Publicités
Publié par : Doudou Sow | 10 septembre 2013

Y-a-t-il vraiment une différence de conception sur le port des signes religieux entre le Québec et le reste du Canada anglais?

canada-quebecAu moment où l’Ontario dépose une motion contre la Charte des valeurs et que le gouvernement du Québec s’apprête à publier officiellement dans les prochaines heures le projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises, une analyse rigoureuse s’impose.

Le ministère des Affaires civiques et de l’Immigration (MACI) de l’Ontario, l’équivalent du MICC au Québec, affiche fièrement sur son site Internet une femme voilée pour « accueillir les nouveaux arrivants ». Cette photo montrant une femme voilée n’est pas un détail et démontre toute la différence, du moins en apparence, au niveau de la conception de la diversité entre le Québec (province interculturelle) et l’Ontario (province canadienne la plus multiculturelle).

Le maire de Calgary, Naheed Nenshi, a même invité les immigrants frustrés par le projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises à s’établir dans sa ville. Le Canada anglais a traité le Québec de tous les noms d’oiseaux. Mais nous ne sommes pas certains que les Canadiens, dans leur écrasante majorité, se sentent à l’aise par rapport à des signes religieux ostentatoires, même s’ils font sans doute preuve de beaucoup plus de tolérance sur cette problématique que le Québec. Le problème est plus complexe qu’il n’en a l’air et deux articles documentés du journal La Presse peuvent nous édifier sur le fait que le gazon n’est pas aussi vert qu’on le pense chez les voisins du Québec.

Dans le contexte des accommodements raisonnables, les médias anglais tiraient à boulets rouges sur le Québec en critiquant son « intolérance » envers les communautés culturelles. Mais le problème est plus complexe qu’il n’en a l’air.

« Les Québécois moins accommodants que les Canadiens envers les communautés ethniques? Les chroniqueurs et les médias des autres provinces ne se gênent pas pour le dire. Et l’écrire. Pourtant, en consultant les statistiques et en dépêchant des journalistes à Toronto, Vancouver et Calgary, La Presse a constaté que si les autres provinces tenaient aussi des commissions sur les accommodements raisonnables, le débat ferait tout autant jaser . »

La journaliste québécoise, Émilie Côté, commence à lister des faits divers qui démontrent le bien-fondé de son argumentation contraire sur la perception souvent véhiculée de l’intolérance des Québécois envers les communautés ethniques versus le Canada anglais supposément plus tolérant envers les communautés culturelles :

« Cette semaine, à Toronto, on apprenait qu’une musulmane, Halima Muse, avait été suspendue par la compagnie Garda. L’agente de sécurité refusait de porter la jupe du nouvel uniforme fourni par son employeur. Elle la jugeait trop courte.

« Un peu plus à l’ouest, au Manitoba, un arbitre a empêché une fillette musulmane de participer à une compétition de judo avec son voile.

« Au Canada anglais, les frictions entre immigrants et citoyens «de souche» sont loin d’être rares. […] Mais au Canada anglais, plusieurs restent convaincus que les Québécois sont plus intolérants que les autres, et surtout, moins ouverts aux demandes des communautés ethniques . »
Récemment, l’affaire du turban appelée « Turbangate » par certaines personnes avait également permis à une chroniqueuse du même journal, Rima Elkouri, de démontrer que les choses sont plus compliquées sur la comparaison qui, du fédéral ou du Québec, est plus tolérant vis-à-vis des communautés culturelles.
« L’histoire se déroule sur un terrain de soccer juste avant un tournoi. Un arbitre dit à un joueur sikh de 15 ans : «Tu ne peux jouer avec ton turban. C’est interdit.» Les entraîneurs interviennent. «C’est une question religieuse. Vous ne pouvez lui demander de l’enlever! ».

« L’arbitre, intransigeant, répond par une phrase qui suinte l’intolérance: «Il n’a qu’à décider ce qui est le plus important: sa religion ou le match».

« Ailleurs, sur d’autres terrains au cours de ce même tournoi, d’autres joueurs sikhs sont exclus par des arbitres qui invoquent aussi le règlement. Par solidarité avec les exclus, des équipes entières décident de boycotter le tournoi. Six matchs doivent être annulés.

« Cette histoire s’est passée en 2005 en Colombie-Britannique, une province où habite près de la moitié de la population sikhe du pays. Décision discriminatoire et atteinte à la liberté religieuse, ont dit les uns. Décision dictée par le règlement de la Fédération internationale de football association, ont répondu les autres. Bref, le même débat qui a lieu ici a déjà été soulevé là-bas il y a quelques années. En a-t-on conclu pour autant, comme on l’a dit du Québec, que la Colombie-Britannique est une province xénophobe qui a atteint des sommets d’intolérance? Non . »
Même s’il faut condamner avec la dernière énergie les propos de la directrice générale de la Fédération de soccer du Québec (FSQ), Brigitte Frot, comme l’a d’ailleurs souligné la chroniqueuse de La Presse, quand elle affirmait que les sikhs :

« «peuvent jouer dans leur cour.» Comme bien de gens, j’ai bondi en entendant ces mots ahurissants de Brigitte Frot (…). Elle expliquait ce qu’il reste à faire aux enfants sikhs qui voudraient continuer à jouer au soccer avec leur turban. Une question de sécurité, plaidait-elle, en avouant du même souffle que la FSQ n’avait aucune preuve que le turban pouvait compromettre la sécurité de qui que ce soit. Autant dire clairement qu’il s’agit d’un argument bidon pour justifier une décision motivée par des raisons inavouables . »

L’article de La Presse canadienne rappelait les circonstances regrettables de cette décision :
« L’Association canadienne de soccer a annoncé lundi soir qu’elle imposait une suspension à la Fédération de soccer du Québec parce que celle-ci avait refusé d’autoriser le port de turban, de patka ou de keski par les joueurs pendant un match. Le président de l’Association canadienne, Victor Montagliani, a indiqué qu’il avait demandé la semaine dernière à la Fédération d’annuler la décision. Il a ajouté que «l’inaction de la Fédération forçait [l’Association] à prendre des mesures afin d’assurer que le soccer demeure accessible au plus grand nombre de Canadiens.» La suspension sera levée dès que l’Association aura «reçu la preuve» que la Fédération aura aboli l’interdiction . »

Le Canada est sans nul doute victime de l’image qu’il a voulu lui-même créer à l’étranger. Dans la logique de la définition de l’identité nationale, le Canada, pays multiculturel, se repositionne, aussi, en réécrivant l’histoire en parlant de trois peuples fondateurs et des valeurs canadiennes. Un nouveau guide de l’immigrant du gouvernement du Canada à l’endroit des immigrants, publié le 12 novembre 2009, qui insiste sur l’égalité des sexes, livre un message très clair aux nouveaux arrivants.

Le nouveau guide, intitulé « Découvrir le Canada: les Droits et Responsabilités liés à la citoyenneté » réserve une section sur la question de l’égalité des sexes qui insiste sur le fait que les hommes et les femmes sont égaux devant la loi au Canada. Le code de conduite ainsi que les valeurs canadiennes sont bien expliqués aux futurs Canadiens.

Le paragraphe en gras qui suit démontre à un certain moment la nouvelle position du gouvernement conservateur sur la question des valeurs canadiennes.

« L’ouverture et la générosité du Canada excluent les pratiques culturelles barbares qui tolèrent la violence conjugale, les meurtres d’honneur, la mutilation sexuelle des femmes ou d’autres actes de violence fondés sur le sexe . »

Mais enfin, pourrait-on se poser la question si on était en train d’assister à une redéfinition du fédéral sur le thème du multiculturalisme?

Même si le ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme du Canada, Jason Keney, soutenait que l’inspiration du document « Découvrir le Canada : les Droits et Responsabilités liés à la citoyenneté » vient de l’histoire canadienne, et non du « code Hérouxville de 2007 » qui interdisait la lapidation des femmes sur son territoire, il reste que la petite municipalité était heureuse de cette nouvelle. Par la voix de son maire, Bernard Thompson, qui disait en substance que « c’est un juste retour aux choses (RDI, 12 novembre 2009). Cela va servir au Parti conservateur lors des votes », prédisait-il. Dans la réalité, cela ne s’est pas traduit en faveur du vote conservateur au Québec où les électeurs ont préféré donner une chance au Nouveau Parti démocratique (NPD). La philosophie, ou même l’idéologie conservatrice, insistait dans le nouveau guide sur le fait que la citoyenneté canadienne entraîne des privilèges, mais aussi des devoirs.

Selon le ministre, la promotion de l’intégration et le maintien de la cohésion sociale passent par une bonne connaissance des valeurs communes canadiennes. L’existence « de communautés parallèles » dérange le ministre fédéral. Et on voyait ainsi un glissement du concept du multiculturalisme vers le concept de renforcement de l’identité canadienne. Un changement de cap et de philosophie qui remet en cause la conception généreuse du Canada.

L’idée de l’interculturalisme était en train de prendre le dessus sur le multiculturalisme. Le virage du conservateur qui était idéologique, mais aussi stratégique en fonction de l’électorat, était apprécié au Québec qui est plus porté sur ces questions.

Mais l’on voit également que le gouvernent conservateur, qui portait le flambeau de la liberté de religion, remet ces jours-ci le dossier dans un contexte de projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises. « Le Canada réitère son attachement à la liberté de religion . »

Sur le site du ministère Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada, on peut lire « une déclaration par vidéo le 26 septembre 2012 [du ministre des Affaires étrangères John Baird] réaffirmant l’engagement ferme du Canada à l’égard de la promotion du droit à la liberté de religion ou de croyance lors d’un événement co-présidé par le Canada, tenu en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies ». Il indiquait clairement ceci :

« Comme le premier ministre du Canada Stephen Harper l’a déclaré : ″Le pluralisme est le principe qui nous rassemble en tant que communautés diverses. Il est essentiel à notre société civile et à notre prospérité économique. Tout comme le Canada, la plupart des nations du monde sont composées de peuples d’ethnies, de cultures, de langues et de religions diverses. Le pluralisme permet aux individus de conserver leur héritage culturel, linguistique et religieux dans un cadre de citoyenneté partagée″ . »
Le multiculturalisme confessionnel, à l’instar de la création du Bureau de la liberté de religion pour la promotion de la liberté religieuse, suscite des craintes auprès des Québécois attachés à des valeurs comme celle de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Un petit rappel historique nous permet de comprendre la logique de la notion de liberté religieuse canadienne :

« En 1982, c’est au tour du gouvernement fédéral de se doter d’une Charte des droits, enchâssée dans la Constitution canadienne. C’est d’ailleurs à l’occasion du rapatriement de cette constitution que l’on verra apparaître pour la première fois la mention de Dieu dans ce texte. En effet, sous l’influence de mouvements religieux conservateurs de l’ouest du pays, on y inclura cette phrase : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». Cependant, le fait que cette mention apparaisse dans le préambule de la constitution fait sans doute en sorte qu’elle n’a pas encore été évoquée comme fondement d’une cause ou d’une poursuite . »

Publicités

Laisser un commentaire Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :