Publié par : Doudou Sow | 26 novembre 2014

La reconnaissance des acquis et des qualifications professionnelles : un problème complexe

o-CANADA-QUEBEC-FLAG-facebookLa reconnaissance des compétences n’est pas juste un problème entre le Québec et les immigrants. Cette situation complexe existe à l’intérieur même du Canada où les provinces entre elles-mêmes ne reconnaissent pas automatiquement les qualifications professionnelles des travailleurs canadiens. On se souvient qu’en juin 2009, après la signature de l’entente entre la France et le Québec sur les arrangements mutuels de reconnaissance, monsieur Jason Kenney, ministre fédéral de l’Immigration, était monté au créneau pour souligner que le Québec devrait aussi parvenir à un accord avec son voisin, l’Ontario.

Entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des compétences pour favoriser l’intégration au marché du travail 

Donc, l’entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des compétences avait fait réagir le ministre fédéral de l’Immigration et de la Citoyenneté, Jason Kenney, qui se questionnait ainsi : « Si le Québec peut parvenir à un accord avec la France, je souhaiterais qu’il parvienne également à un accord avec l’Ontario. C’est une question de bon sens[1] », avait-il ajouté. L’intervention du ministre fédéral démontre toute la complexité de cette problématique qui soulève les différences dans les qualifications professionnelles des provinces canadiennes.

Reconnaître les acquis scolaires, extrascolaires et expérientiels est un défi pour toute la société québécoise et canadienne. Des méthodes d’évaluation qui sont différentes d’une institution à une autre complexifient les démarches des personnes immigrantes. En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, l’ancien président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Michel Arsenault, après avoir salué l’entente entre la France et le Québec, soulignait aussi un aspect intéressant : « On souhaiterait qu’on mette de l’avant un cadre législatif en matière des reconnaissances des acquis comme ça a été fait dans divers pays de la Communauté européenne. On pense que ça doit viser une harmonisation des formations, des processus des reconnaissances des acquis incluant le niveau universitaire. Ce qu’on ne trouve pas[2]. »

Il suggérait la mise sur pied d’ « un guichet unique » pour la bonne et simple raison que « même les Québécois de souche des fois en perdent leur latin à aller d’un ministère à l’autre. Quand tu es immigrant, c’est encore plus difficile, j’imagine, parce que tu arrives dans une nouvelle structure gouvernementale. Donc, s’il y avait un guichet unique, ça faciliterait le processus de la reconnaissance des acquis. Et on pense aussi qu’on devrait accorder un financement permettant de répondre adéquatement aux défis dans ce domaine[3] », concluait-t-il.

Au Québec, pour pouvoir exercer certains métiers réglementés, il faut avoir une carte de compétence [..]. Il existe deux types de cartes communément appelées  » carte de construction » fournies par la CCQ (la Commission de la construction du Québec) moyennant une certaine somme d’argent qui permet, par exemple, à un électricien ou à un mécanicien de travailler dans les chantiers et la « carte hors construction » délivrée par Emploi-Québec.

Dans « Quelques actions pour favoriser l’intégration au marché du travail » du gouvernement libéral provincial, on pourrait citer, outre l’Entente entre le Québec et la France en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, la « conclusion d’une entente par le MICC avec Pôle Emploi International qui offre une vitrine sur une main-d’œuvre qualifiée en France et en Europe et où les entreprises pourront afficher les emplois difficiles à pourvoir sur place au Québec[4] » pour résoudre la pénurie de main-d’œuvre.

Le Pôle emploi international ciblait des postes que le Québec n’arrive pas à combler et un traitement prioritaire est également fait sur ces profils en demande. L’ancienne ministre de l’Immigration Yolande James avait signé le 29 janvier 2010 cette entente avec Laurent Wauquiez, Secrétaire d’État à l’emploi, auprès de la ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi de la République française et monsieur Christian Charpy, directeur général de Pôle emploi.

Avec cette entente « concernant le recrutement de candidats à l’emploi de nationalité française, de ressortissants de l’espace économique européen ou d’étrangers en situation régulière en France par des employeurs du Québec », bien des professionnels français s’attendaient à ce que leurs profils soient placés sur la voie rapide, mais ils ont vite déchanté quand ils se sont heurtés à la réalité du terrain.

L’article Reconnaissance des compétences professionnelles – Pas d’accord en vue avec les vétérinaires français du journaliste Gaétan Pouliot, par exemple, décrivait très bien les obstacles de part et d’autre et rapportait même les propos d’un Français qui trouvait les « offres « humiliantes » » : « Les vétérinaires québécois veulent empêcher les étrangers de pratiquer dans la province afin de conserver des salaires élevés », accuse [François Lubrina, porte-parole de l’Assemblée des Français de l’étranger au Québec], lui-même médecin vétérinaire. Les offres québécoises sont « inéquitables » et « humiliantes pour la médecine vétérinaire française ». Pour lui, « les négociations sont mortes ».

  1. Lubrina croit de toute manière que l’Entente Québec-France est un « véritable fiasco » et que les Français se sont fait « rouler dans la farine » dans la quasi-totalité des accords signés. « Les ententes sont plus contraignantes pour eux que pour les Québécois[5]», estime-t-il.

Le texte du journaliste Gaétan Pouliot énumérait en mai 2013 la liste des « nombreuses ententes conclues : agronome, architecte, avocat, boucher, boulanger, chimiste, comptable, débosseleur, dentiste, électricien, frigoriste, infirmière, ingénieur, mécanicien, médecin, opérateur d’équipements lourds, pâtissier, peintre, pharmacien, plombier, poissonnier, sage-femme, soudeur travailleur social, urbaniste », celles qui étaient « toujours en négociations : chiropraticien, ergothérapeute et physiothérapeute, technicien en réadaptation, psychologue » et les métiers et professions qui étaient « exclus des négociations : acuponcteur, audiologiste, hygiéniste dentaire, infirmière auxiliaire, notaire, optométriste, traducteur[6] ».

La remise en question des diplômes africains et la pertinence du lieu de formation

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2012-2015, Alain Bélanger disait qu’il n’y avait pas de meilleures universités africaines selon le New-York Times. Il est vrai, comme le faisait remarquer l’ancien chef de l’analyse et de la recherche à la Division de la démographie de Statistique Canada, Alain Bélanger, que les gens préfèrent souvent étudier dans certaines universités ou certains centres de formation compte tenu de la réputation de l’institution d’enseignement.

La question de la pertinence du lieu de formation est un débat soulevé donc dans tous les pays. Cependant, il faudrait nuancer les propos de cet analyste. Si on suivait jusqu’au bout la logique du lien entre le lieu ou la réputation de l’école de formation et une intégration rapide ou automatique en emploi, les diplômés européens n’auraient pas alors de difficultés à intégrer le marché du travail québécois. Soulignons également que des immigrants ayant complété leurs études au Québec ou au Canada se voient aussi refuser un accès difficile aux équivalences, tout comme des immigrants originaires de l’Afrique et du Maghreb et ayant poursuivi leurs études en Europe ou ayant suivi une formation de mise à niveau au Québec.

La qualité de l’enseignement est différente selon les analystes Alain Bélanger, Guillaume Marois et Benoît Dubreuil. Les immigrants universitaires qui viennent des pays du Maghreb, de l’Afrique, ne sont pas moins intelligents que les étudiants québécois. Par contre, le système d’enseignement qui est différent est basé sur les cultures organisationnelles des entreprises. Le marché du travail québécois est bâti sur la base du DEC (Diplôme d’études collégiales). Les employeurs ne veulent pas prendre de risques en embauchant certaines personnes puisqu’elles ne connaissent pas le système éducatif et organisationnel des entreprises étrangères; c’est une réalité surtout quand les diplômes des nouveaux arrivants ne sont pas encore évalués par les autorités officielles (Ministère de l’immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) et institutions d’enseignement).

Cependant, l’enseignement s’internationalise dans ce 21e siècle. Des professeurs québécois enseignent des cours à l’étranger. Dans ce cadre-là, on assiste à un transfert des connaissances et des compétences. Des écoles de formation sont jumelées à des établissements d’enseignement canadiens. Mieux, des partenariats entre des universités canadiennes et des écoles de formation ou universités se font de plus en plus à l’échelle mondiale. Par exemple : « l’École polytechnique de Thiès a été mise en place par l’École polytechnique de Montréal. Il y a d’autres institutions comme l’Institut des sciences de l’environnement du Québec qui a fortement appuyé l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar[7] », souligne un article du journaliste sénégalais Mamadou Sarr dans le quotidien Walfadjri (L’aurore en français).

De plus en plus, on remarque que des universités ou écoles de formation en Afrique et au Maghreb qui sont jumelées avec des universités québécoises enseignent les mêmes cours, donnent les mêmes types de formation, véhiculent de cette façon les méthodes canadiennes et québécoises. Il est vrai également qu’avec les technologies de l’information, le savoir devient universel.

La distance géographique et informationnelle devient ainsi réduite : on pourrait assimiler cela à l’image d’étudiants venant au Québec suivre des cours sans se déplacer physiquement. Aussi, des universités vont à l’extérieur établir des ententes et recruter des étudiants.

Nous donnons cependant raison à ces analystes sur le pragmatisme de l’enseignement québécois. En effet, les programmes d’études sont conçus pour développer et maîtriser, entre autres, des compétences. Dans le système éducatif québécois, la personne immigrante ou l’étudiant peut développer des compétences jugées manquantes soit par le biais d’une formation sous la forme d’un DEC ou d’une AEC (Attestation d’études collégiales) ou des activités d’autoformation. Ainsi, elle peut compléter le parcours pour espérer par la suite faire valoir ses compétences devant les employeurs québécois.

De manière générale, un diplôme atteste que la personne a suivi un ou des cours et détient un certain nombre de compétences à l’image des programmes de formation des cégeps québécois, mais ne démontre pas une expérience de travail.

On ne pourrait pas reprocher aux immigrants sélectionnés par le Québec de manquer de qualifications. Tout comme on ne pourrait pas dire que toutes leurs qualifications sont à jour par rapport aux normes de travail ou de formation québécoises.

La complexité du processus de reconnaissance des titres de compétences étrangers (RTCE) constitue un frein supplémentaire dans l’acquisition d’un emploi à la hauteur des compétences des immigrants.

[1] Agence QMI du 10 juin 2009.

[2] Michel Arsenault, « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 42 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 11, 18 août 2011.

[3] Ibid.

[4] Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015. Document de Consultation 2012-2015, avril 2011, p.18-19, 33 p.

[5] Gaétan Pouliot, « Reconnaissance des compétences professionnelles – Pas d’accord en vue avec les vétérinaires français », Le Devoir, 21 mai 2013.

[6] Ibid.

[7] Mamadou SARR, « Études supérieures à l’étranger : Douze universités canadiennes à la pêche aux étudiants à Dakar », Walfadjri, 26 janvier 2010.


Laisser un commentaire Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :