Publié par : Doudou Sow | 11 septembre 2013

La question du voile et de l’islamisme n’est pas juste une affaire québéco-québécoise

Burqa voile internationalIl n’existe absolument pas de consensus à l’intérieur des communautés musulmanes sur la question délicate du voile. Le voile se porte également de différentes façons. Il y a une différence entre la religion et la culture de ceux qui pratiquent la religion. Le voile n’est pas une obligation religieuse, mais un choix personnel. En d’autres termes, il est plus culturel que religieux.

Dans certains pays, le port du foulard, et non du voile, est une tradition. Le sociologue sénégalais, Souleymane GOMIS, disait dans le cadre d’une entrevue avec une journaliste sénégalaise, Maguette NDONG, du quotidien Le Soleil que : « Le foulard (un morceau de tissu qui est au-dessus de la tête des femmes mais ne couvre pas le cou) fait partie de nous, le voile est l’expression visible d’une religion[1]. »

Dans certaines sociétés musulmanes, celles qui ont déjà porté le voile ont une crainte de ne plus le porter si un jour elles décident de ne pas le faire. Le jugement de la société musulmane peut être terrible dans ce cas-là.

La communauté musulmane est loin d’être monolithique. Cette différence se décline dans l’existence d’une diversité dans la diversité religieuse mais aussi de diversité à l’intérieur d’une même communauté musulmane. Certains ont souvent tendance à créer une confusion quand il s’agit de nommer, de catégoriser des musulmans, en parlant de la communauté musulmane. Il n’y a pas une communauté musulmane, mais des communautés musulmanes, comme il n y a pas juste une communauté noire, mais des communautés noires.

Des femmes musulmanes réclamant de la laïcité s’opposent au port de signes religieux, tel le voile dans les institutions publiques. Cette question se pose aussi dans les pays musulmans qui refusent la percée du fondamentalisme religieux[2].

Devant des discours de plus en plus virulents des prédicateurs islamistes, les musulmans n’auront pas d’autres choix que de les dénoncer[3]. Récemment, la controverse des prédicateurs islamistes a remis sur le tapis la place de la femme faussement interprétée par des personnes qui vivent dans un autre temps :

« On verra bientôt débarquer à Montréal[4] des prédicateurs islamistes européens qui bannissent la mixité, qui considèrent qu’une femme doit raser les murs dans la rue, que c’est un péché de lui serrer la main, que de refuser de porter le voile est «pire» que d’avoir le cancer ou encore que la télévision est un «poison» à cause des lectrices de nouvelles «dénudées»[5]. »

En adoptant une position claire sur certains sujets religieux controversés, comme le voile intégral et des propos irrespectueux envers les femmes, les musulmans modérés coupent l’herbe sous le pied aux extrémistes d’extrême-droite islamophobes qui font de cette question leur fonds de commerce (se rappeler des campagnes chocs et racistes du parti de l’Union démocratique du centre (l’UDC) avec en toile de fond une image de femmes voilées)[6].

Comme le faisait remarquer un excellent article du journal français Libération : « L’islam permet un processus de mobilisation simple et efficace[7]. » La diabolisation de cette religion prend parfois sa source dans certains gestes ou attitudes posés par certains fanatiques qui veulent définir le degré de religiosité selon leurs propres critères.

Dans certains pays musulmans, la question apparait dans un débat où il existe même une tendance à mesurer le degré de religiosité en fonction de la tenue vestimentaire. Il est aussi vrai qu’il faudra, si une personne, qui se fait imposer un voile au nom de la religion ou qui porte une barbe,  traite certains musulmans ou des non musulmans ou des occidentaux de mécréants parce qu’ils ne pensent pas comme elles, lui faire comprendre qu’elle se trompe de jugement. « Refuser de porter le voile, c’est pire que d’avoir le cancer ou le sida. Car ne pas porter le voile te mènera en enfer[8] », prêchait Nader Abou Anas.

La liberté de conscience, ou la liberté religieuse, est un choix de vie personnel tout comme la liberté de ne croire en rien. Personne ne peut obliger quiconque à croire ou ne pas croire. Chacun est libre de choisir son mode de vie pourvu qu’on n’empiète pas sur le droit des autres.

Dans certains pays musulmans, le foulard peut s’inscrire dans la tradition et non dans la religion. La tenue vestimentaire n’est pas en soi un indicateur de religiosité ou non. Ce n’est pas parce qu’on porte le voile ou que l’on cultive une longue barbe que l’on adopte plus de comportements pieux que celles qui ne le portent pas ou ceux qui rasent leur barbe. Il faut plus parler de la philosophie de la religion musulmane que de dogme religieux.

Nous venons d’une société où des érudits ont tracé la voie religieuse musulmane en harmonie avec la religion catholique et les traditions. Le Sénégal peut se vanter de figures religieuses à l’image de Mame Abdoul Aziz Sy, Cheikh Ahmadou Bamba, Mame Limamou Laye, Mame Bou Kounta, etc.

On peut faire de la religion musulmane une philosophie qui guide nos actions quotidiennes. Personnellement, l’islam nous permet de développer le sens du partage, l’esprit d’entraide et une cohabitation pacifique avec des personnes nous vouant un respect. La religion musulmane nous inculque un sens de la mesure qui permet de réaliser qu’une personne ne peut pas tout avoir dans la vie. Psychologiquement, la croyance à la religion musulmane nous donne la paix du cœur.

Il y a l’esprit de la religion musulmane ou du Coran qui permet de faire du discernement. Tuer des gens au nom de la religion n’est pas faire preuve de respect vis-à-vis de la religion musulmane. Le temps du djihad est révolu. Dans les sociétés occidentales, il faut pratiquer sa religion sans imposer sa vision ou croyance à ceux et celles qui n’ont aucune conviction religieuse. L’imam malékite tunisien, Saïd Jaziri, celui qui a tenté de revenir à Montréal, en mars 2011, en entrant illégalement sur le territoire américain[9], a causé beaucoup de torts à la communauté musulmane, de par ses prises de position radicales.

En prônant systématiquement un islam orthodoxe, celui qui est surnommé par les médias québécois l’« imam controversé », et qui est également une création artificielle des médias, a davantage attiré de manière négative les projecteurs sur des musulmans qui ne demandent qu’à travailler dignement, à élever leurs enfants et à aider leurs familles restées dans leur pays d’origine. Ceux qui prônent un islam radical ne rendent pas service aux musulmans et deviennent les bourreaux de leurs compatriotes et fidèles.

Les médias doivent plus tendre le micro à des imams qui développent des discours tolérants. Dans le dossier de Radio-Canada « Conversions religieuses : d’une foi à l’autre », un article intéressant de Normand Hasty, intitulé « Une autre image de l’Islam », présentait le témoignage de l’imam Omar Kone  qui représente, de notre point de vue, une très bonne image de l’Islam. L’article rapporte que :

« La présence musulmane au Québec est relativement récente et, à compter de 1975, principalement le fruit de réfugiés. Surtout des Indiens d’Afrique orientale, de même que des Libanais et des Iraniens qui fuient la guerre dans leur pays. Puis à la fin de 1980, l’immigration en provenance de Turquie, d’Asie centrale, d’Asie du Sud, d’Indonésie et d’Afrique noire alimente la population musulmane.

 
« Depuis les années 90, c’est la population arabe, principalement maghrébine, venue s’installer au Québec, qui fait croître la communauté musulmane. Entre 1961 et 2001, la communauté musulmane est passée de moins de 1 000 membres à 108 620. En dix ans, de 1991 à 2001, elle a crû de 141 %[10]. »

Les musulmans modérés ont tout à gagner en brisant le silence sur certaines personnes qui se drapent derrière la religion pour justifier un acte, une pratique ou une croyance. En s’invitant au débat politique, ces musulmans modérés permettent à la société d’accueil de ne pas faire l’amalgame sur la religion, mais aussi de relativiser leurs discours en ne mettant pas tout le monde dans le même panier. Le Congrès musulman canadien(CMC) fait, à notre avis, un très bon travail en disséquant le vrai du faux de la religion musulmane.

En guise de rappel, en octobre 2009, le Congrès musulman canadien s’était opposé au port du voile islamique intégral (burqa et niqab) en public. Il a même demandé au gouvernement fédéral de bannir le port de ces signes religieux portés par une minorité de femmes musulmanes.

https://doudousow.files.wordpress.com/2013/09/avis-preliminaire-charte-des-valeurs-quebecoises-doudou-sow-8-septembre-2013.pdf


[1] Entrevue Maguette NDONG avec SOULEYMANE GOMIS, SOCIOLOGUE, Le Soleil, 25 Août 2010.

[2] Lire à ce sujet, l’article Le bras de fer tunisien: entre laïcité et intégrisme, Agnès Gruda, La Presse, 7 mai 2013.

[4] Le Palais des congrès de Montréal a finalement annulé la conférence islamiste de Montréal pour des raisons de sécurité. Mais les organisateurs de la conférence «Entre ciel et Terre» ont réussi leur pari en tenant discrètement l’événement dans une mosquée.

[6] En Suisse,  la construction d’un cinquième minaret  a servi de prétexte à un parti de la droite pour en faire un référendum où le nom l’a remporté : une majorité écrasante de 57,5% pour l’interdiction des minarets à l’appel des partis de la droite populiste (UDC  et UDF).

[7] DÉCRYPTAGE-Trois chercheurs analysent la montée du phénomène national-populiste en Europe, après le vote suisse contre les minarets., Liberation.fr, mercredi 2 décembre 2009.

[8] Des prédicateurs islamistes radicaux attendus à Montréal, Fabrice de Pierrebourg, La Presse, 21 août 2013, A 14.

[9] L’imam Saïd Jaziri n’est pas au bout de ses peines, Fabrice De Pierrebourg,  La Presse, 12mars 2011, p. A 24.


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