Publié par : Doudou Sow | 6 février 2015

La question du programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME)

images investisseurLa question redondante dans les entrevues reste celle de la première expérience québécoise. L’argent des immigrants investisseurs qui finance le programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME) permet, entre autres, aux nouveaux arrivants d’acquérir cette première expérience québécoise.

Celui-ci est offert aux entreprises québécoises pour les inciter à embaucher des personnes issues de l’immigration. Il est un incitatif financier qui peut être très efficace aussi bien pour les employeurs québécois que pour les chercheurs d’emploi immigrants. De surcroît, le taux de rétention en emploi de ce programme est estimé à 83 %, selon les derniers pourcentages fournis par l’ancienne ministre libérale de l’Immigration et des Communautés culturelles lors de la planification de l’immigration pour la période 2012-2015.

Le PRIIME couvre quatre volets dotés de subventions pour les entreprises. Le premier volet, l’acquisition d’expérience en milieu de travail, couvre une partie du salaire du candidat (pour un maximum de 5 700 $). Le deuxième volet, l’accompagnement, couvre le salaire d’un des employés de l’entreprise qui a pour responsabilité d’accompagner le candidat, pendant une période de 13 semaines, afin de faciliter ses premières semaines d’intégration au travail (60 heures pour un maximum de 1 100 $). Ensuite l’adaptation des outils et des pratiques de gestion de ressources humaines (2 100 $) et l’adaptation des compétences au contexte nord‑américain (3 600 $) ou l’amélioration des compétences du candidat immigrant complètent les quatre volets du programme.

Comme il a été expliqué dans le dernier budget Bachand (ancien ministre des Finances du Québec) :

« Le programme verse à l’employeur une subvention couvrant jusqu’à 50 % du salaire du travailleur sans toutefois pouvoir excéder l’équivalent du salaire minimum en vigueur. La durée de la subvention est de 30 semaines ou moins et est déterminée avec l’employeur en fonction des exigences de l’emploi » (GG.31-32).

Certes, le PRIIME ne peut pas régler tous les problèmes d’intégration économique des personnes immigrantes, mais il n’en demeure pas moins qu’il fait partie des mesures facilitant une intégration rapide des personnes immigrantes. Même s’il est souvent reproché à ce programme de ne pas permettre à plus d’immigrants d’en bénéficier, il est un exemple de collaboration entre le MICC et Emploi-Québec pour trouver des solutions aux difficultés d’intégration des personnes immigrantes et des minorités visibles à l’emploi.

Il existe, certes, des subventions pour les entreprises via le PRIIME. Ce qui est une bonne chose, mais il faut aussi accompagner les personnes des ressources humaines en ce qui a trait à la gestion des conflits. Puisque la diversité qui est source de richesse peut entraîner des conflits. Emploi-Québec publie un guide de la gestion de la diversité culturelle et le MICC (ancienne appellation du ministère de l’Immigration), sous le gouvernement libéral, a développé un projet proposant une ressource.

Mais les entreprises sont très réticentes quand elles signent des ententes avec les fonctionnaires du gouvernement. Elles pensent souvent qu’elles auront beaucoup de paperasses, disons simplement de documents à signer. C’est pourquoi le gouvernement libéral a commis une erreur en retirant la gestion du projet des intervenants des ressources externes pour la confier aux agents du centre local d’emploi.

En effet, la gestion du projet PRIIME par les intervenants du milieu communautaire ne donnait pas l’impression d’une certaine bureaucratie, cela permettait de démystifier certaines choses. La procédure administrative et partenariale entre employeurs et milieu communautaire était davantage simplifiée et facilitait également une relation marquée par un suivi très approprié. Par exemple, les intervenants du milieu communautaire réussissaient à détecter et à mettre sur la liste rouge les employeurs qui abusaient de ce programme.

D’ailleurs, dans les difficultés rencontrées par les PME, la vice-présidente, Québec, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), Mme Martine Hébert, bien que reconnaissant les efforts du ministère de l’Immigration pour simplifier les formalités administratives, évoquait en premier lieu la paperasserie administrative comme un véritable obstacle du bon fonctionnement de certains programmes.

Elle formulait une recommandation allant dans le sens de l’allégement des formalités administratives sur l’immigration :

« […] que le ministère, en collaboration avec ses partenaires, évaluent les possibilités de simplifier encore davantage et de réduire encore davantage les formalités administratives et réglementaires liées à l’immigration, malgré les progrès qui ont été réalisés ou dans la foulée des progrès qui ont été réalisés plutôt. On voudrait aussi que le ministère, de concert avec les PME du Québec, mette sur pied des passerelles ou continue d’en mettre pour faciliter en amont du processus d’immigration le recrutement direct à l’étranger par les employeurs et qu’on intensifie les efforts encore plus dans ce sens-là aussi[1]. »

Mais la question du PRIIME représente un couteau à double tranchant dans les régions. La vision des employeurs de cet outil peut aussi prêter à confusion. En dépit de la pénurie de main‑d’œuvre déclarée, certaines PME voient dans celui-ci une mesure qui vise à aider des personnes qui ne sont pas compétentes, mais trouvent aussi que ça représente beaucoup de lourdeur administrative.

Certains employeurs demandent à être soutenus pour faciliter l’intégration des immigrants. Durant  la commission parlementaire sur la dernière planification sur l’immigration, il avait été suggéré au gouvernement libéral provincial d’injecter plus d’argent au niveau de la francisation en entreprise et d’aider les employeurs à pouvoir recruter une personne à l’interne qui s’occupe du volet maillage et de toute la question administrative. Autrement, les employeurs rétorqueront que ce n’est pas à eux de faire du social. Mais aussi, il faut des personnes à temps plein pour éviter tout abus de certains employeurs bénéficiaires de ce programme. Des employeurs qui abusent de ces immigrants et des histoires d’horreur existent bel et bien. Certains employeurs profitent de ce programme et congédient les candidats pour des raisons parfois discutables. Mais, globalement, les personnes restent en emploi après le six mois : « 83 % de rétention après la période de six mois. Donc, c’est perçu comme un programme qui est très positif, qui donne des résultats[2] », se félicitait la  ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), Kathleen Weil.

Certains employeurs, sans raison valable, modifient les titres des postes pour obtenir des subventions et demandent aux immigrants d’occuper des postes en dessous de celui pour lequel ils ont reçu la subvention comme nous l’avons signalé précédemment. Ce suivi était fait de façon pointue par les conseillers du milieu communautaire. Nous avions eu connaissance d’un cas d’une personne immigrante originaire du Maghreb qui a obtenu un emploi, quelques jours après son arrivée au Québec, suite à la subvention salariale du PRIIME. Son employeur québécois a changé le titre du poste pour obtenir la subvention salariale. Ensuite, il lui a dit textuellement qu’ « il n’est pas là pour gérer la merde du gouvernement » en faisant allusion à la subvention salariale. Si un organisme communautaire gérait le dossier, peut-être que le suivi serait fait et qu’on inscrirait cet employeur dans la liste des employeurs peu recommandables. Cette situation était évitée quand les conseillers en emploi des organismes communautaires ou ressources externes, pour reprendre le terme d’Emploi Québec, faisaient le suivi régulièrement auprès de l’employeur.

En résumé, les critiques adressées à ce programme font mention de la faiblesse du nombre de personnes éligibles : peu de personnes éligibles (financement en moyenne de 900 à 1 000 personnes immigrantes par année avec une volonté qui était affichée en 2008 de rajouter 750 personnes de plus chaque année[3] et « près de 1 000 nouvelles participations sur une période de trois ans » (GG.31-32). (Le programme a permis de fournir des emplois à plus de 1 200 nouveaux arrivants en 2010-2011 (GG.31-32)), un subterfuge de certains employeurs qui utilisent le programme à d’autres fins, comme nous l’avons démontré dans l’exemple précédent, ce qui entraîne également une inadéquation par rapport au domaine de compétence. Sur 45 000 personnes immigrantes, 600 sont admissibles à la subvention PRIIME.

Lors du dernier budget Bachand, le gouvernement libéral, avant la perte du pouvoir, avait mis l’accent ou insisté sur la « bonification du Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME) » :

« Dans le but d’accroître le nombre de personnes en emploi, le budget 2012-2013 prévoit une bonification du programme PRIIME de 2 millions de dollars en 2012-2013 et de 3 millions de dollars les deux années suivantes.

« À cette fin, des crédits additionnels seront accordés sur trois ans à compter de 2012‑2013 au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale à l’égard du programme PRIIME. Pour l’année 2012-2013, les crédits requis seront pourvus à même le Fonds de suppléance.

« La bonification du programme amènera près de 1 000 nouvelles participations sur une période de trois ans » (GG.31-32).

Le mentorat, le PRIIME et la francisation en ligne sont, entre autres, des programmes adaptés aux besoins des personnes immigrantes en ce qui concerne l’intégration rapide sur le marché du travail.

Le PRIIME et Québec Pluriel sont les deux programmes créés par Emploi-Québec pour répondre spécifiquement aux besoins des immigrants. Ces derniers ont droit aussi à d’autres services s’inscrivant dans le service global.

Les immigrants tout comme les employeurs ne sont pas toujours au courant de l’existence des nombreux programmes d’intégration.

Il faut faire la promotion de ce projet à un niveau beaucoup plus large, mais on a comme le sentiment qu’on ne veut pas trop en parler pour éviter de donner l’impression à la population locale qu’on fait plus pour les immigrants que pour les Québécois d’origine.

Des organismes communautaires dédiés à l’intégration des personnes immigrantes sont des partenaires incontournables du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion et d’Emploi-Québec.

[1] Martine Hébert, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, Vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 11, 18 août 2011.

[2] Audition Comité d’adaptation de la main-d’œuvre pour les personnes immigrantes, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 10, 17 août 2011.

[3] Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC). « Pour enrichir le Québec, Intégrer mieux : une réponse spécifique aux besoins des Québécois originaires du Maghreb », mars 2008, p.16, 37p.


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