Publié par : Doudou Sow | 18 mars 2016

Absence de modèles valorisants au petit écran québécois et sentiment d’appartenance des jeunes racisés

Doudou Sow (1)La mise en valeur des modèles valorisants issus de la diversité ethnoculturelle dans tous les secteurs d’activité : une nécessité pour renforcer le sentiment d’appartenance des jeunes racisés

«Dans nos fictions, de manière générale, les Arabes sont des intégristes, les Noirs, des vendeurs de drogue et les Italiens, tous liés d’une manière ou d’une autre au crime organisé. » (Marc Cassivi, La couleur de la télé, La Presse +,  Édition du 3 février 2014,
section ARTS, écran 3).

Le questionnement du modèle du vivre-ensemble harmonieux a refait surface dernièrement dans l’affaire des « Blackface »[1] et des « moustiques »[2]. Étant donné que la poussière est retombée, nous avons décidé d’en faire une analyse factuelle et pédagogique sur un débat qui est loin d’être terminé tant il est cyclique et pose un véritable enjeu sociétal au Québec.

Le Québec a souvent l’habitude de débattre sur des sujets récurrents pertinents. Mais souvent une information chassant une autre, on remet aux calendes grecques une thématique le temps d’y revenir lors d’une prochaine controverse. Compte tenu d’une immigration massive et de la présence accrue des personnes des minorités visibles à Montréal (20,3% de la population totale dans la région métropolitaine de Montréal selon l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011), le débat de société constructif sur la représentativité multiethnique dans toutes les sphères d’activité (variété culturelle, information ou secteur des médias, fonction publique ou administrations publiques, entreprises privées, etc.) permettrait d’éviter une éventuelle fracture sociale.

Il y a lieu de se questionner sur la représentation des minorités visibles ou racisées à l’écran. L’industrie culturelle comme tous les autres secteurs d’activité ne peut échapper au diagnostic de faible représentation des Québécois issus de la diversité.

Le recensement de Statistique Canada de 2011 indique que, dans la province québécoise, les Noirs représentent 28,7 % d’entre eux, suivis des Arabes 19,6 % et des Latino-Américains 13,7 %. 11 % des Québécois font partie des minorités visibles. La faible représentation des Noirs et des minorités racisées, de manière générale, au petit écran québécois dans des rôles positifs et la question de la diversité devant et derrière la caméra n’offrent pas aux jeunes de deuxième génération et aux immigrants une télé qui leur ressemble pour les inciter à s’intéresser davantage sur leur société d’origine ou d’adoption.

La représentativité dans toutes les sphères de la société des Québécois issus de la diversité permet de prendre des décisions qui reflètent les préoccupations de l’ensemble de la population. L’absence de modèles positifs dans les minorités racisées et ou communautés noires peut être amplifiée par le contenu de la programmation aussi  bien dans les médias que le secteur culturel. Les jeunes en ont assez de voir à la télé des rôles de gangstérisme ou des rôles dégradants. Il faudra plus voir à la télé, entendre des personnes et lire des journalistes issus de la diversité ethnoculturelle québécoise.

Il est vrai que les médias vont traiter tous les problèmes de société qui peuvent heurter certaines sensibilités de la société d’accueil (gangs de rue par exemple). Mais une information juste et équitable voudrait également souligner les bons coups. Donc, il faut certes dénoncer des problèmes de gangstérisme et autres, mais en même temps, souligner l’apport extraordinaire des communautés culturelles.

Le manque de sentiment d’appartenance des jeunes issus de l’immigration ou de la diversité ethnoculturelle et les difficultés vécues par certains parents immigrants constitue un phénomène largement documenté. Pour cette raison, il serait inutile de l’ignorer ou de faire la politique de l’autruche en plaidant la thèse d’un sujet qui fera les manchettes le temps d’une journée. La question est plus problématique qu’elle n’en a l’air et demande une conscientisation de la société dans une perspective d’égalité réelle de tous les citoyens et citoyennes, peu importe leur origine.

L’impression des Noirs « faire toujours plus pour en avoir moins » (documentaire : La tête de l’emploi, pour en finir avec le racisme[3]) agace, certes, mais en même temps renforce leur motivation. Ils ont à cœur de réussir pour prouver leur dignité et démontrer leurs compétences. La discrimination, le profilage racial et la justice expéditive renforceraient le repli identitaire de certaines communautés immigrantes.

Il est important de parler des personnes de minorités visibles de la deuxième génération (27, 6% selon l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011) qui peuvent vivre une problématique d’intégration doublement difficile, dans la mesure où elle est née ici et ne connaît pas les racines des parents d’origine. Une génération hybride qui ne se reconnaît nulle part.

Le rapport du groupe de travail sur la pleine participation à la société québécoise des communautés noires avait déjà soulevé un problème de fond : l’absence de modèles positifs au sein des communautés racisées

La question des modèles était le sujet qui revenait sans cesse lorsque l’ancienne députée libérale Yolande James faisait sa tournée de consultation sur la pleine participation des communautés noires.

Le rapport du groupe de travail sur la pleine participation à la société québécoise des communautés noires avait sonné l’alarme quant à la marginalisation de certaines communautés. Ce groupe de travail, présidé par madame Yolande James, alors députée de Nelligan, avait consulté la population pour la pleine participation de tous et toutes à l’essor du Québec, consultation sur la pleine participation des communautés noires (275 groupes et individus). Il a soumis son rapport en avril 2006 à madame Thériault, ancienne ministre de l’Immigration, et proposé comme première recommandation une politique de lutte contre le racisme et la discrimination. Yolande James disait alors ceci : « Le Groupe de travail a été particulièrement sensible aux témoignages de la nouvelle génération des jeunes Noirs nés ici, qui éprouvent toujours des problèmes d’exclusion à cause de préjugés et d’attitudes discriminatoires[4] ». Celle qui est devenue ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles avait ajouté : « Si l’ouverture de la majorité des Québécois à la diversité a été soulignée par plusieurs participants, le racisme, la discrimination raciale et le profilage racial ont été mentionnés dans la majorité des séances [de consultation à Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke et Gatineau][5] ». Il faut noter à ce sujet qu’un document de consultation sur la pleine participation à la société québécoise des communautés noires « a été rendu public en septembre 2005 », [avec une] inscription aux séances de 275 citoyens et organismes, 37 mémoires ».

À la suite de la commission parlementaire vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, et du rapport du groupe de travail sur la pleine participation à la société québécoise des communautés noires, le gouvernement libéral provincial a mis en place le plan d’action La diversité : une valeur ajoutée, (2008) pour promouvoir la pleine participation de toutes et de tous à la société québécoise. Même si les résultats de ce plan d’action ne sont pas encore au rendez-vous, il faut à notre avis encourager les actions visant à résoudre ce problème peu importe le parti politique en place.

Dans le document Pour enrichir le Québec, Intégrer mieux : une réponse spécifique aux besoins des Québécois originaires du Maghreb, il a été également fait mention que :

« Les employeurs, tant publics que privés, doivent se doter d’un système d’embauche exempt de discrimination et offrir un milieu de travail respectueux de la diversité. Le gouvernement du Québec, pour sa part, doit mettre en place des conditions qui favorisent l’ouverture à la diversité et permettent la pleine participation des personnes immigrantes, notamment à la vie économique[6]. »

L’un des mérites de L’étude Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées: résultats d’un «testing» mené dans le Grand Montréal, étude plus connue sous le nom de « Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré »; du professeur de sociologie à l’UQAM, Paul Eid, reste la mise en exergue des difficultés de la deuxième génération sur la question du salaire en dépit du fait que ces jeunes Québécois aient fait les mêmes études que les natifs : les jeunes issus de l’immigration sont également victimes de ces tragiques situations, ce qui dénote une précarisation de leur situation.

Les personnes de minorités racisées se plaignent à juste titre d’être très souvent représentées par des stéréotypes et ou clichés. Si l’influence des médias sur la mémoire collective n’est pas à négliger, il n’en demeure pas moins que les acteurs doivent éviter de les blâmer à tout bout de champ. Ceux et celles qui sont des partisans de la diversité culturelle dans un Québec moderne ont tout à gagner à faire des médias des alliés. Plusieurs journalistes du milieu culturel, économique et politique se sont fait  distinguer dans une mission d’éducation citoyenne. Prenons l’exemple de certains d’entre eux et elles qui permettent de faire la part des choses sur des enjeux de société.

L’affaire Blackface et « moustique » 

Le chroniqueur aux pages culturelles et critique de cinéma au quotidien La Presse, Marc Cassivi, à travers son article Le «blackface» et l’indifférence nous donne une leçon historique du principe de l’utilisation du Blackface.  Donc toute personne qui utilise ce moyen de communication en 2016 doit savoir que la connotation est raciste, blessante et vexante pour les Noirs à qui ce symbole ou cette pratique rappelle les moqueries infligées à une catégorie de la population : «Historiquement, le blackface a été utilisé au théâtre aux XIXe et XXe siècles, aux États-Unis et en Grande-Bretagne principalement, mais aussi au Canada, dans des spectacles de vaudeville afin de railler et ridiculiser les Noirs. Des comédiens blancs se maquillaient le visage en noir et adoptaient les archétypes racistes de l’époque.

Cette pratique méprisable a été abandonnée dans les années 60, avec l’affirmation du mouvement des droits civiques afro-américains. Aujourd’hui, à tort ou à raison, on considère généralement comme du blackface le fait pour toute personne blanche de se maquiller le visage en noir, peu importe l’intention et le contexte (l’Halloween, un événement sportif, etc.).»

Ce n’est pas pour rien qu’une lettre ouverte intitulée « Blackface : il est temps d’en finir », signée par l’organisme Diversité artistique Montréal (DAM) et plusieurs artistes d’horizons divers, et une pétition ait circulé pour demander à bannir cette pratique. Et dans cette même lettre ouverte, on peut y lire que cette pratique est une réalité historique québécoise :

« Il faut comprendre que le blackface contribue historiquement à la déshumanisation de la population noire, que nous le voulions ou non. Et contrairement à ce que certains chroniqueurs ont affirmé, cette pratique n’est aucunement propre à l’histoire américaine. Ici même à Montréal, les minstrel shows et leurs blackface attiraient les foules (lire ici). Le blackface fait partie de l’histoire québécoise et doit être confronté comme tel. »

Il faut entendre le cri de cœur des Québécois issus des communautés culturelles qui demandent juste à prendre leur place et à contribuer à leur juste valeur au développement et rayonnement de la société québécoise au plan local, pancanadien et international.

Il ne faut pas traiter les représentants des organismes culturels qui font de la diversité artistique leur crédo de « malades et mesquins» (Blackface au Rideau vert : Filiatrault «humiliée et outrée ») parce qu’ils ont osé mettre le doigt sur les vraies affaires. Stigmatiser davantage une communauté ou des représentants crédibles n’aide pas à une pacification du débat et à notre volonté de vie commune.

Des personnes racisées, loin de se  victimiser, demandent à ce que l’on comprenne la réalité de leurs souffrances lorsqu’on aborde certains problèmes qui rappellent des symboles esclavagistes. Ce n’est pas demander l’impossible que de respecter les individus dans leur dignité humaine. Les solutions sont connues de tous mais tardent à être appliquées. La patience a ses limites d’autant plus que la question de la représentation des acteurs et actrices issus de minorités visibles est débattue depuis plusieurs années et a fait l’objet de nombreuses tables rondes.

Les Noirs et toutes les personnes éprises de justice sociale qui dénoncent le manque flagrant de diversité dans les instances décisionnelles et les secteurs culturels ne sont pas des « moustiques ». Ils demandent juste à être respectés et à être des citoyens à part entière et non entièrement à part.

Un producteur québécois, Louis Morissette, a qualifié de moustiques toutes les personnes qui dénonçaient le manque de représentativité des minorités racisées dans les médias. Le producteur se sentait obligé d‘engager un Noir alors que la plupart des cinéastes ne se gênent pas pour faire jouer à des Noirs le rôle de gangster. Se présenter par la suite comme «une victime de la rectitude politique» alors que l’on touche même le cœur des gens est à la limite vexante.

Le texte collectif « Nous ne sommes pas des moustiques» paru dans le journal indépendant Le Devoir démontre toute la pertinence d’un combat de société pour une réelle reconnaissance de l’égalité pour tous les citoyens.

La lettre d’opinion Votre « diversité »? Non merci de Sonia Djelidi parue dans Le Devoir et d’autres textes pertinents publiés par la chroniqueuse, critique et journaliste de La Presse, Nathalie Petrowski (Black et blanc, Diversité culturelle-Parce qu’on est en 2015, de son collègue de La Presse Hugon Pilon-Larose Diversité culturelle à l’écran: constat d’échec pour l’UDA, du journaliste culturel Marc Cassivi La couleur de la télé, Le «blackface» et l’indifférence, et de Chantal Guy Blackface: un débat révélateur de nos histoires sont symptomatiques d’un phénomène du manque de représentativité de la diversité dans l’industrie culturelle québécoise. Un jeune député de Laval des Rapides, Saul Polo, est même monté au créneau, à travers un texte Des « moustiques » à la Révolution culturelle tranquille, pour relayer les préoccupations de ses électeurs et électrices de sa « circonscription qui compte plus de 25 % de résidents d’origines diverses ». En tant que Québécois issu aussi de la diversité, il a posé le débat de manière constructive et a appelé tous les acteurs autour d’une même table pour régler définitivement le problème et trouver des solutions concrètes et viables.

Même s’il faut se garder de traiter de racistes tous ceux et celles qui expriment des opinions contraires sur l’apport de la diversité ou de l’immigration de manière générale, il convient de noter que  la banalisation du racisme ambiant est dangereuse à plusieurs égards (libération de la parole accentuée par les débats sur les réseaux sociaux). C’est pourquoi il faut vanter les mérites des Noirs, des Maghrébins, des Latino-Américains et de toutes les autres communautés culturelles et inclure leur apport dans les manuels scolaires québécois. L’école est le lieu d’éducation par excellence qui peut permettre de faire la prévention au racisme et à la discrimination.

Une citation du sociologue français Robert Castel illustre le danger qui guette toute société qui ne se donne pas les moyens adéquats pour lutter contre la problématique du racisme et de la discrimination. Dans son livre intitulé La discrimination négative : Citoyens ou indigènes?, un titre faisant référence aux événements de violence urbaine ou émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, Robert Castel, à la page 10, affirme ceci : « La discrimination est scandaleuse parce qu’elle constitue un déni de droit, des droits inscrits dans la Constitution et en principe consubstantiels à l’exercice de la citoyenneté[7] ».

La discrimination socio-économique du quartier ou du territoire porte atteinte à la dignité humaine. Le délit de faciès ou de différenciation ethnique, l’ethnicisation de la pauvreté et le chômage endémique renforceraient le sentiment d’isolement vécu par certaines communautés culturelles[8].

Dans son chapitre « La construction d’un espace de relégation », le sociologue français Robert Castel disait ceci : « L’interprétation la plus probante que l’on peut donner des violences urbaines survenues à l’automne 2005 consiste à dire qu’il s’agit d’une révolte du désespoir[9] ».

Nous avons de plus en plus une jeunesse plus revendicative avec les idéaux de leur temps : environnement, mondialisation, approche collégiale du mode de gestion du travail, etc.

Dans le document synthèse du plan d’action gouvernemental 2015-2018 La radicalisation au Québec : agir, prévenir, détecter et vivre ensemble, il est clairement indiqué dans le deuxième point de l’axe 4 Vivre ensemble de :

« Proposer des modèles de réussite aux jeunes, notamment ceux de minorités racisées, afin de favoriser l’inclusion (MIDI) »[10].

Les jeunes de deuxième génération sont en quête de repères et d’identité et ne sentent pas faire partie de leur société. Il faudra donc travailler sur les causes pour éviter des conséquences fâcheuses sur le projet de vie commun.

La solution pour les jeunes ne doit pas être la violence mais la contribution au développement de leur société puisqu’ils sont et seront l’avenir de la nation. Mais, il faut leur accorder une grande place et investir massivement sur leur formation et la relève dans les postes et accompagner ceux qui ont connu la prison ou la délinquance par l’emploi, la réinsertion sociale et les études.

Une approche sociocommunautaire de la radicalisation des jeunes développe une ouverture au dialogue avec toutes les communautés permettant ainsi d’établir des liens de confiance pour prévenir l’extrémisme violent. Les jeunes adultes ont besoin de repères et de modèles de réussite et le mentor en offre un : lui-même. Il faut donc miser sur les modèles valorisants des communautés culturelles pour prévenir le phénomène de radicalisation violente chez les jeunes.

La stigmatisation perçue et ou vécue par les jeunes issus de la diversité ethnoculturelle peut les pousser vers des agents de radicalisation. Il faudra lutter contre les préjugés de toutes parts pour venir à bout du sentiment de méfiance qui pourrait être réciproque entre les différents acteurs de la société.

Une personne frustrée peut devenir une bombe humaine potentielle. D’ailleurs, les terroristes recrutent de plus en plus de gens en marge de la société, et ce, pour plusieurs raisons. La question de la discrimination et du racisme est liée à celle d’exclusion sociale. La monoparentalité, la sous-scolarisation constituent des causes qui justifient, en partie, le gangstérisme. La pauvreté est l’élément le plus fondamental. L’insertion des jeunes de toutes origines devrait être un pilier de toute nation puisque les jeunes constituent l’avenir du Québec.

Même si le terrorisme n’a pas qu’un seul visage ou une seule religion, il faut apporter une attention particulière aux jeunes de deuxième génération, des hybrides identitaires. Des jeunes vulnérables musulmans, catholiques, athées sont la proie et peuvent être à la merci des agents de radicalisation. Pour cette raison, il faut renforcer le sentiment d’appartenance des jeunes en leur proposant des modèles de réussite issus des communautés culturelles dans tous les secteurs d’activité. Le maintien de la cohésion sociale est à ce prix.

Le traitement équilibré de l’information faciliterait un meilleur rapport médias-diversité débouchant par la suite sur une meilleure compréhension des enjeux sociaux.

Le traitement équilibré de l’information envoie en même temps un message à la population sur son sens de l’accueil des personnes venues d’ailleurs et qui réalisent leur rêve. Nous sommes persuadé que la population appréciera un traitement de l’information sous cet angle : l’image d’une société qui valorise ses immigrants. Ceci est un travail citoyen de conscientisation qui ne regarde pas non seulement les valeurs boursières mais la conscientisation de la population aux réussites des personnes immigrantes.

Cependant, les personnes immigrantes se posent souvent des questions si les règles du métier concernant la rigueur, l’impartialité, la vérification sont pour autant respectées quand il s’agit de traiter de leurs cas. Des personnes issues des communautés culturelles éprouvent une méfiance à l’égard des médias. Le traitement de certains sujets dans les médias accrédite la thèse ou les thèses que les immigrants constituent une menace pour la société québécoise en refusant de s’intégrer aux valeurs de la société d’accueil.

Des solutions visant à souligner les réussites des personnes issues des communautés culturelles et à encourager l’apprentissage de la différence doivent davantage être mises en œuvre. Il faut faire valoir les bons coups des personnes immigrantes.

Ce ne sont pas les succès des immigrants qui font les manchettes. C’est comme si on était rendus à un stade où les bonnes nouvelles des personnes immigrantes ne sont pas des nouvelles. Les trains qui arrivent à l’heure ne sont pas de bonnes nouvelles ou les bonnes nouvelles ne sont pas des nouvelles. La valeur de la bourse ou la cote d’écoute[11] ou l’audimat ne devrait pas se faire sur le dos des personnes racisées ou immigrantes, personnes issues de la diversité ethnoculturelle.

L’attitude, l’image ou la perception que certaines personnes immigrantes ont de certains groupes de presse démontre la relation de méfiance envers ceux-ci. Les immigrants sont des « consom’acteurs », ils veulent lire, regarder, écouter des sujets en lien avec les problématiques qu’ils vivent réellement. À ce titre, il faut prendre le taureau par les cornes. En soulignant les bons coups des différentes communautés culturelles, les médias permettent, par la même occasion, aux jeunes de croire en l’avenir, de ne pas décrocher de l’école, mais aussi de souligner le caractère ouvert de la société d’accueil.

Le monopole de l’information n’existe plus. Les immigrants sont des personnes instruites qui s’informent tout le temps et qui aspirent à avoir une information qui leur parle. En outre, les immigrants ne vont pas s’abonner aux journaux québécois ou ils se tourneront souvent vers les médias de leur pays d’origine si les sujets traités ne leur permettent pas d’y trouver leur compte. À ce titre, le contenu de l’information sur les personnes immigrantes et leur intégration dans leur nouvelle terre d’accueil doit et devrait être amélioré. Le sujet de l’interculturalisme peut à la fois intéresser les personnes immigrantes comme la société d’accueil.

Nous demandons aussi à des candidats immigrants de demeurer ouverts aux journalistes s’ils veulent être cohérents dans leurs critiques. On ne peut pas continuer à faire le procès éternel des journalistes  et refuser de donner des informations quand vient le temps de dire de bonnes choses.

Les médias traditionnels sont vivement concurrencés par des médias sur la toile et de plus en plus les médias sociaux. L’information continue sur la toile, comme l’a souligné le documentaire Derrière la toile, le quatrième pouvoir (mars 2009) du cinéaste Jacques Godbout et du professeur et journaliste Florian Sauvageau.

Le pouvoir des médias et leur influence sur la société, peu importe laquelle, est énorme. Les médias doivent s’approprier des différents modèles de réussite des communautés culturelles afin de montrer d’une part aux jeunes notamment aux prises avec des difficultés que la réussite est bel et bien possible au Québec. En procédant ainsi, ils montreront à la population que les personnes immigrantes contribuent activement au développement socioéconomique et culturel de la société que nous aimons tous du fond du cœur. La société québécoise est la terre d’accueil des personnes immigrantes et rien ne pourra remplacer ce fait.

Les relations médias-personnes communautés culturelles sont marquées par une certaine méfiance de la part des personnes immigrantes qui pensent que les médias cherchent à leur tendre des pièges dans les rares entrevues et ne font ressortir que les clichés.

Quand les immigrants voient qu’on ne les présente pas sous un meilleur angle, ils fuient les médias même si certains journalistes font preuve de bonne foi dans la transmission de l’information et respectent les règles déontologiques et les trois fonctions ou rôles du journalisme : (Collecter, traiter et livrer l’information à la population).

Le citoyen québécois comme n’importe quel lecteur, auditeur, téléspectateur mondial qui lit, écoute et regarde les nouvelles,  reste marqué par le traitement de l’information. La diversification des sources d’information demeure plus que nécessaire dans une société multiethnique.

Faire des médias des alliés pour un meilleur traitement du contenu et de la programmation des sujets reliés à la question de la diversité ethnoculturelle : un changement de paradigme

Les immigrants veulent que les medias couvrent des sujets qui traitent de l’égalité des chances dans la recherche d’un travail. Différentes études ont toujours démontré que la province québécoise demeure l’endroit où on enregistre le plus bas taux d’emploi des immigrants résidant au Canada.

La documentation de nos deux  livres sur l’intégration socioprofessionnelle des personnes immigrantes à partir de l’analyse de certains textes journalistiques prouve aussi que certains médias sont également conscients des difficultés d’intégration des néo-Québécois et le traduisent dans leur ligne éditoriale.

Il faut saluer le travail remarquable des journalistes, qui attirent l’attention des citoyens sur des problèmes, et qui font un travail de recherche et d’enquête journalistique extraordinaire. Des sujets sur des difficultés d’intégration et de sous-représentation des minorités visibles dans les administrations publiques récemment couverts par les médias, comme ICI Radio-Canada, sont des bons coups à souligner.

Malgré l’importance des avantages de la diversité, des cas de discrimination sont rapportés dans la presse et au sein de certains organismes communautaires. Certains employeurs ont tendance à privilégier un profil ethnoculturel en fonction d’une expérience positive ou négative ou de la réputation de la clientèle (discrimination patronymique par exemple : consulter à ce sujet le reportage de Thomas Gerbet de Radio-Canada, du 17 février 2014, intitulé Changer de prénom pour s’intégrer : quand Youssef devient Joseph).

Le récent reportage de la journaliste d’ICI Radio-Canada Azeb Wolde-Giorghis « Emplois et minorités visibles : une course à obstacles » faisait même remarquer que  « le taux de chômage est deux fois plus élevé chez les minorités visibles (13,3 %) que dans la population générale (7,2 %), selon les données de Statistique Canada pour 2011. » (Le défi de trouver du travail pour les diplômés issus de l’immigration).

Les Maghrébins, les Africains, les Asiatiques sont plus touchés par le chômage, comme le démontrent plusieurs études québécoises et canadiennes, alors qu’ils sont titulaires d’un diplôme universitaire (plus de 14 années de scolarité). On a même tendance à penser que plus ils sont scolarisés, moins de chances ont les immigrants venant des régions de l’Asie, de l’Afrique, du Maghreb, d’intégrer le marché du travail.

Si l’on se fie à certaines données et analyses sur la situation des immigrants, l’on peut se questionner sur la précarisation des minorités visibles ou racisées, et plus grave encore, d’une partie de ces minorités visibles.

Les immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne qui sont souvent hautement qualifiés et plus scolarisés que la moyenne québécoise sont confrontés à des barrières systémiques (non-reconnaissance des diplômes et des compétences professionnelles par les employeurs et les ordres professionnels québécois, discrimination raciale à l’embauche à l’égard de certaines communautés culturelles, etc.). En effet, ces personnes qui ont été sélectionnées sur la base de critères facilitant en théorie leur intégration rapide en emploi sont parfois frustrées de ne pas retrouver leur dignité humaine.

L’austérité ou la «période de rigueur budgétaire » affecte tous les secteurs d’activité. La période d’austérité complique davantage la situation précaire déjà vécue par les immigrants. Les difficultés des immigrants à accéder au marché du travail ne datent pas uniquement de la crise économique. Le taux de chômage atteint parfois plus de 30 % chez certaines communautés culturelles. Il est également reconnu que dans un contexte de récession, de ralentissement économique, d’instabilité économique, de perturbation économique, d’incertitude économique, de redressement économique ou de reprise économique, les immigrants trinquent plus que les natifs de la société. C’est un phénomène mondial. Par contre, même quand l’économie québécoise se portait très bien, les immigrants étaient plus touchés par le chômage. En guise de rappel, en octobre 2007, où le taux de chômage (6,9 %) était à son plus bas depuis 33 ans, celui des personnes immigrantes était très élevé. Ce qui prouve que les difficultés d’intégration des personnes immigrantes ne sont pas seulement liées à une cause conjoncturelle mais plus à une cause systémique et des aspects multifactoriels. (Lire notre article Conséquences directes de l’échec des politiques d’intégration = rêves brisés et drames familiaux).

Le reportage émouvant de Sophie Langlois sur les difficultés d’un couple de médecins syriens à obtenir leur permis de pratiquer au Québec continue de susciter des réactions dans le monde entier, via les réseaux sociaux. Il faut également souligner pour une première fois un suivi constant de toute l’équipe de Céline Galipeau d’ICI Radio-Canada du Dossier Intégration des médecins étrangers : un problème connu depuis des années à travers plusieurs reportages continus Les facultés de médecine vont-elles débloquer l’accès aux médecins étrangers compétents? Discrimination envers les médecins étrangers : Québec demande des comptes aux facultés de médecine, Le 15-18 : Intégration des immigrants au marché du travail : Entrevue avec Charles Robert (L’Audio fil du mardi 8 mars 2016).

Il faut une nouvelle fois tirer notre chapeau au journaliste Azeb Wolde-Giorghis qui avait préalablement fait un excellent reportage Médecins boudés? Reportage Le Téléjournal ICI Radio-Canada Télé sur les médecins francophones originaires du Congo exerçant au Nouveau-Brunswick, après un passage infructueux au Québec. Son reportage du 14 mai 2014 sur les médecins étrangers d’origine africaine ainsi que celui sur les facultés de médecine Exclus des facultés sont toujours d’actualité.

Même si on ne devrait pas attendre la couverture médiatique pour déboucher sur  la résolution des problèmes d’intégration, force est de constater que l’apport des journalistes est inestimable dans la recherche de solutions rapides par les décideurs publics. Ils vendent ainsi une histoire dans une perspective de renforcement de la cohésion sociale.

Des parents immigrants bien intégrés sur le plan socioprofessionnel réussiront certainement à renforcer le sentiment d’appartenance des jeunes de deuxième génération dans leur société. Un parent est le premier modèle ou la première mentore de l’espace familial.

Des parents immigrants démunis dans tous les sens du terme

Dans la dialectique identitaire, l’immigrant laisse une part de lui-même dans la société d’accueil et se pose des questions existentielles, surtout sur l’éducation de ses enfants. Cette recherche identitaire est plus problématique pour les enfants de deuxième génération, des hybrides culturels, qui peuvent s’identifier, à la fois et dans certaines circonstances, aux valeurs de leurs parents immigrants tout comme aux valeurs de la société dans laquelle ils sont nés.

Pour plusieurs familles immigrantes, l’échec de l’intégration professionnelle représente un moment difficile dans leur vie. Des couples immigrants se séparent de plus en plus. Pour les communautés africaines et maghrébines, on assiste ainsi à un renversement du statut de chef de famille aux sens figuré et propre. Le mari, principal pourvoyeur, affecté par son nouveau statut de chômeur, voit son rôle diminué (référentiel de son système de valeurs), et éprouve alors un complexe devant sa femme qui revendique son côté indépendant dans une société égalitaire.

La détresse psychologique s’installe chez des pères immigrants originaires de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb qui voient leur rôle ainsi diminué et qui ont l’impression de moins protéger leurs familles dans leur société d’accueil. Les enfants qui devaient s’identifier à leurs parents, leurs premiers modèles, n’ont plus de repères. Ceci remet sur la table, une fois de plus, la question de l’intégration par l’emploi qui pourrait faciliter l’éducation des enfants et l’harmonie au niveau de la famille et de la société d’accueil de manière générale. Le rêve d’une vie meilleure pour l’immigrant et sa famille, notamment pour ses enfants, fait partie des principales raisons du choix de l’immigration. (Lire à ce sujet notre article : L’immigration : un drame humain et social).

Le débat sur la place réelle des néo-Québécois au sein de leur société d’accueil demeure plus que jamais d’actualité, notamment si l’on se fie à la dernière enquête du journaliste d’ICI Radio-Canada Thomas Gerbet sur la sous-représentation des minorités visibles dans les organismes publics et aux dernières conclusions de trois rapports de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) sur une discrimination systémique de certains groupes de la population québécoise (discrimination à l’embauche des minorités « racisées », médecins étrangers, profilage racial).

  • Les conclusions de L’étude Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées: résultats d’un «testing» mené dans le Grand Montréal effectuée par Paul Eid et rendue publique en mai 2012, étude plus connue sous le nom de « Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré »;
  • Les résultats d’une enquête menant à une discrimination systémique des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU), le 16 novembre 2010;
  • Le rapport de 2011 qui valide l’existence du profilage racial et discrimination systémique des jeunes racisés, un rapport de la consultation sur le profilage racial et ses conséquences un an après : état des lieux, Louise Brossard, chercheure, 13 Juin 2012.

L’auteur et journaliste indépendant, Yves Alavo, a très bien résumé la problématique du profilage racial. Dans son article « Le profilage, une réalité dégradante pour notre société »[12], il fait un diagnostic alarmant en s’appuyant sur le rapport de la CDPDJQ : « Les jeunes issus des minorités font l’objet d’une « discrimination systémique » à l’école, auprès de la DPJ et dans leurs interactions avec la police. » Il poursuit en faisant état du rapport officiel documenté de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse « suite aux consultations publiques (Été 2009) et des audiences publiques qu’elle a tenues au cours du printemps 2010. »

Décrivant le travail de la Commission pour expliquer le bien-fondé des analyses et des recommandations de celle-ci, il écrit ceci : « Intitulé « Profilage racial et discrimination systémique des jeunes racisées », le rapport a été élaboré grâce à la participation de plus de 300 personnes et organismes. Le document, conclut-il, fait état de la situation des jeunes âgés de 14 à 25 ans issus de minorités « racisées » dans trois secteurs institutionnels québécois : la sécurité publique, le milieu scolaire, le système de protection de la jeunesse. »

Les recommandations essentielles de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour enrayer le phénomène du profilage racial se déclinent à travers quatre aspects résumés par l’auteur de l’article « Le profilage, une réalité dégradante pour notre société »[13]. « Pour corriger les torts, la Commission propose essentiellement : de former le personnel des institutions, d’interdire le profilage racial dans toutes les sphères de la société, de colliger des données à  ce sujet et de forcer les pouvoirs publics à rendre des comptes, à commencer par la police. »[14]

Même si le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s’est doté d’un plan d’action en matière de profilage racial, la problématique du profilage racial, qui est très complexe, reste et demeure comme l’a fait savoir la Commission des droits de la personne. Des mères de famille contre le profilage se sont constituées pour dénoncer certains gestes. Il semblerait que des policiers photographieraient certains jeunes noirs. Toutes les études en criminologie montrent que le profilage racial augmente la criminalisation selon Maître Noël Saint Pierre, du Barreau du Québec ; une affirmation soutenue en commission parlementaire.

La concertation et la prévention constituent les solutions privilégiées pour enrayer le phénomène de gangstérisme et de paupérisation des jeunes de minorités visibles. Le Québec, comme toute autre société au monde, n’est pas exempt de racisme. Le racisme est un phénomène universel. Et pour cette raison, il ne faut pas avoir peur de le nommer. Ce n’est pas pour rien que l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé, depuis mars 1966, une Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale (résolution 2142 (XXI) de l’Assemblée) le 21 mars de chaque année. Depuis mars 2000, le Québec célèbre la Semaine d’actions contre le racisme (SACR).

Le racisme n’est pas l’apanage des Blancs. Le tribalisme existe en Afrique. Au Québec, il existe également un racisme d’une communauté envers une autre communauté ou à l’intérieur d’une même communauté. La tolérance zéro devrait être érigée face à cette situation ou à toute autre situation visant à blesser la personne en fonction des motifs de discrimination identifiés dans la Charte.

Le racisme existe dans toutes les sociétés, mais à des niveaux différents. Le racisme est un concept lourd de sens qui porte à différentes interprétations et on a souvent peur de le prononcer peu importe le lieu où la personne se trouve. La chroniqueuse de La Presse, Rima Elkouri avait bien raison de soulever que : « La chose n’est pas propre au Québec. Des études semblables réalisées en Europe et aux États-Unis font état du même phénomène. Mais ce n’est pas parce que c’est universel que c’est plus acceptable[15]. »

Les discriminations interreliées doivent également être combattues. Il existe, dans la société, des personnes qui font face à des discriminations multiples, comme les personnes immigrantes handicapées. Les discriminations multiples entraînent des obstacles supplémentaires qui peuvent paraitre insurmontables. Les personnes handicapées constituent une minorité parmi les minorités ou ce que Mme Soave appelle « une minorité invisible dans une minorité ».

Les femmes québécoises souffrant des problèmes d’obésité peuvent aussi être victimes de discrimination. Les multiples discriminations (noires, femmes, handicapées, jeunes) nous révèlent les difficultés d’intégration socioprofessionnelle auxquelles certaines catégories de la population font face.

Les femmes immigrantes sont doublement ou triplement discriminées, comme le révèle le rapport de Marie-Thérèse Chicha, déposé à la Fondation canadienne des relations raciales en septembre 2009, intitulé « Le mirage de l’égalité: Les immigrées hautement qualifiées à Montréal« . Cette étude démontre que les femmes immigrées provenant de l’Amérique latine, d’Haïti, d’Afrique, d’Asie occidentale et d’Europe de l’Est n’arrivent pas à se trouver un emploi correspondant à leur niveau d’études en dépit de plusieurs années de résidence.

Le racisme vient de l’ignorance et de la peur de l’autre qui se traduit par une exclusion de l’autre. Il est lié à la méconnaissance de l’autre et à un manque d’ouverture parfois mutuel. Des préjugés existent dans toutes les sociétés.

La promotion de la diversité est une démarche efficace qui sensibilise davantage la société d’accueil à l’ouverture des personnes venues d’ailleurs pour enrichir le Québec sous toutes les facettes. C’est un premier pas de célébrer le mois de l’histoire des Noirs [entré en vigueur le 1er février 2007 sous le règne du gouvernement libéral provincial], mais aussi d’avoir une semaine contre le racisme et une semaine de rapprochement interculturel, des moments privilégiés pour faire la sensibilisation sur l’apport positif de l’immigration. Mais le gouvernement doit aller plus loin en changeant les manuels scolaires, en vantant la contribution des Noirs, comme on l’a fait pour combattre le sexisme.

Le repli identitaire est encouragé parfois par la difficulté des néo-Québécois à se trouver un emploi. L’acceptation de l’autre et la tolérance ne sont pas des acquis. Il faut une veille quotidienne par l’éducation et la sensibilisation. L’intégration des immigrants ne peut se faire sans la sensibilisation des acteurs de la société. Les médias, qui constituent un miroir de cette société, pourraient être un allié de taille dans la mission de sensibilisation et de promotion. En modérant un certain sensationnalisme, ils peuvent présenter les divers enjeux touchant la problématique socioéconomique des néo-Québécois.

L’adhésion des immigrants à la société québécoise passe inévitablement par la lutte contre la précarité, leur déficit d’intégration professionnelle et leur isolement.  Pour ce faire, tous les citoyens, sans exception, doivent embarquer dans une logique contractuelle visant à empêcher que le bateau ne chavire ou ne s’incline ou n’atteigne une île déserte. Personne ne souhaite que cette société connaisse les mêmes travers ou difficultés que l’Europe.

Il est temps de rendre applicable à tous les paliers gouvernementaux une politique d’intégration optimale de tous les citoyens canadiens. Il faut  avoir les moyens de nos ambitions pour l’intérêt de toute la collectivité. Il est temps de passer à l’action pour les différents gouvernements du Québec sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes. Les multiples obstacles systémiques auxquels font face les immigrants empêchent leur apport optimal à l’économie montréalaise, québécoise et canadienne.

Il n’est point ici de contrôle de liberté de créativité, d’innovation ou d’expression ou de faire du politiquement correct pour ne pas froisser les minorités racisées mais plus de faire comprendre à tous les acteurs que l’homogénéité au niveau de la couleur et des idées (personne blanche, même point de vue, mêmes schèmes culturels) ne reflète pas forcément un contenu représentatif pouvant permettre l’inclusion, la diversité et la participation de tous les citoyens.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, Michel Pigeon, député provincial de la circonscription Charlesbourg (Capitale-Nationale) défait en 2012, avait raison de valoriser l’immigration en insistant sur « la diversité des points de vue, la diversité des manières d’être, la diversité des manières d’approcher les problématiques puis de confronter les problèmes. Et donc, d’un point de vue humain, [il] pense que, l’immigration, […] est une richesse incroyable[16] ».

Il serait réducteur d’identifier la discrimination comme la seule et unique cause ou la principale cause de l’échec de l’intégration. Y aurait-il un racisme pur et dur au niveau de la société québécoise où on parlerait de supériorité d’une race sur une autre ou supériorité d’une civilisation par rapport à une autre? La réponse est non. Existerait-il un racisme sournois, structurel? La réponse est oui.

La semaine d’action contre le racisme et la discrimination du 21 au 31 mars 2016 permettra d’échanger ensemble et de continuer à dialoguer pour le bien de toute la collectivité. Les personnes qui souhaiteront débattre de cet enjeu pourront se joindre à l’activité du 19 mars 2016 de l’Association des Musulmans et des Arabes pour la Laïcité au Québec (AMAL-Québec) sous le thème : « Penser le racisme aujourd’hui : déclinaisons et angles-morts dans le contexte québécois actuel ».

Les membres de minorités visibles ne constituent pas un problème mais sont, au contraire, une solution aux problèmes de pénurie de main-d’œuvre. À ce titre, il faut faciliter leur intégration harmonieuse par le biais de la scolarité et du marché du travail. Le développement de la relève et de la diversité est à ce prix!

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Certaines analyses du texte sont tirées de deux essais parus le 2 avril 2014 : « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » et « Intégration : une responsabilité partagée entre la société d’accueil et la personne immigrante. »

Blogue de Doudou Sow (Intégration professionnelle)

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[1] Une pratique qui consiste à peinturer la face d’un acteur blanc en Noir pour ressembler, représenter, incarner ou jouer des rôles attribués à des Noirs dans des séries ou émissions (cinéma, théâtre, etc.).

[2]Un producteur québécois, Louis Morissette, a qualifié de moustiques toutes les personnes qui dénonçaient le manque de représentativité des minorités racisées dans les médias. Il aurait dû citer également nommément la comédienne et présidente de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent, qui avait dit dans un texte du journaliste de La Presse Hugon Pilon-Larose intitulé Diversité culturelle à l’écran: constat d’échec pour l’UDA, paru le 26 janvier 2015, «Notre télévision n’est pas représentative.» […Selon un recensement fait par La Presse, moins de 5 % des rôles principaux des émissions de fiction québécoises les plus populaires de l’automne dernier étaient tenus par des comédiens des minorités visibles. La situation n’est guère meilleure dans les théâtres de Montréal, qui affichent un pourcentage inférieur à 5 % pour leur saison 2014-2015]. http://www.lapresse.ca/arts/nouvelles/201501/24/01-4838103-diversite-culturelle-a-lecran-constat-dechec-pour-luda.php

[3] Ce documentaire est une production de l’Office national du Canada, avec la participation de Ressources humaines et Développement des Compétences Canada. Pour plus d’informations à ce sujet, consulter le lien http://www.onf.ca/selection/la-tete-de-lemploi

[4] Rapport du Groupe de travail sur la pleine participation à la société québécoise des communautés noires, présenté à Madame Lise Thériault, ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Gouvernement du Québec, Mars 2006, 36 p.

[5] Ibid; p.9, 36 p.

[6] Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC). Pour enrichir le Québec, Intégrer mieux : une réponse spécifique aux besoins des Québécois originaires du Maghreb », mars 2008,  p1. En ligne, http://www.micc.gouv.qc.ca/publications/fr/mesures/Mesures-Integration-BrochureMaghreb2008Maghreb.pdf

[7] Robert Castel, La discrimination négative : Citoyens ou indigènes? Paris, Éditions du Seuil et La République des Idées, p.10, octobre 2007.

[8] Denis Lessard, « La discrimination favoriserait la radicalisation », La Presse, 27 août 2010.

[9] Robert Castel, op.cit; p.15.

[10] https://info-radical.org/fr/formation/guides-et-outils/

[11] L’aspect commercial des médias «Écrire pour vivre », un ouvrage de Jean-Benoît Nadeau est un excellent outil pour comprendre les réalités journalistiques.

[12] Le Jumelé, Été 2011,  p.13.

[13] Le Jumelé, Été 2011,  p.13.

[14] Le Jumelé, Été 2011,  p.13.

[15] Rima Elkouri, « Mieux vaut s’appeler Bélanger», La Presse, 01 juin 2012. http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/rima-elkouri/201205/31/01-4530602-mieux-vaut-sappeler-belanger.php [Consulté le 02 juin 2012].

[16] Michel Pigeon, « Étude des crédits budgétaires 2011-2012 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature 1ère session (13 janvier 2009 au 22 février 2011) »,  no 5, 18 avril 2011.


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