Publié par : Doudou Sow | 29 août 2012

Ce qui caractérise réellement les Québécois par Doudou SOW*

La langue française joue le rôle de marqueur de l’identité québécoise. Comme le mentionnait à juste titre Evral Mimy, auteur du livre 400 strophes méritoires…., 400 ans d’histoire, « Le français est notre principale source identitaire commune dans notre fabuleux bouillon de cultures. »[1] Dans ce « fabuleux bouillon de cultures », la langue française constitue une des valeurs communes de la société québécoise. « Au Québec, le français est la langue officielle, celle de la vie publique, du travail, des affaires, de l’enseignement, du commerce et de la culture».[2] Qu’est ce qui caractérise réellement les Québécois?

  • Le fait français
  • Leur simplicité,
  • Leur modestie (pas de prétention de science infuse : on apprend de tout le monde),
  • Leur résolution des conflits par le dialogue et la négociation (peur de l’affrontement),
  • Leur ouverture d’esprit (respect des idées des autres),
  • Leur pacifisme (non à la guerre en Irak),
  • Leur élan de solidarité « donnez au suivant »,
  • Le refus du capitalisme à toutes les sauces,
  • Le respect de la vie privée.

Le fait français

Le fait français est un élément fédérateur. Le Québec doit la loi 101 ou la Charte de la langue française à Camille Laurin[3], ministre d’État au développement culturel, sous le gouvernement de René Lévesque. La Loi 101, qui fait du français la langue officielle du Québec, a été légiférée en 1977 pour protéger la langue minoritaire au Canada et en Amérique du Nord. Cette loi qui a été adoptée à l’Assemblée nationale du Québec le 26 août 1977 vient de célébrer ses 35 ans dimanche dernier. En plus des francophones de culture québécoise, il faut aussi reconnaître que des anglophones nés au Québec et de surcroît faisant l’effort de s’exprimer en français,  sont des Québécois au même titre que les autres citoyens. 

Leur simplicité

Les Québécois n’ont jamais crié sur les toits qu’ils sont plus civilisés, plus instruits. Ils ne disent jamais qu’ils ont la science infuse. Ils ne se sont jamais présentés comme le centre du monde. Leur simplicité impressionne les immigrants.

Les Québécois ne sont pas arrogants. Ils sont des gens modestes. Est-ce lié à la colonisation vécue avec les Anglais comme le laissait penser [Pierre Falardeau] lors de l’émission Sucré Salé de TVA[4]ou est-ce lié à leur passé catholique ? “ Ils n’ont pas le goût du luxe, n’étalent pas leur richesse, ont même parfois le complexe de parler argent malgré le contexte nord-américain dominé par le capitalisme et le libre-marché comme mentionné par l’animateur Patrick Masbourian pour l’émission Sommes-nous …paresseux?, diffusée à Télé-Québec [5].

Leur modestie

En tout cas, cette modestie leur permet de favoriser une approche collégiale, un travail d’équipe, un modèle de gestion participatif en termes d’idées, d’échanges et de rôles. Dans cette société enrichissante, l’individu apprend de tout le monde et tous les jours. On part de l’idée qu’en chaque personne sommeille un génie. Tous les métiers sont valorisants. Leur coté pragmatique permet de tirer tous les enseignements dans n’importe quel métier.

Les Québécois insistent beaucoup sur le renforcement positif. Ils ont l’habitude de dire « je pense que, je crois, je suggère » et non « il faut que, tu dois, je t’exige ». Ce peuple ne connaît pas les phrases commençant par la négative, il cherche toujours le côté positif.

Une personne immigrante qui a déjà séjourné en Europe apprécie encore plus le privilège d’être au Québec, dans une société où on ne minimisera pas ses compétences en fonction de ses origines ethniques. Ici, les critères pour juger les personnes immigrantes en emploi seront leurcapacité à répondre aux attentes et à interagir avec les collègues de travail.

La résolution des conflits par le dialogue et la négociation

Le Québec est une société de concertation. Le nombre élevé de tables de concertation dans les quartiers, les arrondissements, les villes et partout sur le territoire québécois en est la preuve. Nous vivions dans une société où la distance hiérarchique est faible.

Leur ouverture d’esprit

La différence dans la façon de penser des Québécois se traduit également dans le milieu de travail. En effet, les gestionnaires, bien qu’attachés aux résultats, n’en manquent pas pour autant de respect à leurs employés. La pression dans la culture organisationnelle est vécue différemment. Ils savent aussi déléguer certaines tâches. Le Québec est un peuple qui a horreur de la confrontation, un peuple qui ne veut pas de la guerre.Les Québécois n’aiment pas les polémiques. Une société paisible qui entend vivre dans la paix sociale.

Un intérêt marqué pour la justice sociale

L’attachement à la justice sociale est bien ancré au Québec. Pendant la guerre en Irak, 250 000 personnes étaient descendues dans la rue dans un froid glacial (à moins 20 Celsius) pour dire non à la guerre. Le droit de manifester pacifiquement contre la guerre est reconnu aux personnes immigrantes, lesquelles ont fait le bon choix en venant au Québec, une société qui favorise le droit à la différence de points de vue et la liberté d’expression. Par ailleurs, il faut dénoncer la nouvelle politique de la citoyenneté de la Grande-Bretagne où le fait de s’opposer à la guerre pourrait empêcher des personnes immigrantes d’accéder à la citoyenneté britannique.

Leur élan de solidarité 

Il faut cesser de dire que le peuple québécois ne fait pas preuve d’ouverture. La générosité des Québécois lors des inondations des Gonaïves en 2004 et du séisme en Haïti de 2010 en est une preuve flagrante.

Un peuple qui incite les jeunes à « donner au Suivant » dès le jeune âge. Des élèves qui font du bénévolat dès l’école secondaire. Les activités communautaires qui occupent une très grande place dans la vie des gens. Un peuple francophone qui a peur de perdre son identité et qui se protège aussi pour ne pas disparaître. Un peuple épatant qui donne une chance aux personnes sachant faire preuve de persévérance. Un peuple qui ne veut pas qu’on le méprise mais qui demande juste à être respecté dans ce qu’il est aujourd’hui, dans son histoire, sa culture et son caractère français. Un peuple qui apprend à s’adapter au contexte nord-américain où l’anglais est omniprésent. Un peuple respectueux qui délègue et collabore comme on le voit dans les nombreuses offres d’emploi insistant sur les aptitudes reliées à l’esprit d’équipe.

Le Québec est un grand peuple qui dit les choses simplement, qui est contre l’injustice sociale et ne cesse de se réinventer. La nation québécoise issue de la religion catholique est une société tolérante même si on peut trouver en son sein certains individus constituant l’exception qui confirme cette règle. Chaque société a son lot de côtés obscurs. Si dans les sociétés occidentales et nord-américaines, on parle de racisme, dans les sociétés africaines on parle de tribalisme. Il apparaît à notre avis courageux de reconnaître ces travers de l’existence humaine afin d’y remédier le plus rapidement possible. Mais dans les sociétés industrielles, notamment nord-américaines, la loi dissuade ceux qui s’aventurent à discriminer des personnes en fonction de l’âge, de leur sexe, origine, religion, ou orientation sexuelle. Ces sociétés développent des mécanismes juridiques qui dissuadent toute personne à manifester une haine vis-à-vis des autres, à moins qu’elle ne soit insidieuse.

Le refus du capitalisme à tout bout de champ

Le modèle québécois se trouve à cheval entre le modèle européen pour les politiques sociales (Allemagne, Suède, France etc.) et le modèle américain pragmatique et favorisant l’esprit entrepreneurial. Les Québécois sont reconnus pour leur pragmatisme, ce qui se traduit dans leur système éducatif.

Les facettes de l’histoire de la culture québécoise se déclinent aussi dans le domaine de l’humour. Les Québécois font preuve d’humour comme en attestent « les Parlementeries» (une parodie de la politique québécoise), «les Juste pour rire», «Caméra café».

Le Québec qui a une histoire qui lui est propre accueille la diversité dans une perspective interculturelle. La connaissance ou la maîtrise des codes culturels, des règles, du fonctionnement du marché du travail facilitent l’intégration durable en emploi des nouveaux arrivants.

L’auteur est sociologue-blogueur et conférencier. Il est aussi auteur du livre « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » qui paraîtra en février 2013. Ce texte est extrait du prochain livre cité-ci-dessus.

Sur le même sujet, lire les articles :

Devenir Québécois, c’est quoi au juste ? par Doudou SOW

La durée d’installation au Québec ou la date d’arrivée des immigrants ou encore le nombre de générations pour obtenir le statut de « Québécois » tout court? par Doudou SOW

Le Québec : un laboratoire social par Doudou SOW


[1] Evral Mimy, auteur du livre 400 strophes méritoires…., 400 ans d’histoire, Éditions SOLEXCO, Avant-propos.

[2] Le succès parle français, MICC, juillet 2009, p.1.

[3] Il est considéré comme le père de la Charte de la langue française.

[4] Entrevue avec Guy Jodoin.

[5] Sommes-nous …paresseux? Patrick Masbourian, Télé-Québec, 21 janvier 2009.


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