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Publié par : Doudou Sow | 9 septembre 2013

Mise en contexte du débat sur les accommodements raisonnables

signes-religieux
Au Québec, le terme « accommodement raisonnable » est associé, de fait, au code de Hérouxville, qui est un petit village qui a fait les manchettes à cause de l’interdiction du port du voile, de l’excision des petites filles et de la lapidation des femmes adultères. André Drouin , conseiller municipal à l’époque, est auteur du «fameux code de vie » qui a fait découvrir, dans le monde entier en janvier 2007, ce village fondé en 1897 de plus de mille habitants dans le comté de Mékinac situé dans la région de la Mauricie. Il faut préciser qu’un sondage avait déjà été réalisé auprès de la population de la MRC de Mékinac les 17 et 18 décembre 2006.

Le site officiel de Hérouxville, http://municipalite.herouxville.qc.ca/, dressait la liste des villes qui ont participé à ce sondage . Cent quatre-vingt-seize (196) personnes ont participé à ce sondage dont 98 hommes et 98 femmes. Les groupes d’âge sondés se situent entre18 et 60 ans. Les principales questions, au nombre de 19, touchaient principalement à la relation homme-femme, à la question de la perception du racisme et à tous les sujets qui irritaient les Québécois (port du kirpan, le droit des garçons et des filles de se baigner ensemble dans une piscine, le droit de boire de l’alcool, presque tous les faits divers qui ont secoué le Québec en 2007 et, enfin, une question sur la nation québécoise).

Le politique l’a récupéré pour en faire un débat politico-politicien. Sur ce plan, l’Action démocratique du Québec (ADQ) est à l’origine du débat. En effet, le thème de la campagne de l’Action démocratique du Québec sur les accommodements raisonnables a porté ses fruits, comme en témoigne le score de ce parti qui est passé de 5 députés pour la 37e législature à 41 lors du scrutin général du 26 mars 2007 .

L’ex-député et chef de l’Action Démocratique depuis plus de 14 ans, Mario Dumont, avait mené une campagne de peur sur les accommodements raisonnables. La fameuse lettre ouverte du chef de l’ADQ a été l’élément déclencheur des revendications officielles de certains Québécois comme ce fut le cas avec le code de Hérouxville. L’expression « mettre ses culottes » employée par Mario Dumont posait aussi un jalon dans l’affirmation identitaire québécoise.

« Le 16 janvier 2007, Mario Dumont diffusait une lettre ouverte dans laquelle il dénonçait l’« aplatventrisme » et l’« affaissement » du leadership politique, ainsi que le « vieux réflexe minoritaire » poussant les Québécois à « courber l’échine » et à « s’effacer collectivement » lorsque vient le temps d’affirmer leurs valeurs . »

Mario Dumont venait de toucher une corde sensible. Les Québécois se mettaient à lui donner raison sur le fait qu’ils s’autoflagellaient sur l’espace public à longueur de journée. À force de répéter ce discours contre les accommodements raisonnables, les Québécois trouvaient qu’il avait de l’allure.

L’ex-animateur de l’émission « Dumont 360 » sur V, ou l’ex-TQS, depuis le 7 septembre 2009, et actuel animateur (….) d’opinions et d’actualités à la chaîne LCN depuis l’automne 2012 avait réveillé une certaine frustration chez les Québécois puisque certains événements révélés par la presse québécoise créaient une exaspération:

• Une demande de la congrégation juive orthodoxe Yetev Lev de givrer une fenêtre dans un YMCA (Young Men’s Christian Association) en novembre 2006 pour empêcher des jeunes garçons hassidiques de voir des femmes qui faisaient du sport en tenue de collant ou de short.
• L’évocation d’une autorisation d’un vote à visage voilé en septembre 2007 qui, précisons-le, n’est pas une demande officielle de la communauté musulmane, mais une décision de Marc Mayrand, le directeur général des élections du Canada (DGEC).
• La demande d’une salle de prières de certains étudiants musulmans à L’École de technologie supérieure (ÉTS) révélée en mars 2006, mais réclamée par les étudiants musulmans à l’ÉTS depuis 1997.
• Des congés religieux payés à des employés de confessions musulmane et juive à la Commission scolaire de Montréal(CSDM) en janvier 2007.
• Une demande d’un examinateur masculin de certains membres de la communauté juive hassidique pour un examen de conduite à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) en janvier 2007.
• La décision unanime des huit juges de la Cour suprême qui ont accordé, en juillet 2006, au jeune sikh, Gurbaj Singh Multani, le droit de porter le kirpan à l’école a provoqué une colère chez les Québécois.
• Une clôture des chalets de la communauté juive qui violait les règlements municipaux de Val-Morin Sainte-Agathe en juin 2007.
• Les histoires de crucifix et d’arbres de Noël.
• Le turban dans les Forces canadiennes.
• Le port du voile dans la pratique d’un sport.

En plus de ces irritants, les demandes d’instauration de tribunaux islamiques en Ontario, en mai 2005, pour des arbitrages reliés aux questions familiales selon la Charia, avaient fini de polluer au Québec une atmosphère de suspicion quant au supposé agenda de certains immigrants de moduler la société à leur image.

C’est ce que le rapport « Fonder l’avenir : le temps de la conciliation » de Bouchard et Taylor appelle « la période d’ébullition de mars 2006 à juin 2007) où on a enregistré beaucoup de « cas ou affaires rapportés dans les médias ». Ce rapport a bien identifié la chronologie des différents événements en caractérisant quatre grandes étapes :

1) Les antécédents (de décembre 1985 à avril 2002)

2) L’intensification des controverses (de mai 2002 à février 2006)

3) La période d’ébullition (de mars 2006 à juin 2007)

4) L’accalmie (de juillet 2007 à avril 2008)

Nous pouvons rajouter à la période d’ébullition une reprise pré-ébullition, qui commence graduellement depuis les intentions affichées par le PQ de proposer la Charte de la laïcité, en campagne électorale le 14 août 2012, à Trois-Rivières (à une cinquantaine de kilomètres de Hérouxville), suite à la révélation de la fuite, organisée dans le Journal de Montréal , le 20 août 2013, de quelques orientations du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises. Une fuite orchestrée probablement par le gouvernement, selon plusieurs médias québécois, afin de tâter le terrain avant de sortir officiellement le texte dans son entièreté le 9 septembre 2013.

Les Québécois percevaient, à travers les faits divers évoqués ci-haut, une montée des religions, une forme d’extrémisme et de sexisme. Les chocs culturels se sont souvent manifestés au Québec sous plusieurs aspects, notamment linguistique, religieux, rapports hommes-femmes, mode d’alimentation.

Devant ce tsunami de protestations de tous genres, une commission a été mise sur pied.

https://doudousow.files.wordpress.com/2013/09/avis-preliminaire-charte-des-valeurs-quebecoises-doudou-sow-8-septembre-2013.pdf

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