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Publié par : Doudou Sow | 7 novembre 2014

L’intégration en français dans son domaine de compétences

Images Doudou LivresLe lien entre la langue et l’emploi est, sans nul doute, au cœur du processus d’intégration des personnes immigrantes. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie. L’intégration pleine et entière de l’immigrant se mesure à l’insertion en emploi à la hauteur de ses compétences.

En commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015, certains employeurs, notamment la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le Conseil du patronat du Québec, Manufacturiers et exportateurs du Québec, mettent en avant les compétences recherchées par le marché du travail, pas simplement la maîtrise de la langue française. En d’autres termes, même s’ils reconnaissent tous que le français est important, il n’en demeure pas moins qu’ils pensent que les besoins du marché sont prioritaires. Une conception qui va à contre‑courant de la vision souverainiste, qui fait de la langue française son cheval de bataille. On se retrouve donc avec une vision économique et une vision identitaire. Mais les deux peuvent être conciliables si un bon arbitrage est fait.

Le Québec n’arrivera pas à sélectionner 100 % de francophones compte tenu des raisons que nous évoquions dans notre premier ouvrage (Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique http://goo.gl/8f7D41 ). C’est pourquoi les mesures de francisation sont importantes. Par contre, nous pensons qu’il est nécessaire de recruter des francophones ou francophiles ou francothropes (un concept de Charles Castonguay). Leur maîtrise ou connaissance intermédiaire de la langue française, avant leur arrivée au Québec, permettra de ne pas fragiliser le statut linguistique québécois. Il est tout à fait normal que les Québécois s’inquiètent de la situation du français dans la métropole montréalaise. Mais, on ne saurait exiger que des immigrants parlent le français à la maison, leur espace privé. Les immigrants parleront leur langue maternelle à la maison ou feront l’usage de leur langue maternelle et du français si leurs enfants sont nés au Québec. À moins que le gouvernement sélectionne exclusivement des Français, des Belges et des Suisses francophones, ce qui est loin d’être possible.

Par contre, nous partageons la position de la co-chef de Québec Solidaire (QS), Françoise David, sur la crainte de l’anglicisation des milieux de travail, comme l’a bien résumée La Presse Canadienne du 10 septembre 2011 : « […] Françoise David affirme entendre de plus en plus souvent des témoignages d’immigrants à qui l’on demande de parler anglais au travail alors qu’on leur avait dit avant d’arriver dans la province qu’il fallait qu’ils maîtrisent le français[1] ».

Le rapport entre la maîtrise de la langue et l’intégration peut se révéler intéressant, mais pas tout le temps efficace au niveau de l’obtention d’un emploi. Pour preuve, le taux de chômage le plus élevé est observé chez des personnes qui maîtrisent très bien la langue française, à savoir les Maghrébins et les Noirs africains francophones. Il serait parfois important d’évaluer les postes affichés par les employeurs pour voir exactement si la connaissance de l’anglais est justifiée dans toutes les offres d’emploi.

La pérennité du français au Québec est un enjeu sociétal plus qu’important. S’il est vrai qu’il faut avoir confiance en la langue française, il n’en demeure pas moins qu’il faut rester vigilant parce que le pouvoir d’attraction de la langue anglaise est plus grand en Amérique du Nord que celui du français. La volonté de franciser davantage les immigrants avant leur arrivée au Québec augmente le nombre de personnes s’exprimant en français. Une sélection plus grande des francophones ou francophiles ou francothropes augmenterait également le nombre d’immigrants francophones dans la province québécoise.

Il faut, certes, respecter les droits linguistiques de la minorité anglophone au Québec, mais il faut également faire de même pour ce qui est des droits des immigrants sélectionnés concernant le fait français. Il faut trouver un juste équilibre entre trois réalités ou solitudes : société d’accueil francophone, Anglo-Québécois et communautés culturelles francophones. Il faut entendre la voix des sans-voix africains et maghrébins, des immigrants unilingues français, qui sont outrés de ne pas trouver un emploi à cause de la bilinguisation à outrance des postes d’emploi. Ils connaissent d’ailleurs des taux de chômage astronomiques.

Le gouvernement canadien a déjà protégé la langue anglaise au Québec en identifiant déjà ses secteurs de compétence exclusifs : le transport, les télécommunications et le secteur bancaire. Il en est de même pour le gouvernement du Québec, par l’esprit du gouvernement de René Lévesque à travers la Loi 101, qui accorde des protections à certains milieux : la santé par exemple. La Charte canadienne et la Charte des droits et libertés du Québec protègent également les minorités linguistiques.

Le renforcement de la présence de la langue française dans le contexte nord-américain nécessite une adhésion non partisane de tous les partis politiques provinciaux québécois.

L’auteur est sociologue-blogueur, conférencier et consultant. Il a publié en avril 2014 deux livres sur la question de l’intégration professionnelle des personnes immigrantes et l’identité québécoise.

[1]       La Presse Canadienne, « La situation du français inquiète Québec solidaire », 10 septembre 2011.

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Responses

  1. Très pertinent comme analyse. Effectivement il est presque frustrant de ne voir, dans la quasi totalité des offres d’emploi, que des postes qui exigent un bilinguisme parfait. Surtout dans le domaine du service à la clientèle. Doit-on s’inquiéter de l’avenir de la langue française dans la province? En tous cas si cette tendance outrancière de bilinguisation des emplois offerts se maintient, il y a lieu, effectivement, de de se poser le question.

  2. Merci pour cette article qui résume bien à la fois les préoccupations terrains des chercheurs d’emploi immigrants et des enjeux sociaux plus larges. Cet article nous permet d’avoir une vision plus complète des enjeux linguistiques dans le marché de l’emploi au Québec et les tensions associées. Pour une élève ayant fait preuve de persévérance en complétant le niveau 3 de francisation qui se fait dire par un employeur « Vous ne parler pas assez bien français, vous ne pourrez pas travailler comme couturière chez nous » c’est très décevant. Le milieu de travail est un moyen de mettre en pratique les notions apprises en francisation, les compétences techniques solides acquises dans son pays et de s’intégrer de façon durable dans la société québécoise.

  3. […] Par contre, nous partageons la position de la co-chef de Québec Solidaire (QS), Françoise David, sur la crainte de l’anglicisation des milieux de travail, comme l’a bien résumée La Presse Canadienne du 10 septembre 2011 : « […] Françoise David affirme entendre de plus en plus souvent des témoignages d’immigrants à qui l’on demande de parler anglais au travail alors qu’on leur avait dit avant d’arriver dans la province qu’il fallait qu’ils maîtrisent le français[1] ». […]


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