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Publié par : Doudou Sow | 13 septembre 2013

La recherche de l’équilibre sur la question des signes religieux : « Pas trop de permissivité, ni un excès d’interdiction »

burqaIl serait plus sage de ne pas mettre toutes les voilées dans le même panier. Une certaine prudence est de mise concernant cette question du voile. À vouloir trop les critiquer, on risque de les isoler davantage et de produire un effet non souhaité en ce qui a trait à la question de l’inclusion. La chasse aux sorcières et la charge trop émotive par rapport à cette frange de la société peuvent mener à l’exclusion radicale de cette catégorie de population.

Le port du voile qui attise la discrimination ne facilite pas l’intégration des personnes immigrantes d’origine musulmane. La question du voile produit un effet pervers. Quand les personnes sont isolées et vulnérables, elles se dirigent et se retournent automatiquement dans leurs communautés d’origine. Une interdiction stricte peut être contreproductive et renforcer la ghettoïsation.

« […] Lorsque les individus se trouvent dans une situation de vulnérabilité, minorisés au sein d’un groupe plus large, la religion peut offrir, au moins pour un temps, un refuge identitaire plus efficace que l’identité nationale. À cet égard, certains immigrants récents, confrontés à une nouvelle société dont ils ne maîtrisent pas encore le fonctionnement, fragilisés par la perte de leur réseau personnel et de leur statut social, peuvent souhaiter retrouver au sein d’un groupe religieux, une cohésion symbolique difficile à maintenir . »

Il serait aussi discriminatoire d’associer l’immigration à la question religieuse. Le Mouvement laïque québécois (MLQ) a très bien compris la nécessité de dissocier ces deux aspects. En réalité, peu de personnes immigrantes demandent des accommodements religieux. En outre, il est archifaux de penser que les personnes immigrantes passent tout leur temps à s’adonner à des pratiques religieuses dans un contexte européen ou nord-américain. Ce serait réducteur de faire un amalgame sur cette question.

 
La question religieuse devient un problème au Québec avec en toile de fond une image négative de la religion musulmane dans le monde occidental. Cependant, l’équation Immigration = accommodements raisonnables = problèmes = recul des valeurs n’est pas crédible. Analyser l’immigration uniquement sous cet angle est méconnaître la diversité enrichissante du Québec.

La confusion sur le débat sur les accommodements raisonnables règne au Québec à tel point que certains Québécois cherchent systématiquement à interdire le port des signes religieux (voile, kippas, crucifix, turban), non pas dans les institutions publiques, mais aussi sur la place publique ou dans les rues.

 
Les personnes immigrantes sont comme les Québécois. Elles se référent au confort afin de tirer leur épingle du jeu « de la stratégie gagnante ». Le cadre constitutionnel canadien défend le principe religieux et les juristes évitent de hiérarchiser les droits. La Charte canadienne a préséance sur la Charte québécoise des droits et libertés.

Accommodements : Les immigrants court-circuitent le Québec et se réfugient au fédéral

Les immigrants qui ont des demandes à formuler s’appuient sur l’une ou l’autre des chartes selon leurs intérêts. Dans l’affaire du voile ou de tous les signes religieux ostentatoires, si le gouvernement péquiste légifère, les personnes concernées iront au fédéral, comme cela a été le cas dans l’affaire du kirpan vu plutôt comme un facteur culturel au Canada anglais, contrairement au Québec, où il est considéré comme un symbole religieux.

Un certain nombre de Québécois se sont indignés de la décision de la Cour suprême qui autorisait les élèves sikhs à porter le kirpan (leur couteau rituel) à l’école québécoise.

Quand des demandes ne trouvent pas un écho favorable au Québec, les personnes immigrantes se tournent vers le fédéral. C’est ce que nous appelons la stratégie de la recherche du confort. C’est pourquoi nous partageons le point de vue de Bouchard sur « l’ajustement concerté » qui vise à trouver une solution de compromis. Il est certain que la voie du judiciaire ne peut être écartée pour certains problèmes, mais la politique d’immigration doit se faire de telle sorte que les immigrants vivant au Québec se reconnaissent plus dans la Charte des droits et libertés du Québec que dans celle du Canada.

Les personnes immigrantes cherchent à tirer leurs épingles du jeu « j’obtiendrai les droits que le Québec me refuserait auprès d’Ottawa . », mais pour combien de temps encore? L’affaire du kirpan est là pour nous rappeler qu’elles sont prêtes à défendre leurs points de vue en se référant au fédéral.
La Loi sur le multiculturalisme a été adoptée en 1988 pour valoriser les cultures venues d’ailleurs. Le Canada est victime de sa propre image.

L’histoire des crimes d’honneur (le célèbre cas Mohammed Shafia) est-elle révélatrice du fossé entre les valeurs de la société d’accueil et celles de certaines personnes immigrantes? Les Québécois ne peuvent et ne pourront jamais comprendre des concepts de crimes d’honneur qui étaient pratiqués depuis très longtemps. Ce sont des notions qui les dépassent au vu des valeurs qu’ils prônent. Mais on a remarqué aussi des crimes passionnels dans la société (le célèbre cas de Guy Turcotte), ce qui fait qu’on ne doit pas également ethniciser certains crimes.

L’opposition valeurs ou traditions islamiques versus valeurs occidentales peut se mesurer à partir de deux concepts : le voile intégral (le cas de Naema) ou le voile tout court et le crime d’honneur.
Le principe de la laïcité ouverte a aussi des limites. Des accommodements déraisonnables, comme ceux du voile intégral, ne doivent pas trouver un écho favorable, mais il faut éviter de stigmatiser la population immigrante.

Les personnes qui sont très éduquées sur les questions religieuses ou traditions culturelles doivent réaliser qu’elles ne peuvent pratiquer comme elles le font dans leur pays d’origine. Si elles décident de le faire, elles doivent vivre les conséquences de ce choix. Comment une femme portant le voile intégral pense devenir pharmacienne dans un contexte nord-américain ou européen où la pharmacienne est en contact permanent avec la clientèle? Il aurait fallu qu’elle se lance dans la création de sa propre entreprise et même cela lui serait difficile de développer des affaires à moins qu’elle ne cible une clientèle qui épouse les mêmes valeurs que les siennes. Tout le monde a le droit de pratiquer sa religion, mais aussi dans le respect de certaines valeurs de la société d’accueil.

Le principe de la laïcité ouverte a aussi des limites. Des accommodements déraisonnables, comme celui de Naema, ne doivent pas trouver un écho favorable. Il faut éviter de stigmatiser, certes, cette population, mais la tolérance a ses limites.

L’accommodement est une affaire d’interprétation. Il ne devrait pas y avoir de pause prière pour les musulmans dans leurs lieux de travail, tout comme des congés religieux dans une société laïque. Ceux qui font des demandes d’accommodements raisonnables ne rendent pas service à leurs communautés. Ils donnent des munitions à ceux qui pensent que les immigrants veulent leur imposer leur façon de faire.
Le port du voile est un choix qui entraîne des conséquences dans les sociétés développées (mauvaise perception, difficultés de se trouver un emploi, marginalisation).

https://doudousow.files.wordpress.com/2013/09/avis-preliminaire-charte-des-valeurs-quebecoises-doudou-sow-8-septembre-2013.pdf

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