de lutte contre la discrimination : il faut saluer le courage politique du gouvernement libéral provincial à ce sujet. Mme Yolande James, députée de Nelligan et adjointe parlementaire à la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, assurait la présidence du Groupe de travail, sur la participation à la société québécoise des communautés noires. Un document préparatoire qui servait de cadre de réflexion à la commission parlementaire. Le  gouvernement s’était rendu compte également qu’il y avait des immigrants d’origine maghrébine qui se servaient de nom d’emprunt Tremblay, par exemple, dans le but d’intégrer facilement le marché de l’emploi. Mais, cela ne veut pas dire que c’est toute la société qui est comme ça. Oui, il y a certains employeurs qui sont plus à l’aise de travailler avec des gens qui leur ressemblent culturellement. Mais, en même temps, le Canada s’est doté d’un dispositif juridique pour pouvoir lutter contre la discrimination.  Et, je pourrais vous dire aussi que le racisme n’est pas l’apanage des blancs. Parce qu’à l’intérieur même des communautés ethnoculturelles, il y a du racisme.  

Terminons par le communautarisme que vous avez évoqué. On a l’impression qu’il se développe de plus en plus avec ses imperfections ?

Effectivement, c’est un danger. C’est pourquoi dans la thèse de mon prochain livre, je dis qu’il faut la conciliation de deux éléments : oui : il y a la question de l’intégration socioéconomique, qui est importante pour les immigrants, mais aussi celle liée à l’identité qui est importante pour les Québécois. Et, si par exemple, les gens se regroupent, si on fait une juxtaposition des communautés, les unes sur les autres, ça finira par poser la question de la ghettoïsation. Dans notre culture, nous Sénégalais, on nous dit qu’il faut qu’on s’ouvre vers les autres ; et d’ailleurs même au Sénégal, il y a surtout une certaine diversité ethnoculturelle qui fait qu’on a tendance à aller vers les autres sans attendre qu’ils fassent le premier geste. Et si on vient dans cette société et on reste entre nous, cela ne présente aucun intérêt pour le pays d’accueil. Pourquoi pas ne pas rester chez nous simplement ? C’est pourquoi, je préfère plus la notion d’interculturalité à celle de multicultarité. Je suis contre le multicultarisme absolutisé. Cette deuxième notion veut dire tout simplement que les communautés ethniques peuvent vivre les unes à côté des autres, une conception trudeauiste (l’ancien Premier ministre fédéral Pierre Elliott Trudeau est considéré comme le père du multiculturalisme canadien).   

 

Publié par : Doudou Sow | 7 novembre 2011

Le sous-financement des organismes d’aide aux nouveaux arrivants

L’argumentaire visant à s’occuper en priorité de la situation des immigrants déjà établis sur le territoire québécois avant d’accueillir de nouveaux arrivants refait souvent surface dans les débats entourant les différentes planifications sur l’immigration. Au Québec, les opinions exprimées sur les niveaux d’immigration renvoient au type d’immigration pour assurer une meilleure adéquation entre les besoins urgents de main-d’oeuvre et les profils des compétences sélectionnés, à l’importance de la question identitaire mais aussi aux ressources financières nécessaires pour mieux intégrer les immigrants.

Les organismes communautaires d’aide aux nouveaux arrivants reçoivent de plus en plus de candidats. Un bref rappel du nombre de personnes accueillies annuellement nous donne un aperçu sur la lourde responsabilité de l’accueil et de l’intégration des organismes sur le terrain :  44 200 en 2004, 43 300 immigrants en 2005, 44 684 en 2006, 45 200 en 2007; 45 219 en 2008, 49 491 en 2009, 53 981 en 2010. En principe, l’augmentation du seuil devrait être proportionnelle aux montants financiers gouvernementaux. Toutefois, les organismes communautaires continuent de se plaindre de leur sous-financement comme en témoigne l’audition de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) dans le cadre des audiences à l’Assemblée nationale sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Une image vaut mille mots, dit-on souvent. L’épisode qui suit illustre clairement l’insatisfaction exprimée par les organismes : D’emblée dans son introduction, le directeur de la TCRI, M. Stephan Reichhold, justifiait pourquoi « une cinquantaine de représentant(e)s  des organismes de la TCRI de 7 régions différentes » étaient tous habillés en tenue rouge pour dénoncer l’insuffisance des fonds alloués aux organismes communautaires : « Et vous aurez remarqué que, la couleur rouge, ce n’est pas en lien avec le Parti libéral mais plus par rapport au budget, à la situation budgétaire des organismes communautaires.»[1]

Et pourtant ce n’est pas l’argent qui manque : les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Dans le cadre de l’accord Canada-Québec, plus communément appelé l’accord Gagnon-Tremblay-Mc Dougall, relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubins (étrangers) signé le 5 février 1991 et entré en vigueur le 1er avril 1991, le Québec reçoit une compensation financière. L’entente portant le nom de deux anciennes ministres[2]  scelle l’accord d’une maîtrise « totale » de la province du Québec en ce qui concerne l’accueil et l’intégration des immigrants. Malgré la hausse des sommes d’argent, dans le cadre de cette entente pour l’intégration des personnes immigrantes et des réfugiés, le problème d’intégration des immigrants demeure entier comme le faisait remarquer M. Hassan Hassani, ancien coprésident de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) dans une Lettre ouverte au  Premier ministre du Québec sur la situation de l’intégration des nouveaux arrivants au Québec à l’aube du budget 2009-2010 :

« Le transfert fédéral est passé de 104 millions $ en 2000 à 216 millions $ en 2008 [226 millions $ en 2008-2009 et 258 millions de dollars en 2011].  Comment peut-on justifier que le gouvernement québécois investisse si timidement dans les mesures de soutien et d’accompagnement pour les nouveaux arrivants, alors que les budgets pour l’accueil des immigrants ont doublé récemment dans le reste du Canada.  Ceci est d’autant plus incompréhensible puisque le gouvernement du Québec dispose d’un fonds garanti et indexé à long terme dédié à l’intégration des nouveaux arrivants qui n’affecte aucunement le trésor public québécois.  De plus, nous vous rappelons que le MICC [Ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles], volet Immigration, génère chaque année environ 30 millions $ de revenus autonomes avec les frais, la tarification et les taxes pris aux nouveaux arrivants lorsqu’ils immigrent chez nous [45 millions de dollars en tarification, Reichhold mai 2011].»

Cette préoccupation exprimée le 26 février 2009 par M.Hassani, par ailleurs directeur de la Maisonnée, est toujours valable comme l’ atteste la grève des organismes du PANA. « Le gouvernement se désengage face aux nouveaux arrivants »[3] titrait le journal de la TCRI. Lors de la manifestation du 6 juin 2011 à laquelle 500 personnes (source : TCRI) avaient participé, on pouvait lire, entre autres, sur les affiches des participants à la journée de débrayage «  Intégrer sans cash, on en arrache » alors qu’en 2011 le gouvernement a reçu 258 millions de dollars du fédéral. La grogne des organismes communautaires découlait de la décision du MICC de geler, pour une deuxième année successive, les budgets du Programme  d’accompagnement des nouveaux arrivants (PANA)[4] dans un contexte où le Québec accueille 50 000 immigrants par an. Les organismes communautaires ont souvent fait appel aux bénévoles pour accueillir les nouveaux arrivants. L’intervention du président du conseil d’administration du Service d’aide aux néo-Canadiens (SANC) de Sherbrooke, M. Denis Marceau, dans le cadre des audiences de la Commission des relations avec les citoyens à l’Assemblée nationale[5] en est une parfaite illustration.

La ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, avait déjà reconnu « une légère diminution» du budget dans le cadre de l’Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du MICC, volet Immigration. « En 2011-2012, le total des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles est de 303,9 millions, soit 0,3 % de moins que l’exercice précédent. Le total des crédits comprend l’enveloppe allouée aux ministères partenaires : Éducation, Loisir et Sport; Emploi et Solidarité sociale et Santé et Services sociaux. Comme l’an dernier, cette enveloppe est de 165,7 millions. Les crédits propres au ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles passent donc de 138,3 millions à 137,3 millions, une légère diminution de 0,7 %.»[6]

Le gouvernement libéral provincial prône, à juste titre, le retour à l’équilibre budgétaire entre 2013 et 2014 et dans ce cadre-ci, tous les ministères, y compris celui du MICC, doivent « participer à l’effort gouvernemental visant à réduire les budgets de fonctionnement »[7] comme le soulignait d’ailleurs la ministre Mme Weil. M. Hassani avait apporté sur ce point la clarification déjà mentionnée, à l’effet que « le gouvernement du Québec dispose d’un fonds garanti et indexé à long terme dédié à l’intégration des nouveaux arrivants qui n’affecte aucunement le trésor public québécois. »

Devant une précarité des organismes communautaires, il est tout à fait logique de s’interroger sur leur mode de financement. Stephan Reichhold rappelait dans différentes tribunes l’urgence d’un investissement financier en matière d’intégration des immigrants : son article (Interculturalisme 2011 – Faible stratégie d’intégration des immigrants au Québec, Le Devoir, 3 mai 2011) et son intervention au Symposium international sur l’interculturalisme (Session F: L’inclusion économique et sociale, Dialogue Québec-Europe, 27 mai, UQAM, webdiffusion) ainsi que la récente planification de l’immigration (Audition TCRI-15 septembre 2011). Il regrettait justement l’absence du « cadre financier » du gouvernement en ce qui concerne la planification de l’immigration pour la période 2012-2015.

Questionné par la ministre, Mme Weil, sur une implication plus grande de la société civile dans la question de l’intégration, M. Reichhold reprenait la balle au bond pour expliquer la différence entre le Québec et le Canada anglais sur le plan budgétaire et l’intégration professionnelle des immigrants: « Disons, ce qui est frappant, c’est effectivement l’approche, (une) toute autre approche, c’est-à-dire du point de vue budgétaire. Le Québec a fait le choix, en fait, bon, on parlait tout à l’heure du budget de 300 millions à peu près qui est dépensé par le Québec annuellement dans les mesures d’intégration et de francisation, à peu près, selon nos calculs, là, c’est environ… 6 %, 7 % de ce budget (qui) va au communautaire, le reste est dépensé par les institutions. Alors, l’éducation, l’emploi et vous, bien sûr. (…) Alors que dans le reste du Canada, qui est [sic] le budget d’environ, dédié vraiment à l’intégration, c’est 600 millions à peu près, là, l’année dernière, qui est distribué dans les autres provinces et 70 % de cet argent va directement dans les ONG, dans les organismes communautaires. Donc, c’est une toute autre approche. (….) nous, on pense que les résultats ont l’air plus intéressants dans le reste du Canada en termes du retour de l’argent, en termes de résultats, qu’au Québec.

Si on compare les volumes, l’argent qui est dépensé, les résultats, les taux d’emploi, le taux de pauvreté, et tout, sur l’aide sociale, je pense, c’est plus performant dans le reste du Canada, c’est assez évident. Donc, il y aurait une réflexion à faire autour de ça, effectivement, insiste-t-il. »[8] La restriction budgétaire peut expliquer en partie pourquoi le Québec performe moins en matière d’intégration professionnelle des immigrants que les autres provinces canadiennes (Ontario, Alberta, Nouveau-Brunswick). Comme on le voit donc, « les ministères de l’Immigration, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et de l’Éducation, les trois principaux acteurs institutionnels responsables des mesures d’intégration et de francisation au Québec engloutissent environ 90 % des sommes destinées spécifiquement à l’intégration des nouveaux immigrants, soit environ 280 millions de dollars par année, avec les résultats peu reluisants que l’on connaît, notamment en matière de chômage et de décrochage scolaire des nouveaux arrivants.»[9]

Absence de mesures d’évaluation du programme PANA

Afin de démontrer le manque d’évaluation des programmes, la TCRI avait fait intervenir à la Commission parlementaire la directrice du Carrefour d’aide aux nouveaux arrivants (CANA), Mme Florence Bourdeau. Celle qui est à la tête d’un organisme dont la mission est l’intégration socioéconomique des nouveaux arrivants dans le quartier Ahuntsic montrait les limites du Programme d’accompagnement des nouveaux arrivants (PANA). « Je ne vais pas parler juste pour le CANA, je vais le donner à titre d’exemple, mais il représente très bien l’ensemble des organismes de mes collègues ici. (….) le Programme d’accompagnement des nouveaux arrivants tel qu’il est défini actuellement ne correspond pas ni en termes quantitatifs, ni en termes qualitatifs aux besoins d’intégration des personnes immigrantes. En termes quantitatifs, c’est très simple, cette année, nous avons accueilli donc et accompagné 1 200 personnes, le ministère de l’Immigration en finance 450, 450 sur 1 200. (…) Ce qu’il faut savoir déjà, c’est que le programme n’a jamais fait l’objet d’aucune évaluation depuis sa création en 1992, il y a 19 ans. »[10] Le PANA qui couvre trois volets est un programme de soutien à « l’accueil, l’établissement et l’accompagnement des nouveaux arrivants (Volet 1); Accueil et installation des réfugiés et des personnes protégées à titre humanitaire outre-frontières pris en charge par l’État ou faisant l’objet d’un parrainage collectif (Volet 2); Services offerts aux demandeurs d’asile (Volet 3).»[11]

Ce service de première ligne est orienté dans  la recherche de logement, la référence vers les resources du milieu, l’information sur le système scolaire québécois, le parrainage d’un membre de la famille, l’interprétariat, la traduction, le soutien des candidats en démarche de francisation, bref des services de pré-employabilité qui sont nécessaires pour faciliter l’intégration sociale.

Selon le descriptif du programme d’accompagnement des nouveaux arrivants (PANA) de l’année financière 2011-2012, l’objectif général est d’ « accompagner les nouveaux arrivants dans leurs démarches d’intégration, de manière qu’ils puissent devenir le plus rapidement possible des membres actifs de la société québécoise. »[12]

L’efficacité des programmes ne pourrait être connue que si elle était mesurée. Est-ce que l’offre de service des programmes d’Emploi-Québec et du MICC est adaptée et suffisante aux besoins du nouvel arrivant? Différentes initiatives ont été mises sur pied pour faciliter l’intégration des immigrants (PRIIME, IPOP, Défi Montréal, Passerelle pour l’emploi en région, Mentorat) mais ces mesures devraient être accompagnées des moyens financiers proportionnels au nombre d’immigrants reçus annuellement, ce qui est loin d’être le cas.

Ce ne sont pas uniquement les organismes communautaires qui se plaignent du manque de ressources financières. La difficulté d’obtention de ressources suffisantes incite la ville de Montréal à remettre en cause son partenariat avec le MICC (Valorisation jeunesse – Place à la relève, le programme de parrainage professionnel, par exemple).[13]

Les subventions accordées aux organismes sur le terrain sont insuffisantes compte tenu du nombre de personnes rencontrées et des nombreux défis en emploi. Des ressources supplémentaires devraient donc impérativement leur être accordées afin qu’ils puissent réussir le mandat d’intégration des Néo-Québécois à la société d’accueil. La coordination des actions et/ou des ressources est plus que nécessaire pour une intégration optimale des immigrants, elle est absolument indispensable.


[1] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 15 septembre 2011 – Vol. 42 N° 17, Audition Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.

[2] Madame Monique Gagnon-Tremblay, ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration du Québec et Barbara McDougall, ministre de l’Emploi et de l’Immigration du Canada.

[3] Le Jumelé Été 2011, p.1.

[4] “Les 61 organismes PANA accompagnent annuellement prés de 40 000 personnes nouvellement arrives” « Le gouvernement se désengage face aux nouveaux arrivants » (Le Jumelé Été 2011, p.1).

[5] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le jeudi 18 août 2011 – Vol. 42 N° 11, Audition Service d’aide aux Néo-Canadiens.

[6] Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration, Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session,  Le lundi 18 avril 2011 – Vol. 42 N° 5.

[7] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le lundi 18 avril 2011 – Vol. 42 N° 5,  Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration.

[8] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 15 septembre 2011 – Vol. 42 N° 17, Audition Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.

[9] Interculturalisme 2011 – Faible stratégie d’intégration des immigrants au Québec, Stephan Reichhold, Le Devoir, 3 mai 2011.

[10] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 15 septembre 2011 – Vol. 42 N° 17, Audition Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.

[11] Programme d’accompagnement des nouveaux arrivants (PANA), année financière 2011-2012, p.2, MICC.

[12] Ibid.

[13] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 25 août 2011 – Vol. 41 N° 13, Audition Ville de Montréal.

L’analyse de l’intégration des personnes immigrantes dans un contexte d’incertitude économique nous amène à porter un regard sur l’immigration et son corollaire l’intégration professionnelle et l’adaptation culturelle. A-t-on développé des outils, mis en place des programmes, réussi à faire de la sensibilisation au niveau de la société d’accueil et des entreprises afin de réussir l’intégration harmonieuse des personnes immigrantes ? Devrait-on continuer à ouvrir les vannes dans le contexte de crise économique actuelle ? Bref, devrait-on s’interroger sur la question de l’équilibre accueil-capacité à intégrer professionnellement et socio-culturellement les immigrants? Doit-on donner la priorité aux immigrants déjà établis sur le territoire québécois avant de recruter de nouveaux immigrants? Quel arbitrage lucide et objectif des différents critères de sélection (immigrants jeunes, scolarisés, francisés, en bonne santé, répondant aux besoins du marché du travail québécois et prêts à s’adapter culturellement; immigration permanente versus immigration temporaire surtout dans les régions et dans certains secteurs, etc.)? La Commission de la consultation publique sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 qui s’est tenue du 31 mai 2011 au 15 septembre 2011 a tenté de répondre à ces différentes questions. Mieux, dans une optique d’adhésion de la population à l’immigration, elle a cherché à trouver un consensus sur les questions brûlantes de l’actualité (équilibre entre capacité d’accueil et intégration des immigrants, chômage chronique frôlant les 20 à 30% chez les minorités visibles, controversée question du rééquilibrage des bassins géographiques avec référence au bassin du Maghreb ramené de 36,8% en 2010 à 30% dans les prochaines années, vitalité de la langue française concrétisée par deux orientations : une maîtrise du français évaluée par des tests standardisés et non plus sur la base d’une auto-déclaration, meilleur arrimage entre les besoins de main-d’œuvre et les profils des travailleurs qualifiés à hauteur de 50 % etc.)[1].

Si le questionnement sur le volume ou le seuil de l’immigration est souvent évoqué par la population lorsqu’il s’agit de la planification de l’immigration, les partis politiques ne sont pas non plus en reste dans le débat sur le nombre de personnes immigrantes à accueillir annuellement au Québec.

Position des partis politiques provinciaux sur la question du volume d’immigration

Rappelons d’abord qu’en 2007, à l’exception de l’Action démocratique du Québec (ADQ), dont l’ex-chef, Mario Dumont, avait déclaré, à la mi-août 2007, dans une entrevue avec  le chroniqueur du quotidien La Presse Patrick Lagacé que « le Québec avait atteint la limite de sa capacité d’accueil » des nouveaux arrivants (en moyenne 45 000 par année à l’époque), les principaux partis politiques, le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ), s’entendaient sur la nécessité de recourir à l’immigration pour contrer le phénomène de dénatalité tout en ayant des approches différentes sur la conception de la laïcité, de la place de la langue française ou francisation dans la politique d’immigration, de l’interculturalisme. Au cours des quatre prochaines années, le gouvernement libéral provincial entend atteindre la moyenne de 50 000 immigrants par année. Il convient de préciser que le Québec n’atteignait pas ses cibles, du moins depuis dix ans, si l’on en croit le directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI)[2], M. Stephan Reichhold, qui a qualifié « d’accident » les 54 000 nouveaux arrivants que le Québec a reçus en 2010. [44 200 en 2004, 43 300 immigrants en 2005, 44 684 en 2006, 45 200 en 2007; 45 219  en 2008, 49 491 en 2009, 53 981 en 2010]. Le cofondateur de la Coalition pour l’avenir du Québec (CAQ), François Legault, qui formera probablement un parti politique, propose le nombre de 45 000 immigrants, une vieille revendication de l’ADQ. Le PQ, quant à lui, ne fait pas une fixation sur le nombre comme l’a exprimé le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration, de communautés culturelles et de langue depuis le 19 août 2011, Yves-François Blanchet, durant ses différentes interventions lors de la planification de l’immigration. Le raisonnement du député de Drummondville consistait à dire qu’on devrait d’abord régler la question des ressources avant d’établir le volume d’immigration. Son postulat de départ sur l’adéquation ressources financières et capacité d’intégrer nous semble loin d’être une mauvaise idée. Et sur ces points précis de l’insuffisance des ressources ou d’une meilleure répartition ou encore d’une « réorganisation des ressources », il n’a pas tort.

L’insuffisance des fonds alloués aux organismes communautaires

Les organismes communautaires regroupés autour de la Table de concertation auprès des personnes immigrantes et réfugiées (TCRI) ont toujours exprimé, bien avant la crise économique de 2009, le besoin d’avoir plus de ressources pour atteindre les objectifs de l’intégration harmonieuse des personnes immigrantes. Les organismes qui sont sur le terrain vivent constamment sur la corde raide. Ils ne sont jamais certains que leur subvention sera renouvelée. Cette situation amène une certaine précarité dans leur travail quotidien. La non-reconduction de certains projets amène souvent les organismes communautaires à jongler avec des budgets qui se rétrecissent comme une peau de chagrin. Les conséquences sur les immigrants ne se font pas attendre. La réduction et/ou les coupures du budget des organismes communautaires ou des ressources externes accentue sensiblement les difficultés d’intégration des personnes immigrantes.

Dans cette même perspective, le député indépendant de Deux-Montagnes et ancien porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration du 27 août 2010 au 21 juin 2011, M. Benoît Charrette, soulignait avec pertinence dans le cadre de l’Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration  : « Les différents organismes partenaires du ministère se plaignent, à juste titre, du fardeau supplémentaire qui leur revient année après année avec l’augmentation des seuils notamment. Donc, un fardeau toujours plus important avec des mandats toujours plus importants qui leur reviennent, mais, malheureusement, avec une absence cruelle de moyens pour bien s’acquitter de leur travail. »[3].

Malgré la hausse des montants de transferts d’argent [104 millions $ en 2000 à 216 millions $ en 2008; 226 millions $ en 2008-2009 et 258 millions de dollars en 2011], dans le cadre de l’Accord Canada-Québec pour l’intégration des personnes immigrantes et des réfugiés (une forme de compensation financière), l’intégration difficile des immigrants est une réalité irréfutable. (Lire à ce sujet : Le sous-financement des organismes d’aide aux nouveaux arrivants par Doudou SOW)

En réponse à la question de M. Blanchet sur la ventilation des sommes du fédéral destinées exclusivement aux « mesures d’intégration », M. Reichhold qui est la tête de la TCRI depuis 1989, disait en substance : « Ce qui se passe, c’est que l’argent [258 à 300 millions] est distribué entre le ministère de l’Emploi, le ministère de l’Éducation, et là, on perd un peu sa trace. Alors, c’est ça qu’il faudrait vérifier. Je ne dis pas qu’il est dépensé ou caché, là, c’est juste, c’est comme on ne s’entend pas bien sûr qu’est-ce que c’est une mesure d’intégration, qu’est-ce qui n’en est pas une, bon. Le ministère de l’Emploi et l’éducation pour adultes (sic) dépensent 20 millions en francisation, mais c’est très mystérieux, en fait, ce qu’ils font en francisation, on n’a jamais eu de rapport, on a jamais vu de bilan, on ne sait pas trop comment ça fonctionne. Donc, c’est ça qu’il faut voir un peu… »

M. Reichhold conclut sur un message très clair en direction des parlementaires : « S’il y a un message qu’on voudrait que vous reteniez, là, (…), c’est qu’on ne pense pas qu’il faut que l’État doit mettre plus d’argent dans l’intégration. L’argent est là. C’est ça qu’on essaie d’expliquer. Je veux dire, les revenus sont là. On l’a, cet argent. On l’a le 1,2 milliard. Il est là. On va l’avoir, c’est sûr, les quatre prochaines années. C’est juste qu’il faut revoir la façon de le dépenser, de l’investir. Je pense que c’est ça, en fait, à mon avis, qu’il faudrait faire. Et on pourrait très facilement, avec des sommes aussi considérables accueillir 50 000, 55 000 personnes, je veux dire.»[4]

La ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, est optimiste et mise sur ce qu’elle appelle « la conjoncture actuelle » de facteurs et d’éléments qu’elle a résumée par les « pressions économiques, pressions de main-d’œuvre, les départs à la retraite,(…), de rareté de main-d’œuvre qui aurait peut-être, ces prochaines années, par la force des choses, une ouverture qui va se manifester. »[5]. Elle ne pense pas seulement à « l’ouverture à la diversité » des entreprises mais elle mise également sur les résultats des différents programmes mis en œuvre (Mentorat Montréal, PRIIME, IPOP, Défi Montréal, entre autres projets). Même si elle se montre « prudente » par rapport aux nouveaux chiffres, elle se sent ragaillardie par l’embellie du taux d’emploi chez les immigrants. Dans le cadre de l’Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration, elle s’appuyait sur l’enquête sur la population active de Statistique Canada afin de démontrer une amélioration du taux d’emploi chez les immigrants. « En 2009, pour ceux arrivés cinq ans ou moins, en 2009, (…) le taux de chômage, c’est 22,5 %. En 2010, c’est de 19,4 %. Arrivés il y a cinq à 10 ans, c’est 15,2 %, en 2009; en 2010, c’est 12,5 %. Arrivés il y a plus de 10 ans, c’est 10,7 % à 10,4 %. Donc, la situation entre 2009 et 2010 des immigrants sur le marché du travail s’est nettement améliorée, et, comme je le disais, le taux de chômage a reculé de 1,2 point de pourcentage alors que le taux d’emploi et le taux d’activité sont en hausse[6] Elle a réitéré récemment son optimisme sur la baisse du taux de chômage des immigrants dans le cadre de l’audition du Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes à la Commission des relations avec les citoyens : « En 2010, 53,4 % de la création nette d’emplois a bénéficié à des personnes immigrantes, et tous les groupes d’immigrants ont profité de cette embellie du marché du travail (..). »[7] Mais, il faudra « regarder d’autres facteurs » comme le mentionnait le directeur du Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes (CAMO-PI),  M. Frédéric Boisrond, dans le cadre des audiences de la Commission parlementaire sur la planification de l’immigration: « Ce n’est pas seulement le nombre d’emplois qui est créé, mais la qualité de ces emplois qui sont créés pour les immigrants, la durée de ces emplois et le salaire qui est payé comparativement à ce qui est payé à l’ensemble de la population. »[8] Autrement dit, les chiffres rassurants fournis par la ministre doivent être reçus avec prudence avant d’avoir été sérieusement examinés quant au type d’emploi (précaire ou non), à la correspondance de ces emplois avec les domaines de compétences des immigrants mais également quant aux conditions dans lesquelles les immigrants occupent ces emplois.

En définitive, la majorité des personnes s’accordent sur la nécessité, pour la société, de veiller à l’équilibre entre la capacité d’accueil et le nombre de personnes sélectionnées, les moyens financiers et humains proportionnels au volume de l’immigration et indispensables pour faciliter leur intégration socioprofessionnelle dans le respect des valeurs de la société d’accueil mais en même temps sur la juste reconnaissance de l’apport des immigrants sur les plans économique, démographique, social et culturel. Si on arrive à s’entendre sur l’interdépendance de ces éléments, notre objectif commun d’un vivre-ensemble harmonieux en sortira renforcé.


[1] Le résumé des 7 orientations figure à la page 31 du document de consultation sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015.

[2] La TCRI est un regroupement national de plus de 140 organismes voués à l’établissement et à l’intégration des refugiées et immigrants ainsi qu’à la défense de leurs droits.

[3] Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration, Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session,  Le lundi 18 avril 2011 – Vol. 42 N° 5.

[4] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 15 septembre 2011 – Vol. 42 N° 17, Audition Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.

[5] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le jeudi 15 septembre 2011 – Vol. 42 N° 17, Audition Montréal International.

[6] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session, Le lundi 18 avril 2011 – Vol. 42 N° 5, Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration.

[7] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le mercredi 17 août 2011 – Vol. 42 N° 10, Audition Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes.

[8] Ibid.                                                                        

Les politiques publiques d’intégration et la fermeture des ordres professionnels ne sont pas les seules causes de l’échec de l’intégration des immigrants. Certaines personnes immigrantes ont une part de responsabilité dans les difficultés de leur intégration à la société québécoise francophone. Elles tirent en effet souvent des conclusions hâtives sur leur situation socioprofessionnelle sans avoir pris le temps d’interroger les outils de recherche d’emploi et les démarches de réseautage.

Une maîtrise des bonnes pratiques de réseautage et stratégies d’approche des employeurs : la clé d’une intégration professionnelle

L’ignorance des codes culturels québécois constitue un véritable frein à l’intégration des immigrants et plus particulièrement des minorités visibles. Ces dernières sont confrontées dans leurs démarches de recherche d’emploi à des codes culturels différents, à une nouvelle façon d’intégrer le marché caché de l’emploi et à une méthode de recherche d’emploi différente, trois obstacles ignorés ou sous-estimés. La faiblesse de réseaux locaux accroît l’isolement de ces chercheurs d’emploi, entraînant ainsi un retard dans leur intégration sur le marché du travail. Certaines de ces personnes sombrent dans un défaitisme désabusé qui les amène à évoquer des raisons parfois injustifiées. Même si la majorité des immigrants en quête d’emploi font preuve de persévérance et de débrouillardise dans leurs démarches, d’autres parmi eux répètent souvent que « cela ne sert à rien de chercher un emploi; de toute façon ça ne marchera pas; la recherche d’emploi ne donnera pas des résultats escomptés, et on perd trop de temps avec les ateliers de recherche d’emploi ». Ces personnes subissent généralement l’influence négative d’un mauvais entourage qui leur déconseille de suivre des sessions d’information et des ateliers de techniques de recherche d’emploi. Certaines vont même jusqu’à invoquer le racisme et les préjugés comme des obstacles majeurs dans leur intégration en emploi. Il faudrait certes être naïf pour minimiser le problème de discrimination à l’embauche : dont l’exemple le plus populaire est celui de Kamal El Batal (Candidature acceptée sous le nom d’emprunt de Marc Tremblay par la Coopérative fédérale agricole de Québec). La discrimination patronymique existe certainement comme en témoigne le phénomène du CV « au bas de la pile », le terme « le bas de la pile » étant utilisé par certains employeurs qui n’arrivent pas à prononcer le nom du chercheur d’emploi immigrant. Mais, il serait certainement exagéré ou même malhonnête de dire que toutes les entreprises québécoises font de la discrimination. L’utilisation abusive du concept de racisme employé à tort et à travers finit par lui faire perdre tout son sens.

Les personnes de minorités visibles ne doivent pas continuellement se positionner comme des éternelles victimes pointant systématiquement leur origine comme un handicap à leur intégration sur le marché du travail. Dans leurs démarches de recherche d’emploi, elles doivent plutôt susciter l’intérêt pour leur profil professionnel et démontrer leur capacité d’adaptation à chaque fois qu’elles sont devant leur interlocuteur, en l’occurrence les employeurs. On dit souvent que la culture organisationnelle québécoise est basée sur la relation de confiance. Certaines personnes immigrantes qui projettent l’image du racisme à tout bout de champ se découragent plus facilement. Certaines personnes fatalistes ne se donnent même plus la peine de chercher un emploi dans leur domaine et concluent injustement qu’elles n’arriveront pas à trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences. Cette attitude déplorable mine davantage leurs chances d’embauche. Avoir une telle posture est contreproductif dans une dynamique active d’intégration et de maintien en emploi. Avec de tels comportements, l’immigrant s’autoexclue du marché du travail québécois.

La bande dessinée conçue et réalisée par le Centre culturel algérien à Montréal: « Intégration…Dites vous ! » devrait inspirer tout chercheur d’emploi immigrant. Nabila, de passage « dans un café arabe » ayant décrit à son mari, Madjid, «la déprime» [des gens ayant des difficultés à se trouver un emploi] en l’exhortant à ne pas écouter « les commérages, les gémissements » de ces derniers, Madjid lui répondit en ces termes : «Je n’ai pas ramené ma famille ici pour passer ma vie à pleurnicher sur mon sort et à regretter d’avoir quitté mon pays. Ce n’est jamais facile de s’intégrer dans une nouvelle société. Mais tout cela dépend de la volonté de chacun » (p.12). 

Le taux de chômage trop élevé chez les immigrants (en 2009, selon l’Institut de la statistique du Québec, le taux de chômage chez les immigrants dont la durée de résidence est inférieure ou égale à 5 ans était de 22,4%) ne doit pas pousser les nouveaux arrivants à conclure systématiquement au racisme. La question est plus complexe qu’elle ne paraît.

Les difficultés d’intégration au marché du travail québécois ne peuvent pas être aussi exclusivement attribuables à l’immigrant lui-même. Une hypothèse plausible irait dans le sens que les échecs de l’intégration seraient plutôt dus à la conjugaison de plusieurs facteurs[1] : la non-reconnaissance des diplômes et des acquis par certains employeurs, le cercle vicieux « pas d’expérience canadienne, pas d’emploi  et vice versa », la barrière linguistique, la discrimination raciale à l’embauche à l’égard de certaines communautés culturelles, le faible réseau et le manque de connaissance du marché du travail québécois, les problèmes d’attitude, la méconnaissance des codes culturels, le temps nécessaire à l’adaptation, l’inadéquation actuelle entre les offres d’emploi et les profils due à la grille de sélection des immigrants, le sous-financement des organismes communautaires, la fermeture des ordres professionnels, la déqualification professionnelle etc.

L’intégration socioprofessionnelle des immigrants : un véritable parcours du combattant

Il est tout aussi vrai que le cheminement d’un nouvel arrivant correspond à un combat titanesque. De la recherche de logement à la recherche d’emploi en passant par les démarches de reconnaissance des diplômes et des acquis, les défis sont énormes. Les nouveaux arrivants ont souvent l’impression qu’à chaque étape franchie, se présentent de nouveaux défis. Pour les familles immigrantes nouvellement arrivées, la recherche d’un milieu de garde pour les enfants constitue un autre casse-tête. Les médecins et ceux voulant exercer dans des professions réglementées conjuguent toutes les difficultés rencontrées par les personnes immigrantes. Mais le mauvais arrimage entre les besoins de main-d’œuvre des employeurs et le profil des immigrants sélectionnés ne peut être seul responsable de tous les obstacles à l’intégration des immigrants. La responsabilité sociale des entreprises est également à questionner. La véritable et satisfaisante intégration des personnes immigrantes au marché du travail ne peut se réaliser qu’à condition qu’à tous les niveaux du processus se fasse un sérieux examen de conscience de la part des différentes parties impliquées.

Si toutefois des immigrants dont les qualifications professionnelles sont reconnues par les ordres professionnels ne parviennent pas à obtenir un emploi, on se trouve alors malheureusement dans la logique de ce que j’appelle la « métaphore de la souris (ou du hamster) » tournant en rond dans une cage. L’un des maillons de la chaîne des intervenants concernés fait défaut il importe de l’identifier pour briser le cercle infernal. D’où l’importance de ne jamais oublier que l’intégration des immigrants est une responsabilité partagée entre plusieurs acteurs (gouvernement, immigrant, ordres professionnels, employeurs, institutions d’enseignement, syndicats, société civile). La cause des difficultés ou de l’échec est donc rarement unique.

Soutenir et accompagner les PME dans la politique d’embauche des immigrants

L’économie du Québec est dominée par les petites et moyennes entreprises (PME). Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), 95% des entreprises québécoises sont des PME  (50 employés et moins). « 76 % d’entre elles comptent moins de 5 employés », pourrait-on lire sur le site Internet d’Immigration-Québec. En général, les employeurs ne veulent pas embaucher des immigrants qui n’ont pas une expérience québécoise. Cette exigence d’une expérience locale est une contrainte majeure pour une intégration rapide des immigrants. Il importe donc que les acteurs qui interviennent dans le domaine de l’employabilité des immigrants refusent de baisser les bras. Ils doivent au contraire structurer davantage leur argumentaire auprès des PME afin de convaincre les employeurs du potentiel de l’apport des immigrants dans leur contexte organisationnel (créativité, innovation, taux de roulement du personnel moins élevé, etc.). La bataille de la promotion des avantages offerts par la diversité est certes une tâche herculéenne mais devenue inévitable dans un contexte de plus en plus marqué par le nombre important de personnes arrivant des quatre coins du monde (53 981 en en 2010). (Lire à ce sujet: Le Réseau national des organismes spécialisés dans l’intégration en emploi des nouveaux immigrants (ROSINI) : une valorisation d’une approche interculturelle en entreprise.). Face à la pénurie de main-d’œuvre, les PME demandent de plus en plus à être accompagnées et soutenues pour mieux faire face aux défis en matière de gestion de la diversité ethnoculturelle en entreprise.

Les gestionnaires et/ou directeurs doivent maintenant, tout à la fois, recruter, sensibiliser et franciser les nouveaux employés. Même si ces responsables deviennent, par la force des choses, polyvalents en raison des multiples tâches accomplies, ils n’ont pas beaucoup de temps pour s’occuper des tracasseries administratives, d’où la nécessité d’alléger leurs démarches. Le cas du Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME) constitue un bon exemple illustrant l’utilité et la nécessité d’accompagner les responsables des ressources humaines dans la question de la gestion de la diversité. Cette mesure incitative, financée par le programme des immigrants investisseurs, soutient les entreprises québécoises pour les inciter à embaucher des personnes immigrantes. Il s’agit d’un outil qui permet à un nouvel arrivant d’obtenir une première expérience québécoise, une question qui revient souvent dans les entrevues de sélection.

Nécessité d’intégrer les immigrants

M. Louis Roquet, directeur général de la ville de Montréal, démontrait l’importance du « programme de l’intégration de l’immigration à Montréal [comme] « enjeu social (…), enjeu démographique important (…), enjeu économique majeur pour le Québec »[2]. Dans cette perspective, il révélait, statistiques à l’appui, des chiffres qui remettaient en cause certaines conclusions sur la natalité[3] des auteurs du livre Le Remède imaginaire-Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois. « 50 % des femmes qui, sur l’Île de Montréal, sont en état d’avoir des enfants, sont en âge d’avoir des enfants, ne sont pas nées au Québec. 50 % des mères de demain. Autrement dit, l’usine à fabriquer la main-d’œuvre du Québec, si vous me permettez une expression qui est disgracieuse, elle est située à Montréal, et, à 50 %, c’est une usine d’immigration. Si on ne réussit pas à intégrer ces gens-là, si on permet qu’il y a[it] des taux de décrochage scolaire qui sont astronomiques chez les garçons, encore plus élevés chez ceux de l’immigration, c’est tout le Québec qui n’aura pas de main-d’œuvre qualifiée, pas seulement Montréal, prévient-il.»

Dans le même champ de réflexion, le président du conseil d’administration du Service d’aide aux Néo-Canadiens, Denis Marceau, en parlant des difficultés d’intégration socioéconomique des immigrants tirait la sonnette d’alarme. « Mais nous devons réussir cet accueil et cette intégration des personnes immigrantes. La société, dont l’Estrie, ne tolère pas et ne tolérera pas de moins en moins d’échecs. Elle est informée et elle est de plus en plus exigeante. Il en est ainsi pour les personnes immigrantes qui veulent être un apport pour le développement de la société, pour le développement de l’Estrie tout entier et de Sherbrooke. (…) Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles aide financièrement, mais selon nous pas à la hauteur des responsabilités données et des attentes de la société. (…) Aujourd’hui, l’aide du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles et celui des bénévoles, qui dépasse la centaine, (…) nous amène donc à faire aujourd’hui ce qu’on appelle le minimum du minimum dans toute cette question de l’accueil et de l’intégration socioéconomique. C’est dangereux de maintenir ça toujours au niveau minimum du minimum. Nous ne souhaitons pas déraper. La société ne nous le pardonnerait pas, conclut-il.»[4]

Cette intervention de M. Marceau démontre l’ampleur des défis d’accueil et d’intégration dans une région considérée comme modèle en matière d’intégration des communautés culturelles au niveau de la fonction publique municipale (0,6% en 2004 ; 2,5% en 2009 ; 3,14 % en 2010 ; 3,86 % en 2011-« La Commission des droits de la personne a fixé à 3,32 % le nombre d’immigrants qui devraient se trouver à l’intérieur de la fonction publique québécoise.»[5] ). « La Ville embauche 600 % plus d’immigrants qu’il y a 5 ans » titrait le journal sherbrookois (La Tribune du  18 février 2009, David Bombardier). Une ville qui a toujours pris des initiatives[6] qu’il faut saluer même si un article récent de Ghislain Allard critique le fait que « très peu d’immigrants travaillent à la Ville de Sherbrooke comme cadres, comme policiers ou comme pompiers.»[7] 

Donc, si des acteurs régionaux d’une ville exemplaire dans le domaine de la gestion de la diversité culturelle crient au secours, le gouvernement doit de son côté redoubler d’efforts pour mieux informer les immigrants avant leur arrivée sur les réalités culturelles, linguistiques et économiques du Québec pour ensuite les accueillir, franciser, accompagner et intégrer sur le marché de l’emploi. Il faut associer la question de l’attraction à une véritable politique de rétention, surtout en région, avec les moyens nécessaires à l’intégration en emploi et à la rétention sur le sol québécois de ces immigrants désirés. L’apport de l’immigration à la société québécoise est tout à la fois, économique, démographique, linguistique et socioculturel.


[1] Les causes systémiques, institutionnelles et personnelles seront abordées amplement dans notre ouvrage sur l’intégration professionnelle des immigrants et l’identité québécoise.

[2] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 25 août 2011 – Vol. 41 N° 13, Audition Ville de Montréal.

[3] Les personnes immigrantes font leur part dans le maintien et/ou l’augmentation du poids démographique du Québec dans le Canada.

[4] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le jeudi 18 août 2011 – Vol. 42 N° 11, Audition Service d’aide aux néo-Canadiens.

[5] “Aucun immigrant engagé chez les hauts fonctionnaires de la Ville de Sherbrooke”, Ghislain Allard, Affaires municipales, 6 octobre 2011, http://lejournaldesherbrooke.canoe.ca/webapp/sitepages/content.asp?contentid=209151&id=105&classif=En+manchettes

[6] Politique d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants en 2004, engagement de l’ancien maire Jean Perrault à la campagne électorale de 2005 d’atteindre l’embauche de 6% de personnes issues des communautés culturelles pour une plus grande représentativité de la fonction publique municipale, mise en place, en janvier 2006, d’un Comité des relations interculturelles et de la diversité pour favoriser le rapprochement interculturel. Le Festival des traditions du monde ainsi que le Buffet des nations sont des événements qui constituent des occasions de rencontres interculturelles. Sherbrooke est la troisième ville québécoise à accueillir le plus grand nombre d’immigrants.

[7] “Aucun immigrant engagé chez les hauts fonctionnaires de la Ville de Sherbrooke”, Ghislain Allard, Affaires municipales, 6 octobre 2011, http://lejournaldesherbrooke.canoe.ca/webapp/sitepages/content.asp?contentid=209151&id=105&classif=En+manchettes

Thème de la Conférence : Séduire, convaincre, rassurer : Attitudes gagnantes pour décrocher un emploi- Centre culturel algérien. Le 20 mai 2011.

Dans un contexte où le marché du travail est en constante évolution et en profonde mutation, les immigrants ont intérêt à comprendre davantage les valeurs, la mission et la culture de l’entreprise.
Les chercheurs d’emploi doivent convaincre l’employeur qu’ils possèdent toutes les compétences requises pour le poste visé.
Les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées : il est très important de bien soigner son image, c’est-à-dire avoir une attitude positive vis-à-vis de l’employeur.
Pour cette raison, le conférencier aborde les meilleures stratégies d’approche pour séduire, convaincre et rassurer les employeurs tout en identifiant les pistes de solution efficaces à l’intégration et au maintien en emploi des immigrants.

Première partie    :   L’évolution rapide du marché du travail québécois-20 min.

Deuxième partie   :   Stratégies d’approche des employeurs: Attitudes gagnantes pour décrocher un emploi -14min.

Troisième partie   :  Recherche d’emploi= tempérament de fonceur-5min.

Quatrième partie  :  La culture du réseautage-2min.

Cinquième partie  :  Le réseautage par le  bénévolat  et le mentorat-10min.

http://www.doudousow.qc.ca/html/conferences.html

Un message ambigu que la société d’accueil envoie aux nouveaux arrivants.

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Session d’ouverture

Symposium international sur l’interculturalisme

Dialogue Québec-Europe

Montréal, Jeudi 26 mai 2011

Question de Doudou SOW adressée à M. Gérard Bouchard,

Université du Québec à Chicoutimi. Responsable du Symposium.

Cliquez sur ce lien pour voir la vidéo de 2min.

http://www.youtube.com/watch?v=RZU3UWgKoyY

Publié par : Doudou Sow | 12 octobre 2011

Plaidoyer pour une répartition équitable de l’immigration

Dans le cadre de la planification sur l’immigration pour la période 2012-2015, le président de la Chambre de commerce de Montréal métropolitain (CCMM), M. Michel Leblanc, avait suggéré une admission de 65 000 personnes par année. La présidente de la Conférence régionale des élus (CRÉ) de Montréal, Madame Manon Barbe, ainsi que la directrice générale, Madame Marie-Claire Dumas, proposaient une hausse du niveau d’immigration à 55 000 immigrants par année. Le président de Manufacturiers et exportateurs du Québec et économiste de formation, M. Simon Prévost, était également favorable à une hausse de l’immigration. Dans sa deuxième recommandation, il proposait « d’évaluer l’opportunité d’accélérer l’immigration au-delà de 50 000 personnes par année au cours des 10 prochaines années et de maintenir, ce faisant, à un niveau supérieur l’immigration des travailleurs qualifiés. »[1] Les positions de ces différents acteurs économiques sur une augmentation de l’immigration seraient mieux perçues par la population québécoise si les immigrants se concentraient moins dans les grands centres urbains.

Les régions misent sur une hausse de l’immigration à condition qu’elles en profitent équitablement. Les différents acteurs de la régionalisation de l’immigration souhaitent que les personnes immigrantes qui arrivent au Québec soient également formées et sélectionnées selon les exigences du marché du travail québécois. La position prônant la réduction du volume de l’immigration a ses limites compte tenu des besoins de main-d’œuvre dans les régions.

La répartition équitable de l’immigration rendrait plus crédible et acceptable un volume élevé de l’immigration.

Même si le Québec a accueilli un nombre record de 54 000 immigrants en 2010, les régions manquent cruellement de main-d’œuvre. L’objectif d’attirer près de 50 000 immigrants par année tient compte des paramètres tels que les besoins de main-d’œuvre, le vieillissement de la population et la natalité. En 2010, selon l’Institut de la statistique du Québec, l’indice synthétique de fécondité est de 1,70 enfant par femme, ce qui est en deçà du seuil de renouvellement des générations qui est de 2,1 enfants par femme. En effet, la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, s’est appuyée sur les prévisions de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) et Emploi-Québec en fonction des départs immédiats à la retraite et des besoins de main-d’œuvre futurs ou à plus long terme  (740 000 emplois à combler d’ici 2014, dont 15 % par l’immigration.) Par contre, la répartition équitable de l’immigration rendrait plus crédible et acceptable un volume élevé de l’immigration. On sait en effet que, malgré leur taux de chômage élevé, « parmi les immigrants admis de 2000 à 2009 et présents au Québec en 2011, 76,6 % résidaient dans la région métropolitaine de Montréal (RMM) [l’île de Montréal, agglomération de Longueuil et  Laval] » et « 81,8 % de la population immigrante admise au Québec de 2000 à 2009 et présente en 2011, (…) habitait (..) dans la communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui regroupe 82 municipalités de la grande région de Montréal »[2].

Le président de la Chambre de commerce de Montréal métropolitain (CCMM), M. Michel Leblanc, à la demande des entreprises montréalaises, pense “établir des passerelles avec [leurs] partenaires en région de façon à ce qu’on puisse faciliter le déplacement et la fluidité des déplacements des immigrants sur la région métropolitaine avec les régions du Québec. »[3] Le Plan Nord (investissements de plus de 80 milliards de dollars et 20 000 emplois par année pendant 25 ans selon les chiffres contenus dans la publicité gouvernementale sur le Plan Nord “Un plan pour le Québec” et le document Profil économique et financier du Québec 2011, Finances Québec, p.14) a dû convaincre certainement certains employeurs de Montréal d’envisager d’« établir des passerelles » ou travailler en étroite collaboration avec les régions ayant un potentiel de développement économique. Le Plan Nord suscite un engouement réel sur le plan national et international, au point d’être considéré comme « un véritable Eldorado » par le ministre français de l’industrie, M. Éric Besson, dans le cadre de la visite de « Charest en France, Plan Nord, Agence QMI, article publié par 24H, 6 octobre 2011, p.8).

Une répartition inégale de l’immigration n’a pas que des conséquences économiques, elle entraîne souvent une forte concentration des immigrants dans certains quartiers de Montréal. Cette situation influence la perception de la population locale qui y voit des difficultés concrètes de vivre ensemble de façon harmonieuse. Une meilleure répartition de l’immigration permettrait la diversité ethnoculturelle à travers toutes les régions du Québec. La régionalisation de l’immigration pourrait atténuer le débat sur la fragilité de la langue française à Montréal. Les immigrants qui seront établis en région parleront tout naturellement la langue de Molière. Dans cette dynamique, le transfert linguistique vers le français s’inscrit dans la loi de la nature au sens où l’entendait Darwin[4].Une capacité d’adaptation des Néo-Québécois dans leur nouveau milieu d’accueil permettrait aux régions de vivre la diversité dans une approche interculturelle.

Mais la régionalisation doit occuper plus qu’un axe dans la politique d’immigration québécoise. Hélène Varvaressos, directrice générale d’Agricarrières, un comité sectoriel de la main-d’œuvre en production primaire agricole s’était posé la question sur la place de la régionalisation de l’immigration dans les sept orientations proposées par le gouvernement. « (…) on a été surpris de constater qu’il n’y avait pas d’orientation qui touchait la régionalisation de l’immigration »[5].

En plus de la prise en compte de la question de l’intégration des travailleurs étrangers temporaires dans certains domaines précis (agriculture par exemple), Il y a également un autre enjeu de l’immigration dans les villes mais aussi dans les territoires ruraux comme le faisait remarquer Madame Paulette Lalande, présidente de la Conférence régionale des élus de l’Outaouais : « il y a la régionalisation de l’immigration puis, à l’intérieur de l’Outaouais, on fait aussi de la régionalisation. ». Celle qui a impressionné les parlementaires, grâce à une présentation très dynamique de sa région, faisait référence à l’occupation dynamique des territoires. Elle ne cessait de marteler une réalité du phénomène de la métropolisation de l’immigration ou de la concentration urbaine existant dans tous les pays d’immigration. « Et il faut absolument que les immigrants arrêtent d’aller à Montréal puis à Québec, là. Alors, écoutez, je le sais, là, Montréal veut tous les avoir, Québec veut les avoir, mais, là, il faut qu’ils aillent ailleurs, il faut qu’ils aillent en Outaouais. Et nous, en Outaouais, on veut, non seulement qu’ils viennent en Outaouais, mais on veut qu’ils viennent dans le monde rural, c’est-à-dire dans les MRC. (…) C’est eux qui vont nous apporter ce dont on a besoin au niveau, par exemple, des populations. »[6] Le succès de l’attraction des immigrants en région passe inévitablement par l’emploi, pierre angulaire de la régionalisation.

Une adaptation des outils et des pratiques pour préparer le milieu régional dans le but d’attirer, recruter et retenir les immigrants

Les immigrants ne sont pas attirés par des emplois précaires en région. L’attraction des immigrants en région est à la fois indissociable – voire conditionnelle-  des opportunités d’emplois dans leur domaine de compétences. L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles du 18 avril 2007 au 10 août 2010, Mme Yolande James, avait déjà avec raison souligner ce point central qui est un enjeu de la régionalisation de l’immigration : « …il y a toutes sortes de visions face à toutes sortes de choses qui ont été testées par tous les gouvernements, tous partis confondus, sur comment attirer les gens aux régions du Québec, etc. Mais, moi, je fais le pari, les gens du ministère, je vois… sont d’accord avec moi en tout cas, on y va de cette façon-là avec le règlement, c’est que les gens vont aller là où ils vont trouver des opportunités. »[7]

L’organisme Promotion Intégration Société Nouvelle (PROMIS), le Collectif des femmes immigrantes du Québec (CFIQ), le Carrefour Bio Local Emploi (Carrefour BLE), Accueil liaison pour arrivants (ALPA) sont les quatre organismes incontournables dans le processus de régionalisation de l’immigration. Forts de leur expertise, ces quatre organismes facilitent l’insertion au marché du travail régional des chercheurs d’emploi immigrants établis au Québec depuis moins de cinq ans. (Lire à ce sujet : Le choix des régions : une opportunité d’emploi pour les immigrants, par Doudou Sow, http://www.doudousow.qc.ca/html/regio-choix.html).  Les organismes de Montréal travaillent en partenariat avec 17 organismes établis dans les différentes régions du Québec.

Ces organismes communautaires connaissent, entre autres, des difficultés au niveau des critères d’éligibilité et les modalités de Passerelle pour l’emploi en région[8] (efficacité limitée de cette mesure : 3 placements Passerelle entre novembre 2010 et 31 mars 2011), une mesure dotée d’une allocation dans le but de favoriser « l’arrimage entre les besoins de main-d’œuvre des entreprises en région et les chercheurs d’emploi de la région de Montréal »[9]. Cette mesure a  été mise sur pied le 8 novembre 2010 par Mme Yolande James, comme la plupart des projets existants en intégration comme Défi Montréal (lancement le 5 avril 2009), le programme de l’expérience québécoise (PEQ: étudiants étrangers et immigration temporaire, en vigueur depuis le 14 février 2010), l’intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel (IPOP, projet lancé le 15 décembre 2009 et financé par Emploi-Québec) etc.

Des initiatives de sensibilisation et de partage de bonnes pratiques ont toujours été initiées et développées par les organismes basés à Montréal ainsi que leurs partenaires régionaux qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour attirer les immigrants en région. Dans cette perspective, les caravanes de la régionalisation, en 2008, visaient, entre autres, à rencontrer et sensibiliser « les intervenants montréalais qui travaillent auprès des nouveaux immigrants (…). Le bilan de la tournée est encourageant : 109 intervenants de 20 organismes ont été rencontrés et informés des services de régionalisation[10]. Le premier colloque national[11] sur la régionalisation de l’immigration qui s’est tenu au mois de mai 2010 au Centre des congrès de Trois-Rivières (ville très stratégique géographiquement) sous le « thème Une vision commune pour un Québec prospère » devait permettre « de dresser le bilan [des]actions [ententes avec les CRE, municipalités et organismes à but non lucratif après le Forum des générations de 2004] et de  partager les meilleures pratiques en matière de régionalisation de l’immigration. »[12]. L’idée du comité régionalisation de la la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), d’organiser le premier salon sur la régionalisation de l’immigration les 13 et 14 octobre 2011 est également un pas dans la bonne direction. Cet événement du Réseau des organismes de régionalisation de l’immigration du Québec qui aura lieu à la Place Bonaventure enregistrera la participation de 15 organismes en régionalisation et environ 15 employeurs des régions dans le cadre de la Foire nationale de l’emploi. Lire à ce sujet (Les avantages des régions, par Doudou Sow, http://www.doudousow.qc.ca/html/regio-avantages.html).

Les immigrants, vont certes de plus en plus en région mais la forte concentration des immigrants à Montréal est toujours une réalité. Il est vrai aussi que la capacité d’accueil, les services offerts, le dynamisme de l’économie régionale, la disponibilité des logements locatifs, la préparation du milieu pour une adhésion au projet constituent des paramètres nécessaires pour une meilleure régionalisation de l’immigration. La question de la préparation du milieu, de l’attraction et de la rétention des immigrants doit pousser continuellement les acteurs régionaux ainsi que leurs partenaires à adapter leurs outils et pratiques pour recruter et retenir des immigrants en région. La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a consacré une rubrique intitulée « L’utopie de la régionalisation »[13], pour évoquer le retour des immigrants établis en région à Montréal dans le cadre de son mémoire pour la récente consultation.

L’offre d’emploi validée de 10 points, le placement en ligne -volet international (PELI), les crédits d’impôts pour l’établissement dans les régions ressources[14], les incitatifs financiers accordés aux candidats inscrits en régionalisation de l’immigration par des remboursements partiels de leurs déplacements lors des entrevues, des visites exploratoires en collaboration avec un partenaire régional, des rencontres d’information avec un employeur et déménagement en région, sont certes des initiatives intéressantes mais insuffisantes pour régionaliser les immigrants. Pour preuve, des missions à l’étranger se font de plus en plus pour recruter des talents. (Lire à ce sujet : Modification du règlement sur la grille de sélection et une série de mesures pour attirer les immigrants en région par Doudou SOW).

La première orientation du document de consultation sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 « Porter progressivement à 50 % la proportion des requérants principaux de la catégorie des travailleurs qualifiés détenant une formation dans des champs de compétence correspondant à des besoins exprimés sur le marché du travail»[15]augure d’une prise en compte des besoins réels de main-d’œuvre en région.

Rappelons qu’en mai 2010, le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, regrettait le manque « d’indicateurs socioéconomiques pour bien cerner la capacité  réelle du Québec » à accueillir et intégrer les immigrants mais a aussi relevé les failles dans la sélection des immigrants. Le gouvernement par la voix de sa ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, a répété, dans le cadre de l’Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration aussi bien au niveau des débats à l’Assemblée nationale sur la planification de l’Immigration 2012-2015, que les indicateurs socioéconomiques pour l’accueil et l’intégration des immigrants seront disponibles en 2012. Les résultats d’une bonne politique d’intégration des nouveaux arrivants dépendront incontestablement des ressources investies, quel que soit le volume d’immigration.

 


[1] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 25 août 2011 – Vol. 41 N° 13, Audition Manufacturiers et exportateurs du Québec.

[2] Dinu Miron et Nicole Turcotte, Présence en 2011 des immigrants admis au Québec de 2000 à 2009, Direction de la recherche et de l’analyse prospective, Août 2011.

[3] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le jeudi 18 août 2011 – Vol. 42 N° 11, Audition Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

[4] L’immigration se fait en français dans les régions excepté Gatineau et une partie de l’Estrie mais aussi dans certains domaines (tourisme dans les Laurentides). Nous reviendrons sur la question de l’étude de l’OQLF et des commentaires politiques qu’elle a suscités dans un autre article.

[5] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011), Le mercredi 17 août 2011 – Vol. 42 N° 10, Audition Union des producteurs agricoles (UPA).

[6] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le jeudi 15 septembre 2011 – Vol. 42 N° 17, Audition conférence régionale des élus de l’Outaouais.

[7]Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 1re session (début : 13 janvier 2009) , Le jeudi 29 avril 2010 – Vol. 41 N° 21, Étude des crédits budgétaires 2010-2011 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

[8] « Pour enrichir le Québec, Intégrer mieux : une réponse spécifique aux besoins des Québécois originaires du Maghreb » [MICC, Mai 2008].

[9] La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de
Consultation 2012-2015, avril 2011, p.26, 33p, MICC.

[10] Rapport d’activités 2008-2009, p. 11, TCRI, 20p.

[11] « À l’invitation de la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre de la Famille, Mme Yolande James, quelque 250 représentants de toutes les régions du Québec [s’étaient] donné rendez-vous (…) pour discuter de l’important enjeu de la régionalisation de l’immigration.» Communiqué Apport de l’immigration au développement régional – La ministre Yolande James mobilise les régions lors du colloque national sur la régionalisation de l’immigration  TROIS-RIVIÈRES, QC, le 10 mai/CNW Telbec/,  Source : Geneviève Hinse, Attachée de presse, Cabinet de la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles.

[12] Communiqué Apport de l’immigration au développement régional – La ministre Yolande James mobilise les régions lors du colloque national sur la régionalisation de l’immigration  TROIS-RIVIÈRES, QC, le 10 mai/CNW Telbec/,  Source : Geneviève Hinse, Attachée de presse, Cabinet de la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles.

[13] Mémoire de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Assemblée nationale du Québec, 31 mai 2011, p.6.

[14]Un «crédit d’impôt pour nouveau diplômé travaillant dans une région ressource éloignée » qui concerne autant les immigrants que les Québécois d’origine. Pour connaître les régions ressources éloignées ainsi que les critères d’admissibilité, cliquer sur le lien du site Internet de Revenu Québec : http://www.formulaire.gouv.qc.ca/cgi/affiche_doc.cgi?dossier=8920&table=0

[15] Document de consultation sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015, p.31, MICC.

« Passer la nuit pour avoir un médecin [de famille] » titrait la chaîne LCN, dans son édition du samedi 9 janvier 2010. La journaliste Chantal Leblond commentait ainsi la photo envoyée par un téléspectateur Donald Poirier dans le cadre de la rubrique Mon topo, une section réservée aux téléspectateurs. Selon la journaliste, une centaine de personnes faisait la file dehors pour avoir un médecin de famille par un temps très froid. Donald Poirier, l’auteur de Mon topo disait avoir attendu plus de 13 mois pour avoir un médecin de famille. Il a voulu sauter sur l’occasion de figurer parmi la cinquantaine de patients que le médecin de famille, arrivé en septembre 2009 à Sept-Îles, a voulu ajouter dans sa liste de patients. Cette problématique témoigne une fois de plus la situation dans laquelle les Québécois sont plongés depuis des années.

La rapidité de la prise en charge du patient laisse à désirer. Une étude de l’Institut Fraser publiée au mois d’octobre 2009 révélait que « le délai avant de recevoir un traitement ou subir une chirurgie est de 16, 6 semaines »[1]. (Les délais d’attente restent trop longs dans les hôpitaux. Marie-Eve SHAFFER – Métro Montréal – 30 octobre 2009). Pire encore, le temps d’attente est très long au niveau des hôpitaux (parfois plus de huit heures d’attente entre le temps de passer au triage et de voir un médecin) mais aussi les délais d’attente pour le traitement de certaines maladies par les spécialistes sont trop longs. Les patients québécois prennent leur mal en patience puisqu’ils attendent en moyenne 8,2 semaines avant de se faire traiter par un médecin spécialiste[2].

L’engorgement des urgences n’est pas prêt de se résorber. En 2010, le temps d’attente a été souvent évoqué dans les joutes oratoires à l’Assemblée nationale du Québec.

« Le critique péquiste en matière de santé, Bernard Drainville[3], a indiqué que, sept ans plus tard, «l’attente dans les urgences n’a jamais été aussi élevée»: 17 heures et demie en moyenne. Quelque 50 000 personnes ont attendu plus de 48 heures, comparativement à 40 000 l’an dernier. M. Bolduc avait promis «beaucoup d’améliorations» lorsqu’il est entré en fonction, en 2008. «Deux ans plus tard, les résultats non seulement ne sont pas là, mais c’est un échec patent, a lancé M. Drainville. Jusqu’à maintenant, il n’a absolument pas fait la preuve qu’il était le soi-disant expert dans la gestion des salles d’urgences qu’il prétendait être lorsqu’il est devenu ministre de la Santé.»[4]

Au Québec les médecins sont payés à l’acte par le biais de la carte d’assurance- maladie. La pénurie artificielle, diront certains sceptiques, crée la loi de l’offre et de la demande. Le pouvoir de négociation des médecins devient plus fort dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre médicale. Une équation qui démontre que la rareté de personnel entraîne de fait plusieurs marges de manœuvre de la part des ordres professionnels sensés défendre les intérêts de la population. Certains Québécois disent avec raison que certains acteurs institutionnels du système médical comme celui du Collège des médecins du Québec (CMQ) maintiennent superficiellement la pénurie de main-d’œuvre médicale.

Léo-Paul Lauzon, professeur au Département des sciences comptables de l’Université du Québec à Montréal et titulaire de la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM tire à boulets rouges sur le Collège des médecins du Québec. « Ces médecins qui créent une pénurie artificielle de médecins au Québec afin d’exercer un chantage abject sur la population et de «booster» leurs gros salaires indécents et injustifiables, exactement comme le font les pétrolières.

Le gouvernement a une attitude plus bienveillante envers ce syndicat qu’envers les autres qui, il est vrai, représentent que des travailleurs ordinaires. Plus facile de jouer au matamore avec ces derniers. » (« Le « coloré » docteur Lamontagne », l’Aut-journal, 21 janvier 2009, Léo-Paul Lauzon).

Au Québec, certains médecins spécialistes (par exemple des orthopédistes, des anesthésistes, des chirurgiens etc.) peuvent gagner  plus de 350 000 $ par année[5]. Le tarif journalier de base d’un orthopédiste dans un hôpital québécois est de 700 à 800 $. (Haïti: les orthopédistes veulent être payés, Denis Lessard, La Presse, 27 janvier 2010).

Culture corporative du Collège des médecins du Québec

Est-ce que le CMQ veut maintenir son image corporatiste associée à l’histoire de sa création ? Souvenez-vous d’Irma LeVasseur ?

Au Québec, il fut un temps où les femmes n’avaient pas accès à l’université.  Elles étaient obligées de s’exiler aux États-Unis pour faire des études supérieures à l’instar de la grande figure historique féminine, Irma LeVasseur (1878-1964), la première femme médecin francophone au Québec (médecin avec droit de pratique aux États-Unis en 1900 et en 1903 au Québec). Pour qu’elle ait le droit de pratique, la co-fondatrice de l’Hôpital pour enfants Sainte-Justine devait impérativement obtenir une autorisation officielle du Collège des médecins et chirurgiens du Québec. Une loi privée de l’Assemblée nationale du Québec, lui délivre le droit de pratique le 25 avril 1903.

L’histoire de cette corporation nous renseigne sur le triple changement des acronymes : Collège des médecins et chirurgiens du Bas-Canada (CMCBC) depuis 1847, Corporation professionnelle des médecins du Québec (CPMQ) en 1974, Collège des médecins du Québec (CMQ) en 1994[6].

La modification de la dénomination par les administrateurs de la CPMQ  de corporation à Collège des médecins n’a pas changé l’esprit de « corporation ». Qui dit corporation, dit fermeture et exclusion : défense exclusive des intérêts des membres. Le chapeau de Collège sonne certes mieux que corporation mais n’exclue en rien la politique de non-ouverture de cette instance.

Le corporatisme des médecins n’est pas une perception mais une réalité bien ancrée. La perception d’une culture corporative est loin de disparaitre. Le Collège des médecins du Québec sort la rhétorique de la défense du public mais ce même public exige d’avoir accès à des talents.

Le CMQ se dit ouvert mais dans le concret beaucoup de médecins étrangers sont laissés sur le carreau. Si « le CMQ estime que les personnes formées à l’extérieur du Québec représentent une force indéniable et un des éléments de la solution à la pénurie d’effectifs[7]» alors pourquoi priver des Québécois des médecins étrangers ?

Le fardeau de la non-intégration des médecins n’incombe pas seulement au Collège des médecins du Québec. Les médecins étrangers ne comprennent pas malgré la pénurie de personnel dans le domaine de la santé que les facultés de médecine ne leur donnent pas la possibilité de pratiquer au Québec. Quand ils ont des permis de travail, ils ne pratiquent pas et vice versa. Un éternel recommencement dans le processus d’intégration crée des frustrations chez les médecins diplômés à l’étranger.

Intransigeance des facultés de médecine

Une mesure contraignante des facultés de médecine de famille comme celle de l’Université de Montréal exclut à l’admission en résidence certains médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU), pour raison de durée de non pratique ou durée d’éloignement de la pratique. Mais, autre paradoxe du système de santé, certains médecins à qui on refusait de pratiquer dispensaient des cours à l’université!

Malgré des postes vacants (87 postes en 2007, 102 postes en 2008, 94 postes en 2009), les quatre facultés de médecine du Québec (Université Laval, Université McGill, Université de Montréal, Université de Sherbrooke) n’ont pas voulu donner des places de résidence aux médecins étrangers qu’elles qualifient d’incompétents. (Lire à ce sujet : Faut-il fermer les vannes de l’immigration aux médecins diplômés à l’étranger ? par Doudou SOW).

Il existe un véritable paradoxe entre la non-intégration des médecins étrangers et les besoins de la main-d’œuvre : « Un peu plus de 2000 des 18 000 médecins qui pratiquent au Québec ont obtenu leur diplôme dans une université étrangère. Il en faudrait au moins 2000 de plus, tant généralistes que spécialistes, pour combler tous les besoins. » (Médecins étrangers : La porte restera dure à ouvrir, Pascale Breton, La Presse, 16 mai 2005.) Certaines statistiques indiquent que 3000 médecins diplômés à l’étranger ne peuvent pas exercer dans la Belle Province (Source : Médecins d’Ailleurs, 2008).

Le gouvernement libéral du Québec qui revendique sa proactivité dans l’épineux dossier des médecins étrangers se justifie souvent par le fait que l’évaluation des compétences des médecins diplômés hors Canada et États-Unis tout comme la question des résidences ne ressortent pas de ses compétences.

Nous sommes d’avis que les professionnels médicaux doivent répondre à toutes les exigences demandées par toute personne voulant exercer une profession réglementée quelle que soit son origine. La question n’est pas d’abaisser les standards d’admission à l’ordre professionnel mais plus de les assouplir en tenant compte de la pénurie de personnel dans le domaine médical.

La réalité sur le terrain démontre que le Collège des médecins du Québec ainsi que les facultés de médecine ne facilitent pas l’intégration des médecins étrangers. Dès lors, il devient urgent de mettre en place une stratégie de solution globale prenant en compte tous les aspects de la problématique d’insertion des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis. Il est temps que la situation change pour l’intérêt de toute la population québécoise.


[1]Les délais d’attente restent trop longs dans les hôpitaux, Marie-Eve SHAFFER, Métro Montréal, 30 octobre 2009.

[2] Idem.

[3] Porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de santé depuis le 25 avril 2007, l’ancien journaliste de Radio-Canada est présentement le porte parole de l’opposition officielle aux affaires intergouvernementales canadiennes en date du 27 août 2010.

[4] Maisonneuve-Rosemont : 100 lits pour répondre à une «crise aiguë», Tommy Chouinard, La Presse, 26 février 2010.

[5]Pour aller plus loin sur la rémunération des médecins et des « cadres des plus gros hôpitaux du Québec » [CHUM, CHUQ, Maisonneuve-Rosemont, CHRTR, CHUS, CSSS de Gatineau, CSSS de Richelieu –Yamaska, Charles-Lemoyne], lire les différents articles : Combien gagnent les médecins ?, La Presse, 29 novembre 2006, André Noël; « 15 médecins payés plus de un million », journal de Montréal, 11 juin 2009, Éric Yvan Lemay ; « Des primes de 4,87$ à 33 000$ », Journal de Montréal, 8 janvier 2010, Éric Yvan Lemay.

[6] L’année 1974 constitue la date d’entrée en vigueur du Code des professions.

[7] http:// www.cmq.org/fr/ObtenirPermis/DiplomesInternationaux.aspx. Document remis aux médecins étrangers lors de la Séance d’information sur le processus d’admission au Collège des médecins du Québec(CMQ) qui se tient deux fois par an à Montréal, p12.

Dans un contexte de crise économique difficile, la liste des « chômeurs expérimentés » ne cesse de s’allonger. Les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées. La demande d’emplois étant supérieure à l’offre; la polyvalence, la proactivité, l’attitude positive, la flexibilité, le bilinguisme et la capacité à bien communiquer constituent des aptitudes nécessaires pour affronter le marché du travail. Pour arriver à tirer leur épingle du jeu, les personnes immigrantes doivent faire preuve de débrouillardise et de persévérance. À ce titre, elles doivent élargir leurs réseaux de contacts. Le bénévolat et le mentorat constituent deux moyens de perfectionnement efficaces pour lutter contre l’isolement mais aussi mieux comprendre la culture organisationnelle, l’environnement de travail et les codes culturels.

État d’esprit chez les nouveaux arrivants

De manière générale, les personnes immigrantes mais surtout les nouveaux arrivants s’interrogent sur leur insertion professionnelle et démontrent un mauvais d’état d’esprit inquiétant (peur du lendemain). Ils ont un moral très bas et vivent un stress énorme. Même si la crise économique affecte tous les chercheurs d’emploi, y compris les Québécois d’origine, il n’en demeure pas moins qu’elle est vécue différemment par des nouveaux arrivants qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise à l’image de Mohamed (nom d’emprunt), originaire du Maghreb pour qui « la crise financière dissimule toute une réalité, elle perturbe tout calcul. Le marché de l’emploi va donner plus d´importance aux gens licenciés avec expérience et va écarter les nouveaux arrivants sans expérience québécoise ».

Pour cette raison, les nouveaux arrivants doivent se poser plusieurs questions pertinentes afin de décrocher le ticket de l’emploi.

Afin de mettre tous les atouts de leur côté, ils doivent garder intacte leur motivation en s’entourant de gens positifs. Un tempérament de fonceur et de débrouillardise constituent une preuve de dynamisme nécessaire à l’obtention d’un emploi. Ils ont aussi intérêt à bien structurer leurs démarches de recherche d’emploi en choisissant les étapes de leur recherche d’emploi (activation des réseaux et bonne stratégie d’approche des employeurs). Ils doivent aussi démontrer à l’employeur leur valeur ajoutée afin de se démarquer des autres candidats qui visent le même poste.

Quelques pistes de solution

En définitive, les pistes de solution efficaces à l’intégration et au maintien en emploi exigent :

1) Une bonne maîtrise des techniques de recherche d’emploi passe par la rédaction d’un CV adapté aux exigences de l’employeur et d’une lettre de présentation personnalisée qui mettent en valeur  les compétences du chercheur d’emploi.

2) Une bonne organisation nécessite un aménagement des horaires de travail si vous occupez un poste dans un centre d’appels ou dans une autre « jobine ».

3) Une diversification des stratégies de recherche d’emploi qui s’opère par le biais :

-Speed jobing (période de temps déterminé pour vendre vos compétences; inspiration du Speed dating)

-Linkedin (réseautage professionnel par Internet; une sorte de Facebook destinée au travail).

-Worktube (sous forme de présentation vidéo .On n’envoie pas de CV mais on utilise une webcam pour faire une présentation de ses qualifications professionnelles, compétences et expérience de travail).

-Dans certains cas, des agences de placement qui disposent parfois d’offres du marché caché de l’emploi.

-Internet : des entreprises qui passent par Jobboom, Monster pour recruter du personnel.

-La mise en ligne de vos profils sur le site de certaines compagnies.

-Utilisation des répertoires d’entreprises et moteurs de recherche.

Le moteur de recherche www.ICRIQ.com permet aux chercheurs d’emploi de faire  la liste des entreprises où ils peuvent occuper un poste.  Pour connaître la mission et les valeurs de l’entreprise, il faut se renseigner davantage sur leurs sites Internet, lire leurs rapports d’activités et consulter les articles de journaux dans la rubrique « Affaires ».

Cependant, malgré la profusion des nouveaux outils de recherche d’emploi, rien ne peut remplacer le contact personnel, le réseautage par le bénévolat et le mentorat. (Nous reviendrons plus amplement sur ces deux moyens de perfectionnement dans nos prochains articles).

De plus, pour certains profils, la réorientation de carrière ou la mise à niveau de certaines compétences pourrait être un tremplin à l’obtention d’un emploi. Certains chômeurs expérimentés envisagent même de retourner aux études afin de mieux mettre à jour leurs connaissances et de pouvoir affronter la réalité du marché du travail quand la reprise économique sera à l’ordre du jour. Il faut aussi penser à élargir les champs de recherche d’emploi à travers les autres régions du Québec. En attendant de jours meilleurs, toutes les stratégies devraient être mises de l’avant pour maximiser vos chances d’embauche.

Publié par : Doudou Sow | 9 septembre 2009

Pertinence du bénévolat

<< Par le don, on mêle son âme à celle de l’autre >>.[1]Mauss Marcel

L’étymologie du mot « bénévolat » vient du latin  benevolus qui signifie « bonne volonté ». Dans la société québécoise, le principe de la dette sans fin fait référence au « principe du don et du contre don » de l’anthropologue Marcel Mauss qui a voulu « comprendre les logiques de l’action humaine ». En effet selon cet auteur, l’individu ne vit pas isolé mais en étroite collaboration avec les autres membres de la société. Chacun a une dette par rapport à un autre et cette dette n’est jamais terminée d’où l’obligation morale de solidarité.

Le bénévolat est une expérience enrichissante sur le principe du donner et du recevoir mais en même temps constitue un tremplin pour obtenir une première expérience de travail québécoise. Dans certaines sociétés africaines par exemple, le bénévolat reste, pour la plupart du temps, une implication sociocommunautaire dans les quartiers populaires à l’occasion des événements sportifs et culturels. Au Québec, la signification du bénévolat va au-delà de ces aspects. Le bénévolat permet de « donner au suivant » tout en ouvrant les portes d’un  emploi qualifié.

Conciliation bénévolat  et  « jobine »

Certains nouveaux arrivants disent souvent qu’ils n’ont pas le temps de donner bénévolement de leur temps sous prétexte qu’ils sont dans une période de survie. Même s’il demeure évident de trouver impérativement une « jobine » pour payer les factures, il est également important de ne pas négliger le bénévolat qui pourrait ouvrir bien des portes surtout en contexte de crise économique. En donnant peu de son temps à raison d’une heure ou de deux heures par jour ou semaine ou mois, la personne immigrante  élargit son  réseau de contacts, brise son isolement et s’inscrit dans l’interculturel.

La personne immigrante qui néglige ce moyen de perfectionnement incontournable fort apprécié des employeurs minimise ses chances d’embauche. Ceux ou celles qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise ont tout à gagner en s’investissant dans ce que j’appelle la preuve d’une intégration citoyenne.

Moyen de perfectionnement

Le bénévolat permet à la personne immigrante, surtout au nouvel arrivant, d’apprendre, de développer et de valider de nouvelles connaissances. Il augmente ses compétences relationnelles en décryptant les codes de la société québécoise. Il permet au nouvel arrivant de  comprendre davantage le fonctionnement de la société québécoise. Cet outil lui permet aussi d’enrichir son curriculum vitae en le rendant plus attractif aux yeux des employeurs qui se posent souvent la question de l’adaptabilité de la nouvelle recrue dans son nouvel environnement. Pour une personne qui n’est pas née au Québec, n’a pas fait des études et n’a jamais obtenu une expérience canadienne,  le bénévolat est un passage obligatoire.

La personne immigrante pourra toujours justifier la question de sa motivation devant l’employeur en lui rappelant l’esprit du bénévolat.

Le bénévolat élargit des réseaux de contacts et valide un certain nombre d’informations sur la réalité du marché du travail. Le bénévole peut ainsi approcher des professionnels qui n’hésiteront pas à le renseigner sur les défis du poste compte tenu de son engagement social. Les professionnels apprécient la conscience sociale du bénévole et à leur tour lui viennent en aide par des conseils précieux et des références dans des entreprises qu’ils connaissent.

Pour certaines personnes qui veulent se réorienter, le bénévolat constitue  aussi un moyen de valider leur intérêt pour la profession. Le contact avec la réalité du métier permet au bénévole de se faire une première idée sur la profession.

Bénévolat ciblé

Le bénévolat devrait être ciblé en fonction d’une cause, d’une carrière, ou des valeurs qui vous tiennent à cœur.

Le bénévolat permet à la personne immigrante, lors de son entrevue, de démontrer à l’employeur sa capacité à travailler en équipe, sa flexibilité, son dynamisme.

Par exemple, à titre personnel, l’expérience que j’ai acquise comme bénévole au Centre social d’aide aux immigrants (CSAI) m’a ouvert les portes d’un emploi comme conseiller en immersion professionnelle à l’organisme PROMotion – Intégration – Société nouvelle (PROMIS).

J’ai pu valoriser cette expérience lors de mon entrevue en donnant des exemples concrets de tâches effectuées et de compétences développées.

Le bénévolat m’a permis également d’obtenir une troisième référence dans le cadre des entrevues de sélection.

Le nouvel arrivant qui décide de s’engager dans une logique non marchande peut contacter le Centre d’action bénévole de Montréal en cliquant sur « Je veux faire du bénévolat ». Il peut aussi communiquer avec certains organismes communautaires qui développent le volet  Bénévolat.

La semaine de l’action bénévole qui se tient au mois d’avril constitue le meilleur moyen de rappeler l’importance de cette action citoyenne.


[1] Mauss Marcel; << Essai sur le don >> in Sociologie et Anthropologie, Paris, PUF, 1978, p. 78.

Publié par : Doudou Sow | 13 octobre 2009

Le mentorat a le vent dans les voiles

Le mentorat est une forme de relation d’aide et un outil d’accompagnement personnalisé liant deux personnes dans le cadre d’une approche intergénérationnelle. Cette forme d’intervention établit une réciprocité basée sur la confiance et la motivation. 

a) La réussite d’un projet socioprofessionnel au cœur du Mentorat

 Le mentorat d’affaires  développé par la Fondation de l’entrepreneurship permet d’accompagner les petites et moyennes entreprises (PME) au terme de leur cinq premières années afin de faciliter leur viabilité économique. Selon les statistiques disponibles, la Fondation de l’entrepreneurship procède au jumelage de 1 000 entrepreneurs par année. Par le biais du mentorat, elle prévoit accompagner 5 000 entrepreneurs par année d’ici 2011. Le réseau national du mentorat d’affaires de la Fondation de l’entrepreneurship qui a pris, depuis le 5 octobre, le nom de Réseau M. compte trouver une solution pour stimuler l’entrepreneuriat dans la Belle Province.

Ce mode d’apprentissage efficace permet également de lutter contre le décrochage scolaire. À ce titre, il est utilisé dans le projet persévérance scolaire afin d’accompagner des jeunes adultes (18 à 25 ans) dans leur cheminement scolaire et personnel.

Dans la même perspective, la communauté métropolitaine de Montréal révélait que le Grand Montréal affichait l’un des plus faibles niveaux de scolarisation en comparaison aux principales régions métropolitaines nord-américaines (30e rang sur les 33 grandes régions  métropolitaines).

Le volet Modèles sans frontières du programme Valorisation jeunesse du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles est aussi une forme de mentorat qui permet à des modèles de réussite de renforcer l’estime de soi des jeunes des communautés culturelles.

Dans le cadre du programme Mentorat Québec-Pluriel, la version la plus officielle, le mentorat désigne un jumelage entre un professionnel expérimenté (mentor) et un jeune (mentoré) qui désire s’intégrer socioprofessionnellement.

 Si ce terme est souvent utilisé, c’est parce qu’il a prouvé son efficacité dans le contexte de la relève mais aussi de la diversité. Des bénévoles qui font la différence afin d’aider les novices à franchir les différentes étapes de leur vie socioprofessionnelle. Le mentorat permet aux jeunes de concrétiser leurs rêves tout en permettant le plein épanouissement des personnes expérimentées disposant d’un réseau de relations sociales.

b) Mentorat = Bonheur

La compagnie d’assurance Standard Life du Canada avait demandé à Ipsos Descarie, une société d’études marketing par enquêtes, de mener un sondage qui arrivait à la conclusion que « le mentorat est bon pour le bonheur ». Le sondage Indice jeunesse Standard Life révélait que 51% « des bénévoles agissant comme mentors interrogés au sein des Grands Frères et Grandes Sœurs » déclaraient « être heureux » et 81 % se disaient optimistes par rapport à la vie.

« L’étude a clairement démontré que ces bénévoles sont non seulement plus heureux, mais qu’ils sont également plus énergiques et plus jeunes d’esprit, et qu’ils ont une perception plus positive du vieillissement que les autres Canadiens adultes. » (Communiqué Standard Life, 16 juin 2009).

Les bénévoles impliqués dans une forme d’engagement citoyenne rendent un service aux personnes qui en ont vraiment besoin. Un esprit de solidarité et de restauration du lien social qui justifient dans une certaine mesure leur parcours de vie. Nous reviendrons dans un prochain article sur cette même question : La trajectoire socioprofessionnelle des mentors expliquerait-elle leur engagement au projet Mentorat Québec-Pluriel?

Le mentorat, une relation de soutien axée sur des objectifs de développement professionnel, constitue un outil de perfectionnement incontournable dans le contexte de ralentissement économique.

Certaines personnes immigrantes se retrouvent souvent dans une situation où elles ont besoin d’être guidées dans leur choix de retour aux études ou par la recherche d’un emploi permanent. Le mentor est la personne idéale pour les aider à résoudre ce dilemme afin de les aider à bien réussir leur processus d’intégration.

1) Déconstruire certains mythes

On pourrait observer deux types de profils de personnes immigrantes qui se questionnent sur leur avenir dans un contexte économique difficile.

Les nouveaux arrivants de minorités visibles sont tentés de baisser les bras pendant la crise économique. Ils justifient parfois leur manque de motivation par un contexte de morosité économique. Avec un taux de chômage élevé (9,1 % au mois d’août, 8,8% au Québec au mois de septembre 2009), ils sont découragés et perdent leur estime de soi et rangent ainsi aux armoires de l’oubliette toutes leurs techniques de recherche d’emploi. Certains restent dans des emplois précaires tout en attendant de voir passer la crise économique. Il est fréquent d’entendre certains d’entre eux dire que : « la recherche d’emploi ne mènera à rien puisque les travailleurs qualifiés québécois  expérimentés sont au chômage. » Ils tirent la conclusion qu’ils sont moins positionnés pour obtenir un emploi dans le contexte actuel.

D’autres personnes immigrantes se disent également que puisque la crise économique est une réalité, il vaut mieux retourner aux études coûte que coute sans passer par les conseillers d’orientation ou sans valider ce choix par un professionnel qui est dans le même domaine.

Dans le counselling individuel, les conseillers en emploi sont souvent confrontés aux chercheurs d’emploi qui se tournent vers de longues études  (3 ou 4 ans) sans se frotter au préalable aux réalités du marché du travail. Résultat des courses, ces personnes immigrantes, au bout de deux mois, se rendent compte de leur mauvais choix de formation en termes de pertinence, de temps et d’opportunités d’emploi. À ce moment, pourquoi ne pas utiliser les services d’un mentor qui peut valider leur choix de carrière ou leur objectif d’emploi. La valorisation du diplôme québécois qui est certes une réalité doit aussi être validée par des personnes ayant fait le même choix de carrière.

2) Le mentorat au CJE Bourassa-Sauvé : un coup de pouce à l’intégration des minorités visibles

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour la période de juillet 2008 à juin 2009, 31 personnes ont été jumelées dans le  cadre du projet Mentorat. De ce nombre, quatorze personnes de minorités visibles ont obtenu un emploi dans leur domaine et six sont retournées aux études afin de mettre à jour leurs connaissances.

Un des participants qui a bénéficié de ce programme novateur témoigne de la pertinence de cet outil.

Christophe Djingou, courtier en assurance de dommages des particuliers chez Dale Parizeau Morris Mackenzie, une entreprise spécialisée dans le domaine du courtage d’assurance des entreprises, assurance de personnes et assurance collective, témoigne de la pertinence du mentorat :

« Le programme mentorat a été très enrichissant pour moi en ce sens qu’il m’a apporté une réelle valeur ajoutée dans mes démarches de recherche d’emploi. Concrètement, les diverses rencontres avec mon mentor m’ont permis de discuter des stratégies à mettre en œuvre: les entreprises cibles, la simulation des entretiens, des conseils pratiques sur ce  qu’il faut faire ou ne pas faire et d’approfondir mes connaissances sur les réalités culturelles en emploi en Amérique du nord. »

L’approche psychosociale est importante en période de crise économique comme l’indique ce néo-Québécois d’origine camèrounaise :

« Les rapports avec mon mentor ont été excellents. Disponible et compétent, il a toujours été prêt à répondre à mes questions et à apaiser mes inquiétudes. »

Le mentorat a aussi élargi ses réseaux de contacts : «  Mon mentor a entrepris des démarches auprès d’une de ses connaissances à qui il a référé ma candidature. Il est à noter que j’ai continué à faire personnellement mes démarches d’emploi parallèlement avec les démarches du mentor.»

La motivation du mentoré est nécessaire dans la relation d’aide pour ne pas décourager le mentor qui donne bénévolement de son temps. Les objectifs et les attentes de l’accompagnement doivent être aussi réalistes.

Quand vient le temps de trouver des références, les personnes immigrantes sont souvent confrontées aux difficultés d’en trouver au début. Un autre atout du programme réside dans la possibilité d’obtenir une troisième référence dans le cadre des entrevues de sélection : « Au moment où j’ai trouvé mon emploi actuel, le recruteur a contacté mon mentor et ce dernier a fait des commentaires très positifs sur ma personne. Tout cela a contribué à rassurer mon employeur et favoriser mon recrutement. » Il poursuit : « Trois jours après avoir été recruté, l’entreprise à qui l’ami de mon mentor avait référé ma candidature m’a contacté pour me proposer un poste que j’ai décliné parce que j’étais déjà à l’emploi. »

Il conclut en disant que « le programme  mentorat a été un succès pour moi et je n’hésiterais pas à le recommander. »

Le mentoré doit être proactif afin de tirer le maximum d’informations de son mentor. Pour que le programme soit une réussite totale, le mentoré doit exprimer de manière claire au début de l’accompagnement ses besoins afin que le mentor puisse le conseiller dans son cheminement personnel et professionnel.

Le mentorat, qui est une relation d’aide et un mode d’apprentissage efficace, permet aux nouveaux arrivants, dans un processus de transition professionnelle, de mieux comprendre la culture du monde du travail au Québec.

La 7e semaine québécoise des rencontres interculturelles (SQRI) qui s’était tenue du 28 septembre au 4 octobre a été l’occasion pour Madame Yolande James, ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles de lancer la première campagne télévisée visant à promouvoir l’apport de l’immigration dans la société québécoise. La campagne résumée sous le thème « L’avenir du Québec ne peut s’écrire sans l’immigration » arrive à un moment crucial, alors que la crise économique frappe de plein fouet les chercheurs d’emploi de manière générale et les immigrants en particulier. Mieux vaut tard que jamais! Les organismes communautaires qui ont développé une expertise dans l’intégration socioprofessionnelle des immigrants demandaient depuis longtemps la concrétisation de cette initiative. La Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), regroupement national de plus de 130 organismes voués à l’établissement et à l’intégration des refugiées et immigrants ainsi qu’à la défense de leurs droits, s’est de longue date fait porteuse de cette recommandation.

L’intégration des immigrants ne peut se faire sans la sensibilisation des acteurs de la société. Les médias qui constituent un miroir de cette société pourraient être un allié de taille dans la mission de sensibilisation et de promotion. En modérant un certain sensationnalisme, ils peuvent présenter les divers enjeux touchant la problématique socioéconomique des Néo-Québécois.

Les sceptiques trouveront peut-être que cette première campagne télévisée qui sera diffusée pendant quatre semaines ne constitue tout simplement qu’une campagne de relations publiques. Qu’à cela ne tienne ! Donnons la chance au coureur et attendons de voir les effets de cette publicité qui,  comme celle sur  l’alcool au volant ou sur le port de la ceinture de sécurité pour diminuer les accidents de la route, peuvent amener le public à être plus réceptif au message de sensibilisation.

En dépit des points de friction qui existent entre la société d’accueil et les nouveaux arrivants, il convient de noter que l’immigration est une nécessité pour pérenniser le fait français, assurer la croissance de la population québécoise et la vitalité économique, et particulièrement celle des régions. La régionalisation équitable de l’immigration est une des solutions à la pénurie de main-d’œuvre des régions.

Il est encore trop tôt pour pouvoir évaluer les impacts de cette nouvelle publicité sur la population et les entreprises et pour en mesurer les effets. Par contre il est certain que la sensibilisation des petites et moyennes entreprises vise à mieux les informer sur les critères de sélection et le choix des immigrants reçus. En étant mieux informés de la rigueur du processus de sélection et de la richesse du potentiel professionnel identifié, les employeurs devraient se montrer moins réticents à embaucher les immigrants compétents.

Une telle campagne nationale de sensibilisation sur la politique d’intégration peut donner un nouvel espoir aux immigrants dans un contexte de ralentissement économique. Ainsi, on éviterait de faire « l’impasse sur les 40 000 personnes qui, année après année, sont devenues indispensables à la survie de cette société » (Josée Boileau, Leçons politiques du recensement, mercredi 14 mars 2007, Le Devoir).

Une équipe du Québec ouverte sur le monde renforce un sentiment d’appartenance des personnes venues d’ailleurs pour une pleine participation des 165 communautés culturelles à la société québécoise.

Même si je me réjouis du geste du gouvernement et de ses partenaires, je ne saurais pour autant minimiser les difficultés d’intégration sociale et professionnelle des immigrants dont témoignent le sous-financement des organismes, la situation inquiétante des médecins étrangers malgré la pénurie de personnel dans le domaine de la santé, le chômage élevé des maghrébins[i], la non-reconnaissance des diplômes et des acquis.

 

 


[i] Les chiffres alarmants de Statistique Canada sur certaines communautés culturelles publiés en février 2008 révélaient que le taux de chômage de la population en général est à 7% au Québec  contre 28% pour les Maghrébins. Les immigrants en provenance de l’Afrique noire ont un taux de chômage de 20% et les Haïtiens  sont à 17,8%.

 

 

Publié par : Doudou Sow | 19 novembre 2009

Les difficultés d’intégration des personnes immigrantes

Le Québec qui compte 23% de la population canadienne accueille 13% de l’immigration canadienne et doit se féliciter de son image de terre d’immigration. La société québécoise à laquelle nous appartenons tous est, certes, accueillante et tolérante. Mais elle doit viser l’excellence afin de se positionner comme société modèle en matière d’immigration.

Les chiffres alarmants de Statistique Canada sur certaines communautés culturelles

L’emploi est la pierre angulaire de l’intégration des personnes immigrantes. Néanmoins, les chiffres alarmants de Statistique Canada sur certaines communautés culturelles publiés en février 2008 révélaient que le taux de chômage de la population en général est de 7% au Québec  contre 28% pour les Maghrébins, majoritairement francophones (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie). Les immigrants en provenance de l’Afrique noire ont un taux de chômage de 20% et les Haïtiens  sont à 17,8%. (Lire à ce sujet, un article remarquable d’Olivier Bourque, Chômage des Maghrébins : « une honte pour le Québec » www.cyberpresse.ca, vendredi 28 mars 2008).

Et on se souviendra que même lorsque le taux de chômage était à son plus bas niveau depuis 30 ans (septembre 2007), l’écart du taux de chômage des immigrants comparé à celui de la société d’accueil ne s’était pas pour autant réduit.

Statistique Canada, dans une étude publiée en septembre 2007 portant sur « Les immigrants sur le marché du travail canadien » révélait que le taux de chômage des immigrants établis depuis moins de cinq ans à Montréal (2001-2006) était trois fois plus élevé que celui de la population en général. On imagine avec la crise actuelle que les chiffres sont encore plus catastrophiques. Les conséquences de la récession se font plus durement sentir chez les nouveaux arrivants sans expérience québécoise, le cercle vicieux du manque «d’expérience canadienne » ralentissant encore plus l’intégration des immigrants.

Pourtant, ces personnes qui ont été sélectionnées sur la base de critères facilitant en théorie leur intégration rapide en emploi sont souvent frustrées de ne pas retrouver leur dignité humaine. La reconnaissance des compétences acquises à l’étranger constitue un des talons d’Achille de la politique d’immigration québécoise.

Des difficultés existent surtout avec les différents ordres professionnels  même si des ententes ont été signées avec le Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. Le Collège des médecins du Québec est le plus pointé du doigt en raison de son immobilisme sur la question du problème des médecins diplômés à l’étranger même si la question de l’intégration de ces médecins est une responsabilité partagée entre le gouvernement, le Collège des médecins du Québec et les facultés de médecine. En attendant que les différents acteurs arrêtent de se renvoyer la responsabilité de l’échec de l’intégration des médecins diplômés  à l’étranger, les chiffres continuent à parler d’eux-mêmes tristement.

Le problème des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU)

En 2009, après le premier tour de jumelage, 94 postes de résidence sont restés vacants alors que plus de 130 médecins diplômés à l’étranger avaient appliqué pour ces postes.

En 2008, après le premier tour, le scandale des 102 postes en résidence qui étaient restés vacants dans les quatre facultés de médecine du Québec (Université Laval, Université McGill, Université de Montréal, Université de Sherbrooke) a fait les manchettes dans les journaux.

Même constat en 2007 où « 87 postes en résidence étaient laissés vacants alors que 174 médecins diplômés à l’étranger dont le diplôme  avait été reconnu par le Collège des médecins du Québec étaient en attente de stage en résidence » comme le faisait remarquer la Coalition des associations de médecins diplômés à l’Étranger dans un communiqué en date du 17 mars 2009 où la coalition  « interpellait le gouvernement et les partis d’opposition du Québec ».

Tout en s’inscrivant dans le plan d’action gouvernemental « La diversité : une valeur ajoutée» du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, cette campagne de sensibilisation et d’information arrive à une période où il faut moins que jamais cesser de marteler le discours de la nécessité de l’immigration et de sa nécessaire intégration. Les différentes données sur les immigrants de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada sont là pour nous le rappeler.

Dans un article du Devoir du 2 février 2009, Dre Louise Authier, directrice de programme de résidence au département de médecine familiale à l’Université de Montréal affiche une position très claire à la question « Faut-il fermer les vannes de l’immigration ? ». Pour « celle qui supervise et coordonne » ce programme, la réponse est oui si l’on se fie à son entrevue accordée à la journaliste Lisa-Marie Gervais, « La pénurie de médecins de famille ne se résorbera pas ». Le gouvernement libéral provincial devrait dès lors s’entendre avec ses institutions avant de recruter des médecins étrangers qui viendront allonger la liste des laissés-pour-compte du processus de recrutement dans le domaine de la santé.

On présente les médecins étrangers comme des incompétents et dangereux pour la population québécoise. Qui veut noyer son chien l’accuse de rage. La réalité, certains  médecins diplômés à l’étranger ont obtenu les prérequis exigés. Ils ont passé les mêmes évaluations que leurs collègues québécois. Ils ont réussi les examens d’équivalence du Collège des médecins du Québec(CMQ) ou du Conseil médical du Canada(CMC). Or l’attitude du CMQ ainsi que des facultés de médecine laisse plutôt transparaître une certaine crainte de la  part de leurs membres de se faire submerger par des médecins diplômés à l’étranger.

Dre Authier doutait même du niveau des examens du Collège des médecins (Un autre exemple que les différents acteurs concernés se renvoient la responsabilité). Selon le constat établi par une personne qui a pour mandat de « superviser et coordonner tout le processus de sélection des futurs médecins de famille », on peut dire que les médecins étrangers ne sont pas encore sortis de l’auberge. Par ailleurs, ne faudrait-il pas alors s’interroger sur les diplômes des médecins québécois qui ont passé le même test du Collège des médecins du Québec? Une sorte de « boomerang » du dénigrement quand on se met à refuser à tout prix la réalité du système médical.

Cette même personne qui souhaite ne plus voir de nouveaux médecins diplômés à l’étranger sur le sol québécois est devenue récemment membre du nouveau conseil d’administration du CMQ depuis le 7 octobre dernier pour un mandat de quatre ans. Elle devra ainsi composer avec ses propos sur la qualité des examens de cette institution qu’elle avait dénoncée lorsqu’elle occupait le poste de directrice du programme mentionné ci-haut. L’histoire nous édifiera sur le comportement qu’elle adoptera étant donné qu’elle devient maintenant une actrice principale dans le nouveau visage du CMQ.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

En 2009, après le premier tour de jumelage, 94 postes de résidence sont restés vacants alors que plus de 130 des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU) avaient appliqué pour ces postes.

En 2008, après le premier tour, le scandale des 102 postes en résidence qui étaient restés vacants dans les quatre facultés de médecine du Québec (Université Laval, Université McGill, Université de Montréal, Université de Sherbrooke) a fait les manchettes dans les journaux.

Même constat en 2007 où « 87 postes en résidence étaient laissés vacants alors que 174 médecins diplômés à l’étranger dont le diplôme avait été reconnu par le Collège des médecins du Québec étaient en attente de stage en résidence » comme le faisait remarquer la Coalition des associations de médecins diplômés à l’Étranger dans un communiqué en date du 17 mars 2009 où la coalition « interpellait le gouvernement et les partis d’opposition du Québec ».

Une injustice qu’il faut dénoncer avec la dernière énergie.

Quand les médecins étrangers réussissent à passer les tests du Collège des médecins, les facultés de médecine, à leur tour, rétorquent que la formation des médecins étrangers leur coûterait 40% de plus pour les encadrer. Selon ces institutions de l’enseignement, la prise en charge des médecins étrangers est « très lourde » pour utiliser un langage politiquement correct. D’autres disent clairement qu’ils sont incompétents à l’image du Dr Réjean Hébert, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Docteure Louise Authier de l’Université de Montréal, quant à elle, sous-évalue le niveau des examens du Collège des médecins du Québec. Il faut véritablement que les médecins diplômés à l’étranger aient un mental très fort pour passer à travers les mailles du filet. Ce qui nous pousse à dire que le système des ordres professionnels de manière générale et plus particulièrement celui du Collège des médecins du Québec est un véritable panier de crabes.

Dans son article intitulé « Ils sont venus d’ailleurs…;Un peu plus de 2000 médecins de formation non québécoise exercent au Québec (5 janvier 2008 )», la collaboratrice du journal indépendant Le Devoir Marie Lambert-Chan résume très bien les obstacles et les conséquences de la non-intégration des médecins diplômés à l’étranger dans le réseau de la santé : « la lourdeur du processus menant à l’obtention du permis d’exercice, ou encore de la fermeture du corps médical aux médecins étrangers. Les patients, eux, se désolent de ne pouvoir avoir accès à ces médecins alors qu’on ne voit pas la fin de la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur médical ».

Certains titres des journaux québécois en disent long sur les difficultés vécues par les médecins étrangers : «Couillard impuissant » [Philippe Couillard fut Ministre de la Santé et des Services sociaux dans le gouvernement libéral provincial du 29 avril 2003 au 25 juin 2008]», (Journal de Montréal, 23 avril 2007) ; « L’Ontario recrute six fois plus de nouveaux médecins que le Québec » (Éric Yvan Lemay, Journal de Montréal, 30 mars 2007) ;  «Pour immigrer au Québec : Mieux vaut être boucher que médecin», (Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 18 septembre 2007) ; « La reconnaissance des médecins étrangers reste lente » titrait le journal de Montréal du mercredi 02 décembre 2009; « Médecins étrangers : La porte restera dure à ouvrir » (Pascale Breton, La Presse, 16 mai 2005); « Médecins formés à l’étranger La porte restera fermée »(Presse canadienne Voir aussi 5 Atlas. Mtl nº 99 – du 5 au 18 février 2009); « Beaucoup d’appelés, peu d’élus » (Pascale Breton, La Presse, 16 mai 2005); « Des médecins laissés sur le carreau : 87 postes vacants en résidence échappent aux médecins étrangers » (Louise-Maude Rioux Soucy, Le Devoir, 2 mai 2007); « Médecins étrangers, L’envers de la grande séduction » (Radio-Canada, Nicolas Duguay, 14 août 2009[en ligne]) ; « Les universités boudent les médecins étrangers. Quelques centaines de diplômés sont pourtant disponibles pour occuper 102 postes de résident », (Louise-Maude Rioux Soucy, Le Devoir, 11 avril 2008); « Québec préfère des «non-médecins» aux médecins gradués à l’étranger », (Agence de presse Média Mosaïque, 29 Juin 2010) etc…

Le CMQ et les facultés de médecine avancent souvent l’argument de la protection du public sous prétexte que la santé nationale risque d’être mise en péril si la porte du système médical est grandement ouverte aux médecins étrangers. Selon l’étude d’Ipsos Reid rendue publique en début décembre 2009, près du tiers des Québécois (31%) n’ont pas de médecin de famille. La récente publicité choc de neuf minutes de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) intitulée Diagnostic disponible depuis le 11 mai sur le site de You Tube révélait qu’au Québec, 2 000 000 de Québécois n’ont pas de médecin de famille.

L’accessibilité aux soins et la pénurie de médecins de famille

Le système de santé québécois n’est pas facile d’accès à cause des listes d’attente difficilement acceptables dans une société aussi développée que le Québec. « 25 % des Québécois (deux millions) n’ont pas de médecin de famille ». Ceux qui demandent une enquête publique dans le domaine de la santé n’ont pas tort.

Dans un domaine où la pénurie est criante, celui de la médecine familiale, on refuse de donner la chance aux médecins étrangers qui avaient obtenu tous leurs prérequis.

Même si on observe une augmentation de la formation des médecins (800 nouveaux médecins, soit deux fois plus qu’au début des années 2000 selon le ministre de la Santé et des Services Sociaux, Yves Bolduc), il n’en demeure pas moins que le Québec a besoin encore de 10% de médecins de famille [avril 2009] selon le Dr Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Il existe un véritable paradoxe entre la non-intégration des médecins étrangers et les besoins de la main-d’œuvre : « Un peu plus de 2000 des 18 000 médecins qui pratiquent au Québec ont obtenu leur diplôme dans une université étrangère. Il en faudrait au moins 2000 de plus, tant généralistes que spécialistes, pour combler tous les besoins. »[1]

Certaines statistiques indiquent que 3000 médecins diplômés à l’étranger ne peuvent pas exercer dans la Belle Province.

Même si le nombre de médecins de famille a augmenté en 2009, il reste que le problème est toujours d’actualité. Il existe moins de médecins étrangers qui pratiquent au Québec comparativement au reste du Canada anglais.

Le gouvernement libéral du Québec qui revendique sa proactivité dans l’épineux dossier des médecins étrangers se justifie souvent par le fait que l’évaluation des compétences des médecins diplômés hors Canada et États-Unis tout comme la question des résidences ne ressortent pas de ses compétences.

Une mesure contraignante des facultés de médecine de famille comme celle de l’université de Montréal exclut à l’admission en résidence certains médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU), pour raison de durée de non pratique ou durée d’éloignement de la pratique. Mais, autre paradoxe du système de santé, certains médecins à qui on refusait de pratiquer dispensaient des cours à l’Université!

Le corporatisme du CMQ

Ce n’est pas juste une perception que certains ordres professionnels soient fermés et fassent de la surprotection. Hélas, la réalité sur le terrain semble bien indiquer que des difficultés existent et que des immigrants déboursent des sommes d’argent non négligeables pour faire reconnaitre leurs diplômes et ensuite chercher à obtenir un emploi en fonction de leurs compétences. (Lire à ce sujet : Trois voies possibles pour pratiquer au Québec par Doudou SOW).

On met souvent sur la table la complexité des procédures et des démarches pour être éligible au niveau des ordres qui sont différents les uns des autres selon leur fonctionnement. Mais il n’empêche que des pistes de solution crédibles peuvent être trouvées et doivent l’être.

La perception d’un blocage découlant d’une certaine culture corporative est loin de disparaître. Le Collège des médecins du Québec a beau brandir la rhétorique de la défense du public, c’est pourtant ce même public qui exige d’avoir accès à des talents volontairement négligés.

Redisons-le: les différentes institutions (ordres et facultés) retardent les médecins étrangers dans leur résidence. L’accès au marché du travail se heurte à la fermeture des médecins et des facultés de médecine. Et à ceux qui justifient cet état de fait par le souci de maintenir un certain niveau, il faut répondre que la question n’est pas d’abaisser les standards d’admission à l’ordre mais plutôt de les assouplir en tenant compte de la pénurie de personnel dans le domaine médical.

Si « le CMQ estime que les personnes formées à l’extérieur du Québec représentent une force indéniable et un des éléments de la solution à la pénurie d’effectifs [2]» alors pourquoi priver des Québécois des médecins étrangers ?

Dr Yona Likongo, médecin au Centre hospitalier Jacques-Viger, à l’Institut de réadaptation de Montréal et président de la Commission pour la préparation aux examens et l’intégration professionnelle de l’Association des médecins gradués de l’étranger au Québec, faisait une remarque fort pertinente au sujet des critères pour pratiquer la médecine au Québec. « Je peux répondre par les critères qui ont été imposés pour qu’on ait le droit de pratiquer la médecine au Québec ou au Canada. On a les examens à passer. Cela veut dire  qu’à notre sens, une fois qu’on les a passés, qu’on a franchi les obstacles élevés, c’est qu’on a prouvé qu’on était à même de pouvoir pratiquer, mais il faut un stage, j’en conviens. Prenez juste le stage d’observation. Il est extrêmement difficile pour un médecin étranger de trouver un hôpital qui peut l’accepter pour faire un stage d’observation »[3].

Poursuivant  son argumentation pour démontrer les difficultés des médecins étrangers, il évoquait le cercle vicieux de l’équation pas d’expérience québécoise, pas d’emploi et vice versa. « Et en général quand on demande des lettres de références, on préfère l’expérience canadienne des Québécois. Comment voulez-vous que ce médecin à qui on ne donne pas l’accès à un stage d’observation, trouve l’expérience canadienne ? ».

Le noyau dur du Collège des médecins du Québec maintient la protection du système de santé québécois.

(Lire à ce propos : Sélection et évaluation des médecins étrangers : les critères ne sont pas clairs par Doudou SOW.)

Même si la formation médicale diffère d’un pays à un autre, même si la mise à niveau est parfois essentielle pour pratiquer, il demeure évident comme le disait M. Brice Betu de l’Association des Médecins gradués de l’Étranger au Québec (AMEQ) que les formations des universités sont régies sur le plan mondial par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les médecins étrangers ont obtenu leur diplôme dans une faculté de médecine inscrite dans le Répertoire mondial des facultés de médecine de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

On parle souvent du faible niveau des candidats pour mieux  les discréditer aux yeux de l’opinion québécoise. Un programme de recyclage est même disponible pour ces principaux exclus du système médical.

La dure réalité de la pratique de la médecine au Québec.

Il n y a pas de passe-droit pour les médecins étrangers puisqu’il existe une série d’examens à faire pour évaluer leurs compétences. Un cheminement coûteux (environ 10 000$), sélectif (quatre examens- universités) et très long (3 à 5 ans) démontre que la situation des médecins est un véritable parcours du combattant. Les médecins étrangers constituent la clientèle qui fait le plus preuve de patience dans le domaine de la recherche d’emploi.

Personne ne conteste la légitimité et la légalité des ordres de protéger le public mais doivent-ils exclure une partie des Néo-Québécois dans un contexte où il y a peu de médecins de famille, bref dans un contexte de pénurie de main d’œuvre ?

Mais si on analyse en profondeur les difficultés rencontrées par les personnes immigrantes, il est difficile de ne pas déceler une culture corporative des ordres et de ne pas questionner le traitement des équivalences de formation et de diplômes des personnes immigrantes en ce qui concerne les principes de qualité, d’équité et de transparence.

Si nous convenons que les règles doivent être égales pour tout le monde, il convient aussi de noter que des préjugés sont véhiculés par des instances qui ont pour mandat de respecter les compétences de tous les médecins quelle que soit leur origine.

Dans le débat sur l’élargissement des compétences pour résoudre les problèmes liés au système de santé, la piste de solution des médecins étrangers n’est même pas évoquée. L’article de Média Mosaïque est sans équivoque à ce sujet : « Québec préfère des «non-médecins» aux médecins gradués à l’étranger »[4] . Et pourtant, les médecins étrangers constituent une solution à la crise du système.

Le CMQ et les facultés de médecine doivent faire un examen de conscience. Ces institutions véhiculent des préjugés sur les immigrants.

Des propos inadmissibles du président de la Conférence des doyens des facultés de médecine, le Dr Réjean Hébert

On est rendu à un stade où les médecins des facultés de médecine qui encadrent ceux qui ont réussi à leurs examens continuent à entretenir des préjugés sur les compétences des médecins étrangers. Souvenons-nous des propos inadmissibles et intolérables du Dr Réjean Hébert ? Il cherchait à justifier systématiquement que les diplômes ne suffisent pas pour être acceptés et que finalement un candidat doit aussi présenter des habiletés cliniques suffisantes. Celui qui parlait de l’incompétence des médecins étrangers dans certaines disciplines disait que l’évaluation des médecins étrangers peut se faire sans même rencontrer le médecin. Dans cette mesure pourrait-on donner raison au Dr Comlan Amouzou qui avait qualifié à l’époque dans les colonnes du Journal Le Devoir les propos du Dr Réjean Hébert « d’irresponsables et de discriminatoires »[5]. Les propos du Dr Yves Lamontagne (« médecins des colonies ») et Dr Réjean Hébert (incompétences des médecins étrangers)  sur les médecins étrangers n’honorent pas leurs auteurs. Ils renforcent les clichés sur les médecins étrangers.

Les médecins formés à l’étranger n’ont encore rien coûté au système de santé québécois. Dr Réjean Hébert voulait faire croire à la population que les médecins étrangers coûtent cher aux facultés de médecine et contribuables québécois. Cette stratégie qui vise à monter la population québécoise contre les médecins étrangers, en faisant référence à la question de l’argent, est indigne et démagogique. Il avait senti que la population québécoise est sensible aux difficultés vécues par les médecins diplômés à l’étranger. Son objectif d’isoler les médecins étrangers n’a pas trouvé un appui favorable auprès de la population. Une stratégie du diviser pour mieux régner dangereuse et illogique qui n’a pas sa place dans la société québécoise.

Concernant ses propos sur les ressources et l’encadrement des médecins étrangers parce qu’ils sont « incompétents », nul besoin d’être mathématicien ou statisticien pour se rendre compte qu’il serait plus coûteux de laisser un médecin étranger sur le bien-être social pendant dix ans que de former un médecin pendant deux ans en adaptant ses compétences aux conditions de médecine du Québec.

Des médecins québécois sont formés avec les deniers des contribuables pour aller servir en Ontario ou aux États-Unis tandis que, pendant ce temps, des médecins étrangers formés à l’étranger et qui n’ont rien coûté au Québec se voient refuser la pratique en dépit d’un intérêt très grand manifesté pour la Belle Province. Ces médecins ont pourtant fait de la médecine leur vocation et aiment aider les personnes à retrouver leur pleine santé. Hippocrate, le père de la médecine grecque, aurait apprécié.

Alors en ce moment, quel est le prix le plus lourd à payer entre celui qui est formé au Québec et qui préfère par la suite  monnayer ses talents dans d’autres contextes, profiter de bonnes conditions de travail et celui qui est formé à l’étranger et qui ne coûte pas un cent à l’économie québécoise. La réponse, est évidente, à notre avis : un manque à gagner énorme pour le système de santé médical québécois.

Certains ordres professionnels comme celui du Collège des médecins du Québec (CMQ) se drapent de la protection du public pour mettre les bâtons dans les roues à certains médecins étrangers dans un contexte de pénurie de personnel dans le domaine de la santé.

Il ne s’agit pas juste de brandir l’argument suivant lequel les médecins diplômés ou diplômées en médecine hors du Canada et des États-Unis à l’étranger ont déjà signé un document avant leur arrivée au Québec pour « être informé ou informée de [leur] difficulté, de satisfaire aux exigences requises pour l’obtention du permis d’exercice de la médecine au Québec »[6]. En effet, le document Déclaration d’un médecin diplômé hors du Canada et des États-Unis n’a aucune valeur juridique. La question est plus complexe qu’elle n’en a l’air.

Pour preuve, passons en revue la liste des domaines de formation privilégiés par le Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. Cette « liste [est] autorisée par la ministre responsable de la Loi sur l’immigration au Québec aux fins de l’application du Règlement sur la sélection des ressortissants étrangers (R.R.Q, 1981, c. M-23.1, r. 2) »[7] qui est en vigueur depuis le 14 octobre 2009, démontre que la santé occupe une place de choix dans les profils en demande au Québec : Chiropratique, Ergothérapie, Médecine dentaire, Médecine podiatrique, Optométrie, Médecine, Orthophonie et audiologie, Pharmacie et sciences pharmaceutiques, Physiothérapie, Sciences infirmières et nursing.

Le message doit être clair : Québec a besoin de médecins étrangers et Québec s’assure de les intégrer dans le système ou dire que malgré la pénurie de main-d’œuvre, Québec ne peut garantir de faire fléchir le Collège des médecins du Québec et les facultés de médecine et trouver une autre façon de les recruter, les maintenir en emploi et les retenir au Québec. Une fuite de cerveaux qui finit par se transformer en gaspillage de talents. Finalement, la solution pour récupérer les médecins et pharmaciens déçus du système médical reste leur réorientation pour des postes de chercheur ou de représentant d’où ce titre «  CREMCV : L’intégration par la réorientation ».[8]

Le recrutement des médecins étrangers devrait être ralenti tant que des mesures concrètes ne leur seront pas proposées pour faciliter leur intégration. Beaucoup de travail reste à faire pour faciliter l’insertion de cette catégorie de professionnels.

Le Collège des médecins du Québec ainsi que les facultés de médecine ne facilitent pas l’intégration des médecins étrangers. Dés lors, il devient urgent de mettre en place une stratégie de solution globale prenant en compte tous les aspects de la problématique d’insertion des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis.

Des médecins chauffeurs de taxi[9] ou livreurs de pizzas ne sont pas hélas un mythe au Québec. L’auteur du rapport sur le stage d’intégration (de mise à niveau de 6 mois) le Dr Vincent Échavé reconnaissait lui-même qu’à Montréal on voit beaucoup d’immigrants qui conduisent des taxis dans l’émission du 21 juillet 2009 à « Croyez-vous à l’utilité de stage de formation pour faciliter l’intégration des médecins étrangers au système québécois?»[10].

L’une des principales recommandations de la Coalition des médecins étrangers consiste à mettre directement en stage le médecin étranger dès qu’il arrive pour ne pas perdre de temps. Selon le Dr Amouzou qui était l’invité à cette même émission, la médecine c’est à l’hôpital. En clair la pratique de la médecine doit se faire à l’Hôpital, orienter directement le médecin à l’hôpital pour voir ensuite son évaluation et voir s’il lui manque quelque chose. Il propose de changer le système, ce que certains acteurs du Collège des médecins trouvent impossible ou problématique. D’autres acteurs proposent plutôt d’améliorer le système.

Toujours dans le registre des difficultés d’intégration, on peut noter le fait que des médecins résidents étrangers se disent victimes d’intimidation. Le cas le plus célèbre a été rendu public dans les médias (TQS[11] et La Presse canadienne) à la fin du mois d’août 2007.

(Lire à ce propos : Le cas Georges Haddad : un exemple flagrant de l’abus du pouvoir du système médical par Doudou SOW).

Loin de la campagne de stigmatisation des facultés de médecine et du CMQ aux médecins diplômés à l’étranger, il faut analyser la question de l’intégration des médecins étrangers sous l’angle de la dignité humaine (médecins inquiets, frustrés et désabusés). Le Collège des médecins ne rend pas la dignité humaine aux médecins diplômés à l’étranger. Il leur enlève leur raison d’être et continue à fabriquer des frustrés dans la société québécoise, des bombes à retardement. Compte tenu de leurs multiples difficultés, des médecins diplômés à l’étranger abandonnent rapidement leurs pratiques. Il devient urgent de changer  la mentalité de ces institutions corporatistes pour l’intérêt de toute la population québécoise.

*Ce texte fait partie d’une série de 16 articles publiés sur le sujet des difficultés d’intégration des médecins diplômés à l’étranger (MDE).


[1]Médecins étrangers : La porte restera dure à ouvrir, Pascale Breton, La Presse, 16 mai 2005.

[2] http:// www.cmq.org/fr/ObtenirPermis/DiplomesInternationaux.aspx. Document remis aux médecins étrangers lors de la Séance d’information sur le processus d’admission au Collège des médecins du Québec(CMQ) qui se tient deux fois par an à Montréal, p12.

[3] SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Les difficultés des médecins étrangers au Québec, Frédéric Nicoloff-6 avril 2007.

[4] Québec préfère des «non-médecins» aux médecins gradués à l’étranger, Agence de presse Média Mosaïque, 29 Juin 2010.

[5] Les médecins étrangers réclament justice : Selon eux, le processus de sélection actuel favorise l’exclusion et la stigmatisation des immigrants, Louise-Maude Rioux Soucy, Le Devoir,  17 mai 2007.

[6] http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/publications/fr/dcs/D04.pdf

[7] http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/publications/fr/divers/liste-formation.pdf

[8] Émilie Laperriére, Regard sur les industries des produits pharmaceutiques et   biotechnologiques, Vol 2 No 1, juin 2009, page 19. CREMCV signifie Club de recherche d’emploi Montréal Centre-ville.

[9]Quand on parle de chauffeurs médecins de taxi, il ne faut pas y inclure les nouveaux médecins étrangers. Le prix de la licence (250 000$) n’est pas à la portée de la bourse des médecins nouvellement arrivés au Québec. Aussi, l’industrie du taxi est fortement concurrencée par le BIXI, (nouveaux vélos en libre-service de Montréal), la navette Autobus Express 747 Aéroport Trudeau au centre-ville et le projet de train de l’Est. À chaque fois que nous prenons ce mode de transport, nous profitons du voyage pour demander aux chauffeurs étrangers s’ils étaient des médecins ou des ingénieurs dans leur pays d’origine, leur date d’arrivée au Québec, s’ils ont choisi délibérément ce métier  ou par contrainte à cause des difficultés d’intégration.

[10] SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Stage pour médecins étrangers, Jacques Beauchamp-21 juillet 2009.

[11] La chaîne de télévision TQS est connue maintenant sous le nom de V.

Le 21 octobre 2010 marque la date à laquelle le Dr Yves Lamontagne, président-directeur général du Collège des médecins du Québec (CMQ) présidera « pour la dernière fois le début de la séance du Conseil d’administration » de l’institution qu’il représente depuis octobre 1998. Celui qui est administrateur du CMQ depuis 16 ans, dont douze à titre de président-directeur général aura marqué l’histoire de cette corporation dont la dénomination a été modifiée comme l’ attestent les différents sigles.[1]

Au moment où « Le Dr Yves Lamontagne tire sa révérence » (Sara Champagne, La Presse du 14 mai 2010), il nous semble opportun de rappeler certains faits survenus durant ses trois mandats qui ont porté préjudice aux médecins diplômés à l’étranger dont le triste sort n’est plus un secret pour personne dans le milieu de la santé ou dans le grand public.

Le CMQ est l’exemple le plus cité dés qu’il s’agit de parler de la fermeture des ordres professionnels au Québec. Le Collège des médecins du Québec est le plus pointé du doigt en raison de son immobilisme sur la question de l’intégration des médecins diplômés à l’étranger.

Nous avons scruté à la loupe le discours du président directeur général du CMQ lors de ses interventions radiophoniques, visuelles et de relations publiques. Son indiscutable mérite réside dans la constance de  ses propos au grand désespoir des médecins étrangers. Le Dr Yves Lamontagne aura défendu sur toutes les tribunes que le CMQ ne contrôle pas le système de santé, la loi de l’offre et de la demande. Hélas, la réalité sur le terrain avec le blocage du dossier des médecins étrangers prouve le contraire. Le CMQ qui intervient au début et à la fin du processus, évalue les compétences des médecins DHCEU et émet des permis restrictifs d’exercer. Ce qui facilite en principe l’accès au marché du travail des médecins étrangers.

Dr Lamontagne utilise un discours rodé qui devient récurrent dans toutes les tribunes (les plateaux de télévision, radio, presse écrite, relations publiques).

Pour illustrer notre propos, nous mettons l’accent sur trois points dans ce texte : La comparaison de la médecine, l’évaluation des compétences des médecins étrangers et la responsabilité partagée entre les différents acteurs.

La comparaison de la médecine

Le président-directeur général du Collège des médecins du Québec donne souvent l’exemple de la médecine française afin de démontrer que la médecine n’est pas universelle. On dit souvent que le cœur reste le même et qu’il est logé à la même place que l’on soit en Afrique, Europe ou Amérique. Pour montrer la différence de la médecine nord-américaine avec la médecine internationale, il disait dans une émission de la Société Radio-Canada[2] au sujet d’un urgentologue français : « Ici, il veut être un urgentologue, ça fait 20 ans qu’il n’avait pas vu d’appendicite, de péritonite, d’otite, de maladies cardiaques. On ne peut pas l’envoyer ce médecin-là dans une urgence en région quand il y a à peu près un accident de ski-doo par année. Il a fallu le recycler, voyez-vous….Dans une urgence, il faut être capable de traiter une otite chez un bébé autant qu’un accident d’auto ».

Un autre son de cloche est venu du Dr Yona Likongo, médecin au Centre hospitalier Jacques-Viger, à l’institut de réadaptation de Montréal et président de la Commission pour la préparation aux examens et l’intégration professionnelle de l’Association des médecins gradués de l’étranger au Québec. Dans une entrevue radiophonique du 6 avril 2007 de la Première chaîne de Radio-Canada (Maisonneuve en direct, SRC), il répondait aux questions du journaliste Frédéric Nicoloff sur les difficultés des médecins étrangers au Québec.

Le Dr Likongo trouve que la médecine est universelle mais reconnaît que la différence se trouve dans les approches. La façon de fonctionner n’est pas la même, ce qui fait que les médecins étrangers doivent se familiariser avec les méthodes et les façons de faire. La différence se situe au niveau de la méthodologie. Selon lui, il existe une ouverture apparente mais les difficultés existent toujours. « La médecine c’est une profession qui à mon avis est universelle, je peux dire, je l’ai dit, le fémur c’est toujours le fémur que ce soit aux États-Unis, au Canada, au Congo, ou en Belgique, c’est le fémur. L’utérus c’est la même chose. Ce qui peut différer, la différence se trouve dans des applications, dans les approches, parce qu’on ne peut pas dire que la façon nord-américaine de fonctionner en médecine est tout à fait la même qu’au Congo. La médecine en tant que telle, il n’y a pas de différences, il suffit que les gens se familiarisent avec les méthodes et les façons de faire d’un milieu et le médecin n’a pas tellement d’autres choses à apprendre que ce que peut donner comme différence de méthodologie ».

Si les médecins étrangers sont incompétents, comment se fait-il qu’ils puissent pratiquer dans les provinces anglophones (Ontario, Manitoba, Saskatchewan, Colombie-Britannique)?

L’évaluation des compétences des médecins étrangers

Dr Yves Lamontagne intervient toujours dans la question du « eux » et du « nous ». La rhétorique du discours du président directeur général se situe dans la dialectique « Eux » et « Nous exclusif ». (Lire à ce sujet : « Médecins des colonies » : Un propos qui n’honore pas le Dr Yves Lamontagne par Doudou SOW.) Une stratégie démagogique du diviser pour mieux régner qui est déplorable.

Par exemple, il a l’habitude de citer les propos qu’il avait tenus à l’égard de Madame Pauline Marois, lorsqu’elle était Ministre d’État à la Santé et aux Services sociaux du 15 décembre 1998 au 8 mars 2001 : « Et je vous citerai ce que j’avais dit à Mme Marois à l’époque. Mme Marois ne veut pas de médecine à 2 vitesses, nous ne voulons pas non plus de médecins à 2 niveaux et nous demandons donc, et je pense que c’est juste, que la compétence des médecins étrangers soit la même que celle qu’on demande à nos enfants qui sont dans les facultés de médecine. »[3]

Il avait tenu les mêmes propos lors de la Conférence-débat dans le cadre de la Semaine des professionnels que l’Institut du Nouveau Monde (INM)  avait organisé en collaboration avec le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) mercredi, le 14 octobre 2009 au Complexe des sciences Pierre-Dansereau[4]. Ses propos ont fait réagir M.Thomas Mulcair, député fédéral d’Outremont du Nouveau parti démocratique (NPD). Il avait demandé au Dr Yves Lamontagne de cesser de dire le « eux » et le « nous » et lui avait également rappelé que les médecins étrangers avaient obtenu tous leurs prérequis pour pratiquer la médecine.

Cet homme politique et avocat, chef adjoint du NPD, le lieutenant pour le Québec connaît aussi le système puisqu’il a présidé l’Office des professions du Québec en qualité d’administrateur public.

Si « le CMQ estime que les personnes formées à l’extérieur du Québec représentent une force indéniable et un des éléments de la solution à la pénurie d’effectifs [5]» alors pourquoi priver des Québécois des médecins étrangers ? Il n y a pas de chèque en blanc pour les médecins étrangers puisqu’il existe une série d’examens à faire pour évaluer leurs compétences (examen d’évaluation du Conseil Médical du Canada (EECMC);  examen d’aptitude, partie 1, du Conseil Médical du Canada  (EACMCI); examen d’aptitude, partie 2, du Conseil Médical du Canada  (EACMCII)   ou  réussir à la partie pratique (ECOS) de l’examen des sciences cliniques médicales du Collège des médecins du Québec; examen de français de l’Office québécois de la langue française, ou en être exempté).

(Lire à ce sujet : Trois voies possibles pour pratiquer au Québec par Doudou SOW).

Si le CMQ qui évalue les compétences des médecins étrangers affirme ne pas  faire deux poids deux mesures, alors comment expliquer que des médecins qui ont réussi à leurs examens ne puissent pas pratiquer? Sur ce point, Dr Yves Lamontagne file la patate chaude aux facultés de médecine du Québec.

(Lire à ce sujet : Une partie de ping pong sur le dos des médecins diplômés à l’étranger par Doudou SOW.)

Ce même docteur qui renvoie la responsabilité aux facultés de médecine connait très bien le fonctionnement de ces facultés puisqu’il a été professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal avant de prendre les rênes du Collège des médecins du Québec.

Responsabilité partagée entre les différents acteurs

Les vices-doyens des facultés de médecine du Québec sont au courant des problématiques d’intégration des médecins étrangers en siégeant sur le conseil d’administration du CMQ.

Parmi  les 28 administrateurs du Conseil d’administration du Collège des médecins du Québec du bureau sortant ( avant le 7 octobre 2010), quatre administrateurs médecins nommés par les facultés de médecine du Québec y siègent (Dr François Lajoie, Vice-doyen aux études médicales postdoctorales Université de Sherbrooke; Dr Pierre LeBlanc Vice-doyen aux affaires cliniques, Études médicales postdoctorales, Université Laval; Dr Guy Lalonde Vice-doyen aux études médicales postdoctorales, Université de Montréal ( qui siège également au Comité des affaires médicales de la Conférence des vice-doyens aux études médicales postdoctorales des facultés de médecine ) et Dr Sarkis Hratch Meterissian Vice-doyen à la formation postdoctorale, Université McGill). Alors comment comprendre que des différents acteurs (CMQ+facultés de médecine) qui sont au courant des difficultés d’intégration des médecins étrangers se renvoient la responsabilité ?

Le Collège des médecins du Québec ainsi que les facultés de médecine ne facilitent pas l’intégration des médecins étrangers. Dès lors, il devient urgent de mettre en place une stratégie de solution globale prenant en compte tous les aspects de la problématique d’insertion des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis.

Les médecins étrangers tout comme la Coalition des Associations de médecins diplômés à l’étranger (CAMEDE),  de l’Association des Médecins gradués de l’Étranger au Québec (AMEQ), les représentants des organismes communautaires impliqués dans ce difficile dossier n’ont jamais demandé de passe-droit.

(Voir l’article : Pas de passe-droit sur la question de la qualité de la santé : les règles doivent être applicables pour tout le monde par Doudou SOW.)

Tous ces acteurs sont d’accord sur la nécessité pour des professionnels formés à l’étranger de s’adapter à la nouvelle société québécoise. Ils partagent sans réserve les standards de qualité du système médical québécois. Ils parlent plutôt d’un assouplissement du système et la simplification des procédures. Ils sont conscients de la nécessité de protéger le public. Personne ne conteste la mission de l’ordre qui « est de promouvoir une médecine de qualité pour protéger le public et contribuer à l’amélioration de la santé des Québécois [6]».

Les médecins diplômés à l’étranger font partie de la solution. Dr Yves Lamontagne qui souhaite à son successeur « d’assumer ses fonctions avec souplesse, d’avoir un bon sens de l’écoute et d’exercer un leadership démocratique »  veut se reconvertir dans le domaine de la communication.  Nous espérons que lui-même et son successeur au CMQ soient plus visiblement inspirés par la question de la  justice sociale.

*Ce texte fait partie d’une série de 16 articles publiés sur le sujet des difficultés d’intégration des médecins diplômés à l’étranger.


[1] Collège des médecins et chirurgiens du Bas-Canada (CMCBC) depuis 1847, Corporation professionnelle des médecins du Québec (CPMQ) en 1974, Collège des médecins du Québec (CMQ) en 1994.

[2] SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Les difficultés des médecins étrangers au Québec, Frédéric Nicoloff-6 avril 2007.

[3] SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Les difficultés des médecins étrangers au Québec, Frédéric Nicoloff-6 avril 2007.

[4] Les organisateurs de cette conférence voulaient s’interroger sur « le rôle des ordres professionnels et leur pertinence, 35 ans après l’entrée en vigueur du Code des professions ».

[5] http:// www.cmq.org/fr/ObtenirPermis/DiplomesInternationaux.aspx.Document remis aux médecins étrangers lors de la Séance d’information sur le processus d’admission au Collège des médecins du Québec(CMQ) qui se tient deux fois par an à Montréal, p.12.

[6]http://www.cmq.org/fr/ObtenirPermis/Profil/Commun/AProposOrdre/Organisation.aspx

[6] Une page d’histoire est sur le point de se tourner, La Revue Le Collège, Volume 50, Numéro 4, Automne 2010, p.3.

On doit fort malheureusement au Dr Yves Lamontagne, président-directeur général du Collège des médecins du Québec,  le terme de « médecins des colonies ».

L’histoire retiendra que sous sa dernière présidence, Dr Yves Lamontagne a introduit dans le registre de la culture médicale québécoise le terme de « médecins des colonies ».

Rappelons d’abord que le président-directeur général du Collège des médecins du Québec, avait déploré l’arrivée « des médecins des colonies » dans le cadre de l’entente entre la France et le Québec conclue le 17 octobre 2008. Il donnait l’exemple des Français originaires des colonies. Selon lui, ce n’est pas parce qu’un médecin a pratiqué en France qu’il a les compétences pour exercer au Québec. Il voulait exprimer sa réserve sur ladite entente au motif que la santé nationale risque d’être mise en péril si la porte du système médical est grandement ouverte aux médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU). Il invoquait ainsi les risques  de « nivellement par le bas » ou « de perte de qualité du système de soins ». «Il y a plusieurs médecins en France qui viennent des anciennes colonies, qui ont eu leur diplôme dans les colonies, et qui se sont en allés dans la mère patrie après». «Je ne suis pas raciste en disant ça», prend-il soin de noter. Mais le risque est d’accueillir au Québec des gens possédant des diplômes «pas très forts», soutient M. Lamontagne. » (Entente France-Québec – Lamontagne craint l’afflux de «médecins des colonies», Antoine Robitaille, Le Devoir, 22 janvier 2008).

L’entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des compétences ratifiée en octobre 2008 constituait une nouvelle proposition pour régler en partie le problème de reconnaissance des acquis. Cette entente signée par le premier ministre du Québec et le président de la République française au mois d’octobre 2009 à l’Assemblée nationale du Québec, loin d’être parfaite, constitue un jalon de recherche de solutions concrètes pour régler le problème de la reconnaissance des compétences.

Celui que  la Revue Le Collège [des médecins du Québec], présente comme un fin « communicateur » (2 000 entrevues dans les médias (soit près de 200 entrevues annuellement)[1] devrait tourner sa langue mille fois avant de lâcher une formule si péjorative. La colonisation rappelle de mauvais souvenirs pour des immigrants venant des colonies tout comme les Québécois qui l’ont vécu et/ou ont eu connaissance du passé colonial par leurs parents ou grands-parents. Mais sa volonté systématique de se positionner dans la logique du « nous exclusif » et du « eux » a fini par traduire l’essence de ses propos. Son mépris vis-à-vis de cette catégorie de médecins lui a valu le titre de « Le « coloré » docteur Lamontagne » (l’Aut-journal, Léo-Paul Lauzon, 21 janvier 2009). Les patients québécois ne souhaitent pourtant que rencontrer des médecins compétents s’exprimant en français, peu importe leur origine.

En se comportant ainsi, Dr Lamontagne présumait que « les médecins des colonies » ne sont pas des Québécois.

Dans le domaine de la médecine, le Collège des médecins du Québec se comporte comme si le Québec était la référence mondiale en matière de pratique médicale. Loin de remettre en cause le professionnalisme des médecins qui servent les patients, il faut reconnaitre que cette corporation doit mettre de l’eau dans son vin. L’attitude nombriliste du Dr Yves Lamontagne frôle même l’arrogance. « La France est à l’inverse très ouverte aux médecins venant du Québec, note M. Lamontagne. «Pour une raison très simple: on peut plus leur en montrer qu’ils peuvent nous en apprendre.»[2].

Cette position du Collège des médecins du Québec (CMQ) démontre pourquoi la réciprocité de l’Arrangement de reconnaissance mutuelle signée par l’Ordre des médecins français et le Collège des médecins du Québec le 27 novembre 2009, dans la capitale française n’est toujours pas appliquée. Cette situation est dénoncée par la section québécoise de l’Assemblée des Français de l’Étranger dans un communiqué  de presse intitulé « Des Français dénoncent le corporatisme du Collège des médecins du Québec » (9 décembre 2009).

Les difficultés découlant de la non-application du principe de la réciprocité « un médecin en France est aussi un médecin au Québec et vice-versa » viennent corroborer l’idée suivant laquelle le CMQ restera toujours corporatiste et continuera toujours à remettre en cause la compétence des médecins diplômés à l’étranger, quelque soit leur provenance, leur formation ou leur expérience.

Si le CMQ ne respecte pas ses engagements vis-à-vis des médecins français, imaginez donc comment il en sera pour des médecins d’origine africaine, haïtienne, latino-américaine et maghrébine?

Un classement publié dans la dernière édition du magazine américain International Living sur « l’expatriation des retraités » confirme que la France a le meilleur système de santé au monde (AFP de Washington,  5 janvier 2010). Un classement établi depuis 30 ans se base sur «  des statistiques nationales et d’organisations internationales, complétées par les appréciations des correspondants du magazine dans le monde ».

Aussi, si l’on en croit au communiqué de presse du 21 juin 2000 du bureau de l’information de l’OMS intitulé «  L’OMS évalue les systèmes de santé dans le monde », la France est championne du meilleur système de santé mondial des 191 États membres. En se basant sur « les différents éléments de l’indice de performance » tels que la réactivité, l’équité de la contribution financière, le niveau de santé général, la distribution de la santé dans les populations, la répartition du financement, « Le rapport sur la Santé dans le Monde 2000- Pour un système de santé plus performant » nous informe que « [son] analyse conclut que la France fournit les meilleurs soins de santé généraux, suivie notamment de l’Italie, de l’Espagne, d’Oman, de l’Autriche et du Japon ».

On peut également lire dans ce communiqué que : « le rapport sur la santé dans le monde 2000 [publié par l’Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse] comprend un message du Directeur général de l’OMS, un résumé, six chapitres et des annexes statistiques. Les titres des chapitres sont les suivants : « Pourquoi les systèmes de santé sont-ils importants? », « La performance des services de santé est-elle bonne? », « Services de santé : sont-ils bien choisis et bien organisés? », « Quelles sont les ressources nécessaires? » et « Comment protéger l’intérêt général?».

Si les médecins étrangers étaient aussi incompétents que comme veut le faire croire le CMQ, comment se fait-il qu’ils puissent pratiquer dans les provinces anglophones (Ontario, Manitoba, Saskatchewan, Colombie-Britannique)?

La réorganisation du réseau de la santé du Québec est plus qu’urgente.

La réorganisation du réseau de la santé du Québec est plus qu’urgente. « Des patients meurent faute de soins », comme le mentionne la journaliste Ariane Lacoursière (La Presse du 25 février 2010). « Jusqu’à 27 semaines d’attente  [temps d’attente pour  les chirurgies du genou, de la hanche, de la cataracte, d'un jour et avec hospitalisation. résidants de Laval] », (Éric Yvan Lemay, Journal de Montréal, 28 juin 2010). « Délais d’attente déraisonnables dans les urgences : Des victimes demandent le respect des normes » titrait le journal Métro dans sa livraison du mardi 16 mars 2010. En effet l’auteure de cet article Jennifer Guthrie,  commentait, entre autres, les propos de l’avocat spécialisé Jean Pierre Ménard qui «  a demandé à Québec de faire appliquer rigoureusement le Guide de gestion de l’urgence…Ce guide, d’abord rédigé  en 2000, a été révisé en 2004 et en 2008. Il prévoit notamment les délais normaux d’attente dans les urgences ». «  Le système de santé n’est pas en mesure de garantir aux patients des soins dans les délais prévus. C’est très grave, a soutenu Me Ménard ».

La faillite du système de santé

Dr Amouzou, porte-parole de la Coalition des Associations de médecins diplômés à l’étranger (CAMEDE) a l’habitude de dire : « Un médecin, c’est bon dans un hôpital, ça peut aider, et le système a besoin d’aide ».

Certes l’intégration des médecins étrangers ne viendra pas résoudre toutes les difficultés du système de santé, mais il n’en demeure pas moins qu’il peut constituer une partie de la solution. Le système d’engorgement des urgences constitue un véritable problème de santé publique. La santé du patient se dégrade avec le délai d’attente. Certains patients se rendent en dehors du Québec pour se faire soigner. Le tourisme médical est une réalité que connaissent bien des patients québécois. Il devient incompréhensible de refuser aux mêmes médecins qui les ont soignés à l’extérieur de pratiquer au Québec. Un paradoxe aberrant du système médical !

Les Québécois se plaignent du coût économique très élevé du système de santé et en contrepartie ils n’en ont pas pour leur argent. 2 000 0000 de personnes sans omnipraticiens. Des patients qui s’inquiètent de voir leurs médecins de famille partir à la retraite. L’engorgement des urgences n’est pas prêt de se résorber. En 2010, le temps d’attente est estimé à 17 heures et demie en moyenne. Les délais d’attente pour le traitement de certaines maladies par les spécialistes sont trop longs. Voilà la triste réalité.

Une information a été donnée par Radio-Canada le 22 février 2010 sur une personne âgée du nom de Mme Mariette Fournier oubliée dans le corridor de l’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont depuis quatre jours. Le décès de cette patiente a ému tout le Québec.  Un autre cas révélé par La Presse canadienne le samedi 06 mars : Jean-Guy Pitre, était mort en mars 2010 au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) alors qu’il attendait une opération cardiaque (blocage de la valve de son aorte) depuis le mois de septembre 2010.

Le 18 octobre 2010, une désolante information a été diffusée par TVA Nouvelles 18h : André Desjardins, 64 ans, est mort à l’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont le 30 septembre dernier, après 7h d’attente sans intervention médicale. « Du déjà vu malheureusement » disait Pierre Bruneau au sujet du reportage de Félix Séguin « Mort à l’urgence ».

Sans chercher à noircir le tableau du système médical, on peut craindre malheureusement la multiplication de pareils scénarios, si les différents acteurs impliqués dans le domaine de la santé ne corrigent pas le tir. Il y a urgence !

Faudrait-il encore cinq ans pour régler le problème du système de santé pendant que des patients meurent dans les corridors faute de soins, que des patients attendent longtemps avant de se faire consulter par un médecin?

Le temps d’attente, les listes d’attente, les morts dans les corridors, les morts dans les urgences ou en attente de chirurgie, le manque de lits aux soins intensifs, le débordement dans les urgences, la pénurie de personnel médical font partie de la longue liste des dramatiques lacunes du système médical. Puisque la santé est l’affaire de tous, nous avons notre grain de sel à  y mettre.

L’intégration des médecins étrangers n’est pas seulement l’affaire de la Coalition des Associations de médecins diplômés à l’étranger (CAMEDE), de l’association Médecins d’Ailleurs, de l’Association des Médecins gradués de l’Étranger au Québec (AMEQ), du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) du Québec. Elle doit être la préoccupation de toute la société québécoise, dans son ensemble, pour une meilleure cohésion sociale. Il est temps que la situation change pour l’intérêt de toute la population québécoise.

*Ce texte fait partie d’une série de 16 articles publiés sur le sujet des difficultés d’intégration des médecins diplômés à l’étranger (MDE).


[1] Une page d’histoire est sur le point de se tourner, La Revue Le Collège, Volume 50, Numéro 4, Automne 2010.

[2] Entente France-Québec – Lamontagne craint l’afflux de «médecins des colonies», Antoine Robitaille, Le Devoir, 22 janvier 2008.

Dr Yves Lamontagne, président-directeur général sortant du Collège des médecins du Québec répétait souvent pour justifier le système d’évaluation du CMQ que  « les médicaments [ne] portent pas les mêmes noms partout, il faut les apprendre quand vous arrivez. Il y a des petites choses parfois que les gens ne voient pas et pensent que la médecine, c’est la même chose »[1].

La réalité reste que chaque industrie pharmaceutique qui sort un produit médical doit l’accompagner de son DCI (Dénominateur commun international). Ce qui permet à tous les professionnels de santé de prescrire où qu’ils soient. Des représentant médicaux ou délégués ou visiteurs médicaux (appellation dans d’autres pays), ont le rôle de promouvoir les nouveaux médicaments. Par exemple l’acétaminophène qui a déjà obtenu l’autorisation de mise sur le marché (ACM) est vendu aujourd’hui sous le nom de Tylénol fabriqué par le laboratoire Johnson & Johnson, une entreprise américaine.

« La formation additionnelle » des médecins étrangers

Dr Victor C. Glodboom, médecin et ancien gouverneur du Collège des médecins du Québec, remet les pendules à l’heure dans le cadre de la Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 : « Il y a, par exemple, des médicaments qui existent ici qui n’existent pas dans un autre pays, ou vice versa, et il y a des médicaments qui portent un nom différent. Mais, mon Dieu, le pharmacien d’aujourd’hui est capable de donner un fier coup de main au médecin pour qu’il s’adapte à nos réalités si les autres compétences sont là. » Il poursuit en disant ce que nous partageons sur toute la ligne : «  Ce que je trouve embêtant aussi, c’est qu’on va exiger une période additionnelle de formation, mais il n’y aura pas de place disponible pour cette formation. Et je trouve cela injuste au point où je me sens gêné lorsque je suis dans un autre pays et je rencontre des gens potentiellement intéressés à l’immigration vers nous, je suis un peu gêné de dire à un médecin: Oui, venez, parce que je ne peux en toute honnêteté lui dire que son chemin sera facile. »[2]

Dr Victor Glodboom est  une personne respectée et une sommité qu’on ne présente plus dans le milieu médical, institutionnel et communautaire. Il  sait ce dont il parle. Sa biographie disponible dans « le Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992 » en dit long sur son expertise dans le domaine médical. Cet ancien parlementaire (député libéral dans D’Arcy- McGee, en 1966 et réélu en 1970) et ministre des affaires municipales (1973-1976) fut professeur de pédiatrie, de sociologie et d’économie de la médecine à l’université McGill de 1950 à 1970. Il fut aussi président du comité sur l’Association médicale de la province de Québec et à l’Association médicale canadienne. Il a occupé le poste de Vice-président du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec de 1962 à 1966. Il est également consultant à l’Association canadienne des ergothérapeutes et à l’Association canadienne des physiothérapeutes. Il fut Directeur général du fonds de la recherche en santé du Québec (15 janvier 1990).

Son intervention à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 est une aubaine pour des personnes intéressées à entendre un autre discours que celui qui nous est souvent livré par le CMQ et les facultés de médecine. Il dresse une lecture exhaustive de la réalité du système médical qui va à l’encontre du discours ambiant des institutions corporatistes. Son témoignage est un outil précieux pour le sociologue que nous sommes. À ce titre, nous décortiquerons point par point ses arguments convaincants dans le but de les soumettre à la population québécoise. Nous reviendrons certainement dans nos prochains articles sur le contenu de ses analyses pertinentes sur les difficultés d’intégration des médecins étrangers. Il convient de le rappeler, il est un acteur qui a été dans le système médical, qui y a occupé des fonctions très importantes (médecin et ancien gouverneur du Collège des médecins du Québec) et qui est maintenant de l’autre côté de la table comme il le disait lui-même.

(Lire à ce sujet : Un autre discours sur l’intégration des médecins étrangers est possible par Doudou SOW)

Un autre point de vue pertinent nous permet également de déconstruire certains mythes sur la formation des DHCEU.

La formation équivalente des médecins étrangers

Le journaliste Fréderick Nicoloff avait posé une question intéressante au Docteur Réal Lacombe qui devrait permettre d’y voir un peu plus clair sur la formation des médecins étrangers : « Est-ce que la formation qu’ils ont reçue dans leur pays d’origine, est-ce qu’elle est à peu près la même ? »[3]

Dr Réal Lacombe, Directeur de la Santé publique et des Affaires médicales de l’Agence de la santé et des services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue répondait ainsi :

 «  Pour les médecins [ étrangers originaires du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord, d’Amérique latine, d’Europe de l’Ouest, de France, de Suisse, d’Europe de l’Est ] qu’on a accueillis chez nous, je pense que oui, c’est probablement assez équivalent [ avec la formation québécoise]…Tous ceux qui ont été recrutés [ avec des permis restrictifs] ont évidemment passé à travers ce processus-là [ des examens et stages d’évaluation] sans avoir besoin de faire plusieurs années de formation complémentaire.»[4]

L’Abitibi-Temiscamingue est la région citée comme exemple d’intégration des médecins étrangers. L’Abitibi-Temiscamingue (2% de la population du Québec [2007]), la région qui a recruté le plus de médecins étrangers avec des permis restrictifs (14%, 24 médecins [2007]). La filière des médecins libanais est très développée dans cette région.

Le système de santé québécois et même canadien n’est pas exempt de critiques.

La question de l’accessibilité aux soins

Dr Robert Ouellet, président sortant de l’Association médicale canadienne (AMC) vient mettre de l’eau dans le vin du système médical.

«Nous arrivons 30e sur 30 pays européens (sic) pour la qualité de notre réseau de la santé, précise le Dr Ouellet. Pourtant, le Canada est cinquième au monde en ce qui concerne l’argent investi dans la santé. Il faut donc revoir tout notre système: ce n’est pas normal, ce qui se passe dans nos urgences et ce n’est pas normal de trouver normal un délai d’attente de six mois pour une prothèse à la hanche.» (Vieillissement des baby-boomers: alerte au «tsunami gris», Sara Champagne, La Presse, 23 août 2010).

Certes le manque de médecins étrangers ou médecins québécois n’est pas le seul problème du système de santé québécois mais il n’en demeure pas moins qu’il peut constituer une partie de la solution aux difficultés du système d’engorgement des urgences. La santé du patient se dégrade avec le délai d’attente.

Les conséquences de la non-intégration des médecins se mesurent par les longues listes d’attente, le manque de médecins de famille, le coût économique (le coût économique des temps d’attente au Québec estimée à 2,8 milliards  selon une étude de 2008) comme le faisait d’ailleurs remarquer M. Éric Caire, ex porte-parole de l’opposition officielle (Action démocratique du Québec) en matière de santé et de services sociaux lors d’un point de presse en date du lundi 12 mai 2008.

Une commission d’enquête sur le système de santé est même demandée par les familles des victimes du système de santé. Les contribuables n’ont pas accès aux soins de santé. Combien de fois des patients n’ont-ils pas été déçus d’entendre des médecins leur dire qu’ils ne peuvent plus prendre de nouveaux patients? Combien de fois des personnes disent préférer se rendre directement à une pharmacie pour se procurer un Tylénol au lieu de se rendre aux urgences?

Le codage des actes

« Le président de la Coalition des associations de médecins diplômés à l’étranger (CAMDE), Comlan Amouzou, en a assez de se faire «tenir le même discours depuis plus de 30 ans». «Le problème, ici, c’est que les médecins sont payés à l’acte. Leur but est de voir le plus grand nombre de patients possible et ils n’ont plus de temps pour former les nouveaux médecins», avance-t-il. » (Lisa-Marie Gervais , « La pénurie de médecins de famille ne se résorbera pas, Le Devoir, 2 février 2009 ».

Les médecins ont donc intérêt à voir plus de patients pour faire passer la carte d’assurance-maladie.

(Lire à ce sujet : Corporatisme du Collège des médecins du Québec et intransigeance des facultés de médecine : la population québécoise prise en otage par Doudou SOW)

Malgré les recommandations de tous les rapports (Legault, Bazergui, Échavé) sur l’épineuse question de l’intégration des médecins étrangers, le problème de leur intégration sur le marché du travail reste et demeure.

*Ce texte fait partie d’une série de 20 articles publiés sur le sujet des difficultés d’intégration des médecins diplômés à l’étranger (MDE).  


[1] SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Les difficultés des médecins étrangers au Québec, Frédéric Nicoloff-6 avril 2007.

[2] Journal des débats de la Commission de la culture, version finale, 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008),  Le mardi 25 septembre 2007 – Vol. 40 N° 10. Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010. Audition: Congrès juif canadien, région du Québec (CJC-Québec) et Services d’assistance aux immigrants juifs (JIAS).

[3] SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Les difficultés des médecins étrangers au Québec, Frédéric Nicoloff-6 avril 2007.

[4] Ibid.

Les ordres professionnels sont des organismes régis par le Code des professions du Québec. Ils ont comme principale mission de s’assurer de la protection du public tout en veillant à la pratique et l’éthique professionnelle de leurs membres. La prudence et la vigilance doivent guider les institutions chargées de protéger le public. Aussi les règles de compétences professionnelles sont non négociables et sont égales pour ceux et celles qui aspirent occuper des fonctions dans ces domaines quelle que soit leur origine. Autrement dit, les immigrants formés à l’étranger ainsi que les Québécois doivent développer des compétences et qualifications nécessaires pour faire partie des ordres professionnels.

L’exercice de la pratique médicale est très contingenté au Québec dans le domaine des facultés de médecine. Peu de gens contestent une culture élitiste qui valorise les premiers de classe dans ces institutions d’enseignement. La protection du public et la qualité de la médecine constituent les deux mandats du Collège des médecins du Québec comme il est souvent indiqué dans leurs différents documents.

Des médecins étrangers qui demandent une simplification du processus avec des critères plus clairs ne sont pas opposés à ajuster leurs pratiques aux standards de la médecine québécoise, notamment le volet de la culture de la pratique. Ils sont conscients de la période d’adaptation nécessaire à leur intégration. 

La culture de la pratique

 Les différents acteurs du système médical ont le droit d’avoir un souci permanent sur la nécessité de se familiariser avec « des conditions d’exercice québécoises ».

La période d’adaptation est nécessaire à tout nouvel arrivant afin de comprendre le fonctionnement de la société dans son ensemble. Cette assertion est un consensus. L’approche de la médecine nord-américaine est différente des approches internationales. Pour cette raison, une adaptation à la culture québécoise et aux façons de faire du réseau de santé québécois est nécessaire voire incontournable pour certains médecins étrangers. À ce titre une intégration des médecins étrangers sur deux ans sous forme de jumelage professionnel avec un mentor dans le milieu hospitalier permettrait à certains d’entre eux une solide réadaptation aux conditions de la médecine québécoise. L’adaptation des médecins étrangers à leurs conditions d’exercice s’inscrit dans la perspective de mieux les aider à réussir leur pratique médicale. 

Certains programmes étant différents d’un système d’éducation européen, anglo-saxon, nord-américain que d’autres, il demeure évident que des formations d’appoint qui ne dépasseraient pas deux années d’études s’imposeraient pour combler certaines différences.

Si on prend le cas de l’ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ), son directeur général et secrétaire, M. Alain Colette, qui s’exprimait dans le cadre de la Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 disait au sujet des programmes menant au poste de technicien médical : « Nous, notre clientèle généralement vient [du] : Liban, Algérie, Maghreb. On a certains candidats qui viennent maintenant d’Amérique du Sud. La plupart des programmes ne contiennent pas un secteur d’activité, qui est la pathologie, et le Canada est d’ailleurs le seul pays, là, qui intègre cet élément-là. La France contient certaines similitudes, cependant il y a certaines différences qui nécessiteraient une courte formation d’appoint. Quand je dis «courte», c’est une courte formation d’appoint, on ne parle pas d’un an de formation ». “[1]

Nous saluons au passage le courage de cet ordre professionnel qui a présenté son mémoire à la Commission de l’Assemblée nationale, malgré toutes les critiques qui ont été faites aux ordres professionnels. Un esprit de collaboration qui démontre la transparence et le souci de faciliter l’intégration rapide des immigrants. C’est à ce titre que cet ordre a collaboré avec, entre autres, le Cégep de Rosemont « pour la mise en place d’un projet pilote de formation d’appoint » destiné aux immigrants [A.E.C. intégration à la profession; cohorte spécifique uniforme de 18 candidats ayant de besoins similaires]. C’est pourquoi il est nécessaire de s’assurer de la disponibilité des formations d’appoint.

Des médecins étrangers qui exercent au Canada jugent que la médecine est universelle et situent la différence dans les « approches ». Autrement dit, la culture de pratique nord-américaine est différente de celle de leurs pays d’origine. Sur ce dernier point, ils sont unanimes à penser que l’adaptation culturelle à l’exercice du métier est nécessaire. La familiarisation avec les méthodes de travail mais aussi les façons de faire sont indispensables pour comprendre la culture de pratique médicale. La méthodologie de la pratique du métier évolue en fonction de la réalité du milieu médical. Peut-on penser à une formation sur mesure ou un perfectionnement pour combler certaines lacunes?

(Lire à ce sujet : La différence de la formation des médecins diplômés à l’étranger  expliquerait-elle leur taux d’échec aux examens ?par Doudou SOW)

Nous partageons sans réserve les standards de qualité. Néanmoins, il faut être cohérent dans les démarches.

(Lire à ce sujet : Un autre discours sur l’intégration des médecins diplômés à l’étranger est possible par Doudou SOW)

Mise au point!

Il serait également exagéré de penser que les intervenants du milieu communautaire exigeraient un passe-droit pour les personnes immigrantes. Nous sommes le premier à dire que les règles doivent être égales pour tout le monde, dans une société juste et égalitaire. Mais il faut aussi aller jusqu’au bout de la logique. Quand on voit les multiples démarches que les personnes immigrantes font pour se faire reconnaitre auprès des ordres professionnels, il y a lieu de penser qu’il y a deux poids, deux mesures.

La réalité sur le terrain indique que certaines catégories de la population en font plus que les autres pour se faire reconnaitre leurs acquis professionnels. Loin de demander un « nivellement par le bas » des standards de qualité, il demeure évident de constater les difficultés liées à la lenteur de la reconnaissance des acquis et la lourdeur administrative des acteurs institutionnels. C’est un véritable parcours du combattant que se livrent les personnes immigrantes désireuses de faire partie des professions réglementées. Des obstacles se dressent devant elles au fur et à mesure qu’elles pensent voir le bout du tunnel. C’est à se demander si elles peuvent réussir à intégrer ces ordres professionnels qui font preuve de corporatisme. Les rares cas de réussite qui émergent du lot sont présentés comme des modèles parmi les modèles.

Un véritable parcours titanesque qui en décourage plus d’un et qui n’incite pas les personnes à faire leurs démarches. Ces personnes s’avouent vaincues avant même de commencer à faire leurs démarches. Il faut vraiment être très motivé et prêt à déplacer des montagnes pour s’engager dans la bataille de la reconnaissance partielle des compétences. L’ouverture des ordres professionnels est une condition indispensable pour une intégration rapide des personnes immigrantes.

Les médecins étrangers tout comme les personnes immigrantes de manière générale ne demandent pas de passe-droit dans l’évaluation de leurs compétences mais sont en droit d’exiger une reconnaissance de leurs efforts et de leur mérite. Ils souhaitent une simplification des procédures pour une intégration rapide sur le marché du travail. À force de se faire cogner le nez à la porte, ils finissent par se décourager et invitent aussi d’autres personnes immigrantes à ne pas suivre les différentes procédures d’intégration économique et/ou de retour aux études ou des formations sur mesure.

Même s’il devient impératif de bien défendre le public pour assurer de meilleurs services à la population, il n’en demeure pas moins que le Collège des médecins du Québec (CMQ) ainsi que les facultés de médecine ne facilitent pas l’intégration des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis. Ils privent ainsi à la population québécoise des médecins compétents.

(Lire à ce sujet : Corporatisme du CMQ et intransigeance des facultés de médecine du Québec : la population québécoise prise en otage par Doudou SOW)

Martin Lemay, ex-porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration et de communautés culturelles du 25 avril 2007 au 5 novembre 2008 (Parti québécois), qui regrettait l’absence du Collège des médecins du Québec à la Commission parlementaire avait raison de dire que les différentes institutions  ont « le droit de vie ou de mort professionnelle» sur les médecins étrangers.

Concernant la reconnaissance de la qualification des médecins étrangers, M. Lemay disait à juste titre que « ces gens-là [les médecins formés à l’étranger] ont quatre étapes [à franchir], et, à chacune des étapes [certificat de sélection, ordre des médecins, facultés de médecine, institutions d’embauche], l’institution concernée a un droit de vie ou de mort professionnelle »[2].

Nous sommes rendus à une époque où ces différents acteurs se prennent pour Dieu sur terre.

*Ce texte fait partie d’une série de 20 articles publiés sur le sujet des difficultés d’intégration des médecins diplômés à l’étranger (MDE).


[1]Journal  des débats de la Commission de la culture, Version finale, 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008),  Le mercredi 19 septembre 2007 – Vol. 40 N° 8, Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010.

Audition : Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ).

[2]Journal des débats de la Commission de la culture, version finale, http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/cc-38-1/journal-debats/index.html38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008),  Le mardi 25 septembre 2007 – Vol. 40 N° 10. Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010. Audition: Congrès juif canadien, région du Québec (CJC-Québec) et Services d’assistance aux immigrants juifs (JIAS).

Devant le refus du Collège des médecins du Québec (CMQ) d’intégrer des médecins étrangers, il serait intéressant d’entendre d’autres voix autorisées pour nous éclairer sur le labyrinthe que représente le système médical. Une autre lecture du problème des médecins diplômés à l’étranger (MDE) permet de sortir des sentiers battus et de relativiser les arguments du CMQ et des facultés de médecine. Qui peut mieux faire que le Dr Victor Charles Goldbloom qui connaît très bien le système.

Une lecture exhaustive de la réalité du système médical qui va à l’encontre du discours ambiant du CMQ et des facultés de médecine

Dr Victor C. Goldbloom connaît le problème des médecins étrangers du bout des doigts. Le président du comité sur l’Association médicale de la province de Québec et à l’Association médicale canadienne et vice-président du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec de 1962 à 1966 affirmait avec pertinence ceci : « Je suis médecin, je suis un ancien gouverneur du Collège des médecins du Québec, alors je connais le problème des deux côtés de la table. Et il y a eu un peu de progrès, mais le progrès a été surtout une meilleure information sur les exigences. Mais je dois procéder de façon anecdotique, je n’ai pas fait d’étude scientifique. Mais j’ai rencontré, il n’y a pas longtemps, un architecte avec 20 années d’expérience, et l’ordre professionnel lui a dit : Il vous faut quatre années d’études avant d’être reconnu ici; un médecin, un chirurgien qui a fait 1 000 remplacements de hanche dans son pays et qui est obligé de faire deux années d’études avant d’être accepté comme chirurgien ici [1]». Le professeur de pédiatrie, de sociologie et d’économie de la médecine à l’Université McGill de 1950 à 1970 poursuit en ces termes : « Je trouve que nous sommes sévères, indûment sévères dans cela. Je n’exagère qu’à peine en disant que c’est comme si nous disons aux Québécois et Québécoises : Vous êtes mieux de ne pas avoir un médecin que d’avoir un médecin qui à nos yeux n’est pas encore parfait. Je trouve que nous n’avons pas eu recours suffisamment au mentorat. Et je souligne que, lorsqu’on demande à un médecin qui vient d’un autre pays de faire, disons, deux années de résidence dans un hôpital, ce genre d’expérience n’est pas absolument pertinent aux soins des familles. Et nous savons qu’il y a énormément de familles québécoises qui cherchent désespérément à trouver un médecin de famille et sans succès ».

Dr Goldbloom répondait ainsi aux questions de Martin Lemay, ex-porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration et de communautés culturelles du 25 avril 2007 au 5 novembre 2008 (Parti Québécois). M Lemay qui regrettait l’absence du Collège des médecins du Québec à la Commission parlementaire cernait très bien les problématiques délicates vécues par les médecins étrangers. « …Il y a trois étapes, j’oserais dire, de vie et de mort professionnelle pour ces gens-là [médecins étrangers] : ils passent la première ― on l’a vu dernièrement, d’ailleurs ― soit le Collège ou l’Ordre, et là ils sont refusés ou ils ne sont pas acceptés comme résidents ».

Poursuivant son raisonnement pertinent, il soulignait ceci : « c’est des travaux d’Hercule qu’on leur exige, là, à ces gens-là [médecins étrangers], qui très souvent, encore une fois, M. le Président, [de la Commission de la culture à l’Assemblée nationale] ont pratiqué nombre d’années ».

Un programme de mentorat entre médecins formés à l’étranger et médecins en pratique au Québec serait un atout pour lever certaines barrières comme le suggérait Dr Goldbloom.

Le mentorat comme une des solutions à l’intégration difficile des MDE

Le consultant à l’Association canadienne des ergothérapeutes et à l’Association canadienne des physiothérapeutes et par ailleurs directeur général du fonds de la recherche en santé du Québec (15 janvier 1990) propose le mentorat pour faciliter une meilleure intégration des médecins diplômés à l’étranger : « Et c’est pour ça que j’ai mis l’accent sur le mentorat. Je pense que, si, sur une période de quelques mois, on affecte un nouveau venu à un médecin expérimenté qui va surveiller sa pratique quotidienne et qui devra recevoir une rémunération pour ce mentorat, mais je pense qu’on aura assez rapidement une appréciation de la qualité de cette personne. Et, plutôt que de dire automatiquement : Il faut que vous fassiez une année, deux années ou même plus de formation additionnelle, l’on devrait trouver moyen de mieux apprécier la compétence professionnelle des gens dans tous les domaines et les accueillir comme membres à part entière de notre société si nous les jugeons compétents ».

La pertinence des échanges entre le député du Parti Québécois et l’ancien parlementaire d’allégeance libérale a démontré que le contenu de la discussion laissait peu de place à la partisannerie. L’ex-porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration et de communautés culturelles faisait ressortir des points importants à l’effet que les ordres et les facultés de médecine avaient « un droit de vie et de mort professionnelle » sur les médecins étrangers.

Dans ce même registre, Dr Amir Khadir de Québec Solidaire avait raison de dénoncer les « réflexes corporatistes » du Collège des médecins du Québec dans les colonnes du journal indépendant Le Devoir[2].

Un problème endémique

Malgré les outils facilitant la reconnaissance des acquis, peu de médecins diplômés hors Canada et États-Unis (DHCEU) ont vu leur situation s’améliorer. Certaines statistiques indiquent que 3000 médecins diplômés à l’étranger ne peuvent pas exercer dans la Belle Province (Source : Médecins d’Ailleurs, 2008).

Yves Bolduc, ministre de la Santé et des Services sociaux qui a des problèmes[3] avec, entre autres, les médecins spécialistes, les infirmières, les médecins résidents évoque rarement les difficultés des médecins étrangers contrairement à son prédécesseur Philippe Couillard qui même s’il se montrait impuissant intervenait plus sur cette question. Acculé de toutes parts, le ministre qui a été nommé le 25 juin 2008, avant même d’être élu député, par le premier ministre Charest pour régler le problème de l’attente dans les urgences fait de la problématique de l’intégration des médecins étrangers le parent pauvre de son ministère.

Pourtant, les régions manquent souvent de main-d’œuvre surtout dans le domaine de la médecine de famille. Dans un domaine où la pénurie est criante, celui de la médecine familiale, on refuse de donner la chance aux médecins étrangers qui avaient obtenu tous leurs prérequis. Les facultés de médecine et le Collège des médecins du Québec empêchent les professionnels immigrants de pratiquer leur métier.

Au Québec, la culture organisationnelle établit un système de mérite : les bonnes personnes à la bonne place. Pourquoi en serait-il autrement pour les médecins étrangers ? L’intégration des médecins étrangers doit être un combat pour faire avancer les lois progressistes de la société québécoise basées sur l’inclusion.

L’intégration difficile des médecins étrangers jette un discrédit sur la politique d’immigration québécoise. Elle entraîne des dommages collatéraux au niveau de l’image du recrutement, de la sélection et de l’intégration des immigrants. Au moment où la conclusion d’un récent rapport du Conference Board présente le Canada comme « un pays plus innovateur et plus compétitif grâce à l’immigration »[4], les immigrants établis sur le sol québécois ne demandent qu’à faire partie intégrante d’un Québec solidaire, inclusif et ouvert au monde.


[1] Journal des débats de la Commission de la culture, version finale, 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008),  Le mardi 25 septembre 2007 – Vol. 40 N° 10. Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010. Audition: Congrès juif canadien, région du Québec (CJC-Québec) et Services d’assistance aux immigrants juifs (JIAS).

[2] Le Collège des médecins sera moins contraignant avec un groupe de professionnels étrangers, Louise-Maude Rioux-Soucy, Le Devoir, 17 octobre 2007.

[3] « Yves Bolduc: un ministre dans l’embarras », tel est le titre de l’article de Pascale Breton, La Presse, 15 août 2009

[4] Conference Board du Canada : Les immigrants, moteur de l’innovation, Radio-Canada, 15 oct. 2010.

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