Publié par : Doudou Sow | 19 février 2016

Le défi de trouver du travail pour les diplômés issus de l’immigration

Arnaud Djintchui NgongangArnaud Djintchui Ngongang Photo :  ICI Radio-Canada

De nombreux diplômés issus de l’immigration peinent à trouver du travail. Le taux de chômage est deux fois plus élevé chez les minorités visibles (13,3 %) que dans la population générale (7,2 %), selon les données de Statistique Canada pour 2011.

Un reportage d’Azeb Wolde-GiorghisTwitterCourriel

La situation d’Arnaud Djintchui Ngongang illustre bien ce problème. Ce jeune diplômé d’origine camerounaise de 36 ans a beaucoup de mal à se trouver un emploi malgré ses qualifications. Titulaire d’un doctorat en chimie, il est installé au Québec depuis décembre 2011.

À l’époque, le Canada recherchait des chimistes, sa demande d’immigration a été accélérée, et il a obtenu sans problème la citoyenneté canadienne. Son doctorat de l’Université de Munich en Allemagne est reconnu ici. En 2013, il devient membre de l’Ordre des chimistes du Québec. Il entame même un post­doctorat à l’Université de Montréal, pour se mettre toutes les chances de son côté.

Mais le temps passe et toujours pas d’offre d’emploi.

« Je me sens une personne vide qui ne sert à rien. c’est difficile à vivre, se lever le matin et on ne sert à rien, malgré nos études et qualifications , dit Arnaud Djintchui Ngongang.

À contrecoeur, il s’inscrit dans une agence de placement et travaille sur appel dans une usine de matelas à Montréal, où il s’occupe de l’entretien ménager.

« Je me pose toujours la question : qu’est-ce que je fais ici, c’est pas ma place, mais c’est ce qu’il y a de facile à trouver, il faut bien payer ses factures. »— Arnaud Djintchui Ngongang

 

Cela fait quatre ans qu’il cherche un emploi dans son domaine. Arnaud Ngongang envoie son curriculum vitae tous les jours à divers organismes, dont la Société des alcools du Québec et la CNESST (Commission des normes, de l’équité,de la santé et de la sécurité du travail), mais toujours rien.

Quand il a une réponse c’est souvent la même : « Vous avez toutes les qualifications, mais votre candidature n’a pas été retenue pour le poste. On conserve votre CV et on vous contactera ultérieurement si on en a besoin ».

Dans sa recherche sur la persévérance universitaire des étudiants immigrants, la professeure Fasal Kanouté de l’Université de Montréal note que « plusieurs parlent de phénomènes discriminatoires, subtils ou flagrants, qui ont jalonné leur recherche ou leur expérience d’emploi ».

Le professeur titulaire de chimie Sébastien Sauvé affirme qu’il faudrait que les nouveaux arrivants aient une formation dans la recherche d’emploi au Québec. Selon lui, le diplôme n’est pas suffisant, il faut que chacun développe un réseau et comprenne mieux le fonctionnement du marché du travail.

Un problème qui perdure

Doudou Sow, conseiller en emploi à l’organisme Carrefour jeunesse emploi à Montréal­-Nord, affirme que le cas d’Arnaud Ngongang n’est pas unique. Beaucoup sont confrontés à un mur lorsqu’ils recherchent un emploi, malgré leur diplôme.

« On ne voit pas la lumière au bout du tunnel, les jeunes étudient, obtiennent des diplômes et sont confrontés à une discrimination », dit-il.

Selon lui, la fonction publique doit donner l’exemple et représenter la diversité de la société. « Les personnes issues des minorités ne demandent pas d’être embauchées selon leur origine, mais elles ne veulent pas que leur origine ethnique devienne un handicap », dit-il.

Le président de la Commission des droits de la personne du Québec, Jacques Frémont, dénonce ces situations. Malgré la loi sur l’équité, les mentalités ne changent pas.

« Avec les lois, on ne change pas nécessairement les mentalités, il faut que les employeurs comprennent qu’ils ont tout avantage d’avoir des employés diversifiés. »— Jacques Frémont, président de la Commission des droits de la personne
Des tests de la commission ont démontré que si une personne a un nom à consonance étrangère, elle a quinze fois moins de chance d’avoir des entrevues.

Arnaud Ngongang affirme qu’il ne baissera pas les bras, même si faire des travaux ménagers dans une usine n’était pas le parcours qu’il espérait. Il se demande parfois si il ne serait pas plus utile au Cameroun avec ses diplômes, mais il a choisi le Québec comme terre d’adoption

« Je reste positif, je ne baisse pas les bras, je veux juste qu’on me donne la chance », dit-il.

Aux dernières nouvelles, il a commencé un emploi sur appel comme opérateur d’instrument d’analyses chromatographiques. Les horaires sont variables dit­il, mais c’est déjà un départ.

Il manque plus de 25 000 employés issus des minorités visibles dans les organismes publics du Québec, selon une compilation réalisée par Radio-Canada.

Source : ICI RadioCanada Économie

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2016/02/18/002-chomage-immigrants-minorites-visibles.shtml


Responses

  1. Très bel article et c’est la triste réalité. Sachez par ailleurs que L’on peut toujors être acteur de l vie économique et social en entrepreunant. Hélas, cette vision nest pas très partagée chez nous les africains. Avec toutes les compétences qu’on a, préférons entreprendre que de faire des boulots rabaissant! Le Canada ne s’arr`te pas au Québec et le monde ne s’arrète pas au Canada non plus. Dre. en Chimie!

  2. C’est de l’obscurantisme socio-culturel de ne pas laisser de chance aux personnes venant d’ailleurs. Si pour trouver un emploi, les nouveaux immigrants doivent avoir des diplômes d’ici ainsi que passer des formations de recherche d’emploi etc…, les anciens immigrants (arrivés au XVIe siècle jusqu’à nos jours) et les employeurs aussi doivent passer une formation en psychosociologie pour enfin prendre conscience de l’image actuelle de leur nouvelle société. C’est leur responsabilité et presque une obligation et non pas une proposition. ICI au Québec, on n’est pas dans un pays raciste, mais la discrimination existe malheureusement et ça fait mal à NOUS tous.

    • Jadore votre commentaire Zara. Hélas, même avec les diplomes d’ici, on ne trouve pas d’emplois. je suis diplomée de l’universitée Laval et je cherche du boulot depuis un bon bout de temps. Je peux te dire que je ne suis pas un cas isolée!

  3. Bonjour, un lien intéressant qui complète votre article très pertinent: http://www.orientation-quebec.com/les-immigrants-et-le-marche-du-travail/

  4. Bonjour, voici un lien intéressant vers un article qui complète bine le vôtre :
    http://www.orientation-quebec.com/les-immigrants-et-le-marche-du-travail/

  5. La discrimination est un fait dans tous les strate. Les immigrants issus de minorités visibles ont toutes les difficultés pour trouver un emploi ou un stage. Je prendrais l’exemple des stages académiques sur les étudiants bloqués par manque de stages,système coop,75 pour cent au moins sont ici des minorités visibles


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