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Publié par : Doudou Sow | 18 octobre 2013

Hommage aux aînés du Québec par Vérène Mukandekezi

 

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«Lorsque tu vois l’immensité de ces ouvrages et le génie derrière, tu ne peux que rendre hommage aux aînés du Québec! » Telle est la déclaration spontanée d’un immigrant à l’occasion d’un atelier sur l’histoire du Québec. L’hommage aux aînés, voici un terrain propice pour un rapprochement interculturel et intergénérationnel auquel je convie tout un chacun dans les paragraphes qui suivent.

Dudu Sow est d’origine africaine. Il est établi au Québec depuis quelques années, en provenance du Sénégal. Il travaille à PROMIS où il est responsable de l’employabilité et de la régionalisation. Entre autres activités, il organise pour les immigrants des visites visant la découverte du potentiel de la vie en régions. C’est en guise de commentaire et en référence aux infrastructures hydroélectriques de Shawinigan, que Dudu a lancé la déclaration ci avant,  lors de l’atelier organisé par PROMIS en octobre 2007 et animé par l’historien Pierre Ramet. Et à lui de renchérir : «Les aînés du Québec se sont sacrifiés : ils ont bravé les conditions extrêmement difficiles pour ériger ces ouvrages. Nous leur devons respect, comme celui réservé aux  aînés  en Afrique»

L’intervention de Dudu, qui retint la plus grande attention des participants à l’atelier, a suscité en moi une réflexion nourrie sur l’hommage dû aux aînés du Québec. J’ai d’abord regardé de près le respect réservé aux aînés en Afrique et me suis ensuite intéressée aux réalités des aînés au Québec. De quel genre d’hommage jouissent les aînés en Afrique et pourquoi? Que faudrait-il pour rendre plein hommage aux aînés  du Québec?

Les sociétés africaines, bien qu’en mutation, demeurent traditionnelles pour la plupart. Très hiérarchisées, ces sociétés placent les aînés au sommet, d’où ces derniers exercent une influence prépondérante sur la famille et la communauté en général. Vieillir n’est-il pas synonyme de sagesse? De plus, avancer en âge, loin d’être une préoccupation, devient objet de fierté, et pour cause. Une personne âgée, même encore en pleine possession de ses moyens, se voit  entourée de ses membres de famille, et à défaut, des membres de la communauté qui se relaient pour lui éviter l’isolement.  Et lorsque la personne âgée est en perte d’autonomie, il n’est pas rare qu’elle ait droit à un «détachement de grands enfants» chargés de résider avec lui pour lui procurer la chaleur humaine et pourvoir à d’autres besoins essentiels. Un tel hommage tient à la reconnaissance des réalisations des aînés qui, pour l’essentiel, tournent autour de l’édification d’une famille et à la croyance selon laquelle aider les personnes âgées est porteur de bénédictions. Ainsi, avec l’entraide et la solidarité au cœur des valeurs qui soutiennent le tissu social des communautés, prendre soin des personnes âgées est une responsabilité familiale et collective fondamentale en Afrique.

De là, on peut comprendre l’aisance et parfois même l’enthousiasme avec laquelle les immigrants d’origine africaine exercent le métier de préposé aux bénéficiaires dans les centres d’hébergement pour personnes âgées. À plusieurs reprises, j’ai entendu une compatriote dans ce métier déclarer «C’est gratifiant de travailler auprès des personnes âgées. Elles sont si attachantes. J’adore le regard qu’ils me lancent lorsque je termine de leur donner des soins. C’est un regard plein d’amour et de gratitude»

Les aînés du Québec méritent hommage  à plus d’un titre. Ils n’ont pas que ou pas nécessairement la famille à brandir comme réalisation majeure de leur vie. L’impact de la carrière exercée, les luttes menées pour différentes causes sont tant d’accomplissements dont les aînés ont des raisons d’être fiers. Ainsi, l’hommage leur dû tient non seulement au développement d’infrastructures comme celles  qui ont fasciné monsieur Dudu, mais aussi à la conquête des différents droits et libertés dont nous jouissons aujourd’hui. Eh! Oui, les aînés ont œuvré à l’édification d’une société prospère et ouverte qui leur vaut toute notre estime.

Avec une telle vision des choses, l’on ne peut que comprendre l’interpellation, pour le moins provocante, «Communiqué – Des proches aidants à bout de souffle! une responsabilité collective oubliée? » En effet, dans son communiqué de presse du 10 juin 2008, le conseil des aînés alerte «Dans un contexte où le vieillissement accéléré de la population québécoise exerce déjà des pressions énormes sur le réseau des soins et des services de longue durée, le Conseil des aînés s’inquiète vivement de l’état de vulnérabilité grandissante des proches aidants. ….Il est urgent de redéfinir les consensus sociaux eu égard à la perte d’autonomie, afin de départager collectivement et équitablement les responsabilités…» (WWW. mfa.gouv.qc.ca)

Dans une consultation publique des aînés qui s’est achevée en novembre 2007, ces derniers demandent entre autres un maintien à domicile, un plus grand soutien aux personnes aidantes et une vie de qualité. Saurons- nous leur rendre l’hommage dû en répondant à leurs demandes? Pouvons-nous relever ce défi et leur permettre de vivre fièrement leur âge avancé ? Et comment?

Tout d’abord, nous devons changer d’attitude dans notre perception du vieillissement. «Les cheveux blancs sont une couronne d’honneur», dit la Bible. Ensuite, nous devons assumer la responsabilité collective de pourvoir à leurs besoins croissants non seulement à travers les taxes mais aussi par des initiatives accrues d’aide aux aidants, notamment par le bénévolat. C’est ici en particulier que l’immigration peut jouer pleinement son rôle. En plus de répondre aux besoins économiques de main-d’œuvre, les immigrants, particulièrement ceux d’origine africaine, peuvent contribuer au rééquilibrage des valeurs, permettant aux aînés de reconquérir leur rang social traditionnel ainsi que les droits y afférents. Somme toute, relever ce défi revient à prendre soin de nous-mêmes, quel que soit notre âge. Comme le dit un proverbe rwandais, «AGATINZE KAZAZA NI AMENYO YA RUGURU», qui se traduit par «CE QUI TARDE MAIS NE MANQUE PAS D’ARRIVER CE SONT LES INCISIVES DE L’ARCADE DENTAIRE SUPÉRIEURE» Puisse cette année de célébration du 400ème du Québec nous donner un nouvel élan vers un hommage accru aux aînés du Québec.

Vérène Mukandekezi

(verenem2001@yahoo.com)

Hommage aux aînés du Québec!  Par Verene Ndekezi, Tiré du bulletin d’information trimestriel no. 1 de ACR ©2008, Association Amitiés Canada Rwanda. 

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Responses

  1. […] et du respect des personnes âgées. (Pour aller plus loin sur ce point de vue, lire l’article https://doudousow.wordpress.com/2013/10/18/802/) Comme dans toute société, les individus vivent avec leurs ressemblances tout en ne niant pas […]


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