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Publié par : Doudou Sow | 16 novembre 2010

Pas de passe-droit sur la qualité de la santé québécoise : les règles doivent être applicables pour tout le monde

Les ordres professionnels sont des organismes régis par le Code des professions du Québec. Ils ont comme principale mission de s’assurer de la protection du public tout en veillant à la pratique et l’éthique professionnelle de leurs membres. La prudence et la vigilance doivent guider les institutions chargées de protéger le public. Aussi les règles de compétences professionnelles sont non négociables et sont égales pour ceux et celles qui aspirent occuper des fonctions dans ces domaines quelle que soit leur origine. Autrement dit, les immigrants formés à l’étranger ainsi que les Québécois doivent développer des compétences et qualifications nécessaires pour faire partie des ordres professionnels.

L’exercice de la pratique médicale est très contingenté au Québec dans le domaine des facultés de médecine. Peu de gens contestent une culture élitiste qui valorise les premiers de classe dans ces institutions d’enseignement. La protection du public et la qualité de la médecine constituent les deux mandats du Collège des médecins du Québec comme il est souvent indiqué dans leurs différents documents.

Des médecins étrangers qui demandent une simplification du processus avec des critères plus clairs ne sont pas opposés à ajuster leurs pratiques aux standards de la médecine québécoise, notamment le volet de la culture de la pratique. Ils sont conscients de la période d’adaptation nécessaire à leur intégration. 

La culture de la pratique

 Les différents acteurs du système médical ont le droit d’avoir un souci permanent sur la nécessité de se familiariser avec « des conditions d’exercice québécoises ».

La période d’adaptation est nécessaire à tout nouvel arrivant afin de comprendre le fonctionnement de la société dans son ensemble. Cette assertion est un consensus. L’approche de la médecine nord-américaine est différente des approches internationales. Pour cette raison, une adaptation à la culture québécoise et aux façons de faire du réseau de santé québécois est nécessaire voire incontournable pour certains médecins étrangers. À ce titre une intégration des médecins étrangers sur deux ans sous forme de jumelage professionnel avec un mentor dans le milieu hospitalier permettrait à certains d’entre eux une solide réadaptation aux conditions de la médecine québécoise. L’adaptation des médecins étrangers à leurs conditions d’exercice s’inscrit dans la perspective de mieux les aider à réussir leur pratique médicale. 

Certains programmes étant différents d’un système d’éducation européen, anglo-saxon, nord-américain que d’autres, il demeure évident que des formations d’appoint qui ne dépasseraient pas deux années d’études s’imposeraient pour combler certaines différences.

Si on prend le cas de l’ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ), son directeur général et secrétaire, M. Alain Colette, qui s’exprimait dans le cadre de la Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010 disait au sujet des programmes menant au poste de technicien médical : « Nous, notre clientèle généralement vient [du] : Liban, Algérie, Maghreb. On a certains candidats qui viennent maintenant d’Amérique du Sud. La plupart des programmes ne contiennent pas un secteur d’activité, qui est la pathologie, et le Canada est d’ailleurs le seul pays, là, qui intègre cet élément-là. La France contient certaines similitudes, cependant il y a certaines différences qui nécessiteraient une courte formation d’appoint. Quand je dis «courte», c’est une courte formation d’appoint, on ne parle pas d’un an de formation ». « [1]

Nous saluons au passage le courage de cet ordre professionnel qui a présenté son mémoire à la Commission de l’Assemblée nationale, malgré toutes les critiques qui ont été faites aux ordres professionnels. Un esprit de collaboration qui démontre la transparence et le souci de faciliter l’intégration rapide des immigrants. C’est à ce titre que cet ordre a collaboré avec, entre autres, le Cégep de Rosemont « pour la mise en place d’un projet pilote de formation d’appoint » destiné aux immigrants [A.E.C. intégration à la profession; cohorte spécifique uniforme de 18 candidats ayant de besoins similaires]. C’est pourquoi il est nécessaire de s’assurer de la disponibilité des formations d’appoint.

Des médecins étrangers qui exercent au Canada jugent que la médecine est universelle et situent la différence dans les « approches ». Autrement dit, la culture de pratique nord-américaine est différente de celle de leurs pays d’origine. Sur ce dernier point, ils sont unanimes à penser que l’adaptation culturelle à l’exercice du métier est nécessaire. La familiarisation avec les méthodes de travail mais aussi les façons de faire sont indispensables pour comprendre la culture de pratique médicale. La méthodologie de la pratique du métier évolue en fonction de la réalité du milieu médical. Peut-on penser à une formation sur mesure ou un perfectionnement pour combler certaines lacunes?

(Lire à ce sujet : La différence de la formation des médecins diplômés à l’étranger  expliquerait-elle leur taux d’échec aux examens ?par Doudou SOW)

Nous partageons sans réserve les standards de qualité. Néanmoins, il faut être cohérent dans les démarches.

(Lire à ce sujet : Un autre discours sur l’intégration des médecins diplômés à l’étranger est possible par Doudou SOW)

Mise au point!

Il serait également exagéré de penser que les intervenants du milieu communautaire exigeraient un passe-droit pour les personnes immigrantes. Nous sommes le premier à dire que les règles doivent être égales pour tout le monde, dans une société juste et égalitaire. Mais il faut aussi aller jusqu’au bout de la logique. Quand on voit les multiples démarches que les personnes immigrantes font pour se faire reconnaitre auprès des ordres professionnels, il y a lieu de penser qu’il y a deux poids, deux mesures.

La réalité sur le terrain indique que certaines catégories de la population en font plus que les autres pour se faire reconnaitre leurs acquis professionnels. Loin de demander un « nivellement par le bas » des standards de qualité, il demeure évident de constater les difficultés liées à la lenteur de la reconnaissance des acquis et la lourdeur administrative des acteurs institutionnels. C’est un véritable parcours du combattant que se livrent les personnes immigrantes désireuses de faire partie des professions réglementées. Des obstacles se dressent devant elles au fur et à mesure qu’elles pensent voir le bout du tunnel. C’est à se demander si elles peuvent réussir à intégrer ces ordres professionnels qui font preuve de corporatisme. Les rares cas de réussite qui émergent du lot sont présentés comme des modèles parmi les modèles.

Un véritable parcours titanesque qui en décourage plus d’un et qui n’incite pas les personnes à faire leurs démarches. Ces personnes s’avouent vaincues avant même de commencer à faire leurs démarches. Il faut vraiment être très motivé et prêt à déplacer des montagnes pour s’engager dans la bataille de la reconnaissance partielle des compétences. L’ouverture des ordres professionnels est une condition indispensable pour une intégration rapide des personnes immigrantes.

Les médecins étrangers tout comme les personnes immigrantes de manière générale ne demandent pas de passe-droit dans l’évaluation de leurs compétences mais sont en droit d’exiger une reconnaissance de leurs efforts et de leur mérite. Ils souhaitent une simplification des procédures pour une intégration rapide sur le marché du travail. À force de se faire cogner le nez à la porte, ils finissent par se décourager et invitent aussi d’autres personnes immigrantes à ne pas suivre les différentes procédures d’intégration économique et/ou de retour aux études ou des formations sur mesure.

Même s’il devient impératif de bien défendre le public pour assurer de meilleurs services à la population, il n’en demeure pas moins que le Collège des médecins du Québec (CMQ) ainsi que les facultés de médecine ne facilitent pas l’intégration des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis. Ils privent ainsi à la population québécoise des médecins compétents.

(Lire à ce sujet : Corporatisme du CMQ et intransigeance des facultés de médecine du Québec : la population québécoise prise en otage par Doudou SOW)

Martin Lemay, ex-porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration et de communautés culturelles du 25 avril 2007 au 5 novembre 2008 (Parti québécois), qui regrettait l’absence du Collège des médecins du Québec à la Commission parlementaire avait raison de dire que les différentes institutions  ont « le droit de vie ou de mort professionnelle» sur les médecins étrangers.

Concernant la reconnaissance de la qualification des médecins étrangers, M. Lemay disait à juste titre que « ces gens-là [les médecins formés à l’étranger] ont quatre étapes [à franchir], et, à chacune des étapes [certificat de sélection, ordre des médecins, facultés de médecine, institutions d’embauche], l’institution concernée a un droit de vie ou de mort professionnelle »[2].

Nous sommes rendus à une époque où ces différents acteurs se prennent pour Dieu sur terre.

*Ce texte fait partie d’une série de 20 articles publiés sur le sujet des difficultés d’intégration des médecins diplômés à l’étranger (MDE).


[1]Journal  des débats de la Commission de la culture, Version finale, 38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008),  Le mercredi 19 septembre 2007 – Vol. 40 N° 8, Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010.

Audition : Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ).

[2]Journal des débats de la Commission de la culture, version finale, http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/cc-38-1/journal-debats/index.html38e législature, 1re session (8 mai 2007 au 5 novembre 2008),  Le mardi 25 septembre 2007 – Vol. 40 N° 10. Consultation générale sur le document intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2008-2010. Audition: Congrès juif canadien, région du Québec (CJC-Québec) et Services d’assistance aux immigrants juifs (JIAS).

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