Publié par : Doudou Sow | 25 novembre 2014

La valorisation du niveau de la langue française auprès de certains immigrants

classedefrancaisvalorisationMalgré la francisation, certains enseignants trouvent que le niveau des immigrants francisés est toujours faible. Certains professeurs en francisation affirment reclasser certains étudiants ayant suivi des cours à l’extérieur du Québec (francisation en ligne ou cours de l’Alliance française). L’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles et ministre responsable de la Charte de la langue française, tout comme sa prédécesseure, insistait dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour l’exercice financier 2013-2014 sur l’exigence d’une hausse du niveau de connaissance du français en ce qui a trait à la grille de sélection des travailleurs qualifiés.

Une nouvelle orientation accompagnée d’une nouvelle mesure palliant la connaissance insuffisante du français

La ministre Weil avait introduit un test standardisé dans l’orientation 3 : « augmenter le niveau de connaissance du français chez les candidats de la catégorie des travailleurs qualifiés ». Une connaissance suffisante en français peut aider l’immigrant à intégrer le marché du travail québécois. La connaissance du français par le biais de tests standardisés était une nouvelle orientation entamée par le Parti libéral avant la perte du pouvoir au profit du Parti québécois. L’orientation 3 a, entre autres objectifs, d’éclairer le gouvernement sur une meilleure évaluation des connaissances ou compétences linguistiques des immigrants potentiels. L’autodéclaration de la connaissance du français au moment de la sélection du candidat qui a cédé la place à un test standardisé depuis le 6 décembre 2011 (valable aussi pour l’anglais) devrait permettre d’identifier plus facilement de meilleures compétences linguistiques pour intégrer rapidement le marché du travail québécois et canadien. Le Québec, dans ce cas de figure, suit la tendance ou la règle des pays recourant à l’immigration choisie (Australie, Canada anglais, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Pays-Bas).

La valorisation du niveau de la langue française ou une meilleure connaissance ou maîtrise de la langue avait poussé le gouvernement libéral à mettre en place une nouvelle orientation sur l’évaluation objective du niveau réel de connaissance du français.

Les deux orientations du gouvernement libéral provincial visaient spécifiquement la question de la langue française et reflétaient une certaine préoccupation, même si le combat de la langue est plus porté par le Parti québécois qui en fait son cheval de bataille. Le document de consultation sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 comportait deux orientations sur la langue française ou même sur l’importance de la connaissance du français (les orientations 2 « Maintenir majoritaire la proportion de personnes connaissant le français dans l’ensemble des admissions » et 3 « orientation citée précédemment »).

Des voix s’étaient élevées pour demander des tests standardisés, notamment en français, pour s’assurer du réel niveau de connaissance du candidat à l’immigration. Ce que l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, avait compris en incluant une nouvelle donne dans son orientation sur des tests standardisés répondant également à l’avis de l’ancien vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, sur cette question. La nouvelle orientation teste le niveau de connaissance de la langue française de l’immigrant potentiel.

Dans l’ancienne procédure de sélection, des personnes déclaraient connaître le français en cochant sur des cases sans que cela ne représente vraiment la réalité. Une entrevue avec les fonctionnaires de la délégation générale du Québec permettait également d’avoir une idée sur les différents niveaux des immigrants. Depuis le 6 décembre 2011, cette vérification se fait par le biais des examens ou tests standardisés en français et en anglais. Cette problématique a été largement abordée dans le cadre de la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015.

Un communiqué du MICC daté du 6 décembre 2011 sur les compétences linguistiques soulignant que « La ministre Kathleen Weil annonç[ait] l’exigence de tests standardisés de compétences linguistiques pour les candidats à l’immigration » indiquait que :

« tous les nouveaux candidats à l’immigration de la sous-catégorie Travailleurs qualifiés qui souhaitent obtenir des points dans la grille de sélection pour leur connaissance du français (requérant principal et conjoint : maximum de 16 points) et de l’anglais (requérant principal seulement : maximum de 6 points) devront dorénavant démontrer leurs compétences en expression et compréhension orale en présentant obligatoirement, au moment du dépôt de leur demande, les résultats d’un test de compétences linguistiques réalisé auprès d’un établissement reconnu par le Ministère[1]. »

En ce qui concerne la modification des règles et procédures d’immigration (en vigueur depuis le 1er août 2013), il est clairement mentionné dans le texte du MICC disponible en ligne Connaissances linguistiques en français et en anglais (dernière modification du 1er août 2013) que :

« Les deux premiers tests (TEFAQ et TCF-Québec) évaluent uniquement la compréhension et la production orales. Ils ne peuvent être présentés que par les candidats qui veulent se prévaloir uniquement des points attribués pour les résultats à l’oral (compréhension et production). Des épreuves mesurant la compréhension écrite et la production écrite devraient être intégrées à ces deux tests en 2014. Entre‑temps, les candidats qui veulent obtenir les points attribués aux quatre compétences linguistiques (compréhension orale, production orale, compréhension écrite et production écrite) doivent s’inscrire au TCF ou au TEF. Si ces tests ne sont pas disponibles, ils peuvent s’inscrire au DELF ou au DALF. »

Dans le même texte, rubrique Attribution des points, il est indiqué que :

« Lors de l’évaluation de la connaissance du français, le niveau 7 (intermédiaire avancé) de l’Échelle québécoise des niveaux de compétence en français des personnes immigrantes adultes ou son équivalent (niveau B2 du Cadre européen commun de référence pour les langues) est le seuil minimal à compter duquel des points sont attribués.

« Le requérant principal peut obtenir un maximum de 16 points pour sa connaissance du français oral et écrit, dont 7 points pour la compréhension orale, 7 points pour la production orale, 1 point pour la compréhension écrite et 1 point pour la production écrite.

« Le conjoint d’un candidat du Programme régulier des travailleurs qualifiés peut obtenir un maximum de 6 points pour sa connaissance du français oral, dont 3 points pour la compréhension orale et 3 points pour la production orale.

« Lors de l’évaluation de la connaissance de l’anglais, le niveau 5 (intermédiaire) des Canadian Language Benchmarks ou son équivalent est le seuil minimal à compter duquel des points sont attribués.

« Le requérant principal peut obtenir un maximum de 6 points pour sa connaissance de l’anglais oral et écrit, dont 2 points pour la compréhension orale, 2 points pour la production orale, 1 point pour la compréhension écrite et 1 point pour la production écrite. »

La dernière modification de ce document datée du 7 novembre 2013 reprend exactement le contenu des règles et procédures d’immigration « pour les candidats du Programme régulier des travailleurs qualifiés ».

La maîtrise inadéquate du français peut constituer un frein à l’intégration socioéconomique des immigrants. L’évaluation des connaissances linguistiques des personnes immigrantes a également un autre avantage, comme le faisait remarquer Jean Lortie, secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux (CSN): « […] L’apport d’un test standardisé du français aidera à départager des personnes ayant un niveau de connaissance débutant, intermédiaire et avancé. Ce tableau permettra d’avoir un réel portrait linguistique des personnes sélectionnées et de mieux évaluer des besoins en francisation[2]. »

Le ministère de l’Immigration a ainsi signé des ententes et partenariats avec des institutions pour la mise en place des tests standardisés. « Les ententes établies avec deux organismes français, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris et le Centre international d’études pédagogiques pour l’utilisation de ces tests adaptés aux besoins du Québec, ces organismes administrent les tests standardisés dans plus de 930 centres agréés, dans 150 pays différents[3] », mentionnait madame Weil.

La question de l’intégration professionnelle ne se pose pas de façon unilatérale ni de la même façon entre les immigrants. Pour les immigrants originaires de l’Amérique latine, l’accès à un emploi qualifié passe normalement par une maîtrise ou une connaissance suffisante de la langue française. Quand des immigrants apprennent le français, il faut les encourager en facilitant leur intégration sur le marché du travail. Autrement, ils perdent aussitôt confiance dans l’apprentissage de la langue en question. La francisation des allophones pour faciliter leur insertion sociale rapide sur le marché du travail donne parfois un goût amer à ces immigrants. Quand vient le temps de chercher un emploi, ils se butent à la question de l’anglais, ce qui fait que, soit ils abandonnent les cours de francisation soit ils choisissent d’abord de pratiquer l’anglais. Même si plus d’immigrants connaissent le français avant de venir au Québec, il demeure évident de se questionner sur cette double discrimination. Selon Françoise David, actuelle députée de Gouin et porte-parole parlementaire de Québec solidaire, « si un milieu de travail fonctionne véritablement en français, cela représente une incitation supplémentaire pour ceux qui ne parlent pas la langue de l’apprendre[4] ».

Les compétences langagières ou le vocabulaire technique relié à la profession demeurent plus qu’importants dans une perspective d’intégration rapide, mais aussi de maintien en emploi de certaines personnes immigrantes. Une connaissance suffisante en français peut aider l’immigrant à intégrer le marché du travail québécois.

En dehors de la compréhension orale, la maîtrise du français ou bien des aspects techniques de la langue liés aux secteurs d’activité spécifiques permet à la personne immigrante de remplir convenablement certaines tâches.

Niveau de connaissance et adaptation des cours de francisation pour des secteurs bien définis (santé, génie, administration, droit, affaires, soins infirmiers, sciences appliquées…) pour mieux maîtriser le vocabulaire technique relié à l’emploi

La signature des ententes avec des ordres professionnels devrait permettre aux immigrants d’avoir un meilleur vocabulaire technique relié à l’emploi. Une connaissance plus adaptée aux réalités du métier ou de la profession qui leur permet de garder leur emploi. Un arrimage du cours de francisation avec les besoins des employeurs pourrait également faciliter leur intégration sur le marché du travail. La compréhension de la terminologie du vocabulaire technique facilite une meilleure communication et évite des incompréhensions ou malentendus.

Le gouvernement libéral provincial avait compris tardivement cette réalité et avait cherché à la corriger, comme le démontrent son orientation et la multiplication des cours spécialisés. Les compétences langagières ou le vocabulaire technique relié à la profession demeurent plus qu’importants dans une perspective d’intégration rapide, mais aussi de maintien en emploi de certaines personnes immigrantes.

Soulignons également que le gouvernement provincial favorise la mise en place de cours spécialisés de français pour augmenter les chances des immigrants à obtenir un emploi en maîtrisant la terminologie des métiers. Des cours de français gratuits pour les personnes immigrantes, ayant le français de niveau intermédiaire, dans le domaine du génie et des sciences appliquées, se donnent dans des institutions d’enseignement comme le cégep du Vieux-Montréal.

La diversification des moyens et méthodes d’apprentissage de la langue française ne peut être que salutaire dans une perspective d’augmentation du nombre de personnes francisées dans un contexte nord-américain. Les besoins en francisation seront toujours d’actualité et pourront permettre de créer ou de maintenir certains emplois.

La question de la défense de la langue française revêt toute une importance dans un contexte où le Québec a un double statut minoritaire (au niveau de la langue et en Amérique du Nord).

Position des deux principaux partis sur la langue française

Le Parti québécois (PQ) se positionne clairement avec la défense de la langue française et en réclame même très souvent la paternité du fait de la mise en place de la Charte de la langue française par Camille Laurin dans le gouvernement Lévesque. Mais le Parti libéral du Québec, par la voix de Marc Tanguay, avait tenu à réaffirmer que son parti tenait à cœur la pérennité de la langue, mais tout de même avec une vision et une démarche différentes :

« La langue française doit être l’affaire de tous, et ce n’est pas en frappant sur la tête des citoyens [projet de loi 14] que l’on fait en sorte que, oui, ils vont emboîter le pas et que, oui, ils vont faire en sorte que ce désir collectif et maintes fois réaffirmé, notamment par le Parti libéral du Québec qui, en mars 1961, avait fondé, même sous le gouvernement Lesage, l’Office de la langue française, même gouvernement du Parti libéral du Québec qui, avec la Loi 22 en 1974, avait fait du français la langue officielle du Québec[5]. »

Mais il demeure que l’on doit concilier les deux aspects : promotion et législation, pour plusieurs raisons. Malgré tous les dispositifs de la charte imposant le respect du français par les entreprises, force est de reconnaître un problème d’application de cette règle.

Les quatre partis politiques s’accordent sur le fait qu’il faut protéger et défendre la langue française, mais avec des approches et des visions différentes sur l’interprétation de la Loi et son application. Les partis politiques québécois expriment souvent que « la langue française doit être l’affaire de tous », un vœu pieu qui devrait se traduire souvent en actes concrets.

[1]    En ligne, http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Decembre2011/06/c4340.html.

[2]    Audition Confédération des syndicats nationaux (CSN), « Consultation générale et auditions publiques sur le document de consultation intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015 », Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, vol. 41 « 39e législature, 2e session (23 février 2011 au 1er août 2012) », no 13, 25 août 2011.

[3]    Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011) Le jeudi 26 avril 2012 – Vol. 42 N° 34, Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration. http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/crc-39-2/journal-debats/CRC-120426-2.html[Consulté le 7 juin 2012]

[4] La situation du français inquiète Québec solidaire, La Presse Canadienne, 10 septembre 2011.

[5]    Ibid.


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