Publié par : Doudou Sow | 1 mars 2017

Coresponsabilisation de l’intégration : le temps de l’action

10352790_810202185657953_7479955059808026813_nLe ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) a lancé, le 20 février dernier, la deuxième phase de la campagne de sensibilisation « Ensemble, nous sommes le Québec ». La question de l’intégration revenant de plus en plus souvent dans l’actualité, il serait intéressant de jeter un regard constructif sur une pleine participation des Québécois, toutes origines confondues, à l’essor du Québec.

Les immigrants n’ont pas à porter tout seuls le fardeau de l’intégration. Cette vérité défendue en commission parlementaire en 2011 par l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française (CSF), Conrad Ouellon, doit amener une nouvelle prise de conscience de la société d’accueil sur les efforts partagés de la question du lien social.

Différents plans d’action ont été mis en place par le gouvernement libéral : Plan d’action (2004-2007) Des valeurs partagées, des intérêts communs, Plan stratégique (2008-2012 : points saillants sur la mission, la vision, les orientations, les objectifs du ministère de l’Immigration et les priorités du gouvernement), Plan d’action gouvernemental (2008-2013) La diversité: une valeur ajoutée, Plan stratégique (2012-2016). Tous ces plans d’action qui visaient une meilleure intégration des immigrants n’ont pas empêché l’existence de barrières institutionnelles sur le terrain. En d’autres termes, les outils mis en place par le gouvernement pour faciliter l’intégration des immigrants semblent ne pas freiner le chômage élevé de cette catégorie de la population.

La nouvelle politique de déclaration d’intérêt – adoption du projet de loi 77 sur la réforme de l’immigration par l’Assemblée nationale en avril 2016- basée sur un arrimage entre les profils des personnes sélectionnées et les besoins réels et actuels des employeurs peut constituer une solution pour diminuer le chômage des personnes immigrantes. Mais, elle est loin d’être une panacée compte tenu de l’arbitrage délicat des critères de sélection et des causes structurelles de l’échec des politiques d’intégration.

Taux de chômage alarmant des minorités visibles ou racisées[1], un problème plus que conjoncturel

Les difficultés des minorités visibles à accéder au marché du travail ne datent pas uniquement de la crise économique. Elles étaient plus touchées par le chômage même quand l’économie québécoise se portait très bien. En guise de rappel, en octobre 2007, où le taux de chômage (6,9 %) était à son plus bas depuis 33 ans, celui des personnes immigrantes racisées était trois fois plus élevé que la moyenne québécoise. Ce qui prouve que les difficultés d’intégration des personnes immigrantes ne sont pas seulement liées à une cause conjoncturelle mais plus à une cause systémique et des aspects multifactoriels[2].

Le revenu et le taux de chômage des immigrants, les emplois atypiques, la racialisation de la pauvreté nous renseignent très clairement sur les difficultés d’intégration de cette catégorie de personnes. Les personnes issues de l’immigration de deuxième et troisième génération éprouvent également des difficultés à trouver leur réelle place dans leur société.

La pleine participation de tous les Québécois d’origine, comme des nouveaux immigrants, constitue un paramètre dans l’intégration sociétale des individus qui composent la société. Même si le Québec est une société tolérante, il y a des entreprises, des individus ou des institutions qui adoptent des pratiques discriminatoires pour plusieurs raisons (comportements humains dus à l’ignorance, à la peur ou au maintien de pouvoirs, etc.). Quand on regarde très bien les indicateurs de qualité d’emploi, on constate la situation précaire des minorités racisées en termes d’écart salarial, de maintien ou de stabilité d’emploi, des emplois atypiques (emplois à courte durée et à temps partiel), de la déqualification (aucun lien entre l’emploi occupé et la formation ou le programme d’études).

On parle également de l’origine du diplôme des personnes immigrantes pour expliquer une des causes de leur échec d’insertion professionnelle, mais le contre-exemple est celui des enfants de deuxième génération qui peuvent être confrontés à des difficultés d’intégration. Pourtant ce sont des enfants de familles immigrantes, nés au Québec ou arrivés à un très jeune âge, qui ont un accent pure laine québécois.

Des actions concrètes pour une meilleure intégration socioprofessionnelle

L’adaptation de programmes spécifiques à la clientèle immigrante (stages, mentorat, etc.), l’accompagnement soutenu auprès des petites et moyennes entreprises (PME), la recension de bonnes pratiques, la reconnaissance des acquis, des diplômes et des compétences, la connaissance des codes culturels par les immigrants et l’implication de tous les partenaires donneront certainement de meilleurs résultats au vaste chantier de l’intégration socioprofessionnelle des nouveaux arrivants.

La question n’est pas seulement celle du volume d’immigration, mais elle l’est beaucoup celle de la répartition équitable des immigrants dans l’ensemble du territoire québécois, du financement adéquat des organismes communautaires proportionnellement au nombre d’immigrants, de la compréhension des immigrants des valeurs de la société québécoise, de  la francisation efficace des immigrants et de l’ouverture des ordres professionnels et des employeurs.

La création d’espaces de dialogues interculturels, surtout dans un contexte d’attaques terroristes sur le sol québécois ou de débat sur l’extrémisme violent (des groupes d’extrême droite, islamophobes ou islamistes radicaux), pourrait éviter les fractures identitaires. Il faut sensibiliser la population d’accueil à la diversité culturelle tout en sensibilisant les personnes immigrantes aux valeurs de la société d’accueil. Les personnes immigrantes doivent également apprendre à mieux séduire, convaincre et rassurer les employeurs montréalais.

Les employés doivent être le reflet de la population québécoise. La représentativité dans toutes les sphères de la société des Québécois issus de la diversité permet de prendre des décisions qui reflètent les préoccupations de l’ensemble de la population. Selon nous, la diversité devrait être également plurielle en termes d’information, d’intégration des immigrants sur  les plateaux de télévision, de radio, de presse écrite, bref de diversification des sources d’information. La population locale ne doit pas juste se faire une idée des immigrants à partir de cas d’immigrants surmédiatisés de manière négative. L’apport de l’immigration est plus vaste. Une très grande implication de la société d’accueil traduirait concrètement une approche bidirectionnelle de l’intégration des personnes issues de la diversité ethnoculturelle.

Les difficultés liées à l’insertion au marché du travail québécois des travailleurs qualifiés immigrants devraient connaître une solution définitive. La problématique soulevée sur la sous-représentation des citoyens issus de l’immigration (variété culturelle, information ou secteur des médias, fonction publique ou administrations publiques, entreprises privées, etc.) devrait donc entrainer un débat de société dans une perspective pédagogique et de matérialisation d’un projet de société inclusif. Il faut dans ce sens agir pour une meilleure application des lois afin de contrer la discrimination systémique[3] et rappeler à tous les protagonistes leurs obligations à l’égard des mesures.

L’intégration des immigrants est une responsabilité partagée entre plusieurs acteurs (gouvernement, personne immigrante, ordres professionnels, employeurs, institutions d’enseignement, syndicats, municipalités, médias et organismes communautaires).

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux essais : « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » et « Intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante. » Il est lauréat du Mois de l’histoire des Noirs, édition 2017.

Blogue de Doudou Sow (Intégration professionnelle)

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[1] Selon la définition de la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics, les membres des minorités visibles sont des personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race ou de couleur blanche. À titre indicatif, on parle des Noirs africains, Haïtiens, Jamaïquains, Latino-américains, Maghrébins, Sud-asiatiques, etc. L’utilisation du terme minorités visibles ou racisées ne fait pas consensus.

[2] Voir à ce sujet Schéma Aspects multifactoriels de l’intégration des personnes immigrantes-Échecs de l’intégration tiré de mon livre Intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante

[3] Un ensemble d’obstacles structurels interreliés qui nécessite un changement du système, comme la problématique des médecins étrangers, et, de manière générale, la question de la non-reconnaissance des acquis et des compétences des personnes immigrantes.


Responses

  1. Boumhaout omar.canada ma révè
    Boumhaout12@gmail.com


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