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Publié par : Doudou Sow | 20 octobre 2010

Le discours rodé du Dr Yves Lamontagne sur l’épineuse question de l’intégration des médecins diplômés à l’étranger

Le 21 octobre 2010 marque la date à laquelle le Dr Yves Lamontagne, président-directeur général du Collège des médecins du Québec (CMQ) présidera « pour la dernière fois le début de la séance du Conseil d’administration » de l’institution qu’il représente depuis octobre 1998. Celui qui est administrateur du CMQ depuis 16 ans, dont douze à titre de président-directeur général aura marqué l’histoire de cette corporation dont la dénomination a été modifiée comme l’ attestent les différents sigles.[1]

Au moment où « Le Dr Yves Lamontagne tire sa révérence » (Sara Champagne, La Presse du 14 mai 2010), il nous semble opportun de rappeler certains faits survenus durant ses trois mandats qui ont porté préjudice aux médecins diplômés à l’étranger dont le triste sort n’est plus un secret pour personne dans le milieu de la santé ou dans le grand public.

Le CMQ est l’exemple le plus cité dés qu’il s’agit de parler de la fermeture des ordres professionnels au Québec. Le Collège des médecins du Québec est le plus pointé du doigt en raison de son immobilisme sur la question de l’intégration des médecins diplômés à l’étranger.

Nous avons scruté à la loupe le discours du président directeur général du CMQ lors de ses interventions radiophoniques, visuelles et de relations publiques. Son indiscutable mérite réside dans la constance de  ses propos au grand désespoir des médecins étrangers. Le Dr Yves Lamontagne aura défendu sur toutes les tribunes que le CMQ ne contrôle pas le système de santé, la loi de l’offre et de la demande. Hélas, la réalité sur le terrain avec le blocage du dossier des médecins étrangers prouve le contraire. Le CMQ qui intervient au début et à la fin du processus, évalue les compétences des médecins DHCEU et émet des permis restrictifs d’exercer. Ce qui facilite en principe l’accès au marché du travail des médecins étrangers.

Dr Lamontagne utilise un discours rodé qui devient récurrent dans toutes les tribunes (les plateaux de télévision, radio, presse écrite, relations publiques).

Pour illustrer notre propos, nous mettons l’accent sur trois points dans ce texte : La comparaison de la médecine, l’évaluation des compétences des médecins étrangers et la responsabilité partagée entre les différents acteurs.

La comparaison de la médecine

Le président-directeur général du Collège des médecins du Québec donne souvent l’exemple de la médecine française afin de démontrer que la médecine n’est pas universelle. On dit souvent que le cœur reste le même et qu’il est logé à la même place que l’on soit en Afrique, Europe ou Amérique. Pour montrer la différence de la médecine nord-américaine avec la médecine internationale, il disait dans une émission de la Société Radio-Canada[2] au sujet d’un urgentologue français : « Ici, il veut être un urgentologue, ça fait 20 ans qu’il n’avait pas vu d’appendicite, de péritonite, d’otite, de maladies cardiaques. On ne peut pas l’envoyer ce médecin-là dans une urgence en région quand il y a à peu près un accident de ski-doo par année. Il a fallu le recycler, voyez-vous….Dans une urgence, il faut être capable de traiter une otite chez un bébé autant qu’un accident d’auto ».

Un autre son de cloche est venu du Dr Yona Likongo, médecin au Centre hospitalier Jacques-Viger, à l’institut de réadaptation de Montréal et président de la Commission pour la préparation aux examens et l’intégration professionnelle de l’Association des médecins gradués de l’étranger au Québec. Dans une entrevue radiophonique du 6 avril 2007 de la Première chaîne de Radio-Canada (Maisonneuve en direct, SRC), il répondait aux questions du journaliste Frédéric Nicoloff sur les difficultés des médecins étrangers au Québec.

Le Dr Likongo trouve que la médecine est universelle mais reconnaît que la différence se trouve dans les approches. La façon de fonctionner n’est pas la même, ce qui fait que les médecins étrangers doivent se familiariser avec les méthodes et les façons de faire. La différence se situe au niveau de la méthodologie. Selon lui, il existe une ouverture apparente mais les difficultés existent toujours. « La médecine c’est une profession qui à mon avis est universelle, je peux dire, je l’ai dit, le fémur c’est toujours le fémur que ce soit aux États-Unis, au Canada, au Congo, ou en Belgique, c’est le fémur. L’utérus c’est la même chose. Ce qui peut différer, la différence se trouve dans des applications, dans les approches, parce qu’on ne peut pas dire que la façon nord-américaine de fonctionner en médecine est tout à fait la même qu’au Congo. La médecine en tant que telle, il n’y a pas de différences, il suffit que les gens se familiarisent avec les méthodes et les façons de faire d’un milieu et le médecin n’a pas tellement d’autres choses à apprendre que ce que peut donner comme différence de méthodologie ».

Si les médecins étrangers sont incompétents, comment se fait-il qu’ils puissent pratiquer dans les provinces anglophones (Ontario, Manitoba, Saskatchewan, Colombie-Britannique)?

L’évaluation des compétences des médecins étrangers

Dr Yves Lamontagne intervient toujours dans la question du « eux » et du « nous ». La rhétorique du discours du président directeur général se situe dans la dialectique « Eux » et « Nous exclusif ». (Lire à ce sujet : « Médecins des colonies » : Un propos qui n’honore pas le Dr Yves Lamontagne par Doudou SOW.) Une stratégie démagogique du diviser pour mieux régner qui est déplorable.

Par exemple, il a l’habitude de citer les propos qu’il avait tenus à l’égard de Madame Pauline Marois, lorsqu’elle était Ministre d’État à la Santé et aux Services sociaux du 15 décembre 1998 au 8 mars 2001 : « Et je vous citerai ce que j’avais dit à Mme Marois à l’époque. Mme Marois ne veut pas de médecine à 2 vitesses, nous ne voulons pas non plus de médecins à 2 niveaux et nous demandons donc, et je pense que c’est juste, que la compétence des médecins étrangers soit la même que celle qu’on demande à nos enfants qui sont dans les facultés de médecine. »[3]

Il avait tenu les mêmes propos lors de la Conférence-débat dans le cadre de la Semaine des professionnels que l’Institut du Nouveau Monde (INM)  avait organisé en collaboration avec le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) mercredi, le 14 octobre 2009 au Complexe des sciences Pierre-Dansereau[4]. Ses propos ont fait réagir M.Thomas Mulcair, député fédéral d’Outremont du Nouveau parti démocratique (NPD). Il avait demandé au Dr Yves Lamontagne de cesser de dire le « eux » et le « nous » et lui avait également rappelé que les médecins étrangers avaient obtenu tous leurs prérequis pour pratiquer la médecine.

Cet homme politique et avocat, chef adjoint du NPD, le lieutenant pour le Québec connaît aussi le système puisqu’il a présidé l’Office des professions du Québec en qualité d’administrateur public.

Si « le CMQ estime que les personnes formées à l’extérieur du Québec représentent une force indéniable et un des éléments de la solution à la pénurie d’effectifs [5]» alors pourquoi priver des Québécois des médecins étrangers ? Il n y a pas de chèque en blanc pour les médecins étrangers puisqu’il existe une série d’examens à faire pour évaluer leurs compétences (examen d’évaluation du Conseil Médical du Canada (EECMC);  examen d’aptitude, partie 1, du Conseil Médical du Canada  (EACMCI); examen d’aptitude, partie 2, du Conseil Médical du Canada  (EACMCII)   ou  réussir à la partie pratique (ECOS) de l’examen des sciences cliniques médicales du Collège des médecins du Québec; examen de français de l’Office québécois de la langue française, ou en être exempté).

(Lire à ce sujet : Trois voies possibles pour pratiquer au Québec par Doudou SOW).

Si le CMQ qui évalue les compétences des médecins étrangers affirme ne pas  faire deux poids deux mesures, alors comment expliquer que des médecins qui ont réussi à leurs examens ne puissent pas pratiquer? Sur ce point, Dr Yves Lamontagne file la patate chaude aux facultés de médecine du Québec.

(Lire à ce sujet : Une partie de ping pong sur le dos des médecins diplômés à l’étranger par Doudou SOW.)

Ce même docteur qui renvoie la responsabilité aux facultés de médecine connait très bien le fonctionnement de ces facultés puisqu’il a été professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal avant de prendre les rênes du Collège des médecins du Québec.

Responsabilité partagée entre les différents acteurs

Les vices-doyens des facultés de médecine du Québec sont au courant des problématiques d’intégration des médecins étrangers en siégeant sur le conseil d’administration du CMQ.

Parmi  les 28 administrateurs du Conseil d’administration du Collège des médecins du Québec du bureau sortant ( avant le 7 octobre 2010), quatre administrateurs médecins nommés par les facultés de médecine du Québec y siègent (Dr François Lajoie, Vice-doyen aux études médicales postdoctorales Université de Sherbrooke; Dr Pierre LeBlanc Vice-doyen aux affaires cliniques, Études médicales postdoctorales, Université Laval; Dr Guy Lalonde Vice-doyen aux études médicales postdoctorales, Université de Montréal ( qui siège également au Comité des affaires médicales de la Conférence des vice-doyens aux études médicales postdoctorales des facultés de médecine ) et Dr Sarkis Hratch Meterissian Vice-doyen à la formation postdoctorale, Université McGill). Alors comment comprendre que des différents acteurs (CMQ+facultés de médecine) qui sont au courant des difficultés d’intégration des médecins étrangers se renvoient la responsabilité ?

Le Collège des médecins du Québec ainsi que les facultés de médecine ne facilitent pas l’intégration des médecins étrangers. Dès lors, il devient urgent de mettre en place une stratégie de solution globale prenant en compte tous les aspects de la problématique d’insertion des médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis.

Les médecins étrangers tout comme la Coalition des Associations de médecins diplômés à l’étranger (CAMEDE),  de l’Association des Médecins gradués de l’Étranger au Québec (AMEQ), les représentants des organismes communautaires impliqués dans ce difficile dossier n’ont jamais demandé de passe-droit.

(Voir l’article : Pas de passe-droit sur la question de la qualité de la santé : les règles doivent être applicables pour tout le monde par Doudou SOW.)

Tous ces acteurs sont d’accord sur la nécessité pour des professionnels formés à l’étranger de s’adapter à la nouvelle société québécoise. Ils partagent sans réserve les standards de qualité du système médical québécois. Ils parlent plutôt d’un assouplissement du système et la simplification des procédures. Ils sont conscients de la nécessité de protéger le public. Personne ne conteste la mission de l’ordre qui « est de promouvoir une médecine de qualité pour protéger le public et contribuer à l’amélioration de la santé des Québécois [6]».

Les médecins diplômés à l’étranger font partie de la solution. Dr Yves Lamontagne qui souhaite à son successeur « d’assumer ses fonctions avec souplesse, d’avoir un bon sens de l’écoute et d’exercer un leadership démocratique »  veut se reconvertir dans le domaine de la communication.  Nous espérons que lui-même et son successeur au CMQ soient plus visiblement inspirés par la question de la  justice sociale.

*Ce texte fait partie d’une série de 16 articles publiés sur le sujet des difficultés d’intégration des médecins diplômés à l’étranger.


[1] Collège des médecins et chirurgiens du Bas-Canada (CMCBC) depuis 1847, Corporation professionnelle des médecins du Québec (CPMQ) en 1974, Collège des médecins du Québec (CMQ) en 1994.

[2] SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Les difficultés des médecins étrangers au Québec, Frédéric Nicoloff-6 avril 2007.

[3] SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Les difficultés des médecins étrangers au Québec, Frédéric Nicoloff-6 avril 2007.

[4] Les organisateurs de cette conférence voulaient s’interroger sur « le rôle des ordres professionnels et leur pertinence, 35 ans après l’entrée en vigueur du Code des professions ».

[5] http:// www.cmq.org/fr/ObtenirPermis/DiplomesInternationaux.aspx.Document remis aux médecins étrangers lors de la Séance d’information sur le processus d’admission au Collège des médecins du Québec(CMQ) qui se tient deux fois par an à Montréal, p.12.

[6]http://www.cmq.org/fr/ObtenirPermis/Profil/Commun/AProposOrdre/Organisation.aspx

[6] Une page d’histoire est sur le point de se tourner, La Revue Le Collège, Volume 50, Numéro 4, Automne 2010, p.3.

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