Publié par : Doudou Sow | 27 novembre 2014

Le temps de l’action pour une pleine participation de tous à l’essor du Québec

Images Le temps de l'actionLe ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) a déposé, le 30 octobre dernier, le plan qui détermine les volumes et la composition de l’immigration pour le Québec en 2015.

La question de l’intégration revenant de plus en plus souvent dans l’actualité, il serait intéressant de jeter un regard constructif sur l’esprit de L’Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration qui date de 1990. Vingt‑quatre (24) ans après la mise en place de ce tableau de bord, pouvons-nous constater que les efforts accomplis pour favoriser la pleine participation des Québécois, toutes origines confondues, ont donné les résultats espérés?

« L’approche la plus profitable à la société et, bien sûr, aux immigrants eux-mêmes est donc celle de la lutte aux obstacles à une insertion socioprofessionnelle équitable. Aussi bien pour l’amélioration des conditions socio-économiques des immigrants que pour l’économie, la lutte aux inégalités et l’investissement dans les programmes d’employabilité apparaissent préférables à une simple augmentation du nombre d’entrées annuelles[1] », indiquait une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économique (IRIS).

Il est temps de passer à l’action pour les différents gouvernements du Québec sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes. Si l’ancien premier ministre Jean Charest avait insisté, à juste titre,  sur la nécessité d’avoir « de[s] bras, de[s] cerveaux, de[s] cœurs (au Québec) pour atteindre son plein potentiel économique », lors de son discours de clôture du conseil général du Parti libéral du Québec en septembre 2007, qu’en est-il alors de leur intégration socioprofessionnelle au niveau de la société d’accueil au cours des dernières années et de nos jours?

Différents plans d’action ont été mis en place par le gouvernement libéral : Plan d’action (2004-2007) Des valeurs partagés, des intérêts communs, Plan stratégique (2008-2012 : points saillants sur la mission, la vision, les orientations, les objectifs du MICC et les priorités du gouvernement), Plan d’action gouvernemental (2008-2013) La diversité: une valeur ajoutée, Plan stratégique (2012-2016). Tous ces plans d’action qui visaient une meilleure intégration des immigrants n’ont pas empêché l’existence de barrières institutionnelles sur le terrain. En d’autres termes, les outils mis en place par le gouvernement pour faciliter l’intégration des immigrants semblent ne pas freiner le chômage élevé de cette catégorie de la population.

Les employés doivent être le reflet de la population québécoise. C’est une question sociologique que de se mobiliser pour favoriser les conditions d’une intégration réussie des néo-Québécois. On parle toujours du suivi, notamment de l’application des conclusions suite à différentes consultations qui ont été analysées dans nos deux ouvrages (Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique http://goo.gl/mOL9k6 et Intégration : une responsabilité partagée entre la personne immigrante et la société d’accueil http://goo.gl/mOL9k6 ). Le Québec est expert en matière de recommandations pertinentes, mais doit passer l’épreuve de les traduire en faits concrets. Si on appliquait le tiers des recommandations sur l’intégration des personnes immigrantes, bien des problèmes seraient résolus. Le président bénévole d’Accès Accueil Action Basses-Laurentides (ABL), Alain Marginean, traduisait très bien ce triste constat en commission parlementaire pour la période 2012-2015 :

«  […] Donc, c’est fiers du plan de la ministre qu’on s’est associés aux propos, mais pour qu’elle se rende compte les quatre dernières années, malheureusement, du peu d’action, du peu d’activité qui s’est réalisé en regard aux objectifs qui étaient mentionnés. Donc, on se retrouve en 2011 avec des éléments qui sont les mêmes, d’ailleurs, on vous a reproduit en mémoire nos conclusions qui étaient strictement les mêmes conclusions qu’on avait déposées en 2007. On ne se voulait pas d’être insultant, mais on se disait que ça demeure encore, au niveau des gens du ministère de l’Immigration, au niveau de la direction régionale, au niveau des partenaires régionaux, ça demeurait encore valide, ça demeurait encore important mais qu’il fallait recommencer ou reproduire ou accélérer, finalement, le travail[2] ».

Il convient de rappeler que le dossier de la reconnaissance des acquis n’a pas beaucoup évolué depuis des années. Le problème reste et demeure au niveau de la lenteur du traitement de l’évaluation qui peut freiner davantage une intégration rapide de l’immigrant.

Les compétences des personnes immigrantes exerçant dans des professions réglementées ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Nous pensons que les ordres professionnels devraient être plus flexibles dans le traitement des dossiers des immigrants. Même si nous sommes d’accord sur leur mandat de veiller à l’intérêt du public, il n’en demeure pas moins qu’ils ne devraient pas non plus cadenasser le système au point où les personnes immigrantes en viennent à désespérer de voir un jour leur demande aboutir favorablement.

Le renforcement de l’action du gouvernement du Québec en matière d’intégration des personnes immigrantes devrait combiner une approche terrain (incarnée par les organismes communautaires) doublée d’une recension des bonnes pratiques, mais aussi l’efficacité de certains programmes efficients.

La position du PQ consistait à dire qu’il fallait mieux préparer les immigrants avant leur arrivée, ce qui est certes une bonne chose. Mais, il faut également changer de paradigme en insistant davantage sur la préparation de la société d’accueil aux réalités de l’immigration et de l’intégration. En d’autres termes, on ne peut pas dissocier une meilleure préparation des immigrants potentiels à celle de la conscientisation de la société d’accueil sur les difficultés d’intégration des néo-Québécois. L’opération Séduction ou la Grande Séduction implique des efforts partagés par tous les acteurs du processus migratoire et d’établissement à la société d’accueil.

Les immigrants n’ont pas à porter tout seuls le fardeau de l’intégration. Cette vérité défendue en commission parlementaire en 2011 par l’ancien président du Conseil supérieur de la langue française (CSF), Conrad Ouellon, doit amener une nouvelle prise de conscience de la société d’accueil sur les efforts partagés de la question du lien social.

« Moi, je pense que, ça, on ne le sait pas tant que ça que l’immigration est un avantage. Et, lorsque j’écoute des commentaires en sortant des milieux montréalais, certains milieux montréalais, certains milieux québécois, les commentaires que j’entends ne sont pas toujours positifs. Et je suis toujours un peu surpris de voir qu’on constate et qu’on comprend assez mal les avantages de l’immigration. Et ça, ça revient à un autre point de mon rapport où je dis qu’«à un moment donné ce n’est plus à l’immigrant de porter tout le poids de l’intégration, il faudra bien qu’un jour les composantes de la société québécoise comprennent que, les immigrants, c’est un atout pour le Québec et que l’immigration est un atout. Et je ne suis pas sûr qu’on a fait tous les efforts pour que ça se passe comme ça[3] », réagissait monsieur Ouellon en réponse aux commentaires de la ministre Kathleen Weil sur l’importance de la diversité dans le cadre de la dernière commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015.

Selon nous, la diversité devrait être également plurielle en termes d’information, d’intégration des immigrants sur  les plateaux de télévision, de radio, de presse écrite, bref de diversification des sources d’information. La population locale ne doit pas juste se faire une idée des immigrants à partir de cas d’immigrants surmédiatisés de manière négative. L’apport de l’immigration est plus vaste. Une très grande implication de la société d’accueil traduirait concrètement une approche bidirectionnelle de l’intégration des néo-Québécois.

La création d’espaces de dialogues interculturels, surtout dans un contexte de débat sur les valeurs québécoises ou d’attaques terroristes sur le sol canadien, pourrait éviter les fractures identitaires. Il faut sensibiliser la population d’accueil à la diversité culturelle tout en sensibilisant les personnes immigrantes aux valeurs de la société d’accueil. Pour comprendre la société dans laquelle ils vivent, les immigrants ont nécessairement besoin de comprendre l’histoire de la société québécoise.

Il y a, certes, une adaptation de l’immigrant à la société québécoise, mais le gouvernement doit se donner les moyens de réussir la mission de l’intégration. Les immigrants doivent également apprendre à mieux séduire, convaincre et rassurer les employeurs montréalais.

Les organismes communautaires demandent une reconnaissance de leur travail et de leur expertise dans le domaine de l’intégration. Il faut sans cesse travailler avec les acteurs locaux du milieu pour comprendre les véritables problèmes rencontrés. Les organismes communautaires en région peuvent donner l’heure juste dans l’identification des besoins en matière de régionalisation de l’immigration. Ils connaissent sur le bout de leurs doigts les problèmes rencontrés par les personnes immigrantes et l’état d’esprit de la population d’accueil. Ils sont des acteurs de terrain qui ont à cœur la réussite de leur noble mission de répartition équitable de l’immigration.

Sur le plan financier, malgré une augmentation de l’entente Canada/Québec[4], les organismes communautaires continuent de se plaindre du sous-financement des organismes (délaissement à d’autres fins de ladite entente entrée en vigueur le 1er avril 1991). Les organismes qui viennent en aide aux personnes réfugiées et immigrantes n’ont reçu que 16,4 millions $ des 320 millions de cet accord comme l’a récemment souligné Eva Lopez, directrice générale de l’organisme Intégration communautaire des immigrants (ICI),  « qui a vu son financement fondre de 140 000 $ à 49 000 $ au cours des dernières années » (Régionalisation de l’immigration: les organismes tirent le diable par la queue, Gilbert Leduc, Le Soleil, 11 novembre 2014)). Les organismes partenaires du MIDI qui sont sur le terrain vivent constamment sur la corde raide. Les dépenses en matière d’intégration et de francisation n’affectent aucunement le trésor public québécois, martelait d’ailleurs un communiqué de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) du 20 mars 2012.

L’une des stratégies d’intégration socioprofessionnelle réside dans un meilleur accompagnement des immigrants par les conseillers en emploi à condition qu’ils aient les moyens financiers et humains nécessaires. Même si le taux d’obtention de diplôme est plus élevé, les immigrants ont des difficultés à intégrer le marché du travail québécois : un véritable paradoxe. Les difficultés liées à l’insertion au marché du travail québécois devraient connaître une solution définitive.

L’adaptation de services spécifiques à la clientèle immigrante, l’accompagnement soutenu auprès des petites et moyennes entreprises (PME), l’adaptation des pratiques en fonction des profils gagnants, la recension de bonnes pratiques, la connaissance des codes culturels par les immigrants et l’implication de tous les partenaires donneront certainement de meilleurs résultats au vaste chantier de l’intégration socioprofessionnelle des nouveaux arrivants.

L’emploi constitue la principale dimension d’une intégration réussie. La personne qui est en emploi est plus réceptive au discours de la société et renforce son degré d’implication et son sentiment d’appartenance à la société d’accueil. La question n’est pas en soi le volume d’immigration, mais elle l’est plus sur la répartition équitable des immigrants dans l’ensemble du territoire québécois, du financement adéquat des organismes communautaires proportionnellement au nombre d’immigrants, de la compréhension des immigrants des valeurs de la société québécoise, de  la francisation efficace des immigrants et de l’ouverture des ordres professionnels et des employeurs.

[1]   Mathieu Forcier et Laura Handal, L’intégration des immigrants et des immigrantes au Québec, Montréal,  IRIS, Novembre 2012, p.5, 12p.

[2]   Alain Marginean, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 12, 24 août 2011.

[3]   Conrad Ouellon, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 10, 17 août 2011.

[4] Malgré la hausse des montants de transferts d’argent (104 millions $ en 2000 à 216 millions $ en 2008; 226 millions $ en 2008‑2009, 258 millions $ en 2011 et 283,1 millions $ en 2012), dans le cadre de l’Accord Canada‑Québec pour l’intégration des personnes immigrantes et des réfugiés (une forme de compensation financière), l’intégration difficile des immigrants représente une réalité irréfutable. Le gouvernement fédéral, qui se base sur le montant financier précédent, augmente chaque année l’enveloppe financière qu’il attribue au gouvernement provincial. Il fait alors ce qu’on appelle une indexation ou un ajustement financier.


Laisser un commentaire Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :