Le mentorat, une relation de soutien axée sur des objectifs de développement professionnel, constitue un outil de perfectionnement incontournable dans le contexte de ralentissement économique.

Certaines personnes immigrantes se retrouvent souvent dans une situation où elles ont besoin d’être guidées dans leur choix de retour aux études ou par la recherche d’un emploi permanent. Le mentor est la personne idéale pour les aider à résoudre ce dilemme afin de les aider à bien réussir leur processus d’intégration.

1) Déconstruire certains mythes

On pourrait observer deux types de profils de personnes immigrantes qui se questionnent sur leur avenir dans un contexte économique difficile.

Les nouveaux arrivants de minorités visibles sont tentés de baisser les bras pendant la crise économique. Ils justifient parfois leur manque de motivation par un contexte de morosité économique. Avec un taux de chômage élevé (9,1 % au mois d’août, 8,8% au Québec au mois de septembre 2009), ils sont découragés et perdent leur estime de soi et rangent ainsi aux armoires de l’oubliette toutes leurs techniques de recherche d’emploi. Certains restent dans des emplois précaires tout en attendant de voir passer la crise économique. Il est fréquent d’entendre certains d’entre eux dire que : « la recherche d’emploi ne mènera à rien puisque les travailleurs qualifiés québécois  expérimentés sont au chômage. » Ils tirent la conclusion qu’ils sont moins positionnés pour obtenir un emploi dans le contexte actuel.

D’autres personnes immigrantes se disent également que puisque la crise économique est une réalité, il vaut mieux retourner aux études coûte que coute sans passer par les conseillers d’orientation ou sans valider ce choix par un professionnel qui est dans le même domaine.

Dans le counselling individuel, les conseillers en emploi sont souvent confrontés aux chercheurs d’emploi qui se tournent vers de longues études  (3 ou 4 ans) sans se frotter au préalable aux réalités du marché du travail. Résultat des courses, ces personnes immigrantes, au bout de deux mois, se rendent compte de leur mauvais choix de formation en termes de pertinence, de temps et d’opportunités d’emploi. À ce moment, pourquoi ne pas utiliser les services d’un mentor qui peut valider leur choix de carrière ou leur objectif d’emploi. La valorisation du diplôme québécois qui est certes une réalité doit aussi être validée par des personnes ayant fait le même choix de carrière.

2) Le mentorat au CJE Bourassa-Sauvé : un coup de pouce à l’intégration des minorités visibles

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour la période de juillet 2008 à juin 2009, 31 personnes ont été jumelées dans le  cadre du projet Mentorat. De ce nombre, quatorze personnes de minorités visibles ont obtenu un emploi dans leur domaine et six sont retournées aux études afin de mettre à jour leurs connaissances.

Un des participants qui a bénéficié de ce programme novateur témoigne de la pertinence de cet outil.

Christophe Djingou, courtier en assurance de dommages des particuliers chez Dale Parizeau Morris Mackenzie, une entreprise spécialisée dans le domaine du courtage d’assurance des entreprises, assurance de personnes et assurance collective, témoigne de la pertinence du mentorat :

« Le programme mentorat a été très enrichissant pour moi en ce sens qu’il m’a apporté une réelle valeur ajoutée dans mes démarches de recherche d’emploi. Concrètement, les diverses rencontres avec mon mentor m’ont permis de discuter des stratégies à mettre en œuvre: les entreprises cibles, la simulation des entretiens, des conseils pratiques sur ce  qu’il faut faire ou ne pas faire et d’approfondir mes connaissances sur les réalités culturelles en emploi en Amérique du nord. »

L’approche psychosociale est importante en période de crise économique comme l’indique ce néo-Québécois d’origine camèrounaise :

« Les rapports avec mon mentor ont été excellents. Disponible et compétent, il a toujours été prêt à répondre à mes questions et à apaiser mes inquiétudes. »

Le mentorat a aussi élargi ses réseaux de contacts : «  Mon mentor a entrepris des démarches auprès d’une de ses connaissances à qui il a référé ma candidature. Il est à noter que j’ai continué à faire personnellement mes démarches d’emploi parallèlement avec les démarches du mentor.»

La motivation du mentoré est nécessaire dans la relation d’aide pour ne pas décourager le mentor qui donne bénévolement de son temps. Les objectifs et les attentes de l’accompagnement doivent être aussi réalistes.

Quand vient le temps de trouver des références, les personnes immigrantes sont souvent confrontées aux difficultés d’en trouver au début. Un autre atout du programme réside dans la possibilité d’obtenir une troisième référence dans le cadre des entrevues de sélection : « Au moment où j’ai trouvé mon emploi actuel, le recruteur a contacté mon mentor et ce dernier a fait des commentaires très positifs sur ma personne. Tout cela a contribué à rassurer mon employeur et favoriser mon recrutement. » Il poursuit : « Trois jours après avoir été recruté, l’entreprise à qui l’ami de mon mentor avait référé ma candidature m’a contacté pour me proposer un poste que j’ai décliné parce que j’étais déjà à l’emploi. »

Il conclut en disant que « le programme  mentorat a été un succès pour moi et je n’hésiterais pas à le recommander. »

Le mentoré doit être proactif afin de tirer le maximum d’informations de son mentor. Pour que le programme soit une réussite totale, le mentoré doit exprimer de manière claire au début de l’accompagnement ses besoins afin que le mentor puisse le conseiller dans son cheminement personnel et professionnel.

Le mentorat, qui est une relation d’aide et un mode d’apprentissage efficace, permet aux nouveaux arrivants, dans un processus de transition professionnelle, de mieux comprendre la culture du monde du travail au Québec.

Publié par : Doudou Sow | 13 octobre 2009

Le mentorat a le vent dans les voiles

Le mentorat est une forme de relation d’aide et un outil d’accompagnement personnalisé liant deux personnes dans le cadre d’une approche intergénérationnelle. Cette forme d’intervention établit une réciprocité basée sur la confiance et la motivation. 

a) La réussite d’un projet socioprofessionnel au cœur du Mentorat

 Le mentorat d’affaires  développé par la Fondation de l’entrepreneurship permet d’accompagner les petites et moyennes entreprises (PME) au terme de leur cinq premières années afin de faciliter leur viabilité économique. Selon les statistiques disponibles, la Fondation de l’entrepreneurship procède au jumelage de 1 000 entrepreneurs par année. Par le biais du mentorat, elle prévoit accompagner 5 000 entrepreneurs par année d’ici 2011. Le réseau national du mentorat d’affaires de la Fondation de l’entrepreneurship qui a pris, depuis le 5 octobre, le nom de Réseau M. compte trouver une solution pour stimuler l’entrepreneuriat dans la Belle Province.

Ce mode d’apprentissage efficace permet également de lutter contre le décrochage scolaire. À ce titre, il est utilisé dans le projet persévérance scolaire afin d’accompagner des jeunes adultes (18 à 25 ans) dans leur cheminement scolaire et personnel.

Dans la même perspective, la communauté métropolitaine de Montréal révélait que le Grand Montréal affichait l’un des plus faibles niveaux de scolarisation en comparaison aux principales régions métropolitaines nord-américaines (30e rang sur les 33 grandes régions  métropolitaines).

Le volet Modèles sans frontières du programme Valorisation jeunesse du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles est aussi une forme de mentorat qui permet à des modèles de réussite de renforcer l’estime de soi des jeunes des communautés culturelles.

Dans le cadre du programme Mentorat Québec-Pluriel, la version la plus officielle, le mentorat désigne un jumelage entre un professionnel expérimenté (mentor) et un jeune (mentoré) qui désire s’intégrer socioprofessionnellement.

 Si ce terme est souvent utilisé, c’est parce qu’il a prouvé son efficacité dans le contexte de la relève mais aussi de la diversité. Des bénévoles qui font la différence afin d’aider les novices à franchir les différentes étapes de leur vie socioprofessionnelle. Le mentorat permet aux jeunes de concrétiser leurs rêves tout en permettant le plein épanouissement des personnes expérimentées disposant d’un réseau de relations sociales.

b) Mentorat = Bonheur

La compagnie d’assurance Standard Life du Canada avait demandé à Ipsos Descarie, une société d’études marketing par enquêtes, de mener un sondage qui arrivait à la conclusion que « le mentorat est bon pour le bonheur ». Le sondage Indice jeunesse Standard Life révélait que 51% « des bénévoles agissant comme mentors interrogés au sein des Grands Frères et Grandes Sœurs » déclaraient « être heureux » et 81 % se disaient optimistes par rapport à la vie.

« L’étude a clairement démontré que ces bénévoles sont non seulement plus heureux, mais qu’ils sont également plus énergiques et plus jeunes d’esprit, et qu’ils ont une perception plus positive du vieillissement que les autres Canadiens adultes. » (Communiqué Standard Life, 16 juin 2009).

Les bénévoles impliqués dans une forme d’engagement citoyenne rendent un service aux personnes qui en ont vraiment besoin. Un esprit de solidarité et de restauration du lien social qui justifient dans une certaine mesure leur parcours de vie. Nous reviendrons dans un prochain article sur cette même question : La trajectoire socioprofessionnelle des mentors expliquerait-elle leur engagement au projet Mentorat Québec-Pluriel?

Publié par : Doudou Sow | 9 septembre 2009

Pertinence du bénévolat

<< Par le don, on mêle son âme à celle de l’autre >>.[1]Mauss Marcel

L’étymologie du mot « bénévolat » vient du latin  benevolus qui signifie « bonne volonté ». Dans la société québécoise, le principe de la dette sans fin fait référence au « principe du don et du contre don » de l’anthropologue Marcel Mauss qui a voulu « comprendre les logiques de l’action humaine ». En effet selon cet auteur, l’individu ne vit pas isolé mais en étroite collaboration avec les autres membres de la société. Chacun a une dette par rapport à un autre et cette dette n’est jamais terminée d’où l’obligation morale de solidarité.

Le bénévolat est une expérience enrichissante sur le principe du donner et du recevoir mais en même temps constitue un tremplin pour obtenir une première expérience de travail québécoise. Dans certaines sociétés africaines par exemple, le bénévolat reste, pour la plupart du temps, une implication sociocommunautaire dans les quartiers populaires à l’occasion des événements sportifs et culturels. Au Québec, la signification du bénévolat va au-delà de ces aspects. Le bénévolat permet de « donner au suivant » tout en ouvrant les portes d’un  emploi qualifié.

Conciliation bénévolat  et  « jobine »

Certains nouveaux arrivants disent souvent qu’ils n’ont pas le temps de donner bénévolement de leur temps sous prétexte qu’ils sont dans une période de survie. Même s’il demeure évident de trouver impérativement une « jobine » pour payer les factures, il est également important de ne pas négliger le bénévolat qui pourrait ouvrir bien des portes surtout en contexte de crise économique. En donnant peu de son temps à raison d’une heure ou de deux heures par jour ou semaine ou mois, la personne immigrante  élargit son  réseau de contacts, brise son isolement et s’inscrit dans l’interculturel.

La personne immigrante qui néglige ce moyen de perfectionnement incontournable fort apprécié des employeurs minimise ses chances d’embauche. Ceux ou celles qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise ont tout à gagner en s’investissant dans ce que j’appelle la preuve d’une intégration citoyenne.

Moyen de perfectionnement

Le bénévolat permet à la personne immigrante, surtout au nouvel arrivant, d’apprendre, de développer et de valider de nouvelles connaissances. Il augmente ses compétences relationnelles en décryptant les codes de la société québécoise. Il permet au nouvel arrivant de  comprendre davantage le fonctionnement de la société québécoise. Cet outil lui permet aussi d’enrichir son curriculum vitae en le rendant plus attractif aux yeux des employeurs qui se posent souvent la question de l’adaptabilité de la nouvelle recrue dans son nouvel environnement. Pour une personne qui n’est pas née au Québec, n’a pas fait des études et n’a jamais obtenu une expérience canadienne,  le bénévolat est un passage obligatoire.

La personne immigrante pourra toujours justifier la question de sa motivation devant l’employeur en lui rappelant l’esprit du bénévolat.

Le bénévolat élargit des réseaux de contacts et valide un certain nombre d’informations sur la réalité du marché du travail. Le bénévole peut ainsi approcher des professionnels qui n’hésiteront pas à le renseigner sur les défis du poste compte tenu de son engagement social. Les professionnels apprécient la conscience sociale du bénévole et à leur tour lui viennent en aide par des conseils précieux et des références dans des entreprises qu’ils connaissent.

Pour certaines personnes qui veulent se réorienter, le bénévolat constitue  aussi un moyen de valider leur intérêt pour la profession. Le contact avec la réalité du métier permet au bénévole de se faire une première idée sur la profession.

Bénévolat ciblé

Le bénévolat devrait être ciblé en fonction d’une cause, d’une carrière, ou des valeurs qui vous tiennent à cœur.

Le bénévolat permet à la personne immigrante, lors de son entrevue, de démontrer à l’employeur sa capacité à travailler en équipe, sa flexibilité, son dynamisme.

Par exemple, à titre personnel, l’expérience que j’ai acquise comme bénévole au Centre social d’aide aux immigrants (CSAI) m’a ouvert les portes d’un emploi comme conseiller en immersion professionnelle à l’organisme PROMotion – Intégration – Société nouvelle (PROMIS).

J’ai pu valoriser cette expérience lors de mon entrevue en donnant des exemples concrets de tâches effectuées et de compétences développées.

Le bénévolat m’a permis également d’obtenir une troisième référence dans le cadre des entrevues de sélection.

Le nouvel arrivant qui décide de s’engager dans une logique non marchande peut contacter le Centre d’action bénévole de Montréal en cliquant sur « Je veux faire du bénévolat ». Il peut aussi communiquer avec certains organismes communautaires qui développent le volet  Bénévolat.

La semaine de l’action bénévole qui se tient au mois d’avril constitue le meilleur moyen de rappeler l’importance de cette action citoyenne.


[1] Mauss Marcel; << Essai sur le don >> in Sociologie et Anthropologie, Paris, PUF, 1978, p. 78.

Dans un contexte de crise économique difficile, la liste des « chômeurs expérimentés » ne cesse de s’allonger. Les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées. La demande d’emplois étant supérieure à l’offre; la polyvalence, la proactivité, l’attitude positive, la flexibilité, le bilinguisme et la capacité à bien communiquer constituent des aptitudes nécessaires pour affronter le marché du travail. Pour arriver à tirer leur épingle du jeu, les personnes immigrantes doivent faire preuve de débrouillardise et de persévérance. À ce titre, elles doivent élargir leurs réseaux de contacts. Le bénévolat et le mentorat constituent deux moyens de perfectionnement efficaces pour lutter contre l’isolement mais aussi mieux comprendre la culture organisationnelle, l’environnement de travail et les codes culturels.

État d’esprit chez les nouveaux arrivants

De manière générale, les personnes immigrantes mais surtout les nouveaux arrivants s’interrogent sur leur insertion professionnelle et démontrent un mauvais d’état d’esprit inquiétant (peur du lendemain). Ils ont un moral très bas et vivent un stress énorme. Même si la crise économique affecte tous les chercheurs d’emploi, y compris les Québécois d’origine, il n’en demeure pas moins qu’elle est vécue différemment par des nouveaux arrivants qui sont à la recherche de leur première expérience québécoise à l’image de Mohamed (nom d’emprunt), originaire du Maghreb pour qui « la crise financière dissimule toute une réalité, elle perturbe tout calcul. Le marché de l’emploi va donner plus d´importance aux gens licenciés avec expérience et va écarter les nouveaux arrivants sans expérience québécoise ».

Pour cette raison, les nouveaux arrivants doivent se poser plusieurs questions pertinentes afin de décrocher le ticket de l’emploi.

Afin de mettre tous les atouts de leur côté, ils doivent garder intacte leur motivation en s’entourant de gens positifs. Un tempérament de fonceur et de débrouillardise constituent une preuve de dynamisme nécessaire à l’obtention d’un emploi. Ils ont aussi intérêt à bien structurer leurs démarches de recherche d’emploi en choisissant les étapes de leur recherche d’emploi (activation des réseaux et bonne stratégie d’approche des employeurs). Ils doivent aussi démontrer à l’employeur leur valeur ajoutée afin de se démarquer des autres candidats qui visent le même poste.

Quelques pistes de solution

En définitive, les pistes de solution efficaces à l’intégration et au maintien en emploi exigent :

1) Une bonne maîtrise des techniques de recherche d’emploi passe par la rédaction d’un CV adapté aux exigences de l’employeur et d’une lettre de présentation personnalisée qui mettent en valeur  les compétences du chercheur d’emploi.

2) Une bonne organisation nécessite un aménagement des horaires de travail si vous occupez un poste dans un centre d’appels ou dans une autre « jobine ».

3) Une diversification des stratégies de recherche d’emploi qui s’opère par le biais :

-Speed jobing (période de temps déterminé pour vendre vos compétences; inspiration du Speed dating)

-Linkedin (réseautage professionnel par Internet; une sorte de Facebook destinée au travail).

-Worktube (sous forme de présentation vidéo .On n’envoie pas de CV mais on utilise une webcam pour faire une présentation de ses qualifications professionnelles, compétences et expérience de travail).

-Dans certains cas, des agences de placement qui disposent parfois d’offres du marché caché de l’emploi.

-Internet : des entreprises qui passent par Jobboom, Monster pour recruter du personnel.

-La mise en ligne de vos profils sur le site de certaines compagnies.

-Utilisation des répertoires d’entreprises et moteurs de recherche.

Le moteur de recherche www.ICRIQ.com permet aux chercheurs d’emploi de faire  la liste des entreprises où ils peuvent occuper un poste.  Pour connaître la mission et les valeurs de l’entreprise, il faut se renseigner davantage sur leurs sites Internet, lire leurs rapports d’activités et consulter les articles de journaux dans la rubrique « Affaires ».

Cependant, malgré la profusion des nouveaux outils de recherche d’emploi, rien ne peut remplacer le contact personnel, le réseautage par le bénévolat et le mentorat. (Nous reviendrons plus amplement sur ces deux moyens de perfectionnement dans nos prochains articles).

De plus, pour certains profils, la réorientation de carrière ou la mise à niveau de certaines compétences pourrait être un tremplin à l’obtention d’un emploi. Certains chômeurs expérimentés envisagent même de retourner aux études afin de mieux mettre à jour leurs connaissances et de pouvoir affronter la réalité du marché du travail quand la reprise économique sera à l’ordre du jour. Il faut aussi penser à élargir les champs de recherche d’emploi à travers les autres régions du Québec. En attendant de jours meilleurs, toutes les stratégies devraient être mises de l’avant pour maximiser vos chances d’embauche.

Publié par : Doudou Sow | 10 avril 2009

Le chômage subi, un vecteur de déstructuration du lien social

La crise économique frappe de plein fouet l’économie mondiale. Il ne se passe pas une journée au Québec et dans le reste du Canada sans que de mauvaises statistiques sur les pertes d’emploi, des fermetures d’usine, des mises à pied ne nous soient annoncées à travers les médias. Il suffit de remarquer le vocabulaire utilisé ces temps-ci : récession économique, morosité économique, année de resserrement, retraites forcées, etc. La dernière mauvaise nouvelle nous vient d’une sévère perte d’emplois dans le domaine de l’industrie aéronautique. Selon la chaîne de nouvelles LCN, Bombardier Aéronautique, la multinationale québécoise, va supprimer 3 000 emplois supplémentaires dont 1 030 à Montréal, d’ici la fin de l’année. Cette réduction des effectifs s’ajoute à celle de 1 360 postes, dont 710 dans la région de Montréal. Le troisième avionneur civil au monde est lui aussi rattrapé par la crise mais affiche tout de même encore des chiffres financiers positifs. L’industrie de l’automobile et d’autres secteurs d’activité ne sont pas épargnés non plus. Et dans les banques, la restructuration se présente comme une solution pour faire face à la crise.

Pour un quatrième mois de suite, les pertes d’emploi se sont poursuivies dans tout le Canada. Selon Statistique Canada, 66 000 emplois ont été perdus au mois de février. Ce qui a porté le taux de chômage national à 7,7%  et à 7,9% au Québec durant la même période.

Au Québec, des pertes de 18 400 emplois à temps plein ont été enregistrées. Des économistes s’entendent sur le fait que les pertes d’emploi ne sont pas encore terminées. Dans cette perspective,  les prédictions économiques indiquent un taux de chômage de 9,9% à la fin de l’année.

La récession qui amène certaines entreprises à licencier massivement des travailleurs entraîne une déstructuration du lien social. Il importe de se demander quelles sont les conséquences du chômage sur le lien social?

Pendant cette période de crise mondiale, le chômage devient, plus que jamais, un vecteur de déstructuration du lien social. C’est en effet l’intégration par le travail qui est préconisée par le modèle latin pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Même si le travail est avant tout un moyen de gagner sa vie, il constitue également un accomplissement de la personne, un facteur d’épanouissement et d’intégration. Or la crise du chômage est une crise du lien social. Imaginez dès lors, dans une famille, un père au chômage, une mère au chômage et un fils qui touche le bien-être social. Si cet exemple est extrême, il traduit bien cette nouvelle configuration du chômage qui peut entraîner une véritable désarticulation sociale. Le chômage recouvre une catégorie multiple de personnes qui le vivent difficilement : des jeunes qui ne parviennent pas à s’intégrer dans le marché du travail, des nouveaux arrivants qui s’interrogent sur les répercussions de cette crise dans le cadre de leur recherche d’emploi (manque d’expérience québécoise), des personnes qui sont congédiées, des chômeurs de longue durée. C’est toute une catégorie d’immigrants qui porte le poids du chômage et de la précarité.

Le chômage a donc de réelles conséquences sur le lien social : il produit des exclusions et ce que le sociologue Robert Castel appelle la désaffiliation. Le travail occupe une place centrale dans nos sociétés. La place des individus dans les sociétés étant tributaire de l’activité professionnelle du travail, le travail demeure un important facteur d’intégration dans la société québécoise.

Dans le modèle latin, le travail n’est pas une contrainte mais une source de lien social, une création de communautés sociales où se forgent des règles d’intégration dans la société.

Le chômage entraîne donc une exclusion sociale et pose ainsi le problème de la cohésion sociale, comme l’a bien montré Paul Félix Lazarsfel. Ce sociologue américain d’origine autrichienne, avait fait une enquête qui portait sur les habitants de Marienthal (localité située près de Vienne, en Autriche). Ces chômeurs étaient durement touchés par la crise économique de 1929. De l’analyse de Lazarsfel, on peut retenir certains éléments qui restent toujours d’actualité : les réactions des individus face à leur environnement social.

Même si cette étude sociologique date de plus de 80 ans, elle est toujours riche d’enseignements,  encore aujourd’hui, sur les répercussions psychologiques et sociales du chômage.

L’un des graves problèmes découlant du chômage, c’est l’exclusion, la désaffiliation sociale. En clair le chômage déstructure les relations sociales et crée un sentiment de honte, d’inutilité, de fatalisme, de rejet de la part de la société qui fait naître et alimente un sentiment d’infériorité.

Vincent De Gaulejac dans son livre intitulé « La lutte des places » abonde dans le même sens. Selon lui, le chômage est stigmatisant et bouleverse les statuts sociaux. De fait, il existe une corrélation troublante entre le chômage et les relations familiales. Le chômage accroît un mal-être entraînant du coup une rupture sociale. Cette désintégration peut atteindre un tel degré qu’elle peut créer ennui ou stress, faire naître des frustrations, amener des révoltes, pousser au suicide, etc.

Le professeur de sociologie parle de chômeurs qui se battent contre la société pour « trouver ou retrouver « une place », c’est-à-dire un statut, une identité, une reconnaissance sociale ». S’il faut bien reconnaître toute la place que le travail occupe dans les pays industrialisés, il y a toutefois lieu de relativiser cette conception ou de la nuancer.

Le travail nourrit un sentiment d’amour et d’appartenance. C’est la raison pour laquelle certains chômeurs ne conçoivent pas le chômage comme un statut inférieur à une position durable. Mais ils décident de ne pas se laisser abattre par la crise et essaient de se tourner vers la création de leur propre emploi, la création de leur entreprise.

Dans une étude menée du 23 janvier au 3 février 2009 par la firme Léger Marketing pour le compte de la Fondation de l’entrepreneurship, Jean-Marc Léger, président de Léger Marketing disait ceci : « Pour stimuler l’emploi, il faut stimuler l’entrepreneur » surtout en période de crise économique. Il incitait ainsi les gens à prendre plus de risques dans la création d’entreprise, le Québec comptant encore trop peu d’entrepreneurs.

Nous sommes tous différents et, dans la phase de création d’emplois, on peut donc observer des motivations bien différentes. Certains, par exemple, vont créer leur emploi  parce que, se retrouvant au chômage, ils se disent qu’après tout ils ne veulent pas de patron ou de tutelle étrangère et ils revendiquent leur indépendance.

La crise économique pourrait donc inciter davantage de personnes à créer leur propre emploi ou leurs propres entreprises. C’est ce que pense notamment monsieur Didier Muamba, agent de développement en entrepreneuriat au Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé.

« Elle [la crise] constitue un facteur déclencheur de création de l’auto-emploi pour certains nouveaux chômeurs ».

Didier Muamba soutient les jeunes entrepreneurs dans leurs démarches d’étude de marché, d’élaboration de plan d’affaires ou de recherche de financement.

L’organisme où il travaille a développé une expertise dans le domaine de l’entrepreneuriat :

« Le CJE [Bourassa-Sauvé], avec ses vingt-cinq ans de travail avec et pour les jeunes, a développé plusieurs ateliers en démarrage et gestion d’entreprises qu’il offre gratuitement aux personnes âgées entre 16 et 35 ans et qui habitent Montréal-Nord ».

Parmi ces ateliers, M. Muamba mentionne : la formation de 30 heures en démarrage d’entreprise, l’atelier de tenue de livres, l’atelier de fiscalité pour les travailleurs autonomes et l’atelier sur le réseautage stratégique en affaires. Il ajoute que d’autres activités de sensibilisation et d’accompagnement en entrepreneuriat sont organisées tout au long de l’année en collaboration avec des établissements scolaires et organismes du milieu.

La culture entrepreneuriale repose sur cinq valeurs : la créativité, le leadership, le sens des responsabilités, l’autonomie et la solidarité.

Le métier d’entrepreneur ne s’improvise pas et nécessite un apprentissage des règles.

En effet, selon M. Muamba, « comme la plupart des métiers, celui d’entrepreneur ne s’improvise pas non plus. Il faut  être  quelqu’un qui a une vision et de l’audace; qui a la passion pour ce qu’il fait et un sens de l’organisation; qui a un esprit d’initiative et le sens des responsabilités; qui a confiance en soi et s’adapte au changement et qui est tenace et capable de travailler sous pression ».

Concernant les démarches qu’une personne doit effectuer pour créer sa propre entreprise, M. Muamba insiste sur le fait qu’il faut répondre à  trois questions fondamentales :

« 1. Ai-je les qualités nécessaires pour travailler à mon compte ?

2. Y-a-t-il un marché pour mon idée d’affaires ?

3. Serai-je dans la légalité ? »

Selon lui, la réponse à la première question permet au futur entrepreneur de faire son auto-évaluation (en ce qui a trait aux aptitudes, comportements, connaissances et expériences) avant d’aller plus loin dans les démarches.

La deuxième question permet de valider son idée d’affaires et le marché actuel.  « Mon idée répondra-t-elle aux besoins de mes clients potentiels. Quel est le profil de ma clientèle visée ? Qui sont mes concurrents ? » poursuit-il. Cet exercice permet de bien formuler l’offre de produit ou de service et de se donner une mission.

La troisième question aide à comprendre toute la réglementation, les lois et permis à respecter avant de se lancer en affaires.

« Un des objectifs serait l’élaboration du plan d’affaires. Les informations que nous allons recueillir en tentant de répondre à ces questions nous permettront de rédiger le plan d’affaires pour notre entreprise. C’est-à dire créer notre entreprise déjà sur papier. Avec ce document, nous pouvons compléter l’avant-dernière étape, soit réunir le financement et les ressources pour démarrer notre entreprise. En ayant les informations et connaissances nécessaires, le plan d’affaires et les ressources (financières, matérielles et humaines) on peut alors démarrer notre entreprise ».

M. Muamba conseille aux personnes qui veulent démarrer une entreprise de «  se documenter, s’informer, se questionner, se positionner, bref, réunir toutes les informations possibles avant d’engager les fonds ou la recherche de financement.»

Le goût du risque et la ténacité doivent guider les démarches des personnes qui veulent se lancer en affaires : « Se décourager au premier refus de demande de fonds est une indication que vous n’êtes pas fait pour les affaires. Si on a un refus de financement c’est simplement parce qu’on n’a pas eu toutes les informations. Quand on est bien informé, on est bien outillé et on sait où on s’en va ! »

M. Muamba exhorte des créateurs d’emploi potentiels à utiliser les services disponibles dans certains organismes sociocommunautaires de leurs arrondissements. Il existe diverses ressources disponibles pour la création d’entreprise :

« Les conseillers en démarrage d’entreprise sont nombreux au Québec. Il y en a dans les CJE, les CLD, les CDEC et la BDC qui offrent gratuitement le service d’accompagnement et de soutien, poursuit-il ».

En ce qui concerne les incitatifs financiers, il existe des fonds disponibles pour encourager la création et la croissance des entreprises au Québec : des fonds pour les femmes entrepreneures, des fonds pour les jeunes promoteurs, des fonds pour le développement des entreprises  des communautés culturelles, des fonds pour les afro-entrepreneurs, des subventions pour les travailleurs autonomes, des bourses, etc.

On sait que pour juger une entreprise il faut qu’elle dépasse le cap des trois ans, voire plus, car trouver les marchés peut être long et fidéliser une clientèle ne se fait pas rapidement. L’encadrement est donc toujours nécessaire dans le processus de création d’entreprise (avant, pendant et après) afin de faire les bons choix menant à la réussite.

« Sachez d’autre part que se lancer en affaires est une chose mais rester en affaires, en est une autre. Selon les statistiques, ¼ [25%] des entrepreneurs seulement sont encore en affaires  5 ans après le lancement de leur entreprise. «Un homme averti, en vaut deux», conclut M. Muamba ».

À VENIR

Le Québec a accueilli 45 221 immigrants en 2007. Selon les derniers chiffres fournis par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, les sessions d’information sur les réalités socioéconomiques rejoignent en moyenne 3 500 immigrants par année.

 

Quant aux sessions sur les conduites culturelles, elles rejoignent 1 000 personnes immigrantes par année. Ces statistiques font froid dans le dos compte tenu du nombre d’immigrants reçus au Québec annuellement.

 

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé de publiciser ces sessions. Les nouveaux arrivants sont  en effet informés par Immigration Québec, dès leur arrivée à l’aéroport, du nom et de l’adresse du bureau d’Immigration le plus proche de leur résidence. Ils doivent s’y présenter par la suite afin de connaître la date, le lieu et le nom de l’organisme où les sessions devraient se dérouler. Cependant, la plupart d’entre eux, n’assistent pas, hélas, à ces sessions. Ce qui est vraiment dommage compte tenu de la pertinence de ces sessions.

Mais de quoi parle t-on réellement dans ces sessions ?

 

1) THÉMES ABORDÉS LORS DES SÉANCES D’INFORMATION

a)     Les réalités socioéconomiques

Une session sur les réalités socioéconomiques de quatre demi-journées est offerte gratuitement aux nouveaux arrivants par deux organismes à but non lucratif : la Fondation Ressources-Jeunesse et le Centre Génération emploi.

 

La première journée, le formateur aborde le sujet relatif à l’Environnement sociopolitique du Québec en mettant l’accent sur le contrat moral et la Charte québécoise des droits et libertés, la géographie, l’histoire et la culture du Québec, le système politique canadien et le système politique québécois, la primauté de la langue française au Québec, les valeurs et les fondements de la société québécoise et les besoins de main-d’œuvre.

 

Lors de la deuxième journée, le formateur revient sur l’Environnement sociopolitique du Québec en abordant des thématiques reliées à l’économie québécoise, les besoins en main d’œuvre, le système d’éducation et la formation continue, les lois sociales et la fiscalité.
La troisième journée, les réalités du marché du travail sont passées au peigne fin notamment toutes celles qui touchent la préparation à une recherche d’emploi, l’adaptation et la compréhension des moyens pour réussir cette recherche d’emploi, la connaissance de soi, le curriculum vitae, la lettre de présentation et le rôle des ressources d’aide en emploi.
Finalement, la dernière journée complète la session sur les réalités du marché du travail articulées avec la thématique des stratégies de recherche d’emploi, des communications téléphoniques, de la préparation à l’entrevue et des diverses sources d’emploi.

Comme nous le voyons, ces sessions permettent de comprendre le fonctionnement et les us et coutumes de la société québécoise mais aussi de cerner le contexte politique, social, juridique et institutionnel.Les nouveaux arrivants qui ont déjà assisté à ces séances d’information sur les réalités socioéconomiques du Québec devraient ensuite se renseigner davantage sur les façons de faire au Québec en participant à des ateliers sur les conduites culturelles en emploi. Cet approfondissement de la connaissance de la société d’accueil leur serait des plus utiles et les aiderait dans leur recherche.

b)    Conduites culturelles en emploi au Québec
Cette session de trois journées qui se donne à Immigration-Québec– Nord de Montréal cherche à conscientiser les néo-québécois sur l’importance de comprendre les enjeux culturels dans le milieu du travail québécois afin non seulement de les intégrer mais aussi de les maintenir en emploi.

Des mises en situation pratiques permettent aux personnes immigrantes de se faire déjà une idée des réalités du marché du travail en développant des habiletés et des connaissances pertinentes. Le Québec étant une société pragmatique, le nouvel arrivant se trouve, par ces exercices, imprégné des façons de faire de sa nouvelle société, en ce qui concerne la relation à autrui et la manière efficace et claire de communiquer avec ses collègues.

 

Dans cette session sur les conduites culturelles en emploi, le formateur aborde différents aspects reliés à la perception de la culture québécoise : « rapport à l’autorité, mode de gestion des conflits, importance de l’individu par rapport au groupe, importance accordée aux règles et aux manières de s’y conformer, distance physique entre les individus, rapport au temps, manière de communiquer, gestion à la québécoise caractérisée par l’autonomie, la participation, l’égalité et le consensus ».

 

Bref, cette session cerne les principales dimensions de la culture québécoise.

 

Cependant, différentes questions restent posées au sujet de  la programmation des sessions pour rejoindre le maximum de personnes immigrantes qui travaillent souvent  dans des centres d’appels avant de trouver un emploi dans leur domaine. On pourrait aussi envisager d’élaborer un partenariat avec les représentants du bureau des associations ethnoculturelles qui sont en contact permanent avec les membres de leurs communautés respectives comme nous l’avons suggéré dans notre article intitulé « L’utilité sociale des associations ethnoculturelles dans le domaine de l’action communautaire et la vie associative : le cas de l’Amicale des Ivoiriens du Canada ». Parce qu’elles sont proches de ces groupes de population et constituent aussi une force de mobilisation efficace, elles pourraient sensibiliser davantage les membres de leurs communautés à ces réalités.

 

Si certaines personnes immigrantes ne jugent pas pertinent d’assister à ces sessions pour plusieurs raisons (conseils malavisés de l’entourage, confusion de vitesse et précipitation), d’autres n’assistent pas à ces sessions pour des raisons liées à la survie comme nous le laisse entendre ce commentaire de Moustapha Sene, immigrant d’origine sénégalaise arrivé au Québec en septembre 2008 : « Si la personne se retrouve dans l’impossibilité de satisfaire certains besoins les plus fondamentaux (logement, nourriture, vêtements etc.) elle n’a pas le temps de suivre un encadrement, elle cherche plutôt du travail et n’importe lequel afin de recouvrer sa dignité humaine ».

Cette situation de survie peut effectivement pousser certains nouveaux arrivants à ne pas assister à ces sessions d’information. D’où la nécessité de programmer ces formations dans des horaires de fin de semaine ou des horaires de fin de soirée comme M. Sene nous le suggère «  Il faudrait en faire certaines le samedi ou le dimanche pour permettre à tous d’y participer ? Cela peut être une perspective à revoir » car poursuit-il « Ceci me paraît essentiel parce que ce sont surtout ces sessions d’information qui permettent aux nouveaux immigrants de connaître les opportunités qu’offrent les régions. Car au-delà de l’emploi il y’a l’environnement qui offre d’autres possibilités (temps de transport raccourci, davantage de possibilité d’obtenir une place pour les enfants dans les garderies, espace vital plus élargi). En plus de cela, il faut aussi mettre en exergue les possibilités de projets que les immigrants peuvent ficeler avec leurs pays d’origine et susceptibles d’être soutenus par la région d’accueil, tous ces facteurs pourront participer à mieux les attirer vers les régions ».

Malheureusement, il arrive trop souvent que celui qui n’a jamais assisté à ces sessions d’information conseillera hélas au nouvel arrivant, qui se trouve être son ami, son parent ou la personne qui loge chez lui, de ne pas assister à ces sessions puisqu’il les considère comme une perte de temps. Alors qu’au contraire, et c’est une bonne nouvelle à répandre, la majorité des participants à ces sessions, à l’instar de Ange Okpodji, ivoirien d’origine, les jugent très formatrices et même incontournables.

 

Fin de la première partie

Deuxiéme partie

2) UN MODELE DE RÉUSSITE

La recherche d’un emploi est un travail à temps plein. Et le récit de cette histoire à succès en est une preuve concrète: Une personne qui est déjà passée par ce stade conseille fortement aux nouveaux arrivants qui hésitent ou subissent une mauvaise influence d’assister à ces sessions.

 

Ange Okpodji, ce néo-québécois d’origine ivoirienne de 31 ans qui donne bénévolement de son temps dans le cadre du programme Mentorat Québec Pluriel, est arrivé au Québec en février 2007. Il a réussi à se trouver rapidement un emploi dans son domaine, en mai 2007, en qualité de dessinateur industriel chez Auvents multiples, une entreprise spécialisée dans la vente de solariums basée à Beloeil. Il a gravi très facilement les échelons au sein de cette même compagnie. Il est présentement responsable technique au département design et conception, depuis septembre 2007. Il a très vite compris l’importance des sessions d’information sur les réalités socio-économiques du Québec:

« Je n’ai pas voulu brûler les étapes. J’ai fait le parcours complet du processus d’intégration. J’ai assisté à des séances d’information sur les réalités socioéconomiques et des ateliers de recherche d’emploi » me confiait-il lors d’une rencontre de formation de mentors.

 

Celui qui n’a pas voulu confondre vitesse et précipitation ajoute en substance:

« Ces sessions sont très importantes, elles nous permettent d’adapter notre compétence et nos connaissances au mode de fonctionnement de la société québécoise. Cela permet de choisir le domaine d’emploi et de bâtir un plan de carrière adéquat pour la nouvelle société à laquelle nous allons appartenir ».

Les sessions d’information ont facilité son intégration socioprofessionnelle au Québec en lui permettant de connaître la société québécoise et sa culture organisationnelle : « Ces sessions m’ont permis d’avoir plus confiance en moi, de comprendre la société et d’avoir mes premiers contacts et amis afin de m’intégrer plus facilement. Savoir comment le Québec est organisé culturellement permet d’éviter des malentendus et de se faire une place au Québec ». Pour cette raison, il conseille fortement aux personnes immigrantes qui hésitent à y participer de les suivre dans leur propre intérêt :

« Les sessions quand elles sont suivies dés le départ font gagner beaucoup du temps, car elles permettent d’aller à l’essentiel et de trouver rapidement du travail. Nous rencontrons beaucoup d’autres immigrants qui sans le savoir partagent leur expérience et souvent donnent des informations capitales qui nous permettent de réviser notre plan de carrière. Un plan de carrière n’est jamais définitif, poursuit-il ».

Les sessions d’information constituent un outil de réseautage pour les nouveaux arrivants. Le groupe qui partage la même expérience dans les premières démarches d’installation développe l’esprit d’entraide et de partage d’informations fiables. Il arrive que dans le groupe certaines personnes parviennent plus rapidement à se trouver un emploi et pourront par la suite référer d’autres membres du même groupe. Selon monsieur Okpodji « La seule façon d’avoir la bonne information, c’est de se rendre aux sessions qui regroupent des personnes de différents horizons. Cette formule gagnante et la motivation des autres immigrants peuvent changer notre vie. Les sessions permettent également de découvrir nos compétences et nos points forts utiles pour la société et de corriger nos points faibles ».

Au sujet de l’intégration des immigrants, il ajoute qu’« : Il faut être très humble et faire toutes les sessions au moins jusqu’à l’obtention d’un travail. La bonne information est capitale pour nous guider dans nos premiers mois au Québec. Et c’est en s’entourant d’amis avec des idées positives et optimistes que nous pouvons trouver cette information. Le fait de venir d’un pays francophone ne veut pas dire que nous avons la même culture. Et il ne faut pas attendre trois ans avant d’aller suivre ces sessions, conclut-il ».

Dans un contexte de crise économique, il demeure urgent pour les personnes immigrantes de mettre tous les atouts de leur côté pour décrocher le ticket de l’emploi. Cela passe inévitablement par une bonne connaissance des règles, mécanismes, valeurs et codes de la société québécoise. Les séances d’information sur les réalités socioéconomiques du Québec et les conduites culturelles en emploi ne sont pas une perte de temps bien au contraire. Elles permettent de comprendre davantage le fonctionnement du marché du travail québécois afin de pouvoir l’intégrer dans les meilleures conditions et y rester aussi longtemps que possible.

 

Bien malin celui qui pourrait se vanter d’analyser de manière exhaustive la pertinence des associations ethnoculturelles ou monoethniques compte tenu de la complexité de leur rôle. Pour cette raison, notre objectif dans cet article s’efforcera plutôt de montrer l’utilité d’une association ethnoculturelle africaine, non pas dans le cadre politique mais à travers les services de proximité qu’elle offre à ses membres et son ouverture à la société d’accueil.

L’Amicale des Ivoiriens du Canada (AICA), qui a son siège social au Québec, est une association à but non lucratif qui a été créée en décembre 2007. Elle est née de l’initiative de certains pionniers qui, s’étant rendu compte des difficultés d’intégration socioéconomique rencontrées par leurs compatriotes ivoiriens, se sont retrouvés autour des valeurs de solidarité et d’entraide. Comme nous le souligne, M. Frédéric Kouakou, commissaire permanent chargé du réseautage et de l’employabilité de l’Amicale : « L’idée de créer une amicale est venue du fait que nous avons compris qu’il y avait un manque d’organisation et d’encadrement des personnes qui venaient d’arriver sur le sol québécois. La nouvelle génération ivoirienne, poursuit-il, n’a pas voulu vivre les mêmes problèmes que les générations précédentes. Il y avait également un problème d’encadrement par les structures officielles gouvernementales et nous avons voulu donner plus d’information aux compatriotes avant leur arrivée au Québec ».

Les représentants du bureau et les membres de l’Amicale accompagnent le néo québécois d’origine ivoirienne dans le processus de recherche de logement avant même son arrivée en lui réservant un appartement et en se portant garant pour le paiement du loyer des premiers mois. Ils ont établi des contacts à Abidjan, la capitale ivoirienne, pour mieux assurer le suivi de leurs membres. Les technologies de l’information facilitent le travail de ces associations. De plus en plus, les personnes qui désirent immigrer contactent les associations depuis leur pays d’origine afin de faciliter les démarches d’intégration. C’est pour cette raison que les organismes communautaires multiethniques*, qui ont développé une solide expertise dans le domaine de l’intégration des immigrants, ont beaucoup à gagner en se rapprochant de ces associations afin qu’elles deviennent des agents multiplicateurs de bonne information dans tous les sens du terme.

L’association qui compte une cinquantaine de membres de diverses qualifications universitaires et collégiales et de formations tout aussi diverses, se donne comme objectif de mener des actions visant à faciliter une meilleure intégration de ses ressortissants.

* Le Centre social d’aide aux immigrants, Le Carrefour BLE, AMPE-CITI-Clef pour l’Intégration au Travail des Immigrants, La Maisonnée, Promotion-Intégration-Société nouvelle, Le Cari Saint-Laurent, Accueil Liaison pour arrivants, Le centre d’appui aux communautés immigrantes etc.

1) L’intégration socioéconomique des membres

La capacité d’innovation des structures associatives se manifeste à travers les nouveaux besoins des immigrants par son orientation particulière dans les premières démarches d’installation. Selon monsieur Kouakou, il faut comprendre l’action de l’Amicale dans le sens de « combler un vide et apporter une orientation à tout nouvel arrivant d’origine ivoirienne ».
Et effectivement, devant l’absence d’une réponse appropriée aux problèmes qu’ils rencontrent, les ressortissants ivoiriens essaient d’inventer des solutions alternatives à leurs préoccupations quotidiennes.
C’est ainsi que cette association à but non lucratif développe des services de première ligne afin de prendre en charge certains de leurs besoins (accueil à l’aéroport, aide au premier logement, premier contact, accompagnement, carte assurance-maladie, carte assurance sociale, référence pour les logements, avance d’argent, conseils, référence, orientation).

Les nouveaux arrivants se sentent, dans un premier temps, plus proches des associations qui essaient de perpétuer la chaîne de solidarité. Dans les sociétés africaines, le groupe est plus important que l’individu. Ce qui est aux antipodes de la société d’accueil qui valorise au contraire l’individu plus que le groupe. Quand on parle de risque de ghettoïsation de ces associations, on pense le plus souvent aux valeurs qui sont mises de l’avant dans certaines sociétés et qui ne pourraient pas concorder avec les valeurs de la société d’accueil. Mais, ce qu’il faut comprendre aussi de la volonté de regroupement de ces associations monoethniques, c’est l’aspect entraide qui confère un statut social important à ces acteurs. Dans l’imaginaire populaire africain, l’entraide constitue le ciment de la société même, d’une importance croissante en raison de la tendance actuelle à l’individualisme suscité par la crise économique, à la mondialisation de certaines valeurs européennes et à bien d’autres facteurs.

Sous un autre angle, au fur et à mesure que l’individu sort de son entourage immédiat pour être en contact avec les autres membres de la société, il se développe une « socialisation nationale ». En clair, la société d’accueil intègre l’individu. Du coup, certaines personnes qui acquièrent ainsi des normes et des valeurs de leur nouvelle société s’affranchissent des cordons ombilicaux et jugent moins nécessaire leur appartenance aux associations de leur propre communauté.

Cependant, il faut bien noter que c’est un réel esprit de solidarité qui anime l’action associative et rassemble les acteurs du milieu associatif. Les représentants de ces associations ethnoculturelles s’estiment concernés par des problèmes d’exclusion sociale et du chômage et agissent en s’inscrivant dans des réseaux d’accompagnement.

2) Qui fait quoi ?

La part du bénévolat est très importante dans le domaine de la vie associative. L’implication des bénévoles qui font fonctionner les structures associatives dynamise le tissu associatif.

Ces associations fonctionnent grâce à la bonne volonté de leurs membres actifs et comptent énormément sur la cotisation de ceux-ci alors que les organismes communautaires multiethniques bénéficient des subventions des différents paliers gouvernementaux (municipal, provincial, fédéral).

Ces associations monoethniques ciblent un groupe d’individus homogène tandis que les organismes communautaires ciblent un groupe d’individus hétérogènes (de différentes nationalités) pour l’offre de services.

Ces organismes associatifs, qui sont censés défendre les intérêts de leurs membres, ont tendance parfois à s’aventurer sur le terrain de l’accompagnement professionnel des chercheurs d’emploi. Le risque de ne pas offrir des services appropriés, malgré la bonne volonté qui les anime, est très grand dans la mesure où les personnes qui donnent un soutien technique ne sont pas formées sur le plan professionnel. Ce rôle devrait être dévolu et réservé aux organismes multiethniques qui ont développé une solide expérience dans le domaine de l’intégration au marché du travail.

À la lumière de ce qui précède, nous voyons que les structures d’accompagnement des personnes immigrantes ont des méthodologies différentes quant à l’approche, aux méthodes et aux techniques à développer pour intégrer les néo-québécois.
Chaque structure a des compétences spécifiques liées à son domaine d’intervention. Toutefois le partenariat à développer s’impose pour rendre plus efficace leurs actions respectives.

Ces associations doivent jouer un rôle de solidarité et d’aiguillage vers les structures d’intégration des immigrants, toutes origines confondues.

La particularité de l’Amicale des Ivoiriens du Canada est d’avoir œuvré en étroite collaboration avec les organismes ayant développé une solide expérience dans le domaine de l’intégration par l’emploi.

Fin de la première partie

Deuxiéme partie

3) L’AICA : un symbole fort de la démarche partenariale

Les associations ethnoculturelles africaines ou monoethniques essaient de se structurer de plus en plus pour répondre aux besoins de leurs membres surtout en ce qui touche le volet intégration économique par le biais de l’emploi, de la régionalisation et du mentorat.

Cette association à but non lucratif noue des relations concrètes avec certains acteurs du monde de l’intégration comme l’atteste le commissaire permanent chargé du réseautage et de l’employabilité de l’Amicale, monsieur Kouakou, dont le mandat comprend la régionalisation qui me confiait que : « L’Amicale devait organiser  prochainement, en collaboration avec PROMIS, une sortie dans les Basses- Laurentides en vue de réseauter avec les employeurs de la région ». C’est un exemple parmi d’autres, car cette organisation noue également des contacts avec le Centre Génération Emploi pour les ateliers de recherche d’emploi et  le Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé pour le programme Québec Pluriel Mentorat.

Cette association qui a bien compris qu’une ethnicité n’existe pas en soi et qu’elle n’a de sens que dans les rapports aux autres et ne se situe donc pas en marge de la société. Elle se positionne, certes dans le domaine de l’intégration mais essaie de travailler en étroite collaboration avec les associations multiethniques. Le rapprochement interculturel fait partie de son mandat. En clair, elle ne se replie pas sur elle-même, ne s’inscrit pas dans le communautarisme, et M. Kouakou nous précise que : « Dans le préambule de ses statuts et du règlement intérieur, l’Amicale mentionne expressément la collaboration  avec la société d’accueil. Des Québécois d’origine font d’ailleurs partie de cette Amicale dont un autre signe d’ouverture se manifeste par le rapprochement avec l’Association des Camerounais du Canada ».

 

Ces associations peuvent aider les organismes communautaires multiethniques à aller chercher des immigrants qui n’assistent malheureusement pas aux séances d’information  sur les réalités socioéconomiques et les conduites culturelles en emploi alors que ce sont là des outils extrêmement importants pour faciliter leur intégration. Ne devrait-on pas trouver une alternative qui va les inciter à assister à ce genre de séances d’information puisqu’il y va de leur intérêt et que c’est par ailleurs un devoir moral de la société de transmettre le vécu d’un peuple. La question est lancée. Nous y reviendrons dans un prochain article intitulé : « L’importance des séances d’information sur les réalités socioéconomiques du Québec et les conduites culturelles en emploi ».

 

Il importe de souligner la nécessité de travailler en étroite collaboration avec les associations monoethniques. Parce qu’elles sont proches des groupes de population qui se dirigent naturellement vers elles, elles pourraient être une courroie de transmission efficace en ce qui concerne la sensibilisation aux activités socioculturelles génératrices de cohésion sociale.

 

Quant aux organismes multiethniques qui œuvrent à l’intégration des personnes immigrantes, il serait dans leur intérêt d’élargir leur bassin de recrutement des personnes immigrantes. Ils doivent absolument sortir du mode de recrutement traditionnel des personnes immigrantes. Ils ne peuvent plus se contenter uniquement de la référence du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. Ils doivent « réseauter » davantage avec les représentants de ces associations qui constituent un levier de recrutement important et particulièrement utile pour pallier la baisse de référence de la clientèle immigrante observée à certains moments de l’année.

 

Sans prétendre ni dédouaner, ni stigmatiser certaines communautés culturelles, il faut aussi garder à l’esprit que certaines d’entre elles ont conservé un sentiment de peur et de méfiance vis-à-vis des institutions publiques : ce n’est pas seulement que certaines institutions québécoises soient loin d’être toujours irréprochables, mais c’est aussi parce que ces communautés ont toujours entretenu des relations de méfiance, hélas souvent justifiées, à l’égard des institutions de leur pays d’origine. Et c’est pour cette raison qu’elles préfèrent toujours collaborer plus avec les organismes communautaires à but non lucratif qu’avec toutes les institutions étatiques.

 

C’est ce qui nous a amené à analyser la nouvelle structuration des associations monoculturelles comme jouant un rôle complémentaire nécessaire, même si elles  marchent parfois dans les plates-bandes des organismes multiethniques.

 

En définitive, les associations multiethniques doivent travailler de concert avec les représentants qui sont des interlocuteurs fiables car ils constituent une courroie de transmission qui aidera à conscientiser davantage les membres de leur communauté quant à l’importance des sessions de réalités socioéconomiques et des ateliers de recherche d’emploi. Ces représentants deviendront ainsi  eux-mêmes des agents multiplicateurs d’information fiable.

 

4) Mobilisation des réseaux communautaires

Nous voyons mieux maintenant que ces structures organisationnelles communautaires sont plus complémentaires qu’opposées.

On notera bien l’intérêt qu’il y a à collaborer dans un esprit positif avec les différents partenaires même s’ils ont des modes de fonctionnement différents.

 

Ces structures partagent la même volonté  de bien intégrer, et dans l’harmonie, les personnes immigrantes dans la société d’accueil. Et même s’il existe parfois des chevauchements dans les actions et certaines difficultés à établir des partenariats entre des acteurs qui ont des conceptions différentes de ce qu’est une intégration réussie, nous pouvons surtout souligner les efforts et la bonne volonté des différents acteurs de travailler ensemble.

 

Cette forme d’intervention propre à ces associations ethnoculturelles constitue certainement une nouvelle réalité qu’il faudra désormais prendre en compte dans l‘intégration des personnes nouvellement arrivées au Québec.

 

À notre humble avis, le réseautage devrait créer une passerelle, un pont entre les deux types d’organismes de manière à produire des actions concertées et efficaces.

 

Les associations ethnoculturelles constituent une force de mobilisation efficace. À ce titre, elles doivent être des partenaires privilégiés qui rendront plus efficaces l’intégration et la prise en compte de nouveaux besoins. Les organismes communautaires traditionnels ont besoin de ces associations pour augmenter la fréquentation des indispensables sessions d’information sur les réalités socioéconomiques et accroître le nombre de leurs participants pour la plus large réussite du projet d’intégration dans la société québécoise.

 

 

Publié par : Doudou Sow | 18 février 2009

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