Publié par : Doudou Sow | 28 août 2012

La durée d’installation au Québec ou la date d’arrivée des immigrants ou encore le nombre de générations pour obtenir le statut de « Québécois » tout court? Par Doudou SOW*

citoyenneté québécoiseLa date d’installation d’une personne immigrante joue-t-elle sur le fait qu’on puisse penser que cette personne soit moins québécoise que les autres? Le premier ministre, Jean Charest, dans son discours d’ouverture à l’Assemblée nationale du 9 mai 2007 en faisant référence aux accommodements raisonnables et aux questionnements identitaires qui avaient prévalu lors de l’élection provinciale québécoise de 2007, disait ceci : « Je suis né à Sherbrooke. Je suis à demi Irlandais; je le suis de par ma mère, dont le souvenir m’émeut à chaque jour. Est-ce que je suis moins Québécois pour autant? Bien sûr que non. Est-ce que quelqu’un né au Québec mais prénommé Mustapha ou Helena serait moins Québécois que vous et moi? On ne peut dresser de telles barrières entre nous. » Le chef du Parti libéral du Québec et premier ministre du Québec, depuis 2003, envoie ainsi un message très fort dans le contexte d’un gouvernement minoritaire.

Toujours dans cette perspective, le premier ministre, Jean Charest, dans son discours d’ouverture avançait une idée fort intéressante: « Le Québec n’est jamais aussi grand que lorsqu’il ouvre ses bras.» Tendre la main aux autres est signe d’avancement selon le premier ministre: une des raisons pour lesquelles les immigrants ont choisi également le Québec.

Amir Khadir, coporte-parole de Québec solidaire, un parti de gauche, avait bien raison de rappeler,  le 25 août dernier, les propos de René Levesque, celui qui a profondément marqué l’histoire politique québécoise,  dans le cadre du grand rassemblement familial sur le thème de la souveraineté au Marché Maisonneuve à Montréal qui a réuni un millier de personnes. Est Québécois celui qui habite au Québec pour paraphraser René Lévesque[1]. En plus du critère géographique et du droit du sol pour être Québécois, il est important de rajouter le critère d’appartenance à cette société et la fierté de faire partie de ce peuple. Cela suppose que l’immigrant doit aller vers l’autre mais la société d’accueil aussi doit s’ouvrir. L’interculturalisme comme idéologie ou doctrine et l’interculturalité comme philosophie et mode de vie et d’action s’appuient sur la langue française; le noyau de la culture québécoise.

La personne immigrante qui vit dans la société québécoise depuis un certain temps doit sentir qu’elle appartient à cette dernière et éprouver envers elle un sentiment d’appartenance et d’attachement. Babakar-Pierre Touré, directeur général du Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail de Québec (SOIIT) qui répondait à la question Qu’est-ce qu’être NOIR à Québec ?du mensuel indépendant d’information et d’opinion,  Les Immigrants de la Capitale, (février 2008, page 12) disait ceci : « Il faut que les gens se prennent en main aussi de leur côté, pour se battre. Quand je suis arrivé à Québec [la capitale nationale] (depuis 1970), il y avait une vingtaine de Noirs. Et ce n’était pas facile de se faire accepter. C’est pour cela que je dis qu’en effet, il faut prendre sa place au lieu de penser qu’il faut être accepté. Nousavons tous eu à nous battre pour intégrer cette société-là. » Le journaliste de profession qui a travaillé à la Presse canadienne, à Radio-Canada International et au Service de presse des Nations Unies incite donc les minorités visibles à prendre leur place dans la société québécoise.

Le besoin de se définir peut exister chez les enfants nés au Québec. Cela peut dépendre du degré d’appartenance de leurs parents. Si les parents de la première génération ont vécu des situations difficiles, les enfants pourraient ressentir certaines frustrations en voyant leurs parents être marginalisés par la société d’accueil. Mais l’identité de l’individu, même si elle prend sa source dans l’éducation des parents, doit évoluer en fonction du parcours de vie de l’individu dans la société. Loin d’être statique, elle s’enrichit de l’expérience de vie des uns et des autres.

Devenir Québécois peut également se mesurer par la participation aux coutumes et fêtes (Halloween et Noël) qui font partie du patrimoine culturel[2].

La terminologie utilisée pour désigner les personnes venues d’ailleurs et les « icittes »

L’analyse de la réalité de l’immigration au Québec nous démontre que la terminologie utilisée pour catégoriser telle ou telle population ou communauté, peut souvent entraîner  des polémiques. Les expressions utilisées pour désigner les personnes immigrantes se résument à celles-ci : les communautés ethniques, les communautés racisées, les groupes culturels, les immigrants de très longue date, les Québécois de longue date, les communautés culturelles, les Afro-Québécois, les Québécois immigrants, les immigrés, les Québécois de souche récente, les minorités visibles, les Québécois issus des minorités visibles, les minorités ethniques, les minorités culturelles, les personnes issues des communautés culturelles, les minorités ethnoculturelles, les minorités ethniques ou culturelles, les Anglo-Québécois ou Québécois anglophones, les émigrés, les citoyens membres des communautés culturelles, les Québécois de droit de sol, d’adoption, de devenir etc.

Mais d’un autre côté les appellations pour qualifier les Québécois sont les suivantes :  Les Québécois pure laine, les Québécois de souche, les Québécois dits de souche, les Québécois d’origine canadienne-française, les Québécois d’origine néo-française, les Canadiens français traditionnels, les Québécois d’origine française canadienne, les Québécois de plus longue date, les Québécois francophones d’ascendance (terme préféré de Bouchard[3]), les Québécois francophones de souche, les francophones de culture québécoise, les Québécois francophones de descendance française, les pures laines tricotées serrées, «un Canadien américain francophone de l’Amérique du Nord», (Elvis Gratton), Franco-Québécois, Franco-canadien, les Québécois de souche francophone, etc. Plusieurs termes utilisés pour caractériser les descendants des Canadiens français tournent autour de ceux cités plus haut.

Le Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles [MICC, 2006] utilise l’expression « communauté culturelle », qu’il conçoit plus « inclusive, [pour faire] référence aux personnes immigrantes, aux personnes des minorités visibles et aux personnes issues de l’immigration autre que française et britannique qui sont nées au Québec. »[4]

Selon la conception administrative du MICC, un immigrant est une personne établie au Québec depuis cinq ans et moins. Les services ou programmes d’intégration lui sont offerts au cours de cette période.

Au Québec, on fait attention aux terminologies utilisées. Souvent, on préfère dire communautés culturelles ou minorités visibles[5]plutôt que personnes de couleur. Nous nous souvenons avoir eu avec des collègues de travail un débat très animé sur les termes utilisés notamment sur une phrase qui a été utilisée par un organisme dans une description de poste où il était clairement indiqué que: « Les personnes de couleur sont particulièrement encouragées à postuler ». La majorité des collègues récusait l’expression « personnes de couleur », laquelle pouvait être remplacée par « personnes issues de communautés culturelles ou minorités visibles ». Un termejuridique et/ou générique qui ne fait pas aussi un consensus.

Mais la discussion est allée plus loin puisque certains collègues se demandaient quand on arrivera à une situation où dans les offres d’emploi, on mettra uniquement les compétences ou les exigences requises sans y porter mention de minorités visibles ou de femmes. Mais si on est arrivé à ce stade c’est parce qu’on a constaté un problème au niveau de l’égalité des chances.

Dans le cadre de la Consultation générale tenue à l’Assemblée nationale du Québec et portant sur le document intituléVers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination(2006), certains participants n’étaient pas d’accord sur les termes « Québécois issus de l’immigration ou communautés culturelles ».

C’est le cas de Michael Bergman membre de l’exécutif du Congrès juif canadien(CJC), région de Québec. Il ne voulait pas parler de communautés culturelles. Cela sous-entendait qu’il y a des Québécois d’un côté et de l’autre des communautés culturelles.« Et les mots communautés culturelles, je pense, sont mal faits, parce que nous sommes vraiment, tous et toutes, des Québécois, Québécoises. Quand on dit: Il y a des communautés culturelles, ça veut dire qu’il existe des Québécois et d’autres gens qui sont des Québécois avec un adjectif, et ce n’est pas ça. Ça, c’est le mur qu’on construit, qui scie en deux notre société[6] » « (…) Nous sommes une grande famille malgré notre héritage qui pourrait être différent, malgré les questions de religion, malgré la politique étrangère poursuit-il. »

En définitive, pour combien de générations devient-on Québécois ou plus précisément à partir de quelle génération, la famille d’une personne immigrante devient « québécoise de souche »? Cinq, six, plus ou moins ou rien?

Le caractère pluraliste de la société amène à parler et à dialoguer avec les Québécois de toutes origines, majorité francophone tout comme minorités ethniques (de la majorité francophonetout comme des minorités ethniques).

Pour développer le sentiment d’appartenance des personnes immigrantes à la société québécoise, il demeure évident que la question de l’emploi constitue un paramètre incontournable.

L’auteur est sociologue-blogueur et conférencier. Il est aussi auteur du livre « Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique » qui paraîtra en février 2013. Ce texte est extrait du prochain livre cité-ci-dessus.

Vous désirez commenter cet article ? doudouqc@yahoo.ca

Sur le même sujet, lire les articles à paraître :

Ce qui caractérise réellement les Québécois par Doudou SOW 

Devenir Québécois, c’est quoi au juste ? par Doudou SOW

Le Québec : un laboratoire social par Doudou SOW


[1] Indépendantiste québécois, il  fonde le Parti québécois en 1968. Ce chef politique québécois a exercé la fonction de premier ministre du Québec de 1976 à 1985.

[2] Tête de Tuque, un film de Hélène Magny et Pierre Mignault produit par Nathalie Barton, Réalisation : InformAction, 2008, Radio-Canada, Grand-Reportages, rediffusion Antenne de RDI, 16 juillet 2009, 52mn.

[3] L’historien et sociologue Gérard Bouchard est le coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (ou accommodements raisonnables).

[4] Pour la pleine participation des Québécoises et des Québécois des communautés culturelles, Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, Document de consultation, Juin 2006, Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

[5] Selon la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics, «  Les membres des minorités visibles sont des personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race ou de couleur blanche. »

[6] Journal des débats de la Commission permanente de la culture, Consultation générale sur le document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination (6), Le mercredi 27 septembre 2006 ― Vol. 39 N° 29. Audition Congrès juif canadien (CJC).


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