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Publié par : Doudou Sow | 1 décembre 2014

Les outils pour une meilleure évaluation des compétences professionnelles des personnes immigrantes

Photo outils destinés aux immigrantsLes différents ordres professionnels québécois fonctionnent différemment selon leurs réalités. Pour certains d’entre eux, le début d’ouverture à l’égard des personnes immigrantes se traduit par la création d’un outil d’autoévaluation, tandis que certains conçoivent des guides et d’autres misent sur des examens. La mise en place de ces outils permet une meilleure évaluation des compétences des personnes immigrantes. Certains ordres professionnels, comme celui de l’Ordre des chimistes du Québec, organisent des rencontres d’information via les organismes communautaires d’aide aux immigrants pour donner de plus amples explications ou pour préciser leur fonctionnement et le système professionnel québécois.

Même si son outil d’autoévaluation en ligne des compétences des chimistes formés à l’étranger a été produit avec le soutien du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (ancienne appellation), cet ordre professionnel a le mérite de développer une meilleure communication et plus de transparence dans ses pratiques d’intervention. Soulignons que certains ordres professionnels développent des outils subventionnés par le ministère de l’Immigration (outil d’autoévaluation très novateur accessible sur le site Internet de l’Ordre des chimistes du Québec mis en place en 2008), des guides d’autoapprentissage (de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec[1]) pour mieux aider les infirmières immigrantes à se préparer aux examens, « un modèle de profil de compétences (de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec), « un référentiel des compétences » (de l’Ordre des agronomes du Québec), « une grille de compétences[2] » (de l’Ordre professionnel des sages-femmes), « un module en ligne pour la reconnaissance des acquis des personnes formées à l’étranger[qui] est destiné à aider les immigrants, avant même leur arrivée sur le territoire québécois, à s’intégrer sur le marché du travail en gestion des ressources humaines[3] » (de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés), etc.

Des ordres professionnels, comme celui de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), conçoivent ou prescrivent tout simplement certains examens aux immigrants formés à l’étranger afin de compléter leur processus de reconnaissance de l’équivalence de diplôme et de formation.

L’Ordre des chimistes du Québec fait partie des premiers ordres professionnels, sinon le premier, à mettre en place un outil d’autoévaluation. Les personnes peuvent commencer à faire une autoévaluation en ligne avant d’immigrer au Québec. Elles peuvent ainsi mesurer la probabilité de faire partie de cet ordre.

L’outil d’autoévaluation des compétences en ligne des chimistes formés à l’étranger est un exemple de bonnes pratiques. Un certain nombre de professions réglementées ou d’associations professionnelles s’inspire de cette démarche. Cette initiative de bonnes pratiques par la mise en place d’un outil d’autoévaluation des compétences en ligne est imitée par le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC) pour les professionnels des TIC formés à l’étranger.

Le processus de reconnaissance des diplômes et des acquis connaît une évolution positive pour certains ordres professionnels. En parlant des « démarches raccourcies » ou de l’ajustement des pratiques, l’article du journal Les Affaires nous révèle qu’en ce qui concerne l’Ordre des chimistes du Québec :

« ″ […] de quelques mois, l’acceptation des demandes est passée de 90 à 15 jours. On a facilité la démarche. On a développé des outils plus précis dans nos analyses. On regarde si la formation du candidat est équivalente et non nécessairement identique comme c’était le cas auparavant. On accepte tous les candidats qui respectent les normes″, mentionne Martial Boivin, président-directeur général de l’Ordre des chimistes du Québec. Il admet que la profession de chimiste comporte l’avantage d’être assez universelle. ″L’aspirine ici ou en France, c’est pas mal la même chose″, dit-il.[4] »

Cependant, des ordres professionnels dans le domaine de la santé se montrent toujours plus exigeants au niveau des normes d’entrée : « Pour d’autres professions, comme les infirmières, le processus est plus compliqué : une formation supplémentaire est exigée. On ne pourrait pas protéger suffisamment le public sans cela », affirme Carole Mercier, secrétaire générale de l’Ordre des infirmières du Québec.

En 2012-2013, on estime que 450 nouvelles infirmières provenant de l’étranger seront acceptées sur 1 000 qui en feront la demande[5]. Des infirmières immigrantes peuvent cependant réussir à travailler dans un premier temps comme candidate à la profession d’infirmière (CEPI). Les infirmières immigrantes qui font la formation dans les collèges pour travailler ou pour avoir le statut de candidate à l’exercice de la profession d’infirmière (CEPI) travaillent comme CEPI en faisant parallèlement des démarches pour être membres de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

« Du côté des pharmaciens, les candidats suivent aussi un programme d’appoint pour se mettre à jour. Le dossier patient est absent de la formation dans les autres pays », commente Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec. « Pour réduire les délais, l’Ordre a toutefois adapté cette formation, qui a été réduite de trois ans à 17 mois plus un stage[6]. »

L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, avait tenu à magnifier l’entente de son ministère avec l’Ordre des pharmaciens du Québec :

« Les pharmaciens, une entente qu’on a signée le 31 octobre dernier, et là, c’est une formation d’appoint qui est vraiment intéressante, c’est à l’Université de Montréal, la Faculté de pharmacie, et là, on dit, le témoignage que j’ai entendu, c’est que toute la pénurie dans le domaine des pharmaciens sera comblée par l’immigration. Donc, on n’a pas assez de finissants de nos écoles de pharmacie pour combler les besoins. Et ce premier groupe, c’est vraiment le tout premier groupe, c’est une formation qui dure 16 mois, c’est 30 étudiants originaires d’Amérique du Sud, d’Afrique du Nord, d’Europe et d’Asie […] qui compléteront leur formation […][7]. »

L’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ) a collaboré, entre autres, avec le Cégep de Rosemont pour la mise en place d’un projet pilote de formation d’appoint. Cet ordre professionnel évoquait  « un programme intensif subventionné par Emploi-Québec qui se donne aussi le soir ce qui permet aux personnes de pouvoir travailler à temps partiel pour subvenir à leurs besoins[8] ». Nous reprenons quelques idées pertinentes énumérées par M. Alain Colette, avocat, directeur général et secrétaire de l’OPTMQ dans le cadre des travaux parlementaires. Cet ordre développait un modèle qui devait se répandre en prônant une « flexibilité suffisante, à l’intérieur du système d’éducation, pour pouvoir permettre à [des] candidats [immigrants] de s’intégrer à l’intérieur des cohortes de formation pour aller chercher ce dont ils ont besoin et non pas aller chercher des prérequis pour obtenir un diplôme ou une attestation[9] ».

Nous saluons au passage le courage de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ) qui avait présenté, en septembre 2007, son mémoire à la Commission de l’Assemblée nationale, malgré toutes les critiques qui ont été faites aux ordres professionnels. Un esprit de collaboration qui démontre la transparence et le souci de faciliter l’intégration rapide des immigrants. C’est à ce titre que cet ordre a collaboré avec, entre autres, le Cégep de Rosemont « pour la mise en place d’un projet pilote de formation d’appoint » destiné aux immigrants [A.E.C. intégration à la profession; cohorte spécifique uniforme de 18 candidats ayant des besoins similaires][10]. C’est pourquoi il est nécessaire de s’assurer de la disponibilité des formations d’appoint. Des cohortes spécifiques des nouveaux arrivants sont conçues sur la base de besoins identiques pour mieux réussir l’intégration sous forme d’AEC intégration ou de certificats. Des formations qui se donnent le soir permettant à l’immigrant de faire rentrer des revenus à la maison en travaillant à temps partiel. Les universités rétorquent qu’elles ne peuvent adapter des cours en fonction des demandes particulières ou spécifiques.

Les nouveaux arrivants se plaignent souvent de retourner aux études pour apprendre ce qu’ils savaient déjà. Des immigrants souhaitent, à défaut de trouver un emploi dans leur domaine, faire des formations de courte durée leur permettant de faire reconnaître leurs compétences et acquis. L’idée de suivre un programme de formation complet n’attire pas forcément des immigrants adultes.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, l’ancienne ministre Kathleen Weil avait elle-même reconnu qu’il y avait une contradiction du système professionnel à régler et qu’il fallait « revoir le système » pour faciliter la reconnaissance des diplômes et des acquis :

« […] le système comporte des contradictions. Monsef [Derraji, le président cofondateur du Congrès maghrébin au Québec (CMQ)] avait mentionné à la question des ordres professionnels où quelqu’un peut se retrouver à enseigner un cours à Polytechnique, à l’ETS et en même temps, si, lui, il veut déposer – parce que son diplôme vient de l’étranger – il veut déposer sa demande de l’Ordre des ingénieurs, il doit passer un examen sur le cours qu’il donne aux ingénieurs qui, eux, sont admis à l’Ordre. Ça, c’est une réalité, donc, qu’il faut résoudre[11]. »

Martin Lemay, ex-porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration et de communautés culturelles du 25 avril 2007 au 5 novembre 2008 (Parti québécois), qui regrettait l’absence du Collège des médecins du Québec à la Commission parlementaire sur La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010, avait raison de dire que les différentes institutions ont « le droit de vie ou de mort professionnelle » sur les médecins étrangers. Concernant la reconnaissance de la qualification des médecins étrangers, M. Lemay disait à juste titre que « ces gens-là [les médecins formés à l’étranger] ont quatre étapes [à franchir], et, à chacune des étapes [certificat de sélection, ordre des médecins, facultés de médecine, institutions d’embauche], l’institution concernée a un droit de vie ou de mort professionnelle[12] ».

Il est également reproché aux institutions d’enseignement de ne pas assouplir leurs mécanismes de reconnaissance des acquis. Les organismes communautaires comme la  Clef pour l’intégration au travail des immigrants (CITIM)- Lire à ce titre l’article Collaboration entre différents partenaires pour faciliter l’intégration des immigrants à l’Ordre des ingénieurs du Québec -qui accompagnent les immigrants appartenant à des ordres professionnels peuvent les aider à construire un réseau professionnel dans le domaine des métiers et professions réglementés.

[1] Leprohon, Judith ; Truchon, Sylvie et Roger, Nicole, Guide d’auto-apprentissage. Les aspects déontologiques, juridiques et éthiques de la pratique infirmière au Québec,  2008, 176 p. En ligne, http://www.oiiq.org/publications/repertoire/guide-dauto-apprentissage-les-aspects-deontologiques-juridiques-et-ethiques-

[2] MICC, Projets visant à faciliter l’accès aux professions et métiers réglementés, Gouvernement du Québec, décembre 2009, 11 p.

[3] Mémoire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012‐2015 présenté par L’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, p.7, Mai 2011.

[4]Julie Roy, « Les professions facilitent l’accès des immigrants », Les Affaires, 19 janvier 2013.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Kathleen Weil, « Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration)», Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42, « 39e législature, 2e session (23 février 2011  au 2011  au 1er août 2012) », no 34, 26 avril 2012.

[8] Audition Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 8, 19 septembre 2007.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] Audition Congrès maghrébin au Québec, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[12] Audition Congrès juif canadien, région du Québec (CJC-Québec) et Services d’assistance aux immigrants juifs (JIAS), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010», Journal des débats de la Commission de la culture, vol. 40 « 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008) », no 10, 25 septembre 2007.

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