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Publié par : Doudou Sow | 13 septembre 2013

Catho-laïcité, laïcité rigide et laïcité inclusive : Le Québec à la croisée des chemins

catholaicitéLe principe de la laïcité est au cœur du fondement d’une société où la neutralité devient le ciment de toute cohésion sociale. Le principe de la laïcité inclut l’égalité de toutes les religions et la neutralité de l’État, la séparation de l’État et de l’Église. L’État entretient des rapports neutres avec la religion, et donc, n’est ni pour ou contre une religion particulière.

L’interculturalisme au Québec se résume souvent à trois valeurs essentielles : la primauté du fait français, la séparation entre l’Église et l’État, l’égalité homme-femme, une vision qui, selon certains, définirait la politique d’immigration québécoise.

La neutralité de l’État entre les religions, la séparation de l’État et de l’Église définissent donc la laïcité. Tous les citoyens doivent être traités de façon juste et équitable par l’État. On donne souvent l’exemple de la France et de la Turquie (pays musulman, mais laïque dans ses institutions) qui sont contre le voile islamique dans les institutions publiques.

La laïcité se manifeste différemment dans les pays occidentaux. La place de la religion dans l’espace public est plus ou moins tolérée ou non tolérée dans les sociétés se réclamant laïques : un débat culturel en fait. Les croyances sont du domaine privé ou, plus simplement, le principe de la laïcité prône que la religion soit une affaire privée. Dans les sociétés occidentales, chaque personne vit sa spiritualité comme elle l’entend.

Une catho-laïcité ou laïcité à géométrie variable

Les laïcs exigent une élimination des manifestations religieuses, même dans la religion catholique qui était le marqueur de l’identité québécoise. Le Mouvement laïc québécois a demandé que le crucifix soit retiré de l’Assemblée nationale du Québec pour un traitement équitable de toutes les religions. Le rapport Bouchard-Taylor recommandait le retrait du crucifix de l’Assemblée nationale. Mais le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) sont pour le maintien du crucifix, une forme de « catho-laïcité » à la sauce québécoise (décision unanime des députés en 2008 pour le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale).

Le Québec est laïc en théorie si l’on en croit la déclaration de la présidente du Mouvement laïque québécois, Lucie Jobin, sur les plateaux de RDI (déclaration non officielle de laïcité, mentionne-t-elle. En d’autres termes, la laïcité n’est pas enchâssée dans la Charte des droits et libertés du Québec et le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale est, selon elle, une contradiction de la laïcisation de la société).

Le directeur général de l’Institut du Nouveau Monde (INM), Michel Venne,  partage le même avis que la présidente du Mouvement laïque québécois. Dans une contribution « En quête de laïcité » parue dans le journal Métro, voici ce qu’il disait :

« ([…]) le principe de la laïcité dans nos institutions publiques n’est affirmé dans aucune loi ni aucune charte. En fait, c’est le contraire qui est vrai puisque « la suprématie de Dieu » est l’un des principes inscrits dans la Constitution canadienne[1]. »

Certains laïcs trouvent paradoxal le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale du Québec au même moment où on demande aux immigrants de se départir de leurs signes religieux. Au risque de froisser certains musulmans, dont nous faisons fièrement partie, nous pensons humblement que le crucifix a une valeur patrimoniale à l’Assemblée nationale du Québec et rappelle le passé religieux québécois. Il doit être dans cette institution. Si le Québec décide de se départir de tous ses symboles religieux, il ne doit  s’en prendre qu’à lui-même et arrêter de blâmer les immigrants qui ne leur ont jamais demandé de renier toutes leurs identités. Par contre, autoriser des prières ostensibles de quelques secondes dans un conseil municipal reviendrait à appliquer la politique du deux poids deux mesures.

Certains immigrants en ont voulu à la première ministre du Québec, Pauline Marois, en lui reprochant de ne pas s’être prononcée sur cette décision donnant raison[2] au maire de Saguenay, Jean Tremblay, alors qu’elle s’était empressée de critiquer la décision de l’association sur l’affaire du turban. Un autre cas de ce que nous appelons « le nécessaire exercice de la pédagogie de la souveraineté ». Autrement dit, les immigrants penseront que le PQ ne défend que les Québécois dits de souche ou les principes identitaires, excluant de facto tout ce qui touche l’intérêt des immigrants, une perception qui peut cependant être levée avec une meilleure communication vis-à-vis des communautés immigrantes.

En ce qui concerne le droit accordé aux élus de réciter une prière avant les conseils municipaux, le débat est loin d’être clos. Même si la dernière décision de la Cour d’appel du Québec a cassé la décision du tribunal d’appel sur les récitations du maire Tremblay, le Mouvement laïque québécois n’entend pas baisser les bras. Cette organisation fait même un appel à tous sur son site Internet http://www.mlq.qc.ca/ pour « relance[r] sa campagne de financement pour soutenir le Fonds pour la défense de la liberté de conscience[3]. »

En dépit des divergences sur le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale, « Le Mouvement laïque québécois soutient Bernard Drainville, 25 août 2013, La Presse Canadienne[4]. »

La laïcité rigide ou radicale, version péquiste

Le Parti québécois (PQ) a respecté ses engagements électoraux sur la question de l’interdiction des agents de la fonction publique et parapublique en ce qui a trait au port de signes religieux ostensibles dans l’exercice de leurs fonctions officielles. Les écoles privées, les garderies en milieu familial et les institutions non subventionnées sont exclues des mesures du PQ. Si on suit la logique du Parti québécois, les immigrants qui veulent travailler dans la fonction publique devront s’attendre à tout le moins à enlever le voile lors de leurs heures de travail. Le gouvernement péquiste demande aux immigrants désirant intégrer la fonction publique de choisir entre le port d’un signe religieux ostentatoire et le travail dans les institutions publiques.

Le premier sondage après la fuite du Journal de Montréal donne des indications sur l’opinion des Québécois qui appuient l’idée d’une Charte des valeurs québécoises. Le sondage Agence QMI/Léger Marketing[5] réalisé par Internet auprès de 1 000 personnes  réparties dans toutes les régions du Québec, du 23 au 24 août 2013, indique que 57 % des Québécois sont d’accord pour interdire les signes religieux ostentatoires; 65 % des francophones trouvent que l’intention du gouvernement péquiste de mettre en place la Charte des valeurs québécoises est une bonne chose. Ils sont seulement 25 % des anglophones et 33 % des allophones à trouver pertinente ou utile la mise en place de cette charte, ce qui indique une différence de perception sur le sujet entre les francophones et les anglophones révélant ou cristallisant les chicanes identitaires (ou engueulades identitaires).

67 % des Québécois pensent qu’il y a trop d’accommodements pour des motifs religieux au Québec. 78 % des personnes sondées estiment qu’on devrait interdire aux policiers le port de signes religieux. 67 % des enseignants, 67 % des infirmiers ensuite 64 % des fonctionnaires municipaux et des médecins et 63 % des éducatrices en garderie.

30 % des Québécois font confiance au PQ dans le dossier des accommodements raisonnables contre 18 % pour le PLQ, 6 % pour la CAQ et 4 % pour QS (Québec solidaire).

En se fiant à ces sondages, on peut comprendre pourquoi le PQ, qui avait l’habitude de reculer sur certains dossiers, a  décidé d’aller de l’avant dans son projet de loi.

Dans le contexte pluraliste de la société québécoise, le concept de laïcité devient un sujet de préoccupation constante. Une société peut être tolérante et, en même temps, établir une balise des règles d’accommodement.

La laïcité ouverte ou inclusive, version libérale

On pourrait penser que Bouchard, Taylor et le gouvernement libéral provincial ont opté pour :

«La laïcité « ouverte » [qui] défend un modèle axé sur la protection de la liberté de conscience et de religion, ainsi qu’une conception de la neutralité étatique plus souple. Dans les faits, les régimes de laïcité se situent dans un continuum allant des positions les plus rigides et sévères aux positions les plus flexibles et accommodantes envers la pratique religieuse. De plus, un État peut adopter des positions tantôt plus restrictives sur un enjeu, tantôt plus ouvertes sur un autre. La France, par exemple, interdit le port de signes religieux à l’école publique, mais continue d’assumer l’entretien d’églises catholiques et protestantes et de synagogues construites avant l’adoption de la Loi concernant la séparation des Églises et de l’État de 1905 et finance à plus de 75 % les écoles privées confessionnelles[6]. »

Les partisans de la « laïcité ouverte » défendent le principe de ne pas exclure complètement la religion de l’espace public québécois. Ils vont plus loin en affirmant que la « laïcité stricte » est contraire à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne en vigueur depuis le 28 juin 1976 et la Charte canadienne des droits et libertés en vigueur depuis le 17 avril 1982. La liberté de conscience est également mise sur le tapis par certains Québécois et néo-Québécois qui préconisent la laïcité ouverte.

Pour la commission Bouchard-Taylor, les employés de l’État doivent avoir le droit de porter certains signes religieux, excepté les signes des représentants de l’ordre (policiers, procureurs, juges, gardiens de prison).

En commentant le dernier sondage sur les « accommodements religieux », le journaliste de La Presse, Paul Journet, disait ceci :

« On y parle «d’accommodements religieux», et non «d’accommodements raisonnables», le concept juridique plus large utilisé par les tribunaux. Certaines questions suggestives  suscitent une large adhésion. On a proposé aux sondés l’énoncé suivant: «Mettre un terme aux accommodements déraisonnables, c’est favoriser la cohésion sociale et l’intégration». Ils étaient 70 % à être d’accord (34 % «tout à fait d’accord», 36 % «plutôt en accord»).

« La laïcité stricte suscite aussi l’adhésion, mais dans une moins grande mesure. À l’énoncé «Il faut interdire tout signe religieux sur la place publique. La religion est une affaire privée et doit se manifester seulement en privé», 54 % des sondés se disent d’accord (29 % «tout à fait d’accord», 25 % «plutôt en accord»). La proportion est presque identique chez les francophones.

« Mais quand on pose des questions plus précises sur l’interdiction du port des signes religieux visibles dans certaines professions, les appuis augmentent. Le rapport Bouchard-Taylor recommandait de les interdire dans certaines professions, comme les gardiens de prison, les policiers et les juges. Seulement 5 % des sondés jugent «acceptable» de le permettre[7]. »

Ce journaliste avait déjà commenté, en mai 2013, la décision du PQ d’interdire le port de signes religieux ostensibles dans la fonction publique :

« Le Parti québécois propose d’aller plus loin en les [port des signes religieux visibles] interdisant dans l’administration publique, comme chez les enseignants et fonctionnaires. Les sondés semblent appuyer cette proposition. Ils ne sont que 9 % à juger «acceptable» de permettre les «signes religieux visibles» pour les éducateurs en garderie, enseignants au primaire et secondaire ou professeurs de cégep et université. Les deux tiers jugent cela au contraire «inacceptable».  Environ le quart se dit «indifférent». Les appuis sont presque identiques pour les fonctionnaires[8]. »

Le port du signe religieux au niveau de la fonction publique constitue la pomme de discorde entre le PQ et le PLQ. Le gouvernement libéral provincial, en s’appuyant sur les réserves des instances juridiques du Barreau du Québec et de La Commission des droits de la personne pour ne pas porter atteinte à l’expression individuelle, décidait de ne pas aller de l’avant sur le projet de loi n° 94 tel que demandé par le Parti québécois.

« La Commission des droits de la personne d’ailleurs a déjà évoqué que, si jamais le gouvernement allait plus loin que le projet de loi n° 94 dans le sens d’interdire des signes religieux, ça prendrait une clause dérogatoire[9] », soutenait Mme Kathleen Weil lors de l’Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration.

La position du Parti libéral sur cette question traduit également une vision idéologique de la notion de respect à l’individu. Comme le rapportait l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Kathleen Weil, il y a eu beaucoup de débats sur le projet de loi 94 en commission parlementaire qui était finalement resté sur la glace.

« Alors, nous avons fait 20 heures en commission parlementaire. Et, si la députée [péquiste d’Hochelaga-Maisonneuve, Carole Poirier] avait vraiment l’intention de faire une étude sérieuse d’une loi qui s’appelle la Loi établissant les balises encadrant les demandes d’accommodement dans l’Administration gouvernementale et dans certains établissements, ce n’est pas une loi sur la laïcité[10]. »

L’application d’une interdiction à un fonctionnaire de porter des signes religieux devient problématique et complexe dans le contexte d’une Amérique du Nord où l’intégration en emploi ne doit pas se faire sur la base de la religion, de l’ethnie, de l’origine. Même si cela heurte les valeurs de laïcité des individus, la notion juridique des accommodements privilégie les immigrants en vertu de la charte canadienne et même de la charte québécoise.

La notion de liberté de conscience est protégée par la charte comme le mentionne d’ailleurs, L’avis Laïcité et diversité religieuse : l’approche québécoise présenté à la ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration en mars 2004 par le défunt Conseil des relations interculturelles (CRI) :

« La liberté de religion est un droit garanti par l’article 2 a) de la Charte canadienne des droits et libertés et l’article 3 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. La liberté de religion est un droit individuel qui se traduit collectivement par le droit pour les membres d’une même religion de se réunir et de manifester leur foi. La liberté de religion comprend le droit de la professer, de l’enseigner et de la propager, donc, par voie de conséquence, le droit du fidèle de fréquenter un lieu de culte et, sur le plan collectif, le droit pour la communauté religieuse de construire et de posséder un lieu de culte pour se réunir et pratiquer les rites de ses croyances religieuses43. (Jézéquel, p. 4.)[11]. »

Il demeure, par contre, évident de lutter contre toute forme de prosélytisme qui est une manifestation excessive de sa croyance. L’impartialité du fonctionnaire serait alors mise en cause si jamais il utilisait la religion pour rendre une décision ou se laissait influencer par les valeurs religieuses.

Le Conseil du statut de la femme (CSF) avait recommandé un renforcement de la notion de laïcité. En commission parlementaire sur la planification pour la période 2012-2015, l’ancien porte-parole de l’opposition officielle en matière de langue, immigration et communautés culturelles (2011-2012),Yves-François Blanchet, qui s’exprimait au nom du PQ, avait souhaité que :

« l’interculturalisme soit affirmé dans une loi qui ferait notamment état des valeurs communes du Québec dont la laïcité et l’égalité des sexes… [parce que] la valeur fondamentale de la laïcité et de l’égalité des sexes a été intégrée à la charte au Québec, mais pas au niveau des valeurs fondamentales et pas dans le préambule. ([…]) Pour notre part, on croit que ça doit s’inscrire à même une constitution[12]. »

Mais il demeure que des obstacles pour imposer la laïcité se dresseront devant le Parti québécois puisque le Québec est encore régi par les lois de la Charte canadienne quoique « la première ministre Pauline Marois a déjà affirmé qu’elle recourrait «sans aucune réserve» à la clause dérogatoire, si nécessaire, pour contrevenir à la Charte canadienne des droits[13]. » Madame Marois a l’appui sur cette idée du chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), François Legault, qui se dissocie toutefois d’elle sur la généralisation du port de signes religieux ostentatoires dans la fonction publique. Le chef de la CAQ pense que les médecins, les infirmières, les éducatrices en CPE et les employés de bureau dans la fonction publique et parapublique qui ne sont pas des figures d’autorité peuvent continuer à porter des signes religieux ostensibles dans l’exercice de leurs fonctions.

Il s’avère aussi que les pays d’immigration sont confrontés à des demandes d’accommodement, et leur gestion délicate soulève bien des débats et ne satisfait aucune partie. Ces pays ne savent pas trop comment faire pour régler ces questions puisque des instruments juridiques vont à l’encontre de la volonté de laïcisation exprimée par la grande majorité de la population.

Obstacles juridiques

On donne souvent l’exemple de la France sur des questions de respect ou non de la laïcité, mais des « risques juridiques » se posent également dans ce pays comme le faisait remarquer un article du professeur des facultés de droit à l’Université de Poitiers et président de l’Association française de droit des médias et de la culture, Pascal Mbongo  « Constitutionnaliser la loi de 1905 et ne pas prendre le droit au sérieux? », paru dans « Le Huffington Post Québec en collaboration avec le groupe Le Monde ».

L’agrégé des facultés de droit et professeur des universités, qui a publié en 2011 le livre La liberté d’expression en France. Questions nouvelles et débats nouveaux, note, au sujet de la promesse de François Hollande de constitutionnaliser la laïcité de l’État à l’article 1 de la Constitution, que :

« François Hollande a proposé d’inscrire la loi de 1905 dans la Constitution. Il faut faire l’hypothèse qu’il n’a pas sollicité l’avis de juristes. Il est vrai que dans le débat public français, l’objet très juridique qu’est la « laïcité de l’État » est littéralement « préempté » par des… non-juristes.

« L’article 1er de la Constitution dit donc que la France est une « République laïque » qui « respecte toutes les croyances ». Et la liberté de conscience est, elle aussi, déjà un principe constitutionnel. François Hollande a précisé qu’il s’agit plutôt d’ajouter que « la République respecte la séparation des églises et de l’État, conformément au titre premier de la loi de 1905, sous réserve des règles particulières applicables en Alsace et Moselle ». Or nos juridictions interprètent déjà le principe de laïcité de l’État comme recouvrant, notamment, les principe de liberté de conscience et de libre exercice des cultes (article 1er de la loi de 1905) l’interdiction pour des institutions publiques d’accorder le label de service public à quelque groupement religieux et l’interdiction des subventions à des activités ou à des institutions à caractère religieux (article 2 de la loi de 1905). Soit les trois prescriptions du… titre premier de la loi de 1905. Autrement dit les prescriptions du titre Ier de la loi de 1905 sont déjà « constitutionnalisées » sans préjudice, par exemple, du « caractère propre » reconnu aux groupements affinitaires à caractère religieux ou des règles propres à l’Alsace et à la Moselle.

« Pour ainsi dire, la proposition de François Hollande court un sérieux risque juridique : celui de voir le Conseil constitutionnel décider, après une révision constitutionnelle, que « l’inscription de la loi de 1905 dans la Constitution » n’a juridiquement aucun intérêt»[14]. »

Ceci démontre la complexité juridique de ces sujets.  La Cour européenne des droits de l’homme, la Charte canadienne des droits et libertés, la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, le Barreau du Québec, la Commission des droits de la personne opposent leur véto concernant l’interdiction du port des symboles religieux.

En d’autres termes, le PQ sera confronté à des difficultés juridiques, s’il décide d’interdire tous les signes religieux si l’on se réfère aux différentes chartes. Au niveau légal, la loi sur les accommodements raisonnables va être contestée.

Même des acteurs pro-laïcité demandent aujourd’hui une certaine prudence. Charte des valeurs : des juristes pro-laïcité éprouvent un malaise, un récent article signé par Paul Journet de La Presse. :

« Même ceux qui réclamaient comme le Parti québécois que Québec se dise laïque éprouvent aujourd’hui un malaise face au projet de charte des valeurs québécoises. Selon deux éminents juristes partisans de la laïcité [Me Jean-Claude Hébert était l’un des signataires du Manifeste pour un Québec laïque et Me Louis-Philippe Lampron, professeur de droit à l’Université Laval, spécialiste des chartes des droits et des demandes d’accommodements], c’est une «démarche électoraliste» et peut-être anticonstitutionnelle qui limite indûment la liberté de religion[15]. »

En ce qui a trait à la volonté du gouvernement péquiste d’exprimer clairement, dans son projet de Charte des valeurs, la primauté de l’égalité homme-femme sur  la liberté de religion, le débat juridique est loin d’être tranché.

« M. Drainville veut que l’égalité homme-femme prime la liberté de religion. Or, « la Cour suprême s’est prononcée de façon on ne peut plus claire à plusieurs reprises. On ne peut pas hiérarchiser deux droits fondamentaux. On ne peut que leur apporter une limite raisonnable, et c’est aux tribunaux de l’évaluer », note Me Hébert. Québec risquerait d’être débouté en Cour suprême.

« Et ce n’est pas seulement une particularité de la Charte canadienne des droits et libertés. La Convention européenne des droits de l’homme a toujours refusé de hiérarchiser les droits, note Me Hébert. «Si Québec change les règles du jeu, il ferait cavalier seul[16]. »

Selon le journaliste de La Presse :

« Comme Me Lampron, Me Hébert croit que Québec ″«va trop loin″». «On s’immisce dans la conscience des gens. En interdisant à une infirmière ou une éducatrice de CPE de porter le hidjab, on empiète sur les libertés fondamentales», prévient-il.

« Lui aussi croit que la restriction doit seulement s’appliquer à l’autorité de l’État, qui ne doit pas être influencé ou paraître influencé par le religieux. L’interdiction de signes religieux est donc justifiée, selon lui, pour les juges, avocats, gardiens de prison et policiers, de même que pour l’ensemble de la justice civile et administrative.»[17]

La perception de la population québécoise que le gouvernement libéral accorderait trop d’accommodements raisonnables aux immigrants se reflétait à travers différents sondages de La Presse, notamment, ceux publiés en février 2010[18] et récemment dans le Journal de Montréal en août 2013.

https://doudousow.files.wordpress.com/2013/09/avis-preliminaire-charte-des-valeurs-quebecoises-doudou-sow-8-septembre-2013.pdf


[1] En quête de laïcité, Tribune Point de vue, Michel Venne, Métro, 29 août 2013, page 4.

[2] La prière peut continuer, Le Journal de Montréal, 28 mai 2013, p.5. On pourrait lire dans la couverture de ce journal le titre « Amen Le maire de Saguenay exaucé ».

[3] Pour aller plus loin sur ce sujet, lire le communiqué LE MOUVEMENT LAÏQUE QUÉBÉCOIS A BESOIN DE VOTRE SOUTIEN APPEL À TOUS POUR LA DÉFENSE DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE disponible sur leur site.

[5] Accommodements religieux : Les Québécois derrière le PQ, Journal de Montréal, 26 août 2013.

[6]Fonder l’avenir : le temps de la conciliation : rapport Gérard Bouchard, Charles Taylor, [coprésidents], Québec, p.137,  2008, 307 p.

[7]Les «accommodements religieux»: une question pas réglée, selon les Québécois, Paul Journet, La Presse, 21 mai 2013, http://www.lapresse.ca/actualites/politique-quebecoise/201305/21/01-4652931-les-accommodements-religieux-une-question-pas-reglee-selon-les-quebecois.php

[8] Ibid.

[9] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début : 23 février 2011) Le jeudi 26 avril 2012 – Vol. 42 N° 34, Étude des crédits budgétaires 2012-2013 du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, volet Immigration).http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/crc-39-2/journal-debats/CRC-120426-2.html[Consulté le 7 juin 2012].

[10] Ibid.

[11] Laïcité et diversité religieuse : l’approche québécoise : avis présenté à la ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration, Conseil des relations interculturelles, Québec, p.48, 2004, 94 pages.

[12] Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens, Version préliminaire, 39e législature, 2e session (début: 23 février 2011), Le mardi 13 septembre 2011 – Vol. 41 N° 16, Audition Conseil du statut de la femme.

[16]  Ibid.

[17] Ibid.

[18]  « Les Québécois restent opposés aux accommodements », Louise Leduc, 27 octobre 2009, La Presse. « Sondage Léger Marketing-Le Devoir – Le gouvernement Charest trop «accommodant» [Trois Québécois sur quatre souhaitent plus de fermeté devant les demandes religieuses]. Alec Castonguay, Le Devoir, 18 février 2010. Selon le sondage Léger Marketing pour le compte de l’Agence QMI rendu public le 28 juillet 2010, 73% des Québécois sont contre le port du voile intégral en public.

« La burqa ne passe pas au Québec » Laura Payton / Sun Media – Agence QMI, 27 juillet 2010.

« Sondage : Les Québécois contre la burqa en public », LCN NATIONAL, 28 juillet 2010.

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