Publié par : Doudou Sow | 10 septembre 2013

L’épineuse question de l’intégration des personnes immigrantes

imagesCA3906WA IntégrationLe constat de l’intégration des maghrébins musulmans laisse à désirer, comme le soulignait d’ailleurs un article de La Presse de la journaliste Catherine Handfield intitulé « Des chômeurs diplômés » :

« L’État les voulait, il les a eus. La politique d’immigration québécoise des années 90 visait les francophones qualifiés. Quelque 60 000 Arabes sont arrivés au cours de cette décennie. Mais 20 ans plus tard, le portrait est peu reluisant, particulièrement chez les musulmans.

« Dans cette communauté, le taux de chômage est trois fois plus élevé que la moyenne québécoise, selon les recherches du spécialiste des religions de l’UQAM, Frédéric Castel, qui s’appuie sur le recensement de 2001. Près de 25% des musulmans de 25 à 44 ans sont chômeurs, comparativement à 8% pour le reste de la population . »

Certains titres des articles de la presse québécoise sont révélateurs des difficultés d’intégration des personnes immigrantes : « La grande frustration » La non-reconnaissance des diplômes constitue un des principaux freins à l’intégration des immigrants, (Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 17 septembre 2008); « Immigrants qualifiés cherchent emploi » Champion pour attirer une main-d’oeuvre compétente, le Québec parvient difficilement à les intégrer au marché du travail, (Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 8 avril 2010) ; « Le paradoxe de l’immigration », Bien accueillis, les nouveaux venus sont rapidement laissés à eux-mêmes, (Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 10 avril 2010); « Québec: le triste sort des immigrants », (Rima Elkouri, La Presse…) « Québec a mal évalué sa capacité d’intégrer les immigrants », (Le Devoir, jeudi 13 mai 2010, Robert Dutrisac); Immigration: Québec ne tient pas compte de la capacité d’intégration, La Presse Canadienne, 12 mai 2010.

Le Québec est la province canadienne qui s’en est le mieux tirée durant la récession. Malgré cela, une catégorie de la population a été durement touchée : les immigrants. En se basant sur l’étude de l’Institut de la statistique du Québec intitulée Participation des immigrants au marché du travail en 2009, on s’aperçoit nettement que le taux de chômage au Québec était de 13,7 % chez les immigrants contre 7,6 % pour les natifs. Il est vrai qu’en période de crise économique, les immigrants trinquent les premiers. C’est un phénomène mondial. Par contre, même quand l’économie québécoise se portait très bien, les immigrants étaient plus touchés par le chômage (septembre 2007).

L’emploi demeure, de manière évidente, le premier facteur socialisateur et intégrateur de l’individu dans une société. L’état des lieux sur la question de l’intégration en emploi des immigrants, notamment des Noirs, permet de dresser un tableau moins reluisant. Il existe un constat, souvent partagé par des recherches scientifiques, mais aussi par les organismes communautaires sur le terrain, sur les difficultés d’intégration de certaines communautés culturelles, comme le révèle une certaine précarisation des emplois qu’elles occupent, mais aussi et surtout, un taux de chômage inacceptable. Les statistiques démontrent un taux de chômage très élevé des minorités visibles .

Le débat sur la place réelle des néo-Québécois au sein de leur société d’accueil demeure plus que jamais d’actualité, notamment si l’on se fie aux dernières conclusions de trois rapports de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) sur une discrimination systémique de certains groupes de la population québécoise (discrimination à l’embauche des minorités « racisées », médecins étrangers, profilage racial). Les conclusions de L’étude Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées: résultats d’un «testing» mené dans le Grand Montréal effectuée par Paul Eid et rendue publique en mai 2012, une étude plus connue sous le nom de « Mieux vaut se nommer Bélanger que Traoré »; des résultats d’une enquête menant à une discrimination systémique des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (DHCEU), le 16 novembre 2010; le rapport de 2011 qui valide l’existence du profilage racial et discrimination systémique des jeunes racisés. Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées : résultats d’un « testing » mené dans le grand Montréal, Paul Eid, chercheur, Ph.D. (sociologie), Mai 2012. Profilage racial et discrimination systémique des jeunes racisés rapport de la consultation sur le profilage racial et ses conséquences un an après : état des lieux, Louise Brossard, chercheure, 13 Juin 2012.
L’intégration des personnes immigrantes dans la société québécoise est une conjugaison de plusieurs facteurs. Il serait réducteur de l’analyser simplement sous l’angle de quelques paramètres. Elle implique tous les acteurs de la société (gouvernement, institutions, entreprises, syndicats, ordres professionnels, milieux de travail, etc.).

L’entreprise étant un microcosme de la société, l’intégration professionnelle constitue ainsi le contact direct de l’immigrant avec les membres de la société québécoise.
S’il est vrai que l’assimilation se présente comme la négation de l’autre, il n’en demeure pas moins que l’incompréhension des us et des coutumes par les immigrants crée une frustration ou ravive le racisme chez certaines populations.

Il serait inapproprié d’affirmer que tous les immigrants ne veulent rien savoir de la culture québécoise. L’interculturalisme permet de s’approprier des éléments positifs de la société d’accueil tout en apportant des aspects positifs de sa culture d’origine.

Les immigrants doivent, certes, faire des efforts pour s’intégrer culturellement, mais la société d’accueil a aussi la responsabilité de les aider à réussir une intégration économique et sociale. En clair, une personne immigrante doit aller vers le Québécois, mais ce dernier doit aussi s’ouvrir à elle. La mise en place des lieux de rencontre pour développer le dialogue favorise un sentiment d’appartenance qui évite la ghettoïsation des immigrants.

La non-reconnaissance des acquis, tout comme le sous-financement des organismes communautaires qui viennent en aide aux immigrants, constituent un frein à l’intégration des immigrants.
L’intégration des immigrants ne peut se faire sans la sensibilisation des acteurs de la société. Tous les membres de la société doivent travailler ensemble pour embarquer dans une logique contractuelle empêchant que le bateau ne chavire ou n’atteigne une île déserte. Mais aussi les histoires à succès de certains immigrants permettent aux nouveaux arrivants de ne pas céder au découragement.

Notre préférence du concept intégration plutôt qu’assimilation trouve sa signification dans le fait que le premier terme fait référence à la symbiose de valeurs tandis que le deuxième renvoie à un déni total de l’héritage culturel de l’immigrant. La culture dominante reste sans conteste celle de la société québécoise puisque la culture de l’immigrant ne saurait, en aucun moment, se substituer à la culture québécoise. Cependant, il y a un pas à ne pas franchir en voulant systématiquement assimiler les immigrants. Cette conception, même minoritaire, a ses adeptes au sein des membres de la société d’accueil. Elle est contreproductive dans la mesure où elle installe chez les immigrants un sentiment de repli identitaire. Des expressions courantes tournent autour du fait que les immigrants doivent faire comme nous, penser comme nous, adopter les mêmes habitudes alimentaires. Cet épisode peut rappeler la colonisation vécue par certains immigrants ou leurs parents. La différence au niveau de la conception de l’intégration devrait se situer dans le dosage des aspects culturels mutuels. Le juste milieu devrait être le maître mot de ce consensus identitaire.


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