Doudou_bureau interculturalismeLes conseillers en emploi entendent très souvent les doléances des médecins, des ingénieurs et des avocats qui pratiquaient des métiers et fonctions très valorisés dans leur pays d’origine. En arrivant au Québec, les immigrants appartenant à des professions réglementées perdent ce statut professionnel et doivent lutter pour leur survie financière. Le renforcement positif, une des caractéristiques de la société québécoise, devient dès lors nécessaire pour gagner et regagner la confiance de ces professionnels étrangers.

Les nouveaux arrivants sont confrontés à des problématiques difficiles : ils entendent par ci et par là que le marché du travail québécois est fermé, qu’il existe des obstacles ou une fermeture des ordres professionnels, que les employeurs ne reconnaissent pas leurs compétences et que le taux de chômage est très élevé dans cette même frange de la population : difficile de ne pas sombrer dans le défaitisme dans ce cas-là. La dépression peut s’ensuivre très rapidement. C’est dans ce cadre que les conseillers en emploi interviennent pour apporter un discours positif.

Les professionnels de l’employabilité reconnaissent, certes, qu’il existe des problèmes au niveau de la société, mais ils accompagnent les chercheurs d’emploi dans la voie de la réussite. Ils travaillent sur l’image positive des nouveaux arrivants, mais demandent également que les politiques fassent leur part en sensibilisant la société d’accueil et les employeurs sur l’importance de la gestion de la diversité culturelle. La solution de leurs problèmes passe par une mobilisation de tous les acteurs de la société (État, société civile, employeurs et évidemment eux-mêmes).

Les conseillers en emploi font un suivi, surtout dans les premières semaines d’intégration professionnelle qui demeurent fondamentales pour les nouveaux employés, particulièrement pour les nouveaux arrivants. C’est une période charnière qui peut entraîner un congédiement rapide de la personne immigrante si elle n’est pas bien encadrée. « L’article 82 de la Loi sur les normes du travail prévoit que, à l’intérieur des trois premiers mois de probation, l’employeur peut congédier un salarié sans préavis. Après cette période, il doit lui donner une semaine de préavis de licenciement[1]. »

Le travail de collaboration entre les conseillers en emploi permet à chacun d’entre eux d’utiliser le réseau et l’expertise d’un collègue pour faciliter le placement en emploi, mais aussi référer les personnes aux bons services ou organismes partenaires.

[1] Marie-Claude Marsolais, « Période probatoire : mode d’emploi », Jobboom, 19 avril 2010.

Publié par : Doudou Sow | 16 octobre 2014

Question sur la fameuse expérience québécoise

Publié par : Doudou Sow | 16 octobre 2014

Débat sur la fuite ou circulation des cerveaux étrangers

Publié par : Doudou Sow | 14 octobre 2014

La question de la surqualification des immigrants

Doudou SOIIQ2(La première impression est toujours la meilleure; dit-on souvent.)

La première impression est un élément important dans le processus de sélection québécois. Mais si l’on se réfère à l’interactionnisme symbolique du sociologue et linguiste américain d’origine canadienne, Erving Goffman[1], on pourrait imaginer un théâtre où chaque acteur joue un rôle (La présentation de soi (la mise en scène de la vie quotidienne, tome 1). Même si la recherche d’emploi est une affaire sérieuse, les employeurs se fient aux gestuels, aux mimiques, à la posture, à l’élocution et donnent une chance à la personne qui correspond le mieux aux compétences génériques et relationnelles. Un proverbe sénégalais décrit très bien la perception de la première impression. « Wuudé, na mu la gise, la lay ëwale : «  Le cordonnier travaille pour toi comme il te voit » (traduction littérale). Les employeurs ne donnent souvent pas une seconde chance aux candidats de donner une première bonne impression.

Les immigrants sont très motivés et adoptent une attitude positive au début de leur arrivée au Québec. Ils sont dans une phase euphorique et entretiennent une relation lune de miel avec la société d’accueil. Ils donnent ainsi l’image d’un couple qui vient juste de convoler en justes noces. Mais cette lune de miel se termine au fur et à mesure que la personne immigrante éprouve des difficultés à se trouver un emploi dans sa terre d’accueil.

Une culture de la persévérance renforce un meilleur état d’esprit des nouveaux arrivants dans leurs démarches de recherche d’emploi (moral très bas, frustration, manque d’expérience québécoise, concurrence avec de nouveaux chômeurs québécois très expérimentés.) Le constat reste que la crise économique affecte tout le monde, mais est vécue différemment par des personnes immigrantes qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise. Les chercheurs d’emploi immigrants doivent tout faire pour garder leur motivation intacte afin de se démarquer des autres candidats locaux à la recherche d’emploi.

Ils doivent, certes, être maîtres dans l’art de communiquer, mais en même temps faire leur la culture sisyphéenne de la persévérance. Cette démarche s’inspire du mythe de Sisyphe dans la mythologie grecque. Puni par les dieux, Sisyphe essayait continuellement de faire remonter le rocher en haut de la montagne. Ce courage sans faille, mais épuisant, reflète à bien des égards celui qu’exige la recherche d’un emploi. Entendons-nous bien ici, l’emploi est le premier facteur intégrateur et socialisateur de l’individu dans la société. C’est grâce à l’emploi que la personne se sent parfaitement intégrée à la société d’accueil.

Il convient de noter que, malgré certains obstacles à la recherche d’emploi, certaines personnes immigrantes ne prêtent pas le flanc au découragement. Dotées d’un tempérament de fonceur, elles essaient de mettre tous les atouts de leur côté afin de surmonter les difficultés liées aux exigences des ordres professionnels, à la non-reconnaissance des diplômes et des acquis, et à la barrière linguistique. Question de caractère bien sûr, mais dont on peut aussi s’inspirer.

[1] Selon l’interactionnisme symbolique,  « L’objet est situé dans un cadre de réseaux de relations » (interactionnisme, interrelationnisme, symbolisme, ethnométhodologie).

integration03L’emploi est le premier facteur socialisateur et intégrateur de l’immigrant dans la société québécoise. Le milieu de travail, comme espace de socialisation et d’ouverture à la société d’accueil, constitue une référence identitaire inclusive.

Le milieu de travail permet, aussi bien à l’immigrant qu’au Québécois, de se découvrir mutuellement, de briser les barrières. Il est le lieu d’apprentissage de la culture québécoise. Le travail, facteur de socialisation, amène à réfléchir et à épouser les traits culturels de la société d’accueil. L’approche gagnante de l’intégration passe à la fois par une insertion et un maintien en emploi, mais aussi par une adhésion aux valeurs de la société québécoise.

Il serait inapproprié d’affirmer que tous les immigrants ne veulent rien savoir de la culture québécoise. La généralisation devient abusive à ce moment-là. L’apprentissage de la culture québécoise est un élément fondamental dans l’intégration socioprofessionnelle de l’immigrant. Il est une condition sine qua non dans le cheminement d’une intégration réussie. Il est important de comprendre la culture organisationnelle, la manière d’interagir avec les membres de l’équipe, ce qui aide l’immigrant à donner une première bonne impression à l’employeur.

Les immigrants ont absolument besoin de comprendre davantage les spécificités de la société québécoise (son histoire, ses valeurs fondamentales, les us et coutumes, etc.) afin de bien aborder leurs interlocuteurs qui se trouvent être les employeurs. Dans notre article intitulé « Le mentorat, une valeur ajoutée à la cohésion sociale », nous défendons le point de vue suivant lequel le mentorat, qui permet de décrypter certains codes culturels, devrait être adapté à une réalité interculturelle. Un rapprochement interculturel permet de rompre l’isolement de ces néo-Québécois, qui sont parfois isolés et, par définition, sont en difficulté vis-à-vis de la société (le chômage), vis-à-vis de la recherche d’emploi (ils ne connaissent pas les spécificités du monde du travail québécois, ils viennent juste d’arriver et vivent des problèmes d’acculturation, ils ne maîtrisent pas encore les méthodes dynamiques de recherche d’emploi, ils ne savent pas bien se vendre lors des entrevues, etc.).

La création du lien social rompt l’isolement et atténue le sentiment de découragement qui peut naître chez les immigrants. Comme la recherche d’emploi est un véritable parcours du combattant, le mentoré a parfois besoin d’une « petite tape dans le dos » encourageante. Cette approche psychosociale apporte une certaine confiance à l’immigrant.

L’immigrant perçoit chez le Québécois [de souche] une ouverture et une certaine volonté de l’aider à trouver son propre chemin. Ce coup de main renforce davantage le développement du sentiment d’appartenance à la société d’accueil, la cohésion sociale et le vivre-ensemble. L’éthique de la solidarité et du principe « du donner et du recevoir » constitue le ciment de ces initiatives citoyennes.

Les immigrants doivent, certes, faire des efforts pour s’intégrer culturellement, mais la société d’accueil a aussi la responsabilité de les aider à réussir une intégration économique et sociale. En clair, une personne immigrante doit aller vers le Québécois, mais ce dernier doit aussi s’ouvrir à elle.

Le lien entre la langue et l’emploi est, sans nul doute, au cœur du processus d’intégration des personnes immigrantes. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie. L’intégration pleine et entière de l’immigrant se mesure à l’insertion en emploi à la hauteur de ses compétences.

Le rapport entre la maîtrise de la langue et l’intégration peut se révéler intéressant, mais pas tout le temps efficace au niveau de l’obtention d’un emploi. Pour preuve, le taux de chômage le plus élevé est observé chez des personnes qui maîtrisent très bien la langue française, à savoir les Maghrébins et les Noirs africains francophones.

Pour développer le sentiment d’appartenance des personnes immigrantes à la société québécoise, il demeure évident que la question de l’emploi constitue un paramètre incontournable.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

Doudou présenté à la ministre par Éva Lopez et Stephan  Le Québec accueille la diversité dans une perspective interculturelle. Le Québec se définit par une histoire qui lui est propre et qui fait son unicité. La langue française joue le rôle de marqueur de l’identité québécoise.

Le Québec est une société inclusive basée sur le consensus et le compromis. L’acceptation de l’autre et la tolérance ne sont pas des acquis. Il faut une veille quotidienne par l’éducation et la sensibilisation. Il faut encourager les immigrants à s’imprégner des valeurs de la société par la sensibilisation et non par la coercition. Il faut à ce titre établir des espaces de dialogue ou arbres à palabres pour recoudre le tissu social. L’enseignement de la culture québécoise aux nouveaux arrivants, qui se fait déjà aux différentes séances d’information sur les valeurs québécoises, est une bonne chose à saluer.

En commission parlementaire, l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, insistait souvent sur l’importance de « vendre la diversité » à la population québécoise.

Le phénomène de la diversité est relativement nouveau au Québec. La promotion de la diversité est une démarche efficace qui sensibilise davantage la société d’accueil à l’ouverture des personnes venues d’ailleurs pour enrichir le Québec sous toutes les facettes. C’est un premier pas de célébrer le mois de l’histoire des Noirs [entré en vigueur le 1er février 2007 sous le règne du gouvernement libéral provincial], mais aussi d’avoir une semaine contre le racisme et une semaine de rapprochement interculturel, des moments privilégiés pour faire la sensibilisation sur l’apport positif de l’immigration. Mais le gouvernement doit aller plus loin en changeant les manuels scolaires, en vantant la contribution des Noirs, comme on l’a fait pour combattre le sexisme.

Les représentants des différentes communautés culturelles doivent éviter de crier le racisme à tort et à travers pour ne pas décrédibiliser ce concept trop chargé d’émotions. Un peu de nuance dans les propos des représentants des communautés culturelles ferait énormément de bien à celles-ci. L’enseignement de l’histoire doit également intégrer l’histoire des minorités culturelles dans une perspective inclusive et pédagogique.

Si tous les outils d’employabilité existent au Québec, il n’en demeure pas moins un problème d’arrimage ou d’harmonisation de certaines pratiques. Il faut davantage valoriser le capital humain et changer la mentalité où les attitudes des employeurs réticents à l’égard de certaines communautés (rapport sur la discrimination patronymique, rapport sur les médecins étrangers) deviennent un problème de société.

La précarisation des personnes immigrantes avec son corollaire l’exclusion sociale d’une catégorie de la population peuvent avoir une incidence sur le projet de cohésion sociale.

Le sous-emploi des nouveaux arrivants est une réalité vécue dans le processus d’intégration du marché du travail. Le revenu des immigrants, le taux de chômage des immigrants, les emplois atypiques, la « racialisation » de la pauvreté nous renseignent sur les difficultés d’intégration de cette catégorie de personnes.

L’immigration n’est certes pas une panacée, mais fait partie intégrante des solutions sur le plan démographique, économique et linguistique.

Publié par : Doudou Sow | 30 septembre 2014

Le portrait de l’immigration québécoise

Publicite MentoratLe Québec qui compte plus de 8 000 000 d’habitants est composé d’un très grand territoire divisé en 17 régions administratives. Le Québec est la seule province au Canada à choisir et à maîtriser son immigration en vertu de l’entente Canada-Québec en matière d’immigration du 1er avril 1991.

Le Québec a l’avantage de sélectionner des immigrants qualifiés et très instruits contrairement à certains pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Danemark. Un travailleur qualifié est une personne immigrante choisie en fonction de plusieurs critères. Les personnes immigrantes ont été choisies pour leurs compétences et leurs expériences personnelles, leur niveau de scolarité, mais aussi pour le fait français.

On observe quatre grandes catégories dans le domaine de l’immigration permanente. Les travailleurs qualifiés, les travailleurs autonomes, les entrepreneurs et les investisseurs constituent les « sous-catégories » de la catégorie « immigration économique ». Les trois autres grandes catégories se répartissent ainsi : le regroupement familial, les réfugiés et personnes en situation semblable, et les autres immigrants.

Selon les données préliminaires du Bref portrait de l’immigration permanente tirée de la Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec, « en 2013 […] [la part de l’immigration] économique [représentait] : 67,1 % (comprenant les travailleurs qualifiés, 58,3 %, les gens d’affaires, 7,7 % et les autres économiques, 1,0 %, majoritairement des aides familiaux résidants); regroupement familial : 23,9 %; réfugiés et personnes en situation semblable : 8,1%; autres immigrants (motifs humanitaires et d’intérêt public) : 1,0 % ».

Le document de consultation sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 indique que :

« En 2010, les principales caractéristiques des personnes immigrantes admises se déclinaient ainsi : 69,4 % des personnes immigrantes avaient moins de 35 ans, dont 45,2 % avaient moins de 24 ans; la répartition entre les hommes et les femmes était à peu près égale; 65,1 % des personnes immigrantes connaissaient le français; chez les travailleurs qualifiés, cette proportion atteignait 77,3 %; près des deux tiers (65,7 %) des personnes immigrantes de 15 ans et plus possédaient au moins 14 années et plus de scolarité; 76,4 % des personnes immigrantes de 15 ans et plus déclaraient se destiner au marché du travail[1] ».

Le portrait de l’immigration change dans presque tous les pays comme en atteste la composition de la provenance des immigrants. L’immigration économique non européenne supplante au Québec et au Canada l’immigration dite traditionnelle. La diversification de l’immigration est bien mentionnée dans le document de consultation du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (récemment devenu le  ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI):

« Au cours de la décennie 1980‑1990, cette immigration était majoritairement d’origine européenne. En 2010, moins de 20 % de l’immigration accueillie est originaire de ce continent, comparativement à plus de 35 % pour le continent africain et à environ 25 % pour l’Asie. De fait, les personnes immigrantes admises au Québec en 2010 étaient originaires de 185 pays[2]. »

En 2008-2012, le Maroc, l’Algérie, la France, la Chine et Haïti constituaient les cinq principaux pays de naissance des nouveaux arrivants au Québec si l’on se fie aux données publiées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ)[3].

Le Québec accueille 50 000 immigrants par année. Les plans annuels d’immigration ainsi que les objectifs du niveau d’immigration sont fixés dans le cadre d’un plan triennal par les commissions parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec. Des organismes communautaires, entreprises, syndicats et personnes indépendantes partagent leurs réflexions et expériences avec les membres de la Commission.

La population immigrante se féminise de plus en plus. En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012‑2015, la chargée du projet Femmes dans les secteurs non traditionnels d’Action Travail des femmes (ATF), Mme Lorena Favier, insistait d’emblée sur la féminisation de l’immigration :

« […] entre 2004 et 2008 les femmes représentaient 51,6 % de la population… de l’immigration récente. […] À la ville de Montréal, les immigrantes représentent à elles seules 45 % de la population féminine totale de la ville. Il s’agit de données primordiales pour penser adéquatement [les] politiques d’immigration et d’intégration [du Québec][4]. »

En plus de la féminisation du phénomène migratoire, de la nouvelle diversification de l’immigration, on remarque également au Québec une nouvelle configuration de l’immigration qui se manifeste à travers le programme de l’expérience québécoise (PEQ). Les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers constituent les nouveaux bassins de recrutement de travailleurs qualifiés.

Le Québec accueille la diversité dans une perspective interculturelle. Le Québec souhaite sélectionner des immigrants facilement intégrables aussi bien sur le plan culturel qu’économique. Les critères de la grille de sélection laissent apparaître “Un arbitrage délicat” selon le document de planification du MICC (MIDI).

Le cahier les affaires sur l’immigration, dans son numéro du 28 avril 2012 qui reprenait les données préliminaires du MICC pour 2011, informe que les nouveaux arrivants se sont « installés (de 2007 à 2011) [dans ces régions] : Montréal 72,1%, Montérégie 7,9%, Laval 5,5%, Québec 4,5%, Outaouais 2,7%, Estrie 2,2%, Autres 5,1%».

Une répartition inégale de l’immigration n’a pas que des conséquences économiques, elle entraîne souvent une forte concentration des immigrants dans certains quartiers de Montréal. Cette situation influence la perception de la population locale qui y voit des difficultés concrètes de vivre ensemble de façon harmonieuse. Une meilleure répartition de l’immigration permettrait la diversité ethnoculturelle à travers toutes les régions du Québec.

Le pourcentage de personnes immigrantes déclarant connaître le français a connu une augmentation significative si l’on se fie aux chiffres du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC)- 57 % en 2006 et 2007, 60 % en 2009, 63,4 % en 2011, 61,6 % en 2012-.

Malgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible. L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre responsable de la Charte de la langue française, tout comme sa prédécesseure, insistait dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour l’exercice financier 2013-2014 sur l’exigence d’une hausse du niveau de connaissance du français en ce qui a trait à la grille de sélection des travailleurs qualifiés.

La valorisation du niveau de la langue française ou une meilleure connaissance ou maîtrise de la langue avait poussé le gouvernement libéral à mettre en place une nouvelle orientation (3) sur l’évaluation objective du niveau réel de connaissance du français.

L’autodéclaration de la connaissance du français au moment de la sélection du candidat qui a cédé la place à un test standardisé depuis le 6 décembre 2011 (valable aussi pour l’anglais) devrait permettre d’identifier plus facilement de meilleures compétences linguistiques pour intégrer rapidement le marché du travail québécois et canadien. Le Québec, dans ce cas de figure, suit la tendance ou la règle des pays recourant à l’immigration choisie (Australie, Canada anglais, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Pays-Bas).

La maîtrise de la langue française qui constitue un outil d’intégration socioéconomique n’est cependant pas le seul paramètre pour une intégration rapide en emploi, du moins pour certaines catégories de la population. Les Maghrébins, les Noirs africains et les Haïtiens, qui ont une très bonne maîtrise de la langue française et un niveau de qualification très élevé, peinent à trouver un emploi dans leur domaine de compétences dans la société québécoise francophone : un véritable paradoxe.

En ce qui concerne la participation des immigrants au marché du travail québécois, la Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec du MIDI indique que :

« En 2013, comme pour les années précédentes, la population immigrée d’arrivée très récente (5 ans ou moins) affiche un taux de chômage plus élevé que celui de l’ensemble de la population immigrée (14,6 % contre 11,6 %). Le taux de chômage des personnes immigrantes diminue avec la durée de résidence. Il était de 11,2 % chez celles arrivées il y a 5 à 10 ans et de 10,8 % chez celles arrivées il y a plus de 10 ans. »

Il convient de préciser que les chiffres sur la baisse du taux de chômage des immigrants doivent toujours être sérieusement examinés quant au type d’emploi (précaire ou non), à la correspondance de ces emplois avec les domaines de compétences des immigrants mais également aux conditions dans lesquelles ils occupent ces emplois.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]     Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de Consultation 2012-2015, avril 2011, p3-4, 33 p.

[2]     Ibid; p.23.

[3]     En ligne, http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/quebec_statistique/pop_imm/pop_imm_7.htm [Consulté le 28 janvier 2013]

[4]     Audition Action Travail des femmes et Fédération des femmes du Québec, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », n° 11, 18 août 2011.

Publié par : Doudou Sow | 29 septembre 2014

Le dialogue interculturel, une nécessité pour le Québec

images Decryptage Bouchard TaylorDans des moments difficiles comme ceux vécus par le Québec durant la période des accommodements raisonnables et du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises, il faudra davantage « Échanger pour s’entendre », un crédo de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.

Le Québec constitue un laboratoire social à plusieurs égards. Cette société, distincte par sa langue, a réussi à faire valoir la richesse de la langue française dans un contexte nord-américain. Elle doit composer avec l’immigration pour assurer sa croissance économique tout en veillant aux valeurs qui la définissent en tant que peuple minoritaire.

L’importance du dialogue entre les communautés devient une priorité nationale dans un contexte de diversité. La question de l’adhésion aux valeurs communes québécoises fait que la personne immigrante est partagée entre les deux solitudes : le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois. Le fait d’être partagé entre deux cultures, et même plusieurs cultures, complexifie la situation de l’immigrant par rapport à la société d’accueil.

Le dialogue interculturel est plus que nécessaire dans des sociétés complètement métamorphosées (religion qui n’est plus le marqueur de l’identité, individualisme de plus en plus rampant, sentiment de prospérité de plus en plus absent, etc.). Le rapprochement interculturel devient de plus en plus important dans le contexte actuel du déchirement ou de la chicane identitaire.

Il faut favoriser une meilleure mixité sociale au plan de l’intégration des personnes immigrantes. L’interculturalisme permet de s’approprier des éléments positifs de la société d’accueil tout en apportant des aspects positifs de sa culture d’origine.

Des programmes de sensibilisation sur l’histoire, les us et coutumes des Québécois constituent une nécessité pour la compréhension mutuelle entre les Québécois d’ascendance canadienne et les néo-Québécois. Des sujets relatifs à l’environnement sociopolitique du Québec qui mettent l’accent sur le contrat moral et la Charte québécoise des droits et libertés, la géographie, l’histoire et la culture du Québec, le système politique canadien et le système politique québécois, la primauté de la langue française au Québec, les valeurs et les fondements de la société québécoise peuvent renforcer le sentiment d’appartenance de ceux et celles qui font partie intégrante de l’avenir du Québec.

Des programmes de rapprochement interculturel permettent à un néo-Québécois de faire la connaissance des membres de la société d’accueil. La complexité des relations humaines nécessite des outils de communication efficaces comme celui du programme de rapprochement interculturel pour développer des relations intercommunautaires pacifiées. La réciprocité entre les échanges communicationnels permet de s’ouvrir sur la culture de l’autre pour mieux la comprendre.

Le programme de rapprochement interculturel est un bon outil pour permettre aux personnes immigrantes de mieux connaitre leur région d’adoption et les citoyens de celle-ci. Les activités de jumelage, surtout en région, devraient être financées par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (récemment devenu le  ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI)) pour faciliter les échanges entre les immigrants et la population d’accueil.

La suppression de ce programme de rapprochement interculturel ne donne pas souvent l’occasion de permettre à un néo-Québécois de connaître davantage les personnes de la société d’accueil. Par exemple, dans un quartier multiethnique comme Côte-des-Neiges, le projet de trois ans de soutien aux familles sud-asiatiques de l’organisme PROMIS permettait à ces femmes, dans le cadre du rapprochement interculturel, de sortir de leur isolement. PROMIS faisait d’ailleurs par cet outil la promotion d’une citoyenneté active.

Les actions de Montréal dans le domaine interculturel lui ont valu une reconnaissance internationale. L’accréditation de la ville de Montréal comme « Cité interculturelle » par le Conseil de l’Europe et de la Commission européenne donne un statut international à la deuxième ville francophone au monde.

Le Festival des traditions du monde qui se déroule pendant l’été à Sherbrooke ainsi que le Buffet des nations (35 mets servis par année) sont des événements qui constituent des occasions de rencontres interculturelles.

Il faut parfois laisser place à la célébration des différences culturelles. Cette approche donnerait un message fort aux personnes immigrantes qui ne penseraient pas que la société cherche à les assimiler. De cette façon, elles adhéreraient plus facilement aux valeurs de la société québécoise tout en ne reniant pas certaines des leurs.

L’attachement à l’autre, autrement dit la chaleur humaine, est une valeur africaine. Les personnes immigrantes originaires de l’Afrique pourraient utiliser cette valeur pour aller à la rencontre des Québécois.

Nous nous souvenons avoir défendu, durant la période des accommodements raisonnables en 2007, l’idée selon laquelle les immigrants apportent une valeur ajoutée à la société québécoise, tout en rappelant à nos collègues l’importance du respect des personnes âgées : une manière d’améliorer les relations interculturelles.

Le rapprochement interculturel pourrait être fait entre les nouveaux arrivants et les personnes âgées. Les immigrants surtout d’origine africaine ont un respect immense pour celles-ci. Cette initiative laisse tomber les préjugés des deux côtés.

Même, si les personnes âgées souhaitent s’adonner de temps en temps à des activités artistiques et de divertissement, on pourrait utiliser ces ressources dans un contexte de transmission de savoirs ou de relève sous forme de mentorat pour des personnes à la retraite depuis un an ou cinq ans (ce qui se fait déjà) ou développer des liens sous forme d’activités avec les jeunes évoluant surtout dans le milieu culturel pour la danse ou autres.

Les immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne ont été socialisés sur la base d’un « nous » collectif et se retrouvent dans une société où l’individu est plus important que le groupe. Les immigrants qui sont sensibles à la question des aînés ont aussi leur mot à dire sur leur traitement ou leurs conditions de vie. Les personnes âgées méritent leur place dans la société québécoise.

Ce n’est pas parce que nos comportements de tous les jours diffèrent que la question de  l’altérité (le regard distant de soi) doit se résumer systématiquement à l’étrangeté et à l’absurdité. L’association immigration-problèmes ou immigration-fardeau fausse la richesse de la diversité culturelle.

Le caractère pluraliste de la société amène à parler et à dialoguer avec les Québécois de toutes origines, de la majorité francophone tout comme des minorités ethniques. Une équipe du Québec ouverte sur le monde renforce un sentiment d’appartenance des personnes venues d’ailleurs pour une pleine participation des 165 communautés culturelles à la société québécoise.

Publié par : Doudou Sow | 25 septembre 2014

Une vision pragmatique du rapprochement interculturel

Ulrich CherurbinLe Québec, une société française laïque, adopte une politique d’intégration basée sur l’interculturalisme ; ce qui est aux antipodes de la politique fédérale multiculturelle. L’approche canadienne du multiculturalisme juxtapose  les cultures des différentes communautés culturelles.

Le Québec, qui a une histoire qui lui est propre, accueille la diversité dans une perspective interculturelle. La Belle province cherche à traduire, dans sa politique d’immigration, ses valeurs intrinsèques qui caractérisent les fondements de la société. Selon la conception québécoise de l’immigration, l’unité dans la diversité se fera autour des valeurs communes. Mais, l’interculturalisme n’est pas seulement lié à la culture. Le site du symposium international sur l’interculturalisme abonde dans ce sens :

« L’interculturalisme propose une manière de vivre ensemble dans la diversité. Sa caractéristique principale réside dans une insistance sur les interactions, échanges, rapprochements et initiatives intercommunautaires dans un objectif d’harmonisation, d’intégration et d’unité. Dans le respect de la diversité, le modèle vise aussi à faire émerger à long terme des valeurs, des visions et des aspirations communes au sein des composantes ethnoculturelles de la société[1]».

Les compétences interculturelles ne sont pas innées et demandent un certain apprentissage. La ville de Montréal de par sa composition sociodémographique vit la diversité au quotidien. Cependant, on pourrait favoriser davantage le vivre-ensemble harmonieux pour assurer une cohésion sociale entre tous ceux et celles qui vivent dans cette société.

Le programme de rapprochement interculturel est un bon outil pour permettre aux personnes immigrantes de mieux connaitre leur région d’adoption et les citoyens de celle-ci. En commission parlementaire en août 2011, M. Ulrick Chérubin, maire et deuxième vice-président de la Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue (CREAT), soulignait l’importance du rapprochement interculturel en région : « Les personnes immigrantes indiquent que le fait de bénéficier d’un service de parrainage dans leur milieu et d’une personne à contacter facilement pour obtenir des informations sur notre mode de vie, par exemple, favoriserait un enracinement dans le milieu beaucoup plus rapidement[2] ». Ce projet qui a pris naissance en octobre 2006 fait partie d’éventuels outils permettant aux immigrants de bien s’insérer socio-économiquement dans leur nouvelle société d’accueil.

La problématique du rapprochement interculturel doit être le levier sur lequel doit se baser toute politique visant à harmoniser le lien social. Il existe une frustration exprimée de part et d’autre. Les immigrants se plaignent des difficultés de se trouver un emploi correspondant à leurs qualifications. La société d’accueil identifie le concept d’intégration à l’adoption et l’appropriation des valeurs identitaires québécoises. L’intégration à la majorité francophone dans cette société distincte en Amérique du Nord est un indicateur pertinent dans la question du vivre‑ensemble harmonieux.

Selon les personnes immigrantes, l’emploi est le nerf de la guerre pour leur intégration dans la société québécoise. Certaines d’entre elles pensent à un écran de fumée quand il s’agit de parler de la question identitaire. Elles ont immigré pour améliorer leurs conditions de vie.

La mise en place des lieux de rencontre pour développer le dialogue favorise un sentiment d’appartenance qui évite la ghettoïsation des immigrants. La mise sur pied  au sein des villes d’un Comité des relations interculturelles et de la diversité permettrait aussi de favoriser le rapprochement interculturel. Le Festival des traditions du monde ainsi que le Buffet des nations sont des événements qui constituent des occasions de rencontres interculturelles. Sherbrooke est la troisième ville québécoise à accueillir le plus grand nombre d’immigrants.

La sensibilisation aux relations interculturelles permet aux immigrants tout comme à la majorité minoritaire, pour reprendre l’expression du sociologue Gérard Bouchard, de se découvrir et de s’apprécier mutuellement. Dans toutes les sociétés du monde, l’intégration se réfère systématiquement à l’adhésion des valeurs de la société d’accueil qui constitue de facto le groupe majoritaire. L’immigration est une responsabilité partagée comme nous le rappelle l’Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration. « Trois principaux éléments caractérisent [le processus d’intégration] : qui touche toutes les dimensions de la vie collective, […] nécessite non seulement l’engagement de l’immigrant lui-même, mais également celui de l’ensemble de la société d’accueil ; [est] un processus d’adaptation à long terme qui se réalise à des rythmes différents.»[3] L’approche se base sur un contrat entre la société d’accueil et l’intégration des immigrants.

L’intégration socioprofessionnelle est nécessaire pour une participation active de l’immigrant dans la société québécoise. Le gouvernement a la responsabilité de s’assurer que les personnes immigrantes bénéficient d’un soutien et d’un accompagnement pour faciliter leur intégration. De la même manière, les personnes immigrantes devraient mettre tous les atouts de leur côté pour prendre leur place dans cette belle société.

Des solutions visant à souligner les réussites des personnes issues des communautés culturelles et à encourager l’apprentissage de la différence doivent davantage être mises en œuvre. Il faut faire valoir les bons coups des personnes immigrantes.

La représentativité dans le pouvoir et l’intégration en emploi dans tous les secteurs d’activité constituent une des solutions pour régler le problème. La présence dans les lieux de pouvoir et de représentation des différentes communautés rend crédible l’image de personnes immigrantes compétentes.

L’immigration ne doit pas être reliée exclusivement à l’idée de problèmes. L’intégration ne signifie pas reniement ou déni de son identité d’origine. Les personnes immigrantes ne peuvent pas ranger aux oubliettes tous les traits culturels qui ont façonné leur personnalité.

Un changement de paradigme consisterait à mieux vendre la diversité par la mobilisation citoyenne et une valorisation des bons coups de l’immigration. Des programmes de rapprochement interculturel contribueraient à l’idéal du vivre-ensemble harmonieux de la deuxième ville francophone au monde. Pour une meilleure visibilité de l’apport de l’immigration, les différents acteurs (gestionnaires, politiques, communautaire, syndical) doivent mettre l’accent sur les avantages de l’immigration. La pleine participation de tous les Québécois d’origine, comme des néo‑Québécois, constitue un paramètre dans l’intégration sociétale des individus qui composent la société.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

[1]En ligne : http://www.symposium-interculturalisme.com/1/accueil/fr

[2] Audition Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 12, 24 août 2011.

[3]     Ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration du Québec,  « Au Québec pour bâtir ensemble, Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration », p. 50, 1990.

Doudou Salon immigration CIBL ch1La recherche d’un emploi qualifié peut devenir un cercle vicieux pour les personnes immigrantes. Les entreprises justifient leur non-embauche de personnes immigrantes par le manque d’expérience québécoise. Cependant, force est de reconnaitre que les personnes immigrantes ne pourront jamais décrocher un emploi si on ne leur donne pas une première chance. Elles ne pourront jamais obtenir un emploi si les employeurs sortent souvent cette rhétorique qui devient « un fourre-tout ». L’équation pas d’expérience québécoise, pas d’emploi, et vice versa, serait difficile à résoudre si on suivait la logique jusqu’au bout.

La première expérience québécoise ou canadienne difficilement accessible au début renforce le cercle vicieux « pas d’expérience québécoise, pas d’emploi, et vice versa ». Des chercheurs d’emploi immigrants qui sont appelés en entrevue se font parfois dire qu’ils n’ont pas été retenus par manque d’expérience canadienne.

La méconnaissance de diplômes et de cultures des immigrants pousse souvent certains employeurs à se montrer réticents à les embaucher. En d’autres termes, les employeurs québécois éprouveraient des difficultés à reconnaître et à évaluer les connaissances et expériences de travail des immigrants.

Pour diminuer certaines craintes, les employeurs québécois devraient travailler en étroite collaboration avec les organismes spécialisés en intégration des nouveaux arrivants afin de développer davantage, mais aussi d’adapter, leur politique de recrutement pour cette clientèle.

Les employeurs ignorent ou oublient que les immigrants sont sélectionnés sur la base de critères rigoureux fondés sur leurs connaissances et compétences. Certains employeurs embauchent des personnes qui, selon ce qu’ils croient, possèdent les mêmes valeurs, bref qui leur ressemblent sur le plan culturel ou des idées. L’expression ‟engager un « p’tit gars d’chez nous »” est souvent mise de l’avant ou appliquée, de façon consciente ou inconsciente, par certains employeurs qui n’ont aucune culture de la diversité. Dans ce cas-ci, il serait difficile aux nouveaux arrivants d’avoir accès à un emploi qualifié.

Les immigrants peuvent apporter de la valeur ajoutée aux employeurs dans le contexte de la mondialisation et de la gestion de la diversité. L’expérience professionnelle à l’étranger des immigrants devrait être davantage reconnue par des employeurs québécois. Même si les attentes des employeurs peuvent être parfois élevées dans certains postes, il n’en demeure pas moins qu’ils devraient appliquer, dans certaines circonstances, et laisser également aux chercheurs d’emploi l’opportunité de confirmer ou infirmer le proverbe suivant lequel « c’est au pied du mur que l’on voit le maçon ». En d’autres termes,  « il ne sert à rien d’essayer de prouver par différentes théories que l’on sait faire telles ou telles choses c’est par la pratique qu’on le prouvera[1] ».

L’économie du Québec est une économie de petites et moyennes entreprises (PME). Les immigrants ont, dans un premier temps, plus de chance d’intégrer les petites et moyennes entreprises et le milieu communautaire que les grandes entreprises plus compétitives.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, l’adjointe au comité exécutif de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) Josée Roy, parlait, elle, d’un manque d’ouverture de la part de certains employeurs qui ont la responsabilité de l’embauche. Elle se basait sur les statistiques de « la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante [qui] rapportait, que seulement 20 % des dirigeants de PME ont embauché un immigrant au cours des cinq dernières années. Il y a vraiment un problème là, il y a un blocage, et nos membres de syndicats ne sont pas en dehors de ce blocage-là, non plus, là[2] ». Cependant, elle notait des exemples de bonnes pratiques dans les secteurs en pénurie de main-d’œuvre.

Le Conseil du patronat, dans un des sondages qu’il avait réalisé, indiquait en 2007 que « trois quarts de leurs entreprises embauchaient moins de 5 % de travailleurs immigrants ».

En avril 2010, l’étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) démontrait une fois de plus les difficultés d’intégration des minorités visibles, notamment les Maghrébins.

Le rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) – Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées: résultats d’un «testing» mené dans le Grand Montréal ou plus communément appelée Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré – sur la discrimination envers les personnes à consonance africaine est également une triste réalité.

Selon les résultats du sondage fournis par le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, en commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, les principaux obstacles pour l’embauche des immigrants se résument, entre autres, à ceux-ci : la formation inadéquate, la maîtrise de la langue : « Et, quand on leur demande quels sont les principaux freins ou inquiétudes liés à l’embauche des travailleurs immigrants… s’ils ne parlent pas le français ou l’anglais, 30 %, de répondre; manque de compétence, de formation, 23 %; manque de connaissance de la culture québécoise, 20 %; manque d’expérience, 12 % [3] », révélait monsieur Dorval.

C’est pourquoi le président du CPQ insistait sur l’importance des stages pour convaincre les employeurs réticents minoritaires à briser les préjugés sur la clientèle immigrante, mais pour permettre également à celle-ci d’avoir une première expérience québécoise. « Ça permet à un employeur de découvrir sa capacité, de faire face à ces situations-là et d’offrir une expérience de travail aux gens qui arrivent ici comme nouveaux arrivants[4]. »

La sensibilisation des entreprises à la diversité n’est pas assez développée. Le pourcentage du nombre d’embauches des travailleurs issus de l’immigration dans les entreprises québécoises est faible malgré le discours sur la pénurie de main-d’œuvre.

[1] En ligne, http://fr.wiktionary.org/wiki/Annexe:Proverbes_en_fran%C3%A7ais (« Annexe : proverbes en français du « Wiktionnaire : le dictionnaire libre », consulté le 24 janvier 2012).

[2] Audition Confédération des syndicats nationaux (CSN),  « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 », Journal des débats de la  Commission de la culture, vol. 40, « 38elegislature, 1ere session (8 Mai 2007 au 5 Novembre 2008) », n° 9,  20 Septembre 2007.

[3] Yves-Thomas Dorval, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol.41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », n° 13, 25 août 2011.

[4] Ibid.

Publié par : Doudou Sow | 16 septembre 2014

Accélérer l’intégration professionnelle des immigrants

Entrevue à CIBL-LivresLe sous-emploi des nouveaux arrivants est une réalité vécue dans le processus d’intégration du marché du travail. La question du sous-emploi se pose quand un immigrant occupe un poste qui exige un niveau de scolarité inférieur à celui qu’il détient. L’immigrant qui est en emploi pour un poste en deçà de ses compétences est une perte économique et humaine pour l’ensemble de la société d’accueil (frustration de l’immigrant se reflétant de manière négative dans le vivre-ensemble harmonieux, peu de motivation de l’immigrant à travailler dans les manufactures, sous-utilisation du potentiel économique, etc.).

La surqualification des travailleurs immigrants par rapport à des postes a fait l’objet d’études pancanadiennes dont, notamment « Les immigrants sur le marché du travail canadien en 2008 : analyse de la qualité de l’emploi ».

Sélectionnés pour leur capacité à occuper des emplois qualifiés, les nouveaux arrivants se retrouvent, dans un premier temps, à occuper des emplois non-qualifiés. La présence ou surreprésentation des personnes immigrantes dans les programmes d’assistance sociale, les difficultés des médecins étrangers, surtout d’origine noire africaine et maghrébine, sont des baromètres révélateurs des inégalités et des difficultés d’insertion d’une catégorie de la population. La surreprésentation des femmes immigrantes dans des emplois précaires ainsi que leur taux de chômage révèlent également de sérieux problèmes.

Le taux de chômage atteint parfois plus de 30 % chez certaines communautés culturelles. Dans tous les pays d’immigration, les immigrants sont les premiers à écoper en période de crise économique. Même si le Québec s’en est mieux tiré que les autres provinces canadiennes, les immigrants continuent à occuper les emplois atypiques, deviennent de plus en plus flexibles et touchent les salaires les plus bas. En 2008‑2009 (début de la crise économique), comme dans les années précédentes, les personnes immigrantes ont toujours eu des difficultés à s’intégrer sur le plan professionnel.

Les personnes immigrantes acceptent, la mort dans l’âme, le déclassement professionnel. La déqualification professionnelle, ou le déclassement professionnel, n’est rien d’autre que le fait d’occuper un emploi en deçà de ses compétences. La frustration des immigrants ne se ressent pas et ne se mesure pas de la même façon, d’un immigrant qualifié possédant plusieurs années d’expérience à un immigrant fraîchement diplômé des universités.

En général, la qualification ou la formation des immigrants sont souvent supérieures, dans certains postes, à celles de la population québécoise. Par contre, il serait déconseillé à un immigrant de déclarer, à ses tout débuts, qu’il n’acceptera jamais des postes d’entrée sous prétexte qu’il est compétent. Le système accordera du mérite aux personnes compétentes une fois que ces dernières auront eu la chance de prouver à l’employeur qu’elles livreront la marchandise en tout temps. Il faut être capable de faire les preuves de ses compétences à l’intérieur de l’entreprise.

Différentes initiatives ont été mises sur pied pour faciliter l’intégration des immigrants- (Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME), Intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel (IPOP), Défi Montréal, Passerelle pour l’emploi en région, Mentorat)-, mais ces mesures devraient être accompagnées des moyens financiers proportionnels au nombre d’immigrants reçus annuellement, ce qui est loin d’être le cas.

Publié par : Doudou Sow | 11 septembre 2014

Les immigrants et la question de la souveraineté

Image SouverainetéL’expulsion de Maria Mourani du Bloc québécois, le 12 septembre 2013, a relancé le débat sur la souveraineté. L’ancienne députée souverainiste devenue fédéraliste n’avait fait que répéter hautement ce que la plupart des personnes immigrantes disaient au sujet du Parti québécois sur son projet controversé : la Charte des valeurs québécoises avait l’allure ″d’une démarche électoraliste et d’un nationalisme ethnique″.

Nous pensons comme l’ancien premier ministre souverainiste du Québec, Lucien Bouchard, que la Charte des valeurs québécoises aura des répercussions négatives sur « la perception [des immigrants] de ce que serait un Québec souverain ». Ce sont les souverainistes qui ont eux-mêmes mis fin à leur espoir de voir la souveraineté se réaliser, avons-nous twitté au sujet de l’expulsion de Maria Mourani, une décision nuisible au projet souverainiste.

Le Québec a laissé le terrain pour que les fédéraux démontrent aux immigrants qu’ils sont les seuls défenseurs des minorités au Canada même si le Québec est également une minorité au sein du Canada.

Les immigrants rejettent-ils le projet de souveraineté ou votent-ils pour les libéraux pour leur programme? Soulignons également que ce ne sont pas simplement certains immigrants qui ne veulent pas de la souveraineté.

Le discours politique du PQ doit se renouveler et tant et aussi longtemps que les immigrants auront peur de la souveraineté, ils n’embarqueront pas dans ce projet, d’où la nécessité de « Faire la politique autrement » pour séduire les néo-Québécois. Il ne faut pas mésestimer la crainte des immigrants de se séparer du Canada. Certains immigrants se méfient ou hésitent à faire le pas ou à opter pour l’indépendance du Québec. Certaines personnes développent une crainte justifiée avec les positions du gouvernement péquiste actuel dont il faudra tenir compte. À ce titre, il faut privilégier une approche pédagogique de la souveraineté pour les convaincre et non les marginaliser ou les pointer du doigt comme ceux et celles qui empêchent la souveraineté de se réaliser. Mieux, le PQ et l’ensemble des forces souverainistes n’auront pas d’autres choix que de convaincre les immigrants du pourquoi ils ont intérêt à ce que le Québec devienne un pays. En d’autres termes, il faut expliquer concrètement aux immigrants pourquoi ils ont plus à gagner avec un Québec souverain. Le crédo péquiste «La souveraineté pour tous» trouvera ainsi un écho plus favorable et moins radical.

Au moment où certains souverainistes invitaient des immigrants ou leur reprochaient de ne pas les accompagner dans la quête de la souveraineté, le PQ avait l’habitude de s’entredéchirer sur la place publique .

On fait souvent le reproche aux immigrants de vouloir rester dans le Canada anglais ou on demande aux immigrants souverainistes de prouver continuellement leur allégeance souverainiste. Certaines personnes ont qualifié Maria Mourani d’opportuniste quand elle a changé d’orientation politique alors que cette femme a essayé durant tout son parcours politique de créer le pont entre les souverainistes et les communautés culturelles. Pourquoi ne critique-t-on pas aussi des souverainistes québécois mous qui veulent rester dans le Canada anglais, du moins pour l’instant, ou ceux qui ont cheminé dans leurs décisions en adoptant une nouvelle appartenance fédérale?

Dans cette querelle entre les fédéralistes québécois et les souverainistes québécois, l’immigrant se retrouve dans l’entre-deux et est critiqué de toutes parts. On assiste ainsi sur la scène publique et politique à des chicanes (engueulades) entre des souverainistes québécois qui accusent les fédéralistes québécois d’être les fossoyeurs de la nation québécoise et des fédéralistes québécois qui traitent leurs frères également de fossoyeurs de la nation canadienne.

Les immigrants font face aussi à la question des deux solitudes et sont parfois coincés dans cette question. Les partis fédéraux ont intérêt à ce que les immigrants se réfèrent plus à l’identité fédérale que provinciale, histoire de perpétuer le fédéralisme. Nous anticipons même des attaques sur notre livre de la part de certains conservateurs fédéralistes qui nous accuseront certainement de faire la promotion de la souveraineté et de diviser le pays. Nous pouvons les rassurer en leur disant que le projet du gouvernement péquiste actuel de diviser la population nous a éloigné du projet souverainiste.

Certaines personnes immigrantes disent souvent qu’elles sont venues au Canada et non au Québec qui n’est pas encore un pays. Les souverainistes n’apprécient guère cette position de l’immigrant s’identifiant au pays canadien plus qu’au peuple québécois. Il y a aussi ceux qui décident de venir vivre au Canada, mais en choisissant le Québec.

Le Québec cherche à redéfinir son identité. Les immigrants préfèrent le confort et se demandent quel sort leur serait réservé si le Québec prenait son indépendance, bref ce qui adviendrait de ce contexte, de ce changement, de leur avenir, de leur intégration. Les Québécois seront-ils (plus ou) ouverts à leur égard? L’indépendance du Québec permettrait-elle de régler la question de l’identité inclusive ou de l’immigration tout court?

Certains immigrants trouvent contradictoire le besoin de se séparer dans un contexte de mondialisation où les grands ensembles se créent et non se défont (union européenne par exemple). L’immigrant veut aussi avoir les avantages du Canada même s’il est établi au Québec.

Certes, certains immigrants dans le processus de sélection ont choisi de venir au Canada et de s’établir au Québec. D’autres ont choisi de venir au Québec et de s’y établir parce que le Québec est francophone et incarne des valeurs comme la justice sociale, la social démocratie, l’égalité, etc. Des valeurs troquées par la question de l’identité défendue actuellement par le PQ ne permettent plus aux immigrants de se définir par rapport à un projet souverainiste.

Les immigrants sont partagés entre le fédéralisme centralisé et la séparation du Québec du reste du Canada. Autrement dit, ils sont pris entre deux feux, l’option fédéraliste ou souverainiste. Ils sont accusés à raison ou à tort de maintenir le Québec dans le Canada et, de surcroît, empêcher la souveraineté. Certains disent qu’ils appuient Un Québec plus fort dans un Canada uni et d’autres, qui n’apprécient guère la position internationale, souhaitent se connecter avec les souverainistes alors que d’autres reconnaissent le changement du Canada, mais ne sont pas prêts à faire le saut dans le camp souverainiste.

La question de la réunification familiale, la reconnaissance des acquis, l’intégration professionnelle des immigrants, la question des médecins étrangers, le racisme et la discrimination constituent les principales préoccupations des immigrants, peu importe le pays ou le projet de pays dans lequel ils vont s’identifier.

La certitude de Parizeau sur la défaite du 30 octobre 1995 du référendum sur la souveraineté : ″C’est vrai qu’on a été battu? Au fond, par quoi, par l’argent et des votes ethniques. Essentiellement.″ Et la salle qui se mettait à applaudir reste une image qui trotte dans la tête des immigrants fédéralistes tout comme ceux intéressés par le projet de souveraineté. Quand le sociologue conservateur Mathieu Bock Côté, « Dans Dumont : Le Québec reçoit t-il trop d’immigrants? » dit que « depuis la déclaration de Parizeau, il y a une ″censure sur l’immigration au Québec″ », nous pensons comme lui que l’immigration ne doit pas être un sujet tabou, mais quand certains n’en parlent que pour en évoquer le côté négatif, c’est là où il y a un véritable problème.

Nous rappelons et répétons qu’au sujet de la position modérée de l’ancien premier ministre du Québec sur l’actuel débat sur la Charte des valeurs québécoises, nous avons twitté ceci le 4 octobre 2013 : « Les immigrants ne retiendront plus seulement de l’héritage politique et culturel de Parizeau sa déclaration maladroite du «Nous» et «Eux». Ils lui seront reconnaissants pour sa modération identitaire dans le controversé débat du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises. Bravo pour sa sagesse. Le Québec doit avoir son propre modèle de laïcité. »

L’adhésion à la souveraineté n’est pas un débat immigrant-société d’accueil. Les Québécois ont décidé pour l’instant de mettre sur la glace ou dans le frigo le projet de souveraineté, comme en témoignent certains récents sondages (Sondage CROP/Radio Canada, Référendum sur la souveraineté : 61 % des Québécois voteraient non, twitte du 9 mars 2014 du journaliste de RDI, Patrice Roy). Mieux, en 1995, la proportion d’immigrants était de combien. « Le poids relatif de la population immigrée dans la population totale est passé de 9,4 % en 1996 à 9,9 % en 2001 et à 11,5 % en 2006 . »

Les fédéralistes joueront toujours de manière stratégique sur le débat du «Eux» et du «Nous» pour rappeler aux immigrants les propos de Parizeau tenus dans un contexte d’amertume et de défaite suite au référendum de 1995 où le non à la souveraineté l’a remporté de justesse. Cette gaffe de Parizeau suivra incontestablement le Parti québécois et risquera parfois de plomber les chances réelles de ce parti d’aller chercher plusieurs minorités. Ne dit-on pas qu’en politique, la perception, c’est la réalité?

« Libérer la parole » (dixit Mathieu Bock Côté “dans Dumont : Le Québec reçoit t-il trop d’immigrants?”) ne veut pas dire n’importe quoi lorsque l’auteur de « La Dénationalisation tranquille » faisait référence aux propos de l’ancien député péquiste de la circonscription de Borduas à l’Assemblée nationale du Québec, Pierre Curzi, qui établissait un lien mécanique entre immigration et fédéralisme ou un nombre élevé d’immigration et la question indépendante.

Le vocable Québécois de toutes origines marque incontestablement une ouverture. Quand le débat se pose toujours en termes du «Nous» et du «Eux», la frustration sera toujours grande des deux côtés. Cette distinction heurte la sensibilité de tous les bords. Nous préférons plus un «Nous» inclusif qu’une division «Nous» et «Eux» parce que le «Eux» fait partie intégrante du «Nous» et ne saurait en être dissocié.

La question de la position politique des immigrants dans le contexte québécois et canadien fait souvent débat. Une anecdote illustre la peur des immigrants devant l’inconnu et le changement de vision et traduit le sentiment de confort qui les habite. Des amis immigrants que nous invitions à se prononcer de manière informelle sur le sujet de la souveraineté, bien avant la démission de Mouriani et le débat sur la Charte des valeurs québécoises, nous disaient que de leur côté, ils avaient peur que le Québec les renvoie dans leur pays d’origine, une fois l’indépendance proclamée. Ils argumentaient en disant et je les cite : « Aujourd’hui les Québécois souverainistes ont comme ennemis les Anglais, mais demain nous serons les cibles ».

Mais nous leur avions répondu en ce temps que la province de Québec ne s’est jamais dotée d’un ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles ou même d’un ministère de l’Intérieur, comme on l’a connu en France sous Pasqua et Sarkozy, qui se donnait des quotas pour chasser les immigrants, d’où le fameux slogan Immigration zéro. Il faut quand même reconnaître que la politique de l’immigration au Québec ne se conçoit pas seulement pour des raisons économiques, mais renferme aussi des valeurs humaines et culturelles traduisant la philosophie du peuple québécois.

Les politiques d’immigration, quoiqu’imparfaites, constituent un bel exemple que la société québécoise est en avance sur beaucoup de pays prônant l’égalité dans le domaine de la tolérance et du respect des citoyens, quelle que soit leur origine ethnique ou leur appartenance religieuse.

Le Québec a besoin des immigrants comme les immigrants ont besoin du Québec. Les Québécois n’ont pas montré une hostilité ou une haine envers les immigrants même si des sujets sensibles sur le voile ou des signes religieux peuvent parfois donner l’impression d’un rejet de la population de certaines communautés culturelles.

Peu importe le gouvernement mis en place (souverainiste tout comme fédéraliste), il existe des éléments de base de cette démocratie qui ne sauraient être remis en cause : l’ouverture sur le monde, la richesse de la diversité, la contribution économique des personnes immigrantes. Cette conception ne relève pas de la naïveté, mais du bon sens.

Il serait aussi démagogique de notre part de ne pas reconnaître que certains irritants donneront une perception des partis se réclamant de la souveraineté, surtout le PQ, comme des partis moins favorables à l’immigration. Mais chemin faisant, les membres des minorités visibles s’intéressent à certains partis souverainistes comme Québec solidaire et Option nationale, non pas exclusivement en raison du projet souverainiste, mais pour leurs programmes sociaux et leur conception inclusive de la diversité.

Les personnes immigrantes perçoivent dans la communication du Parti québécois une volonté d’assimiler plus que d’intégrer. Québec solidaire intègre plus la notion d’intégration des personnes immigrantes et l’inclut dans sa plate forme électorale. Le Parti Québec solidaire, que certains qualifient de parti hétéroclite, peut devenir le véhicule ou la locomotive modérée facilitant la douce transition des immigrants récalcitrants au projet de société souverain. Le Parti québécois ne pourrait plus incarner à lui seul le projet souverainiste.

Les solidaires pensent à juste titre que le projet de société est plus important que le projet de souveraineté. Certaines figures historiques du mouvement souverainiste préfèrent de plus en plus parler d’indépendance plutôt que de souveraineté en insistant sur le caractère rassembleur et international du terme indépendance.

Les péquistes n’ont pas d’autres choix que de continuer à faire des yeux doux aux immigrants. Ce qui nous semble normal dans une perspective réaliste ou opportuniste. Aucun des partis politiques ne peut ignorer à l’heure actuelle le vote des personnes immigrantes. « Les partis politiques se disputent le vote des immigrants », un article en lien avec les prévisions sur les minorités visibles de Statistique Canada de 2031 publiées en mars 2010. Le vote des immigrants devient de plus en plus une réalité électorale incontestable dans le contexte d’une immigration massive. Des partis politiques qui courtisent le vote des immigrants sont conscients de la nouvelle réalité électorale des immigrants qui peuvent faire basculer les résultats d’une élection d’un côté comme de l’autre. Les récentes prévisions de Statistique Canada sont à l’effet que : « Statistique Canada estime que d’ici 2031, environ la moitié des Canadiens de 15 ans et plus seront nés à l’étranger ou auront au moins un parent né à l’extérieur du Canada ».

On peut donc comprendre l’intérêt des partis politiques à encourager les personnes immigrantes à aller voter. Les communautés culturelles doivent participer davantage à la vie culturelle, sociale et politique et lutter contre leur sous-représentation.

L’implication des immigrants sur la scène politique à tous les paliers gouvernementaux favorise leur participation civique pour une meilleure intégration dans la société d’accueil. Les personnes immigrantes devraient s’impliquer davantage dans la politique municipale, provinciale et fédérale. Si elles veulent faire partie de ceux et celles qui définissent les politiques au lieu de les subir, celles qui rendent applicables les politiques publiques, elles doivent être de plus en plus visibles lors des manifestations politiques. Leur présence massive accordera plus de crédibilité aux représentants qui viennent de leurs communautés. Quand, dans des manifestations publiques, l’on voit à peine une dizaine de Noirs ou de minorités visibles, il serait pratiquement impossible que des responsables de partis politiques puissent faire confiance à des personnes de minorités visibles qui veulent se présenter. Les immigrants doivent prendre leur place et ne pas attendre qu’on leur accorde une place dans la société.

Le Parti libéral provincial se taraudait de gouvernement de diversité et pensait que le vote des immigrants lui était acquis d’office : une grave erreur que n’a pas voulu répéter le nouveau chef libéral, Philippe Couillard. Aujourd’hui plus que jamais, les personnes immigrantes comme n’importe quel citoyen votent sur la base des principes qui leur parlent. Les immigrants, très instruits, votent sur la base de valeurs et d’idéaux politiques. Ils sont emballés par les projets politiques crédibles.

La question du positionnement des personnes immigrantes dans le débat pour et contre le projet souverainiste est un sujet complexe qu’il sera difficile de traiter même s’il occupe une part importante dans l’intégration ou non des personnes immigrantes. L’avenir du Québec souverain ne peut s’écrire sans les personnes immigrantes. Des questions, entre autres, de valeurs, d’image, d’intérêts sont à analyser en profondeur. Un débat de société, en quelque sorte.

Ce texte est extrait  du livre « Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil » paru le 2 avril 2014.

doudou-sow-integrationLe succès d’une conception québécoise de l’intégration, dans sa version interculturelle, passe par la réussite des politiques d’intégration. L’analyse des politiques publiques centrées sur l’accès au marché du travail illustre une déqualification et son corollaire, la précarité et l’absence de réussite professionnelle de certaines catégories de population. La déqualification professionnelle, ou le déclassement professionnel, n’est rien d’autre que le fait d’occuper un emploi en deçà de ses compétences.

Le fondateur de la sociologie française, Émile Durkheim, dans son livre « De la division du travail social[1] » parle du travail comme facteur d’appartenance à la société. De ce point de vue, l’on comprend aisément la logique des immigrants qui se définissent par une intégration professionnelle dans leur domaine de compétences. Dans des sociétés industrialisées, la question du statut professionnel revêt une importance capitale.

Le taux de chômage atteint parfois plus de 30 % chez certaines communautés culturelles. Il est également reconnu que dans un contexte de récession, de ralentissement économique, d’instabilité économique, de perturbation économique, d’incertitude économique, de redressement économique ou de reprise économique, les immigrants trinquent plus que les natifs de la société. C’est un phénomène mondial. Par contre, même quand l’économie québécoise se portait très bien, les immigrants étaient plus touchés par le chômage. En guise de rappel, en octobre 2007, où le taux de chômage (6,9 %) était à son plus bas depuis 33 ans, celui des personnes immigrantes était très élevé.

La qualité des emplois des immigrants ainsi que la question de la différence salariale entre immigrants et Québécois dits de « souche » sont souvent évoquées pour décrire la précarisation des néo-Québécois.

Les immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne qui sont souvent hautement qualifiés et plus scolarisés que la moyenne québécoise sont confrontés à des barrières systémiques (non-reconnaissance des diplômes et des compétences professionnelles par les employeurs et les ordres professionnels québécois, discrimination raciale à l’embauche à l’égard de certaines communautés culturelles, etc.). En effet, ces personnes qui ont été sélectionnées sur la base de critères facilitant en théorie leur intégration rapide en emploi sont parfois frustrées de ne pas retrouver leur dignité humaine.

Si l’on se fie à certaines données et analyses sur la situation des immigrants, l’on peut se questionner sur la précarisation de cette catégorie de personnes, en particulier les minorités visibles, et plus grave encore, d’une partie de ces minorités visibles (Maghrébins, Africains, Haïtiens). Certains membres de la société québécoise ne sont pas conscients des difficultés d’intégration professionnelle des immigrants. Ils répètent souvent que les immigrants doivent suivre le même processus que les étudiants ou les finissants québécois. S’il est vrai que les immigrants ne bénéficieront jamais d’un emploi sur un plateau d’argent, il n’en demeure pas moins qu’ils éprouvent plus de difficultés à s’intégrer sur le marché de l’emploi.

La précarité s’installe parfois avec des emplois qui durent et perdurent pour des immigrants généralement plus instruits que la moyenne canadienne. Au début, les nouveaux arrivants recherchent des « jobines »,  (terme québécois signifiant petits boulots ou boulots alimentaires) pour payer leurs factures et leurs loyers. Cette stratégie de survie leur laisse peu de temps pour se consacrer à leur recherche d’emploi dans leur domaine de compétence. La précarité risque de s’installer quand certains emplois atypiques (contrat à durée déterminée, emploi à temps partiel involontaire, horaires non flexibles, etc.) perdurent. Si l’on peut comprendre que les nouveaux arrivants occupent, dans un premier temps ou pour leur premier travail, des emplois du secteur secondaire (télémarketing, télécentres, sécurité, manufacture, entretien et ménage, secteur du commerce, magasins ou épiceries), il serait difficile de valider la thèse de leur maintien en emploi dans ces boulots atypiques très précaires.

Certains immigrants sont conscients des nombreux obstacles auxquels ils seront confrontés. Mais au fur et à mesure que les barrières se multiplient, ils perdent espoir et confiance dans le système.

Le chômage isole les personnes immigrantes et entraîne un sentiment de vulnérabilité. La personne immigrante se dévalorise au fur et à mesure et n’a plus le goût de chercher un emploi ou de retourner aux études. Elle perd ainsi ses compétences et connaissances.

Le type d’activité professionnelle des immigrants, qui peut aussi justifier les écarts entre les revenus des natifs et des immigrants, permet aussi de mesurer le degré d’intégration économique des immigrants.

La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale doit porter une attention particulière aux immigrants, notamment les minorités visibles. La présence ou surreprésentation des personnes immigrantes dans les programmes d’assistance sociale donne de sérieuses indications sur les difficultés d’intégration économique des néo-Québécois. Il faut, à ce titre, éviter les conditions précaires dans lesquelles ils peuvent plonger pendant des années d’où un risque d’enfermement et de ghettoïsation.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes et l’identité québécoise.

[1]     Émile Durkheim, De la division du travail social. 2e éd. 1930, Paris, Presses universitaires de France, 1893.

Publié par : Doudou Sow | 22 août 2014

Parole d’experts. Mentorat d’affaires

Publié par : Doudou Sow | 21 août 2014

Parole d’experts : Parcours d’entrepreneurs

Constantin Tombet-Moupegnou reçoit Doudou Sow. Partie 1

Images Doudou Livres

Librairie Zone Libre
262 Ste-Catherine est
Montréal, Québec, H2X 1L4
Tél.: 514-844-0756
Télec.: 514-844-3090
zonelibre@zonelibre.ca
http://www.zonelibre.ca

Librairie Olivieri
5219 Chemin de la Côte-des-Neiges (Métro Côte-des-Neiges)
Montréal, QC H3T 1Y1
Tél : (514) 739-3639
http://www.librairieolivieri.com/

Afroleck
5164, Queen Mary (métro Snowdon)
Montréal, Québec, H3W 1X5
Tél : 514- 481-7596
Cel : 514-813-2376
http://www.afroleck.com/

La Teranga
1289, chemin de Chambly
Longueuil, QC, J4J 3W9
Tél : 450-332-9300

discour-sdoudou-sow

101101emploi_quebec_g

Les immigrants doivent souvent éviter de se lancer dans un bras de fer avec un agent ou une agente d’Emploi-Québec. La non-connaissance du fonctionnement d’Emploi-Québec peut créer des conflits ou des déceptions auprès des immigrants qui voient en cette institution un obstacle à l’obtention d’une formation gagnante. Emploi-Québec finance des formations selon le domaine de compétences et de la formation d’origine de la personne.

La personne immigrante peut penser avoir droit systématiquement et automatiquement à tout type de formation. La vérité reste qu’Emploi-Québec ne finance pas une demande, mais identifie un besoin bien précis. Les agentes ou agents d’aide socioéconomique, volet emploi et volet aide financière, du Centre local d’emploi (CLE) des différents quartiers, effectuent au préalable une évaluation des besoins. Pour la rationalisation de l’argent du contribuable québécois, un financement pour la réorientation de carrière doit être justifié à moins que cela ne soit dû à un épuisement professionnel, à un accident de travail ou à une maladie grave entraînant un changement de carrière. Emploi-Québec fait appel à des conseillers en orientation pour valider certains choix professionnels.

On sait aussi qu’Emploi Québec paie de moins en moins de formation et se situe dans la logique de sa mission qui est « de contribuer à développer l’emploi et la main-d’œuvre ainsi qu’à lutter contre le chômage, l’exclusion et la pauvreté, dans une perspective de développement économique et social». En d’autres termes, la mission première d’Emploi-Québec consiste à faire en sorte que le chercheur d’emploi retourne le plus rapidement possible sur le marché du travail. Pour y arriver, cette institution se dote de mesures et programmes de courte durée et elle demande l’implication proactive du client. Les agents d’Emploi-Québec essaient d’identifier les besoins du client et le réfèrent à des ressources qu’ils jugent appropriées.

Certaines mesures ou programmes laissent place à l’interprétation. Les fonctionnaires ont un pouvoir discrétionnaire et parfois certaines personnes immigrantes ont des difficultés à communiquer avec eux quand elles veulent obtenir une formation. Elles pensent que l’obtention de la formation est un droit acquis d’avance. C’est ainsi que certains fonctionnaires perçoivent dans l’argumentation de ces dernières une forme d’exigence injustifiée. Cette situation est également due à une représentation que certaines personnes immigrantes se font, à tort ou à raison, de la fonction publique (ont tout le pouvoir) de manière générale. Mais ceci s’explique aussi par le climat de méfiance qu’elles entretiennent avec les représentants de l’État, et par conséquent, elles ne leur donnent pas toute l’information nécessaire pour évaluer leurs besoins et ne documentent pas non plus très bien leur situation. Cette information sur leur parcours de carrière ou de transition professionnelle est souvent détenue par les conseillers des organismes communautaires en qui les personnes immigrantes accordent une confiance presque totale.

Certains fonctionnaires peuvent aussi orienter des personnes immigrantes vers certains projets qui ne leur conviennent pas du tout. Ceci est aussi dû au fait qu’il y a beaucoup de projets dont les critères changent continuellement, à tel point que tout le monde y perd parfois son latin. Conséquemment, lesdits fonctionnaires doivent harmoniser davantage certaines pratiques et ne pas considérer les conseillers en emploi des organismes communautaires comme des amateurs, mais plutôt comme des professionnels aguerris autant sur le plan humain (relation de confiance établie dès le début avec le participant) que professionnel (expertise dans le domaine de l’intégration des personnes immigrantes).

Aussi, il est vrai que les fonctionnaires ne donnent pas exclusivement des services à une clientèle, mais qu’ils doivent répondre également aux besoins de l’ensemble de la société québécoise. Même si Emploi Québec pèche par rapport à l’adaptation de certains services à la clientèle scolarisée immigrante, en terme de programmes et de formations passerelles, elle est de plus en plus consciente qu’elle doit prendre en considération dans ses politiques « les grands défis de l’avenir » qui se déclinent à travers cinq problématiques essentielles : « le vieillissement rapide de la population et la rareté de main-d’œuvre; la faible productivité des entreprises du Québec; un chômage et un sous-emploi persistant chez certains sous-groupes de la population; l’adéquation formation-emploi ».

Les immigrants qui critiquent trop souvent le système professionnel, ou la société québécoise de manière générale, donnent l’impression, aux yeux des Québécois, de se plaindre à tout bout de champ. La réponse qui leur est servie souvent par certains Québécois n’ayant pas peur de la confrontation reste ceci : « Si la société québécoise est aussi mauvaise qu’ils la prétendent, pourquoi viennent-ils et restent-ils au Québec? »

Des Québécois qui en ont ras le bol de se faire traiter de tous les noms vont même jusqu’à leur indiquer le chemin du retour dans leurs pays d’origine et à leur suggérer la piste du déménagement dans les provinces anglophones ou chez le voisin américain. Nous sommes d’avis qu’il faut faire la distinction entre ″esprit critique″ qui est un baromètre d’une société démocratique et ″esprit de critique″ qui est un comportement de m’as tu vu.

Il est vrai que l’immigration est un privilège et non un droit comme aimaient le rappeler les deux anciennes ministres libérales de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec (Monique Gagnon Tremblay et Lise Thériault). Les personnes immigrantes, notamment les minorités visibles, qui ont été ou ont transité en Europe, partageront avec nous la certitude que le Québec est un havre de paix et donne la chance aux immigrants plus que n’importe quel autre pays d’immigration européen. Cette conception peut être battue en brèche par une personne immigrante qui est venue directement de l’Afrique ou du Maghreb puisqu’elle n’a pas eu la chance de comparer les politiques d’immigration.

Cela n’empêche en rien le fait qu’on puisse se permettre de critiquer la société pour améliorer les choses dans une démarche pédagogique et constructive; ce que nous nous efforçons de faire, du moins ce que nous pensons avoir fait dans nos nombreux articles ou interventions dans certains médias, bref dans les différentes tribunes. Ce n’est pas défendre les immigrants que de reconnaître qu’ils ne viennent pas du néant; ils ont un passé, un bagage culturel qui leur permettent d’innover ou de faire naître d’autres points de vue. Ils ne sont pas adeptes non plus du « béni oui oui ». Ils sont très scolarisés, ont beaucoup voyagé et peuvent amener une valeur ajoutée pour le bien de la collectivité. Mais nous reconnaissons qu’il y a une façon de critiquer.

Les Québécois détestent qu’on leur donne des ordres ou qu’on balaie du revers de la main leurs façons de faire, d’être et de voir les choses. Ils ont tout à fait raison sur ce plan. Loin de nous l’idée d’idéaliser les Québécois, quand nous affirmons en toute sincérité que les Québécois sont des gens modestes .

Ce texte est extrait de mon premier livre intitulé Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique.

La recherche d’emploi est un véritable parcours du combattant pour toute personne désirant trouver sa place au soleil. Elle est encore plus problématique pour les immigrants qui, à force d’essuyer des refus à leur candidature, perdent leur propre estime et se sentent de plus en plus frustrés par rapport à leur situation. La connaissance ou la maîtrise des codes culturels, des règles, du fonctionnement du marché du travail, facilitent l’intégration durable en emploi des nouveaux arrivants. Doudou Sow, conseiller en emploi et sociologue, donnera quelques conseils pratiques aux chercheurs d’emploi immigrants sur la meilleure façon de séduire, convaincre et rassurer les employeurs québécois.

 

Mon entrevue à la radio CIBL sur le sujet de l’intégration socioprofessionnelle des nouveaux arrivants dans le cadre du Salon de l’immigration et de l’intégration organisé par Immigrant Québec

Entrevue Doudou CIBL Salon de l'immigration-Palais des congrés de Montréal-Mai2014

 

Dédicaces livres Doudou SOW au salon de l’immigration et de l’intégration du 9 mai 2014 : Un très grand merci à la ministre Kathleen Weil, Stephan Reichhold, directeur de la TCRI, Eva Lopez, directrice d’Intégration communautaire des immigrants (ICI) et à l’équipe du Centre social d’aide aux immigrants (CSAI).

Doudou en discussion avec la ministre Kathleen WeilDoudou présenté à la ministre par Éva Lopez et StephanLa ministre qui prend connaissance des deux livresdoudou-sow-integration

logo

 

Séduire, convaincre, rassurer : Attitudes gagnantes pour décrocher un emploi

Conférence animée par Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé, membre de la TCRI (Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes)

10 mai 2014 . DE 14h30 – 15h10 au Palais des congrés de Montréal

La recherche d’emploi est un véritable parcours du combattant pour toute personne désirant trouver sa place au soleil. Elle est encore plus problématique pour les immigrants qui, à force d’essuyer des refus à leur candidature, perdent leur propre estime et se sentent de plus en plus frustrés par rapport à leur situation. La connaissance ou la maîtrise des codes culturels, des règles, du fonctionnement du marché du travail, facilitent l’intégration durable en emploi des nouveaux arrivants. Doudou Sow, conseiller en emploi et sociologue, donnera quelques conseils pratiques aux chercheurs d’emploi immigrants sur la meilleure façon de séduire, convaincre et rassurer les employeurs québécois.

Conférence organisée par IMMIGRANT QUÉBEC

http://www.salonimmigration.com/conferences/seduire-convaincre-rassurer-attitudes-gagnantes-pour-decrocher-un-emploi/

http://www.salonimmigration.com/conferences/

 

Ventes et séance de dédicaces de mes livres au Kiosque numéro 32 du Centre social d’aide aux immigrants (CSAI) :

Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique

Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil

doudou-sow-integration

POINTS DE VENTE :

Librairie Zone Libre
262 Ste-Catherine est
Montréal, Québec, H2X 1L4
Tél.: 514-844-0756
Télec.: 514-844-3090
zonelibre@zonelibre.ca
http://www.zonelibre.ca

Librairie Olivieri
5219 Chemin de la Côte-des-Neiges (Métro Côte-des-Neiges)
Montréal, QC H3T 1Y1
Tél : (514) 739-3639
http://www.librairieolivieri.com/

Afroleck
5164, Queen Mary (métro Snowdon)
Montréal, Québec, H3W 1X5
Tél : 514- 481-7596
Cel : 514-813-2376
http://www.afroleck.com/

Dépanneur X-Tra
4950, rue de Charleroi
Montréal-Nord, Québec, H1G 2Z1
Tél : 514-321-5977

La Teranga
1289, chemin de Chambly
Longueuil, QC, J4J 3W9
Tél : 450-332-9300

 

Images Doudou LivresPar Anne-Marie Yvon | francais@rcinet.caVendredi 4 avril, 2014  

Immigration et intégration, deux thèmes peu ou pas abordés après quatre semaines de campagne électorale au Québec. Pourtant ces deux thèmes sont cruciaux dans une province qui, contexte démographique oblige, accueille bon an mal an, plus de 50 000 immigrants permanents.  Des hommes et des femmes qui souhaitent intégrer le marché du travail et s’intégrer à leur nouvelle société.

Alors que le débat sur la cohésion sociale, engendré par le dépôt du projet de loi sur uneCharte des valeurs québécoises, par le Parti québécois, ne cesse de créer des remous, le sociologue de formation, Doudou Sow, a analysé, sous deux angles, la problématique de l’intégration des immigrants dans leur société d’accueil et vient de publier deux essais :

« Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » et « Intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante. »

Doudou Sow est actuellement conseiller en emploi au Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé à Montréal.

 

Écouter l’entrevue de Doudou accordée à la journaliste Anne-Marie Yvon de Radio Canada International (RCI) :

 http://www.rcinet.ca/console.php?id=7055577&image=http://img.src.ca/2014/04/04/635×357/140404_la26d_rci-doudou3_sn635.jpg&locale=fr&appCode=medianet

Lien original de l’article

 

Image Doudou SOW ciblDoudou Sow à CIBL

L’immigration est toujours un sujet d’actualité, particulièrement en période électorale. La question de la main d’œuvre est préoccupante, particulièrement dans notre contexte démographique.

Doudou Sow, sociologue de formation, actuellement conseiller en emploi pour le projet Mentorat Québec -Pluriel au Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé était en studio mardi 1er avril.

Récemment, M. Sow a publié deux ouvrages sociologiques sur la question de l’intégration des immigrants à la société québécoise : « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise » et « intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante ».

Doudou Sow a donc fait le point sur cet enjeu complexe qu’est l’intégration des immigrants.

Cliquer sur le lien ci-dessous pour écouter l’entrevue .

Publié par : Doudou Sow | 26 mars 2014

Affiche Lancement de deux livres de Doudou sur l’intégration

Affiche lancement des deux livres de Doudou sur l'intégration

Intégration une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil

Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise une réflexion sociologique

INVITATION

Lancement de deux livres sur l’intégration des immigrants et l’identité québécoise

Doudou Sow, sociologue de formation et conseiller en emploi du Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé, vous invite cordialement au lancement de ses deux livres : Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique et Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil.

Dans son premier livre, la problématique de l’intégration des personnes immigrantes est abordée différemment, selon le point de vue des différents acteurs. Pour la société d’accueil, les personnes immigrantes doivent s’intégrer aux réalités de la société québécoise en comprenant leur mentalité, leur spécificité, les valeurs communes et en cessant de se ghettoïser. Quant aux personnes immigrantes, l’intégration réussie signifie un emploi rapide dans son domaine de compétence. Le livre nous présente ces deux analyses complémentaires et non opposées.

Le deuxième livre souligne que l’association immigration-problèmes ou immigration-fardeau fausse la richesse de la diversité culturelle. L’intégration des immigrants, étant une responsabilité partagée, suppose que tout acteur mette la main à la pâte pour une réussite de l’intégration professionnelle, résultante d’un mieux-vivre ensemble harmonieux.

Le sujet proposé est sans doute dans l’air du temps, puisqu’il enrichit le débat sur la cohésion sociale amorcé par le projet de la Charte des valeurs québécoises.

L’événement se déroulera le mercredi 2 avril 2014, à 18 h, à la salle de réception Costa Del Mare (5605, rue d’Amos, Montréal, Québec H1G 4P1). S’il vous plaît, confirmez votre présence au plus tard le vendredi 28 mars 2014  à :

Ginella Diaz

Agente de liaison et de communication

Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé

514 327-5555 poste 243

gdiaz@cjebourassasauve.com

Cliquer sur le lien ci-dessous pour prendre connaissance du résumé de l’ouvrage :

couverture-fin-HR-crop (1)

Publicite MentoratEn attendant la publication de mon premier livre intitulé Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique, je vous invite à prendre connaissance du texte qui explique les fondements théoriques et empiriques de notre démarche.

La question de la problématique de l’intégration des personnes immigrantes est abordée différemment selon le point de vue des différents acteurs. Une vision différente selon de quel côté l’on se situe : une forme de dualisme. Pour la société d’accueil, les personnes immigrantes doivent s’intégrer aux réalités de la société québécoise en comprenant leur mentalité, leur spécificité, les valeurs communes et en cessant de se ghettoïser. Une intégration réussie passe inévitablement par la maîtrise des valeurs, des us et coutumes de la société d’accueil. Quant aux personnes immigrantes, l’intégration réussie signifie un emploi rapide dans son domaine de compétence.

Souvent, les néo-Québécois répètent que la question de l’identité n’est qu’un écran de fumée qui cache la réalité de l’immigration. À quoi bon réussir à bien comprendre la société d’accueil, à réussir à s’identifier à elle, si le nouvel arrivant n’arrive pas à réussir à se trouver rapidement un emploi dans son domaine de compétence?

En clair, celui qui décide d’immigrer au Québec veut bien améliorer ses conditions de vie, qui passent par l’emploi, mais aussi assurer un bel avenir à ses enfants.

Bref, la société d’accueil insiste sur la nécessité et l’urgence du respect des valeurs, de la question de l’identité. Les personnes immigrantes parlent de l’urgence de trouver un emploi pour bien s’intégrer.

Notre thèse consiste à dire que l’un ne va pas sans l’autre. Ces deux analyses sont complémentaires et non opposées. Le bon sens voudrait que l’on concilie les deux.

La différence de raisonnement se situe juste en termes de temps. L’intégration est un processus graduel, individuel et non linéaire. L’ordre et l’enchevêtrement de ce processus dépendent du parcours socioprofessionnel de la personne, de son vécu personnel, de ses valeurs, et également du contexte. La personne qui trouve un emploi sera plus réceptive à la question identitaire puisqu’elle sera dans des dispositions pour faire partie intégrante de la société d’accueil. Elle ne se mettra pas en marge de la société et reconnaîtra l’ouverture de sa terre d’adoption. Mais il est vrai aussi que celui qui ne connaît et ne reconnaît pas les valeurs de la société d’accueil ne pourra se trouver et se maintenir en emploi, d’autant plus qu’on considère que 80 % des emplois sont obtenus par des contacts directs. Ceci veut dire que la personne immigrante qui maîtrise la mentalité de la société d’accueil pourra se trouver une place au soleil. C’est grâce à l’emploi que la personne se sent parfaitement intégrée dans la société québécoise.

L’intégration par le travail est préconisée dans les sociétés développées pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Même si le travail est avant tout un moyen de gagner sa vie, il constitue également un accomplissement de la personne, un facteur d’épanouissement et d’intégration.

Le milieu de travail est un milieu de socialisation et permet, aussi bien à l’immigrant qu’au Québécois, de se découvrir mutuellement, de briser les barrières. Il est le lieu d’apprentissage de la culture québécoise. Le travail, facteur de socialisation, amène à réfléchir et à épouser les traits culturels de la société d’accueil. L’approche gagnante de l’intégration passe à la fois par une insertion et un maintien en emploi, mais aussi par une adhésion aux valeurs de la société québécoise.

L’emploi est le premier facteur socialisateur et intégrateur de l’immigrant dans la société québécoise. Le milieu de travail, comme espace de socialisation et d’ouverture à la société d’accueil, constitue une référence identitaire inclusive.

Postulat de départ

Les Québécois s’appuient sur le paradigme constant faisant de l’immigration une richesse pour la société québécoise. Cette conception diffère de l’approche considérant l’immigration comme un envahissement des personnes pauvres, au sens figuré comme au sens propre. Toutefois, de récentes études minimisent l’apport de l’immigration sur le plan démographique et économique (Le livre Le Remède imaginaire-Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois et les études de l’Institut Simon Fraser de 2009 et 2011 ) et démolinguistique (anglicisation de Montréal menaçant la vitalité du français, idée défendue par Michel Pagé dans son essai et la dernière publication de l’Office québécois de la langue française (OQLF) sur la langue parlée à la maison en septembre 2011 démontrant le recul du français sur l’île de Montréal ).

En dépit de la conciliation de la question de l’emploi et la maîtrise des valeurs de la société d’accueil, nous prenons comme postulat de base qu’il appartient aux nouveaux arrivants de comprendre, dans un premier temps, le point de vue de la société. Cette démarche favorisera une ouverture plus grande de la société d’accueil à l’égard de ces personnes.

L’ignorance des codes culturels québécois ainsi que le manque de réseaux socioprofessionnels constituent, entre autres, un véritable frein à l’intégration professionnelle des personnes immigrantes.

Approche méthodologique

Notre trajectoire socioprofessionnelle, le récit de vie des personnes immigrantes que nous avons rencontrées dans le cadre de notre rôle de conseiller en emploi et surtout les auditions publiques dans le cadre de trois consultations générales à l’égard de trois documents : Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination (2006); Les niveaux de planification de l’immigration pour la période 2008-2010 de la consultation publique (2007); La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 de la consultation publique (2011), constituent les bases principales de notre analyse sociologique. Les outils complémentaires demeurent l’analyse des documents de presse écrite, audio et visuelle, les études de crédits ministériels du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles et des ouvrages traitant de la question de l’intégration des néo-Québécois de manière générale. En d’autres termes, l’approche méthodologique conjugue les débats à l’Assemblée nationale du Québec, les recherches scientifiques, la littérature journalistique et l’expérience de terrain.

En raison des échanges interactifs, nous avons privilégié le Journal des débats à l’analyse théorique des mémoires soumis par les différents groupes. Ensuite, les intervenants en commission parlementaire débutent leurs auditions en décidant souvent de présenter verbalement les aspects les plus pertinents de leur mémoire (une présentation de dix à quinze minutes, suivie des échanges avec les parlementaires, pour une durée totale d’une heure en moyenne). Aussi, entre le dépôt ou la rédaction du mémoire et la présentation du contenu de celui-ci à la commission des relations avec les citoyens, l’actualité peut bien évoluer. Notre souci méthodologique a toujours été de nous rapprocher davantage des faits récents afin de ne pas nous voir dépasser par de nouvelles orientations et de rendre caduc notre livre ou d’en diminuer sa pertinence.

Nous tenons également à faire une mise au point suivant laquelle le changement d’un gouvernement au Québec, intervenu au mois de septembre 2012, ne change en rien les idées principales sur la question de l’intégration de personnes immigrantes qui ont été débattues à l’Assemblée nationale du Québec. Il demeure certain que le Parti libéral du Québec et le Parti québécois n’ont pas la même vision de l’immigration. Il n’y a pas encore de consensus sur la question de la conception ou définition de l’interculturalisme. L’interprétation de la dernière ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, sous le gouvernement Charest, Kathleen Weil, en ce qui a trait au concept de l’interculturalisme, diverge de celle de Mme Pauline Marois, alors chef de l’opposition officielle et actuelle première ministre du Québec : « L’interculturalisme «est un modèle qui encourage le dialogue et l’intégration et qui considère que «les signes religieux ne viennent pas entacher le caractère neutre de l’État», s’est contentée de dire la ministre . »

La définition de la laïcité, ou le sens donné à la «laïcité ouverte », n’est pas la même pour le Parti québécois et pour le Parti libéral. Le Québec souhaite accueillir des immigrants facilement intégrables aussi bien sur le plan culturel qu’économique. Les principaux partis politiques, le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ), s’entendent quand même sur la nécessité de recourir à l’immigration pour contrer le phénomène de dénatalité tout en ayant des approches différentes sur la conception de la laïcité, de la place de la langue française ou francisation dans la politique d’immigration, de l’interculturalisme. Nous aurons l’occasion de revenir sur le bilan du gouvernement du Parti québécois probablement dans un autre livre. En clair, nous ne saurons juger de manière objective un gouvernement du Parti québécois qui vient à peine d’être élu (un an et demi depuis le 4 septembre 2012) et surtout dans un contexte minoritaire.

 
I) Les consultations publiques comme source principale

 

 
Le choix des consultations publiques comme source de référence trouve son explication dans la pertinence des échanges très fructueux entre les différents acteurs. L’intégration des personnes immigrantes suscitait un grand intérêt et un débat enrichissant sur les moyens et outils à mettre en place pour améliorer leur situation. De plus, l’Assemblée nationale du Québec étant le lieu où s’exerce la démocratie, les acteurs politiques de manière générale et les parlementaires en particulier qui sont amenés à prendre des décisions ne pourraient pas se dédouaner en arguant n’être pas au courant des difficultés vécues par ceux et celles qui ont choisi le Québec comme terre d’accueil. Le simple fait que des spécialistes de la question de l’intégration des personnes immigrantes viennent livrer leurs commentaires et faire des recommandations est un levier important pour la compréhension, mais aussi pour le choix de l’action à entreprendre et des gestes à poser. Les consultations publiques représentent également un outil d’analyse dans la mesure où elles prennent en compte toutes les positions des acteurs concernés par la question de l’intégration des personnes immigrantes.

 

Les différents acteurs socio-économiques ont fait des consultations auprès de leurs membres et partenaires avant de soumettre des documents à la Commission des relations avec les citoyens de l’Assemblée nationale du Québec. Ce qui prouve une représentativité des idées soumises et débattues. Les différentes consultations permettaient aussi à tous les acteurs (l’opposition, le gouvernement, les syndicats, les entreprises, les groupes communautaires et les citoyens) de démontrer un grand intérêt pour la question de l’intégration des immigrants par le travail. Pour cette raison, elles méritent qu’on y apporte une attention toute particulière dans l’analyse de l’intégration des néo-Québécois. Il ne s’agit pas de douter du sérieux du gouvernement libéral provincial concernant les consultations qu’il avait entreprises pour trouver des solutions aux problèmes des immigrants. Mais la question pratique porte sur l’application des recommandations formulées, l’efficacité des programmes, l’exigence d’imputabilité et de sensibilisation ainsi que sur la mise à disposition des sommes nécessaires allouées aux organismes communautaires pour mener à bien la noble mission citoyenne d’intégration des personnes venues d’ailleurs pour une société inclusive et harmonieuse. Les personnes immigrantes veulent s’épanouir pleinement au sein de la société québécoise et cela passe inévitablement par un emploi à la hauteur de leurs compétences; elles s’attendent donc à ce que des mesures concrètes soient prises rapidement pour faciliter leur insertion professionnelle.

 
La dernière consultation sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 avait lieu dans un contexte plus que particulier, comme le rappelait M. Benoit Charette, alors porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration, lors de ses remarques préliminaires du 31 mai 2011 dans le cadre des travaux parlementaires. Les éléments marquants qui se sont ajoutés aux deux précédentes commissions parlementaires portaient sur la publication du rapport Bouchard et Taylor, Fonder l’avenir : Le temps de la conciliation, déposé en mai 2008; le tome 1 du rapport critique pour l’année 2010-2011 du Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, déposé à l’Assemblée nationale du Québec, en mai 2011; la crise économique de 2009, un gouvernement majoritaire après celui minoritaire; la publication de l’essai-choc ou polémique Le Remède imaginaire – Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois en mars 2011; la publication du rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur une discrimination systémique sur les médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU), en novembre 2010.

 
La consultation de la période de l’immigration intervenait également dans un contexte où les organismes communautaires observaient une journée de grève – journée de débrayage des organismes du Programme d’accompagnement des nouveaux arrivants (PANA), organisée par la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) en juin 2011. La consultation était également marquée par la publication de l’Office québécois de la langue française sur la langue parlée à la maison en septembre 2011.

Cette dernière consultation sur la planification de l’immigration 2012-2015 a débouché sur certains consensus au niveau de l’importance de la vitalité ou de la maîtrise de la langue française par des tests standardisés, la nécessité d’allouer des ressources proportionnelles au volume d’immigration. Certains différends ont été notés sur la question de la notion de bassin géographique, ou plutôt, la controversée question du rééquilibrage des bassins géographiques avec référence au bassin du Maghreb ramené de 36,8 % en 2010 à 30 % dans les prochaines années, de l’augmentation ou non du volume d’immigration, ou une meilleure intégration des immigrants passant par un temps d’arrêt, ou une diminution du volume des nouveaux arrivants, etc.

L’avant-dernière consultation publique sur Les niveaux de planification de l’immigration pour la période 2008-2010 (tenue en 2007), sous l’ère de l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, avait opté pour un scénario de croissance. La dernière consultation publique sur Les niveaux de planification de l’immigration pour la période 2012-2015 (qui a eu lieu en 2011) étudiait trois scénarios : un scénario de réduction, un scénario de stabilisation et un scénario de croissance. « Plus de 50 mémoires ont été déposés dans le cadre de la consultation sur la planification 2012-2015 », selon Mme Kathleen Weil. Cette dernière, qui a succédé à Mme Yolande James le 11 août 2010, avait elle-même dit, en conférence de presse, en avril 2011, que la planification de l’immigration 2012-2015 s’inscrivait dans une certaine continuité au niveau des orientations : « […], il y a la dernière consultation, 2008-2010, qui a porté sur certaines orientations, et là on vient amener d’autres orientations, mais qui restent évidemment dans la même lignée .» Elle rappelait également, lors des remarques finales pour la planification pluriannuelle de l’immigration, que : « la Commission des relations avec les citoyens [a] eu le plaisir de recevoir plus d’une quarantaine d’intervenants . » En guise de rappel, la commission parlementaire de 2006 avait suscité beaucoup d’engouement si l’on en jugeait par le nombre de participants.

« Du 13 septembre au 25 octobre 2006, la commission parlementaire, dans le cadre de la consultation générale sur le document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, à la Commission de la culture de l’Assemblée nationale, a reçu les idées et propositions de 90 personnes et organismes. Cent vingt-quatre mémoires ont été déposés, ainsi qu’une centaine de questionnaires en ligne ont été soumis . »

Sur le site du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, on pouvait lire, au sujet de la consultation publique relative à la planification triennale de l’immigration 2008-2010, qui s’était également déroulée à l’Assemblée nationale du Québec, que :

« Soixante-cinq mémoires ont été adressés à la commission parlementaire chargée des auditions alors que la consultation en ligne, une première dans l’histoire de la planification triennale de l’immigration, a reçu une centaine de participations, dont plusieurs en provenance des régions. »

Même si on peut remarquer la diminution du nombre de mémoires, en comparaison des 85 mémoires déposés auprès de la Commission pour les niveaux d’immigration pour la période 2005-2007 et des 125 de la consultation publique vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, on peut aussi noter que l’intérêt porté à l’immigration demeure un sujet des plus importants pour la société québécoise.

Nous pouvons également constater que la consultation publique Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination en 2006 tout comme celle portant sur la planification des niveaux d’immigration en 2007 ont accouché de recommandations qui sont toujours d’actualité. Certaines sont récurrentes, d’où la question des actions à prendre pour sortir de la théorie et passer à la pratique. Les intervenants du milieu communautaire se posent toujours des questions, avec raison, sur les suites concrètes que le gouvernement libéral provincial donnait aux recommandations des dernières consultations publiques. Malheureusement, les rapports « tablettés » sont devenus monnaie courante. Une grande partie de ces mémoires provenaient de groupes qui témoignent de leur expérience professionnelle avec passion, mais aussi avec fermeté, afin d’inciter le gouvernement à aller de l’avant dans la question de l’intégration des personnes immigrantes. Des groupes de toutes tendances expriment leurs inquiétudes et essaient aussi de défendre le point de vue du groupe majoritaire (société d’accueil) sur la question du modèle d’intégration identitaire.

La pertinence de l’analyse de contenu des auditions publiques s’appuie sur des éléments intéressants apportés par plusieurs spécialistes pour mieux alimenter et éclairer le processus d’intégration des personnes immigrantes. Les thématiques abordées ne sont pas le fruit de théories, mais des faits vécus, des expériences de terrain de personnes et organismes dévoués corps et âmes à la cause immigrante. Mais aussi de simples citoyens « pure laine » qui interviennent régulièrement pour questionner le modèle d’intégration, pour exprimer leur crainte relative à une certaine menace identitaire. L’approche épistémologique conjugue donc des points de vue différents.

La connaissance de l’action sociale, comme l’a décrit Max Weber, passe par le sens que les acteurs lui donnent : la construction ne se fait pas en dehors de l’acteur, mais inclut celui-ci. Nous essaierons de « comprendre par interprétation cette activité sociale » (sociologie compréhensive). Mais également, faut-il le signaler, il peut y avoir un décalage entre le discours tenu par les différents acteurs socio-économiques et la réalité sur le terrain. C’est dans cette optique qu’un travail d’observation dans notre pratique quotidienne complète les discours. La pleine participation de tous les Québécois d’origine, comme des néo Québécois, constitue un paramètre dans l’intégration sociétale des individus qui composent la société. Cette démarche, parce qu’elle s’inscrit dans une approche sociologique, aborde les difficultés des personnes immigrantes, notamment les problèmes des médecins étrangers, comme un phénomène social total (Marcel Mauss ) faisant partie intégrante de la société.

 

 

II- Valeur ajoutée du livre

 
La pertinence de notre analyse intégrationniste et notre neutralité axiologique ont leurs fondements, à la fois, dans nos expériences différentes et complémentaires en qualité de conseiller en emploi. Nous avons en effet travaillé avec le premier organisme de Montréal à avoir reçu le mandat de la régionalisation du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) et l’un des plus grands Carrefour jeunesse-emploi (CJE) sur toute l’île de Montréal qui œuvre à l’intégration socio-économique des jeunes adultes de 16 à 35 ans sans distinction ethnique ou statut socio-économique. Cette dernière expérience nous permet d’avoir une lecture non pas seulement pro immigration, mais procédant plutôt d’une vision d’ensemble des besoins rencontrés par les chercheurs d’emploi quel que soit leur statut ou leur origine. L’immigrant qui arrive au CJE Bourassa-Sauvé a une vue d’ensemble des autres difficultés vécues par les jeunes, toutes origines confondues.

Notre lecture transversale de l’intégration des personnes immigrantes prend sa source dans le cadre de notre expérience de terrain dans les volets de la régionalisation de l’immigration, de l’immersion professionnelle et du mentorat. Comme nous l’avons mentionné ci-haut, nous avons évolué dans des organismes voués exclusivement à l’intégration des personnes immigrantes et dans un organisme qui offre des services à de jeunes adultes québécois et à de nouveaux arrivants par le biais de projets d’employabilité, d’orientation, de mise en action et d’entrepreneuriat. Cette expérience de terrain, acquise dans un contexte géographique, linguistique et socio-économique différent , (Côte-des-Neiges et Montréal-Nord), nous permet de faire une synthèse de la perception et de la réalité de la complexité du dossier de l’immigration.
On parle de la ghettoïsation des immigrants dans certains quartiers comme Côte des Neiges (77 506 habitants en 2006; 50,9 % de personnes issues des minorités visibles ) et Montréal-Nord. Notre expérience actuelle dans un organisme à but non lucratif situé à Montréal-Nord nous permet de constater une nouvelle prise de conscience des différents acteurs socio-économiques. Une ville qui ouvre une nouvelle page d’histoire . Le portrait de Montréal-Nord n’est guère reluisant : un jeune sur six au chômage, 29 % des ménages sont composés de familles monoparentales, 38 % des ménages vivent sous le seuil de faible revenu. Avec ses 83 911 habitants (2006), l’arrondissement de Montréal-Nord compte 32 % de minorités visibles .

 

 

II-1 Des expériences diverses et variées sur la problématique de l’intégration

 
Des expériences diverses et variées sur la problématique de l’intégration nous permettent d’avoir une vue d’ensemble sur la complexité de l’intégration économique et de l’adaptation culturelle.

 
1) Notre expérience acquise à Promotion Intégration Société nouvelle (PROMIS), un organisme à but non lucratif qui poursuit la mission d’intégration auprès des nouveaux arrivants et de défense de leurs droits, basé à Côte-des-Neiges, un des secteurs les plus multiethniques de Montréal : plus de 130 communautés culturelles y sont représentées. Le quartier Côte-des-Neiges constitue le point de chute de nombreux nouveaux arrivants. Ce territoire compte 50,9 % de minorités visibles.
Notre expérience de terrain nous permet peut-être davantage de faire parler les faits, même si l’objectivité souhaitée peut révéler des biais, compte tenu d’une éventuelle distance difficile à tenir avec l’objet sociologique. Cependant, nous tenterons, autant que faire se peut, d’aborder avec objectivité la question de l’intégration. Ces deux projets contribuent au maintien de la cohésion sociale, et partant, à l’équilibre de la société d’accueil.

L’approche basée sur la réalité du terrain permet de questionner les pratiques empiriques. Mais aussi, et surtout, nous nous appuierons sur des documents publics et comparerons sur le terrain pour voir si le contenu ou les orientations de ceux-ci ne sont que des vœux pieux ou s’ils reflètent la réalité empirique. Nous passerons à la loupe certaines déclarations. Nous passerons aussi au peigne fin certaines analyses lors des consultations publiques conduites par la Commission de la culture de l’Assemblée nationale du Québec. La volonté politique du gouvernement libéral provincial dans la question de l’intégration des personnes immigrantes est-elle certaine, réelle, réaliste? Le plan d’action a-t-il été mis en œuvre tel qu’annoncé?

 
2) L’expérience acquise dans le domaine de la régionalisation de l’immigration, de l’immersion professionnelle des personnes immigrantes et du programme Mentorat nous semble un atout, autant dans la réflexion épistémologique que dans la pratique de terrain. La valeur ajoutée de notre livre se mesure dans l’analyse de la dynamique territoriale de l’occupation de l’espace québécois par les immigrants. Celle-ci se décline dans leur insertion socio-économique, culturelle et politique, dans la métropole montréalaise, tout comme dans les régions du Québec. Ce livre est aussi le fruit de représentations publiques, de réseautages formels et informels de son auteur qui reste passionné par la question de l’immigration.

 
3) La création de notre blogue http://doudousow.wordpress.com/en février 2009, comme creuset d’une information constructive et éducative, vectrice de cohésion sociale, nous a conforté dans l’idée de poursuivre la réflexion sur l’intégration des immigrants. Les commentaires instructifs sur nos différents articles, ainsi que notre expérience dans le domaine de l’action communautaire et de la vie associative, nous ont également servi d’analyse sociologique dans la rédaction du livre.
Nous sommes apparemment le premier conseiller en emploi à écrire un livre sur l’intégration des personnes immigrantes et à créer un site Internet fournissant des conseils pratiques aux chercheurs d’emploi immigrants.

4) La réflexion et l’analyse critique trouvent leur fondement dans notre formation universitaire à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) et à l’Université Rennes 2 (France), doublée d’une approche empirique sur le terrain de l’intégration des personnes immigrantes au Québec et de notre implication dans la question de la défense des intérêts des étudiants étrangers en France.

 
Notre analyse ne se limite pas seulement à l’identification d’une cause particulière comme seul obstacle de l’intégration des immigrants au Québec. Les difficultés d’intégration au marché du travail québécois ne peuvent pas être exclusivement attribuables à l’immigrant lui-même. Une hypothèse plausible irait dans le sens que les échecs de l’intégration seraient plutôt dus à la conjugaison de plusieurs facteurs : la non-reconnaissance des diplômes et des acquis par certains employeurs, le cercle vicieux « pas d’expérience canadienne, pas d’emploi et vice versa », la barrière linguistique, la discrimination raciale à l’embauche à l’égard de certaines communautés culturelles, le faible réseau et le manque de connaissance du marché du travail québécois, les problèmes d’attitude, la méconnaissance des codes culturels, le temps nécessaire à l’adaptation, l’inadéquation actuelle entre les offres d’emploi et les profils due à la grille de sélection des immigrants, le sous-financement des organismes communautaires, la fermeture des ordres professionnels, la déqualification professionnelle, l’absence ou les difficultés à trouver des formations passerelles pour les immigrants, la forte concentration des immigrants à Montréal.

 
III- La délimitation de l’objet d’étude

 
Selon le sociologue Émile Durkheim, « la première démarche du sociologue doit donc être de définir les choses dont il traite, afin que l’on sache et qu’il sache bien de quoi il est question . » Pour circonscrire notre objet, nous parlons d’immigrants reçus dans la catégorie économique (notamment les travailleurs qualifiés) et non des réfugiés, puisque les réalités sont complètement différentes. Les immigrants ont fait le choix d’immigrer tandis que les réfugiés ont quitté leur pays par contrainte physique ou par peur de persécution raciale, religieuse, politique ou ethnique .

Les réfugiés vivent plus de difficultés d’intégration à cause de leur passé et des traumatismes vécus qui laissent des séquelles à vie. La période de deuil social et professionnel est plus longue et la question de leur intégration se pose en des termes bien différents.

 
IV- Justification de l’ouvrage

 
Les différents ouvrages consultés n’ont pas étudié sous tous les angles l’intégration des personnes immigrantes. Par ailleurs, il existe beaucoup de textes publiés dans les revues qui traitent de l’intégration des immigrants à Montréal, et fort peu de ceux en région.
Travailler dans le domaine de l’intégration des personnes immigrantes demeure un sujet passionnant pour tout sociologue qui analyse et interroge la logique des différents acteurs, leurs interactions, mais aussi les particularismes.
Certaines définitions ou précisions nous semblent appropriées pour éclairer notre démarche sociologique. Certains ouvrages, études et recherche-action ont fait état de l’évolution des politiques d’intégration ou d’immigration (N’doye, 2003 ; Antonius et al, 2009). (Chicha et Charest, 2008) ont évalué les programmes d’intégration.
Marie-Thérèse Chicha et Éric Charest ont tenté, dans leur étude intitulée « L’intégration des immigrés sur le marché du travail à Montréal : politiques et enjeux », de répondre à des questions sur « les politiques mises en œuvre pour apporter des solutions aux difficultés vécues par les immigrés ». Ils ont aussi analysé « les objectifs visés par les politiques, voir si les politiques sont efficaces et si on peut les considérer comme des modèles de bonnes pratiques . » Nous ne revenons pas sur ces aspects puisqu’ils ont été bien expliqués et analysés.

Cependant, notre ouvrage se distingue des précédents en combinant l’expérience de terrain sur l’intégration des immigrants à Montréal et en région et les auditions publiques des spécialistes. Il explore davantage l’employabilité des immigrants.

La question de l’intégration revenant de plus en plus souvent dans l’actualité, il serait intéressant de jeter un regard constructif sur l’esprit de « L’énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration » qui date de 1990. Vingt trois (23) ans après la mise en place de ce tableau de bord, pouvons-nous constater que les efforts accomplis pour favoriser la pleine participation des Québécois, toutes origines confondues, ont donné les résultats espérés?

Une sociologie de différents acteurs qui travaillent sur une problématique commune : l’intégration des personnes immigrantes sous des méthodes et des angles d’approche différents. Les acteurs de projet, au sens où l’entend le sociologue Jean-Louis Laville, qui sont en interaction les uns avec les autres, nouent des relations de compréhension, d’entraide, de réciprocité, dans un climat de confiance. Ce partenariat entraîne également une tension sociale eu égard à la question identitaire, aux valeurs inhérentes à la société d’accueil (laïcité, principe un homme égale une femme, le français langue majoritaire au Québec), à l’intégration par le travail, bref à la perspective intégrationniste ou assimilationniste des immigrants. Divers acteurs qui ont des intérêts communs parfois différents. En définitive une sociologie des acteurs qui tient compte de la dynamique conflictuelle, de la dynamique de préservation des intérêts, de la dynamique de cohésion sociale, de la dynamique du rapport de force etc.
Le sociologue Manuel Castells, à travers son célèbre livre La société en réseaux, (T.1 de L’ère de l’information), définit :

« […] le concept de réseau, [comme une] caractéristique majeure de la société à l’ère de l’information. Un réseau est un ensemble de nœuds interconnectés. Un nœud est un point d’intersection d’une courbe par elle-même. La réalité d’un nœud dépend du type de réseau auquel il appartient. […] . »

Selon le chef de file de la sociologie urbaine :
« Les réseaux sont des structures ouvertes, susceptibles de s’étendre à l’infini, intégrant des nœuds nouveaux en tant qu’ils sont capables de communiquer au sein du réseau, autrement dit qui partagent les mêmes codes de communication (par exemple, des valeurs ou des objectifs de résultat). Une structure sociale fondée sur des réseaux est un système très dynamique et ouvert, capable d’innover sans mettre en cause son équilibre . »

La notion de « réseaux » est appréhendée, dans le cadre de notre livre, comme une relation de partenariat entre plusieurs acteurs, organismes communautaires, institutions ou structures, syndicats, etc., qui essaient, par rapport à une problématique commune (l’intégration culturelle et socio-économique des personnes immigrantes), de favoriser le vivre-ensemble harmonieux par une intégration économique et une adaptation culturelle aux réalités de la société d’accueil québécoise.
Pour tenter de satisfaire aux exigences de la rigueur méthodologique et à l’analyse des systèmes de valeurs, nous avons eu recours à la méthode de l’analyse de contenu.

« Le souci de la neutralité axiologique a présidé au choix de l’analyse de contenu. Elle offre la possibilité de traiter de manière méthodique des témoignages et des informations qui peuvent présenter un ″certain degré de profondeur et de complexité″ . »
Ayant ainsi présenté le cadre méthodologique, nous entamons la deuxième partie qui décrit le modèle d’analyse et le cadre théorique.

 

 

V- Modèle d’analyse : éléments sociologiques

 

Notre cadre de référence théorique s’articule autour de la conception wébérienne et durkheimienne en termes d’approches cumulant l’explication et la compréhension. Elle nous permet de prendre en compte le volet historique de la société québécoise et de tenir compte du point de vue de la société d’accueil. Il existe aussi un autre cadre de référence résidant dans une approche interculturelle développée par certains auteurs.

Notre démarche théorique s’inscrit dans l’approche explicative de Durkheim et celle compréhensive de Weber. Nous analyserons les faits sociaux en donnant tous les points de vue.
« La sociologie est née avec la volonté de rendre compte des transformations qui bouleversaient les sociétés, principalement depuis le XIXe siècle . » (Martin et al., 2003). L’histoire de la discipline sociologique (Auguste Comte (1798-1857) a inventé le terme « sociologie » en 1839) nous révèle que la principale difficulté dans la définition de la sociologie se trouve dans son objet. Émile Durkheim, le père fondateur de la sociologie française (Les règles de la méthode sociologique [1895], un ouvrage de référence surtout en termes de définition conceptuelle) a voulu faire de la sociologie une discipline autonome différente de la philosophie et de la psychologie.

 

Dans cet ouvrage, nous partons de deux positions sociologiques de la science de l’action sociale de Weber et de la science des faits sociaux de Durkheim qui paraissent contradictoires, mais complémentaires.

Selon Durkheim, les phénomènes sociaux « constituent des manières de sentir, de penser et d’agir qui sont extérieures à l’individu et sont dotées de pouvoir de coercition et s’imposent à lui comme une force contraignante.» On voit ici donc que la sociologie se définit à partir de l’explication des faits de l’extérieur : objectivisme. Des faits qui ont un « ascendant sur l’individu » . « Une puissance de coercition externe » qui peut s’abattre sur les immigrants. Ce sont des événements qu’ils ont trouvés sur place et dont ils doivent tenir compte s’ils ne veulent pas être marginalisés (par exemple : le combat linguistique et la bataille des valeurs communes). Nier certaines réalités pourrait se retourner contre la personne immigrante elle-même. En d’autres termes, les nouveaux arrivants ont trouvé sur place des valeurs et faits qu’ils ne sauront ignorer. Durkheim, dans son remarquable ouvrage sur « Les règles de la méthode sociologique », disait ceci : « Qu’un individu tente de s’opposer à l’une de ces manifestations collectives et les sentiments qu’il nie se retournent contre lui. . » Nous subissons « des influences sociales » qui peuvent amener à la « québécisation » des valeurs. « Mais si nous considérons les faits sociaux comme des choses, c’est comme des choses sociales », disait Durkheim.

D’autres penseurs, à l’instar de Max Weber, croient, eux, que la sociologie doit se définir à partir de l’explication des faits de l’intérieur : subjectivisme. Max Weber définit la sociologie comme
« une science qui se propose de comprendre par interprétation (deutend verstehen) l’activité sociale et par là d’expliquer causalement (ursächlich erklären) son déroulement et ses effets . »
Selon toujours le fondateur de la sociologie compréhensive,

« l’activité (Handeln) [est] un comportement humain (peu importe qu’il s’agisse d’un acte extérieur ou intime, d’une omission ou d’une tolérance), quand et pour autant que l’agent ou les agents lui communiquent un sens subjectif. Et par activité « sociale », l’activité qui, d’après son sens visé ([gemeinten Sinn) par l’agent ou les agents, se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel s’oriente son déroulement . »

« La sociologie de l’action sociale » de Weber permet de comprendre le vécu des familles immigrantes. Durkheim la définit comme étant extérieure à l’individu et Weber, de son côté, comme étant intérieure à l’individu.

Selon le sociologue allemand et juriste de formation, Max Weber, l’action n’a de sens que si elle correspond à une intentionnalité. Mais pour que cette action ait un sens, il faut aussi que les individus la comprennent (idée de causalité).

La méthode qualitative privilégie la compréhension à partir du sens et des significations que l’acteur donne à son action tandis que la méthode quantitative utilisée par Durkheim pose la question de la quantification qui est loin de révéler toute la véracité des faits. En définitive, avant de pouvoir expliquer un phénomène social, il faut d’abord le comprendre (idée de causalité et d’interprétation).

En fait, la sociologie est cette science moderne qui concilie la méthode compréhensive et la méthode explicative. Avant d’expliquer un phénomène, n’est-il pas nécessaire, d’abord, de le comprendre pour en évoquer ses interactions, ses interrelations ?

La sociologie explicative de Durkheim permet de rechercher les causes de défense identitaire. La sociologie compréhensive de Weber aide à rechercher le sens et les significations que la société québécoise accorde au débat identitaire.

VI- Cadre théorique

VI-1) Définition de l’intégration

 
La vision du ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration (MCCI, 1990) de l’intégration, contenue dans un document de référence « Au Québec pour bâtir ensemble – Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration », reflète assez bien le caractère multidimensionnel de l’intégration. Le ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration (1990) définit celle-ci comme :
« un processus d’adaptation à long terme, multidimensionnel et distinct de l’assimilation. Ce processus, dans lequel la maîtrise de la langue d’accueil joue un rôle moteur, n’est achevé que lorsque l’immigrant ou ses descendants participent pleinement à l’ensemble de la vie active de la société d’accueil et ont développé un sentiment d’appartenance à son égard . »
L’immigrant doit-il se fondre, dans toutes ses facettes, dans la majorité ou doit-il trouver un équilibre entre l’identité de sa terre d’accueil et celle de ses origines? Doit-il s’enraciner dans sa communauté d’origine ou dans sa communauté d’accueil? À notre avis, il doit trouver une symbiose intelligente de concilier ces deux communautés particulières. Le français, langue commune, doit être le ciment de l’intégration.

L’intégration de la personne immigrante, un processus évolutif, ne se fait pas du jour au lendemain en termes d’adhésion aux valeurs. En d’autres mots, l’intégration culturelle se fait sur le long terme. Elle s’étale sur le temps et en des circonstances bien déterminées en tenant compte de plusieurs facteurs. L’intégration se fait de façon collective, mais aussi individuelle. On parle ainsi de la capacité de l’individu à s’intégrer, indépendamment de ses origines.

Deux proverbes africains permettent d’illustrer la métaphore de l’intégration : « Le tronc d’arbre aura beau séjourner dans la rivière, il n’en deviendra pas un crocodile » (proverbe sénégalais); « La chèvre broute là où elle est attachée » (proverbe camerounais). Pourrait-on être d’accord sur la théorie du déterminisme social du sociologue Émile Durkheim selon laquelle le milieu détermine l’individu? Mieux, tout comme Bourdieu, peut-on penser que l’individu subit obligatoirement les influences de la société? Si on sort de ce déterminisme rigoureux, pourrait-on dire que l’individu peut s’affranchir des contraintes de la société? La dimension temporelle, qui est un des facteurs d’adaptation culturelle et d’intégration économique, renseigne de manière éloquente sur le degré d’intégration.

En effet, dans l’article intitulé «Typologie des migrations et analyse de l’intégration » , Jean-Pierre Garson et Cécile Thoreau abordent de manière pragmatique « la nécessité de tenir compte » de la dimension temporelle dans l’analyse de l’intégration des immigrants.
« Le temps est une dimension fondamentale de l’intégration, d’où la nécessité de tenir compte, d’une part de l’âge du migrant lors de son arrivée dans le pays d’accueil, et d’autre part du nombre d’années qu’il y a déjà vécu. De nombreuses analyses ont montré que la situation économique des immigrants tend à s’améliorer avec le nombre d’années passées dans le pays d’accueil. Avec le temps, les différences culturelles éventuelles entre immigrés et autochtones [population locale] s’estompent ou se relativisent, et les uns et les autres finissent le plus souvent par se tolérer ».
Les deux auteurs tiennent cependant à relativiser :
« (…) le moment où se produit l’émigration et l’histoire personnelle de l’émigré s’insèrent, par la force des choses, dans le moment et l’histoire de la société d’accueil. Émigrer aujourd’hui, alors que sévit le chômage dans le pays où l’on se rend, ce n’est pas la même chose qu’y avoir émigré lorsque le plein emploi était la règle ».

Autrement dit, la réussite de l’intégration dépend de facteurs et de circonstances bien déterminés. Ils concluent en soulignant que :
« La dimension temporelle ne peut pas être considérée indépendamment des autres facteurs. Il se peut en effet que les besoins du marché du travail se modifient et que les compétences de l’immigrant, nécessaires au pays d’accueil au moment où il y arrive, soient dépassées quelques années plus tard. En outre, les immigrants pour lesquels ce niveau de compétences est peu élevé peuvent avoir des difficultés pour s’adapter à des emplois, à un marché du travail et, de façon plus générale, à un mode de vie caractérisés par un savoir-faire et un niveau d’alphabétisation sans cesse plus élevés. Il est donc possible que, dans certaines situations, le statut de l’immigrant se détériore après quelques années de séjour dans le pays d’accueil. »

Les niveaux d’intégration ne sont pas les mêmes, pour une personne qui parle français, qui a été en Europe ou en Amérique du Nord, comparés à ceux d’une personne qui doit faire sa francisation ou qui vient directement de l’Afrique. La période d’adaptation va être plus longue pour certaines catégories de population eu égard aux éléments que nous venons d’énoncer.

« […] Pour certains groupes de provenance, l’impact défavorable associé à leur origine n’est significatif que pendant les premiers mois suivant leur admission. C’est le cas pour l’accès à l’emploi qualifié des répondants du Maghreb et d’Europe de l’Est (incluant l’ex-URSS). Nous serions alors en présence d’un processus d’adaptation, d’acculturation ou de contournement, qui, de toute évidence, s’avère plus lent, au départ, que pour le groupe de référence, mais qui atteint, à terme, un rythme de croisière comparable à celui de ce dernier », soulignent Renaud et Cayn .

Le processus d’intégration diffère d’un immigrant à un autre. Celui qui est jeune et moins expérimenté intégrera plus rapidement le marché de l’emploi que celui plus âgé et plus expérimenté. Le jeune immigrant est davantage prêt à accepter tous les emplois qui sont à sa disposition que la personne expérimentée qui se rappelle des voitures, des chauffeurs et des maisons de fonction acquis dans le cadre de son travail dans son pays d’origine. Le deuil professionnel reste plus difficile à se faire oublier pour le professionnel immigrant expérimenté.

Une analyse systémique démontre que la personne immigrante doit bâtir une crédibilité et avoir un sens du leadership pour se faire une place réelle dans l’entreprise en particulier, et dans la société de manière générale. Elle doit prouver qu’elle peut apporter une valeur ajoutée et susciter toujours l’intérêt auprès de ses interlocuteurs.

Mais ceci n’est pas si négatif puisque ça pousse la personne immigrante à se questionner sur ses pratiques, à chercher à se dépasser, à performer. Parce qu’elle aura déjà à faire ses preuves devant tant d’épreuves. Et en définitive, elle parviendra à faire reconnaître la qualité de son travail car ses compétences ne seront plus à démontrer dans le contexte organisationnel. Dans un contexte nord-américain, une personne qui travaille continuellement sera récompensée de ses efforts.
Mais ce surpassement qu’on exige de la personne immigrante ne pourrait en aucune façon être attribué de façon systématique à l’employeur qui, parfois, n’est pas de mauvaise foi. Pour une personne immigrante qui n’a pas fait ses études au Canada, qui n’a pas une expérience québécoise ou canadienne, l’on se questionne toujours sur sa compréhension et sa maîtrise des façons de faire québécoises, sur la différence des pratiques de culture organisationnelle.
Cette difficulté rencontrée par les nouveaux arrivants est également vécue, différemment et à des degrés divers, par les jeunes adultes québécois qui ont soit décroché de l’école ou ont connu des problèmes familiaux ou de gangstérisme. C’est pourquoi on parle de l’adaptation des services en fonction des besoins spécifiques de la clientèle dans une perspective de réinsertion socioprofessionnelle, ou d’intégration professionnelle, ou de maintien en emploi.
L’intégration au marché du travail devient souvent difficile pour les nouveaux arrivants. La plupart des études scientifiques montre, qu’au fur et à mesure que la personne demeure dans la société d’accueil, sa situation s’améliore .

 

 

VI-2) L’étude de Reynaud et Cayn pour le MICC : Un emploi correspondant à ses compétences? Les travailleurs sélectionnés et l’accès à un emploi qualifié au Québec (Mars 2006).

 
Selon Jean Renaud et Tristan Cayn, le niveau de scolarité, la préparation à la migration, les séjours préalables et la région d’origine constituent les facteurs principaux à une intégration rapide au marché du travail québécois.
Cette étude réalisée pour le compte du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) n’a, certes, pas pris en compte à leur juste mesure des facteurs systémiques extérieurs à l’intégration qui pourraient influer sur l’intégration des immigrants. Son biais méthodologique (recherche d’autres échantillons sud-est asiatiques qui avaient des difficultés d’intégration; Bangladesh, Pakistan : la discrimination ne jouait pas un rôle majeur, mais plutôt la faible capacité d’adaptation) est également remis en cause par des participants issus des organismes d’aide aux nouveaux arrivants à la journée de régionalisation à Trois-Rivières en mai 2007. Ces détracteurs affirment avec raison que les facteurs liés au « capital humain » ne sont pas les seuls à nuire à l’intégration des immigrants. Il n’empêche que cette étude tout comme les conclusions d’autres spécialistes s’entendent sur le fait que la période d’adaptation est un facteur important dans l’intégration économique et culturelle des immigrants. La période d’adaptation diffère d’une personne à une autre et d’une culture à une autre.

La provenance joue un rôle déterminant dans l’insertion en emploi des immigrants au Québec. Telle est la conclusion de cette étude d’un échantillon de plus de 1 500 immigrants, de la catégorie des travailleurs qualifiés, admis dans la Belle province entre janvier 1997 et juin 2000. Selon les auteurs de l’étude, les ressortissants du « groupe ″Asie de l’Ouest et Moyen-Orient″ » et le groupe ″Asie de l’Est et Océanie″ connaissent de plus grandes difficultés à trouver un premier emploi comparativement à l’ensemble du groupe ″Europe de l’Ouest et États-Unis″ » . »

Les chercheurs qui ont réalisé la première étude sur l’intégration des immigrants au marché du travail québécois selon leur niveau de scolarité indiquent ceci :

« Une hypothèse plausible est à l’effet que les immigrants provenant de certaines régions du monde, pour des raisons encore impossibles à identifier clairement et tout aussi difficiles à quantifier, auraient besoin de plus de temps pour s’acclimater, pour s’approprier les us et coutumes, pour surmonter les différences d’ordre socioculturel, pour modifier, dans une certaine mesure, leur comportement, de façon à le rendre plus conforme aux habitudes locales et aux attentes . »

 
La réussite rapide des immigrants est effectivement liée au pays d’origine. « L’effet de la région de provenance » ou d’origine est démontré dans le processus d’intégration rapide sur le marché de l’emploi. Un immigrant africain qui est passé par l’Europe ou l’Amérique a plus de chances de s’intégrer rapidement qu’un immigrant qui vient directement de l’Afrique. Il y a un partage de certaines valeurs occidentales, même si on peut observer des nuances ici et là. Le fait de maîtriser la langue française étant par ailleurs un facteur indispensable dans l’intégration socioprofessionnelle, les immigrants francophones peuvent plus rapidement s’intégrer. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie.

 

L’intégration pleine et entière de l’immigrant se mesure à l’insertion en emploi à la hauteur de ses compétences. Il serait réducteur de considérer que l’inadéquation des besoins de main-d’œuvre et des profils des immigrants est la seule et unique cause des problèmes d’intégration des immigrants (Chicha et Charest, 2008).

La fermeture des ordres professionnels au Québec, et tout particulièrement celui du Collège des médecins du Québec(CMQ), ne facilite pas une intégration rapide des personnes immigrantes évoluant dans des métiers et professions réglementés. L’intégration des médecins étrangers est un combat pour faire avancer les lois progressistes de la société québécoise basées sur l’inclusion.

La non-reconnaissance des acquis, tout comme le sous-financement des organismes communautaires qui viennent en aide aux immigrants, constituent un frein à l’intégration des immigrants. L’intégration des immigrants ne peut se faire sans la sensibilisation des acteurs de la société. Tous les membres de la société doivent travailler ensemble pour embarquer dans une logique contractuelle empêchant que le bateau ne chavire ou n’atteigne une île déserte. Mais aussi les histoires à succès de certains immigrants permettent aux nouveaux arrivants de ne pas céder au découragement.

 

Le réseautage constitue un outil efficace dans la recherche d’emploi au Québec. La personne immigrante doit être capable de créer, développer et entretenir un réseau. L’extraordinaire puissance de l’attitude (Bill Marchsin , 2009) constitue une clef dans l’intégration économique des immigrants. Le conférencier et auteur international reprend sur son site Internet une étude de l’université de Harvard qui indique que « 85 % de la réussite d’un individu est attribuable à son attitude! ». La non-maîtrise des codes culturels québécois par les immigrants leur porte préjudice dans la quête de l’emploi.
 

Les nouveaux arrivants ont une conception parfois trop idéaliste du marché du travail québécois qui ouvre rapidement des portes à l’intégration. Des attentes surréalistes qui constituent des fausses croyances sur la réalité du marché du travail. Même s’il existe des personnes qui réussissent à tirer leur épingle du jeu, il demeure évident que le temps d’adaptation est nécessaire pour trouver un emploi rêvé.

Lien pdf : (231322958) Fondements théoriques et empiriques de la démarche_VO

images metaphore

La précarisation de l’emploi, les difficultés des femmes immigrantes « racisées », la question du chômage chronique et élevé chez les Maghrébins et les Noirs africains et la récurrente problématique des médecins étrangers risquent d’influer négativement sur le vivre-ensemble harmonieux.

Malgré les besoins criants dans différents domaines ou secteurs d’activité, certaines personnes immigrantes qualifiées ne se font pas embaucher, sous prétexte qu’elles ont acquis une expérience à l’étranger. Combien de fois le Québec s’est privé d’immigrants compétents à cause de la fermeture des ordres professionnels et des tracasseries administratives contraignantes! Dans un contexte de mondialisation du savoir et de compétition internationale féroce, il serait regrettable, voire inadmissible, que le Québec laisse filer les immigrants qu’il a lui-même sélectionnés pour aller dans les provinces anglophones ou ailleurs dans le monde. Le Québec devient ainsi une transition non-volontaire des immigrants francophones et francophiles vers les provinces anglophones.

L’étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) intitulée « Politiques et intégration au marché du travail » (Maude Boulet, Brahim Boudarbat), indique que le Québec intègre moins ses immigrants. Les immigrants vivant au Québec éprouvent de la difficulté à trouver du travail. L’étude « Les immigrants sur le marché canadien du travail en 2006 : premiers résultats de l’enquête sur la population active du Canada – Situation des immigrants sur le marché du travail, provinces et régions » démontre la différence Québec-provinces anglophones.

« En 2006, peu importe le nombre d’années depuis leur établissement, les immigrants du principal groupe d’âge actif vivant au Québec affichaient des taux d’emploi bien plus faibles que ceux de leurs homologues à l’échelle du pays. Les immigrants très récents du Québec se classaient au dernier rang au Canada pour ce qui est du taux d’emploi (59,3 %), soit 6,1 points de pourcentage de moins que le taux d’emploi national de cette catégorie d’immigrants […].»

On apprend toujours au sujet de cette étude que :
 

« C’est au Québec également que l’on observe l’écart le plus marqué entre le taux d’emploi des immigrants et celui des Québécois nés au Canada. En 2006, un écart de 22,6 points de pourcentage séparait les taux d’emploi des immigrants très récents du Québec et des Québécois nés au Canada. Cet écart, toutefois, est moins important dans le cas des immigrants récents (9,9 points de pourcentage). »

Les difficultés des immigrants sont amplement évoquées dans cette étude qui ajoute que :

« Le taux de chômage des immigrants vivant au Québec est nettement plus élevé que la moyenne nationale et que celui des immigrants établis dans les autres provinces. En effet, le taux de chômage des immigrants très récents du Québec était estimé à 17,8 % en 2006 (tableau 3), soit près de trois fois le taux de chômage de la population du Québec née au Canada (6,3 %). Dans le cas des immigrants récents, le taux de chômage est plus de deux fois supérieur à celui des Québécois nés au Canada (13,4 % c. 6,3 %). […] Le Québec rapporte, parmi l’ensemble des provinces, le taux le plus élevé d’immigrants aux études plutôt que sur le marché du travail (60 %). Cette particularité pourrait expliquer une partie de l’écart entre le taux d’emploi des immigrants du Québec et celui des Québécois nés au Canada, mais elle explique plus difficilement l’écart observé au chapitre du taux de chômage. Le pays de naissance des immigrants pourrait également contribuer à expliquer les taux de chômage plus élevés des immigrants du Québec par rapport à ceux des immigrants des autres provinces. Cette question fera l’objet d’un rapport ultérieur sur les immigrants et le marché du travail. […] Les immigrants des provinces de l’Atlantique se tirent bien d’affaire sur le marché du travail . »

Même s’il existe une forte demande de main-d’œuvre en Alberta, un programme de jumelage professionnel, des formations passerelles, l’utilisation d’une seule langue, on ne saurait ignorer le calvaire des immigrants.

Image promotion blogue

Pour attirer les meilleurs talents, le Québec est très concurrentiel au niveau de la publicité à l’international. Il vend très bien la qualité de vie de la province, les pénuries de main-d’œuvre, les opportunités de carrière, la très bonne réputation des institutions d’enseignement ou des études ainsi que les nombreux avantages que procure la province québécoise aux familles. Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) offre ses services au Québec et à l’étranger, à travers ses bureaux de délégation générale.

 

 

Un certain désenchantement des personnes recrutées à l’étranger se manifeste parfois par rapport aux rêves qu’elles se faisaient de la société sous des traits qualificatifs d’une société développée, riche, prospère et industrialisée. Certaines d’entre elles iront même jusqu’à dire que le discours de la délégation leur miroitait l’esprit d’un eldorado où les besoins de la société en matière de recrutement de main-d’œuvre sont énormes et inépuisables. D’autres assimilent même l’obtention du certificat de sélection délivré par la délégation générale du Québec à un poste acquis d’avance une fois sur le sol québécois.

 

Durant le processus de recrutement, les attachés ou agents de promotion qui recrutent et sélectionnent les candidats potentiels à l’immigration ne s’attardent pas trop en général sur les obstacles que peuvent rencontrer les immigrants au Québec (non-reconnaissance des diplômes, chômage trop élevé de certaines communautés culturelles, fermeture des ordres professionnels, etc.).

 

S’il est vrai que la délégation générale du Québec à l’étranger adopte une stratégie faisant partie du plan de marketing promotionnel de recrutement, d’attraction et de sélection des travailleurs qualifiés, il n’en demeure pas moins que l’excitation de certains immigrants les empêche de bien cerner la réalité du système professionnel québécois et du marché du travail québécois.

 

Discours marketing des agents de l’immigration : la destination Québec, un Eldorado ou un mirage pour les immigrants qualifiés?

 

À la question si l’information transmise aux futurs immigrants est complète et fidèle aux réalités économiques et culturelles québécoises, la réponse est oui et non. Il faut reconnaître que des immigrants potentiels, à la fois excités et pressés de quitter ou de fuir leur pays, minimisent parfois les difficultés qu’ils peuvent rencontrer sur le sol québécois. Devant une frustration grandissante par rapport à leur nouvelle terre d’accueil, les nouveaux arrivants ressassent le discours suivant lequel la destination Québec leur était vendue comme une île paradisiaque.

 

La plupart des immigrants qualifiés dont les dossiers ont été évalués par la grille de sélection pensent que la sélection est synonyme ou équivaut à un poste acquis d’office dans une entreprise québécoise. Certaines personnes immigrantes reprochent à la délégation générale du Québec de trop vanter les services accordés aux immigrants à leur arrivée. Elles se disent souvent déçues face à certains obstacles rencontrés dans leur parcours d’intégration socioprofessionnelle (non-reconnaissance des acquis, barrière linguistique, manque d’expérience québécoise, peu d’ouverture des employeurs, etc.). Parfois, il faut qu’elles descendent des nues pour réaliser que l’intégration professionnelle ne sera pas aussi rapide qu’elles l’avaient imaginée avant leur arrivée au Québec. Il est aussi vrai que les personnes immigrantes ne peuvent réaliser et prendre à leur juste mesure les informations qui leur sont fournies à l’étranger que lorsqu’elles arrivent sur place.

 

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, la directrice du Centre d’orientation et de formation pour favoriser les relations ethniques traditionnelles (COFFRET), Line Chaloux, pointait du doigt les difficultés d’intégration des immigrants avec, en toile de fond, la fermeture des ordres professionnels québécois. Le gouvernement libéral provincial n’a pas non plus été en reste dans ses commentaires.

 

Dans le cadre de cette consultation, certains intervenants communautaires, à l’instar de Madame Chaloux, ont proposé « une révision de la méthode des pratiques de sélection et de promotion à l’étranger afin que les immigrants soient bien conscients des conditions dans lesquelles ils arrivent et quel sera le cheminement qu’ils auront à faire face ». Pour preuve, Mme Line Chaloux, dont l’organisme travaille à l’accueil et à l’accompagnement des immigrants dans les Laurentides, rapporte avoir eu la certitude de personnes immigrantes déclarant être flouées par certains agents ou fonctionnaires de l’immigration concernant leur intégration en emploi : « Alors, nous, on est témoins de gens qui nous témoignent que quand ils ont été en entrevue, on leur a assuré que les papiers qu’ils avaient leur permettraient de travailler ici, et vous le savez, que ce soit les corporations[...]. Vous savez, là, il y a une incompréhension . »

 

Ce problème de non-reconnaissance des acquis ne date pas d’hier, comme elle avait tenu à le souligner lors de la précédente commission parlementaire sur la planification de l’immigration en 2007 :

 

« [Puis] je me rappelle qu’à la dernière commission il y a quatre ans j’en avais parlé aussi, au niveau de l’enseignement, les enseignants, là, entre autres du Maghreb, il y a énormément d’enseignants du Maghreb qui arrivent ici, qu’ils n’ont pas le droit d’enseigner.

 

« Il faut qu’ils aillent refaire un bac pour pouvoir enseigner tandis que s’ils vont en Ontario, il y a un cours d’un an qui leur permet d’enseigner. Alors, ils peuvent partir un an en Ontario, aller suivre le cours, revenir au Québec et ils peuvent enseigner . »

 

Elle trouvait paradoxal que le gouvernement libéral provincial fasse la promotion du fait français et ne réussisse pas à retenir les immigrants établis au Québec. « Alors, comment ça se fait qu’au Québec, quand on veut faire du fait français quelque chose d’immuable, quelque chose d’enraciné, on envoie ces gens-là francophones étudier en Ontario pour pouvoir revenir enseigner au Québec? Il y a une incompréhension totale . »

 

Mieux, la directrice du COFFRET depuis plus de 20 ans interpellait le gouvernement libéral provincial sur sa responsabilité et son leadership envers les ordres professionnels et les institutions d’enseignement, notamment les universités. « Alors, comment le gouvernement peut-il influencer les corporations et les universités afin qu’on puisse offrir à ces gens-là qui sont installés chez nous l’opportunité de pratiquer leur métier? »

 

Le gouvernement libéral provincial est très efficace dans sa politique de promotion même si les difficultés d’intégration existent pour les immigrants déjà établis au Québec. Il est vrai que le revers de la médaille consistant à insister sur les points négatifs dissuaderait certains immigrants surtout dans un contexte d’immigration concurrentielle internationale. Le marketing idyllique du gouvernement libéral provincial était souvent dénoncé quand les nouveaux arrivants butaient à des obstacles auxquels ils n’étaient pas préparés.

 

Concernant le processus de recrutement et de sélection des candidats, différents acteurs y interviennent. Il appartient à la délégation générale du Québec de sélectionner le candidat et ensuite Immigration Canada se charge de la vérification des antécédents judiciaires et du dossier médical du candidat.

 

Pour faciliter son recrutement à l’étranger, le Québec compte sur les (15) Services d’immigration et des bureaux d’immigration du Québec à l’étranger couvrant des pays dans le monde entier.

 

Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) est représenté donc à l’extérieur par la délégation générale du Québec qui a ses bureaux à l’étranger et certaines antennes. Dans son mandat de promotion à l’extérieur du Québec, la délégation générale du Québec travaille en synergie avec le secteur des Relations internationales du Québec. Le MICC a ses attachés de promotion qui travaillent dans les délégations générales et qui font un travail de marketing auprès des chambres de commerce et des institutions scolaires pour présenter les opportunités d’emploi et le processus de sélection. Ces attachés de promotion vendent très bien l’image du Québec sur tous les plans en faisant ressortir les points positifs de la société d’accueil.

 

Donc, à travers des séances d’information d’une durée moyenne de deux heures, les attachés de promotion du MICC expliquent globalement les avantages de la destination Québec. Les attachés de promotion se rendent dans les chambres de commerce, les établissements d’enseignement pour chercher à attirer de nouveaux talents. Le gouvernement provincial, par le biais du service Immigration-Québec, a une antenne, par exemple à New York, qui cible les sites des universités et des collègues pour recruter en particulier des étudiants étrangers comme le laissait entendre l’ancienne ministre Kathleen Weil dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration .

 

Des missions spéciales de sélection dans certains pays, hormis les recrutements dans les délégations générales (Paris, Mexico, Vienne, Hong-Kong, Rio-de Janeiro, etc.), se faisaient aussi.

 

Le gouvernement libéral provincial avait également mis en place la campagne de promotion et de prospection pour attirer des talents http://www.immigrerauquebec.ca, « Vous avez une place au Québec ». Les Journées Québec (une mission de recrutement en France, présélection de candidats potentiels à l’intégration au marché du travail par les employeurs québécois) font également partie de la stratégie de promotion et de recrutement du gouvernement en collaboration avec les partenaires du monde des affaires.

 

Comme nous l’avons déjà décrit, le gouvernement développait une campagne de promotion pour combler les pénuries de main-d’œuvre. Une nouvelle orientation sur les bassins de recrutement avait pu être notée. La campagne de promotion et de prospection pour attirer des talents donnait déjà une indication sur les pays ciblés prioritairement par le gouvernement provincial pour attirer les talents en tenant compte des domaines de formation privilégiés par le Québec. Les deux anciennes ministres libérales de l’Immigration et des communautés culturelles, Yolande James et Kathleen Weil, avaient elles-mêmes énuméré, dans le cadre de la campagne de prospection et de promotion « Vous avez une place au Québec! », des pays comme la France, le Mexique et le Brésil et d’autres comme la Belgique, la Colombie, la Russie, la Roumanie, l’Ukraine, la Moldavie et la Chine . On voyait nettement, dans la dynamique de promotion, l’absence des pays du Maghreb et de l’Afrique noire subsaharienne. Cela traduisait déjà, selon nous, une volonté du gouvernement de rééquilibrer la composition de l’immigration .

 

La successeure de madame Yolande James au poste de ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, dans ses remarques préliminaires sur l’immigration lors de l’étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration, faisait remarquer que le gouvernement libéral provincial allait « continuer d’attirer des personnes dont les talents et les compétences répondent [aux] besoins[des employeurs québécois], [qu’il] poursuivr[ait]la promotion du Québec à l’étranger que [le gouvernement Charest] av[ait]entreprise en 2010 sous le thème Vous avez une place au Québec! ».

 

Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles [MICC] a investi beaucoup d’argent dans la promotion, mais pèche dans l’allocation des ressources aux organismes communautaires : un véritable paradoxe.

 

Le MICC insiste sur la transmission des informations concernant les valeurs québécoises avant leur arrivée au Québec. La déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise qui est en vigueur depuis le 2 février 2009 fait partie des formulaires sur la demande de certificat de sélection du Québec (DCSQ). Donc, l’effort de mieux informer les immigrants avant leur arrivée au Québec s’inscrivait, et s’inscrit encore, dans une volonté d’établir un contrat moral avec les immigrants en les incitant à adhérer aux valeurs fondamentales de la société d’accueil en échange d’un emploi. Mieux informer les immigrants avant leur arrivée au Québec pour créer moins de déception, moins de frustration et plus de compréhension sur l’unicité de la société québécoise est en soi une bonne idée. Cependant, elle doit être jumelée à une sensibilisation et à une préparation de la société d’accueil à l’immigration et à ses réalités (un vaste chantier et un défi collectif).

 

Dans une contribution dans le journal Le Devoir en prélude au symposium international de mai 2011, le directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephan Reichhold, tirait la sonnette d’alarme. Cet article pertinent, intitulé « Interculturalisme 2011 – Faible stratégie d’intégration des immigrants au Québec », liste toutes les lacunes du système d’intégration québécois. Il va plus loin en regrettant une forme d’« interculturalisme virtuel » :

 

« Penser que fournir simplement de l’information brute et abstraite est suffisant pour intégrer les personnes immigrantes témoigne de l’incapacité du Québec à incarner l’interculturalisme dans ses pratiques d’accueil, notamment institutionnelles. L’intégration dans un modèle interculturel est un processus qui prend du temps. Les nombreux organismes communautaires voués à l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants peuvent témoigner du succès des pratiques interculturelles lorsqu’elles sont ancrées dans l’intervention et adaptées aux besoins des nouveaux arrivants. La rareté des ressources dont ils disposent en limite cependant l’impact . »

 

Le guide Apprendre le Québec destiné aux immigrants potentiels est un excellent outil qui renseigne les nouveaux arrivants sur les services d’accueil et d’aide à l’intégration, la société québécoise, les lieux d’établissement, la prévision du budget, la langue française, le logement, les services publics, les services bancaires, le réseau de contacts, le travail et la recherche d’emploi, les documents importants, ainsi quelques renseignements complémentaires qui doivent être complétés par d’autres sources documentaires et des contacts physiques avec les intervenants du milieu communautaire.

 

La responsabilité des immigrants potentiels : l’excitation ou la fausse ignorance?

 

L’expérience du terrain nous prouve que l’idée suivant laquelle les agents d’immigration ou attachés de promotion font miroiter aux immigrants une province paradisiaque ne tient plus la route. Si, par le passé, ces agents offraient une image idyllique aux immigrants potentiels, aujourd’hui la présence des associations monoethniques et les technologies de l’information nuancent les propos de ces tenants du marketing de l’immigration. Autant il faut prôner un marketing raisonnable, autant il faut également dire que l’excitation de la venue au Québec de certaines personnes les empêche de tenir compte de la réalité du discours. Les nouveaux arrivants ne peuvent plus se targuer d’être floués par ces agents. Cette affirmation semble avoir fait son temps.

 

De plus en plus, des immigrants se rendent sur le site Internet du gouvernement pour faire une évaluation préliminaire d’immigration (EPI). Les immigrants qui prennent le temps de lire les informations disponibles sur le site Internet du MICC sont édifiés sur certains aspects culturels de la société d’accueil. En voici une petite illustration dans la rubrique Direction de l’immigration économique – Maghreb, dont la dernière modification datait du 19 juin 2012, et que nous avions consultée le 12 octobre 2012 :

 

« Vous envisagez peut-être de vous établir au Québec? Vous avez été attiré par sa qualité de vie, son dynamisme et son environnement sûr? Avant d’entreprendre toute démarche, il est important de déterminer la faisabilité de votre projet d’immigration. Avez-vous envisagé tout ce que ce changement de vie comporte? Immigrer veut aussi dire partager les valeurs de sa société d’accueil. Pour vous éviter des surprises ou des déceptions, vérifiez d’abord si les valeurs de la société québécoise rejoignent les vôtres. Pourrez-vous adhérer à ces valeurs? N’hésitez pas à vous informer sur tous les aspects de la vie au Québec. Votre projet d’immigration reposera d’autant plus sur des bases solides . »

 

Le fossé entre le discours de l’immigration et la réalité se rétrécit de plus en plus. Les informations viennent avant et après la sélection générale du Québec : séance de prédépart sur les valeurs et le portrait du Québec. De nos jours, les nombreuses informations en ligne, les capsules d’information thématiques, le discours ajusté au débat sur les accommodements raisonnables par exemple, donnent une meilleure idée du processus d’immigration et des réalités de la société québécoise.

 

Les informations qui sont données à l’extérieur sont de plus en plus variées et relativisent des propos pompeux ou exagérés de tous les côtés (autorités administratives comme immigrants frustrés restés au Québec ou retournés chez eux). On assiste dès lors à un marketing raisonnable du processus migratoire et intégratif. Dans cette même optique, les technologies de l’information facilitent le travail des associations ethnoculturelles. De plus en plus, les personnes qui désirent immigrer contactent les associations depuis leur pays d’origine afin de faciliter leurs démarches d’intégration. Ces associations se donnent comme objectif de mener des actions visant à faciliter une meilleure intégration de leurs ressortissants. Soulignons que ces associations monoethniques doivent jouer un rôle de solidarité et d’aiguillage vers les structures d’intégration des immigrants, toutes origines confondues. Il existe de plus en plus d’associations ethnoculturelles africaines à but non lucratif qui ont pignon sur rue à partir d’initiatives de certains pionniers qui, s’étant rendu compte des difficultés d’intégration socioéconomique rencontrées par leurs compatriotes, se retrouvent autour des valeurs de solidarité et d’entraide. Des associations d’entraide qui aident leurs membres à mettre sur pied des dossiers pour ceux qui sont victimes de racisme (association des Algériens), de rapatriement du corps lors du décès d’un membre, occupent le terrain sur d’autres problématiques non prises en compte par les institutions ou les immigrants pris individuellement.

 

Cependant, même s’il existe une abondance d’information sur la toile ou parfois même une surabondance de l’information, il demeure que la personne immigrante souhaite vivre l’expérience sur le terrain et préfère souvent se frotter à la réalité du terrain pour être convaincue de la portée d’une information, d’un conseil ou d’une recommandation. En d’autres termes, ils veulent voir de « leurs propres yeux » ou le vivre directement pour en avoir le cœur net.

 

Au niveau de la transmission d’information, les personnes immigrantes peuvent être sevrées d’information à leur arrivée et ont du mal parfois à faire la part des choses dans cette multitude de services offerts. Ce qui peut être une bonne nouvelle peut poser également un problème de coordination.

 

En définitive, des personnes immigrantes ne peuvent plus se permettre de marteler le discours des autorités administratives officielles leur présentant le Québec comme l’Eldorado, ce qui était vrai il y a de cela quelques années. Les informations à notre disposition laissent penser que les agents de promotion évoquent de plus en plus de réelles difficultés d’intégration même si, pour plusieurs raisons, ils ne s’étendent pas là-dessus. Ce qui est compréhensible dans une perspective de recrutement et de sélection des talents, pour la bonne et simple raison que les candidats potentiels à l’immigration pourront dire : à quoi bon partir dans une société qui connait plus de difficultés que la nôtre ou qui n’intègre pas des immigrants à la hauteur de leurs compétences?

 

Aussi, les informations sur les réalités de l’immigration sont connues par l’intermédiaire des technologies de l’information, mais aussi notamment des associations qui fournissent des renseignements justes et vrais à leurs ressortissants qui souhaitent immigrer. Cette démarche d’aiguillage n’a rien à voir avec le contenu des forums de discussion sur le web qui parfois dénigrent le Québec et cherchent à dissuader certains futurs immigrants en faisant ressortir exclusivement les difficultés de la société d’accueil. Les immigrants frustrés relaient rapidement sur la toile des informations négatives sur le Québec. L’affaire du « Pastagate » en est une récente parfaite illustration .

 

À ce titre, un article du journaliste de La Presse, Denis Lessard, soulignait le tsunami médiatique de cette affaire, chiffres à l’appui : « L’événement avait été décrit par Mme De Courcy comme « une crise, une grosse crise » – qui avait d’ailleurs été mentionnée dans 350 articles, dans 14 pays, jusqu’en Australie. Influence Communications avait relevé à ce moment que cette bévue avait eu 60 fois plus d’échos dans les médias que la tournée de la première ministre Pauline Marois à New York, au même moment ». Ne dit on pas souvent que le monde est un village planétaire et que les réseaux sociaux raccourcissent les distances géographiques tout en favorisant les relations communicationnelles au sens propre comme au sens figuré?

images investisseurSi le programme d’immigration des investisseurs n’a pas les vertus économiques qu’on lui prête, pourquoi le gouvernement péquiste actuel déciderait il alors- de le conserver après la suppression dudit programme par Ottawa?

Le programme Immigrants investisseurs attire beaucoup d’investisseurs qui contribuent au développement de l’économie québécoise par la création d’emplois. Des entreprises québécoises bénéficient d’un montant d’argent grâce à ce programme. Même si le taux de présence des investisseurs immigrants reste faible (50 % d’immigrants investisseurs quittent le Québec après cinq ans), il n’en demeure pas moins que les emplois créés par l’intermédiaire du programme Investisseurs immigrants demeurent viables. Si l’on en croit le journal National Post, plus de 90 % des immigrants investisseurs quittent le Québec pour d’autres provinces canadiennes : « Using statistics from the Quebec government, Citizenship & Immigration Canada estimates more than 90 % of those accepted by Quebec’s program end up living in other provinces. Most go directly to Greater Vancouver ».

En commission parlementaire sur l’étude des crédits budgétaires 2010-2011 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, l’ancien député libéral de Lévis , Gilles Lehouillier, est d’avis que l’immigration est une valeur ajoutée et martèle cette vérité :

« [...] qu’on arrête de charrier au niveau de l’immigration, parce que, nous, [le Parti libéral provincial] on est conscients que l’immigration, c’est une force économique exceptionnelle pour le Québec. Alors, qu’en est-il des immigrants investisseurs? 3,4 milliards sont entrés au Québec depuis 2000 grâce aux immigrants, 350 millions investis dans des entreprises québécoises, 4 200 emplois créés dans les régions du Québec, 1 000 stages financés par des immigrants en entreprise . »

En parlant de l’origine du programme d’immigrants investisseurs, l’économiste Pierre Fortin rappelait en commission parlementaire en 2007 et 2011 que « c’est une idée qui a été développée par le ministre Gérald Godin, quand il était ministre de l’Immigration, au début des années quatre-vingt, et qui a été portée à terme éventuellement par son successeur, la ministre Louise Robic ».

M. Lehouillier résumait très bien le rapport des économistes en mettant l’accent sur les qualités du programme à partir de données factuelles mentionnées dans leur rapport : « de 2001 à 2011, Investissement Québec estime que la valeur des contributions financières a atteint 500 millions de dollars, ce qui a profité à 3 126 entreprises québécoises… ».

L’ancien député de Lévis rajoute les atouts ou dix qualités du programme en se basant toujours sur le mémoire des économistes : « […] les conditions sociales et économiques, stabilité de l’environnement macroéconomique, solidité du système financier, infrastructures d’éducation, de santé, d’énergie et de transport bien établies, main-d’oeuvre hautement qualifiée, excellente qualité de vie et environnement d’affaires flexible ».

Le document sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 livre une explication très claire du montant qui a doublé, passant de 400 000 $ à 800 000 $ :

« Chacun des immigrants investisseurs doit, dès l’étape de la sélection, faire un placement sans intérêt de 800 000 $ pendant cinq ans. Les intérêts générés par ce placement servent, pour une bonne part, à subventionner des petites et moyennes entreprises québécoises. Une partie des revenus de placement sert également à financer le Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi [PRIIME]. »

Trois économistes canadiens, Roger Ware, professeur d’économie à l’Université Queen’s, Pierre Fortin, professeur émérite d’économie à l’Université du Québec à Montréal, et Pierre Emmanuel Paradis, économiste principal à la firme Groupe d’analyse, recommandent fortement le maintien et l’élargissement de ce programme créé en 1986 par le gouvernement provincial, comme exprimé dans le communiqué de presse « Contribution annuelle de 2 milliards $ à l’économie canadienne : Le gouvernement du Canada doit accueillir davantage d’immigrants investisseurs, conclut une étude » :

« Depuis ses débuts, plus de 130 000 personnes ont immigré au Canada grâce au Programme Immigrants Investisseurs. De ce nombre, 34 400 étaient des demandeurs principaux et le reste était des membres de leur famille. Les trois principales conditions pour bénéficier du programme sont : posséder un avoir net tous pays confondus d’au moins 800 000 $, engager un investissement de 400 000 $ sans intérêt pendant cinq ans et démontrer de l’expérience adéquate dans le milieu des affaires et en gestion . »

Ces règles sont mises en place par le gouvernement fédéral. D’après les statistiques, 60 pour cent des immigrants investisseurs au Canada choisissent le Québec. Cet argent ne sort pas des revenus des contribuables québécois contrairement au nouveau programme immigrants entrepreneurs (voir pages suivantes).

Le programme Immigrants investisseurs a un apport certain au sein des entreprises québécoises. La pertinence et l’impact économique de ce programme au développement social et économique sont mis de l’avant par l’économiste Pierre Fortin en plus de la création d’emplois (6 000 à temps plein de 2001 à 2008) : « Une étude cosignée par l’économiste Pierre Fortin avance que les entreprises québécoises ont reçu une contribution de 379 millions $ de 2001 à 2008, ce qui a permis de créer plus de 6 000 emplois à temps plein. Le gouvernement du Québec aurait recueilli 154 millions $ de revenus pendant la même période ».

Une allocution de madame Yolande James, ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, dans le cadre de la consultation publique sur la planification des niveaux d’immigration pour la période 2008-2010, à la clôture des travaux de la Commission de la culture de l’Assemblée nationale, à Québec, le 11 octobre 2007, rappelait l’apport de la création d’emplois, notamment en région :

« L’économiste Pierre Fortin estime même que chaque dollar investi dans les programmes d’investisseurs en rapporte 25 au Québec. Grâce à ces programmes, entre 2000 et 2006, les entreprises québécoises ont pu bénéficier de 259 millions $ d’investissements et créer près de 4 500 emplois, principalement dans les régions du Québec ».

Monsieur Fortin défend le bien-fondé du programme Immigrants investisseurs :

« […] le Canada dans son ensemble cherche à avoir des immigrants avec, autant que possible, certaines caractéristiques, et, pour ça, il accorde des points… Et l’une des caractéristiques qui intéresse Immigration Québec et Immigration Canada, c’est l’entrepreneuriat, la qualité d’entrepreneurs de ces gens-là. […] On accorde des points pour cette qualité-là. Et la manière de bien vérifier si ces gens-là sont de vrais entrepreneurs et non pas des gens qui arrivent… qui se déclarent sur le bras comme étant des entrepreneurs, c’est de vérifier, de le valider avec un dépôt d’un montant annuel, maintenant, de 800 000 $ dont les intérêts sont conservés pendant cinq ans par les institutions québécoises. » Il analyse le programme « du point de vue québécois », en indiquant « deux conséquences importantes : La première, c’est qu’on a des grosses familles, des familles qui sont indépendantes sur le plan financier, et qui ont des connections étroites avec les milieux commerciaux, les milieux économiques internationaux, qui vont venir s’installer au Québec, du moins une partie d’entre eux . »

Il poursuit : « Deuxièmement, on a l’aide financière qui, sur, par exemple, un 800 000 $ qui est déposé, ça va rapporter éventuellement au Québec 110 000 $, dont le tiers est utilisé pour payer les partenaires financiers du Québec qui font la vérification des immigrants investisseurs et, d’autre part, qui font aussi la vérification des demandes d’aide financière de la part de nos entreprises québécoises . »

« En clair », renchérit M.Fortin « […] au total, il y a en gros 110 000 $ par immigrant investisseur qui est recueilli, et le tiers de ça va pour payer les intermédiaires financiers, et les deux tiers, 60 000 $, pour l’aide financière aux entreprises via Investissement Québec, et un dernier 15 000 $ dans des programmes gouvernementaux, dont le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles . »

Il liste au moins trois avantages que le Québec tire dudit programme :

« […] premièrement […] on a des entrepreneurs en plus grand nombre au Québec, donc c’est une façon d’utiliser l’immigration pour relever une partie des inquiétudes qu’on a au sujet de la relève entrepreneuriale au Québec. Deuxièmement, ils apportent une aide financière qui peut se monter chaque année. Si vous avez 2 000 dossiers et vous avez 110 000 $ par dossier, bien là, ça fait 220 millions de dollars qui entrent au Québec sans qu’il y ait de contrepartie canadienne ou québécoise de ça ».

Toujours dans les bénéfices que Québec tire de ce programme, il identifie :

« Les enfants de ces entrepreneurs-là qui étudient évidemment au Québec, dans la langue commune du Québec, le français, et on a également des entrepreneurs qui sont susceptibles de développer, avec les entrepreneurs d’ici qui reçoivent les fonds, des liens d’affaires ». Il vante ainsi « l’efficacité extraordinaire de la filière québécoise. Le Québec est une société distincte, si vous voulez me passer l’expression, à l’intérieur de ce programme canadien là, dans le sens que c’est la seule province qui utilise ses propres intermédiaires financiers privés pour aider le ministère de l’Immigration à passer à travers les dossiers, à choisir les candidats et à choisir également les entreprises. » Il se félicite de ce programme d’autant plus que : « ça donne un résultat assez incroyable que près des deux tiers de tous les immigrants investisseurs qui entrent au Canada sont accueillis par le Québec et non pas par d’autres provinces. Il y a une plus faible proportion des immigrants investisseurs, bien sûr, qui restent au Québec. C’est tout à fait normal ».

Il explique ainsi l’une des raisons pour lesquelles il y a moins d’immigrants investisseurs qui restent au Québec : « C’est bien évident que Vancouver est plus proche de Hong Kong que Québec ou Montréal, [...]. C’est-à-dire que les 60 % qui sont accueillis par le Québec, évidemment il y en a un nombre inférieur aux 60 % qui finissent par rester au Québec . »

 

Il soulève un dernier point. « Ce sont aussi des gens qui ne sont pas toujours au Québec parce que leurs affaires sont à l’international », ajoute-il. Selon lui, le phénomène des gens d’affaires qui sont très mobiles constitue une réalité mondiale.

« Donc, si on fait une enquête, bien, il y en a un certain nombre qui ne sont pas au Québec. Il n’y a rien de scandaleux là-dedans, on ne va pas enlever sa citoyenneté canadienne à Paul Desmarais [Paix à son âme] parce qu’il passe les trois quarts de son temps en Europe, là, évidemment. Tu sais, c’est des gens d’affaires internationaux. Mais cependant leurs familles sont ici et leurs enfants sont acculturés au Québec et vont devenir des gens indépendants sur le plan financier, qui vont être des Québécois . »

M. Pierre Emmanuel Paradis qui cherchait à attirer l’attention des parlementaires sur l’impact du programme, trouve que « toutes les provinces qui participent au programme ont le choix de la mesure de développement économique qu’elles préfèrent choisir » . Dans cette perspective, il a salué l’approche du gouvernement libéral provincial qu’il a qualifiée d’«une orientation qui est gagnante », ce qui a permis à des entreprises québécoises d’en profiter. « Je pense que l’orientation vers le financement de la PME du gouvernement du Québec depuis les tout débuts du programme est vraiment une orientation qui est gagnante, et puis ça permet justement à des gens comme Mme Bélanger [une des entreprises intervenant à la commission ...] bien, en fait, à son entreprise de croître, créer de l’emploi », tient-il à souligner.

Au sujet de la rétention des immigrants investisseurs, même si son collègue a donné une autre raison, M. Paradis regrette leur départ vers d’autres provinces anglophones.

« C’est dommage que ces gens-là ne restent pas ici. Il y en a plusieurs qui s’en vont en Colombie-Britannique. » L’enquête pancanadienne qu’ils ont réalisée en 2009 sur les familles des immigrants restées au pays prouve que : « premièrement, 90 % avaient acheté une maison au Canada […]. Et puis, si on regarde la dépense moyenne par ménage qui arrive ici, on parle de 2 500 familles par année, la dépense moyenne est d’environ 720 000 $. Donc, c’est un montant qui est extrêmement important, qui est en fait même sous-estimé par la façon dont on l’a présenté. Et puis, plutôt que de «focusser», je crois, sur le pourcentage élevé qui quitte le Québec, je pense que c’est important de se concentrer, de dire : Bien, tous ceux qui restent font vraiment beaucoup de retombées . »

Les critiques récurrentes du programme

Des employeurs québécois reçoivent, grâce au programme des investisseurs étrangers, une aide financière non remboursable. Ce programme a essuyé des critiques : des questions sur le délai de traitement sont posées, mais aussi les détracteurs de ce programme soutiennent qu’il profite plus aux institutions financières qu’aux immigrants. La capacité d’attraction de ce programme est réel, mais le délai d’attente (délai de deux ans et demi, c’est le délai moyen pour le Canada selon M. Pierre Emmanuel Paradis contre 14 semaines pour le Royaume-Uni (Mai 2011) « à partir du moment où le dossier est complété jusqu’au moment où la décision finale est prise pour dire : Oui, vous entrez; non, vous n’entrez pas ») peut nuire à cet aspect dans un contexte de compétitivité (12 000 dossiers en attente, selon M. Pierre Emmanuel Paradis).

Le programme Immigrants investisseurs stimule l’économie québécoise.Dans un article intitulé Immigrants investisseurs : une manne pour les institutions , Olivier Bourque et Michel Munger de la chaîne Argent disaient ceci :
« Ces 2 500 étrangers apportent entre 800 millions $ et 1,2 milliard $ annuellement rien qu’au Québec. Le montant total est placé dans des obligations et c’est le rendement dégagé qui est réellement investi dans l’économie québécoise. » Toujours selon cet article : « Certaines institutions financières ne cachent pas que le programme est très rentable. Au premier trimestre de 2010, Desjardins expliquait une partie de la hausse de ses revenus par les résultats du programme. Les chiffres prouvent d’ailleurs l’importance du programme au Mouvement. Environ 25 personnes forment l’équipe des immigrants-investisseurs chez Desjardins. Une panoplie d’autres institutions canadiennes travaille également sur le programme . »

Si les immigrants profitent de la société, les institutions financières, notamment les banques et les maisons de courtage, profitent également des immigrants.
Les critiques du programme font généralement mention, comme M. Paradis le soulignait lui-même en commission parlementaire : « [de]la langue, […] la scolarité, […] la rétention des immigrants-investisseurs, […] la transparence de certains documents ». En dépit des « objections » exprimées sur ce programme, il ne les partage pas toutes et estime que Québec tire un avantage réel du programme.

Cependant, il a aussi abordé les points négatifs relatifs aux délais d’attente liés au traitement des dossiers :

« On a une file d’attente qui s’allonge de façon considérable. On avait, au 31 décembre 2010, un total de 12 000 dossiers. Et puis, quand on parle de 12 000 dossiers, c’est des dossiers complets, épais comme ça. Donc, les gens ont fait le travail, de monter toute la documentation, toutes les informations bancaires. C’est des dossiers qui restent en attente. Ils sont dans des caisses. Et ils prennent en moyenne 2,5 ans. Et si on regarde le volume actuel, on peut penser même trois ans à être traités. » Un manque à gagner selon lui. « Donc, vous vous imaginez que vous faites une demande d’immigration, vous avez des gens qui amènent beaucoup, beaucoup au Québec, au Canada. Puis, ça reste là. Ce n’est pas traité. Et chacune des demandes d’application, on parle 4 000 $ à chaque fois, qui est versé au gouvernement. Donc ça, c’est un tarif qui est versé. Mais maintenant, est-ce que c’est utilisé pour avoir plus de personnel pour traiter ces dossiers-là? De ce qu’on comprend, quand le montant est versé comme ça pour avoir le service, bien, ils n’ont pas nécessairement le service. En fait, c’est même arrivé que les sommes reviennent au fonds consolidé . »

Répondant à une question du député Benoît Charrette sur les conséquences de la lenteur du traitement des dossiers (« perte de compétitivité et du capital d’attraction par rapport aux autres pays »), M. Pierre Emmanuel Paradis explique : « […] plus le délai allonge, plus les données bancaires que vous avez déposées il y a un an, deux ans, trois ans, sont de moins en moins pertinentes. Vos enfants ont 10 ans, bien, après deux ans, trois ans, ce n’est plus au primaire qu’ils ont besoin d’aller, c’est au secondaire ».

Il renchérit en pointant du doigt les failles en ce qui a trait à la longueur de traitement des dossiers à cause de la lourdeur de la bureaucratie administrative :
« [...] Partout ailleurs au fédéral, on parle d’un formulaire d’une ou deux feuilles de papier. Au Québec, c’est plus épais qu’un bottin de téléphone. Donc, ça arrive, c’est prêt. C’est prêt à être traité, donc, c’est pour ça que vraiment c’est important justement pour ne pas que toutes ces informations-là, qui ont été colligées quand même pendant trois mois, quatre mois, par les immigrants qui ont voulu faire leurs demandes, après ça, n’aboutissent pas juste en attente comme ça, là, d’être traitées . »

Interrogé par l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, sur « le rôle des intermédiaires financiers », M. Pierre Fortin qui n’a pas la langue dans sa poche réplique :

« […] nous, on est en relation avec eux depuis un certain temps, mais la principale question qui est posée à l’extérieur, c’est : Comment ça se fait qu’on dépense autant, mettons, le tiers de ce qu’apporte un investissement étranger pour donner dans les mains de ces crosseurs du secteur privé? Grosso modo, c’est la première question qu’un journaliste te pose quand on parle de l’investissement des immigrants investisseurs.

 

« C’est exactement ce qui m’est arrivé tout à l’heure. On ne m’a pas demandé: Est-ce que c’est un bon programme? Est-ce que ça apporte au Québec? Est-ce que ces familles-là s’intègrent bien? On m’a juste demandé : Comment ça se fait que ces crosseurs (arnaqueurs) du secteur privé là font tant d’argent sur le dos du peuple? En gros, c’est ça qui a l’air à intéresser les médias. Je trouve ça complètement imbécile comme attitude », d’un ton révolté. Il donne les raisons : « Parce que, premièrement, c’est s’imaginer que le choix des immigrants investisseurs par quiconque s’en occupe et le choix des dossiers de prêts, ça ne coûterait rien au gouvernement s’il s’impliquait là-dedans.

« Alors, 35 000 $ par dossier, ce qu’ils reçoivent, c’est à peu près le tiers de ce que ça coûterait dans une année, c’est le tiers du temps d’une année d’un fonctionnaire, ce serait à peu près ce qui pourrait être dépensé par un fonctionnaire du Québec très compétent. Et on voit d’ailleurs que, le fait que le Québec utilise ce partenariat-là plutôt que d’utiliser des fonctionnaires fédéraux pour recevoir les immigrants, par exemple, à Hong Kong ou à Casablanca ou n’importe où, que, je veux dire, ça a des conséquences absolument magistrales pour le Québec…. Vous avez juste à faire le décompte financièrement. On est super gagnants, bien au-delà de ce qu’on leur verse en termes de rémunération . »

Il est vrai que les intermédiaires se frottent les mains au sujet de ces programmes, mais comme le disait à juste titre M. Fortin, on ne regarde pas très bien ce que cela rapporte à l’économie québécoise.

Monsieur Fortin de rajouter : « […] je trouve ça complètement ridicule qu’on se concentre sur cet aspect-là de la question. D’autant plus que la réponse à la question, c’est qu’au contraire le Québec est le super grand gagnant de ce partenariat-là, qui nous fait les grands champions du programme au Canada ».

Le programme fonctionne grâce à la collaboration de plusieurs partenaires : Investissement Québec, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, Emploi-Québec, les institutions financières partenaires telles que la Banque Nationale du Canada, la Caisse populaire Desjardins, La Laurentienne, Industrielle Alliance. Les institutions financières vont à l’étranger pour recruter des personnes très riches et sollicitées par le monde entier pour leur contribution au développement économique. Les institutions financières deviennent des interlocuteurs crédibles et une courroie de transmission entre les PME du Québec et certaines entreprises de leur pays d’origine.

Quand on regarde la composition sociologique de ces personnes riches, « 80 % de ces immigrants investisseurs sont d’origine asiatique ». Selon M. Pierre-Emmanuel Paradis, les immigrants investisseurs proviennent essentiellement des pays asiatiques comme la Chine, Hong Kong, l’Inde, le Pakistan. M. Paradis tout comme M. Fortin seraient absolument ravis que l’on cible d’autres pays comme le Vietnam, mais aussi le bassin géographique de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

M. Paradis rajoute que :

« Les immigrants-investisseurs au Québec, ça représente environ 3,5 % de tous les immigrants. Ça fait que c’est vraiment un petit nombre. C’est-à-dire, on les doublerait demain matin, ça ne ferait pas une si grosse différence, je vous dirais, sur l’enveloppe globale. Sur l’impact économique, oui, mais peut-être pas sur le nombre ». « La chose qu’on a constatée, puis qui est très intéressante, c’est : même si on ne parle pas du tout de l’impact de la composante programme, si on regarde l’impact de la composante famille, en termes d’éducation, de démographie, c’est vraiment une clientèle qui est idéalement positionnée pour nous aider dans nos défis justement. Le demandeur principal moyen arrive entre 40 et 49 ans. Ils arrivent en moyenne avec […] trois autres membres de leur famille, qui est deux fois plus que la moyenne des autres immigrants des autres catégories…. Et, vraiment, du côté démographique, famille, établissement, je pense que n’importe quoi qui peut être fait pour l’améliorer va être très, très valable . »

Il faudra davantage travailler sur la rétention des immigrants investisseurs au Québec. Selon, la présidente sortante du Conseil des relations interculturelles du Québec, Mme Patricia Rimok :

« 90 % (des immigrants investisseurs) quittent le Québec au bout de 10 ans. Évidemment, on pourrait regarder et retrancher différentes années pour voir si ça monte ou si ça descend, mais bref, si on le voit sur le long terme, ça fait 20 ans qu’on ne les retient pas….Favoriser à ce que les immigrants investisseurs deviennent un vecteur d’innovation et qu’ils contribuent à la relève entrepreneuriale, et les inciter bien sûr à créer des entreprises qui favorisent la création d’emplois. Et bien sûr, encore, leur dédier un service d’accompagnement sur mesure à l’écoute de leurs besoins . »

Elle avait d’ailleurs profité de l’audition du défunt Conseil des relations interculturelles du Québec pour annoncer le lancement du « site Web, http://www.ib2ib.net, réseau d’affaires immigrantes qui se veut dans la première phase, un forum de partage et d’échange pour les immigrants d’affaires ».

À ce titre, M. Paradis formulait les trois recommandations suivantes :
« La principale, c’est que, premièrement, l’impact est considérable, à la fois pour les PME et pour les familles. Ça vaut la peine de bonifier le programme. Deuxièmement, je pense que la gestion de la file d’attente est très importante à faire. Et, troisièmement, on a des belles initiatives, qui ont été mises en place en termes de l’intégration de ces familles-là, que ça vaut la peine d’être continué, et puis, que le programme puisse justement trouver des façons d’être flexible et puis de bien accueillir le plus de gens possible . »
Les nouvelles mesures du gouvernement péquiste au sujet du programme Immigrants investisseurs ont fait les manchettes en août 2013. Les partis d’opposition ont accusé la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Diane De Courcy, d’avoir choisi au hasard les immigrants investisseurs .

En tenant compte d’une certaine adaptation, comme l’a recommandé la FCEI, du maintien et de l’élargissement du programme, comme le suggèrent certains économistes, le programme Immigrants investisseurs peut créer des emplois et contribuer de manière significative à la relève entrepreneuriale au Québec.

Sur le plan fédéral, après les immigrants investisseurs, Ottawa cherche à attirer les immigrants entrepreneurs, des « créateurs d’entreprises étrangers » qui développeront de nouvelles idées et établiront des partenariats mondiaux :

« Le Canada a déjà une des politiques d’immigration les plus accessibles du monde. Depuis le premier avril [2013], les portes du pays se sont ouvertes encore plus largement avec le lancement du Visa pour démarrage d’entreprise, un projet pilote qui octroiera sur-le-champ jusqu’à 2 750 résidences permanentes à certains entrepreneurs et à leurs familles.
« La condition? Que leur projet d’entreprise soit financé à hauteur de 200 000 $ minimum par l’un des 20 fonds de capital-risque désignés par le gouvernement, ou 75 000 $ minimum par l’un des trois groupes d’investisseurs également autorisés par Immigration Canada.
« Une première. D’autres pays comme l’Australie, le Chili ou le Royaume-Uni ont aussi récemment mis sur pied des programmes d’immigration similaires, mais le Canada va plus loin : il octroie la résidence permanente a priori, alors que les autres pays attendent que les entreprises aient fait leurs preuves avant d’accueillir leurs fondateurs pour de bon . »

La brochure « Le Canada veut des entrepreneurs!», disponible sur le site de Citoyenneté et Immigration, donne une meilleure idée du nouveau Programme de visa pour démarrage d’entreprise du Canada.

Le gouvernement fédéral a décidé d’abolir les programmes immigrants investisseurs et entrepreneurs dans le dernier budget Flaherty (Plan d’action économique 2014). Les auteurs de l’essai polémique Le remède imaginaire. Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, publié en mars 2011, font partie des détracteurs du Programme d’immigration des investisseurs (PII).

Ma question est la suivante : Si le programme d’immigration des investisseurs n’a pas les vertus économiques qu’on lui prête, pourquoi le gouvernement péquiste actuel déciderait il alors- de le conserver après la suppression dudit programme par Ottawa?
Même si le programme devrait être plus compétitif, l’efficacité du Programme d’immigration des investisseurs(PII), en termes d’emplois créés, n’est plus à démontrer. Loin de s’acheter un statut de résidence permanente, les immigrants investisseurs et les immigrants entrepreneurs permettront de dynamiser l’économie dans un contexte de mondialisation où toutes les sociétés d’immigration cherchent à tirer bénéfice de la circulation des cerveaux, des talents, des investisseurs et des entrepreneurs ingénieux.

immigration bassinPersonne ne peut nier que la mission première des entreprises est le dynamisme économique,  mais les PME doivent avoir aussi une responsabilisation sociale dans la question de l’intégration des personnes immigrantes.

 

Les organismes communautaires avaient déploré la controversée question des bassins géographiques lors des consultations sur les niveaux d’immigration. La plupart des acteurs sociaux défendaient l’idée selon laquelle le gouvernement libéral précédent devait travailler davantage sur les causes des difficultés d’intégration plutôt que de favoriser une politique sur les quotas d’immigration. L’orientation 5 : « Rééquilibrer progressivement la proportion que représente chacun des grands bassins géographiques de provenance de l’immigration pour qu’en 2015 cette proportion soit limitée à un maximum de 30 % pour chacun de ces bassins » était jugée discriminatoire par bon nombre d’intervenants du milieu communautaire. Cela signifiait une diminution du bassin du Maghreb de 36,8 % en 2010 à 30 % dans les prochaines années.

Le gouvernement libéral provincial du Québec défendait accorder une très grande importance aux deux orientations suivantes : Orientation 2 : « Maintenir majoritaire la proportion de personnes connaissant le français dans l’ensemble des admissions » et Orientation 3 : « Augmenter le niveau de connaissance du français chez les candidats de la catégorie des travailleurs qualifiés », qui visaient le maintien de l’immigration francophone. Par contre, sa vision sur le bassin, un concept fourre-tout, démontre une contradiction entre les intentions de défendre la langue française et la réalité de l’orientation qu’il a pu prendre sur la diminution de l’immigration africaine et du Maghreb.

En 2007, le Maroc (8,0 %), la France (7,7 %), l’Algérie (7,5 %), la Colombie (5,6 %), la Chine (5,5 %), la Roumanie (4,0 %) et le Liban (4,0 %) étaient les principaux pays de provenance des immigrants. Selon le bref portrait de l’immigration permanente du MICC, en 2010, la population des immigrants permanents admis se répartit comme suit, selon le continent de naissance : Afrique 36,8 % (dont le Maghreb, 20,7 %), Asie 25,4 %, Amérique 21,1 % et Europe 16,6%.
Le rééquilibrage du bassin géographique du Maghreb réduit sensiblement la proportion de francophones ou de francophiles « dont la connaissance du français est supérieure à la moyenne » (Tommy Chouinard, La Presse).
Au nom de la recherche de talents, le gouvernement libéral provincial entendait faire la promotion de l’immigration dans tous les pays du monde, une nouvelle vision économique des employeurs québécois. L’orientation sur le rééquilibrage des bassins, finalement rebaptisée orientation sur la diversité, est une idée qui émane du milieu des affaires, selon même l’aveu de l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil .

En réponse aux réserves exprimées sur cette orientation par l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, dans le cadre des auditions publiques sur le document de consultation intitulé « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », l’ex ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles tenait à rassurer les détracteurs de l’orientation controversée du rééquilibrage du bassin géographique : « Et, donc, vous dites que cette orientation pourrait paraître discriminatoire. Évidemment, on ne voudrait pas du tout que l’image du Québec soit une l’image d’un pays [sic] qui veut discriminer . »

La ministre Weil avait voulu rectifier le tir en préférant reformuler de façon positive l’orientation sur le bassin géographique. Son approche en commission parlementaire sur l’utilisation du terme initial de bassin géographique a évolué au fur et à mesure du déroulement des travaux parlementaires sur la planification de l’immigration. Elle parlait plutôt d’orientation sur la diversité au lieu de rééquilibrage du bassin géographique. En réalité, ce sont les employeurs qui sont derrière cette orientation du bassin géographique. Certains employeurs, notamment la chambre de commerce, le conseil du patronat, les manufacturiers et exportateurs, privilégient les compétences recherchées par le marché du travail plutôt que la langue. En d’autres termes, même s’ils reconnaissent tous que le français est important, il n’en demeure pas moins qu’ils pensent que les besoins du marché sont beaucoup plus prioritaires que des considérations linguistiques. Une conception qui va à contre-courant de la vision souverainiste, qui fait de la langue française son cheval de bataille.

On se retrouve donc avec une vision économique et une vision identitaire. Mais les deux pourraient être conciliables si un bon arbitrage était fait. Le Québec n’arrivera pas à sélectionner 100 % de francophones compte tenu des raisons que nous évoquions dans notre premier ouvrage (section Le français, un outil d’intégration et de cohésion sociale). C’est pourquoi les mesures de francisation sont importantes. Les acteurs du milieu économique ou des affaires défendent l’idée selon laquelle il faut chercher des talents partout dans le monde.
Les entrepreneurs québécois cherchent ainsi des « têtes de pont » qui leur permettraient d’accéder à des marchés internationaux dans le contexte de la mondialisation. En accordant la priorité à la chasse de talents, ces acteurs économiques entendent ne pas accorder « dans l’absolu » la nécessité de préserver le fait français au Québec. Ainsi, ils souhaiteraient mettre l’accent sur les continents sud-américain (Mexique, Brésil, …) et asiatique.

La position du gouvernement libéral provincial exprimée par l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, sur la question du bassin géographique, était finalement celle-ci :

« […] il y a des francophones un peu partout dans le monde, mais il faut mettre beaucoup d’efforts pour les chercher. Alors, il y a d’ailleurs des Maghrébins qui vivent en France, il y a des Maghrébins qui vivent en Amérique latine, etc. Et c’est une idée qui vient un peu des études plus récentes, depuis 10 ans, sur l’apport de la diversité au sein de l’entreprise, qui cherche des gens d’un peu partout dans le monde, dans un contexte de mondialisation, qui rendent leurs entreprises plus compétitives, mais qui rendent aussi les équipes plus créatives dans leurs approches… Donc, ça prend plusieurs cultures . »

 

Mise en contexte sur la question des bassins de provenance de l’immigration

 

Selon l’article 3.0.1 de la Loi sur l’immigration, « un bassin géographique peut comprendre un pays, un groupe de pays, un continent ou une partie de continent ». Le bassin de recrutement des immigrants potentiels s’exprimant en français est restreint. Certains pays d’Europe, de l’Afrique francophone, de l’Afrique du Nord ou du Maghreb, de l’Asie, constituent les créneaux de recrutement francophone. Les principaux bassins francophones d’immigration restent la France, l’Algérie et le Maroc.

 

Compte tenu de ces multiples situations, le gouvernement libéral provincial était obligé de recruter des immigrants dans des bassins non-francophones.

 

En commission parlementaire (2011 et même 2013), certains acteurs, comme Michel Pagé, incitaient le gouvernement libéral provincial à profiter de la crise économique européenne pour recruter plus de « francothropes » (un concept de Charles Castonguay (l’Amérique latine et l’Europe de l’Est constituent, entre autres, des bassins francothropes)) que d’anglothropes (c’est-à dire des individus tournés vers l’anglais comme ceux de langue germanique, chinoise, etc., selon l’auteur). Le chercheur Charles Castonguay avait expliqué ce concept dans le cadre du projet de loi numéro 14.

 
M. Pagé approuvait l’idée de la ministre Weil d’aller recruter « des gens un peu partout dans le monde qui étudient le français » et estimait même en avoir parlé :

 
« dans le chapitre 3 de [son] petit bouquin qu’ [il avait] publié (…) et [il] suggérerai[t] effectivement de faire un recrutement sélectif actif auprès de pays où on retrouve de larges bassins de locuteurs francophones compatibles avec les valeurs canadiennes et québécoises. [Il cite des pays comme] l’Espagne, 1 million, 2 millions de locuteurs, pas de locuteurs, ou de francophiles, l’Italie même chose, Roumanie, Bulgarie, quoique là c’est encore une fois 1 million. Aux États-Unis, il y a 2 millions de francophones, et presque toutes les universités américaines donnent des cours, ou ont un département de français, ou un département de littérature française. Donc, c’est ce qui n’a pas été fait dans le passé et puis qu’où le bât blesse parce qu’il y a… l’espace francophone est vaste. Plusieurs pays dont ceux que j’ai nommés constituent des bassins de recrutement, surtout maintenant que des pays comme le Portugal, l’Espagne, la Roumanie, l’Italie ont des difficultés. Or, la population sont [sic] en général bien instruite à toutes choses égales », avait-t-il soutenu.

 

Celui qui s’est indigné du recrutement anglothrope avait suggéré au gouvernement libéral provincial d’exploiter d’autres bassins de recrutement : « dans les prochaines années, c’est là qu’il faut chercher nos francophiles et francophones de façon directe, bien orchestrée, en relation avec le ministère des relations… pardon, des Relations internationales, et nous nous rejoignons . »

 

Dans son analyse, M. Pagé a également fait ressortir un aspect visant à recruter des immigrants qui épousent les mêmes valeurs québécoises, d’où la notion « de larges bassins de locuteurs francophones compatibles avec les valeurs canadiennes et québécoises ».

 

M. Pagé n’était pas le seul à penser que la situation en Europe était favorable au recrutement de candidats potentiels à l’immigration. Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), M. Michel Leblanc, qui milite pour une hausse (65 000 ), suggère, lui, au gouvernement libéral provincial de saisir « l’opportunité des crises européennes » pour attirer et recruter des talents pour le Québec :

« Des gens de la communauté d’affaires m’ont dit: Si j’étais une entreprise comme le Québec et que je savais que j’ai un besoin de main-d’œuvre qualifiée, compétente, présentement, je me dirais, c’est le moment d’aller en Grèce, c’est le moment d’aller au Portugal, c’est le moment d’aller en Irlande. C’est le moment de saisir une conjoncture rare où il y a énormément de jeunes en Europe compétents et formés qui se cherchent du travail, et j’augmenterais volontairement et peut-être temporairement mon nombre d’immigrants autorisé juste pour saisir une opportunité de marché qui ne va peut-être [pas] durer dans le temps. Alors, ça pourrait militer en fonction qu’on ne voie pas l’immigration comme étant linéairement toujours au même niveau mais comme étant conjecturalement gonflée par le fait qu’on a l’opportunité d’aller séduire des talents formés en Europe qui se cherchent un emploi » (Immigration =données ou variables temps et contexte).

 

En conférence de presse, Mme Weil a affirmé que l’orientation 5 « assure ainsi le maintien d’une diversité au sein du mouvement migratoire, diversité qui continuera d’enrichir notre patrimoine socioculturel et de favoriser l’intégration ». Mme Weil, qui préférait parler de bassins d’immigration diversifiés, défend la possibilité du gouvernement précédent de recruter dans le monde des personnes qui étudient et parlent le français. En commission parlementaire, elle avait cité des exemples de certains pays (Espagne, Japon, Irlande) pour démontrer la flexibilité du bassin sur le plan linguistique :

 

« […] j’ai des chiffres intéressants sur les locuteurs francophones, donc à l’échelle planétaire : environ 200 millions de locuteurs du français, dont 70 millions de langue maternelle française. Donc, c’est vrai, il y a un bassin, mais je vous dirais que le MICC a quand même [...] depuis ces dernières années, toujours fait des efforts; il y a des bureaux en Europe aussi. Mais depuis l’Union européenne, ce qu’on a constaté, ça a été beaucoup plus difficile de séduire ces personnes pour qu’elles viennent ici, contrairement aux années cinquante. Maintenant, il y a une conjoncture économique et on est bien conscients de ça . »

 

L’Association de la communauté algérienne de Québec (ACAQ), par le biais de M. Omar Kali, avait recommandé une clarification de la notion de bassin : « pour éviter les interrogations ». Le président de l’ACAQ demandait à ce :

 

« que la question des bassins soit plus claire qu’elle ne l’est dans le document [de planification de l’immigration]. Cette notion doit-elle prendre en considération le territoire d’appartenance et la connaissance [du] français? Quels sont les critères utilisés pour définir les bassins géographiques? Qu’en est-il du bassin Maghreb dont nous sommes issus? S’apprête-t-on à en diminuer l’apport humain? »

 

La difficulté de définir la notion de bassin a été très bien soulevée par Mme Diane-Gabrielle Tremblay, professeure au Département d’économie et de gestion de la Télé-université de l’UQAM. Répondant à la ministre qui cherchait à trouver une formulation plus consensuelle sur cette orientation en remplaçant le terme bassin par diversité, la directrice de l’Alliance de recherche universités-communautés sur la gestion des âges et des temps sociaux faisait remarquer que : « [Le terme bassin] a été utilisé beaucoup quand on a voulu intégrer les femmes davantage dans des milieux masculins, alors, c’est toujours une problématique de comment on définit ce bassin ».

 

La question de l’origine des immigrants, eu égard au contexte maghrébin de l’époque, a été également soulevée. Étant donné que la planification de l’immigration pour la période 2012-2015 était effectuée dans le contexte des révoltes du printemps arabe, certaines personnes ont pensé que le gouvernement libéral voulait limiter le bassin du Maghreb pour contenir les éventuelles demandes. Ce qui avait poussé un journaliste de La Presse, Tommy Chouinard, à dire lors de la conférence de presse de la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles sur la consultation publique sur la planification de l’immigration : « Évidemment, vous prévoyez une vague en raison des troubles qui agitent plusieurs pays d’Afrique du Nord ».

 

Interpellée sur cette question, l’ancienne ministre Weil répond que :
« Ça a été mis là bien avant, cette idée. Ça fait un certain temps que c’est en réflexion […]. Le travail de l’immigration et des gens au ministère de l’Immigration, c’est constamment avec des chercheurs et les études qui nous alimentent, des recherches qui sont au sein du gouvernement, mais aussi les chercheurs qui sont à l’extérieur . »

 

À la question donc de M. Chouinard si le gouvernement Charest avait « tenu compte des révoltes qui ont cours? », la ministre répond de manière catégorique « Non. Non, non, non. ». Ce qui apparemment n’avait pas convaincu le journaliste qui était revenu à la charge et avait poussé la ministre à préciser davantage sa pensée : « […] parce qu’on ne peut pas savoir c’est quoi, l’impact, c’est trop tôt. On n’a pas, de toute façon, dans les données d’après ce que j’ai… Moi, j’ai posé la question, on n’a pas plus de demandes venant de ces pays-là actuellement ».

 

La ministre Weil misait sur une diversité de sources d’immigration pour recruter des personnes qui parlent plusieurs langues tout en souhaitant qu’elles soient francisées :

 

« Vous connaissez bien les besoins des employeurs. Ils cherchent la diversité, ils cherchent des têtes de pont, ils sont dans un monde globalisé, ils sont en compétition. On a entendu Montréal International, c’est une course au talent [...] et, moi, je parle d’un radar, c’était vraiment l’intention de cette augmentation, partout dans le monde, pas un bassin, pas deux bassins, partout dans le monde. Des gens qui parlent plusieurs langues et qui sont francisés parce qu’il y a beaucoup de gens qui sont un peu partout, qui parlent français . »

 

Pour défendre le concept de bassin, ou devrions-nous dire de diversité, la ministre donnait même l’exemple de compétitivité d’une ville lors des débats de la Commission des relations avec les citoyens :

 

« Je viens de Richmond hier soir, justement, on ne peut pas imaginer, mais, eux aussi, parce qu’ils font de l’exportation, ils cherchent des gens qui peuvent les aider avec des marchés, au Mexique, au Brésil, en Chine, c’est ça, l’immigration. Et les sociétés les plus compétitives vont aller chercher cette diversité . »

 

La diversité des sources d’immigration n’est pas un problème en soi au Québec qui constitue probablement la société la plus diversifiée au monde. Et comme le faisait remarquer, à juste titre, en commission parlementaire, l’ancien chef de l’analyse et de la recherche à la Division de la démographie de Statistique Canada, Alain Bélanger, en réponse à la ministre Weil sur la question de la diversité :

 

« [...] la composition de l’immigration québécoise, elle est beaucoup plus diversifiée que celle du reste du Canada. On a, qu’on regarde par pays d’origine ou par appartenance à un groupe de minorité visible, une bien plus grande diversité qu’à Toronto, où on va retrouver une très grande proportion, presque la moitié, de Sud-Asiatiques, ou à Vancouver, où c’est près de la moitié de Chinois. Ici, au Québec, à Montréal, on a une répartition plus égale, si on veut, là, entre les différents groupes de minorités visibles puis entre les différents lieux d’origine. Et je pense que c’est une bonne chose . »

 

La diversification des bassins géographiques de provenance de l’immigration a toujours été une tradition du Québec en matière d’immigration.

 

« Immigration-Les Maghrébins dans la mire du Québec », titrait l’Agence QMI. Ce même article de Charles Lecavalier , est repris dans le Journal de Montréal avec un autre titre qui en disait long sur la nouvelle vision du gouvernement libéral concernant la sélection des Maghrébins : « Immigration-Maghrébins : La ministre Weil propose des quotas ». Même si la ministre ne voulait pas parler ou utiliser le terme « quotas », la réalité, sur le terrain, de cette nouvelle orientation démontrait qu’il s’agit bel et bien d’une politique de « quotas ».

 

 

Bassin géographique : une orientation jugée discriminatoire par bon nombre d’intervenants du milieu juridique, politique, syndical et sociocommunautaire

 

Beaucoup d’acteurs, se réclamant de la société québécoise francophone, ne comprenaient pas la décision de la réduction du flux migratoire en provenance du continent africain. Des réserves ont été émises sur cette orientation. Beaucoup d’acteurs socioéconomiques ont vu, dans la formulation de l’orientation, qu’on ciblait particulièrement la communauté maghrébine. Le bassin du Maghreb englobe l’Afrique subsaharienne et des zones d’ombre existaient sur le fait de savoir si la mesure touchait l’Afrique du Nord ou la méditerranée plus particulièrement.

 

Une lettre d’opinion « Immigration – Non aux quotas par origine! », signée par d’éminentes personnalités québécoises, était parue dans le journal Le Devoir pour s’insurger contre la politique gouvernementale au sujet de l’orientation sur le bassin géographique. Dans cette lettre, on pouvait y lire que :

 

« Jusqu’au milieu du XXe siècle, le Canada n’admettait pratiquement que des immigrants d’origine européenne, de préférence des Britanniques. Cette pratique s’inscrivait dans une idéologie générale de «hiérarchisation des races et des ethnies» contre laquelle les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale et le processus de décolonisation n’avaient pas tout à fait immunisé l’Occident.

 

« Au cours des années 1960, cette méthode a été progressivement remplacée par une approche universelle et égalitaire, sans égard à la race, à la couleur, à la nationalité, à la religion, à la langue maternelle et au sexe. Quand le Québec a obtenu des pouvoirs lui permettant de choisir lui-même une proportion importante de ses immigrants, il a adhéré d’emblée à ce principe de non-discrimination, lequel s’harmonisait d’ailleurs tout à fait avec sa propre Charte des droits et libertés. »

 

Avec les nouvelles orientations, le gouvernement du Québec se situait de plus en plus dans la politique européenne quant au choix géographique des immigrants. En plus de la pétition qui dénonçait une telle mesure, la spécialiste de l’immigration en région et chercheuse membre de l’Observatoire de l’immigration dans les zones à faible densité d’immigrants, Michèle Vatz-Laaroussi, abonde dans ce sens.

 

« La ministre propose de ramener le taux de chaque bassin d’immigration (ici continent) à 30 % du total en 2015, ce qui équivaut à faire baisser le nombre d’Africains et surtout de Maghrébins admis au Québec. Voici là encore une mesure inattendue qui fait penser aux orientations prises par plusieurs pays européens que nous taxons de discriminatoires de notre côté de l’Atlantique . »

 

En commission parlementaire, la ministre Weil, qui s’adressait à un membre de la communauté maghrébine, en l’occurrence M. Boufeldja Benabdallah qui regrettait la diminution du bassin du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) en disant qu’il serait “pénalisé”, martelait ceci :
« Je veux revenir sur cette question de bassin. Je vais le dire candidement : il y a une réaction généralement négative par rapport à cette orientation pour toutes sortes de raisons. C’est perçu à l’extrême comme discriminatoire et comme si c’est le bassin… Il y en a qui pensent que c’est l’Afrique du Nord ou toute l’Afrique, le continent, qui est ciblé.

 

« Évidemment, moi, en tant que ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et représentante du gouvernement du Québec, on ne voudrait vraiment pas que ce soit le message qui est laissé. Alors, je regarde d’autres formulations qui pourraient aller dans le sens de la diversité . »

 

La ministre Weil est passée du concept de bassin géographique à bassin sur la diversité pour mieux faire passer l’orientation originelle sur les bassins de provenance. Comme l’a fait remarquer la ministre Weil, le rééquilibrage des bassins traduit le souci de diversifier les zones de provenance des immigrants, donc de marquer davantage la diversité. La ministre a compris que la notion de bassin géographique crée plus de problèmes et a décidé de :

 

« changer la formulation qui crée un malaise. Honnêtement, ça crée un malaise, poursuit la ministre. La majorité des gens sentent un malaise. Donc, il ne faudrait pas aller avec des orientations qui créent un malaise parce qu’on cherche l’adhésion de tous à nos politiques et nos orientations en immigration . »

 

La directrice du Service d’aide aux néo-Canadiens (SANC), Mme Mercedes Orellana, qui s’exprimait sur la question du rééquilibrage du bassin, avait émis une idée intéressante sur la notion du bassin :

 

« Nous, on pense qu’il ne faudrait pas non plus utiliser des critères qui vont faire apparence de discrimination, même au regard de l’origine ethnique de certaines personnes. Il faudrait plutôt regarder ce que la personne peut apporter sur tous les plans que j’ai mentionnés tantôt, social, linguistique, économique, démographique, plutôt que des origines ethniques . »
La politique québécoise a toujours fait valoir la carte d’une sélection dénuée de toute discrimination ethnique. Et elle nous semble la meilleure voie à considérer dans les mesures d’immigration.

 

Les réserves des organismes communautaires au sujet de l’orientation sont reprises par l’Union des producteurs agricoles (UPA), par la voix de son conseiller juridique, Stéphane Forest. En réponse à l’ancienne ministre Weil qui justifiait le choix de cette orientation, M. Forest questionnait cette problématique :

 

« Est-ce qu’on veut une diversité de partout sur la planète ou on veut des diversités par sous-continents? Vous dites que les entreprises veulent de la diversité. Si on prend actuellement le bassin africain et s’il y a un continent où il y a de la diversité tant culturelle, sociale que religieuse, c’est bien en Afrique. Alors, cette diversité-là, elle est là. Et on a un continent dont le développement, dans les futures décennies, va être exceptionnel. Il y a des niveaux de vie à augmenter, alors, il y a des marchés à développer. Alors, dans ce sens-là également, compte tenu de l’importance du critère du français, il y a un défi . »

 

Il soulevait la contradiction entre les deux orientations, 2 et 3, (défense de la langue française et réduction du plus grand réservoir francophone comme le mentionnait l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), M. Conrad Ouellon) :

 

« […] cette orientation vient un peu en conflit avec une autre que le ministère a de rééquilibrer les bassins d’immigrants. Et, comme vous l’avez discuté dans la précédente intervention, ce rééquilibrage-là va nécessairement se faire au détriment du bassin de l’Afrique qui est majoritairement francophone. Alors, vous avez, je pense, un défi qui est important et, pour l’UPA, la clé de l’intégration, c’est le français donc votre orientation est dans le sens . »

 

Monsieur Forest allait dans le même sens que les propos de M. Ouellon lorsqu’il affirmait que :

 

« Le fait que le gouvernement insiste sur la vitalité de la langue française et par réduise [sic] ce n’est pas parce qu’il y a une certaine portion de l’immigration africaine, maghrébine principalement, qui a de la difficulté à s’intégrer, il faut s’attaquer aux causes de cette difficulté d’intégration là plus qu’au fait qu’empêcher ces immigrants-là de s’installer ici . »

 

La position juridique du Barreau sur la question des quotas est très explicite. Le Barreau du Québec, qui a en son sein un comité consultatif permanent, le « Comité en droit de l’immigration et de la citoyenneté », avait livré ses « commentaires sur le document de consultation » au sujet de l’ « Imposition de quotas : la réduction à 30 % des catégories de bassins » :

 

« Le gouvernement peut évidemment opter pour une sélection en fonction des bassins pour harmoniser le tissu social en fonction de critères objectifs. Toutefois, le Barreau du Québec souligne qu’il faut éviter de faire une sélection qui aurait pour effet de limiter l’entrée d’une catégorie précise de population en raison de sa race, origine, religion ou culture. Une telle sélection serait discriminatoire, répréhensible et contraire aux valeurs et principes de la société d’accueil », peut-on lire dans son mémoire présenté à l’Assemblée nationale du Québec.

 

Le président du Comité permanent du Barreau du Québec, Me Hugues Langlais, qui répondait aux interrogations de l’ancien député péquiste, Martin Lemay, sur : « en quoi la grille de sélection est juridiquement discriminatoire? », faisait remarquer que :

 

« […] choisir, c’est discriminer, au départ. Toutefois, dans notre mémoire, ce que nous vous disons, c’est «de limiter l’entrée d’une catégorie précise de population en raison de la race, origine, religion ou culture constitue un motif discriminatoire répréhensible et contraire aux valeurs de notre société» . »
Et il renchérissait :
« Dans la grille de sélection dont vous nous parlez, pour la connaître assez bien, je ne crois pas qu’il y ait de question quant à la race, qu’il n’y ait de question quant à l’origine ethnique, quant à la religion qui soit pratiquée ou la culture de la personne. Ce sont les éléments qui constituent des éléments discriminatoires. Ce sont les éléments qui ont été dénoncés dans le mémoire que nous avons fait auparavant parce qu’on avait choisi délibérément de limiter, dans les orientations qui avaient été formulées par le ministère, de limiter des bassins, avec l’intention ferme de limiter les bassins particuliers du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. C’était ça, le sens de notre observation à l’époque et c’est le sens de notre observation aujourd’hui, document qui a été rédigé bien avant le 17 août d’ailleurs . »

Me Langlais précisait davantage la proposition du Barreau :
« [...] Accueillez ceux que vous voulez accueillir, ne faites pas de discrimination à l’entrée et laissez la société gérer l’ensemble de l’immigration qui se fera sur le territoire. [Il se montre encore plus explicite]: il n’appartient pas, dans les valeurs démocratiques que nous connaissons ici, au Québec, pour le Québec, de gérer son immigration en fonction des critères qui touchent la race, l’origine, la religion ou la culture . »
En ciblant les Maghrébins, le Ministère donnait raison sans le vouloir à certains employeurs qui ont développé des préjugés tenaces sur cette catégorie de population. Il se posait un véritable problème quand le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, qui est l’institution qui sélectionne, accueille et accompagne les immigrants, lançait un message aux employeurs de limitation de l’immigration nord-africaine ou maghrébine sans se rendre compte de la portée de son orientation. Alors que l’on sait que les employeurs constituent le maillon faible de la politique d’intégration des minorités racisées. La véritable question n’était pas de diminuer leurs quotas, mais plus de savoir pourquoi la politique d’intégration ne fonctionne pas avec certaines catégories de population. Il fallait identifier les véritables causes du taux de chômage des Africains et des Maghrébins qui ne demeurent sans doute pas linguistiques.

Dans cette perspective, l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française de l’époque, Conrad Ouellon, tout en se montrant favorable aux orientations de la planification de manière générale, a été très critique relativement à l’orientation sur le bassin géographique:
« Le Conseil supérieur de la langue française appuie de façon générale les orientations en matière de planification de l’immigration avec quelques réserves. Son appui doit cependant se lire à la lumière des positions que nous avons exposées dans le mémoire. Il émet cependant des réserves quant à l’orientation 5 . »
Selon lui, les actions visant à mieux les intégrer sont les plus essentielles :
« Nous croyons qu’il serait plus approprié d’intervenir sur les motifs qui sont à la source de cette orientation. Essentiellement, ils font référence aux difficultés d’intégration de certains groupes d’immigrants. Les qualifications professionnelles et les facteurs linguistiques sont souvent en cause. Les diverses actions proposées par le ministère et le renforcement, si nécessaire, devraient permettre de réduire ces difficultés d’intégration . »
Le secrétaire général du Congrès maghrébin au Québec (CMQ), Lamine Foura, qui relevait certaines limites ou contradictions du document de consultation sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, avait très bien cerné la question du bassin géographique. Tout en étant conscient de l’importance d’une immigration diversifiée, il ajoutait un élément très intéressant au débat sur la question de l’orientation sur la diversité :
« […] il ne faut pas oublier l’histoire. C’est que l’immigration au Québec, comme l’immigration un peu partout, est liée à des événements politiques économiques dans notre pays. Sans citer aucune communauté, on sait très bien qu’une certaine communauté est arrivée plus massivement durant une certaine période des problèmes [sic] dans les pays d’origine, et que la présence d’un taux élevé d’immigration du Maghreb aujourd’hui est liée aussi à un contexte qui va évoluer dans le temps. Parce que si on avait suivi la courbe de certaines autres communautés qui sont arrivées dans les années quarante et ceux qui sont arrivés dans les années cinquante, on aurait eu un Québec avec une seule communauté . »
Pour cette raison, il pensait profondément :
« que c’est un petit peu très dangereux de se baser sur une période très courte pour mesurer la présence d’une certaine communauté ou d’un certain bassin pour décider de le réduire, sachant systématiquement que cette décision va avoir un impact sur d’autres objectifs, essentiellement le fait français au Québec et surtout un taux élevé d’immigrants qui maîtrisent la langue française . »
Avant l’intervention du CMQ, Mme Louise Harel de Vision Montréal, était allée dans le même sens sur la question du recadrage historique. Cette ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles (25 septembre 1984 – 27 novembre 1984)[ et ministre responsable de l’Immigration et des Communautés culturelles (3 novembre 1995 – 29 janvier 1996) avait fait une analyse pertinente sur cette problématique tout en situant le contexte d’immigration.
« Le ministère, en fait, c’est un peu comme un mal de dent, il s’essaie, à chaque nouveau ministre ou nouvelle ministre, d’introduire cette notion de quotas dans les bassins géographiques. Peut-être j’ai tort, mais c’est vraiment l’impression que j’ai, parce que ça fait presque une décennie que ce débat-là a lieu.
« Alors, moi, je pense qu’il faut le voir sur une assez longue période. Vous savez, il y a eu une époque où on recevait beaucoup de Québécois d’origine italienne. On ne se posait pas la question, c’était après la Deuxième Guerre. [...] L’immigration, c’est une poussée de fièvre, aussi, hein, souvent du pays d’origine. La communauté grecque nous est arrivée après la Première Guerre, lorsque la dictature s’est installée en Grèce. Et puis le Chili, on en discutait, moi, quand je fus ministre de l’Immigration, c’étaient des avions complets, 222 sièges, 222 demandes de réfugiés; il n’y en a plus, ça s’est tari. Parce que l’immigration, il faut plus le voir, est beaucoup liée à l’actualité internationale. Ce qui se passe dans le monde arabe, le printemps arabe, peut changer beaucoup, beaucoup de choses. Alors, il faut faire vraiment attention de regarder ça juste sur un court laps de temps. Il faut regarder ça plus, disons, de manière, disons dans la durée, en fait, plus longue . »
En d’autres termes, celle qui a été plusieurs fois ministre sous différents gouvernements du Parti québécois «ne pense pas qu’il faille fixer des quotas ».
Les employeurs québécois avançaient également la thèse du pourcentage élevé du recrutement des Maghrébins ces dernières années, mais aussi de leur taux de chômage astronomique. Certains employeurs, à l’instar du Conseil national du patronat (CNP), pensent que les immigrants les plus susceptibles de répondre aux besoins du marché proviennent des bassins non maghrébins. Les besoins du marché du travail, selon les tenants de cette conception, exigent d’aller recruter les talents dans le monde entier. En parlant de cette orientation sur le bassin géographique, M. Yves Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec, dira ceci : « Ce n’est pas une question de racisme, ce n’est pas une question de choix de peuples, c’est une question d’objectif pour l’intégration, un objectif pour la prospérité. Essentiellement, ce n’est pas de discriminer totalement un groupe par rapport à un autre, mais c’est d’aller chercher partout ce qu’il y a de meilleur ».
Cette perception du racisme dans cette orientation établissait un certain « malaise ». La ministre Weil se défendait d’être raciste en parlant des bassins géographiques, celui du Maghreb, et nous la croyons profondément. Elle a répété plusieurs fois, au cours des audiences à l’Assemblée nationale du Québec, l’intention du gouvernement libéral provincial de ne pas projeter l’image de discrimination car les critiques étaient nombreuses et venaient souvent des acteurs sociaux et syndicaux. « […] L’intention de l’orientation telle qu’elle était écrite avant, c’était d’aller chercher la diversité qui permet une meilleure intégration d’emploi, une meilleure intégration sociale; pour ce qui est des employeurs, c’est cette diversité dans les équipes, vraiment les têtes de pont, plus de créativité, etc. », a fait valoir celle qui est également un produit de l’immigration : elle est d’origine irlandaise-écossaise et son père est américain et sa mère canadienne-anglaise. Elle se définit ou se « considère aussi francophone qu’anglophone ».
On le voit donc, la logique du gouvernement, en matière de promotion et de recrutement, est inspirée par les acteurs économiques qui lui avaient demandé d’aller chercher les talents partout où ils se trouvent.

« Les employeurs ne veulent pas l’homogénéité dans les sources d’immigration. Ils disent : Ce n’est pas ça qui va les rendre plus intéressants, compétitifs. Ils veulent des gens de partout dans le monde. Le Québec a toujours eu une diversification dans son immigration…. c’était surtout de s’assurer que, nous, en tant que gouvernement, on continue. Et il y a eu vraiment une désinformation. Le Maghreb n’était pas ciblé, lorsque cette orientation a été faite. C’était beaucoup dans l’allocation des ressources au ministère de s’assurer qu’on fasse les choses de façon transparente et qu’on continue dans le même sens », justifiait-t-elle.
M. Denis Hamel, de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), était plus explicite dans sa position et encourageait la ministre à aller de l’avant dans la politique de réorientation de bassin géographique :

« La Fédération des chambres de commerce félicite le ministère de l’Immigration d’avoir eu le courage de formuler cette proposition [sur le rééquilibrage de chacun des grands bassins démographiques]. La proportion d’immigrants provenant des pays du Maghreb a été manifestement trop élevée au cours des dernières années. Ce n’est pas faire acte de discrimination que de souligner cette réalité. Cela a pour conséquence de constituer un bassin important de main-d’œuvre et de citoyens qui présentent beaucoup de caractéristiques communes, ce qui complique leur intégration économique et sociale. La FCCQ souscrit à cet énoncé et invite le ministère à atteindre ses objectifs avant 2015, quitte à réduire quelque peu la cible globale d’immigrants reçus . »
En d’autres termes, la FCCQ par la voix de ses représentants ne souhaite pas une application « dans l’absolu » de l’orientation 3 consistant à « augmenter le niveau de connaissance du français chez les candidats de la catégorie des travailleurs qualifiés ». La FCCQ défend que :

« Le Québec, comme toutes les autres économies développées, est à la recherche de talents rares, de grands spécialistes, d’innovateurs exceptionnels, de scientifiques ou d’artistes de renom. Ces personnes ne sont pas très nombreuses. Elles n’ont pas souvent une bonne connaissance du français. Il faut tout de même chercher à les attirer au Québec parce que ce sont des êtres d’exception. Nous n’avons pas les moyens de bouder ces grands spécialistes. Au lieu de leur imposer des critères plus sévères en matière de connaissance du français, il faut au contraire chercher à les accommoder sur le plan linguistique pour qu’ils soient intéressés à immigrer chez nous . »

Dans ce qu’elle qualifie de « course aux talents à l’échelle de la planète », la FCCQ pense qu’ « on ne doit pas limiter [le] recrutement au bassin étroit des pays de la francophonie qui, majoritairement sont des pays du tiers-monde. De toute façon, le nombre limité de ces grands spécialistes n’est pas de nature à rompre l’équilibre linguistique au Québec . »
L’intervention de M. Yvon Boudreau démontre mieux l’idée même que le gouvernement avait voulu par la suite justifier relativement à l’orientation sur la diversité : « [...] à l’orientation qui est dans votre proposition, mais on ne vous prête pas l’intention de cibler les Maghrébins en particulier mais on constate quand même qu’au cours des 10 dernières années il y a presque 20 % des immigrants reçus au Québec qui provenaient de deux pays. Ce n’est pas très diversifié, ça . »

 
Décryptage des questions sur la diversité en rapport avec l’orientation sur le bassin géographique

 
À la lumière du document de planification 2012-2015 et de l’analyse de contenu des commentaires de la ministre de l’Immigration de l’époque et de certains employeurs lors de la commission parlementaire de 2011, on décèle une nuance sur la notion de diversité. Il existe enfin la notion de diversité de l’immigration au sens large, mais aussi de diversité de la population immigrante au sein des entreprises, qui inclut une vision qui penche plus pour le recrutement, ou un recrutement intensifié, de personnes non-originaires de l’Afrique ou du Maghreb. L’ancienne ministre de l’Immigration n’avait pas voulu donner l’image d’un Québec discriminatoire, mais la levée de boucliers sur cette question démontre véritablement un traitement discriminatoire. Ayant suivi de très près cette notion, et ce, bien avant la publication du document de planification, nous avions attiré l’attention de certaines personnes du milieu communautaire sur ce qu’allait être la nouvelle orientation du gouvernement libéral provincial en matière de sélection des personnes immigrantes.
Certains journaux québécois ont titré que la ministre reculait sur cette question, mais ayant suivi les auditions dans un intérêt scientifique, ainsi que politique, nous avions dit à notre entourage que la ministre avait reculé pour mieux sauter, c’est-à-dire pour trouver « une meilleure formulation » avant d’abandonner définitivement cette mesure. Les employeurs avaient mis de l’avant la notion « d’aller chercher des talents un peu partout dans le monde » et le gouvernement libéral suivait systématiquement et automatiquement cette voie.
Voici ce que l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, disait sur les employeurs québécois au sujet du bassin géographique lors de l’audition de l’Institut national de la recherche scientifique :
« […] c’est beaucoup par rapport à leurs propres intérêts, besoins, d’avoir des équipes multi, plus créatives et aussi avec, bon, qui parlent peut-être plusieurs langues aussi, des approches différentes, des cultures différentes, des têtes de pont, tout ça, beaucoup de… basés sur des études….Il y a beaucoup d’études qu’on voit sur ces questions-là, de la diversité étant une valeur ajoutée . »
En réponse à la question du ministre sur l’importance de la diversité, le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, expliquait très bien le fond de la pensée de plusieurs acteurs du milieu économique :
« Pour nous, il y a deux stratégies. Il y a la stratégie de la diversité. Les entreprises nous disent qu’en entreprise les équipes qui proviennent de diverses régions dans le monde, qui ont des connaissances culturelles et linguistiques variées, c’est un atout. Et, des entreprises qui cherchent à multiplier les origines de leurs employés, du point de vue de Montréal, qu’on ait cette offre-là… et je pense que, du point de vue du Québec, si on l’avait, c’est une force, ce serait une force pour le reste du Québec . »
Ensuite, il relatait la deuxième stratégie :
« Je l’ai dit tantôt, les entreprises nous disent: Soyons opportunistes. Je parlais de l’Europe parce que, présentement, conjoncturellement, c’est potentiellement le moment d’aller recruter. Beaucoup de gens nous disent: Recrutons en Asie, recrutons en Chine, il y en a des endroits où c’est ouvert. Et là je dois vous avouer que, lorsque j’ai été à Hong Kong et j’ai eu le plaisir de rencontrer les gens du bureau de Hong Kong, j’ai été sidéré par le peu de ressources. […] et je finirai là-dessus, que, « du point de vue des entreprises », avoir un bassin où il y a une diversité d’origine des talents, c’est une force, et c’est une force dont on se sert à Montréal . »
Les difficultés d’intégration des Maghrébins (et plus particulièrement la question du « bagage culturel par rapport à l’attitude sur le marché du travail ») sont présentées comme l’une des causes de la question du rééquilibrage des bassins. M. Michel Leblanc, qui répondait à la question de M. Kotto sur « Le facteur culturel, où est-ce que vous le situez? Parce que, parfois, il fait problème (comme « obstacle pour l’intégration dans le milieu de l’emploi ») », avançait ceci :

« C’est délicat. Je parlais tantôt d’économistes. Moi, j’ai lu une étude d’économistes qui disait qu’on a tendance à accueillir des immigrants ici provenant de zones où le taux de chômage est plus élevé et le taux d’entrepreneuriat est plus faible, et ce qui voudrait dire qu’on accueille des gens qui viennent de bassins culturels qui sont moins susceptibles d’être intégrés en emploi que d’autres endroits sur la planète et qu’on se compare à des lieux… Et là, c’est délicat parce que tout de suite on tombe dans des conditions raciales, tout de suite on peut se faire taxer d’avoir une vision raciste de l’immigrant. La réalité, semble-t-il, c’est que culturellement l’attitude par rapport au marché du travail est un facteur important au départ . »
Il poursuivait en ces termes :

« Les différences culturelles au sens de la diversité, pour moi, ce que j’en perçois, c’est que c’est considéré comme étant un plus de la part des entreprises. Les entreprises ont, du point de vue de la région métropolitaine et du point de vue de l’île de Montréal se sont confrontées, depuis maintenant des décennies ou au moins une bonne dizaine d’années, à des talents provenant de partout sur la planète et, dans bien des cas, voient ça comme étant un avantage, un avantage linguistique, un avantage de compréhension culturelle, souvent de compréhension des marchés ou des employés dans d’autres lieux de travail, donc c’est vu comme étant une force, la diversité culturelle. Mais l’autre facteur, c’est dans la provenance des immigrants, leur bagage culturel par rapport à l’attitude sur le marché du travail, l’intégration au marché du travail. Il y a sûrement là des choses à analyser . »
La vice-présidente du Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Martine Hébert, a donné ou levé une partie du coin du voile sur la question des bassins. Elle jugeait qu’on ne doit pas juste regarder la question de la langue française, mais insister également sur d’autres facteurs. Les petites et moyennes entreprises (PME) veulent avoir des produits finis ou clé en main et ne veulent pas ou ne souhaitent pas faire de la formation de main-d’œuvre avant le recrutement des chercheurs d’emploi immigrants. Elle souhaitait que le gouvernement sélectionne des compétences de niveau technique et professionnel et non des doctorats.

Personne ne peut nier que la mission première des entreprises est le dynamisme économique, comme elle le faisait-elle même remarquer en commission parlementaire, mais les PME doivent avoir aussi une responsabilisation sociale dans la question de l’intégration des personnes immigrantes. Si on laisse sur le carreau une partie de la population, on fragilise ainsi le lien social, d’où une exclusion et une marginalisation et une radicalisation de certaines communautés. Les gens ont également du mal à comprendre le taux de chômage élevé chez les personnes qui parlent très bien le français et qui sont qualifiées dans la plupart des postes en demande.
En réponse aux réserves émises par le député Maka Kotto sur l’orientation concernant le rééquilibrage des bassins, l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, avait réitéré une position claire et franche sur cette problématique :
« Notre réponse là-dessus et la source de notre réserve est la suivante: si on se pose des questions sur le rééquilibrage des bassins, c’est à cause de certaines difficultés connues d’intégration d’une partie de ce bassin d’immigration qu’est l’Afrique, bon, Maghreb. Quand on voit les taux de chômage, d’autres études, des taux de chômage qui étaient de l’ordre de 27… 17 % chez les immigrants en provenance du Maghreb, par exemple, avec des qualifications qui, théoriquement, devraient leur permettre de se trouver un travail, avec une connaissance du français qui, dans bien des cas, est au moins égale à celle des Québécois d’origine, on se pose des questions. Et le sens de notre réserve est le suivant: au lieu de viser des bassins… de viser à atteindre un bassin de 30 % pour cette partie du monde-là, n’y aurait-il pas lieu de regarder les causes qui font que c’est qu’une partie des immigrants provenant de ce continent [qui] ont des difficultés d’intégration? Et c’est ce qu’on dit. Il faudrait peut-être regarder ce qui cause le problème et intervenir peut-être plus… Il y a déjà des gestes de posés pour qu’on… les portes soient ouvertes dans le cas de l’embauche. Mais on sait aussi qu’il y a beaucoup de problèmes. Donc, c’est dans ce sens-là qu’on a une réserve, en disant, le 30 %… au lieu de viser le 30 %, il n’est pas sûr que dans ce 30 % là, par exemple, venant du continent africain, si on tenait à cette limite, il n’est pas sûr que les difficultés d’intégration et de francisation ne seraient pas encore présentes. Donc, c’est sur les causes du problème qu’on suggère qu’il faut agir d’abord avant de penser à une réduction de ce type-là. D’autant plus que c’est le plus grand réservoir francophone à l’heure actuelle, clairement . »
En d’autres termes, il faut insister d’abord sur les causes, les difficultés d’intégration des Maghrébins (taux de chômage élevé) avant de parler de la réduction du bassin géographique.
La vice-présidente, Québec, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Martine Hébert qui se prononçait sur la nécessité du « juste équilibre entre la diversification des bassins géographiques, les connaissances linguistiques et les qualifications requises sur le marché du travail pour répondre aux besoins des petites et moyennes entreprises (PME) en matière de main-d’œuvre » note que :
« dans tous les critères qu’on utilise pour sélectionner nos personnes qui vont intégrer la société québécoise, je pense qu’il faut rappeler que l’objectif principal doit demeurer de trouver les meilleurs candidats répondant aux besoins du marché du travail et qui ont des compétences de base qui leur permet[tent] une intégration réussie, peu importe la provenance . »
« Autrement dit, il ne faudrait pas que la diversification des bassins amène des distorsions ou nous écartent [sic] de l’objectif principal, qui est dans le fond de pourvoir la pénurie de main-d’œuvre qu’on a, que connaissent les PME au Québec . »
On constate nettement une différence de vision par rapport à l’importance accordée à la langue française par certains employeurs qui font davantage la promotion du contexte économique que de la seule maîtrise de la langue française. C’est un point de vue intéressant si on le place dans le contexte de la régionalisation de l’immigration où le candidat s’intégrera de manière automatique dans son milieu, mais pas nécessairement à Montréal où cette personne utilisera l’anglais comme première langue.
Le point de vue des employeurs, exprimé par Mme Hébert, tenait compte de la préoccupation des PME qui exprimaient une réserve sur la question du bassin géographique voulant systématiquement limiter le recrutement dans les pays francophones ou francophiles sans prise en compte des besoins de main-d’œuvre : en d’autres termes, le souci de la question de la vitalité de la langue française ne doit pas empêcher le gouvernement de recruter les profils dont les employeurs québécois ont besoin :
« […] nous, ce qu’on vous dit, Mme la ministre [Mme Weil], c’est que, si vous décidez d’aller de l’avant, il ne faudrait pas que, pour atteindre des quotas, dans le fond, on se prive de main-d’œuvre dont nos PME ont besoin. Nous, ce qui compte en premier pour nous, ce n’est pas… Et c’est là où il faut préserver l’équilibre, dans le fond, dans cet équilibre peut-être fragile ou, en tout cas, tridimensionnel… Mais il ne faut pas non plus que la langue devienne le principal facteur. Il ne faut pas plus que la provenance devienne le principal facteur. Pour nous, ce qui doit primer, c’est vraiment: Est-ce que les travailleurs, est-ce que les personnes qu’on accueille dans la section de l’immigration économique, est-ce qu’elles vont répondre aux besoins de nos PME? Et pour nous, ça, c’est le premier facteur. À partir de là, après ça, le reste est secondaire et découle . »
La vice-présidente de la FCEI, Martine Hébert, donne le point de vue suivant :

« […] si on est pour se priver de travailleurs qualifiés pour faire rentrer un paquet de travailleurs avec des doctorats ou des maîtrises, parce qu’on a émis des quotas ou parce qu’on a émis des barèmes pour les PME du Québec… Et je n’ai rien contre les diplômés universitaires, j’en suis une moi-même, mais et comme beaucoup d’entre vous, donc je n’ai rien contre ça, mais on se prive d’une main-d’œuvre. Et pour nous, ce qui doit primer, et c’est pour ça qu’on dit : C’est l’équilibre fragile, là, en tout ça, et je pense que c’est là, la notion, ce qui doit primer, c’est les compétences. Est-ce que ces travailleurs-là ont des compétences de niveau technique, et professionnel, et spécialisé, dont nos PME ont besoin pour fonctionner? »

Il est vrai que le Québec fait face à une forte concurrence avec des provinces canadiennes qui sont également confrontées aux problèmes de pénurie de main-d’œuvre. Il est vrai que les pays d’immigration et les provinces, notamment l’Alberta, se livrent une concurrence avec le Québec. Les provinces de l’Ouest (Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan et Manitoba) attirent beaucoup de main-d’œuvre et augmentent leur population . L’Alberta connaît une bonne situation économique, ce qui engendre un besoin de main-d’œuvre très important. Les neuf autres provinces et deux territoires du Canada, la Chine, l’Europe, rivalisent d’ingéniosité pour dénicher les meilleurs talents dans le monde. Même si les autres provinces ne connaissent pas le même besoin économique que l’Alberta, elles vivent un problème de dénatalité. La course aux talents devient donc un enjeu primordial pour les pays d’immigration.
Si le gouvernement libéral provincial délaisse le continent maghrébin, il aura des difficultés à satisfaire l’impérieuse nécessité de préserver le fait français. Le gouvernement libéral reconnaissait lui-même que l’immigration provient essentiellement des pays du Tiers-monde et allait s’inscrire dans cette tendance si l’on tenait compte des projections dans les années à venir de la progression du fait français en Afrique . Il l’avait compris en abandonnant cette nouvelle politique visant à limiter l’immigration nord-africaine ou maghrébine, une mesure impopulaire.

Le recul de la ministre ou une nouvelle formulation de la ministre doivent être considérés comme une victoire de la démocratie québécoise. Cela prouve que le Québec écoute les critiques constructives et va de l’avant. Mais tant qu’on n’a pas réglé le problème de l’intégration économique des immigrants, cette question de quotas d’immigration par origine employable automatiquement restera en suspens.
L’actuel gouvernement péquiste est aussi confronté à une polémique même s’il défendait depuis février 2013, par la voix de la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Diane De Courcy, que « malgré l’importance accrue donnée au français dans la nouvelle grille de sélection, [il allait] préserver la diversité des pays de provenance des personnes immigrantes ». Certains acteurs politiques, et même communautaires, l’accusent de vouloir recruter exclusivement des candidats francophones au risque de déstabiliser l’équilibre entre le recrutement des francophones et des non-francophones et saper ainsi la diversité dans le recrutement qui a toujours prévalu au Québec. Ce qui prouve, une fois de plus, que le débat sur la planification ou sur les orientations des bassins géographiques est loin d’être clos.

La question sur le projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises a relancé le débat sur la sélection des immigrants. Comme nous l’avions souligné dans notre Avis préliminaire sur le projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises destiné aux différents acteurs de la société québécoise : « Certains membres de la société québécoise n’hésitent plus à demander officiellement une sélection des immigrants basée sur des motifs ou des critères excluant la religion musulmane ».

Une pétition en ligne « Contre l’islamisation du Québec » a même été lancée . On pouvait y lire :

« Québec doit changer sa politique d’immigration basée seulement sur la langue française et tenir compte de ses valeurs culturelles, en particulier de l’égalité des hommes et des femmes, liberté de conscience ce qui fait particulièrement défaut dans certaines idéologies religieuses telle que l’islam.

« Islam est une idéologie totalitaire politico-religieuse suprématiste. Cette doctrine commande à tous ses adeptes de travailler à la suprématie d’un système religieux parfait se situant au-dessus et au-delà de toutes les autres religions, de tous autres systèmes politiques en dehors de l’application de son système la charia . »

Les auteurs de la pétition s’appuient même sur le document « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 » pour dire que « Montréal s’islamise dangereusement ».
Mais une analyse objective de la journaliste de La Presse, Rima Elkouri, reste que :
« Hors de la région de Montréal, ceux qui crient à l’invasion pourront toujours dire que la population musulmane a presque triplé en dix ans, en passant de 8 000 à 22 000 personnes (de 2001 à 2011). Le fait est que même après avoir triplé, cette population ne constitue que 0,6 % de la population hors Montréal et ne demande, pour l’immense majorité, qu’à vivre en paix . »
Dans cette pétition, les musulmans sont décrits comme des personnes rétrogrades, réfractaires à la modernité et aux valeurs québécoises, d’où le cri d’alarme lancé à certains ministres :

« Cessons l’immigration musulmane maintenant avant qu’il ne soit trop tard. Joignez-vous à nous et signez la pétition. Elle sera envoyé [sic] à la Ministre de l’immigration actuelle Madame, Diane de Courcy, au ministre responsable des Institutions démocratiques et de la charte des valeurs québécoises Bernard Drainville et à la Première ministre du Québec, Madame Pauline Marois . »

Voici pourquoi un tel débat devrait être encadré pour éviter des confusions, des amalgames, des associations dangereuses pouvant jeter des troubles sur la cohésion sociale. On se souvient de la controverse sur le bassin géographique qui ne définissait pas les valeurs du Québec au niveau de la sélection .

images étudiants étrangers

Le recrutement des étudiants étrangers pour la société québécoise comporte de nombreux avantages (élargissement du réseau, bonne connaissance de la culture organisationnelle, adéquation compétences et exigences des employeurs, etc.).

L’immigration temporaire apparaît aux yeux de certains acteurs comme un bassin de recrutement et pourrait soutenir les PME dans ce sens.

Chapitre : Travailleurs temporaires et étudiants étrangers diplômés au Québec : de nouveaux bassins de recrutement intérieur de travailleurs qualifiés pour le Québec

Dans le précédent gouvernement, le programme de l’expérience québécoise (PEQ) était une mesure qui consistait à accorder la priorité aux candidats répondant au profil des besoins du Québec. Le PEQ, que l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles (11 août 2010 – 1er août 2012), Kathleen Weil, qualifiait de « transition à l’immigration permanente », est aussi un «programme [qui] se veut simple et rapide ». En effet, dans la catégorie de l’immigration économique (notamment les travailleurs qualifiés et les gens d’affaires), deux acteurs occupaient de plus en plus de place : des étudiants étrangers diplômés au Québec qui ont le profil répondant aux besoins du marché du travail québécois et des travailleurs temporaires qualifiés en emploi déjà établis au Québec. Selon les dernières données du gouvernement libéral provincial, le Québec a accueilli, en 2011, plus de 34 000 travailleurs étrangers temporaires et plus de 14 500 étudiants étrangers . Les récentes données fournies par la ministre actuelle de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Diane De Courcy, indiquent « quelque 15 000 étudiants étrangers et 35 000 travailleurs temporaires chaque année ».

La nouvelle configuration de l’immigration à travers le programme de l’expérience québécoise sous les deux gouvernements (libéral et péquiste)

Le communiqué de presse de la Conférence régionale des élus est révélateur du nouveau positionnement du gouvernement libéral provincial « Changement de cap en immigration : La CRÉ de Montréal se réjouit des mesures annoncées ». On apprend dudit communiqué :

« [qu’] en octroyant un Certificat de sélection du Québec (CSQ) à tout étudiant étranger ayant complété sa formation secondaire professionnelle, collégiale technique ou universitaire dans une institution d’enseignement québécoise, et en accordant le même traitement aux travailleurs étrangers ayant travaillé au Québec pendant une période de 12 mois au cours des 24 derniers mois, le MICC allège considérablement le processus menant à la résidence permanente ».

En vigueur depuis le 14 février 2010 sous l’ère de l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Yolande James , le PEQ est un programme accéléré de sélection de travailleurs qualifiés. Un programme innovateur qui connaît un succès comme il l’a démontré dès ses débuts. En moins de deux mois, et plus précisément : « en date du 22 avril [2010], […] 73 certificats de sélections [ont été] émis aux étudiants diplômés au Québec, et 194, [pour] les travailleurs temporaires spécialisés », soutenait Mme James, dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2010-2011 du MICC, volet Immigration. Les derniers chiffres traduisent également les bons résultats de ce programme, comme le rappelait, et se félicitait, la dernière ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, sous le gouvernement Charest, Mme Weil, lors de l’étude des crédits budgétaires 2011-2012 du MICC, volet Immigration, du 18 avril 2011, et de la planification de l’immigration pour la période 2012-2015. Le programme de l’expérience québécoise (PEQ – étudiants étrangers et immigration temporaire) a délivré, selon Mme Weil, « 3 452 certificats de sélection dans le cadre de ce programme, dont 1 256 à des étudiants étrangers et 2 196 à des travailleurs temporaires ». Elle estimait avoir atteint les objectifs que le MICC s’était fixés comme en attestent les récents chiffres jusqu’au mois de février 2012. « Deux ans après sa mise en œuvre, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a permis de retenir au Québec plus de 5 000 travailleurs étrangers qualifiés et étudiants étrangers », peut-on lire dans un communiqué du MICC en date du 14 mars 2012.

Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles évalue les dossiers des candidats en fonction de certains critères : « L’évaluation des demandes, selon Mme Weil, se fait sur [les] dossiers à partir d’un nombre restreint de critères d’évaluation : être diplômé au Québec et avoir l’intention d’y travailler, ou occuper un emploi au Québec et avoir une connaissance du français oral de niveau intermédiaire ».

Selon le site officiel du gouvernement immigration-quebec.gouv.qc.ca/fr :

« […] les diplômes du Québec admissibles au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) sont : baccalauréat de 1er cycle universitaire; maîtrise, M.B.A.; doctorat; diplôme d’études collégiales (D.E.C.) techniques; diplôme d’études professionnelles (D.E.P.) de 1 800 heures ou plus; attestation de spécialisation professionnelle (A.S.P.) de 1 800 heures ou plus; D.E.P. suivi d’une A.S.P. sanctionnant un minimum de 1 800 heures ».

Les candidats potentiels au PEQ doivent remplir certaines conditions : « Pour être admissibles, ces diplômes doivent avoir été obtenus : après le 13 février 2008; d’une université québécoise ou d’un établissement reconnu par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport; à la suite d’un programme d’études à temps plein dans un établissement du Québec situé au Québec ». Cependant, il existe des restrictions. L’étudiant étranger qui obtient un « diplôme du Québec n’est pas admissible au PEQ [si ledit diplôme] sanctionne un programme d’études suivi pour plus de 50 % à l’extérieur du Québec ». Les étudiants étrangers qui bénéficient ou ont « bénéficié au cours de ce programme d’études d’une bourse d’études conditionnelle à un retour dans [leur] pays » sont également éliminés du PEQ.

Le gouvernement libéral provincial avait voulu simplifier et accélérer à la fois la démarche et l’obtention du certificat de sélection pour les étudiants internationaux et les travailleurs étrangers temporaires. Les demandes font l’objet d’un traitement prioritaire. Le candidat reçoit donc, en 20 jours ouvrables seulement, son certificat de sélection du Québec contrairement à un délai d’un an, voire plus, pour le traitement d’un dossier d’immigration pour une demande régulière. Et comme le mentionnait Mme Weil : « […]tel que convenu avec Citoyenneté et Immigration Canada, [les candidats admis en vertu du PEQ] verront également leur demande de résidence permanente traitée rapidement ».

Le recrutement des étudiants étrangers pour la société québécoise comporte de nombreux avantages (élargissement du réseau, bonne connaissance de la culture organisationnelle, adéquation compétences et exigences des employeurs, etc.).

La politique d’attractivité et de rétention des étudiants internationaux : plus de 25 000 étudiants étrangers par année au Québec

Les personnalités influentes qui sont favorables au recrutement massif des diplômés internationaux deviennent de plus en plus nombreuses. Le recteur de l’Université du Québec à Rimouski, Michel Ringuet, livrait une analyse pertinente sur la circulation des cerveaux (certains parleront de fuite des cerveaux) dans le cadre des audiences de la Commission de la consultation publique sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Selon lui,

« La mobilité étudiante internationale […] présente un énorme potentiel eu égard à l’immigration. De 2003 à 2008, cette mobilité a augmenté de 25 % mondialement parlant, atteignant 3 millions d’étudiants. Il y a 3 millions d’étudiants dans le monde qui circulent d’un pays à l’autre. Et, selon l’UNESCO, cette mobilité atteindra 7 millions d’étudiants en 2020. Les principaux critères privilégiés par les étudiants en mobilité sont la notoriété du pays, la langue d’enseignement, le coût des études, la réputation de l’institution, la possibilité d’immigration versus la complexité d’obtention de visas et la sécurité ».

L’ex-directrice du défunt Conseil des relations interculturelles, Patricia Rimok, abondait dans le même sens.

« En ce qui concerne le cas des étudiants étrangers, nous considérons que c’est une source de croissance économique. En 2008, une étude identifiait le Canada comme l’un des pays de l’OCDE comptant le plus d’immigrants avec une scolarité universitaire, et ainsi la plus forte probabilité que des entrepreneurs immigrants créent des entreprises à succès. Le Québec fait bonne figure, poursuit-elle, quant à l’attraction des étudiants étrangers, une source importante de futurs entrepreneurs, si nous les incitons à s’établir avec leurs études. Environ 9 % des étudiants universitaires sont des étudiants étrangers, un tiers des étrangers qui viennent au Canada choisissent une université québécoise . »

Celle qui, depuis octobre 2011, est à la tête du Réseau Immigration Affaires – ib2ib, exprime finalement son ardent souhait de voir le Québec poursuivre ses efforts dans le recrutement de la catégorie PEQ : « tout comme les étudiants étrangers, le Québec ne doit pas les [les immigrants investisseurs] laisser partir lorsque leur choix est de s’établir ailleurs que dans leur pays d’origine ».

La journaliste Lisa-Marie Gervais, du quotidien indépendant Le Devoir soulignait, dans un article intitulé «Portes ouvertes aux étudiants étrangers», la volonté du milieu de l’enseignement de cibler davantage le recrutement des étudiants internationaux :
« […] quelque 29 400 étudiants étrangers qui sont venus faire des études postsecondaires l’an dernier [2010] au Québec. C’est le double d’il y a cinq ans. Et cela ne s’arrête pas là. Les données préliminaires transmises par les différents établissements témoignent d’une forte augmentation de cette clientèle d’étudiants (non-résidents) cette année, tant au cégep qu’à l’université. À telle enseigne que l’objectif de l’Initiative gouvernement-réseaux de l’éducation en matière de recrutement d’étudiants étrangers, établi en 2008, a été dépassé. Il est de 16 % alors qu’il était de 10 % sur trois ans ».

Le Québec est gagnant sur toute la ligne avec le programme des étudiants étrangers qui confirme son rayonnement international. Il peut recruter les étudiants étrangers ayant un solide dossier et souligner leur intérêt à rester sur son territoire. Il pourra également bénéficier d’une bonne visibilité internationale. En clair, les étudiants étrangers deviennent des ambassadeurs du Québec à leur retour dans leur pays d’origine (transfert de connaissances et compétences, coopération interuniversitaire, possibilités de faire des affaires, etc.). Le président-directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), M. Daniel Zizian, soulignait également l’apport des étudiants internationaux sous plusieurs angles :

« […] et comme ambassadeurs, même s’ils retournent, plusieurs projets, je vais vous en citer un. On ouvre une nouvelle Faculté de foresterie à Kinshasa présentement. Pourquoi l’Université Laval? Parce qu’on est impliqués là depuis plusieurs années, puis que nos gradués sont là. Alors, on forme des formateurs aussi. Et ce sont des projets au niveau international, je pourrais vous en nommer plusieurs, mais qui vraiment émanent du fait qu’il y a des étudiants qui sont passés chez nous, retournent dans leurs pays, et qu’on a une relation vraiment privilégiée avec nos gradués . »

Il renchérit :
« Alors, c’est sûr que l’enrichissement, oui, pour la société québécoise en général mais aussi il y a un enrichissement pour l’université comme tel. Je pense que chacun, dans notre mission, on se retrouve et on retrouve notre gain pour l’université au niveau formation et recherche. Et, ma collègue l’a dit tantôt, au niveau deuxième, troisième cycle, c’est extrêmement important au niveau de la recherche, au niveau deuxième et troisième cycle, l’apport des étudiants étrangers . »

En commission parlementaire, le recteur de l’Université du Québec à Rimouski, Michel Ringuet, soulignait l’importance de la formation des océanographes étrangers à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski :

« […] Actuellement des entreprises rimouskoises sont en train d’implanter un observatoire marin en Argentine, dans la baie de Comodoro-Rivadavia, à partir de technologies développées à Rimouski, des bouées construites à Rimouski et ça, c’est les océanographes, c’est un océanographe étranger qui est venu faire son doctorat chez nous qui a permis à cette industrie de se développer. Alors, il y a des contrecoups de ce type-là, là, qui vont au-delà de l’employabilité immédiate . »

Une preuve supplémentaire que les étudiants étrangers constituent des têtes de pont qui établissent des liens entre la société d’accueil et leur pays d’origine. Mme Weil allait dans le même sens lors de l’étude des crédits budgétaires 2012-2013 du MICC, volet Immigration : « […] Les entreprises voient dans ce bassin d’étudiants des employés éventuels très intéressants pour leurs entreprises, un peu comme ces têtes de pont, des gens qui parlent plusieurs langues ».

L’attraction et la rétention des étudiants étrangers posent également un problème de fuite de « cerveaux étrangers » qui affectent les pays en voie de développement. Certains acteurs du milieu de l’enseignement supérieur, à l’instar de M. Ringuet, parlent plus de « circulation » de cerveaux. Interpellé par le député péquiste, M. Maka Kotto, sur la question de la fuite de « cerveaux étrangers », M. Ringuet répond que : « le Québec vit la même chose. Nous avons des étudiants québécois qui vont étudier ailleurs, alors il y a la circulation, ce n’est pas à sens unique ». Il tient à préciser quand même que « [le] programme [de son université] ne doit pas aller dans le sens d’un exode des cerveaux des pays qui en ont le plus besoin vers des pays qui en disposent plus. [...] ».

Il va plus loin en donnant deux exemples de partenariat :
« Cette année [2010], vous avez peut-être entendu parler de notre programme spécial pour les étudiants haïtiens. Nous avons réussi, immédiatement après le séisme, d’engager des négociations avec l’université d’État d’Haïti qui ont fait en sorte que 10 étudiants haïtiens ont pu poursuivre leurs études universitaires chez nous gratuitement, avec la contribution d’un certain nombre de partenaires. Eh bien, ces étudiants-là, pour avoir accès à ce programme-là, devaient s’engager à retourner à Haïti. Ça, c’était très clair . »

Un partenariat qui vise le retour des étudiants dans leur pays d’origine, mais aussi un partenariat qui cible la rétention des étudiants étrangers au Québec :

« On a eu un partenariat avec l’île de La Réunion, département français où le chômage des jeunes est endémique, et où, donc, l’île de La Réunion a décidé de favoriser l’émigration de ses jeunes, parce qu’ils savent très bien que d’ici à un avenir prévisible, ils ne pourront pas donner d’emploi à ces jeunes-là… Pour moi, il faut chercher l’équilibre dans tout ça », conclut-il.

Les études deviennent un tremplin pour résider durablement sur le territoire québécois. L’Exil, la première partie de la trilogie autobiographique du roman de la Canadienne d’origine sénégalaise, N’dack Kane, Partis Trop Tôt, Trop loin, aborde la question délicate du retour des étudiants étrangers dans leur pays d’origine. Ces derniers étaient partis à l’étranger pour acquérir du savoir et le mettre au service de leur pays d’origine, mais décident finalement de rester dans leur terre d’accueil.

Certains étudiants étrangers retournent dans leur pays et réussissent très bien à vendre l’image de la société d’accueil qui les a reçus courtoisement. Ils deviennent donc des ambassadeurs et des interlocuteurs crédibles pour développer des partenariats et des projets. En contribuant ainsi au développement de leur pays, ils établissent aussi des ponts avec la société qui a contribué à leur perfectionnement du savoir et des connaissances.

L’idée de faire travailler les étudiants étrangers hors de leur campus n’est pas anodine. Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, qui s’exprimait au sujet des étudiants internationaux anglophones, révélait ceci :

« On a volontairement pris la décision de leur permettre de travailler hors campus pour maximiser les chances qu’ils s’intègrent dans notre société, qu’ils désirent y rester parce qu’ils ont travaillé, ils ont une blonde [une petite amie], un chum [un copain], n’importe quoi. On voudrait qu’ils choisissent le Québec. Le pari qu’on fait, c’est qu’au moment où on leur permet de travailler souvent ils ne connaissent pas leur français, mais que, ce faisant, ils vont se développer », tient-il à préciser.

L’objectif, selon M. Leblanc, est d’allier le recrutement des talents avec une volonté de les franciser. « Alors, tout notre défi collectif, c’est de travailler avec ces immigrants qui sont potentiellement des immigrants intéressants mais qui ne possèdent pas le français, et ce qu’on pense, c’est qu’on ne devrait pas se priver de ces immigrants potentiels à Montréal . »

Le président du conseil d’administration de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) et recteur de l’Université Laval, M. Denis Brière, est également convaincu de l’importance du recrutement des étudiants étrangers.

« Par leur présence sur l’ensemble du territoire, elles contribuent, les universités, à renforcer l’attractivité du Québec, de ses régions. Ainsi, les universités accueillent chaque année plus de 25 000 étudiants étrangers [quelque 29 400 étudiants étrangers qui sont venus faire des études postsecondaires l'an dernier au Québec. C'est le double d'il y a cinq ans ], dont un nombre significatif en régions. Selon diverses données, au terme de leurs études, entre 10 % et 20 % d’entre eux demeureront au Québec. Avec un diplôme reconnu, une bonne connaissance de la langue française et une intégration déjà largement entamée, ils [possèdent] les conditions idéales pour réussir avec succès leurs entrées sur le marché du travail », fait savoir M. Brière.

Le recrutement des étudiants étrangers est également une manne financière pour le gouvernement du Québec et pour les institutions d’enseignement. La journaliste Lisa-Marie Gervais est du même avis :

« Il est vrai que les étudiants étrangers rapportent. Ils paient des droits de scolarité supérieurs — de 12 084 à 14 978 $ au total pour les universitaires étrangers et de 8 000 à 15 000 $ pour les cégépiens, selon les programmes —, mais surtout, ils consomment. Selon une récente étude de la firme Roslyn Kunin and Associates, les étudiants étrangers génèrent 6,5 milliards de retombées économiques, dont environ un milliard au Québec . »

Le Canada et, en particulier, le Québec font des yeux doux aux étudiants étrangers. Le Canada (5,5 %) a, certes, un rattrapage à faire au niveau du recrutement des étudiants étrangers, si l’on se fie au classement de l’étude « Regard sur l’éducation 2010 de l’Organisation de coopération et de développement économiques : États-Unis (18,7 %), le Royaume-Uni (10 %), l’Allemagne (7,3 %), la France (7,3 %) et l’Australie (6,9 %) ».

Le Canada, tout comme le Québec, s’inspire de l’Australie et même de la Nouvelle-Zélande qui puisent dans le bassin d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires déjà établis sur leur territoire afin de leur proposer le statut de résidents permanents. Le gouvernement du Québec voulait faire de l’immigration temporaire des travailleurs étrangers une immigration durable. Montréal International qui pilote le dossier du PEQ est un partenaire incontournable du MICC dans la promotion, l’attraction et la rétention des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires.

En effet, le gouvernement libéral provincial avait développé une entente avec Montréal International pour le recrutement des travailleurs temporaires qualifiés et un partenariat avec les universités québécoises selon les deux anciennes ministres de l’Immigration et des Communautés culturelles (James et Weil) pour recruter des étudiants étrangers diplômés du Québec ou en voie de l’être. Des séances d’informations sont ainsi données dans différentes universités. Cette stratégie permet au MICC de recruter des ingénieurs formés au Québec, donc qui seront moins confrontés au problème de reconnaissance des diplômes et des acquis. Des personnes qui connaissent davantage la société québécoise, qui connaissent les codes culturels, les réseaux mais aussi qui diminuent le nombre de chômage des immigrants. Ils n’ont pas la barrière du manque d’expérience québécoise, etc. Ces deux catégories constituent ce que nous appelons souvent « des produits finis » ou produits clé en main qui ont des diplômes québécois et canadiens.

Le diplôme québécois est un diplôme souvent demandé par les employeurs dans des domaines techniques. Même si on parle plus d’expérience et de compétences transférables que d’obtention d’un diplôme, il demeure certain que les immigrants formés au Québec s’intègrent plus facilement que ceux formés à l’étranger, en raison notamment d’une meilleure connaissance du marché du travail, mais aussi de l’établissement d’un réseau qu’ils développent et entretiennent continuellement. À titre d’information, plus de 80 % des emplois au Québec sont obtenus par des contacts directs. De plus, les immigrants formés au Québec se sont créé des réseaux de contacts, maîtrisent les us et coutumes ainsi que la culture organisationnelle québécoise et ont eu le temps de cerner le marché du travail. D’ailleurs l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, qui rappelait le contexte dans lequel le programme a pris naissance en 2009-2010 allait dans ce sens : « Toutes les études montrent que, si on a soit une expérience de travail au Québec ou un diplôme au Québec, les chances d’intégrer le marché de l’emploi sont beaucoup plus importantes.» Ce qui poussait la ministre à dire à juste titre dans le cadre de l’Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration que : « Le Programme de l’expérience québécoise(PEQ), c’est un de ces outils qui vient se rajouter à tous ces outils, mais, je vous dirais, un des outils les plus prometteurs et les plus intéressants pour la société québécoise.» Mme Weil avait présenté ce programme comme «un enjeu extrêmement important, intéressant et prioritaire pour [son] gouvernement (…) et pense que [son ministère] pourrait attirer, à peu près 30 %, vers l’immigration permanente.»

Avant la nouvelle mise en place de cette mesure d’attraction et de sélection pour l’établissement des étudiants étrangers, à peine 2 000 étudiants étrangers faisaient la demande. Répondant à la question de l’ancienne adjointe parlementaire à la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles du 22 septembre 2010 au 1er août 2012, Mme Filomena Rotiroti, sur les mesures visant à retenir les jeunes étudiants étrangers dans le cadre des études crédits ministériels 2012-2013, Mme Weil indiquait à son collègue de la partie ministérielle que le gouvernement « avait ciblé 5 000 sur deux ans ». Elle exprimait ainsi la satisfaction de son gouvernement « d’avoir atteint la cible ». Elle jugeait le défi du recrutement et de la rétention énorme : « (…) on n’était pas sûrs si on allait réussir parce que, lorsque les étudiants viennent étudier ici, ce n’est pas nécessairement qu’ils ont l’idée (…) et les parents n’ont pas nécessairement l’idée que, lorsque leurs enfants vont venir au Québec pour étudier, que cet enfant va devenir éventuellement, bon, un résident du Québec et citoyen, éventuellement, du Canada, ce n’est pas ce qu’ils avaient en tête. Mais je pense que, de part et d’autre, peut-être que le jeune, une fois qu’il a découvert le Québec, il trouve ça tellement intéressant de vivre ici qu’il convainc ses parents que c’est une bonne idée. Et ces jeunes ont 21, 22 ans, 23 ans, 24 », souligne-t-elle.

L’objectif affiché par le gouvernement libéral provincial était de retenir deux étudiants internationaux sur trois; ce qui n’était pas encore le cas. Selon le député sortant de Lévis, Gilles Lehouillier, qui encourageait la ministre Weil à poursuivre la voie du recrutement des étudiants internationaux sur les « 25 000 étudiants étrangers ici, chez nous, sur notre territoire, et on a des demandes d’immigration d’à peu près 2 000 [étudiants internationaux qui déposent leur demande d’acceptation par an] ». Il expliquait les raisons pour lesquelles les étudiants choisissent le Québec comme lieu d’établissement à partir de « quatre éléments majeurs : notre qualité de vie, l’excellence de notre enseignement, les faibles coûts d’inscription […] puis notre appartenance aux Amériques ».

Cette situation d’attractivité des étudiants étrangers aurait été plus grande s’il y avait eu une diminution des frais des études. À en croire l’ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Martine Desjardins, qui se prononçait sur cette situation bien avant la grève des étudiants québécois, plus connue sous le nom de Printemps érable ou Printemps québécois contre la hausse des frais de scolarité , qui a débuté le 13 février 2012 et qui s’est officiellement terminée le 7 septembre de la même année :

« Évidemment, il y a plusieurs éléments qui viennent un peu miner l’attrait, pour un étudiant international, de venir au Québec, notamment en ce qui a trait aux frais de scolarité. Donc, évidemment les étudiants québécois ont eu une augmentation de frais de scolarité de 100 $ par année depuis 2007. Évidemment, les étudiants internationaux qui ont à payer des frais supplémentaires, donc au-delà des frais de ce que les étudiants québécois paient, sont touchés directement par cette hausse de frais de scolarité », précise celle qui a terminé son mandat à la tête de l’organisation étudiante en avril 2013.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, elle avait même insisté, le jeudi 15 septembre 2011, sur la volonté du gouvernement libéral provincial de hausser les frais de scolarité des étudiants québécois et souhaitait également le gel des frais des universités destinés aux étudiants étrangers :

« On l’a vu dernièrement, avec la possible hausse des frais de scolarité qui a été annoncée, plusieurs étudiants ontariens, européens et sud-américains, nous ont dit que malheureusement, ils n’auraient plus les moyens, avec le 1 625 $ , de poursuivre leurs études au Québec. Donc, pour nous, c’est quelque chose qui est extrêmement important et c’est un aspect sensible de l’attrait, finalement, pour des étudiants internationaux et pour la dynamisation du Québec et de l’éducation postsecondaire . »

Le député sortant de la circonscription de Drummond, Yves-François Blanchet, évoquait la volonté du Parti québécois :

« […] de soutenir les initiatives locales qui proviennent d’organismes ou d’entreprises pour avoir un contrôle direct sur l’immigration en région de même qu’une autre, qu’[il] connaî[t] bien, parce que c’est [lui] qui l’avait initiée, qui vise à reconnaître et à faire en sorte que les étudiants francophones qui viennent étudier au Québec […] paient les mêmes frais de scolarité que les Québécois qui sont déjà citoyens québécois, et que ceux qui demeureront par la suite, quelle que soit leur origine, récupèrent, par voie de mesures fiscales, la différence entre ce qu’ils auraient payé s’ils avaient été citoyens québécois et la différence qu’ils ont payée en surplus, parce qu’ils ne l’étaient pas au moment de leurs études. Donc des mesures qui, en particulier dans les régions, ont un impact significatif ».

Le candidat du Parti québécois dans la nouvelle circonscription de Johnson lors des dernières élections provinciales misait ainsi sur une diminution ou parité des coûts pour attirer davantage d’étudiants étrangers.

En réponse aux interrogations de Mme Desjardins sur les coûts très élevés des frais de scolarité des étudiants étrangers, les déréglementations, les frais supplémentaires perçus par les universités, M. Blanchet a fait une proposition intéressante sur l’attraction, la rétention et la vitalité de la langue française suivant laquelle :

« Un étudiant étranger qui demeure au Québec après la fin de ses études récupère la différence entre les droits de scolarité qu’il a payés et ceux qu’il aurait payés s’il avait été un étudiant québécois, sous forme de crédit d’impôt. Nous allons cependant plus loin », poursuit-il, « pour une considération linguistique, c’est que, lorsque ces étudiants-là sont francophones, viennent de pays francophones, ils paient d’emblée les mêmes droits de scolarité que les étudiants québécois. En se disant d’une part que les chances qu’ils restent sont beaucoup plus importantes, et d’autre part que, dans ces cas-là, puisque en général on parle presque toujours des pays africains, sauf la France qui a déjà une entente de ce type de toute façon, ça deviendrait une contribution humanitaire à leur développement . »

Mme Lucie Guillemette, membre du Comité des relations internationales de la CREPUQ et vice-rectrice aux études de cycle supérieur et à la recherche à l’Université du Québec à Trois-Rivières, se prononçait également sur les stratégies de recrutement des universités qui cherchent à attirer le maximum d’étudiants étrangers :

« […] les stratégies, bien sûr, sont collectives, se ressemblent, mais ce qui peut faire la différence, c’est les pôles d’excellence, notamment en recherche, qui vont attirer des étudiants d’ailleurs, du Liban, parce qu’on a développé des pôles en technologie verte, en hydrogène, en développement durable, et on sait que les étudiants sont au fait, et surtout aux cycles supérieurs, et vont venir dans nos universités pour ces raisons-là ».

Le gouvernement libéral provincial essayait aussi de miser sur les jeunes Français scolarisés et les travailleurs temporaires qui n’auront pas de difficultés de reconnaissance de diplômes et d’acquis puisqu’ils ont déjà obtenu une offre d’emploi valide avant de se rendre au Québec. Comme le faisait remarquer Mme Weil :

« Plusieurs travailleurs temporaires qualifiés, qui sont pour la plupart jeunes, francophones et scolarisés, viennent au Québec avec un contrat de travail et décident en cours de route de s’établir de façon permanente. D’autres personnes viennent au Québec d’abord à titre d’étudiants étrangers ou dans le cadre d’un programme d’échanges internationaux pour les jeunes comme le programme Vacances-travail, avant d’occuper un emploi, souvent dans leur domaine de formation. Bon nombre d’entre elles sont originaires de France et bénéficient de mesures pour favoriser la mobilité de la main-d’œuvre entre la France et le Québec, tels les arrangements de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles (ARM) intervenus pour certaines professions et métiers régis par des organismes de réglementation. Elles peuvent faire le choix de s’installer et de travailler de manière permanente au Québec . »

Une moyenne de 30 000 Français par an s’installe au Québec (selon le Téléjournal de Radio-Canada ), ceux qui viennent par la « filière normale » sont estimés à 5 839 par année, ils sont 10 175 par an à venir au Québec pour suivre des études et 14 000 rentrent au Québec, annuellement, dans le cadre du Programme vacances-travail (PVT) dont la durée maximum de séjour est passée de 12 mois à 24 mois depuis le 14 mars 2013, une catégorie « Expérience Internationale Canada (EIC) », un programme fédéral anciennement connu sous le nom de « Programme mobilité des jeunes (18 à 35 ans) ». Programme Vacances-Travail (PVT), Jeunes professionnels, Stages et Jobs d’été pour les étudiants sont les quatre catégories Expérience Internationale Canada (EIC). Les Français avaient l’habitude de retourner chez eux bien avant la crise économique européenne. Ce qui est moins le cas maintenant. Le contexte économique français difficile augmente également la réussite dudit programme.

Le programme connaît un tel succès que les quotas sont vite remplis. Le bug informatique ou « surcharge du système » confirme le succès de ce programme (première tranche de 2500 pvtistes épuisée en moins d’une heure cette année : Lire à ce sujet l’article PVT Canada 2014 : bilan et enseignements de l’ouverture de la 1re tranche, 4 février 2014, http://pvtistes.net/canada/pvt-canada-2014-bilan-et-enseignement-de-louverture-de-la-1ere-tranche/)
Le gouvernement libéral provincial comptait également sur cette catégorie pour augmenter le nombre de personnes parlant la langue française au Québec.

Demande de l’assouplissement des règles administratives et les délais de traitement pour faciliter la transition de l’immigration temporaire à l’immigration permanente

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, certains acteurs, issus du secteur de l’industrie de l’horticulture ornementale et de l’agriculture, soutenaient un assouplissement des règles administratives et des délais de traitement pour faciliter la transition de l’immigration temporaire à l’immigration permanente. Le gouvernement conservateur fédéral avait ainsi changé les règles des conditions d’établissement de la main-d’œuvre immigrante, ce qui n’était pas du goût de tout le monde.

La directrice générale d’HortiCompétences, Mme Martine Matteau, trouve que :

« [….] la main-d’œuvre immigrante temporaire […] constitue un bassin potentiel à l’immigration permanente [et] la majorité de [leurs] travailleurs temporaires [qui] ne répondent pas à la grille de sélection du Québec […] sont quand même des candidats intéressants pour l’immigration permanente puisqu’en cours d’emploi, ils apprennent le français, ils ont déjà un emploi correspondant à leur profil professionnel et ils ont déjà un lien avec un employeur intéressé à leur garantir un emploi ».

Madame Matteau regrettait amèrement les modifications réglementaires du gouvernement fédéral :

« […] Alors, actuellement, on vit des problèmes avec la clientèle. Il y a eu une introduction d’une période maximale de 48 mois pour que les travailleurs temporaires puissent occuper un emploi avant de devoir retourner pendant quatre ans dans leur pays sans pouvoir revenir. [….après 48 mois [à l'exclusion de l'entente bilatérale avec le Mexique], les travailleurs [immigrants] ne pourront plus revenir.] On a constaté aussi que l’arrimage de la réglementation provinciale avec le fédéral concernant les modifications réglementaires, il y a eu des délais de traitement qui se sont complexifiés et prolongés cette année. [….] ».

Elle formulait « trois autres recommandations » :

« [...] que le ministère intervienne auprès des instances fédérales en vue du retrait de la règle d’exclusion d’un travailleur étranger temporaire pour une période cumulative de 48 mois et que le ministère de l’Immigration convienne avec les instances fédérales de processus simplifiés et coordonnés pour l’analyse des demandes d’employeurs pour le ‟Programme travailleurs étrangers temporaires” et on souhaiterait qu’une analyse soit faite sur la question du logement des travailleurs étrangers temporaires en milieu urbain ».

Ces recommandations sur un accès plus rapide aux travailleurs temporaires ont été prises en compte après les auditions parlementaires par les deux gouvernements.

Mme Weil, qui s’exprimait sur les modifications du Programme des travailleurs étrangers temporaires, suite à la question de la députée libérale, Filomena Rotiroti, disait ceci :

« Le gouvernement fédéral a apporté des modifications au règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés visant le programme des travailleurs étrangers temporaires. Ces modifications ont été mises en œuvre le 1er avril 2011. Compte tenu que l’examen des offres d’emploi de travailleurs étrangers temporaires déposées par les employeurs est effectué conjointement avec Services Canada et mon ministère, nous avons apporté des modifications au Règlement sur la sélection des ressortissants étrangers ».

Selon l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, « les modifications ont ainsi permis d’harmoniser le Règlement sur la sélection des ressortissants étrangers avec certaines modifications réglementaires introduites par le PTET, par le gouvernement fédéral de mettre à jour d’autres dispositions réglementaires particulièrement dans le cas des travailleurs temporaires peu spécialisés et d’accélérer le traitement des demandes ».

Toujours au bilan des modifications, la ministre soulignait que :
« [Les deux gouvernements avaient] ajusté et allégé le règlement pour simplifier le traitement des demandes des employeurs, par exemple, les travailleurs venant pour moins de 30 jours au Québec n’auront plus besoin d’obtenir un certificat d’acceptation au Québec également la durée maximale des certificats d’acceptation du Québec est portée de 36 à 48 mois. Nous nous sommes dotés de nouveaux moyens pour mieux protéger les travailleurs étrangers temporaires notamment les travailleurs temporaires peu spécialisés. Par exemple, pour tous les emplois peu spécialisés de plus de 30 jours, un contrat de travail entre l’employeur et l’employé devra être présenté ».

Pour lutter contre les dérives de l’immigration temporaire,
« le MICC pourra dorénavant refuser une offre d’emploi déposée par un employeur qui n’a pas respecté les conditions préalablement offertes à un travail[leur] étranger temporaire ou qui a été déclaré coupable d’une infraction aux lois du travail. Évidemment, l’objectif est de s’assurer que le travailleur étranger temporaire travaillera dans un lieu sain et adéquat ».

Mme Weil répétait, lors de son discours d’ouverture dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2012 2013 du MICC, volet Immigration, que :

« Les besoins urgents de main-d’œuvre peuvent aussi être ponctuels, et, pour y répondre, les employeurs peuvent faire appel à des travailleurs temporaires. Pour faciliter l’accès à cet important capital humain, [le MICC avait] signé, avec Citoyenneté et Immigration Canada et le ministère fédéral des Ressources humaines et du Développement des compétences, un protocole d’entente qui [lui] permet de simplifier les démarches administratives afin de combler les besoins à court terme des employeurs. Ces derniers auront maintenant un accès plus rapide aux candidats dont ils ont besoin et qu’ils n’ont pas pu trouver parmi la main-d’œuvre locale ».

Un communiqué daté du mois de juin 2012 soulignant, entre autres, la collaboration du gouvernement libéral provincial et fédéral conservateur, vient compléter les informations sur les avancées dans le dossier du PEQ. « À la suite d’un assouplissement aux règles du gouvernement fédéral, les travailleurs temporaires qualifiés et les étudiants étrangers qui souhaitent s’établir de façon permanente au Québec pourront, à compter du 1er juin 2012, renouveler ou prolonger leur permis de travail plus facilement, à condition d’être détenteurs d’un Certificat de sélection du Québec . »

Concernant les lacunes au niveau du Programme de l’expérience québécoise, Mme Weil avait annoncé, lors des audiences, une collaboration entre les différents ministères (le MICC, Emploi-Québec et Citoyenneté et Immigration Canada (CIC)) pour résoudre certains problèmes liés au « traitement [des] dossiers de travailleurs temporaires, autant au niveau de la paperasse, de la lourdeur, de la duplication, des délais. » Il semble que cette situation ait connu un début de changement, comme en atteste ce communiqué louant la collaboration intergouvernementale :

« […] le Québec connaît des besoins pressants de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs d’activité, notamment les technologies de l’information et la santé. Des mesures visant à faciliter le recrutement des travailleurs étrangers qualifiés par les employeurs québécois ont été prises aux termes d’une entente conclue par le gouvernement du Québec avec le gouvernement fédéral et mise en œuvre le 24 février dernier. Cette entente simplifie l’évaluation des offres d’emploi pour certaines professions spécialisées en demande ».

Toujours selon le communiqué du MICC dans lequel la ministre annonçait « des démarches simplifiées et accélérées pour les travailleurs temporaires qualifiés et les employeurs québécois », on pouvait y lire que :

« Lorsque l’offre d’emploi d’un employeur est liée à une des professions de la Liste des professions en demande pour les fins du processus simplifié, celui-ci est dispensé de l’obligation d’afficher le poste. Élaborée par Emploi-Québec en collaboration avec le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, cette liste comporte plus d’une quarantaine de professions spécialisées pour lesquelles on observe des besoins pressants de main-d’œuvre. Le Ministère estime à environ un millier le nombre de travailleurs temporaires étrangers qui pourraient bénéficier du processus simplifié chaque année. » Le communiqué nous apprenait également que « cette entente permet aussi aux étudiants étrangers détenteurs d’un diplôme de formation professionnelle d’obtenir un permis de travail ouvert leur donnant accès à un emploi temporaire de leur choix au Québec. Jusqu’à maintenant, seuls les étudiants étrangers de niveau postsecondaire étaient admissibles aux permis de travail postdiplôme délivrés par le gouvernement fédéral. Plus d’une centaine d’étudiants étrangers devraient ainsi bénéficier de cette mesure en 2012 et plus de deux cents en 2013 », avait fait valoir l’ancienne ministre Kathleen Weil.

Les offres d’emploi réservées (OER) du fédéral permettent aux employeurs canadiens de recruter des travailleurs temporaires si, et seulement si, les employeurs ne retrouvent pas les compétences au sein de la main-d’œuvre locale. Il en est de même au Québec. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) a subi une réforme dans le dernier budget Flaherty et a occupé le devant de la scène suite à l’épisode de la RBC Toronto qui a dû utiliser ce programme par le biais d’une multinationale de sous-traitance dans le but de délocaliser certains postes de soutien technique en Inde.
En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, Montréal International avait fait valoir l’idée sur l’accès des travailleurs temporaires au marché du travail québécois.

Le fonctionnement du programme-volet travailleurs temporaires

Montréal International (MI) qui « est un organisme sans but lucratif issu d’un partenariat privé-public [et dont la] mission est de contribuer au développement économique du Montréal métropolitain et d’accroître son rayonnement international » est en charge du dossier PEQ et « réalise [depuis 2009] des activités de promotion de la résidence permanente dans la région métropolitaine ».

La procédure de recrutement d’un travailleur temporaire, qui est considérée par M. Jacques St-Laurent comme « un bassin [de recrutement] intérieur important », doit être accélérée. Même si les recommandations d’une meilleure harmonisation entre les deux gouvernements (provincial et fédéral) ont été finalement prises en compte, comme évoquées à la page précédente, le président-directeur général de l’organisme expliquait en commission parlementaire que :

« L’employeur québécois qui [voulait] embaucher un travailleur étranger [devait], dans certains cas, présenter une demande d’avis sur le marché du travail, une AMT, et une demande de certificat d’acceptation, le CAQ, en vue de l’obtention d’un permis de travail. Cette demande est traitée évidemment par le MICC et par Ressources humaines et Développement des compétences Canada ». Selon M. St-Laurent, « l’employeur qui se trouve dans cette situation doit alors démontrer qu’il a effectué les efforts de recrutement raisonnables afin d’embaucher un résident permanent ou un citoyen canadien. Or, on sait très bien que certains emplois ne peuvent tout simplement pas être comblés, faute de main-d’œuvre locale qualifiée ».

M. St-Laurent, qui maîtrise très bien le programme, pense que :
« Il est primordial d’établir et de publier une liste de professions à exempter de cette obligation et de traiter les demandes les concernant en priorité ». Il précise que « le traitement des demandes d’AMT reçoit une analyse des agents de Service Canada et du MICC. En 2009, les délais de traitement dans la région de Montréal étaient de quatre semaines. Aujourd’hui, c’est plus du double. Ces délais retardent la venue des travailleurs, affectent la compétitivité des entreprises et peuvent même compromettre certains projets ».

Après avoir salué « le lancement de la plateforme Placement en ligne, volet international (le 12 avril 2011), par les deux ministères (Immigration et Emploi)) », le président-directeur général de Montréal International souhaite une accélération de la procédure de recrutement. Selon lui :

« Certains candidats rencontrés lors de [leurs] missions de recrutement, ayant déjà en main [une] certification de sélection du Québec, restent longtemps en attente de l’obtention du statut de résident permanent délivré par le gouvernement canadien, et l’employeur doit souvent entreprendre des démarches lourdes et complexes. Il est en de même pour l’employeur qui découvre, par le biais du placement en ligne, volet international, un candidat intéressant en attente de son visa. Certains services canadiens mettent plusieurs mois à étudier la demande de résidence permanente, voire plusieurs années . »

Pour trouver des solutions à ces problèmes administratifs complexes :

« Montréal International formule donc trois recommandations à cet effet. D’abord, que le MICC mette en œuvre, le plus tôt possible, une procédure accélérée pour certaines professions. Ensuite, qu’il entame des pourparlers avec Service Canada en vue d’obtenir que les délais de traitement des demandes des AMT soi[en]t ramené[s] à deux ou trois semaines maximum, et enfin, que les candidats détenteurs d’un CSQ et d’une offre d’emploi authentique d’un employeur québécois puissent se faire délivrer un permis de travail temporaire sans passer par l’AMT [une demande d’avis sur le marché du travail]. […] Considérant que les travailleurs temporaires en emploi au Québec constituent un bassin d’immigration intérieur que nous ne devons pas négliger et qu’ils apportent une solution aux besoin[s] de main-d’œuvre et des employeurs d’ici, Montréal International recommande que le MICC poursuive ses efforts de promotion de la résidence permanente auprès des travailleurs étrangers en emploi dans la région métropolitaine de Montréal […] . »

L’immigration temporaire apparaît aux yeux de certains acteurs comme un bassin de recrutement et pourrait soutenir les PME dans ce sens : « Les travailleurs temporaires […] sont une main-d’œuvre très précieuse pour les PME dans beaucoup de secteurs d’activité », soutient la vice-présidente, Québec, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), Martine Hébert, qui ne partageait pas la nouvelle réglementation du fédéral sur les travailleurs temporaires.

« Certains aspects de cette modification-là, puis d’autres sont venus vous en parler, là, affectent directement les PME, et particulièrement la limitation à quatre ans du droit aux travailleurs étrangers temporaires de travailler au Canada et qu’ils doivent attendre après ça six ans pour pouvoir revenir. Vous savez, les entreprises ont souvent les mêmes travailleurs, et elles ont déployé des efforts et des ressources pour les former, ces travailleurs-là. On est donc opposés à cette barrière à l’entrée qui a été imposée, là, par le gouvernement fédéral . » Selon elle, « le gouvernement a affirmé vouloir que ces personnes demandent le statut de résident permanent s’ils désirent travailler au Canada de façon permanente. Toutefois, ce qu’on sait, c’est que, souvent, l’accès à la résidence permanente ou à l’immigration est presque impossible pour les travailleurs non spécialisés et/ou sans formation, et ça, comme on l’a vu, même s’il y a des besoins importants sur le marché du travail pour ce type de main-d’œuvre ». Selon Mme Hébert, « cette restriction […], est non seulement néfaste pour le marché du travail mais… […]. Elle prive aussi le Québec de bons candidats, avec lesquels ils entretiennent une relation d’emploi en fonction de leurs besoins. Bien, évidemment, ces nouveaux critères là complexifient aussi le programme de façon importante, là, pour les entreprises, et nous estimons que des améliorations pourraient y être apportées ».

Compte tenu de l’importance de cette main-d’œuvre pour les petites et moyennes entreprises, elle demandait une facilitation du processus d’acquisition du statut de résidence permanente. Dans cette perspective, une recommandation allait dans le sens : « que des pourparlers soient entrepris avec le gouvernement fédéral pour simplifier le programme des travailleurs temporaires et que l’on facilite l’acquisition de la résidence permanente pour les travailleurs temporaires travaillant au Québec depuis plus de trois ans et désirant s’y établir ».

La simplification de la procédure de l’accès à la résidence permanente

Le directeur de la mobilité internationale de Montréal International, M. Martin Goulet, avait listé les différents obstacles pour la demande d’une résidence permanente :

« Dès le départ, on s’était posé la question : Quels sont les irritants pour un travailleur étranger de déposer une demande de résidence permanente? La complexité de la procédure était en cause, la difficulté d’avoir une information complète, c’est-à-dire la démarche Québec, qu’elle [sic] est-elle, et la démarche Canada. On a deux sites Web. Donc, parfois, c’est très complexe pour une personne de connaître la démarche dans son entièreté. Et finalement, les frais. Actuellement, les frais de la résidence permanente, et là, je ne vous parle pas des faits au niveau Québec, mais ça inclut aussi des frais au niveau canadien, sont très élevés. Un candidat célibataire, aujourd’hui, au niveau canadien, doit payer 1 045 $, 395 $ au Québec, ce sont des sommes parfois pour certains travailleurs qui peuvent être élevées, surtout si vous êtes accompagné d’enfants, de conjoints, ça représente un investissement relativement important ».

La lourdeur du processus administratif au fédéral avait été qualifiée par le député péquiste, Yves-François Blanchet, de « chemin de croix» puisque, selon M. Goulet :

« […] pour la procédure administrative, on parle actuellement de 8 à 10 semaines. Il faut comprendre qu’en amont l’employeur a fait lui-même ses démarches de recrutement. Une fois qu’il a constaté qu’il n’y a pas de citoyen ou de résident permanent et qu’il doit se tourner vers l’international, parfois la démarche a déjà été très ardue, là, au niveau du recrutement. Mais, dans les faits, la procédure administrative actuellement est de 8 à 10 semaines », tient-il de nouveau à préciser.

M. Goulet qui répondait à la question de M. Blanchet, qui désirait connaître le processus du recrutement des travailleurs, soulignait que :

« Le processus de l’AMT […] est un processus complexe, relativement lourd pour un employeur et actuellement très long. Dans un premier temps, l’employeur doit recruter, non pas à l’étranger, mais localement, doit essayer de trouver un résident permanent ou un citoyen canadien qui pourra occuper l’emploi, après avoir fait ses démarches, placement d’annonces, salons d’emploi, peu importent les démarches qui peuvent être faites par un employeur, il pourra à ce moment-là voir s’il y a possibilité de recruter à l’étranger. Naturellement, dans le cadre de son recrutement, un étranger peut aussi se présenter. Une fois que tout le processus de recrutement est terminé, on va déposer ce qu’on appelle un avis sur le marché du travail, donc expliquer auprès de Services Canada, les démarches de recrutement qui ont été faites. Naturellement, on va aussi soumettre l’offre d’emploi. C’est le rôle de Services Canada de s’assurer et c’est le rôle aussi du MICC, parce que c’est un processus qui est une responsabilité partagée, s’assurer que l’offre d’emploi est authentique, s’assurer qu’il y a des conditions de travail qui respectent le marché du travail québécois. On ne peut pas offrir moins à un étranger parce que c’est un étranger . »

Ensuite, « Services Canada et le MICC vont émettre une lettre commune qu’on appelle un avis sur le marché du travail. Le MICC va émettre aussi ce qu’on appelle un certificat d’acceptation pour permettre au travailleur par la suite de faire une démarche auprès de Citoyenneté et Immigration Canada pour obtenir le permis de travail. Et là bien il faut voir de quelle façon le permis va être émis, est-ce que l’étranger est un Français, est-ce que l’étranger est un Brésilien. Les procédures sont variables selon la citoyenneté et l’origine du travailleur ».

Par contre, cette nouvelle composition de l’immigration temporaire suscite des craintes dans la mesure où l’immigration temporaire supplante l’immigration permanente. M. Blanchet se posait la question si :

« Ce n’est pas une mesure d’arrière-garde dans la mesure où les besoins de main-d’œuvre sont tels qu’on pourrait trouver quelqu’un localement et quand même solliciter des gens sur le marché international dans certains secteurs, que le danger de piquer des jobs locales est moins réel qu’il l’était dans le contexte actuel et dans le contexte à venir? »

La réponse de M. Jacques St-Laurent a voulu être rassurante :
« C’est le but de la manœuvre, hein, d’essayer de s’assurer qu’on va chercher des gens qui sont clairement en besoin. D’où l’importance, comme on le soulignait dans notre mémoire, de mettre à jour, de créer une liste de professions qui seraient déjà déclarées comme en manque chronique ».Cette stratégie selon celui qui parlait de la complexité de la procédure au niveau fédéral, permettrait de faciliter et d’accélérer le processus du recrutement. « […] L’employeur, fort de son besoin, qui rencontre la fameuse liste, pourrait tout simplement procéder à la demande sans auparavant avoir publié des annonces dans les journaux, sachant très bien qu’il n’aura pas de réponse . »

Cependant comme nous l’avions mentionné, les services d’immigration canadiens ou le CIC et le MICC avaient finalement résolu ce problème si l’on en croit le dernier communiqué en date du 1er juin 2012 .

L’immigration temporaire qui devait répondre à un besoin ponctuel finit par se transformer, dans certains cas, en immigration permanente.

Le cas des employés temporaires de la Banque Royale du Canada (RBC), révélé par les médias le 8 avril 2013, est encore dans la mémoire des Canadiens : ces travailleurs provenant de l’Inde qui prenaient les emplois des travailleurs canadiens de la RBC qui étaient chargés même de leur offrir une formation n’aident pas à projeter une meilleure image de cette politique d’immigration. Le gouvernement conservateur avait décidé d’effectuer une enquête pour faire la lumière sur le respect, ou non, des procédures de recrutement. « Ottawa suspend donc le processus accéléré qui permettait aux employeurs d’obtenir les autorisations nécessaires à l’embauche de TEP [travailleurs étrangers temporaires]. On impose aussi des frais de traitement aux entreprises qui utilisent le programme fédéral . »

Réticences de quelques analystes, observateurs ou acteurs à la politique du « tout immigration temporaire »

Les acteurs, principalement ceux du monde agricole, souhaitent un lien plus facile entre l’immigration temporaire et permanente. Ils désirent garder certains employés et plaident pour un assouplissement des règles administratives. Par contre, durant les auditions à l’Assemblée nationale du Québec sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, plusieurs acteurs du milieu syndical intervenaient pour demander au gouvernement de faire attention aux dérives de l’immigration temporaire. Le témoignage de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) invitait le gouvernement libéral provincial à ne pas tirer trop rapidement de conclusion d’une pénurie dans un secteur, comme le soulignait M. Jean Lortie.

Le secrétaire général de la CSN, et responsable des relations interculturelles, donnait deux exemples, d’abord, celui de l’hôtellerie, qui ne vivait pas une pénurie de main-d’œuvre, mais qui était plutôt confronté à une mauvaise « organisation du travail », selon une analyse effectuée par le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie touristique du Québec. Celui qui provient du secteur de l’hôtellerie où il « assumait la négociation des conventions collectives [tous les] trois ans » révélait que :

« Les préposés aux chambres, […] un emploi très pénible, et les hôteliers criaient littéralement sur la place publique, notamment dans les comités sectoriels : Il faut avoir des programmes temporaires d’immigrants pour permettre de compenser la pénurie de main-d’œuvre de préposés aux chambres, et pourtant, c’est des salaires, maintenant, qui frisent le 18 $, 20 $ de l’heure dans les grands hôtels de Montréal ou de Québec, donc de bonnes conditions de travail, et le comité sectoriel a pris l’initiative d’une analyse pour bien mesurer de quoi il s’agissait ».

M. Lortie soutient que :

« Le constat, au grand désarroi des hôteliers, ça a été : c’est l’organisation du travail qui est problématique et non pas la pénurie. Il n’y a pas de pénurie dans ce secteur-là, dans l’hôtellerie, on travaille à l’envers du monde ordinaire. On travaille le soir, la fin de semaine, l’été, pendant la relâche scolaire, à Noël. Donc, le problème, c’est l’emploi comme tel, ce n’est pas le fait qu’il n’y a personne qui peut le faire, c’est qu’il n’y a pas de garderie après cinq heures le soir, il n’y a pas de transport en commun souvent les fins de semaine adéquat, pas de garderie les fins de semaine, donc on a découvert qu’il n’y avait pas nécessairement une pénurie, donc, ça a un peu calmé le jeu ».

Il donnait l’exemple d’un autre secteur comme celui des abattoirs. Il expliquait que :

« Le comité sectoriel dépose, à chaque fois qu’un employeur fait une demande, un avis favorable ou défavorable à l’arrivée de travailleurs temporaires. Et ce qu’on constate, c’est que des industries sont en train de s’organiser systématiquement en termes de planification de la main-d’œuvre avec des programmes d’immigrants pour les emplois dits pénibles. L’abattage, la découpe des viandes, l’équarrissage des carcasses et c’est souvent dans les régions, le Bas-Saint-Laurent, région de Rivière-du-Loup, ici dans la Beauce, beaucoup d’entreprises d’abattage de porcs qu’on retrouve ou dans le cœur du Québec ».

Et toujours selon M. Lortie :

« Systématiquement, les entreprises, ce qu’elles disent, c’est : On a des pénuries de main-d’œuvre, oui, parce que les emplois sont tellement pénibles que personne ne veut les faire ou peu de temps. Un jeune de 18 ans : pas intéressé à accrocher 14 000 volailles à l’heure, hein, ce n’est pas nécessairement un emploi très valorisant. Donc, les employeurs sont en train de systématiquement, d’organiser leur industrie en fonction d’avoir une main-d’œuvre qui va exercer ces emplois très pénibles là », avant de préciser que : « et ça, là, il y a un risque important de l’intégration. Si on fait venir des volumes importants d’immigrantes, immigrants, ils ne peuvent pas se qualifier pour des questions de reconnaissance d’expérience et de diplômes et se déclassent dans des emplois dits pénibles, bien, on va avoir des ghettos d’emplois au Québec. Et ça, il est un risque, pour nous, la CSN, important à cet égard-là, et je ne parle pas encore de la question de la langue, parce qu’on le vit aussi dans les milieux de travail, c’est des gens qui se ghettoïsent dans les régions et, bien, évidemment, ça pose un problème . »

Le même son de cloche contre l’idée du « toute immigration temporaire » a été entendu auparavant de la part de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). Cette centrale syndicale, par la voie de son conseiller – Service des personnes immigrantes – David Maden, dénonçait les abus contre cette catégorie de population et suggérait au gouvernement du Québec de prendre les mesures nécessaires pour lutter contre toute exploitation des travailleurs temporaires.

« […] La FTQ aussi recommande que les mesures soient mises en place pour assurer le respect des droits des travailleurs et travailleuses temporaires. [De] nombreux cas ont été démontrés qu’il y a eu [des travailleurs qui] sont victimes des abus parce qu’ils ne sont pas représentés, parce qu’ils ne connaissent pas le français, parce qu’ils n’ont pas connaissance forcément des lois et leurs droits . » Une clientèle taillable et corvéable à merci en raison de la précarité de leur statut.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) avait également émis un constat en février 2012 sur la vulnérabilité des migrants temporaires, notamment les aides familiales résidentes et les travailleurs agricoles saisonniers. Elle avait même conclu à une discrimination de ces travailleurs en fonction de leur origine ethnique ou nationale, de leur race, de leur sexe (dans le cas des aides familiales résidentes), de leur condition sociale et de leur langue.

Le gouvernement fédéral conservateur mise de plus en plus sur la formation et le recrutement des travailleurs canadiens. La réforme du programme des travailleurs temporaires, qui a été annoncée dans un premier temps dans le budget de Jim Flaherty en février ou mars 2013, a dû être remise sur la sellette suite au controversé recrutement par la RBC Banque Royale à Toronto de travailleurs venus de l’Inde. En effet, la façon cavalière dont les employés permanents canadiens des services techniques de la RBC ont été remplacés par des travailleurs étrangers temporaires, après les avoir eux-mêmes formés, risque de semer une confusion entre le recrutement des travailleurs qualifiés sélectionnés selon des critères rigoureux, une mesure régulière et celle qui donne la perception que les immigrants sont des voleurs de jobs. « L’objectif de la réforme [du programme des travailleurs étrangers temporaires] conservatrice est clair : Ce que nous tentons de faire, c’est d’augmenter la pression financière sur les employeurs afin qu’ils cherchent à dénicher et qu’ils embauchent des Canadiens en premier lieu », a résumé le ministre de l’Immigration, Jason Kenney.

L’article du chroniqueur et rédacteur en chef du Magazine Jobboom, Éric Grenier, dresse un portrait résumant les faits saillants concernant ce programme :

« Tous ceux qui s’opposent aux dérives du Programme des travailleurs étrangers temporaires, à commencer par le NPD et les syndicats, et plus largement tous les travailleurs qui trouvent les employeurs d’ici bien pingres, viennent de se trouver un allié insoupçonné : le gouverneur de la Banque du Canada!

« Pour tirer sa révérence avant de devenir le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney a jeté tout un pavé dans la mare hier, lors de sa dernière présence devant le Comité permanent des finances de la Chambre des communes. Selon lui, les employeurs canadiens développent depuis quelques années une dépendance à l’égard des employés étrangers peu rémunérés. La très forte utilisation du programme (il y avait trois fois plus de travailleurs étrangers au Canada en 2012 – 338 000 – qu’en 2003) tire vers le bas les salaires payés au Canada, prévient-il, et pousse les entreprises à la paresse. Ainsi, plutôt que d’investir dans la technologie et la formation de la main-d’œuvre, elles se contentent de maintenir leurs marges en embauchant des bas salariés. Ce qui, le moindre nigaud en conviendra, n’est pas bon pour l’économie canadienne . »

Les critiques du milieu des affaires (fardeau administratif supplémentaire) et de l’opposition (promotion de bas salaires aux TET conduisant la RBC à recourir à cette politique) ne se sont pas fait attendre :

« La réforme d’Ottawa octroiera enfin au ministre Kenney le pouvoir d’ordonner à ses fonctionnaires de suspendre ou de révoquer des permis de travail ou d’embauche de TET, si des entreprises utilisent mal le programme, et interdira le recrutement d’employés qui parlent une langue autre que l’anglais ou le français – sauf pour des cas d’exception.

« Cette réforme du programme des TET s’inscrit dans la lignée de celle de l’assurance-emploi (qui force les chômeurs fréquents à accepter un poste moins rémunéré, à une heure de déplacement), et le gouvernement l’admet : « C’est un effort pour lier les chômeurs avec des emplois disponibles », avant de se tourner vers l’étranger », a souligné M. Kenney.

Et pourtant, malgré l’utilisation controversée faite par certaines entreprises, c’est un programme dont certains employeurs québécois et canadiens ont besoin, mais le cas de la RBC risque de diminuer la pertinence de ce programme aux yeux des Canadiens. Certaines régions sont confrontées, par exemple, à une pénurie de travailleurs agricoles, de soudeurs, d’assembleurs, de machinistes, et les PME avaient besoin de ce programme, mais elles risquent de subir les erreurs de cette banque, d’où un article pertinent de la journaliste et blogueuse, Martine Turenne « RBC : quand les petits doivent payer pour les conneries des gros ».

Les tendances économiques dans certaines régions du Québec démontrent le besoin de recourir de manière temporaire à cette main-d’œuvre. La situation économique permet d’expliquer en partie le recours à des travailleurs temporaires, comme le mentionnait un rapport de Citoyenneté Immigration cité par La Presse.

« Ils étaient 338 189 à bosser au Canada en décembre dernier, soit 3,4 fois plus qu’il y a 10 ans. […] le controversé programme de travailleurs étrangers temporaires (TET) est un grand fourre-tout regroupant une foule de situations, des aides familiales aux employés agricoles en passant par les étudiants étrangers récemment diplômés, les travailleurs spécialisés œuvrant [dans] des secteurs en pénurie de main-d’œuvre (notamment dans les technologies de l’information) et les employés peu qualifiés . »

Selon la journaliste de La Presse, Ariane Krol :

« Contrairement à ce qu’on observe dans les autres provinces, l’utilisation des TET varie d’ailleurs beaucoup d’une année à l’autre en Alberta. Le nombre de TET peu qualifiés a chuté de 56 % entre 2008 et 2010, lorsque l’économie a ralenti. «Ce qui semble suggérer que les besoins des employeurs en ce qui a trait aux travailleurs étrangers temporaires peu qualifiés sont assez étroitement liés aux conditions économiques», note ce rapport de Citoyenneté et Immigration.

« Il faut suivre la situation de très près pour éviter les effets pervers – qu’on développe une dépendance à certains types de main-d’œuvre spécialisée au lieu de la former ici, qu’on laisse les conditions de certains emplois se dégrader au point que seuls des TET acceptent de les occuper ou, pis, que des travailleurs locaux perdent leur emploi au profit d’étrangers sous statut temporaire. Mais il faut aussi éviter de se conter des peurs . »
Le désintérêt par la population canadienne pour certains emplois, le nombre insuffisant des étudiants dans certains programmes de formation, une mauvaise image d’un secteur ou un secteur ayant subi une crise dans les années précédentes font que les PME peuvent ne pas trouver sur place des candidats pour combler certaines pénuries de main-d’œuvre. Le programme devrait donc dépanner ces PME qui doivent aussi l’utiliser à bon escient pour ne pas frustrer la population locale.

« Autre mesure positive : les travailleurs étrangers temporaires ne seront plus payés 15 % de moins que le salaire courant dans leurs industries respectives. Cette disposition, introduite l’année dernière par Ottawa, n’était, semble-t-il, qu’un projet-pilote. Mais on pouvait facilement imaginer les abus! Il était beaucoup plus sage de tout simplement l’abolir », conclut la chroniqueuse chez Yahoo.fr-ca.
« Au menu des nouvelles embûches pour les entreprises : pour obtenir l’aval d’Ottawa afin d’embaucher des travailleurs étrangers temporaires (TET), elles devront présenter un plan démontrant qu’elles pourront à terme se doter d’une main-d’œuvre toute canadienne et que le recours à ces employés n’est que provisoire. Le fédéral augmentera aussi les frais de traitement des demandes pour les employeurs, de même que ceux des permis de travail. Et alors que les conservateurs avaient permis un processus accéléré d’étude des demandes de recours aux TET, cette mesure est suspendue temporairement . »

Le dernier resserrement des critères d’entrée au Canada des travailleurs étrangers temporaires par le gouvernement conservateur ne touche pas les travailleurs agricoles dont le Québec a grandement besoin.

En conclusion, les difficultés d’intégration des immigrants incitaient le gouvernement libéral provincial à retenir les étudiants étrangers qui réussissent à mieux s’intégrer sur le marché du travail. Le programme PEQ rentre également dans une stratégie globale de recrutement des travailleurs qualifiés en fonction des compétences recherchées sur le marché local. En ciblant des profils bien déterminés, le gouvernement libéral provincial cherchait sans nul doute à parfaire une sélection jugée souvent inadéquate par les acteurs du monde des affaires et certains membres de la société d’accueil. Ledit programme s’inscrivait également dans une logique pancanadienne puisque le gouvernement fédéral conservateur accorde beaucoup d’importance à la catégorie de l’expérience canadienne (les travailleurs étrangers temporaires ou les étudiants étrangers ayant obtenu un diplôme au Canada). Il faut, à ce titre, distinguer les recrutements qui se font uniquement sur la base de postes non-qualifiés et peu valorisés par la société et les recrutements sur la base des postes qualifiés organisés à l’extérieur souvent par des organismes de recrutement comme Montréal International ou Québec International. La mobilité internationale incite les pays d’immigration pragmatiques à recruter et à retenir les talents mondiaux, peu importe leur origine.

Le gouvernement péquiste actuel semble aller dans le même sens que le traitement prioritaire des demandes des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires déjà établis au Québec, comme en attestent les « Nouvelles règles et procédures d’immigration en vigueur à compter du 1er août 2013 ». En ce qui concerne « l’ordre de priorité de traitement des demandes », le MICC informe que :

« À compter du 1er août 2013, les demandes seront traitées dans l’ordre suivant :

• les demandes de candidats présentées dans le cadre du Programme de l’expérience québécoise;
• les demandes de candidats qui présentent une offre d’emploi validée;
• les demandes de candidats qui obtiennent des points au facteur Domaine de formation;
• toute autre demande présentée par des travailleurs permanents. »

Le Québec d’aujourd’hui et de demain se bâtit grâce à la force vive de tous les éléments de la société. L’apport de l’immigration est réel et ne saurait être négligé.

Publié par : Doudou Sow | 18 octobre 2013

Hommage aux aînés du Québec par Vérène Mukandekezi

 

imagesCA2DDTZI Aînés du Québec

«Lorsque tu vois l’immensité de ces ouvrages et le génie derrière, tu ne peux que rendre hommage aux aînés du Québec! » Telle est la déclaration spontanée d’un immigrant à l’occasion d’un atelier sur l’histoire du Québec. L’hommage aux aînés, voici un terrain propice pour un rapprochement interculturel et intergénérationnel auquel je convie tout un chacun dans les paragraphes qui suivent.

Dudu Sow est d’origine africaine. Il est établi au Québec depuis quelques années, en provenance du Sénégal. Il travaille à PROMIS où il est responsable de l’employabilité et de la régionalisation. Entre autres activités, il organise pour les immigrants des visites visant la découverte du potentiel de la vie en régions. C’est en guise de commentaire et en référence aux infrastructures hydroélectriques de Shawinigan, que Dudu a lancé la déclaration ci avant,  lors de l’atelier organisé par PROMIS en octobre 2007 et animé par l’historien Pierre Ramet. Et à lui de renchérir : «Les aînés du Québec se sont sacrifiés : ils ont bravé les conditions extrêmement difficiles pour ériger ces ouvrages. Nous leur devons respect, comme celui réservé aux  aînés  en Afrique»

L’intervention de Dudu, qui retint la plus grande attention des participants à l’atelier, a suscité en moi une réflexion nourrie sur l’hommage dû aux aînés du Québec. J’ai d’abord regardé de près le respect réservé aux aînés en Afrique et me suis ensuite intéressée aux réalités des aînés au Québec. De quel genre d’hommage jouissent les aînés en Afrique et pourquoi? Que faudrait-il pour rendre plein hommage aux aînés  du Québec?

Les sociétés africaines, bien qu’en mutation, demeurent traditionnelles pour la plupart. Très hiérarchisées, ces sociétés placent les aînés au sommet, d’où ces derniers exercent une influence prépondérante sur la famille et la communauté en général. Vieillir n’est-il pas synonyme de sagesse? De plus, avancer en âge, loin d’être une préoccupation, devient objet de fierté, et pour cause. Une personne âgée, même encore en pleine possession de ses moyens, se voit  entourée de ses membres de famille, et à défaut, des membres de la communauté qui se relaient pour lui éviter l’isolement.  Et lorsque la personne âgée est en perte d’autonomie, il n’est pas rare qu’elle ait droit à un «détachement de grands enfants» chargés de résider avec lui pour lui procurer la chaleur humaine et pourvoir à d’autres besoins essentiels. Un tel hommage tient à la reconnaissance des réalisations des aînés qui, pour l’essentiel, tournent autour de l’édification d’une famille et à la croyance selon laquelle aider les personnes âgées est porteur de bénédictions. Ainsi, avec l’entraide et la solidarité au cœur des valeurs qui soutiennent le tissu social des communautés, prendre soin des personnes âgées est une responsabilité familiale et collective fondamentale en Afrique.

De là, on peut comprendre l’aisance et parfois même l’enthousiasme avec laquelle les immigrants d’origine africaine exercent le métier de préposé aux bénéficiaires dans les centres d’hébergement pour personnes âgées. À plusieurs reprises, j’ai entendu une compatriote dans ce métier déclarer «C’est gratifiant de travailler auprès des personnes âgées. Elles sont si attachantes. J’adore le regard qu’ils me lancent lorsque je termine de leur donner des soins. C’est un regard plein d’amour et de gratitude»

Les aînés du Québec méritent hommage  à plus d’un titre. Ils n’ont pas que ou pas nécessairement la famille à brandir comme réalisation majeure de leur vie. L’impact de la carrière exercée, les luttes menées pour différentes causes sont tant d’accomplissements dont les aînés ont des raisons d’être fiers. Ainsi, l’hommage leur dû tient non seulement au développement d’infrastructures comme celles  qui ont fasciné monsieur Dudu, mais aussi à la conquête des différents droits et libertés dont nous jouissons aujourd’hui. Eh! Oui, les aînés ont œuvré à l’édification d’une société prospère et ouverte qui leur vaut toute notre estime.

Avec une telle vision des choses, l’on ne peut que comprendre l’interpellation, pour le moins provocante, «Communiqué – Des proches aidants à bout de souffle! une responsabilité collective oubliée? » En effet, dans son communiqué de presse du 10 juin 2008, le conseil des aînés alerte «Dans un contexte où le vieillissement accéléré de la population québécoise exerce déjà des pressions énormes sur le réseau des soins et des services de longue durée, le Conseil des aînés s’inquiète vivement de l’état de vulnérabilité grandissante des proches aidants. ….Il est urgent de redéfinir les consensus sociaux eu égard à la perte d’autonomie, afin de départager collectivement et équitablement les responsabilités…» (WWW. mfa.gouv.qc.ca)

Dans une consultation publique des aînés qui s’est achevée en novembre 2007, ces derniers demandent entre autres un maintien à domicile, un plus grand soutien aux personnes aidantes et une vie de qualité. Saurons- nous leur rendre l’hommage dû en répondant à leurs demandes? Pouvons-nous relever ce défi et leur permettre de vivre fièrement leur âge avancé ? Et comment?

Tout d’abord, nous devons changer d’attitude dans notre perception du vieillissement. «Les cheveux blancs sont une couronne d’honneur», dit la Bible. Ensuite, nous devons assumer la responsabilité collective de pourvoir à leurs besoins croissants non seulement à travers les taxes mais aussi par des initiatives accrues d’aide aux aidants, notamment par le bénévolat. C’est ici en particulier que l’immigration peut jouer pleinement son rôle. En plus de répondre aux besoins économiques de main-d’œuvre, les immigrants, particulièrement ceux d’origine africaine, peuvent contribuer au rééquilibrage des valeurs, permettant aux aînés de reconquérir leur rang social traditionnel ainsi que les droits y afférents. Somme toute, relever ce défi revient à prendre soin de nous-mêmes, quel que soit notre âge. Comme le dit un proverbe rwandais, «AGATINZE KAZAZA NI AMENYO YA RUGURU», qui se traduit par «CE QUI TARDE MAIS NE MANQUE PAS D’ARRIVER CE SONT LES INCISIVES DE L’ARCADE DENTAIRE SUPÉRIEURE» Puisse cette année de célébration du 400ème du Québec nous donner un nouvel élan vers un hommage accru aux aînés du Québec.

Vérène Mukandekezi

(verenem2001@yahoo.com)

Hommage aux aînés du Québec!  Par Verene Ndekezi, Tiré du bulletin d’information trimestriel no. 1 de ACR ©2008, Association Amitiés Canada Rwanda. 

Publié par : Doudou Sow | 29 septembre 2013

Entrevue radiophonique dans le cadre de l’émission Le Défi

cropped-nfcvp-public-galeries-photos-1-1

Cliquer sur le lien ci-dessous pour écouter l’entrevue que j’ai accordée à Radio Centre-ville le 21 septembre dernier dans le cadre de l’émission Le Défi. https://soundcloud.com/yonou-vk/mission-le-d-fi-avec-le

Publié par : Doudou Sow | 16 août 2013

Trois verbes magiques pour décrocher un emploi

Image verbe magiqueDate de première parution : 23 septembre 2008

Dans un contexte de crise économique très difficile, le chercheur d’emploi immigrant doit se montrer très convaincant pour décrocher un emploi dans son domaine de compétences.

Séduire

On dit souvent que le recruteur se fait une idée du candidat dans les trois à cinq premières minutes de rencontre. C’est pourquoi il est très important de bien soigner son image, c’est-à-dire avoir une attitude positive vis-à-vis de l’employeur (bonne poignée de main ferme, le sourire, regard droit dans les yeux). Mettez vous à la place de l’employeur qui cherche à recruter un futur employé qui insufflera du sang neuf avec toujours le plaisir de travailler en équipe. Cette valeur ajoutée est votre mot de passe pour accéder à l’emploi. L’attitude positive et la capacité de communiquer constituent les exigences de base qui sont demandées par les employeurs quel que soit le type d’emploi.

Convaincre

Les chercheurs d’emploi doivent convaincre l’employeur qu’ils ont toutes les compétences requises pour le poste visé et qu’ils seront capables en tout temps de livrer la marchandise. La compétition étant ce qu’elle est, les employeurs font tout ce qui est en leur pouvoir pour dénicher la perle rare. Il vous appartient donc de bien vendre vos compétences en sachant, entre autres, les illustrer par des exemples concrets tout en mettant l’emphase sur vos réalisations et expériences précédentes.

Rassurer

Quand on parle de la fameuse expérience québécoise il ne faut pas seulement l’interpréter comme une expérience technique mais aussi et surtout considérer globalement l’environnement de travail (comment interagir avec les membres de l’équipe avec tact et diplomatie, avoir le sens de la négociation etc.). Ne dit-on pas souvent que le Québec est une société de compromis et de consensus ? L’employeur se pose toujours des questions concernant l’adaptabilité de la nouvelle recrue et sa capacité à bien intégrer un nouvel environnement, à bien apprivoiser la culture de l’entreprise, les valeurs et la mission de l’entreprise, bref sa marque de commerce. Au cours de l’entrevue, vous devez aussi démontrer à vos interlocuteurs que vous savez gérer le stress. Étant donné que l’entreprise a des objectifs à atteindre, elle souhaite intégrer en son sein des personnes capables de travailler sous pression.

alerte stratégiesDans un contexte de crise économique difficile, la liste des « chômeurs expérimentés » ne cesse de s’allonger. Les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées. La demande d’emplois étant supérieure à l’offre; la polyvalence, la proactivité, l’attitude positive, la flexibilité, le bilinguisme et la capacité à bien communiquer constituent des aptitudes nécessaires pour affronter le marché du travail. Pour arriver à tirer leur épingle du jeu, les personnes immigrantes doivent faire preuve de débrouillardise et de persévérance. À ce titre, elles doivent élargir leurs réseaux de contacts. Le bénévolat et le mentorat constituent deux moyens de perfectionnement efficaces pour lutter contre l’isolement mais aussi mieux comprendre la culture organisationnelle, l’environnement de travail et les codes culturels.

État d’esprit chez les nouveaux arrivants

De manière générale, les personnes immigrantes mais surtout les nouveaux arrivants s’interrogent sur leur insertion professionnelle et démontrent un mauvais d’état d’esprit inquiétant (peur du lendemain). Ils ont un moral très bas et vivent un stress énorme. Même si la crise économique affecte tous les chercheurs d’emploi, y compris les Québécois d’origine, il n’en demeure pas moins qu’elle est vécue différemment par des nouveaux arrivants qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise à l’image de Mohamed (nom d’emprunt), originaire du Maghreb pour qui « la crise financière dissimule toute une réalité, elle perturbe tout calcul. Le marché de l’emploi va donner plus d´importance aux gens licenciés avec expérience et va écarter les nouveaux arrivants sans expérience québécoise ».

Pour cette raison, les nouveaux arrivants doivent se poser plusieurs questions pertinentes afin de décrocher le ticket de l’emploi.

Afin de mettre tous les atouts de leur côté, ils doivent garder intacte leur motivation en s’entourant de gens positifs. Un tempérament de fonceur et de débrouillardise constituent une preuve de dynamisme nécessaire à l’obtention d’un emploi. Ils ont aussi intérêt à bien structurer leurs démarches de recherche d’emploi en choisissant les étapes de leur recherche d’emploi (activation des réseaux et bonne stratégie d’approche des employeurs). Ils doivent aussi démontrer à l’employeur leur valeur ajoutée afin de se démarquer des autres candidats qui visent le même poste.

Quelques pistes de solution

En définitive, les pistes de solution efficaces à l’intégration et au maintien en emploi exigent :

1) Une bonne maîtrise des techniques de recherche d’emploi passe par la rédaction d’un CV adapté aux exigences de l’employeur et d’une lettre de présentation personnalisée qui mettent en valeur  les compétences du chercheur d’emploi.

2) Une bonne organisation nécessite un aménagement des horaires de travail si vous occupez un poste dans un centre d’appels ou dans une autre « jobine ».

3) Une diversification des stratégies de recherche d’emploi qui s’opère par le biais :

-Speed jobing (période de temps déterminé pour vendre vos compétences; inspiration du Speed dating)

-Linkedin (réseautage professionnel par Internet; une sorte de Facebook destinée au travail).

-Worktube (sous forme de présentation vidéo .On n’envoie pas de CV mais on utilise une webcam pour faire une présentation de ses qualifications professionnelles, compétences et expérience de travail).

-Dans certains cas, des agences de placement qui disposent parfois d’offres du marché caché de l’emploi.

-Internet : des entreprises qui passent par Jobboom, Monster pour recruter du personnel.

-La mise en ligne de vos profils sur le site de certaines compagnies.

-Utilisation des répertoires d’entreprises et moteurs de recherche.

Le moteur de recherche www.ICRIQ.com permet aux chercheurs d’emploi de faire  la liste des entreprises où ils peuvent occuper un poste.  Pour connaître la mission et les valeurs de l’entreprise, il faut se renseigner davantage sur leurs sites Internet, lire leurs rapports d’activités et consulter les articles de journaux dans la rubrique « Affaires ».

Cependant, malgré la profusion des nouveaux outils de recherche d’emploi, rien ne peut remplacer le contact personnel, le réseautage par le bénévolat et le mentorat. (Nous reviendrons plus amplement sur ces deux moyens de perfectionnement dans nos prochains articles).

De plus, pour certains profils, la réorientation de carrière ou la mise à niveau de certaines compétences pourrait être un tremplin à l’obtention d’un emploi. Certains chômeurs expérimentés envisagent même de retourner aux études afin de mieux mettre à jour leurs connaissances et de pouvoir affronter la réalité du marché du travail quand la reprise économique sera à l’ordre du jour. Il faut aussi penser à élargir les champs de recherche d’emploi à travers les autres régions du Québec. En attendant de jours meilleurs, toutes les stratégies devraient être mises de l’avant pour maximiser vos chances d’embauche.

7Rb2NE_Tam-tam_Metro2_miniLa problématique de sensibilisation deviendra un enjeu fondamental dans les années à venir compte tenu de la hausse de l’immigration d’où un interculturalisme appliqué à l’éducation pour un mieux vivre-ensemble.

Les expériences de réussite ne font pas souvent la manchette des journaux. L’idée du Journal Métro de s’associer avec le Projet Alliés Montréal porté par la CRÉ depuis le 16 avril 2009 et Radio Canada International (RCI) pour présenter une fois par mois des portraits d’immigrants de longue date qui ont réussi dans leur domaine de travail constitue une initiative intéressante à souligner. Ce journal gratuit très prisé de l’électorat et RCI contribuent à présenter l’immigration sous de meilleurs angles. Il serait pertinent de présenter de nouveaux arrivants qui ont réussi pour montrer que des possibilités d’intégration existent également chez ces personnes.

Cette collaboration mensuelle tripartite permet donc de publiciser les bons coups de l’intégration. Les personnes immigrantes vont y croire et en même temps ceci donne un message d’ouverture et d’inclusion de la société d’accueil.

Les médias doivent diversifier leurs sources d’information. Il arrivera à un certain moment où les médias changeront de stratégie en vue d’avoir de meilleures informations sur cette catégorie de personnes. Pourrait-on exiger de la presse un rôle d’éveil de conscience? Est-elle un instrument d’information qui veut faire des bénéfices ou doit-il concilier les deux? La différence dans le traitement de l’information se situe évidemment dans la ligne éditoriale du journal ou du médium d’information de manière générale.

Il faut aussi éviter de critiquer éternellement et subjectivement les journalistes qui ont même peur de se présenter dans des conférences ou des tribunes pour parler du rôle des médias, version diversité ethnoculturelle. Il n’en demeure pas moins que la place que les immigrants ou les communautés culturelles doivent prendre dans les médias aussi bien dans la diversité dans les médias et la publicité au Québec reste une problématique à approfondir. Des sujets qui peuvent être productifs aussi bien pour les groupes de presse que la population de manière générale demeurent des avenues enrichissantes à exploiter.

En tout cas, pour notre part, nous avons toujours offert bénévolement notre collaboration à certains journalistes pour le traitement d’une information juste et crédible. Les journalistes n’inventent pas certes les nouvelles mais les extrapolent parfois. Rappelons que les trains qui arrivent à l’heure ne sont pas une nouvelle attrayante pour le public. L’aspect commercial des medias ne doit pas faire oublier aux organes de presse leur rôle d’éducation citoyenne.

La sociologie du Québec contemporain nous renseigne sur la diversité de cette société nord-américaine. Le Québec devient plus que jamais une terre d’accueil, comme en témoigne la présence de nombreuses communautés culturelles.

Le Québec est un modèle d’intégration malgré les difficultés que connaissent les personnes immigrantes. L’implication du milieu communautaire dans l’intégration des personnes immigrantes est véritablement un cas d’école. Ceci est reconnu par les personnes immigrantes qui connaissent même des échecs d’intégration. La liberté d’opinion est un des acquis de la révolution tranquille. Une société où les immigrants peuvent exprimer librement leurs différents points de vue.

Ce texte est extrait du chapitre 3 : Perspectives encourageantes du livre « Intégration: une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante » paru en avril 2014.

Older Posts »

Catégories

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 231 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :